Promesses retenues

Générique

Auteur : Robin4, sous le titre original de Promises Remembered

Inspiration JKR, mais très UA quand même !

Traduction : Petite Plume

Relecture et mise en ligne : Fénice

Sponsors : Tous ceux qui aiment et le disent… Angel's Eye, Alana Chantelune (Je vais transmettre à Petite Plume), Roxane de Bormelia, Fée Fleau, Shima-Chan, et Bee !

Chapitre douze : Par trois fois défié

Ça commença, comme il s'y attendait, avec la tombée de la nuit. C'était l'une des raisons pour lesquelles Sirius n'avait même pas essayé de dormir – il savait que les quelques heures qui séparaient le 30 juillet du 31 pouvaient tout changer. Plus important encore, Voldemort le savait aussi.

C'est ainsi qu'ils s'étaient retrouvés là, à vérifier soigneusement tous les sortilèges de défense mis en place par Lily et Derek. Il y avait des trous qui n'auraient pas du être là, Frank Londubat, Fred Randolph, et Adam Macmillan n'avaient laissé aucune ouverture. Pourtant il y en avait et les Mangemorts les avaient découverts. Ils savaient. Sirius frissonna en découvrant ce que ça pouvait signifier.

Il prit une profonde inspiration et expira lentement. Les sortilèges qu'ils avaient mis en place étaient censés résister à tout même à Voldemort -mais cinq Mangemorts en étaient venus à bout à peine deux jours auparavant. Ce genre de révélation n'était pas fait pour rassurer Sirius, il avait donc décidé de ne pas dormir cette nuit. Lily et Harry étaient au lit depuis plus d'une heure, mais Sirius savait que Derek aussi était encore éveillé, bien que l'Auror ait fait semblant de dormir. Sirius, quant à lui, n'avait même pas même pris la peine de faire semblant. Il était assis à la cuisine, tous ses sens en alerte, attendant que quelque chose se produise.

Et maintenant ça commençait.

Sirius était seul, assis dans l'ombre ; il observait et écoutait. D'autres sorts auraient réclamé une clef physique, comme un schéma, mais les sorts avancés étaient presque toujours invisibles. Ils étaient liés à celui qui les avait jetés, il saurait instantanément si l'un d'eux tombait - ou il devrait le savoir, sauf si il se passait la même chose que l'autre jour. Sirius aurait dû savoir, mais les trous avaient empêché les sorts de fonctionner correctement. Il n'y avait aucun trou cette fois. Personne ne pourrait s'infiltrer Place Grimmauld sans déclancher au moins une alerte.

Un frisson parcourut son échine, et Sirius sentit une magie familière examiner les sorts. Le contact était léger, subtile - rien à voir avec l'habitude de Bellatrix de faire exploser violemment tout ce qu'elle rencontrait. Non, cette personne était bien plus rusée que sa cousine, c'était quelqu'un pour qui la subtilité était un art de vivre. Sirius pensait que ça devait être Lucius Malfoy – assez malin pour ne jamais laisser la moindre preuve derrière lui, même si tout le monde savait que c'était un mangemort. Pourtant ça n'avait jamais été prouvé. Pas une fois.

Sirius poussa un grognement étouffé. Il fallait bien qu'un jour il se retrouve face à Malfoy – ce bon vieux Lucius ne lui faisait pas peur. Non, cet honneur tout particulier était réservé au sorcier qui serait capable de passer au travers des défenses qu'il avait posées avec soin. Seul Voldemort possédait la puissance et la compétence nécessaire pour entrer Place Grimmauld.

11:36. Le tic-tac de l'horloge comptait tranquillement les minutes qui le séparaient du moment où Voldemort devrait agir pour conserver sa crédibilité aux yeux de ses partisans. Il y avait seulement eu deux promesses que Voldemort n'avait pas été capable de tenir. L'une d'elle, évidemment, était sa première tentative pour tuer Harry. Sirius avait gardé le secret pendant des années, jusqu'à ce que le sortilège de fidelitas ait expiré et James doive le relancer. La seconde, cependant, était beaucoup moins connue que la première : Voldemort avait juré qu'il briserait Sirius Black et le retournerait contre ses amis.

