Promesses retenues
Générique
Auteur : Robin4, sous le titre original de Promises Remembered
Inspiration JKR, mais très UA quand même !
Traduction : Petite Plume
Relecture et mise en ligne : Fénice (enfin surtout mise en ligne parce que dans celui-là, y'avait pas grand-chose à relire !)
Sponsors : Tous ceux qui aiment et le disent ! Comme Bee, Skyblack4 ! Et puis aussi les autres :
Mystick, Alixe, Thamril… Non, Robin n'a pas peur du grave, du sombre et du compliqué…
Gryphus, le lettré... Oui, « Promesses rappelées » est une traduction plus proche du titre original… mais « Promesses retenues » fait mieux la liaison avec Promesses tenues (opus 1 en français)…
Keira… Ah nous, on adore tout ce que Robin a écrit ! Voir la communauté un peu plus haut à droite…43 chapitres… C'est pas fini, hein ! Et y'a même une suite…
Ryan… La réalité des Détraqueurs ? Juge par toi-même !
Alana Chantelune… Haletant ? Que vas-tu dire de celui-ci !
Namyothis, Ce Baratineur de Charme... Et bien cette fic c'est une histoire de filles… Robin, Fénice et Petite Plume sont des filles ! Etonnant non ? Robin est étonnante…
Chapitre six: Des pas sur une route sombre
Il avait demandé à être enterré à Poudlard.
Bien que ça ne se soit jamais fait, personne n'avait discuté. Personne n'avait jamais été enterré dans le parc de l'école - bien que la légende dise que Gryffondor lui-même reposait sous le grand lac. Mais c'était seulement une légende, et jusqu'à la mort d'Albus Dumbledore, la tradition avait toujours été respectée. Poudlard, après tout, était un lieu d'apprentissage et de vie, la mort n'y avait pas sa place. Dumbledore, cependant, était différent, et personne n'avait osé lui refuser cette dernière volonté. Même le conseil d'administration de l'école, Lucius Malfoy inclus, n'avait pas émis la moindre objection, laissant la décision à l'actuel directeur de Poudlard. Peut-être s'étaient ils attendus à ce qu'il s'y oppose, mais Remus n'avait pas hésité.
Souvent, il s'était demandé si ce n'était pas la seule vraie demande que Dumbledore avait fait de toute sa longue vie. L'ancien directeur et ministre de la Magie avait donné sa vie aux autres, accomplissant leurs rêves. Avez-vous jamais eu le temps de vous occuper de vos propres rêves ? - s'interrogea silencieusement Remus. Ou étiez-vous trop occupé par les nôtres ? Il baissa ses paupières dans la vive lumière du soleil, essayant de se convaincre que les larmes qui lui brûlaient les yeux étaient dues au vent. Ou peut-être pas. Remus se moquait qu'on le voit pleurer, même si ça ne lui arrivait pas souvent, Dumbledore avait été bien plus que son directeur. Le célèbre sorcier avait été bien plus qu'un ami : il avait été un mentor et un guide, qui avait offert à Remus bien plus que l'opportunité de recevoir une éducation. Albus Dumbledore avait, presque à lui seul, rendu la vie de Remus possible.
S'il n'avait pas été là, je serais probablement enfermé dans une cage, ou vivant à l'écart Merlin seul sait où. Je ne serais pas venu à Poudlard. Je n'aurais pas rencontré les meilleurs amis que j'aie jamais connus. Je n'aurais pas de travail, et je n'aurais même pas une vie intéressante. La seule bonne chose est que je ne serais pas partie prenante dans cette guerre, pensa cyniquement Remus. Mais il sourit légèrement. Malgré la guerre, malgré ces longues années de chaos et de carnage, ça en valait la peine. Il préférait de loin prendre part à la guerre qu'être un spectateur "innocent".
S'il était encore possible qu'il y ait des spectateurs innocents dans cette guerre.
À côté de lui, Sirius lui toucha le coude gauche. La voix de l'Auror était plate. "Ils sont là."
Remus tourna la tête et vit six silhouettes se diriger vers la petite colline d'un pas lent et respectueux. Une partie cynique de l'esprit du directeur remarqua que c'était la première fois que les six enfants agissaient si calmement - mais il se trompait. Ils comprenaient. Contrairement à ce que beaucoup d'autres pensaient, ces six enfants comprenaient.
