Disclaimer : Harry Potter et tous les personnages qui donnent vie à cette merveilleuse série ne m'appartiennent malheureusement pas mais sont à la géniale J.K.Rowling. Je ne fais que les emprunter pour donner libre cours à mes idées plutôt… particulières dira-t-on, et n'en retire aucun bénéfice si ce n'est le plaisir d'écrire.

Avertissement : Présence de slash yaoi, pas très graphique mais à déconseiller à toute personne réfractaire à l'idée de deux hommes qui s'aiment et partagent plus qu'une simple amitié.

A.N : Ce sont mes premiers pas dans le monde de la fanfiction, et j'écris cette histoire vraiment à titre « expérimental ». Je ne sais pas encore quelle direction elle va prendre… Bien entendu toutes les suggestions et les avis sont les bienvenus, alors n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.

J'utilise les noms originaux des personnages dans cette fic. Severus Snape: Severus Rogue, Draco Malfoy: Drago Malefoy.


Pour un moment d'éternité

Chapitre 4 : Sur les traces de Harry

Severus se leva à l'entrée de Draco et l'invita d'un geste à prendre place à la table bien garnie de mets des plus appétissants desquels se dégageaient de délicieux effluves. Celui-ci s'exécuta d'une façon un peu embarrassée et s'assit en conservant une posture tendue.

« Bien dormi, Monsieur Malfoy ? » demanda Snape d'un ton tranquille.

- Très bien. Le contraire aurait été surprenant vu la redoutable efficacité des potions que vous m'avez fait prendre… répondit Draco avec un sourire mitigé, mi-figue mi-raisin. A propos, merci pour les vêtements et… pour tout le reste, continua-t-il en désignant d'un large mouvement circulaire la pièce où ils se trouvaient.

- Je vous en prie. Inutile de me remercier. J'ai agi ainsi dans mon propre intérêt autant que dans le votre. Il m'aurait été impossible de rester ne serait-ce qu'une heure dans cette maison dans l'état déplorable où elle était à mon arrivée. J'ai encore du mal à croire que vous y ayez mis les pieds. Ne me dites pas que vous habitez ici ?!

- Non, rassurez-vous. Je n'en suis pas déjà au point de m'enterrer vivant dans une antiquité… Simplement, j'avais besoin de me retrouver seul, loin de tout et de la civilisation pour réfléchir.

- Oh, je vois ! Il est indubitable que vous n'êtes pas du tout isolé dans votre appartement de Londres. Miss Granger et sa cohorte de bonnes âmes charitables ne doivent pas vous laisser un moment de répit. Evidemment… lança le maître des potions d'une voix où l'ironie perçait derrière la commisération.

- Ne m'en parlez pas, ils sont constamment derrière moi à me donner conseil sur conseil, à me faire mille et une recommandations, à me materner comme un gamin de six ans… Ils voudraient me dicter ma conduite, tant qu'ils y sont ! Comme si j'étais incapable de décider par moi-même ! s'exclama Draco, frustré.

- Je ne les en blâmerais pas complètement. D'après ce que j'ai constaté depuis que je suis ici, ils n'ont pas tort sur toute la ligne, dit Snape d'un ton lourd se sous-entendus. « Mais laissons cela ! » reprit-il brusquement pour couper court à toute dénégation de jeune homme. « Comment vous sentez-vous ce matin ?

- Encore fatigué, mais en meilleure forme que depuis longtemps pour être honnête, murmura le jeune sorcier après une légère hésitation.

- Humm… marmonna Snape pour lui-même. Apparemment les médicaments que je vous ai donné ont été suffisants pour éradiquer votre fièvre. Mangez à présent ! ordonna-t-il d'un ton sans réplique. Le plus important dans l'immédiat est de reprendre des forces.