Cette nuit une troisième promesse serait brisée. Voldemort viendrait pour tuer Harry, et Sirius l'arrêterait. Pour la troisième fois.

Il n'avait pas vraiment le choix. Il devait l'arrêter. Il fallait faire quelque chose, et ça se passerait cette nuit, autrement un garçon innocent mourrait simplement parce qu'il était né fin juillet. Et Harry ne méritait pas de mourir. Sirius le pensait vraiment quand il avait dit à Harry que ce n'était pas juste deux jours auparavant. La vie n'était juste pour aucun d'eux, mais elle l'était encore moins pour Harry. Dans une vie qui aurait pu être, tout aurait pesé sur ses épaules innocentes, et Sirius avait sacrifié beaucoup pour s'assurer que cela ne se produirait jamais. Il n'échouerait pas maintenant. Il ne pouvait pas.

Tic-tac. Tic-tac. Les secondes passaient. Dans vingt minutes seulement, il serait minuit, à peine le temps d'un battement de cils dans l'univers. Pourtant Sirius attendait avec une patience qui aurait étonné plus d'un de ses professeurs de Poudlard, sans compter la plupart de ses instructeurs à Avalon. Le temps changeait les hommes, il attendait. Il savait que le moment viendrait et qu'il devrait agir. Finalement, toujours seul dans l'obscurité, il sentit que quelqu'un arrivait. Les sortilèges ne disaient rien, mais Sirius le savait. Un frisson parcourut son dos. Voldemort était là.

La peur envahit un coin de son cerveau, mais ses mains ne tremblaient pas. Sa respiration était profonde et régulière. La peur était seulement instinctive, un réflexe datant des années qu'il avait passées en enfer. C'était la peur d'un homme qui avait grandi en voyant le pouvoir du Seigneur des Ténèbres s'affirmer, qui avait perdu des amis et des ennemis dans son combat contre l'avancée irrésistible du mal. En fait, il avait plus froid dans le dos que peur. Il avait froid et il était seul mais il était prêt. Sirius une profonde inspiration, il savait que l'attaque ne tarderait pas. Il allait devoir faire face au Seigneur des Ténèbres pour la deuxième fois, et ça le mènerait au face à face final qu'il attendait et craignait depuis si longtemps. Il n'avait pas peur. Dix ans en enfer avaient eu raison de sa peur tout comme ils avaient eu raison de sa capacité à avoir des émotions.

Les défenses lui indiquèrent qu'un sort avait été jeté, et Sirius sentit que quelque chose les poussait comme précédemment. Au lieu de se retirer, cependant, la puissance devenait de plus en plus grande, jusqu'à ce qu'il soit certain que les défenses aient rompu – c'était juste une question de temps. Voldemort n'avait rien de la subtilité dangereuse de Lucius Malfoy, rien non plus de l'impatience violente de Bellatrix. C'était une puissance fine, et même les sorts de défense les plus soigneusement placés ne pourraient résister longtemps contre ça. Les défenses tomberaient et il devrait agir. Pendant un moment, Sirius regretta de ne pas avoir alerté Dawlish quand les mangemorts étaient arrivés. Mais il était trop tard pour des regrets comme pour toute autre chose. Lentement, Sirius se leva de sa chaise et commença à monter les escaliers. Quand les sorts tomberaient, il serait prêt.

Une marche. Deux. Il sentait le pouvoir gonfler dehors comme un orage, il se concentra pour forcer sa conscience à atteindre ce pouvoir. Son instinct l'alerta juste avant l'assaut final –

Et puis tout devint noir.