Dumbledore avait demandé un enterrement tranquille. Il n'avait pas voulu que ce soit un évènement grand et important - "Ni discours pompeux ni cérémonie solennelle," avait dit son frère d'une voix lourde. Aberforth Dumbledore, que Remus n'avait rencontré qu'une fois par le passé, avait mystérieusement réapparu avant que n'importe qui n'ait le temps de le trouver pour l'informer de la mort d'Albus. Aberforth avait laissé la plupart des arrangements à Remus, et il avait supervisé les préparatifs avec un calme étonnant. Là où beaucoup avaient désiré offrir à Albus Dumbledore le départ qu'ils jugeaient digne de lui, Aberforth voulait que son frère ait le type d'enterrement qui lui aurait plu. Compréhensif, Remus avait pris le parti du jeune frère de Dumbledore et ils avaient suivi les instructions de l'ancien directeur à la lettre.
Dumbledore avait demandé quelque chose de simple : il avait eu quelque chose de simple. Bien que l'assistance soit plus importante que ce que Remus avait prévue, l'enterrement serait terriblement simple. Peu parleraient. Encore moins comprendraient, mais Remus s'y attendait. Dumbledore avait formulé un autre souhait inattendu, mais Remus l'avait compris. Il voulait que Harry Potter, Fred Weasley, George Weasley, Ron Weasley, Hermione Granger, et Lee Jordan portent son cercueil. Il avait réclamé les Misfits. La Magique et Invisible Société des Fauteurs Impénitents de Troubles. Tous des terreurs, particulièrement lorsqu'il s'agissait d'espionner et de contourner les règles.
Remus savait que Dumbledore aurait aimé être leur directeur. Les six enfants avaient été légèrement confus, mais avaient rapidement accepté. Ils avaient évidemment tous rencontré Dumbledore, mais aucun n'avait été particulièrement proche de lui – même Harry, dont les parents étaient profondément impliqués dans l'Ordre depuis des années. Remus leur avait expliqué un peu, et leur avait montré la lettre que Dumbledore avait laissée pour eux (il ne l'avait pas lue et ne le ferait jamais), et les Misfits avaient accepté. Il avait eu plus de mal à convaincre Mme Jordan de permettre à Lee d'assister à l'enterrement, mais Remus avait finalement réussi. Lee marchait avec ses camarades de Gryffondor, le visage grave, guidant d'une main légère le cercueil qui flottait entre eux.
Un son triste remplit le ciel.
Fumseck arrivait. Le phénix rouge et or descendit vers eux, chantant une chanson pleine de tristesse et de souffrance. Remus ne l'avait pas vu depuis la nuit précédente, mais il savait pourquoi. Fumseck avait été le compagnon de Dumbledore pendant d'innombrables années, et lui aussi, avait besoin de le pleurer. Certains pouvaient se demander si un Phénix pouvait vraiment pleurer une mort, mais les larmes argentées qui brillaient dans les coins des yeux de Fumseck interdisaient le doute.
Fumseck atterrit doucement sur le cercueil en bois poli. Le corps de Dumbledore avait été très abîmé par les deux Mangemorts et par l'effondrement du Ministère, le cercueil était donc fermé, à la demande d'Aberforth. La magie aurait pu rendre le corps du vieux ministre présentable, mais tous avaient convenu que c'était mieux ainsi. Dumbledore n'avait jamais eu honte de montrer ses cicatrices – il avait coutume de dire qu'elles pouvaient se révéler très utiles - alors ils l'avaient laissé tel quel.
Remus inspira profondément, se demandant s'ils n'auraient pas du laisser le cercueil ouvert après tout. Aberforth avait eu raison quand il avait signalé qu'il y aurait beaucoup d'enfants et qu'il n'était pas nécessaire de les effrayer - mais Remus vit également les milliers d'autres visages qui observaient. Il savait que ces sorcières et ces sorciers ordinaires avaient fait face à leurs propres craintes pour venir à l'enterrement, bravant la possibilité d'une attaque de Voldemort parce qu'ils aimaient et respectaient Albus Dumbledore. Bon nombre d'entre eux n'auraient pas entièrement compris les blessures du ministre, ou ce qu'elles signifiaient - peut-être aurait-il du insister pour que le cercueil soit ouvert. Remus avait envie de leur hurler que Dumbledore s'était battu, qu'ils devaient faire de même.
