Roy, vêtu d'un costume aussi noir que ses cheveux, sonna à la porte du lieutenant-colonel Hawkeye. Celle-ci vint lui ouvrir. Elle portait une simple robe noire qui mettait ses formes en valeur. Cette robe était fendue à mi-cuisse, elle laissait les bras ainsi que les épaules nues. Le laçage, situé au dos, laissait apparaître le haut du dos avant de se fondre en un motif complexe de cordons. Ses cheveux blonds étaient lâchés en arrière, masquant quelque peu le haut de son dos.
- Tu es prête ? demanda-t-il.
- J'arrive. Il faut juste que je donne à manger à Black Hayate et j'arrive. Entre. Tu m'attends ?
- Non, je vais partir, lança-t-il sur le ton de la rigolade en entrant.
- Grand abruti, va ! répondit-elle en souriant gentiment et en fermant la porte.
Il lui sourit en retour, puis elle disparut à l'intérieur d'une pièce. Roy entendit quelques jappements, puis le bruit de quelque chose que l'on verse dans une gamelle, puis Riza sortit de la pièce. Elle prit son sac à main et esquissa un geste vers son revolver avant que Roy ne lui pose une main sur le poignet.
- Tu n'auras pas besoin de ça, Riza, lui assura-t-il.
- Mais toi, tu as bien tes gants. Je me trompe ?
Il enleva ses gants blancs et lui tendit. Elle les observa et remarqua qu'il n'y avait pas le cercle de transmutation dessus.
- Excuse-moi. C'est juste que dès que je te vois avec des gants, j'ai l'impression que ce sont tes gants d'alchimiste.
- Ce n'est pas grave. L'erreur est humaine. Allez, viens.
Elle sortit à la suite de Roy, puis ferma la porte à clé. Elle ne remarqua aucun véhicule puis se souvint brusquement que le général ne savait pas conduire.
- On va y aller à pieds ? demanda-t-elle.
- Oui. Pourquoi ?
- Non, rien. Ca me fait juste étrange d'y aller à pieds.
- Tu verras. C'est tout aussi bien, lui assura-t-il.
Elle s'approcha de lui, puis il passa un bras autour de sa taille avant qu'elle ne pose sa tête sur son épaule. Ils commencèrent à marcher. Pendant tout le trajet, aucun des deux ne dit mot. Ils appréciaient ce silence à sa juste valeur. Chacun étant contre l'autre ; chacun profitant de la chaleur de l'autre ; chacun entendant le cœur de l'autre battre à un rythme calme et régulier. Le bruit de leurs pas résonnait sur le sol froid. Le soleil avait déjà décliné depuis quelques instants et la lune éclairait les rues de sa lumière froide. Après quelques minutes, ils aperçurent enfin le restaurant. Roy se détacha, à contre cœur, de Riza, puis entra, suivi du lieutenant-colonel.
- Vous avez réservé ? demanda le serveur.
- Oui.
- A quel nom, s'il vous plaît ?
- Mustang.
- Suivez-moi, je vous prie.
Le serveur les emmena jusqu'à une table pour deux personnes à l'écart du reste de la salle. Les deux militaires s'installèrent. Tout de suite après qu'ils se soient installés, le serveur leur apporta deux cartes. Chacun des deux ouvrit la sienne, puis parcourut des yeux les différents apéritifs. Ils reposèrent les cartes en face d'eux.
- Tu as choisi ?
Elle acquiesça d'un signe de tête.
- Et toi ?
- Aussi.
Le serveur arriva quelques instants après et leur demanda s'ils avaient choisis.
- Un whisky, pour moi, répondit Roy.
- L'apéritif maison.
- Très bien. Je vous apporte les amuse-bouches en même temps ?
- S'il vous plaît.
Le serveur disparut en cuisine, puis revint trois minutes plus tard, un plateau contenant deux verres et un autre minuscule plateau en argent couvert d'un napperon en papier blanc. Il déposa les deux verres et le mini-plateau au centre puis s'en alla. Riza attrapa un des apéritifs alors que Roy vidait son verre de whisky d'un trait. Riza empoigna son verre et en but une gorgée. L'alcool lui irrita la gorge alors qu'il passait. Elle sentit sa gorge la brûler. Ce fut passager, mais douloureux. Elle qui n'avait jamais bu d'alcool.
- Ah, tu as pris l'apéritif maison, constata Roy qui venait de commander un second whisky. Liqueur de litchi, eau de vie de prune et un brin de marc de tokay. C'est vrai que c'est fort.
- Je n'aurais pas dû prendre ça, répondit-elle, la voix sifflante.
Roy lui sourit et lui prit la main.
- C'est juste au premier abord. La première fois, ça brûle la gorge, mais après ça va mieux. Ne t'inquiète pas.
- Pour toi, ça a l'air d'aller.
- Je prends toujours la même chose chaque fois que je vais dans un restaurant, expliqua-t-il. Avec le temps, j'ai fini par m'y habituer.
- Je vois ça. Tu es déjà venu ici ?
- Non. C'est la première fois. Je me suis dit que pour une fois, j'allais inviter une femme dans un restaurant sérieux et plutôt bien réputé.
- Pourquoi ? D'habitude tu les emmènes dans des endroits malfamés ?
- On peut dire ça comme ça. Tu es la première que j'invite dans un vrai restaurant.
Elle lui sourit une énième fois, puis serra son étreinte sur la main gantée du jeune homme en face d'elle. Ils se fixèrent du regard quelques instants, en oubliant tout ce qui les entouraient sauf les yeux de l'autre. Ils furent brusquement tirés de leur rêverie par le serveur qui leur amenait deux cartes. Roy lâcha la main de son amante et prit la carte qu'il ouvrit et consulta. Riza fit de même. Au bout de deux minutes, les deux tourtereaux avaient choisis et attendaient désormais le garçon. Celui-ci – ce n'était pas le même qu'au début de la soirée – arriva avec un plateau dans la main et un torchon sur son bras.
- Puis-je prendre votre commande, messieurs, dames ?
- Un filet de turbot pour moi, s'il vous plaît.
- Une entrecôte saignante pour moi.
Le garçon hocha la tête et repartit en direction des cuisines. Main dans la main, Roy et Riza discutèrent de tout et de rien, du boulot et d'autres choses sans intérêt en attendant leurs repas. Celui-ci arriva vingt minutes plus tard. Le jeune homme déposa les assiettes devant eux.
- Mettez-nous un pichet de Sylvaner avec, s'il vous plaît.
- Oui, monsieur.
Ils commencèrent à manger tranquillement, tout en s'interrompant pour boire ou discuter. A la fin du repas, Riza avait les pommettes rouges et l'alcool lui montait un tantinet à la tête. Malgré cela, elle restait maîtresse d'elle-même.
- L'addition, s'il vous plaît, fit Roy au serveur.
- Tout de suite, monsieur.
Quelques minutes plus tard, l'addition arriva. Roy la régla et entraîna Riza dehors. Ils marchèrent jusqu'à chez Riza dans la même position qu'à l'aller. Puis, arrivés devant chez elle, elle vit Roy qui commençait à partir.
- Tu ne veux pas rester ? lui demanda-t-elle. On est Vendredi. Demain, c'est le week-end et on ne travaille pas.
Roy sourit, comprenant l'allusion, puis entra à la suite de sa subordonnée. La nuit promettait d'être longue.