--------------

Le soleil se levait, lumineux et beau. Lily cligna des yeux, étonnée d'avoir dormi aussi tard. L'horloge au mur indiquait qu'il était sept heures, plus tard que l'heure à laquelle elle avait l'habitude de se réveiller, elle fixa l'horloge avec des yeux incrédules. Sept heures du matin, le 31 juillet, 1992. Elle ne pensait pas vivre jusque là.

Harry.

Lily bondit hors du lit sans réfléchir et saisit sa baguette. Bien qu'elle soit convaincue qu'elle se serait réveillée s'il s'était produit quoi ce soit pendant la nuit, elle avait besoin de s'en assurer. En quelques secondes, ses jambes la portèrent devant la porte de la chambre de son fils. Elle était fermée, exactement comme la veille. Tout semblait identique. Prenant une profonde inspiration, Lily ouvrit la porte, elle remarqua à cet instant que ses mains tremblaient. Un coin de son cerveau lui suggéra brièvement de prier, mais elle avait simplement trop peur d'espérer.

Harry était couché sur le côté, blotti sous ses couvertures. Ses lunettes étaient posées sur la table de nuit, à coté d'un verre d'eau à moitié plein et d'un exemplaire abîmé du Quidditch à travers les âges. Harry était semblable à tous les autres matins de sa vie - il était immobile, détendu, et calme. La peur noua sa gorge. Était-il trop immobile ? Est-ce que quelqu'un s'était introduit dans la maison sans être remarqué malgré les défenses et l'attention de Sirius ? Lily eut froid. Je n'aurais pas du dormir cette nuit. Je n'aurais pas du laisser Sirius me convaincre de -

Harry ronfla.

Le soulagement la fit chanceler et elle manqua de tomber. Son fils continua de ronfler, complètement inconscient de la frayeur qu'il venait de faire à sa mère alors qu'il dormait. Pendant un long moment, Lily resta là à le regarder, appuyée sur le cadre de la porte et essayant de rire de sa frayeur. Mais elle n'y parvenait pas. Sa peur avait été réelle, justifiée même. Pourtant elle n'avait plus aucune raison d'avoir peur maintenant. Harry était sain et sauf, faisant la grasse matinée comme il l'avait toujours fait. Harry était sauvé, et il avait douze ans aujourd'hui.

Ils avaient réussi.

Lily recula et ferma doucement la porte. Elle voulait le laisser dormir encore un peu. La surprise que Sirius et Remus (et Peter, mais personne n'avait dit ça à Harry, parce que sinon, ça devenait trop évident) avaient préparée ne serait pas prête avant plusieurs heures. Harry pouvait dormir, comme ça, il ne serait pas dans leurs jambes. Il était beaucoup plus facile d'organiser des anniversaires sans un gamin de douze ans surexcité sur le dos.

Lily descendit les escaliers, elle aimait le contact des marches de bois avec ses pieds nus. Elle se sentait toujours un peu étourdie et légèrement surprise – une partie d'elle n'était pas prête à croire que tout allait bien. Elle s'était attendue à ce qu'un désastre se produise au milieu de la nuit, elle était allée dormir avec sa baguette sous son oreiller. C'était presque incroyable de penser que Voldemort n'avait pas agit – Lily se força à hausser les épaules. Elle était sûre qu'ils découvriraient pourquoi en temps voulu, et en attendant, il était temps faire le petit déjeuner. Les émotions lui avaient donné faim, elle traversa le hall d'entrée et se dirigea vers les autres escaliers.

Il y avait un corps au pied des escaliers de la cuisine.

"Sirius!" haleta Lily et se ruant à ses côtés. Sirius respirait, mais il était inconscient, sa main serrait si fort sa baguette que ses phalanges étaient blanches. Elle le secoua vivement mais il ne bougea pas. Il était anormalement pâle, Lily leva sa baguette. "Enervate."

Sirius ouvrit les yeux et regarda Lily avec surprise. "Lily?"

"Qu'est-ce qui s'est passé?"

