Disclaimer : Harry Potter et tous les personnages qui donnent vie à cette merveilleuse série ne m'appartiennent malheureusement pas mais sont à la géniale J.K.Rowling. Je ne fais que les emprunter pour donner libre cours à mes idées plutôt… particulières dira-t-on, et n'en retire aucun bénéfice si ce n'est le plaisir d'écrire.
Avertissement : Présence de slash yaoi, pas très graphique mais à déconseiller à toute personne réfractaire à l'idée de deux hommes qui s'aiment et partagent plus qu'une simple amitié.
A.N : Ce sont mes premiers pas dans le monde de la fanfiction, et j'écris cette histoire vraiment à titre « expérimental ». Je ne sais pas encore quelle direction elle va prendre… Bien entendu toutes les suggestions et les avis sont les bienvenus, alors n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.
J'utilise les noms originaux des personnages dans cette fic. Severus Snape: Severus Rogue, Draco Malfoy: Drago Malefoy.
OoOoOoOoRéponses aux reviews:
Zaz : Merci pour ta review. Mes chapitres te semblent difficile à lire ? C'est peut-être parce qu'il y a beaucoup de réflexions et de descriptions et très peu d'action… lol ! En ce qui concerne la relation entre Harry et Sev, je ne peux rien préciser pour l'instant, ça risquerait de gâcher le suspense. Et puis, je n'ai pas encore décidé comment je vais la faire évoluer. Qui lira verra… Hé hé hé ! Pour Ron, Hermione et les autres, on ne les verra pas beaucoup, car ce ne sont pas eux les perso principaux. Par contre il y aura d'autres nouveaux venus.
Fifine : Voici enfin la suite ! Désolée du retard qu'a pris cette fic. Je te laisse redécouvrir ce chapitre. Et merci beaucoup pour m'avoir donné ton avis et corrigé les fautes. Tes commentaires m'ont été très utiles et je vais en tenir compte pour l'orientation que je vais donner à l'intrigue. Bisous !
Vert Emeraude : Oups ! toi qui attendais la suite impatiemment tu n'as pas été gâtée sur ce coup là. Je suis vraiment confuse pour l'énorme retard de cette update. J'espère tout de même que tu aimeras ce nouveau chapitre. Pour ce qui est arrivé à Harry… On en apprend un peu plus dans ce chapitre mais l'essentiel est pour plus tard. Histoire de faire durer le mystère !
Pour un moment d'éternité
Chapitre 5 : Le bal des ambassadeurs
Alexander Lewis sortit de sa voiture et s'achemina lentement vers la demeure généreusement illuminée qui se dressait devant lui. C'était une habitation de style méditerranéen mais qui tenait davantage d'un palais que d'un banal pavillon de campagne. Située au sommet d'un promontoire, elle dominait une plaine verdoyante et fertile, irriguée par un petit lac dont les contours irréguliers évoquaient la forme pittoresque d'une fleur. On n'aurait pu trouver meilleur endroit pour accueillir la fête qu'y s'y déroulait ce soir-là, et à laquelle avait été convié le gratin de la société anglaise et italienne.
De doux échos de violon s'échappèrent à travers les portes en chêne sculpté de la somptueuse villa qu'un majordome tenait ouvertes pour le nouveau venu. Celui-ci ôta son manteau et le remit à un domestique qui le rangea au vestibule, après quoi il suivit le majordome qui le précédait en le guidant à travers l'immense propriété.
En évoluant dans l'enfilade de salons élégants, le jeune homme pénétrait dans un monde où le luxe et le raffinement étaient présents de manière ostentatoire. Fort heureusement pour lui, les vestiges d'une éducation de noble qu'il conservait malgré tout se révélaient des plus utiles et lui permettaient de se fondre dans le décor sans paraître gêné ou maladroit.
Enfin, il arriva dans la salle de réception où l'orchestre terminait les dernières mesures d'un slow et il se dirigea vers le maître de maison à qui il se devait de présenter ses salutations. Taylor Crawford, le président des entreprises Goldenhawk en pleine conversation avec des invités de marque, s'interrompit et tendit une main cordiale vers son hôte tout en lui souhaitant la bienvenue.