Mais c'était seulement sa douleur qui parlait, et il savait qu'il ne devait pas l'écouter. Remus a ferma les yeux une fois de plus, essayant de repousser ses pensées les plus sombres. Laissez-moi me souvenir de Dumbledore comme il le voulait. Sans amertume. Il rouvrit les yeux. Les Misfits avaient atteint la tombe. Il était temps.
A sa droite, une silhouette en fauteuil roulant s'avança. Ils n'avaient pas eu beaucoup de temps pour améliorer cet objet Moldu mais ses roues lui permettaient de se déplacer facilement sur n'importe quel terrain. En fait, il n'y avait pas beaucoup de sorciers paralysés dans l'histoire, habituellement, la magie pouvait guérir toutes les blessures. James Potter, pourtant, demeurait un mystère pour les médecins de Sainte Mangouste, et, bien qu'ils aient fait venir des experts du monde entier, le successeur de Dumbledore était toujours cloué dans un fauteuil roulant Moldu. Ca n'empêchait pas James de se conduire normalement et c'était tout à son honneur. Il devrait malgré tout retourner à Sainte Mangouste après la cérémonie.
"Mesdames et messieurs, merci d'être venus," commença tranquillement James. Sa voix portait sans efforts, le vent était tombé, et le soleil brillait au travers des nuages. Dommage, pensa Remus, les yeux toujours rivés sur son ami. Dumbledore aurait préféré du soleil. James continuait, et Remus entendait le chagrin dans sa voix. Sans réfléchir, Remus passa un bras autour des épaules de Lily qui se retrouvait à côté de lui maintenant que James était parti. Habituellement, Il n'était pas du genre démonstratif, mais Lily était son amie, et c'était dur pour elle.
"Nous sommes tous réunis aujourd'hui pour la même chose. Je ne pense pas avoir besoin de le préciser." James parlait sans avoir préparé son discours, ces mots venaient droit du coeur. "Mais au lieu de pleurer aujourd'hui, nous devons célébrer - et nous devons tous nous montrer reconnaissants d'avoir fait partie des privilégiés qui ont eu la chance de connaître Albus Percival Wulfric Brian Dumbledore. Je vous demande donc de vous souvenir de lui tel qu'il était – et non tel que les autres le voulaient.
"C'était un homme fort, et grand. Il a sacrifié tant de choses pour nous tous, mais il ne l'a pas fait pour être un héros. Albus Dumbledore était, avant tout, humain. Et il était convaincu que tout le monde avait le droit de choisir son destin, peu importe ceux qu'ils choisissaient d'être. Et il s'est battu pour ce droit. Ainsi, nous sommes ensembles aujourd'hui, non seulement pour pleurer sa disparition, mais aussi pour honorer son sacrifice.
"Albus P.W.B. Dumbledore est mort pour permettre à d'autres de vivre. Il n'y a pas de cause plus noble.
"S'il était là, Albus nous rappellerait que tout n'est pas perdu. Oui, nous allons devoir affronter des périodes noires, mais notre courage viendra de la façon dont nous y ferons face - et moi, je compte bien me battre comme Albus Dumbledore l'a fait : ouvertement et la tête haute. Nous avons certes beaucoup à perdre, mais nous avons également beaucoup à gagner. Et je n'oublierai pas l'homme qui a combattu si longtemps, et qui en a demandé si peu." James prit soudainement une profonde inspiration et Remus le vit ravaler ses larmes.
"Je n'oublierai pas."
Les sanglots d'une sorcière brisèrent le silence, Remus tourna la tête et vit Auriga Sinistra. Le professeur d'astronomie habituellement discrète avait des larmes sur les joues, elle était appuyée sur l'épaule de son plus jeune frère et pleurait. Contre Remus, Lily secoua légèrement la tête et s'avança.
