Promesses retenues

14 reviews ! Et bien, quand vous disiez que vous attendiez la suite, j'aurais dû vous croire !

Merci donc à Thamril, Ana, Lazoule, Keira, Mystick, Juliette (ouais relis la fin de l'autre avant de continuer !), Dante, Eriol, Alana Chantelune, Antadélie, Ryan (mal partis ? Tu es bien optimiste mon cher, mais de la bagarre… tu vas être servi !), Kalou et Sam…

Sinon c'est toujours un texte original de Robin 4, une traduction de Petite Plume et un service technique (relecture et mise en ligne) de Fénice…

Tout ce que vous pouvez encore reconnaître, reste à celle qui touche les droits…

Chapitre Deux : Seul dans les ténèbres

La dernière personne que les étudiants flânant dans la cour s'attendaient à voir passer les portes du château était Sirius Black, sa robe noire poussiéreuse et le côté de son visage maculé de sang séché.

Le soleil se couchait à présent; le repas de fin d'année avait été interrompu prématurément par le malaise non expliqué du directeur, et chacun essayait toujours deviner ce qui avait pu se produire. Harry avait été le seul étudiant autorisé à rester pendant cet étrange évènement, en raison de ses relations avec le directeur, mais il n'avait pas non plus compris ce qui s'était produit. Tout qu'il savait, c'était que Remus avait dit que le Ministère avait été détruit et que le phénix de Dumbledore était venu à Poudlard - mais comment Remus avait-il pu voir le Ministère? Il était tombé et était resté étendu là, dans le silence, tout le temps… D'ailleurs il était impossible de détruire le ministère de la Magie. Tout le monde le savait.

Harry se mit soudain à trembler. Ses parents étaient tous les deux au Ministère, ainsi que Peter et tant d'autres... Mais le ministère était indestructible. Son système de sécurité était le meilleur. Il déglutit. Si c'était impossible, pourquoi ça lui faisait si froid dans le dos?

Voir Sirius ne le rassurait pas vraiment. Le parrain qu'il avait récemment appris à connaître semblait différent des autres fois où Harry l'avait vu ; à cet instant, il était froid, grave et implacable. Sirius semblait soudain dangereux, et il traversait la cours à grandes enjambées, regardant autour de lui comme s'il voyait tout et rien en même temps. Son regard était distant et furieux, et Harry jamais n'avait jamais vu quelqu'un se déplacer avec une telle puissance naturelle et une telle présence. Pendant un moment, il en fût presque effrayé, mais il se souvint alors que c'était Sirius, son parrain et le meilleur ami de son père. Il n'avait rien à craindre.

Les autres ne semblaient pas de cet avis, alors que Harry courrait en direction de Sirius; les élèves qui étaient dans la cours se mirent à chuchoter. Personne ne savait quoi penser et quoi faire. Harry entendit l'exclamation choquée de Hermione derrière lui, mais il l'ignora et se dépêcha de rattraper son parrain.

"Sirius!"

L'Auror ralentit l'allure et sembla remarquer la présence de Harry seulement en l'entendant parler. Sa voix était laconique. "Pas maintenant, Harry."

Harry s'arrêta, incapable de croire ses oreilles. "Quoi "

"Ce n'est pas le moment." Brièvement, Sirius serra l'épaule de Harry, mais même cette marque d'affection était distraite et distante. Ses yeux bleus étaient sombres. "Plus tard."

"Qu'est-ce que tu fiches ici, Black " - demanda brusquement une voix froide, Harry se retourna et vit Rogue s'approcher. Sirius, cependant, s'était remis en marche, allant droit au devant de la terreur au nez bossu de Poudlard.

"Je dois parler au directeur, Rogue."

Quelque chose traversa brièvement les traits du directeur adjoint, son visage était tendu. "Il se repose."

"C'est important." Harry n'avait jamais vu Sirius si froid. "Je ne serais pas ici si ça ne l'était pas."

"Ce n'est pas mon problème pour l'instant" gronda Rogue. "Je ne crois pas que tu comprennes la situation —"

"Non, je crois que c'est toi qui ne comprends pas," l'interrompit Sirius, soudain il eut l'air inquiet et dévisagea le directeur adjoint. "A moins que tu ne —?"

Ils venaient tous deux de comprendre au même instant, Rogue pâlit. Sa voix n'était plus qu'un murmure effrayé, Harry doutait que quelqu'un d'autre l'ait entendu. "Le Ministère."

Sirius acquiesça vivement. "C'est encore pire que ce que je pensais."