« Ah, mon cher Alexander ! Quel plaisir de vous compter parmi nos invités ! Je suis vraiment très heureux que vous nous fassiez l'honneur de votre présence. »
« Tout le plaisir est pour moi, Monsieur le Président. Il aurait été regrettable que je manque cette soirée. »
« Je sais parfaitement que vous êtes un homme très occupé et qu'en dépit de votre jeune âge vous devez faire face à de nombreuses responsabilités. N'est-ce pas vous qui dirigez la société de votre père depuis qu'il s'est retiré des affaires ? »
« En effet, et c'est un travail très exigeant. Mais pour une fois, je me suis permis de déléguer mes pouvoirs à mes collaborateurs. Une invitation aussi prestigieuse ne se refuse pas à la légère… »
« Allons ! Trêve de compliments ! Venez donc que je vous présente à nos invités d'honneur : Monsieur et Madame Earnshaw, qui sont les parents de ma future belle fille. »
« Très honoré de faire votre connaissance » répondit Alexander en esquissant un sourire où seul un observateur extrêmement attentif aurait pu déceler une once de contrariété, tout en saluant le couple d'âge moyen qui lui adressait un imperceptible signe de la tête.
Il s'inclina et baisa la main de la femme qui le considérait avec une réserve polie tout en restant distante. Portia Earnshaw était une personne d'une quarantaine d'années dont la beauté qui avait dû jadis être éclatante, se paraît désormais d'une maturité et d'une grâce indéniables. Cependant, les traits de son visage étaient rigides et reflétaient une certaine froideur. D'une haute taille, sa silhouette qui imposait le respect était entièrement enveloppée d'une riche étoffe de soie d'un rouge pourpre qui touchait presque au noir, éclairé ça et là par les feux discrets que jetaient de petits diamants brodés dans le tissu.
Quant à l'homme d'une haute stature élancée, il avait les tempes légèrement grisonnantes et portait un smoking sobre mais dont la coupe élégante montrait clairement qu'il provenait d'une grande maison de couture. Son regard affûté d'un bleu glacier s'attarda sur le jeune homme, le détaillant avec désinvolture de la tête aux pieds. Alexander ne put s'empêcher de ciller, mais il ne détourna pas les yeux et soutint sans broncher la confrontation. Un frisson glacial le parcourut malgré tout un bref instant avant qu'il ne se ressaisisse et n'engage la conversation d'un ton formel sans pour autant être dénué de courtoisie.
OoOoOoOoElijah se tenait sur le balcon chichement éclairé par les lumières tamisées qui filtraient à travers les portes-fenêtres du salon. La fraîcheur apportée par la brise nocturne rendait étonnamment agréable cette partie du château, en comparaison de l'atmosphère lourde et surchauffée qui régnait dans les pièces animées qu'il venait de quitter. Dans un brouhaha confus, les voix étouffées des convives et le bruissement languide de la musique s'entremêlaient et maintenaient le jeune homme dans un état second, à mi chemin entre songerie et réflexion
Enfin, il avait pu échapper pendant un moment aux félicitations empressées et aux platitudes obséquieuses de la foule de personnalités et autres célébrités qui n'avait cessé de l'accaparer depuis son arrivée au bras de sa fiancée. Un répit éphémère et qui prendrait fin bien trop tôt à son goût…
Appuyé nonchalamment contre une colonne de marbre gracieusement enlacée par le lierre, le jeune homme revoyait en mémoire tous les évènements qui avaient ponctué sa vie ces dernières semaines. Il se sentait un peu désemparé, voire même effrayé de constater que tout s'enchaînait à une vitesse folle. Parfois, il avait le sentiment angoissant de n'avoir aucun contrôle sur sa vie, et de se retrouver sous l'emprise d'un destin qu'il n'avait pas choisi.