Elle marcha, droite et silencieuse, jusqu'au cercueil de bois de chêne. Les Misfits firent un pas de côté pour la laisser passer, et Lily posa ses mains sur le cercueil. Sa voix était douce, pourtant chacun put l'entendre même si elle était tournée vers le cercueil.
"Ainsi nous déposons son corps à Poudlard, l'endroit qu'il a toujours appelé sa maison. Nous lui laissons notre amour, de sorte qu'il puisse veiller sur les générations à venir." Elle eut un sanglot étranglé et Remus la vit fermer brièvement les yeux avant de continuer.
"Au revoir, Albus Dumbledore. Reposez en paix."
La foule répéta en écho. "Reposez en paix."
Lentement, le cercueil descendit dans la tombe ouverte, s'écartant des mains de Lily.
Les sorts étaient déjà en place. Dès que le cercueil se posa au fond, la tombe se referma d'elle même. Sous les yeux attentifs des personnes en deuil, la tombe se boucha lentement. Personne ne parlait, c'était une vieille coutume dans les enterrements sorciers. Un moment plus tard, l'herbe de la colline était à nouveau intacte, laissant seulement une pierre tombale de marbre blanc pour indiquer l'emplacement de la tombe.
Albus Percival Wulfric Brian Dumbledore
84ème Directeur
25 juin 1841 – 19 juin 1992
Il avait demandé cette épitaphe. Dumbledore n'avait voulu aucune liste de ses titres, aucune litanie de ses récompenses. Il n'avait pas même voulu que son titre de ministre de la Magie y figure - ses instructions avait été très claires sur ce point. Dumbledore avait seulement demandé à ce qu'on se souvienne qu'il avait été le directeur de l'école de Sorcellerie de Poudlard – la chose la plus importante qu'il n'ait jamais faite.
D'autres personnes commencèrent à s'avancer pour poser des fleurs sur la tombe. Certains d'entre eux parlaient doucement, adressant un dernier au revoir au ministre, Remus les observait, il ne pouvait s'empêcher de se sentir un peu amer. Normalement, il aurait du y avoir une autre tombe à côté de celle de Dumbledore.
Mais Arabella Figg avait été enterrée sans cérémonie, avec sa famille pour seule assistance. Son frère et sa famille avaient déjà quitté le pays pour l'Amérique, loin de la guerre. Ils n'avaient plus leur place ici, avait dit un Theodore Figg en colère à James. Les Figg ne joueraient plus aucun rôle dans la guerre, plus jamais. Ils ne perdraient plus aucun membre de leur famille dans une guerre qui ne pourrait pas être gagnée. Ainsi ils avaient fui au loin, abandonnant la cause pour laquelle Arabella Figg était morte. Remus ne savait même pas où elle reposait.
Il s'avança, écartant ses sombres pensées. Remus avait déjà fait ses adieux à Dumbledore, mais il éprouva soudainement le besoin d'y retourner. Le vieil homme allait cruellement lui manquer, et il se dirigea vers Lily qui serrait la main de James. C'était plus dur pour elle que pour les autres, il le savait, pendant les années où elle avait été son assistante, elle avait développé un lien très étroit avec Dumbledore. Lily considérait Dumbledore comme son mentor et son guide, sa disparition la faisait énormément souffrir – il était mort sous ses yeux et elle n'avait rien pu faire. Soudainement, un courant d'air froid souffla dans sa nuque.
Sa tête commença à tourner, même ses réflexes de loup-garou furent trop lents. Il aperçut des ombres noires du coin de l'oeil, une main ferme se posa sur son bras. "Des Détraqueurs," souffla Sirius.
Sirius se mit à courir, Remus sur ses talons. Pendant qu'ils frayaient un chemin à travers la foule, il nota que d'autres avaient vu. Les gens criaient et se sauvaient, essayant d'échapper aux souvenirs encore frais des dernières attaques de Voldemort. Les détraqueurs se dispersaient sur la colline, et, avant que Sirius n'ait atteint le premier rang de la foule, ils étaient à moins de cent mètres. Peter arriva aux côtés de Remus, sa baguette en main.
Que fait Peter ici ?
"Qu'est-ce qu'on fait ?" lui demanda le petit homme.
"On prie," répondit une quatrième voix.