-

Dans les heures qui suivirent, tous les élèves furent renvoyés chez eux - un jour plus tôt que prévu et sans aucune explication – par le Poudlard Express. Tous les élèves excepté quelques uns, Harry, entre autres, resta ainsi que tous les Weasley. Neville Londubat aussi resta, il y en avait quelques autres et Harry suspectait que tous comptaient des parents dans l'ordre du Phénix. Bien qu'ils aient discuté les évènements tranquillement entre eux, aucun ne trouvait de raison à leur obligation de resterà moins qu'ils ne soient en danger uniquement parce qu'ils étaient les enfants des membres de l'Ordre. Mais aucun d'eux ne comprenait ce que le Seigneur des Ténèbre pourrait faire avec un groupe de sorciers de premier cycle.

Les choses devinrent plus intéressantes après le départ de la plupart des professeurs ce soir là ; leurs parents arrivèrent au bout de quelques heures.

Harry faillit ne pas voir sa mère quand elle arrivai au côté de Molly Weasley ; il jamais vu sa maman et avec celle de Ron ensemble, et son visage fatigué en tendu la rendait méconnaissable. A quelques mètres derrière elles, Bill Weasley aidait son père à marcher, le papa de Ron boitait beaucoup. Avant qu'il n'ait pu rejoindre Lily, il vit Sirius aller à leur rencontre.

"Comment va-t-il" demanda immédiatement le parrain de Harry.

Lily haussa les épaules, elle avait l'air plus âgée et fatiguée. "Ils ne savent pas encore..." elle déglutit. "Les Aurors que tu as laissés avec lui y sont toujours."

"Bien." Sirius se tourna vers le petit homme qui accompagnait Lily. "J'ai entendu dire que tu as été parfait aujourd'hui, Peter."

Le sorcier blond fronça les sourcils et secoua la tête. "Pas assez."

Finalement, Lily remarqua son fils qui l'attendait avec une impatience grandissante. Elle lui parla franchement. "J'ai une mauvaise nouvelle, Harry."

"C'est papa?" Il n'était pas assez stupide pour ne pas remarquer l'absence de son père, et il ne fallait pas être devin pour savoir que la personne dont sa mère et Sirius parlaient n'était nulle autre que James Potter. Harry avala nerveusement sa salive. Ce n'était pas parce que son père avait déjà été à l'hôpital auparavant que ça rendait les choses plus faciles…

"Il est à Sainte Mangouste," confirma calmement sa mère. "Le Ministère a été attaqué…"

Alors qu'une ombre passait dans son regard, Sirius la coupa en lui prenant le bras. "On doit y aller, Lily," dit-il tranquillement. "Remus et les autres nous attendent."

"Mais ? Et papa ?" demanda Harry alors que sa mère acquiesçait en tremblant. Etrangement, ce fût Peter qui lui répondit.

"J'étais avec lui à Sainte Mangouste, Harry," le rassura le petit homme. "Ils m'ont assuré qu'il allait s'en sortir mais, pour le moment… pour le moment, il ne peut plus marcher. Et ils ne savent pas comment le soigner."

Harry sentir son estomac se nouer. "Il ne peut plus marcher?"

"On n'est pas sûrs que ce soit définitif," intervint Sirius, Harry remarque pour la premières fois les cernes autour de ses yeux. "Les médecins s'occupent de lui."

"Oh."

Il avait tant de questions à poser mais quelque chose dans l'expression de Sirius l'en empêcha. L'air fatigué de sa mère ne faisait qu'augmenter son inquiétude, pourtant il n'insista pas se promettant de poser plus de questions plus tard. Il n'était pas stupide et c'était son père qui était à l'hôpital. Si quelqu'un avait le droit de connaître la vérité, c'était bien lui.

Il ne se doutait pas de combien la situation allait se corser.

-

C'était la première fois que l'Ordre du Phénix se réunissait en entier depuis le début de la guerre contre Voldemort. Au fur et à mesure des années, l'Ordre était devenu d'abord trop important, et surtout trop secret, pour se réunir au même endroit au même moment; le temps avait permis au Seigneur des Ténèbre de placer des espions dans l'Ordre tout comme eux en avaient placés dans ses rangs. Ils n'avaient jamais pris le risque de se réunir avant, mais à cet instant, ils avaient trop à perdre pour ne pas se réunir. Espions ou pas, il fallait agir.

À peine huit heures étaient passées depuis l'attaque du Ministère, et l'Ordre de Phénix était rassemblé dans la Grande Salle de Poudlard. L'école était le seul endroit inatteignable qui leur restait depuis la chute du Ministère, aucun autre endroit n'était assez sûr. Les membres s'observaient donc avec méfiance, frayeur voire désespoir. Tous se rendaient compte de l'absence de leur membre le plus important : Albus Dumbledore. Aucun, d'ailleurs n'arrivait à imaginer l'ordre du Phénix sans les conseils et la force du légendaire sorcier. Il n'était pas là alors qu'ils avaient tous besoin de lui, maintenant. Peu s'attendaient à voir un sorcier mince aux cheveux bruns s'avancer pour prendre sa place. A à peine 32 ans, Remus Lupin était beaucoup trop jeune.