Avait-il vraiment pris les bonnes décisions ? Son prochain mariage avec la fille de l'un des hommes les plus influents de la planète l'obsédait et lui trottait sans arrêt dans la tête, mais pas comme il l'aurait souhaité. Il n'avait pas le comportement d'un fiancé pressé d'épouser la femme de sa vie, au contraire, depuis la proclamation officielle des fiançailles, une boule d'angoisse lui pesait sur l'estomac et ne l'avait plus quitté. Certes, on ne lui avait pas imposé cette union, en apparence il demeurait libre d'accepter ou de refuser. Cependant, même s'il y avait consenti de son plein gré, en y réfléchissant rétrospectivement, il ne pouvait s'empêcher de se demander s'il n'avait pas au bout du compte commis une terrible erreur.
A première vue, un tel mariage ne comportait que des avantages : il lui permettrait d'entrer dans le cercle très prisé de la plus haute société, et Elijah occuperait un poste important au sein des entreprises ainsi jumelées. Aucun souci matériel à craindre quant à son avenir. De plus, sa future femme était une personne remarquable et pour laquelle il avait une sincère admiration. Elle n'avait que vingt-et-un ans et sortait de l'une des écoles les plus renommées de stylisme. Ses résultats exceptionnels et son talent lui ouvriraient facilement les portes des plus prestigieuses maisons de haute couture.
Certaines mauvaises langues auraient pu arguer que ce n'était qu'une petite fille trop riche et superficielle, mais ces rumeurs pernicieuses et désobligeantes s'envolaient en fumée dès qu'on posait les yeux sur elle. Elle était merveilleusement belle - nul n'aurait pu dire le contraire - et cette qualité était rehaussée chez elle d'une vive intelligence associée à une impressionnante culture. C'était sans doute le mélange subtil d'innocence et de sagesse, reflété par son regard, qui lui conférait un tel ascendant.
On dit que la perfection n'existe pas dans ce monde, mais Elijah devait reconnaître que si quelqu'un sur terre pouvait prétendre à l'atteindre, c'était bien sa fiancée. Pourquoi, alors, ne parvenait-il pas à l'aimer ? Mais l'amour ne naissait pas sur commande et ne pouvait se résumer à une leçon bien apprise… Autrement, tout aurait été bien trop simple !
Finalement, il n'avait peut-être consenti à ce mariage qu'en signe de gratitude et de reconnaissance envers celui qui l'appelait son fils, et qui le traitait avec tous les égards et les attentions d'un père. Même s'il n'avait fait irruption dans sa vie que depuis deux ans…
OoOoOoOo« Elijah ? Est-ce que tout va bien ? Je commençais à m'inquiéter, tu es parti depuis un bon moment déjà. »
Cette voix aux douces et riches inflexions le fit sortir de ses pensées dans lesquelles il s'était réfugié. En se retournant, il aperçut sa fiancée qui l'observait avec un sourire désarmant. C'était un de ces sourires qui vous touchaient malgré vous, et auxquels on ne pouvait longtemps résister .
« Oh ! Dois-je comprendre par là que je te manquais ? » répliqua-t-il, amusé malgré lui.
« Qui pourrait me le reprocher ? Après tout, n'ai-je pas le plus adorable et le plus séduisant fiancé du monde ? Je dois en faire des envieuses… » répondit-elle malicieusement.
« Maelys, je pensais que nous étions d'accord sur… »
« Non, je t'en prie, ne dis rien. Ce n'est pas la peine… » le coupa-t-elle avec une soudaine gravité qui n'avait plus rien d'enjoué. « Je ne te réclame pas de grandes déclarations ni d'illusoires promesses que tu ne tiendras pas. Nous savons tous les deux à quoi nous en tenir. Ne rends pas les choses encore plus pénibles qu'elles ne le sont déjà. »
Tout d'abord désarçonné par le tournant inattendu que prenait la conversation, Elijah y entrevit une opportunité de crever l'abcès qui empoisonnait petit à petit leur relation, et de jouer cartes sur table. Il ne supportait plus les non-dits lourds de sens qui s'accumulaient et qui créaient un malaise permanent entre eux.
« Mais comment peux-tu te contenter de cette situation ? Tu n'es pas le genre de femme à se laisser emprisonner par un mariage d'intérêt. Et ne prétends pas que c'est uniquement par obéissance et par devoir envers ta famille que tu as accepté de m'épouser ! »
« Etait-il vraiment nécessaire de me poser cette question ? Je pourrais te rendre la pareille ! » lança-t-elle dans un sursaut de fierté blessée.