C'était James, dont le fauteuil roulant avait volé le long du flanc de la colline sans aucune protestation. Quand Sirius bricolait un objet Moldu, la première chose qu'il faisait était de le faire voler - mais il n'avait pas le temps d'admirer le travail de Sirius. James aussi avait sa baguette en main, et, bien que Remus ne se souvenait pas d'avoir pris la sienne, il sentit le bois frais entre ses doigts. James était sombre et le vent fouettait leurs visages.
"James !" Le cri perçant de Lily se perdit presque dans le vent, et quand Remus tourna son regard vers elle, elle avait disparu dans la foule.
Les Détraqueurs se rapprochaient.
Tout le monde criait. La foule courait dans tous les sens, cherchant une issue, mais les Détraqueurs les encerclaient. Pire encore, les créatures formaient une ligne qui encerclait toutes les personnes présentes sans leur donner la moindre chance de s'échapper. Tout ce qui faisait obstacle entre les gens et les créatures était quatre hommes, l'un d'entre eux ne pouvait même pas se tenir sur ses jambes – ils étaient seuls. Tous ceux qui auraient pu les aider était prisonniers de la foule paniquée, laissant les quatre hommes se battre contre cent détraqueurs seuls. Ca semblait impossible, bien sûr mais le destin les avait réuni en première ligne.
Remus frissonna et réalisa soudain à quelle vitesse les détraqueurs se rapprochaient. Il commençait à faire froid – respirer devenait difficile, penser aussi. Il lutta pour trouver un souvenir heureux mais son esprit était désespérément vide - jusqu'à ce que James lui saisisse le coude.
"Prêt ?" demanda-t-il de son fauteuil roulant. Sa voix était rauque, mais ferme. Remus ne fit pas confiance à la sienne pour répondre. Il essaya de hocher la tête, et constata que ses mains tremblaient. Peter, à sa droite, n'était guère plus vaillant.
Les Détraqueurs se rapprochaient vite.
"Maintenant !" aboya Sirius. Sa voix était serrée, mais Remus y perçut de la colère. Remus ne pouvait pas l'en blâmer. Sirius avait toujours détesté avoir peur.
Remus libéra son esprit de ses propres craintes. Une pensée heureuse, se dit-il désespérément. Pense à quelque chose d'agréable. Les Détraqueurs se rapprochaient et son esprit était vide. Après ce qui lui sembla une éternité, la solution s'offrit à lui, et elle était si simple que Remus ne comprit pas pourquoi il n'y avait pas pensé avant - Poudlard. Son école. Ses élèves. Sa maison. Il leva sa baguette et cria : "Spero Patronum !"
"Spero Patronum !" La voix de James se joignit à la sienne, et celle de Sirius se fit entendre un demi seconde après.
"Spero Patronum!"
Peter prit un peu plus de temps mais sa voix était forte. "Spero Patronum!"
Un éclair argenté jaillit et quatre Patronii se précipitèrent en direction des détraqueurs. Au dessus des autres, l'aigle de Sirius volait, et à côté, un peu en dessous, Remus repéra le sien et fut choqué – ce n'était pas le loup dont il se souvenait. Il avait autrefois été surpris de découvrir que son Patronus était un loup tel qu'il l'avait toujours imaginé : beau, paisible et libre - mais le loup avait disparut. Un Phénix géant volait à côté de l'aigle de Sirius, et il savait que c'était le sien. Il n'était pas étonnant qu'il ressemble à Fumseck. Remus pensa à l'Ordre. L'Ordre faisait partie de lui à présent.
Le cerf de Peter galopait à coté du lion bondissant de James, Leur signification était claire. James avait parlé à Remus de la forme du Patronus de Peter, et Remus n'était pas étonné de le revoir de la même forme. Ils changeaient de forme très rarement. Pour James, c'était simple, son Patronus avait toujours été le lion massif de Gryffondor. Les voir tous les quatre était un spectacle magnifique : puissants, indestructibles, et lumineux. Pendant quelques instants, les quatre Patronii réussirent à faire reculer les Détraqueurs.
Mais ils se dissipèrent rapidement.