"Merci à tous d'être venus si vite" dit-il tranquillement, cachant sa nervosité. "A l'heure qu'il est, je suis certain que vous avez tous entendu les rumeurs."

"En fin d'après-midi, le ministère de la Magie a été attaqué par Lord Voldemort et ses partisans. Nous ne savons pas encore combien de personnes sont mortes dans cette attaque, mais nous savons que beaucoup de sorciers et de Moldus ont été massacrés par les Mangemorts et les Détraqueurs. Les journalistes Moldus parlent d'un attentat terroriste. Mais, ils n'ont aucune explication pour les gens sans âmes qui errent dans les rues de Londres.

"Nous savons, cependant, qu'Albus Dumbledore et Arabella Figg sont parmi les morts. Tout comme plusieurs des chefs des départements du Ministère. Les deux seuls que nous avons pus contacter sont Cornelius Fudge, le chef du département des Catastrophes magiques, qui était en vacances avec sa famille ; et James Potter, le chef du département d'Application de loi magique, qui est pour l'instant soigné à Saint Mangouste. Autant dire que nous n'avons plus de gouvernement."

Remus marqua une pause et inspira profondément; Sirius pouvait lire l'épuisement sur son visage et vit que Rogue et Fletcher l'observaient avec attention. Remus n'avait pas pu expliquer ce qui lui était arrivé un peu plus tôt – enfin, il n'avait pas eu le temps de le faire, mais Sirius savait qu'il avait eu une vision et s'était effondré. Ce qui les avait effrayés le plus, c'était que Remus avait vu le Ministère tomber, et avait su que Dumbledore était mort au moment même où Fumseck était arrivé. L'arrivée de Fumseck à Poudlard – auprès de Remus – était toute aussi inquiétante, tous deux savait ce que ça voulait dire.

"Ainsi, le devoir de mener la guerre revient à l'ordre du Phénix" continua tranquillement le directeur. "Jusqu'à ce que le ministère soit reformé, nous sommes tout ce qui reste. Après réunion avec le Premier Cercle, j'assumerai la direction de l'Ordre." Ses yeux parcoururent la foule. "à moins que certains parmi vous ne soient pas d'accord."

Le silence accueillit ses paroles. Peu dans l'Ordre étaient au courant pour la Fontaine, mais ils voyaient que Remus avait changé. La différence était évidente, même pour des yeux non avertis; et quand Fumseck avait atterri avec élégance sur l'épaule de Remus, la décision avait été prise. Le phénix avait choisi Remus J. Lupin. Le mystérieux Premier Cercle avait accepté. L'Ordre suivrait.

"Merci." La voix calme de Remus résonna dans le silence, il se tourna légèrement et fit un signe de la tête à Sirius. Après une profonde inspiration, il avança d'un pas, luttant pour garder un visage impassible. Je déteste ça pensa-t-il avec acidité. Je déteste leur façon de me regarder, en espérant des réponses juste parce que j'ai été assez stupide pour faire face à Voldemort et survivre. Ces personnes sont censées savoir. Il résista au besoin de déglutir nerveusement. Il manquait trop de visages dans la foule, ceux des morts présumés ceux des hospitalisés comme James et Alice Londubat. Et tellement d'Aurors.

"En l'absence de James, j'ai pris la tête des Aurors. Bien que nous ayons subit de nombreuse pertes, nous sommes probablement l'une des seules divisions du Ministère qui n'ait pas été entièrement décimée par l'attaque. En ce moment, j'ai des Aurors qui protègent les deux chefs de département survivants et les autres fouillent les décombres depuis la tombée de la nuit à la recherche de survivants. Jusqu'ici, il y a eu très peu."

Sirius vit la tristesse et la crainte se refléter sur presque chaque visage alors qu'il marquait une pause pour les observer. Ils connaissaient tous les risques depuis qu'ils avaient rejoint l'Ordre, mais personne ne s'était attendu à ça – même pas Dumbledore. Dumbledore. Sirius cilla. Peter lui avait parlé de l'avertissement du vieil homme, et Lily lui avait rapporté les paroles qu'il avait adressées à Voldemort"Il est temps, Tom." Savait-il? Pouvait-il l'avoir su? Sirius frissonna soudain en pensant à la noirceur qui devait hanter l'esprit de ce vieil homme, il se prit à espérer qu'il avait finalement trouvé la paix. S'il savait, pourquoi l'a-t-il fait? Pourquoi a-t-il choisi de mourir?