Il allait répliquer mais se tut en réalisant qu'il ignorait lui-même les véritables motifs qui avaient influencé son choix. Toutes les perspectives alléchantes et ambitieuses suscitées par une union de cette envergure - l'argent, le pouvoir et la notoriété - n'étaient que des faux-semblants. Elles ne constituaient pas des arguments suffisamment convaincants pour faire pencher la balance en faveur d'une alliance de convenance dénuée d'amour. Quant à la question du devoir derrière laquelle il se réfugiait, en son for intérieur il savait que ce n'était qu'une excuse de plus.
« Il n'est pas facile d'assumer ses actes, n'est-ce pas, Elijah ? J'ai parfois l'impression que tu t'apprêtes à m'épouser par désenchantement ou par dépit… A défaut d'une autre, je fais aussi bien l'affaire. Voilà ce que tu te dis probablement dans tes moments de doute et d'incertitude… » reprit-elle dans un soupir résigné.
« Non ! Tu te trompes, je n'ai jamais pensé une chose pareille ! » protesta énergiquement le jeune homme.
« Je sais que tu me respectes et que tu as même de l'affection pour moi », murmura-t-elle d'un ton conciliant. « Et crois-moi, je n'exige pas de toi ce que tu es incapable de me donner, que ce soit pour l'instant ou dans les années à venir. Ce qui me choque et me déçoit venant de ta part, c'est le fait que tu te sois résigné à ce mariage comme quelqu'un qui a perdu tout espoir en l'avenir, et qui semble avoir fait une croix sur l'amour, alors même qu'il ne l'a pas trouvé. »
« Ah, je vois ! Tu es de celles qui nourrissent le rêve puéril de rencontrer un jour le prince charmant, et qui se raccrochent à l'idée que chacun sur cette planète a une âme sœur qui l'attend quelque part. Désolé si je n'adhère pas à cette jolie petite théorie sortie tout droit des contes de fées », répondit-il d'une voix désabusée.
« Ne sois pas cynique. Et de plus, je suis persuadée que ce n'est pas qu'une chimère. Je n'ai plus à chercher l'âme sœur puisque je l'ai déjà rencontrée… »
« Vraiment ? Et peut-on connaître le nom de ce veinard ? »
« Ne joue pas à celui qui refuse de comprendre. Tu sais parfaitement que c'est toi ! Oui, Elijah » continua-t-elle sans s'arrêter à la stupéfaction qui se peignait sur la physionomie de son fiancé. « Quoi ? Ne me dis pas que tu ne t'en es pas aperçu ! »
« Non Maelys, je t'assure que je l'ignorais… » répondit celui-ci atterré. « Mais… pourquoi me l'avoir avoué ce soir ? »
« A quoi bon le dissimuler plus longtemps ? Je n'ai pas peur de dévoiler mes sentiments, tout en ayant conscience qu'en le faisant, je te tends une arme qui risque de se retourner contre moi, et qui m'occasionnera sans doute beaucoup de souffrance par la suite. C'est ainsi. Tu n'es pas amoureux de moi, mais j'ai assez d'amour pour deux », acheva-t-elle avec une expression de joie mêlée de douleur sur son visage.
« Je voudrais être amoureux de toi, Maelys… Tu es peut-être la seule femme au monde qui pourrait réussir ce miracle : me faire sentir vivant et réveiller mon cœur. Si tant est qu'il ait déjà battu pour quelqu'un… Mais c'est compliqué. Je ne sais plus très bien où j'en suis. »
« Tu n'as pas à te culpabiliser, on ne peut pas forcer ces choses-là », laissa-t-elle tomber avec tristesse. « S'il te plaît, restons-en là pour ce soir. Je n'ai aucune envie que nous nous disputions. »
« Pourquoi as-tu accepté nos fiançailles dans ces circonstances ? » insista-t-il.