- Et au sujet de… Harry ? Il faut que je sache ! Je ne pourrai rien avaler tant que…

- Mangez. Nous aurons tout le loisir de parler ensuite. Vous n'avez rien de plus urgent à faire de toute manière, n'est-ce pas ? » répliqua Snape en lui montrant la table couverte de plateaux débordant de fruits, de toasts et d'un assortiment impressionnant de thé et de café.

Malgré l'impatience fébrile qu'il ressentait, Draco se laissa tenter et commença à remplir son assiette de tranches de brioche qu'il tartina de beurre et de confiture, tout en se servant une tasse de thé au citron qui était celui qu'il préférait. Il conservait dans ses moindres gestes une grâce et une aisance qui trahissaient une éducation aristocratique et une appartenance à la haute société. C'était un petit quelque chose qui ne s'effaçait pas et qui l'aurait distingué immédiatement, se fut-il retrouvé prince ou mendiant par les aléas de l'existence.

Un silence confortable s'établit entres les deux hommes, l'un occupé à savourer un repas tel qu'il n'en avait pas fait depuis il n'aurait su dire quand, l'autre qui l'observait attentivement sans parler. Draco aurait dû se sentir mal à l'aise d'être ainsi scruté sans discrétion, mais curieusement le regard de son ancien professeur qu'il sentait sur lui ne le gênait pas tant que ça. Implicitement il savait qu'il pouvait lui faire confiance et se dévoiler devant lui, surtout après la scène émotionnellement intense qui s'était jouée entre eux la veille.

Enfin, une bonne demi-heure plus tard, Draco reposa doucement sa tasse désormais vide dans la soucoupe et attendit en arborant un air interrogateur que Snape se décide à prendre la parole.

- Au fait, vous ne m'avez toujours pas répondu au sujet de cette maison : si vous n'y habitez pas, que faîtes vous ici ? interrogea à brûle-pourpoint le sorcier plus âgé.

- C'était une surprise que j'avais l'intention de faire à Harry, un cadeau pour son vingt-deuxième anniversaire et pour nos trois ans de vie commune en quelque sorte… Malheureusement je n'en ai pas eu le temps : il a disparu quelques semaines avant le grand jour.

- Je comprends. Mais j'avoue que je suis perplexe concernant le lieu où vous avez choisi de vous installer. J'ai d'ailleurs eut les pires difficultés à vous rejoindre ici. A tel point que j'ai craint que vous ne vous soyez évanoui dans la nature vous aussi. Miss Granger a été d'une aide précieuse en la circonstance, reconnut Snape avec réticence.

- Nous voulions une maison bien à nous, et par dessus tout Harry désirait fonder une famille. Pourquoi ici ? m'avez-vous demandé. L'idée m'est venue suite à un séjour que nous avons fait en côte d'azur il y a environ quatre ans. Nous avions été invités par Bill Weasley et sa femme. Vous n'ignorez pas qu'il a épousé cette ancienne élève de Beauxbâtons, Fleur Delacour ? Ils se sont rencontrés pendant la troisième tâche du tournoi des Trois sorciers et depuis ils ne se sont pratiquement plus quittés. Un véritable coup de foudre ! Bill l'aurait suivie à l'autre bout du monde si elle en avait exprimé le désir : il n'a pas hésité une seule seconde a demander sa mutation dans une des filières de Gringotts en France.

- Vous serez aimable de m'épargner les détails de la vie amoureuse du clan Weasley, où nous y serons encore demain matin ! s'exclama Snape avec l'air de quelqu'un qui s'ennuie prodigieusement.

- Quelle impatience, monsieur ! Je croyais pourtant que tout ce qui touchait Harry de près ou de loin vous laissait royalement indifférent ! dit Draco d'un ton malicieux. Il reprit rapidement son sérieux sous le regard noir que lui lança Snape et continua son récit sans se faire prier davantage.

