Cela faisait une semaine qu'il ne dormait plus. Une semaine qu'il revoyait sans cesse son combat contre son frère. Depuis une semaine, il avait la tête plongée entre ses bras sur son bureau. Il ne mangeait plus, buvait rarement, ne dormait plus. C'était plus un zombie qu'un être humain et ses dossiers en retard étaient presque aussi nombreux que ceux du général. Riza, qui avait décidé d'aller lui parler calmement et sans le brusquer – parce qu'Edward avait eu droit de revivre la transmutation de sa mère en boucle pendant 72 h suite à l'avoir brusqué –, s'avança vers lui. Elle fit un bref signe de tête aux Elric qui sortirent de la pièce. Elle prit une des chaises et s'assit à côté de lui.
- Virgil, commença-t-elle d'un ton doux.
- Oui, lieutenant-colonel ?
Il se prit une baffe.
- Je ne suis pas venu discuter en tant que supérieure, mais en tant qu'amie.
Alors qu'il activait le Mangekyô Sharingan, le mot « amie » résonna à ses oreilles. Il releva la tête vers Hawkeye qui eut un léger mouvement de recul en voyant la pupille rouge.
- Qu'est-ce que vous voulez, Riza ?
- Est-ce que tu t'es déjà regardé dans une glace, Virgil ?
- Non. Et la dernière fois que je l'ai fait, c'était pour voir la métamorphose de mon Sharingan.
- Il y a une semaine. Réfléchis un peu. Cela fait une semaine que tu ne dors plus, que tu ne manges plus. Tu n'as bu qu'une seule bouteille d'eau pendant une semaine et rien d'autre. Tu t'es amaigri. Tu nous as fait un coma éthylique le lendemain de sa mort et une tentative de suicide le surlendemain. Pourquoi ?
- Est-ce que vous savez ce qu'est de perdre un proche ?
- Comme tout le monde.
- Mais est-ce que vous savez de ce que c'est que de l'avoir tué ?
- Non.
- Alors, ne venez pas jouer les donneuses de morale sans savoir ce que l'on ressent lorsque l'on tue son propre frère.
Riza se leva, visiblement convaincue que personne ne pourrait le raisonner.
- Riza ?
Elle se retourna.
- Je m'excuse pour vous avoir manqué de respect. Vous êtes ma supérieure et je n'ai pas à vous parler comme ceci. Je suis conscient des efforts que vous et toute l'équipe faites pour moi. Et dites aussi à Elric que je suis désolé pour ce que je lui ai fais subir.
Il se releva et essuya les dernières larmes qui coulaient.
- Et dites aussi à Alphonse que je serais ravi de reprendre l'entraînement. Pour l'instant, j'invite tout le monde à manger.
Un sourire joyeux apparut sur le visage de Riza. Finalement, elle avait réussi à le raisonner. Virgil fut le premier à sortir du bureau et s'adressa à toute l'équipe.
- Allez, levez le nez de vos dossiers. C'est moi qui paye le restaurant.
L'équipe se leva, ravie de voir le changement opéré par la jeune femme, puis suivit l'Alchimiste des Ténèbres dehors.
Après s'être remplis la panse et avoir taxés à mort le pauvre Virgil :
Quelqu'un frappa à la porte du bureau.
- Entrez, fit Mustang, largement avachi dans son fauteuil.
Un soldat entra, une enveloppe à la main, puis la posa sur le bureau en ébène du général.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Votre prochain ordre de mission.
Roy soupira puis ouvrit l'enveloppe à
l'aide d'un coupe-papier. Il sortit la feuille et la déplia.
Sa lecture terminée, il sourit. L'ordre de mission ne le
concernait pas lui.
- Darkness, Fullmetal, Alphonse ! C'est
pour vous !
Les trois intéressés se levèrent puis lurent le papier. Edward évitait encore plus Virgil que le lait. La lettre disait ceci :
« Général de brigade Roy Mustang.
Comme vous devez le savoir, la partie Nord-Est d'Amestris est encore très peu connue et un ancien renégat a été retrouvé là-bas. Nous aimerions que vous envoyiez deux ou trois alchimistes d'état là bas afin d'escorter une certaine Akira Ross. Elle semble être à la tête d'une petite fondation qui aide les gens et s'est spécialisée en alchimie médicale. Elle pourrait être très utile à l'armée. Ramenez-la de gré ou de force. Il y a encore trop peu d'alchimiste pratiquant l'alchimie médicale au sein de l'armée.
Le Généralissime. »
- Vous acceptez ? demanda Roy aux alchimistes.
- J'accepte, répondit Al en premier.
- Si mon frère y va, j'y vais aussi.
- Virgil ?
- Ca me sortira de la monotonie de Central.
- Très bien. Vos billets sont dans l'enveloppe. Vous partez dans deux heures.
- Pardon ? s'exclamèrent les trois en même temps. Deux heures ?
- Dépêchez-vous de préparer vos affaires. Le train ne vous attendra pas.
Ils s'en allèrent, pestant contre ce « foutu canasson qui les envoyait en mission ». Jolie expression d'Edward à laquelle les deux autres rigolèrent de bon cœur.