« Peut-être parce que je ne peux supporter d'être séparée de toi. T'avoir auprès de moi me suffit, même si tu ne me considères que comme une amie. Tout à l'heure, je voulais seulement dérider un peu l'atmosphère, évacuer la tension qui existe entre nous. Mais je m'aperçois à présent que j'ai eu tord… Je ne recommencerai pas si ça te gêne à ce point… »
« C'est moi qui devrais te présenter mes excuses », la coupa-t-il. « J'ai réagi de façon excessive… »
« … Néanmoins, je ne retire pas ce que j'ai dit », acheva-t-elle avec un petit sourire.
Elijah sentit qu'il rougissait malgré lui à ce compliment implicite, et détourna la tête avec embarras.
« N'en parlons plus… » marmonna-t-il.
Le jeune homme resta silencieux à côté de Maelys qui s'était accoudée à la balustrade et respirait profondément pour tâcher de recouvrer son calme, tout en fixant d'un air lointain les jardins qui s'étendaient au pied de la villa. En proie à une bataille intérieure, il hésita un moment devant la conduite à adopter. Puis, finalement, il se rapprocha de sa fiancée et lui entoura les épaules d'une étreinte qui se voulait réconfortante. Après une seconde de suspens, Maelys se détendit et posa sa tête contre la joue de ce dernier.
Ils demeurèrent ainsi sans bouger pendant une période indéfinissable qui pouvait avoir duré aussi bien une minute qu'un siècle. Enfin, Elijah rompit la trêve paisible qui s'était installée entre eux, et déclara à voix basse, de telle sorte que la jeune fille dut tendre l'oreille pour saisir ses paroles :
« Je ne te promets pas de t'aimer un jour comme tu le souhaites ou même de te rendre heureuse… Mais je te jure que je ne te trahirai jamais », acheva-t-il avec détermination et franchise.
« Ne fais pas de serment que tu pourrais violer… » rétorqua-t-elle en levant brusquement les yeux vers lui.
« Je me comprends. Je ne trahirai jamais la confiance et la foi que tu as placées en moi. C'est à cette promesse que je m'engage », répondit-il calmement.
Elle se contenta de hocher la tête à cette affirmation solennelle.
« Allons-y, il est temps de rejoindre les invités », reprit-elle enfin, visiblement désireuse de clore le sujet. « Ton père te cherchait, il m'a envoyée te débusquer de ta cachette ! Et ne proteste pas, tu t'es éclipsé pour fuir tes obligations de maître de maison ! »
« Bon, d'accord, c'est vrai ! » concéda-t-il d'une voix vaincue. « Tu sais que j'ai horreur de ces mondanités et aussi que je ne supporte pas la foule ! »
« Eh bien bon gré, mal gré, il faut quand même y retourner, très cher ! Un des investisseurs très important dans les entreprises de ton père est parmi nous ce soir. Il paraissait avide de faire ta connaissance… »
« Très bien, puisqu'il n'y a pas moyen d'éviter cette corvée… » soupira le jeune homme en affichant un air misérable de chien battu.
« Ne fais pas cette tête Elijah ! On dirait un gamin de six ans qui vient de se faire réprimander parce qu'il rechigne à manger ses épinards ! »
Tout en continuant à bouder, Elijah esquissa un sourire qui se transforma vite en éclats de rire. La bonne humeur subitement revenue de Maelys était communicative et l'explication difficile qu'ils avaient eu ne semblait plus qu'un mauvais souvenir. Les deux fiancés quittèrent le balcon comme si rien ne s'était passé. Bien sûr, leurs problèmes n'étaient pas résolus, mais d'un accord tacite, ils oublièrent leurs différents le temps d'une nuit. Le lendemain serait un autre jour.
OoOoOoOoAlexander était près du buffet abondamment garni de petits fours et cocktails de toutes sortes. Il promenait sur la foule chatoyante des invités un regard exercé tout en sirotant distraitement uns flûte de champagne qu'il n'avait prise que pour faire bonne figure. S'il y avait une chose à laquelle il tenait ce soir-là, c'était de conserver toute sa lucidité. L'alcool lui avait dans le passé joué de bien mauvais tours et il en gardait des souvenirs fort peu reluisants…
Depuis qu'il observait discrètement les allées et venues, il n'avait pas encore aperçu la seule personne qui l'intéressait et pour qui il avait parcouru plusieurs centaines de kilomètres pour se rendre à cette réception. Il avait tant attendu ce moment tout en l'appréhendant, qu'il devait se contrôler pour ne pas laisser transparaître sa nervosité.