- Bref, nous avons passé de merveilleuses vacances dans la villa que louent les parents de Fleur chaque été. Harry était positivement ravi. Je l'avais rarement vu aussi détendu et épanoui que pendant ces quelques jours. Il a toujours adoré la mer même s'il n'avait pas souvent l'occasion d'y aller. Sans lui en faire part, j'ai demandé à Bill et Fleur de se renseigner sur des propriétés qui seraient à vendre dans la région. Et par chance ils sont parvenus à dénicher une maison qui correspondait parfaitement à ce que je recherchais : ils m'ont contacté aussitôt et j'avais déjà entamé les démarches pour en faire l'acquisition quand le drame a eu lieu… Malgré tout je me suis décidé à l'acheter, mais je ne l'ai pas fait restaurer ni aménager : c'était supposé être notre chez-soi, un endroit qui nous aurions transformé selon nos goûts et qui appartiendrait autant à l'un qu'à l'autre. Le décorer seul n'aurait eu aucun sens ni aucun intérêt.

Snape se contenta d'émettre un léger grognement désapprobateur sans pour autant insister sur la question. Il fit disparaître d'un coup de baguette les reliefs du petit déjeuner et se dirigea vers la cheminée pour y prendre un attaché-case qu'il y avait déposé. Sous le regard intrigué de son cadet, il en retira une chemise épaisse et une liasse de papiers qui présentaient l'aspect de documents et formulaires officiels et administratifs, sur lesquels Draco reconnut le sceau du ministère de la magie.

« Ce sont les archives du dossier constitué lors de l'enquête sur la disparition de Potter, répondit Snape à la question informulée de Draco. Comme vous le savez, en dépit des efforts consciencieux des membres chargés de l'affaire, toutes les recherches sont jusqu'ici demeurées infructueuses. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir manqué de zèle…

- Mais… Comment ces documents se trouvent-ils en votre possession ? Vous ne travaillez pas au ministère de la magie et n'êtes pas impliqué professionnellement dans cette histoire, n'est-ce pas ?

- Si seulement cela pouvait être le cas… jeta Snape d'une voix dédaigneuse mêlée de sarcasme. Je me serais bien passé de cette contrariété, malheureusement les autorités compétentes en la matière - et en l'occurrence ce cher Dumbledore - n'envisageaient pas les choses du même point de vue que moi. Il m'a clairement laissé entendre qu'il souhaitait, pour ne pas dire qu'il exigeait, que je reprenne l'enquête là où elle avait abouti à une impasse. Et qui suis-je pour refuser un honneur aussi insigne ?

Draco ne put s'empêcher de sourire devant la mine indignée et dégoûtée qu'affichait son ancien professeur.

- Vous ne l'avez jamais porté dans votre cœur, Severus… dit-il doucement d'un ton nostalgique. Oh, vous avez vos raisons, je ne vous le reproche pas ! Moi-même à une époque… »

Le jeune sorcier s'interrompit soudain, la gorge nouée par l'afflux de souvenirs doux-amers. Avec le recul son aversion de jadis pour Harry lui paraissait tellement dérisoire et infantile. Ils n'étaient que deux gosses butés et orgueilleux qui s'étaient pris à la gorge aussitôt qu'ils s'étaient rencontrés. Deux adolescents qui ne se supportaient pas. Alors qu'à présent Draco aurait tout sacrifié, y compris sa vie, s'il pouvait grâce à ça le revoir ne fut-ce qu'un instant. Mais l'heure n'était pas aux effusions mélancoliques. Il ne se laisserait pas envahir par la tristesse. Harry devait dorénavant être uniquement sa force et non plus sa faiblesse.

«Navré, Monsieur. Ca ne se reproduira pas, dit-il d'une voix ferme. S'il vous plaît, poursuivez. »

D'abord passablement surpris par le ton subitement résolu de Draco, Snape reprit ses explications sans se démonter.