Horrifié, Remus observa les Détraqueurs séparer les Patroni. Il vit son phénix reculer, luttant pour leur échapper. Pendant court instant, il crut que le Phénix y parviendrait, mais la masse des ombres noires l'assaillit et il commença à disparaître. Remus vit un Détraqueur fuir, mais les autres se rapprochaient - et soudain, son Phénix disparut dans l'obscurité. La peur envahit son esprit, Remus rechercha frénétiquement les Patroni de ses amis, espérant désespérément qu'ils résistaient mieux que le sien.
Le cerf de Peter dura le plus longtemps, mais il disparut aussi dans le néant. Ils étaient perdus.
Les Détraqueurs accélérèrent, encouragés par leur succès, si toutefois de telles créatures éprouvaient quoi que ce soit. Confiantes, elles s'approchaient des Maraudeurs, et Remus commençait à avoir très, très froid. Les Détraqueurs étaient si proches qu'il pouvait entendre leur souffle rauque et son nez sensible flairait leur puanteur - seulement une cinquantaine de mètres les séparaient. L'instinct de Remus lui hurlait de se sauver, mais un regard par dessus de son épaule lui apprit que la foule n'avait toujours pas réussi à s'échapper. Froid.
"Sauvons-nous !" - hurla Peter dans le vent violent. Remus se sentait comme pris dans une tempête.
"Nous ne pouvons pas !" - répondit-il. Une partie de son esprit remarqua que se voix était aiguë à cause de la peur, mais il y avait des innocents derrière eux qui ne pouvaient pas battre en retraite. Et ils n'avaient plus de temps.
Sirius saisit le bras de Peter. "Ensemble !" cria l'Auror. Remus eut du mal à l'entendre avec ce vent qui hurlait dans ses oreilles. "Nous devons le faire ensemble !"
Ensemble jusqu'à la fin. Un frisson parcourut l'échine de Remus, et soudain il se calma. Ensemble. C'était leur seule chance.
"SPERO PATRONUM!"
Quatre voix. Quatre sorciers. Une seule âme.
Pas la moindre hésitation. Ensemble, ils avaient toujours été forts. Bien que le monde ait essayé de les séparer plus d'une fois, ils étaient restés proches. En dépit des difficultés et du temps qui s'était écoulé, ils avaient toujours été ensemble, et ensemble ils n'y avaient peur de rien. Leur amitié avait toujours été plus profonde qu'on ne le pensait, même au tout début. Personne ne pourrait jamais comprendre combien ils étaient proches. Nous sommes et seront toujours des frères...
La lumière vive éclaira la colline, et Remus fut presque aveuglé par tant de puissance. Sa baguette tremblait légèrement dans sa main, et il fut étonné de voir qu'aucune d'eux n'avait créé un Patronus - à la place, quatre lignes argentées sortaient de leurs baguettes. Mais ces lignes n'étaient pas faites de brume, elles étaient concrètes, et, comme Remus observait avec stupeur, les lignes fusionnèrent et foncèrent sur les détraqueurs. La lumière blanche envahit le ciel.
Remus cilla, incapable d'en croire ses yeux. Il savait ce qu'il voyait – il n'y avait pas d'erreur possible – mais en même temps, c'était incroyable. Il cilla encore et recommença à contempler ce que les quatre lignes argentées étaient devenues. Elles chargeaient cote à cote, fonçant droit sur les Détraqueurs.
Lunard.
Queudver.
Patmol.
Cornedrue.
Ils étaient liés. Et un halo de lumière que Remus ne pouvait pas définir les entourait. Avant qu'il n'ait le temps de respirer, leurs Patronii combinés avaient plongé dans la masse de détraqueurs. De nouveau, les créatures se serrèrent autour des Patronii, mais alors une explosion sembla secouer la colline. Et en effet, la colline eut bien une secousse - mais ce n'était pas un tremblement de terre. La puissance fit trembler Poudlard ce jour là. Mais ce n'était pas juste une question de puissance bien que la plupart ne s'en rende pas compte. Ce jour là, quelque chose de nouveau apparut. Quelque chose d'inattendu, parce que la seule puissance ne pouvait pas faire reculer cent détraqueurs. Il fallait quelque chose de plus grand que la puissance pour accomplir une telle chose.
Quelque chose que les Détraqueurs ne supportaient pas. L'Amour.
000
C'est pas beau ça comme fin ?