"Je -" il s'assit et se frotta l'arrière du crâne, puis lui adressa son petit sourire de gamin. "Je suis tombé dans les escaliers."

Lily le fixa et bégaya "Qu-quoi?" Elle le connaissait depuis suffisamment longtemps pour savoir que ce n'était qu'une partie de la vérité. Elle plissa les yeux. "Quoi d'autre?"

Sirius resta un moment silencieux, et puis son expression de petit garçon quitta son visage. "Ils sont venus," finit-il par répondre.

"Les Mangemorts?" La peur serrait sa poitrine.

"Et Voldemort."

"Voldemort ? Pourquoi tu ne m'as rien dit?" demanda Lily. Son intuition lui disait qu'il ne lui disait pas tout. Sirius cachait quelque chose.

"Parce qu'ils ont échoué." Il haussa les épaules. "Ils ont testé les défenses mais n'ont pas réussi à passer. Alors ils sont partis." Il retrouva son sourire mais ce n'était qu'une pâle copie de son innocence perdue. "Et je suis tombé dans les escaliers."

"Comme ça," répondit-elle sèchement. Il ne mentait pas, mais...

Sirius se leva en chancelant. "Plus ou moins."

"Il y a quelque chose que tu ne me dis pas," dit brusquement Lily en le regardant droit dans les yeux. Mais le regard bleu cristal de Sirius refléta le sien comme un miroir de verre. Il haussa à nouveau les épaules.

"Il n'y a pas beaucoup à dire, Lily. Les sorts ont résisté et ils sont partis."

"Mais -" elle s'interrompit avec un soupir. Lily savait qu'elle fonçait droit dans le mur, Sirius n'en dirait pas plus. Elle se força à prendre un ton plus léger. "Bien. Petit déjeuner?"

Il lui fit un faible sourire. "Evidemment."

Dix minutes plus tard, Dawlish entra dans la cuisine, attiré par l'odeur du bacon. Il jeta un coup d'oeil à Sirius, et demanda ce qui s'était passé. Il y avait quelque chose de différent sur ses traits tendus et pâles. Mais cette fois encore, Sirius haussa les épaules. Il résuma en quelques mots la situation.

"Ils sont partis?" répéta l'Auror. "Voldemort aussi?"

Sirius hocha la tête. Lily lui trouva l'air las. "Oui."

"Mais je – je n'ai rien entendu." Dawlish le fixa. "Et j'étais réveillé jusqu'à deux ou trois heures du matin. C'est arrivé plus tard?"

"Non, vers onze heures et demie en fait." Sirius secoua la tête. "Ne t'inquiète pas pour ça, Derek. Tu n'as pas loupé grand chose."

"Je n'ai pas loupé grand chose?" Les sourcils de Dawlish se levèrent soudainement. Il s'assit et jeta à Sirius un regard soupçonneux. "Qu'as-tu fait ?"

Sirius fit un demi sourire et regarda Lily qui faillit lâcher la brique de jus d'orange qu'elle avait dans la main. Il y avait quelque chose de différent dans les yeux de Sirius, quelque chose qu'elle n'avait encore jamais vu. "Disons que je pense que Voldemort a été distrait. Harry ne sera plus sa cible principale."

"Qu'est-ce que tu as fait?" répéta Lily.

"Moi?" demanda-t-il d'une voix blanche. "Je suis tombé dans les escaliers."

"Tu mens." Elle ne l'avait pas eu l'intention d'être si accusatrice, mais... Sirius eut un sourire froid.

"C'est vrai."

"Sirius?" Il y avait quelque chose d'effrayant dans son expression. Ses yeux bleus brillaient légèrement, et, l'espace d'un instant, Lily crut y lire quelque chose de dangereux - mais la lueur disparut quand Sirius lui adressa un sourire fatigué. Mais cette fois, c'était un vrai sourire.

"Désolé." Il haussa les épaules. "Ce n'est pas si important, Lily. Vraiment. Ce qui importe, c'est Voldemort ne pense plus à Harry. C'est tout."