« Hum… Bien. Je disais donc qu'Albus Dumbledore m'a généreusement attribué le soin d'apporter une conclusion heureuse à cette malencontreuse affaire. Sans doute son affection illimitée et inconditionnelle pour Potter le pousse-t-elle à cette extrémité… Pourquoi réussirais-je là où tant d'autres pourtant hautement qualifiés ont essuyé un échec cuisant ? Enfin, puisque je n'ai pas eu la cruauté de décliner son offre, je suis tenu de résoudre l'énigme. C'est un travail comme un autre, rien de plus ! Ne vous méprenez pas sur les motivations qui m'ont amené à accepter, il n'y a rien de personnel là-dedans. »

Snape marqua un temps de silence pour s'assurer que ses paroles s'étaient bien ancrées dans l'esprit de Draco avant de continuer. Celui-ci se contenta de hocher la tête même s'il ne semblait vraiment pas convaincu par les affirmations catégoriques du maître des potions.

« Rien de personnel quand il s'agit de Harry et Snape… Qui espère-il persuader d'une pareille énormité ? » pensait le jeune homme. Toutefois il estima plus prudent de se taire et de garder ses réflexions pour lui. Mieux valait se montrer diplomate et éviter de le contredire, il ne serait pas plus avancé en le contrariant.

« … En m'intéressant de près au dossier, j'ai remarqué à ma plus grande stupeur que les aurors de la section « affaires étranges et criminelles » ont concentré la majorité de leurs investigations au sein de la communauté sorcière et ont délibérément négligé le monde moldu. Ce qui à mon sens était une grave erreur. Mais allez faire admettre qu'ils se sont fourvoyés à cette clique de bureaucrates tous plus obtus les uns que les autres ! Ils croient dur comme fer que Potter avait irrémédiablement coupé les ponts avec ses origines moldues suite à la défaite de Voldemort et à son départ de Poudlard. Tout ça sous le prétexte qu'il souhaitait oublier définitivement les mauvais souvenirs de son séjour forcé chez les Dursley…

- Mais c'est absurde ! Je peux vous certifier que Harry n'aurait jamais pris de décision aussi radicale. Certes, il en voulait toujours à son oncle et sa tante pour l'enfance pourrie qu'ils lui ont fait vivre, cependant il gardait aussi des souvenirs heureux du monde moldu. Beaucoup de ses amis sont moldus, tout comme l'était également sa mère.

- Je partage votre stupéfaction, à vrai dire, je n'ai jamais rien entendu de plus stupide ! se renfrogna Snape. Mais passons ! Pour en revenir au vif su sujet, j'estime utile de vous montrer ceci. Je l'ai trouvé dans un tiroir secret du bureau personnel de Potter au département des mystères. Malgré les fouilles minutieuses effectuées là-bas, les responsables de l'enquête n'y ont jamais rien découvert qui présente un intérêt quelconque. Je suis le seul avec Dumbledore à être au courant .

Il se pencha et retira un parchemin de la masse informe de papiers qui s'étalaient sur la table basse et le tendit à Draco. La feuille jaunie était vierge à l'exception de quelques lignes gribouillées d'une écriture en dents de scie difficilement déchiffrable. En l'examinant, le jeune homme découvrit qu'il s'agissait certainement d'un message codé, car lues normalement, les phrases n'avaient aucun sens. Celui ou celle qui en était l'auteur était incontestablement un expert en la matière. S'arrachant à sa lecture dans laquelle il s'était absorbé, il se tourna vers Snape en fronçant les sourcils.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il dévoré par la curiosité.

- D'après la transcription que j'ai fait établir par un spécialiste dans ce domaine, il serait question d'un rendez-vous fixé à Potter dans une des boutiques de l'Allée des embrumes. La date et l'heure sont spécifiées mais bien entendu, rien n'indique l'identité de l'expéditeur. Il n'est pas non plus fait mention des détails de l'entrevue. L'auteur du message a pris toutes les précautions pour protéger ses arrières. Comment et pourquoi Potter s'est mis à frayer avec ce genre d'individu, là est la question… Mais il est de notoriété publique qu'il avait une déconcertante propension à s'attirer les pires ennuis.