Arrivé à son appartement, Virgil ouvrit son armoire constituée seulement de vêtements noirs. Il fourra les vêtements sans se rendre compte de ce qu'il emportait. Ensuite il enleva son masque, se déshabilla et entra dans la douche. Il en ressortit cinq minutes plus tard, la peau rougie par endroits, une serviette passée autour de sa taille. Il jeta ses anciens vêtements dans le panier à linge, puis en enfila des neufs et son masque. Il prit son grand sac de voyage puis sortit et ferma son appartement à clé pour aller au point de rendez-vous qu'ils s'étaient fixés avec Edward et Alphonse. Il était visiblement le premier. Il posa son sac par terre et s'adossa à un mur.
« Bon, faisons le point. J'ai tué mon frère. Je suis donc le dernier représentant vivant de ma famille et j'ai obtenu le légendaire Mangekyô Sharingan. »
Il fut tiré de ses méditations par Alphonse et Edward qui arrivèrent un quart d'heure plus tard. Sans s'adresser un mot, ils partirent pour la gare où le train partait déjà. Ils coururent à l'arrière du train et exécutèrent un grand saut avant de se raccrocher in extremis à la barrière.
- Qu'est-ce qu'on sait du Nord-Est du pays ? demanda Virgil lorsqu'ils furent installés dans leur wagon.
- Pas grand-chose, en fait. Tout ce qu'on sait, c'est qu'il fait bon et que les gens sont sympas.
- Et bien, c'est déjà ça. Au fait, comment s'appelle la jeune fille qu'on doit ramener ?
- Akira Ross. Elle a seize ans et elle est spécialisée dans l'alchimie médicale. On a rien, si ce n'est son nom. Il va falloir qu'on creuse à partir de là.
- Ca suffira. Et puis, si les gens sont peu coopératifs, je leur ferai mon petit tour.
Edward déglutit péniblement. La technique de Virgil était…comment dire…redoutable. Pendant le trajet, Virgil activa négligemment son Mangekyô et constata qu'en plus de voir les pensées et les mouvements des personnes, il arrivait à voir leurs points vitaux. Ceux-ci étaient figurés par des points blancs sur sa vision. Ragaillardi, il s'allongea sur la banquette et s'endormit alors que les deux frères discutaient de tout et de rien.
Il fut réveillé par Al qui lui secouait doucement l'épaule.
- On est arrivés, signala-t-il.
Virgil se releva puis empoigna son sac et le jeta négligemment sur son épaule avant de sortir à la suite de l'Elric.
- Il y a un hôtel dans le coin ? demanda Edward lorsqu'ils furent dans les rues.
- Je ne sais pas. On va demander.
Virgil s'avança vers une jeune femme.
- Excusez-moi, mais pourriez-vous nous indiquer, à mes camarades et moi-même, si il y a un hôtel dans cette ville.
- Oui, nous avons un hôtel. Vous prenez sur votre gauche au bout de la rue, ensuite vous continuez tout droit pendant deux rues et ensuite vous prenez la seconde à droite.
- Merci, mademoiselle.
- De rien.
Virgil et ses collègues suivirent la direction indiquée, puis arrivèrent devant un petit bâtiment en bois laqué, des volets bruns foncé, un toit en tuiles rouges, quelques fenêtres ornés de motifs. Sans prendre plus de temps, les trois alchimistes entrèrent dans l'auberge.
- A qui est-ce que je devrais envoyer la facture ? demanda la patronne.
- A l'armée, répondit simplement Edward en sortant sa montre.
- Très bien.
Les trois alchimistes prirent leurs bagages qu'ils montèrent dans leur chambre. Celle-ci était petite, meublée de deux lits : un lit à deux places, l'autre à une place. Il y avait, dans la chambre, une armoire, une table basse, un divan, trois tables de chevets et un grand fauteuil.
- Les frangins, vous dormez ensemble.
- Pas de problèmes.
- J'ai faim, annonça Edward.
- Descendez manger. Je vais faire un tour dehors.
- Il fait nuit.
- Et alors ?
- Vas-y, concéda Edward. Mais rentre avant minuit !
- Ok.
Voili, voilou. A vous de me dire maintenant comment vous avez trouvé ce chapitre. Personnellement, je le trouve un petit peu nul.
Extrait du chapitre prochain :
La pénombre régnait dans les rues, mais cela n'empêcha pas le Warren d'entendre d'où venaient les gémissements craintifs. Lorsqu'il arriva sur les lieux, un groupe de dix personnes acculaient une jeune femme contre un mur.
- Allez, viens. On ne te fera pas de mal.
La jeune femme ne répondit pas. Un œil rouge surgit dans les noirceurs de la nuit. Un homme tomba à terre.
- C'était quoi ?
- Moi.
Le masqué sortit de l'ombre, son Sharingan brillant d'une flamme intérieure. Trois hommes fondirent sur lui. Ils étaient bien entraînés. En trois coups portés aux points vitaux, les trois hommes s'effondrèrent, morts, sur le dallage. En quelques coups d'œil, Virgil remarqua que la jeune femme avait été enlevée.
Un gémissement tira Virgil de sa léthargie. Un homme était resté en vie. Le jeune homme l'attrapa par le col et le fixa intensément.
- Dis-moi où vous l'avez emmenée.
- Jamais.
- Alors tu vas souffrir.
L'iris de son Sharingan tourna sur elle-même, plongeant l'homme dans son plus mauvais souvenir pendant 72 h.