Quand Maelys revint dans la salle de réception en entraînant Elijah à sa suite, il manqua lâcher sa coupe – heureusement vide – tant il fut saisi par cette apparition. Autour de lui les murmures s'étaient arrêtés, comme pour mieux signaler l'entrée du couple vedette de la fête. Alors que tous les hommes avaient le regard braqué sur la jeune fille, Alexander lui n'avait d'yeux que pour le splendide jeune homme qui l'accompagnait.
Incontestablement, Elijah Crawford était encore plus beau en réalité que sur les innombrables photos où il apparaissait en couverture de tous les magazines du moment. Pas très grand mais svelte et bien découplé, d'après ce que laissaient deviner ses vêtements, il avait le teint mat et un visage aux traits fins et réguliers. Ses lèvres bien dessinées sans être trop fortes et ses grands yeux d'un vert brillant empruntaient diverses nuances selon l'humeur. Quant à ses cheveux aussi noirs que des plumes de geai, ils retombaient souplement en mèches lisses qui caressaient son front et sa nuque en une coupe déstructurée.
Dès qu'il les aperçut, Taylor Crawford se dirigea vers eux et les emmena vers le buffet pour les présenter à Alexander.
« Alexander, voici mon fils Elijah et sa ravissante fiancée, Maelys Earnshaw. »
« Alexander Lewis. Très heureux de vous rencontrer. »
« Nous de même Monsieur Lewis, répondit Maelys. »
Vous pouvez m'appeler par mon prénom. Nous avons pratiquement le même âge, et puis, ce « Monsieur Lewis » sonne avec tellement d'emphase. Réservons cela aux réunions d'affaire je vous en prie !
« Dans ce cas, appelez-moi Elijah », intervint le deuxième jeune homme.
Comme les trois jeunes gens se lançaient dans une discussion passionnante sur l'art, Elijah apprit qu'Alexander était déjà un peintre reconnu et plébiscité par la critique. Ses œuvres ne laissaient personne indifférent, et provoquaient inévitablement une réaction très forte sur son public : soit on adorait, soit on détestait. Mais ses admirateurs aussi bien que ses détracteurs lui attribuaient la marque du génie.
Maelys, qui adorait toutes les formes d'expression artistique, manifesta de la curiosité et un grand intérêt pour les travaux du jeune homme. Le rendez-vous fut bientôt fixé où elle viendrait avec son fiancé visiter l'atelier d'Alexander.
Alors que la réception touchait à sa fin, Alexander et Elijah bavardaient aussi familièrement et librement que s'ils étaient deux amis qui se connaissaient depuis toujours. C'est alors que l'orchestre attaqua les premières mesures d'une valse à laquelle Maelys vouait un attachement tout particulier. Elle interrogea du regard Elijah, mais avant que ce dernier n'ait eu le temps de répondre, Alexander s'interposa :
« Me ferez-vous l'honneur de m'offrir cette valse ? Si votre fiancé n'y voit pas d'objection bien entendu. »
« Absolument pas. Maelys déplore d'ailleurs que je sois un aussi médiocre danseur ! » répondit Elijah en riant.
« Ne l'écoutez pas ! Il danse très bien quand il veut s'en donner la peine. Mais il a horreur de ça ! J'accepte avec plaisir s'être votre cavalière », reprit-t-elle à l'adresse d'Alexander.
Alexander s'excusa donc auprès d'Elijah , et en présentant à Maelys son bras sur lequel elle posa une main délicate, il fut envahi par l'effluve de son parfum. Elle dégageait une senteur de jasmin, sucrée sans être assez prononcée pour incommoder. Tandis qu'ils évoluaient sur la piste, le jeune homme la considéra d'un œil critique et ne trouva rien à dénigrer dans sa tenue ou son maintien – et en cette matière il était intransigeant. De fait, elle était éblouissante dans la robe de mousseline lavande aux subtils dégradés de parme dont l'étoffe vaporeuse suggérait tout et ne montrait rien. Ses cheveux d'une riche couleur auburn aux reflets dorés étaient relevés en chignon et pour tout bijou, elle ne portait qu'une bague à son annulaire gauche – sa bague de fiançailles.