- Que serait-il allé fabriquer dans un endroit pareil ? lâcha Draco d'une voix accablée. L'Allée des embrumes est le quartier le plus mal famé du Chemin de traverse et nombre de ses échoppes sentent la magie noire à plein nez. Harry ne s'y serait jamais aventuré. Il m'a raconté qu'il s'y était perdu une fois par inadvertance et qu'il n'avait aucune envie de renouveler l'expérience.

- Cette lettre semble prouver le contraire. Je me suis renseigné sur place auprès du propriétaire du magasin, qui après s'être fait un peu prié s'est montré très coopératif et a répondu aimablement à toutes mes questions, dit Snape en ponctuant ses propos d'un rictus sarcastique.

Oh oui, Draco se figurait que Snape n'avait pas traîné à faire cracher le morceau. Il savait se montrer très persuasif quand il s'en donnait la peine. Le jeune homme frémit en n'osant deviner à quel sort le maître des potions avait eu recours pour arracher les confessions de sa pitoyable victime. Ou peut-être cela s'était-il réglé sans violence mais avec tout autant d'efficacité : quelques gouttes de Veritaserum judicieusement administrées et toute résistance s'évaporait…

- Il s'avère que Potter s'est bien rendu à ce fameux rendez-vous, qui s'est tenu dans une arrière-salle en apparence désaffectée du Necromentia , l'un des plus controversé parmi les établissements travaillant sur les puissances occultes et les passages magiques entre les mondes. Il devait prétendument s'entretenir avec un contact possédant des informations capitales pour ses recherches dans le département des mystères. En réalité…

- Vous croyez que…que ça a un rapport avec la Chambre de la mort et… le Voile sous l'arcade ? hoqueta Draco dans un sursaut d'horreur.

- Hélas ! j'en ai peur, acquiesça Snape.

- Sirius… ? murmura son vis-à-vis d'une voix étouffée. Toute cette affreuse affaire serait directement liée à la mort de son parrain ?

- Tous les éléments rassemblés jusqu'à présent tendent à corroborer cette supposition, dit Snape d'un ton sombre. Malgré les années rien n'y fait… Potter est toujours ce petit garçon d'une incroyable autosuffisance qui se considère au dessus des lois et de la condition de simple mortel. Impulsif et émotif, aveuglé par ses sentiments, le genre d'individu qui fonce tête baissée avant même de réfléchir… Tout de même, cette fois il a atteint un record dans les degrés de la stupidité. J'ignore ce qu'on a pu lui promettre exactement, mais je reste sidéré qu'il ait pu se laisser berner aussi aisément. Il est tombé dans un piège grossier. Qu'espérait-il obtenir au bout du compte ? La résurrection de Black ? Les morts doivent rester en paix. Pour qui se prend-il à vouloir bouleverser le cours naturel de la vie ? Pour Dieu ?

Draco renonça à défendre l'attitude incompréhensible de Harry. Après tout, derrière la violence des propos du maître des potions il y avait une part indiscutable de bon sens et de sagesse. Rien n'excusait le comportement de son compagnon, pas même l'amour. Surtout pas l'amour.

Envisager de faire revenir Sirius, était-ce d'ailleurs un acte véritablement dicté par l'amour ? Ou bien n'était-ce pas plutôt le désir égoïste qu'avait Harry de le garder un peu plus longtemps auprès de lui ? C'était terrible à admettre, mais Remus l'avait certifié lui-même au jeune sorcier : son parrain avait eu la mort qu'il souhaitait. Tomber avec les honneurs sur le champ de bataille lui semblait autrement plus gratifiant que finir ses jours agonisant au fond d'un lit dans la déchéance et la médiocrité.