C'était la triste et sinistre vérité : Dumbledore aurait pu survivre. Il aurait pu fuir. Au lieu de cela, il a choisi de mourir. Il est temps ? Il s'était sacrifié sauver les autres, pourtant Sirius savait que le vieux sorcier était trop intelligent pour faire une chose pareille en pensant qu'on avait encore besoin de lui... ce qui signifiait que Dumbledore pensait qu'ils s'en sortiraient sans lui. Sirius retint le rire amer qui a menaçait de sortir. Qu'a-t-il fait, mis à part nous laisser sans guide, désorientés dans cette tempête? Il devait y avoir plus. Dumbledore n'avait jamais agi sans raison. Sirius n'avait juste pas encore compris.

Remus reprit la parole. "Je ne vous ai pas demandé de venir ici aujourd'hui pour que vous perdiez espoir, mais pour vous aider à comprendre ce que l'Ordre devra faire cet été. Voldemort a remporté une victoire, mais il n'a pas encore gagné la guerre, et si nous restons unis, nous survivrons."

-

A l'aube, le Premier Cercle était réuni dans le bureau de Remus. Tous les cinq étaient restés éveillés toute la nuit, Lily avait la plus mauvaise mine. La mort de Dumbledore l'avait frappée de plein fouet, Remus le savait; en réalité, ils souffraient tous de l'absence du vieil homme, particulièrement Severus. Remus savait que son directeur adjoint avait toujours eut un lien spécial avec le vieux directeur, Dumbledore avait été celui qui l'avait accepté, lui fait confiance – il avait offert à Rogue une deuxième chance. Remus avala sa salive. Il offert une chance à tant de monde... même s'il le niait. Il n'y avait pas une personne dans cette pièce qui ne doive rien à Dumbledore.

Dans un coin, Fumseck pleurait toujours silencieusement, donnant une atmosphère lourde et douloureuse à leur réunion. Quand Remus ne supporta plus ce silence plus, il s'éclaircit la gorge. Hésitant, il commença"je suis désolé de vous forcer à rester debout si tard."

"Je doute que l'un d'entre nous ait dormi de toute façon" commenta sèchement Severus. Dung renifla pour marquer son accord, et Lily continua à fixer ses mains, tout en acquiescant avec fatigue.

"Cette nuit n'était pas faite pour dormir, quoi qu'il en soit" convint Sirius ans cesser de regarder par la fenêtre. "Il y a trop de questions sans réponses."

Fletcher acquiesça. "Je suis d'accord."

"Ce qui m'inquiète," intervint doucement Lily, "c'est que toi, Severus, tu n'était pas au courant de cette attaque. Il semblerait que ça prouve un manque de confiance de la part de Voldemort."

Rogue renifla. "Tu veux dire qu'il aurait des soupçons," répondit-il brusquement. "Inutile de tourner autour du pot."

"Et bien, oui." Lily haussa les épaules pour s'excuser.

"Mais pourquoi ? Comment ?" demanda Fletcher.

"Il pourrait y avoir une centaine de raisons," répondit le mangemort. "Ou c'était simplement —c'est peu probable— un oubli."

"Et s'il sait que tu es un espion ?" demanda doucement Remus.

"Je suppose que je connaîtrai la réponse à cette question si je survis à ma prochaine rencontre avec lui." La voix de Severus était dure mais le directeur pouvait lire son inquiétude dans ses yeux noirs. Ils jouaient à un jeu très dangereux, Remus le savait, le moindre faux pas était synonyme de mort.

"Ce n'est pas très rassurant," répondit Lily.

"Ça n'était pas le but."

"Nous avons un autre problème," intervint Sirius, faisant froncer les sourcils à Remus.

"Lequel?" demanda-t-il.

"Quand j'ai parlé à Fudge tout à l'heure, il m'a clairement demandé qui était pressenti pour diriger le prochain gouvernement," répondit sombrement l'Auror. "Je lui ai dit que ce n'était pas le moment de s'en soucier et j'ai sorti ma tête de la cheminée aussi vite que possible. Mais ça l'intéressait au plus haut point."

"Oh, fantastique," marmonna Lily.

Fletcher eut une grimace de dégoût. "Fudge est le gars le plus ambitieux que j'aie jamais rencontré. S'il obtient le poste, autant jeter l'éponge tout de suite!"

"C'est justement la raison pour laquelle Malefoy et tous les autres mangemorts influents vont le soutenir," leur rappela Rogue, ce qui lui valu des regards hargneux. Remus intervint avant que la conversation n'ait le temps de dégénérer.

"C'est pourquoi on ne doit pas le laisser faire," sa voix était beaucoup plus calme qu'il ne l'était. "Nous devons donc trouver notre propre candidat – de préférence quelqu'un qui fait partie de l'Ordre."