Quand il l'avait vue arriver accompagnée de son fiancé, il avait admis à contre-cœur qu'ils formaient tous les deux un couple magnifique et en harmonie autant sur le plan physique qu'intellectuel. Tout homme sensé aurait été comblé d'épouser quelqu'un d'aussi exceptionnel. Pourtant, les futurs mariés, s'ils affichaient en surface une félicité parfaite, semblaient étrangement réticents à étaler leurs sentiments en public. Alexander ne parvenait pas à se persuader qu'ils n'agissaient ainsi que par timidité. Qu'est-ce qui se cachait sous le vernis habile des apparences ?
Alors qu'il se faisait ces réflexions, il sentit tout à coup sa cavalière trébucher et s'agripper à lui pour ne pas glisser et tomber sur le parquet impeccablement ciré. Par réflexe, il la retint par la taille, et en l'aidant à retrouver son équilibre, il croisa furtivement son regard et fut troublé par la profonde mélancolie qu'il lut dans ses yeux. Elle le remercia et comme la danse se terminait, il la reconduisit à regret auprès de son fiancé .
Il aurait aimé l'interroger sur les raisons de cette tristesse réprimée, mais après coup se rendit compte de l'absurdité de cette intention. Non seulement il aurait été malvenu de s'immiscer dans sa vie privée – il ne la connaissait que depuis quelques minutes – mais aussi, qu'espérait-il obtenir comme réponse ? Qu'elle se morfondait à cause d'un mariage arrangé avec un homme pour qui elle n'éprouvait rien ? Cette supposition était peu probable…
OoOoOoOoLes derniers convives désertaient les salles du château non sans avoir congratulé une dernière fois les « heureux parents » et transmis leurs vœux aux fiancés. Il était bientôt deux heures du matin et l'entrain du début de soirée avait laissé place à la fatigue générale.
Elijah raccompagna Maelys escortée de ses parents à leur limousine, et lui souhaita une bonne nuit – du moins le peu qu'il en restait – en déposant un léger baiser à la commissure de ses lèvres. C'était un baiser chaste et sans nulle équivoque, donné en demande de réconciliation et reçu en signe de pardon. Bien qu'en réalité le jeune homme n'eût strictement rien à se faire pardonner, c'était plus fort que lui, il s'estimait coupable de recevoir un amour qu'il ne partageait pas. Dans son cerveau embrumé par la lassitude, un remord irrationnel le disputait à une furieuse envie de s'allonger et de dormir.
En s'apprêtant à remonter l'escalier de marbre à l'entrée de la villa, son attention fut attirée par le bruit sourd et étouffé d'un moteur qui se refusait à démarrer. Il scruta les environs et aperçut une Porche d'un gris métallisé au volant de laquelle s'acharnait en pure perte le jeune investisseur qu'il avait rencontré le soir-même. Devant l'inefficacité de ses efforts, Alexander renonça et s'extirpa en pestant de sa voiture, visiblement ulcéré par ce contretemps.
Avec un soupir, Elijah se dirigea vers l'infortuné en se disant que son lit devrait encore l'attendre. Il aurait volontiers fait appel à un membre du personnel domestique pour régler ce problème, mais en constatant qu'il était le seul encore dehors, il se dit qu'il serait plus rapide de s'en occuper lui-même.
Et de plus, quelques fussent ses a priori, il avait trouvé Alexander sympathique et avait pris plaisir à s'entretenir avec lui pendant la réception. Il n'était pas comme tous les gens avec lesquels il avait l'habitude de travailler, il s'exprimait clairement et sans fioritures superflues, et surtout avait l'air sincère. Inexplicablement, Elijah s'était tout de suite senti en confiance avec son vis à vis, et quand il lui avait serré la main, une chaleur curieusement familière, qu'il jurerait avoir déjà expérimentée, s'était répandue dans chaque parcelle de son corps en lui procurant une impression de sécurité et d'appartenance.
« Est-ce que je peux vous aider ? » demanda-t-il au jeune homme une fois arrivé près de la voiture.