- Je ne saisis pas les intentions de Harry, reprit enfin Draco dans un murmure. Pendant trois ans nous avons vécu ensemble : je croyais le connaître, peut-être mieux qu'il ne se connaissait lui-même. Est-il possible que je me sois trompé sur toute la ligne ? Depuis le début, je n'étais pas favorable à l'idée qu'il travaille au sein de département des mystères. Se retrouver en permanence dans cette atmosphère ne faisait qu'entretenir sa peine et le plongeait dans des pensées morbides. Nous nous sommes disputés à plusieurs reprises à ce sujet, mais j'ai fini par m'incliner devant la passion et l'acharnement qu'il mettait dans son travail. Il voulait éclaircir le mystère du Voile et s'il y était parvenu, il aurait peut-être enfin pu accepter la mort de Sirius. Et il lui aurait fait ses adieux comme il se devait.

- Il n'avait pas fait son deuil de la disparition de Black ? demanda Snape alors qu'il savait déjà la réponse.

- Non… J'ai cru pendant un temps qu'il guérirait de cette blessure, mais les derniers instants de son parrain et sa fin si brutale le hantaient sans arrêt. Je n'ai pas pu l'aider à surmonter cette épreuve et à se débarrasser de ses cauchemars en dépit de tous les efforts que j'y ai employé. C'était le seul point noir dans notre relation.

- Vous n'avez jamais rien remarqué qui vous aurait donné des soupçons sur ce qu'il s'apprêtait à faire pour ramener son parrain ? s'enquit le maître des potions.

- Pas précisément, répondit Draco. Il a parfaitement réussi à cacher son jeu et à donner le change. Je pensais qu'entre nous il y avait une confiance totale et réciproque, c'est pourquoi je n'aurais jamais imaginé qu'il me dissimule quelque chose d'aussi important. D'un autre côté, il a toujours été quelqu'un d'introverti et de si fier ! Il ne m'a pas soufflé un mot de ce qu'il comptait faire et encore moins de ce rendez-vous à l'Allée des embrumes. De toute évidence, il savait que j'aurais tenté de le dissuader de s'y rendre.

- Je crains qu'il ne nous faille patienter pour faire la lumière sur cette affaire compliquée, conclut Snape. Le propriétaire du Necromentia n'était qu'un complice mineur dans l'histoire, il ne savait rien des enjeux du rendez-vous, ni la véritable identité de celui que Harry devait retrouver. La piste s'interrompt ici. Après qu'il eut mis les pieds dans cette boutique tristement célèbre, il n'y a plus eu aucune trace de Potter dans le monde sorcier. On pourrait croire qu'il a été enlevé ou alors qu'il avait tout organisé pour mettre en scène sa propre disparition. Donc, pas de nouvelles pendant les deux ans et demi qui ont suivi. Jusqu'à ce que je tombe par hasard - chance inouïe ou destin, qui sait ? - sur cet exemplaire d'un magazine moldu paru il y a de cela quelques jours. Jetez un coup d'œil.

Draco prit le journal des mains de Snape et constata qu'il s'agissait d'un hebdomadaire centré sur l'économie et les grandes sociétés qui gravitaient dans les hautes sphères de la finance internationale. Débordant du cadre strictement professionnel, il consacrait également des articles à la vie mondaine de certaines personnalités politiques en vue et autres célébrités.

Le jeune sorcier eut l'impression que son cœur allait s'arrêter suite au choc qu'il reçut en avisant la photo qui ornait la première page. Celle-ci représentait en gros plan un jeune homme d'une beauté à couper le souffle. Impossible de se méprendre sur son identité quand on détaillait ces yeux verts et ces traits si familiers. Draco gémit en laissant le magazine glisser de ses doigts soudain tremblants et tomber à ses pieds. « Harry… »

OoOoOoOo

C'était Harry, ça ne pouvait pas être quelqu'un d'autre… La ressemblance était ahurissante et pourtant il y avait sur la physionomie du jeune homme un petit quelque chose de différent qui chiffonnait Draco. Un air plus sophistiqué, plus artificiel, dépourvu de l'adorable gaucherie qu'avait toujours affiché le héros de la communauté sorcière.