"Ca fait peu de possibilités, Remus," remarqua Dung. "Surtout si tu veux quelqu'un du Premier Cercle."

"A moins que Lily le fasse," dit soudain Sirius avec un sourire blême, faisant tourner toutes les têtes.

"Moi ?"

Remus sentit un sourire se former sur ses lèvres; Sirius avait lu ses pensées. "Qui d'autre?" demanda-t-il. "Tu sais sûrement plus de choses sur ce poste que nous tous réunis. Combien de temps as-tu été l'assistante de Dumbledore? Huit ans?"

"Ce n'est pas la question," objecta Lily. "Je ne suis pas une politicienne. Je n'ai même jamais eut de bureau—"

"Dumbledore non plus."

"Ça n'a rien à voir, Remus." Les yeux verts de Lily étaient pleins de vie à présent, elle les observa tour à tour. "Ecoutez, je suis touchée par la confiance que vous me faites mais souvenez vous, je suis censée travailler dans l'ombre ? Officiellement, je ne suis rien de plus qu'une secrétaire —je n'ai pas la confiance des gens et nous allons en avoir besoin." Elle avala. "Il nous faut quelqu'un de plus connu que moi."

Remus ouvrit la bouche pour répondre mais il fut coupeà sa grande surprise, par Severus. "Et James ?"

"Quoi ?"

Il avait répondu instinctivement mais l'idée fit son chemin dans son esprit après un court instant. James. Il n'aurait jamais pensé à son ami, mais James était connu et il était assez fort pour remplir cette mission. Tant de monde dans la communauté magique le considérait comme un héro; il avait été à la tête des Aurors pendant plusieurs années et avait réussi à survivre malgré les multiples tentatives de Voldemort pour le tuer. En plus, il était intelligent, puissant et membre du Premier Cercle. James remplissait tous les critères auxquels Remus pensait pour faire un ministre idéal, et il était déjà à la tête d'un département, il était donc sur un pied d'égalité avec Fudge.

"Vous savez," dit doucement Lily, la concentration se lisait sur son visage, "ça devrait marcher."

"Ce serait la solution parfaite, aussi" Dung réfléchit. "Je veux dire, Remus ne peut pas le faire... Sans offense." Remus fit un signe de la main en réponse au regard d'excuse de Fletcher, il comprenait que sa condition ne lui permettait pas de prétendre au poste de ministre de la Magie. De plus, il n'aurait jamais a voulu quitter Poudlard, même si une telle chose avait été possible. C'était presque un soulagement à ne pas avoir à s'inquiéter de deux nouveaux genres de responsabilité.

"Attendez une minute" les interrompit Sirius, il se détourna de la fenêtre et s'appuya contre le mur. Ses mains étaient enfoncées profondément dans des ses poches et il avait toujours ses plaies sur le visage - il n'avait pas pris la peine d'aller se faire soigner - sa voix était sinistre. "Nous devons demander à James son avis avant de commencer à planifier quoi que ce soit."

Severus lui jeta un coup d'oeil fatigué qui n'avait rien à voir avec l'expression qu'il réservait habituellement à Sirius. "Naturellement nous le feront" répliqua-t-il en levant les yeux au ciel. "Cependant, je crois que la question actuelle est si l'idée fonctionnera ou pas. Si Fudge peut entrer assez tôt dans la compétition et commencer à recevoir des appuis suffisants, cette conversation entière aura été pour inutile."

"Ca n'arrivera pas." Sirius eut un sourire fatigué, tous les regards se tournèrent vers lui. Remus leva un sourcil interrogatif - son ami ne connaissait pas bien Fudge, et n'avait aucune idée de la mesure de son ambition - mais il se demandait ce que voulait dire la lueur machiavélique dans les yeux de Sirius ? Il savait quelque chose, il allait ouvrir la bouche pour demander des explications mais son adjoint fut plus rapide.

"Excuse-moi, mais nous ne partageons pas ta confiance," remarqua sèchement Severus.

"Fudge ne sera pas un obstacle. Au moins pendant quelques temps."

"Arrête de sourire bêtement et explique nous pourquoi," s'énerva Lily. Remus renifla et Sirius lui sourit.

"J'ai demandé à Hestia Jones de le protéger."

Remus ne put se contrôler et éclata de rire. Après un moment, Lily fit de même, elle avait essayé de cacher son amusement soudain derrière une toux étranglée. Dung et Severus les fixaient tous les trois pendant que Sirius riait sous cape, il s'expliqua.