Encore, le mur.

Dawlish, quant à lui, fixait toujours Sirius, et l'expression de son visage rappela brusquement à Lily qu'il était là bas, à Azkaban, quand Sirius avait fait face à Voldemort pour la première fois. Est-ce que le second face à face a eu lieu cette nuit ? se demanda-t-elle silencieusement, elle vit la même question dans les yeux de Dawlish. A moins qu'il ne se soit passé quelque chose de différent ?

"Maman!"

Des bruits de pas résonnèrent dans l'escalier et Harry fit irruption dans la pièce, les dernières ombres quittèrent les yeux de Sirius.

--------------

Quatre heures plus tard, Dawlish était parti et Remus et Peter étaient arrivés, apportant la "surprise de Sirius et de Remus" avec eux. Et, évidemment, elle se révéla être très différente de tout ce à quoi Harry s'attendait - et elle avait plus de valeur qu'une montagne de cadeaux. Une partie de Lily n'avait pas voulu cacher ça à son fils, mais l'expression de son visage au moment où Sirius ouvrit la porte lui dit que ça avait valu la peine d'attendre.

"Papa!" Harry se précipita alors que Remus poussait le "fauteuil roulant" (même s'il y ressemblait et avait même été un fauteuil Moldu, Lily doutait qu'une création de Sirius puisse encore être simplement qualifiée de "fauteuil roulant") par la porte.

James sourit et ouvrit les bras pour attraper son fils tout excité. Harry avait beau avoir douze ans, il n'était pas trop vieux pour faire un câlin à son père. "Hé, gamin."

"Tu es à la maison ? Tu es guéri ? Tu vas devoir retourner à Sainte Mangouste ? Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu rentrais ?" Il regarda Remus d'un air ravi. "Tu vas rester combien de temps ? Et Peter?"

Les adultes se mirent à rire. Il y avait des moments où Harry était trop mûr pour son âge, mais d'autres fois, il était encore un enfant. Lily sourit en voyant James essayer de décider à quelle question il allait répondre en premier, il prit la pose du célèbre "penseur" et attendit jusqu'à ce que Harry pousse un "hé!" d'exaspération. Ils rirent à nouveau.

"Bien, oui, évidemment, je suis à la maison. Ou, tout du moins dans la maison de Sirius." Les yeux noisette de James brillaient. "Si toutefois tu me laisses entrer."

"Oh!" Harry rougit légèrement alors que sa famille riait, il observa le fauteuil de James avec attention alors qu'ils se rendaient dans la bibliothèque.

"Pour le reste," commença James, "non, je ne retournerai pas à Sainte Mangouste, mais j'ai quelques médicaments étranges à prendre même si je reste ici. Alors, non, je ne suis pas encore guéri... mais j'espère l'être bientôt." Le visage de Harry s'assombrit un peu, mais le sourire de son père était contagieux. "Quant à Remus et Peter, ils sont ici pour la journée. Pour quelque raison obscure, le supérieur de Queudver au ministère a décidé de lui accorder un jour de congé. Je ne sais pas pourquoi."

"Peut-être parce que tu as une faveur à lui demander," répliqua Sirius avec un sourire.

"Moi ? Je suis l'innocence et la vertu!"

Lily s'étouffa. James fit semblant d'être vexé.

"Bien sûr mon chéri," renifla-t-elle en se penchant pour l'embrasser sur la joue. "Et je suis Glinda la bonne sorcière."

"Elle n'était pas obèse ?" railla Peter.

"Peter!" Lily essaya de lui donner une claque amicale mais Remus se retrouva dans sa trajectoire alors qu'il riait, et la main de Lily frappa l'épaule du directeur.

"Hé ! Je croyais que Glinda était gentille, pas violente."

Lily sourit gentiment. "Ca dépend à qui elle a à faire, Remus."

"Sirius, donne lui un coup de pied pour moi," s'exclama James.

"Volontiers."

"Oh!"