A son bras, il y avait une non moins belle jeune femme, le type de beauté qui crève les yeux et qui vous hypnotise sans qu'on y prenne garde. Draco sentit croître en lui une jalousie dévorante en les observant si proches l'un de l'autre. Ce fut encore pire quand il parcourut des yeux l'article en relation avec la photo. L'article traitait de la fusion de deux des plus grosses entreprises du monde financier moldu, dont le rapprochement s'effectuerait par l'union des enfants de chacun des deux présidents.

Cette phrase pénétra comme de la lave en ébullition jusqu'au cœur de Draco ; il éprouva un affreux déchirement et il lui sembla que son être se désintégrait en des millions de particules et ne serait jamais reformé dans son intégralité.

L'inconnue à la séduction incendiaire et insolente était la future femme de Harry, à supposer que c'était bien lui. En première page du magazine, le jeune couple était photographié lors de la réception donnée pour célébrer officiellement et publiquement leurs fiançailles. Le mariage était fixé à trois mois plus tard.

OoOoOoOo

Voilà. C'était fini. Ses quelques vêtements avaient été rassemblés à la hâte dans un sac de fortune, ce même sac qu'il avait avec lui en arrivant dans cette maison qui lui était apparue aussi accueillante qu'un asile aux yeux d'un vagabond. Un havre de paix et de réconfort au plus noir de sa solitude. A présent, il entamait un nouveau départ.

- Etes-vous certain de votre décision? le questionna une dernière fois Snape.

- Certain, affirma Draco.

- Si vous réussissez à vous infiltrer dans cette entreprise moldue, vous ne pourrez plus faire marche arrière. Ce serait trop risqué.

- Je sais. Je me suis préparé à toute éventualité, même au pire. La seule chose que je désire, c'est approcher Harry et lui parler. Je suis prêt à tout pour le revoir.

- Très bien. Dans ce cas allons-y, dit simplement le maître des potions.

D'un geste brusque, Draco empoigna les courroies de tissu râpeux et hissa son fardeau par dessus son épaule. Il avait atterri ici en catastrophe, comme le plus misérable des hommes, dépouillé de tout y compris ses rêves. Il repartait en conquérant et la tête haute, fort d'un espoir qui avait pour lui le poids d'une certitude. Aucun obstacle ne s'interposerait plus entre Harry et lui. Cette femme n'était pas un obstacle, il se refusait à la considérer comme telle. Et quand bien même, il se sentait de taille à affronter le monde entier et plus encore. Pour l'amour de Harry.

Sans jeter un regard en arrière il ferma la porte d'entrée et la verrouilla soigneusement, la clé imposante tournant avec un bruit mat dans la serrure ouvragée. Après avoir répété l'opération sur le portail de la grille, il vérifia que personne ne rôdait aux alentours. Précaution superflue car l'endroit était si bien isolé qu'il n'était fréquenté par âme qui vive. Rassuré, il sortit sa baguette de son pardessus et lança un sort de dissimulation qui rendrait la demeure invisible aux yeux des moldus et incartable pour les sorciers. Snape lui avait reproché vertement son manque de prudence et il devait admettre qu'il s'était montré d'une impardonnable négligence. Il ne commettrait pas deux fois cette erreur.

Ces détails pratiques étant réglés, le jeune homme emboîta le pas à son ancien professeur et les deux sorciers transplanèrent en disparaissant avec un « pop » sonore.

A suivre...


N.d.A : Ceci est le version revue et corrigée du chapitre. Désolée s'il y a encore des fautes qui m'ont échappé

Je suis tout de même un peu déçue de ne pas avoir reçu de reviews pour les deux derniers chapitres. Si l'histoire ne vous plaît pas ou vous ennuie, n'hésitez pas à m'en faire part. Tous les commentaires ou critiques sont les bienvenus ! A bon entendeur…