"Hestia n'est pas exactement quelqu'un de facile" il sourit d'un air affecté. "Sous ses yeux attentifs, Fudge ne va faire aucune apparition publique, aucun discours pour le bien 'du monde magique, il n'interviendra pas dans le gouvernement de quelque manière que ce soit. Il restera en vacances, sagement et en sécurité, bien à sa place."

Dung renifla. "Excellent."

"En effet." Pour une fois, même Rogue fut d'accord avec Sirius, Remus ne put s'empêcher de sourire en le voyant. Mais l'amusement disparut immédiatement quand il se remit à réfléchir. La situation s'est inversée, pensa sinistrement le nouveau chef de l'ordre du Phénix.

Nous devons maintenant trouver comment y remettre de l'ordre.

-

"Nous avons parlé à Lee aujourd'hui," dit soudain Fred, sortant les autres de leur silence.

Harry leva les yeux. A sa droite, Ron et Ginny (qui était arrivée avec ses parents la veille) essayaient de se concentrer sur un jeu d'échec version sorcière - et échouaient lamentablement. Même les pièces d'échecs normalement désagréables de famille de Weasley se montraient dociles comme si elles pouvaient ressentir l'humeur sombre des jeunes gens qui occupaient la salle commune de Gryffondor. Non loin d'eux, Neville lisait un livre sur de botanique, mais Harry aurait pu juré qu'il n'avait pas tourné une seule page depuis plus d'une heure. Fred et George, tous deux à la gauche de Harryéchangeaient un bref regard de temps en temps mais restaient silencieux. Ils avaient commencé une bataille explosive avec Harry, mais aucun n'avait pu se concentrer sur la partie, ils attendaient donc dans un silence de plomb.

Percy, naturellementétait dans la bibliothèque, il était parti une demi heure auparavant après avoir traité les jeunes Gryffondors d'immatures. Mais ça leur était bien égal. L'année scolaire était officiellement terminée, mais il continuait à se comporter comme un préfet et à les harceler pour qu'ils fassent quelque chose d'utile, ils n'étaient pas sûrs de comprendre ce qu'il entendait par là. C'était, après tout, seulement le début de l'été, et les enfants avaient du mal à trouver comment occuper le reste de leur après midi.

La tour de Gryffondor semblait vide sans leurs camarades de classe, tellement vide et tellement morte. Leur excitation qui avait suivi l'arrivée de l'Ordre du Phénix était retombée ; chacun des six enfants avait été rapidement informé qu'ils étaient "beaucoup trop jeunes" pour assister à ces réunions et devraient trouver une autre occupation. Même la mère de Harry, qui était habituellement beaucoup plus ouverte et moins secrète que Mme Weasley, avait gardé un silence surprenant et refusé de répondre leurs questions. Harry avait vaillamment essayé de lui sous tirer des informations, mais il avait échoué. Aujourd'hui, même les blagues ne les intéressaient pas. Le château était trop calme, et il y avait trop d'adultes - mais ce n'était pas le moment de faire des plaisanteries, quoi qu'il en soit. Ainsi ils se retrouvaient donc seuls dans le dortoir, regrettant discrètement que Neville et Ginny soient présents; s'ils avaient été seuls, les Misfits auraient pu étudier une carte très singulière que les jumeaux avaient toujours en leur possession. Malheureusement, même s'ils avaient pensé à mettre Ginny dans la confidence, ils ne pouvaient se résoudre à laisser Neville seul. Alors ils attendaient et se posaient des questions.

"Maman nous a laissé l'appeler par la cheminée," expliqua George. "Il va bien. Il est arrive chez lui la nuit dernière."

"Désolés de ne pas vous l'avoir dit plus tôt," s'excusa Fred. "Maman était un peu réticente à l'idée de nous laisser utiliser la cheminée. Elle n'arrêtait pas de nous parler de discrétion."

"Il va revenir à la rentrée?" demanda Harry.

La mère de Lee était Moldue, et comme ils le savaient tous depuis la mort de son mari, Reina Jordan laissait entendre qu'elle ne permettrait pas à Lee de retourner à Poudlard pour sa quatrième année. Lee avait protesté, mais sa mère avait tout simplement peur. Elle avait déjà perdu son mari à cause des Mangemorts, et savait que Lee, en tant que sang-mêlé et fils d'un Aurorétait maintenant en grand danger. À ses yeux, le meilleur moyen de le protéger était de le retirer définitivement du monde magique, quelle que soit l'importance que Lee lui accordait.

Rien que d'y penser, les Misfits en avaient le coeur lourd.

"Il ne sait pas encore," répondit George après un court instant, les sourcils froncés par l'inquiétude. "Le professeur Fletcher a parlé à Mme Jordan et Lee a dit que sa mère allait y réfléchir."

"Et s'il ne revient pas?" demanda soudain Ron d'une petite voix.