« Ce serait aimable à vous », remercia Alexander. « Je n'y connais pas grand chose en mécanique. »
Sans se faire davantage prier, Elijah souleva le capot et examina l'intérieur pour y déceler la cause de la panne. Quelques secondes plus tard, il se redressa et dit :
« Apparemment, il y a un problème au niveau des bougies ou du carburateur. Malheureusement, je crains de ne rien pouvoir faire pour y remédier dans l'immédiat. Il faudra l'amener chez un garagiste pour changer les pièces défectueuses. »
« Formidable ! C'est tout ce dont j'avais besoin ! » grommela son interlocuteur entre ses dents.
« Je suis sincèrement navré, Alexander.
« Vous n'y êtes pour rien ! Désolé de m'être emporté. »
« C'est compréhensible. Ecoutez, vous devez être fatigué et à cette heure-ci, à moins d'avoir recours aux services d'un dépanneur, tous les garages de la région sont fermés. De toute façon, je présume que vous habitez assez loin d'ici. Voici donc ce que je vous propose : passez la nuit à la villa. Nous disposons de nombreuses chambres d'amis qui sont libres. »
« C'est une offre généreuse de votre part, mais je ne veux pas m'imposer. »
« Ce n'est pas le cas. Au contraire, j'ai beaucoup apprécié notre discussion et je serais ravi de la poursuivre… demain matin si vous n'y voyez pas d'inconvénients. A présent je n'ai qu'une hâte : retrouver mon lit ! Alors ? Qu'en dites-vous ? »
« Très bien, dans ces conditions j'accepte volontiers. »
« Parfait ! Si vous voulez bien me suivre, je vais donner des instructions pour qu'on prépare votre chambre. Les domestiques se chargeront de placer votre voiture dans un endroit plus approprié, ne vous faites aucun souci à ce sujet. »
Alexander emboîta le pas à Elijah et les deux hommes retournèrent au salon dans lequel brûlait toujours une bonne flambée, les nuits étant fraîches en ce début de printemps. Elijah appela alors une femme de chambre et lui recommanda d'apprêter pour leur hôte impromptu une des chambres les plus spacieuses et confortables de l'aile des invités. Elle ne fut pas longue à revenir les avertir lorsque tout fut en ordre pour le recevoir.
Elijah l'accompagna jusqu'au seuil de la chambre qui lui avait été attribuée et il s'assura qu'il était bien installé.
« Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas. Le personnel est à votre service. Bonsoir Alexander. »
« Bonsoir Elijah. Et encore merci ! »
Sur ces mots, Elijah prit congé et regagna sa propre chambre. Il tombait de sommeil et devait lutter pour ne pas fermer les yeux.
Enfin seul dans la pièce, Alexander avait l'esprit à tout sauf à dormir. Les évènements prenaient un tournant inespéré mais ô combien providentiel pour lui. Il se déshabilla fébrilement et s'allongea sur le lit aux draps de satin dont il ressentit la douceur sur sa peau nue. Après tant d'émotions fortes, il pouvait bien s'accorder une pause. Mais auparavant, il lui restait une tâche à accomplir. Il sortit un petit miroir de la poche de sa veste et plongea dans son propre reflet, qui se brouilla pour faire place à un visage plus âgé et nettement moins avenant.
« Comment se déroulent les opérations ? » s'enquit abruptement l'inconnu.
« Il y a un changement imprévu… » Il entreprit de raconter en détails la soirée. Son vis-à-vis fronça les sourcils mais ne formula pas d'objections.
« N'oubliez pas de me contacter régulièrement », intima-t-il d'un ton péremptoire.
Son image se dilua progressivement et la glace ne refléta plus que les traits du jeune homme.
Pendant qu'il contemplait dans une immobilité absolue le plafond de la chambre, une image s'imposait à Alexander, qui lui causait paradoxalement autant de joie que de peine. Il se remémorait avec précision un visage magnifique éclairé par deux fascinants yeux de jade et un sourire pour lequel il était prêt à se damner.
Elijah… Ou plutôt Harry. Il n'avait plus aucun doute sur l'identité de son si ensorcelant et charismatique hôte.
A suivre…