"Mme Jordan ne peut pas simplement l'empêcher de revenir, si?" demanda tristement Ginny et voyant que personne ne répondait à la question de Ron. "Je veux dire, elle ne comprend pas que ses pouvoirs ne vont pas s'envoler, quoi qu'elle fasse?"

"C'est une Moldue, Gin. Elle ne sait pas," répondit amèrement Fred.

"C'est bien le problème," grogna Ron.

George sauta soudain sur ses pieds, il laissa échapper un grognement impatient et sortit de la salle commune. Il jeta par-dessus son épaule d'une voix hargneuse. "Bienvenue dans la vraie vie, petit frère. Tout est injuste."

-

Il était plus de minuit quand Bill Weasley repéra une haute silhouette errant dans le parc de Poudlard. Assis dans l'ombre du château, Bill était presque invisible, il observa curieusement l'autre sorcier faire une pause au bord du lac, il fixait l'eau calme, visiblement plongé dans une profonde réflexion. Quand il se remit en marche, son léger boitement trahi son identité. Bien qu'il ne le connaisse pas bien, Bill savait que Sirius Black ne s'autorisait jamais à boiter en public; on pouvait seulement le noter quand le célèbre Auror était distrait. Quand il pensait être seul.

Il marchait lentement, sans but; clairement, l'esprit de Black était ailleurs. Bill se sentait presque coupable de l'observer comme s'il était témoin d'une scène qu'il n'aurait pas du voir. Mais avant qu'il ne trouve un moyen de détourner son attention, Black changea de direction et se vint vers lui, il ne boitait plus. Même dans l'obscurité, Bill sentait les mystérieux yeux bleus fixes sur lui, il frissonna en se souvenant avoir vu cet homme aller au devant de Lord Voldemort en personne.

Il n'avait jamais vraiment eu l'occasion de lui parler, cette chance ne s'était jamais présentée bien qu'il l'ait souhaité. Bill fit mine de se lever, c'était la moindre des choses mais Black lui fit signe de rester assis.

"Tu ne pouvais pas dormir?" demanda-t-il calmement.

"Non." Si la question était venue de quelqu'un d'autre, Bill aurait formulé une réponse plus évasive, mais s'il y avait quelqu'un qui pouvait comprendre, c'était sûrement Sirius Black. Comment a-t-il pu survivre dix ans entre les mains du Seigneur des Ténèbre, je ne saurai jamais, pensa l'Auror. Et je ne le lui demanderai jamais.

"Ca t'ennuie si je m'assois?" Black désigna le sol à la droite de Bill d'un geste désinvolte.

"Pas du tout."

Bill l'observa du coin de l'œil alors qu'il s'asseyait par terre. Black s'installa avec précaution ; un instant, il semblait soulager sa jambe gauche et l'instant d'après il y avait une telle élégance dans ses mouvements qu'elle ne pouvait qu'être naturelle. Cependant, l'étude discrète de Bill lui révéla plus qu'il n'avait l'intention de voir. La lumière de la lune rendait les petites et discrètes cicatrices de Black plus évidentes. Il avait bien sûr été soigné par des mains expertes mais pourtant, les cicatrices de Black, tout comme les démons intérieurs de Bill, ne semblaient pas décidées à disparaître. Il avait une fine cicatrice qui partait du dessus de son oreille gauche et rejoignait le dessous de son menton ; Bill détourna le regard avant de commencer à se demander d'où venaient ces marques. Ce faisant, son regard tomba sur les marques légères des bras de Black.

"Comment faites-vous?" demanda soudain Bill sans même y penser, détournant le regard de quelque chose qui ne le regardait pas. "Comment arrivez-vous à gérer tout ça?"

Black tourna doucement la tête pour lui faire face. "Sortilèges de silence principalement."

"Vous voulez dire-" Bill cilla.

"Les cauchemars ne disparaissent pas, petit," répondit doucement l'autre en soupirant, son regard se perdit au loin. "On apprend à vivre avec… A moins que les tiens ne se dissipent. Je te le souhaite, pour ta santé. Mais si ce n'est pas le cas…" il haussa les épaules. "Je ne dis pas que ça va mieux, c'est juste plus facile, si tu vois ce que je veux dire."

"J'ai du mal à imaginer devoir m'habituer aux cauchemars," dit Bill.

"Moi aussi."

Ils restèrent silencieux un moment mais c'était un silence agréable. Depuis sa sortie d'Azkaban, Bill s'était senti seul. Peu de gens pouvaient comprendre les horreurs qui hantaient ses rêves, et encore moins savaient comment l'aider. Ses parents avaient essayé, naturellement, mais Bill avait été curieusement peu disposé à leur parler de ses expériences. Pour la première fois dans sa vie, même le l'affection de sa famille n'était pas suffisante, quelque chose de sombre vivait en lui, quelque chose qu'ils ne pouvaient pas comprendre. Avant l'attaque, le Ministère lui avait également proposé de l'aide, mais Bill, comme tous ses camarades prisonniers, avait décliné l'offre. Il n'a envie que des médico-mages fouillent sa tête à la recherche d'une solution qui n'existait peutêtre pas. Il avait peur qu'ils le croient fou.

"Vous étiez là-bas pour si longtemps" chuchota-t-il, fixant l'obscurité. "Comment avez-vous fait pour ne pas douter ? Vous l'avez défié... Je ne peux même pas rêver de faire la même chose. Et le monde pense que vous allez bien. Tout le monde fait l'éloge de votre force, mais... comment osez vous faire cela si vous êtes aussi mal que moi"

Black renifla. "Je me réveille toujours au milieu de la nuit, si toutefois j'arrive à dormir," admit-il. "C'est juste une question de perception—et de choix. J'ai choisi d'être ce que je suis. Personne d'autre ne pouvait le faire à ma place."

"J'aimerais que ça soit aussi simple pour moi," répondit Bill, plein d'envie.

"Ça ne l'est pas?"

"Je ne pense pas être aussi fort."

Black se tourna à nouveau vers lui et leva un sourcil interrogateur. "Tes vacances sont bientôt finies," dit-il. "Que vas tu faire après?"

Bill cilla. "Je vais rejoindre les Aurors, s'ils veulent toujours de moi."

"Et pourquoi?"

"Qu'est-ce que je pourrais faire d'autre?" Il eut du mal à se retenir de dévisager son interlocuteur; Bill ne voyait pas le but de cet interrogatoire.

"Tu pourrais fuir," répondit calmement l'autre. Ses yeux clairs se plantèrent dans ceux de Bill. "Tu pourrais essayer de te cacher. Personne ne t'en voudrait si tu choisissait une autre voie."

"Mais—"

"Pourtant tu n'as pas pris cette option," continua Black. "Dis-moi pourquoi."

"Parce que je veux remplir mon devoir," répondit Bill en fronçant les sourcils. "La guerre est plus importante que mes émotions."

Black eut un petit rire. "Et tu dis que tu ne vois pas pourquoi je fais ce que je fais."

"Je—oui," souffla-t-il. "Je vois. Mais j'aimerais savoir comment surmonter ça." Quelqu'un qui n'avait pas été à Azkaban ne pouvait pas comprendre tous les sous-entendus contenus dans ces quelques mots, mais le hochement de tête de Black indiqua qu'il comprenait. Les cauchemars n'étaient pas simplement dus à la torture. Ils n'étaient pas simplement provoqués par la présence constante des Détraqueurs et reliés au fait de devoir revivre encore et encore ses plus mauvais souvenirs. Le sentiment de solitude et le désespoir duraient bien plus longtemps que tous les signes évidents de l'enfer de Voldemort ; il y avait ce froid incessant qui s'insinuait en vous au milieu de la nuit sans prévenir et ce sentiment d'impuissance... Bill frissonna bien que ce soit une nuit chaude.

"Tu as une famille qui prend soin de toi," dit doucement son aîné. "Profites en, ils t'aiment et t'écouteront si tu les laisses faire."

Bill ouvrit la bouche pour protester mais Black secoua la tête.

"Ils ne peuvent pas tout comprendre mais tu as besoin d'eux. Quand tu es seul, prisonnier des ténèbre, ce n'est pas la détermination qui fait la différence... Tu dois trouver quelque chose de plus fort, de plus profond, quelque chose qui ne vient pas uniquement de toi." Soudain, Black détourna son regard et sa voix se fit distante. "C'est dur de laisser tomber le masque mais parfois tu dois le faire… même si ça te coûte."

"Je croyais…"

"Les sortilèges de silence ne marchent pas avec mes amis." Black fit un pâle sourire.

"Oh," c'était tout ce que Bill pouvait répondre alors que les paroles de Black pénétraient son esprit. L'espace d'un instant, il fut tenté de discuter ses propos mais alors il se remémora ses propres années à Poudlard. Alors qu'il était en première année, il avait vu quatre garçons, incroyablement différents mais aussi incroyablement proches et il se souvint à quel point ils semblaient toujours se comprendre. Ces quatre garçons étaient des hommes aujourd'hui, des hommes célèbres que Bill avait rarement vu ensembles mais quelque chose dans la voix de Black lui fit comprendre que les liens qui les unissaient étaient toujours aussi forts.

"Fais confiance à ta famille, Bill," dit doucement Black. "Par les temps qui courent, ils sont tout ce que tu as."