"Ah, est-ce que le petit Remy s'est cogné le genou - ouh!" Peter esquiva Remus qui essayait de le pousser, c'est alors que Sirius se mêla à la bagarre. En moins de deux secondes, ce fut le chaos, ils riaient tous comme des fous. De longues minutes s'écoulèrent avant qu'ils ne cessent de se chatouiller, de s'envoyer des coups de pieds et de s'esquiver. Finalement, Lily - qui avait atterri on ne sait comment sur les genoux de James – réussit à reprendre son souffle et à demander :

"Quelqu'un veut manger?"

"Nourriture?" Peter se redressa. "Super ! Je suis affamé."

"Tu es toujours affamé, Queudver."

"Et c'est toi qui dit ça ?" riposta Peter. Tout le monde savait que Remus aurait pu manger n'importe quoi, du moment que ça s'arrêtait de bouger suffisamment longtemps pour y planter une fourchette. Il avait semblé maigre seulement pendant leurs années à Poudlard, et c'était du à ses transformations difficiles. Lily sourit, avant de bien connaître Remus, elle s'était souvent demandée s'il n'avait pas des vers intestinaux. Où il mettait tout ce qu'il mangeait, elle ne le savait pas mais son appétit dépassait même celui de Sirius ou de James, et pourtant, ils auraient pu dévorer un troll de maison et la maison avec. Surtout ensemble.

Remus sourit puis haussa les épaules. "Eh oui."

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Le déjeuner fut pour le moins amusant. Alors que Peter, Remus, Sirius, et James n'en étaient qu'à la moitié de leur repas, Kreatur était déjà complètement traumatisé, et si Lily n'avait pas si bien connu quelle ignoble petite créature il était, elle se serait sentie désolée pour lui. Des bouts de papier cadeau jonchaient le sol de la cuisine, parce qu'aucun d'eux n'était assez stupide pour penser qu'ils parviendraient à manger avant que le garçon de douze ans n'ait ouvert ses cadeaux d'anniversaire. Pour ne rien arranger, James et ses amis se comportaient eux aussi comme des gamins de douze ans, et s'étaient autant amusés à donner les cadeaux que Harry n'avait apprécié les recevoir.

Cependant, Lily savait que c'était que le début. Fred et George Weasley, apparemment déterminés à semer la pagaille, avaient envoyé à Harry une boîte de Boomerangs Toujours-en-Action, que son fils avait été enchanté de recevoir - et pire encore, son mari aussi. Ron avait envoyé à Harry un nouveau livre que Molly n'avait pas du voir, intitulé comment faire votre propre Bombabouse - Meilleure que jamais. Le cadeau de Hermione avait été un peu plus conventionnel, elle lui a envoyé un kit d'entretien de balai très gentil, Lily soupira de soulagement. Elle avait remarqua également que Lee Jordan n'avait rien envoyé et vit l'inquiétude se peindre sur le visage de son fils. Lily mordit sa lèvre pour s'empêcher de faire un commentaire. Elle avait eu plusieurs amis d'origine Moldue à Poudlard et se souvenait que certains de leurs parents ne les avaient pas laissé y retourner. Ca faisait mal et ce n'était pas une solution. La magie ne pouvait pas s'oublier.

Mais Harry pourrait au moins arrêter d'y penser assez longtemps pour apprécier son anniversaire, et il était enterré sous une pile de cadeaux. James avait évidemment insisté pour que Lily lui achète un vif d'or d'entraînement pour que leur "attrapeur en herbe" se fasse la main et Sirius n'avait rien arrangé en offrant à Harry un bon d'achat pour le magasin d'équipement de Quidditch, en plus d'un jeu d'échec sorcier (celui de Harry avait été détruit avec Godric's Hollow) et d'une boîte immense de chocogrenouilles. Ils l'avaient gâté, et Remus n'était pas mieux. Il devait avoir manigancé avec Sirius, parce que le directeur avait offert à Harry une vitrine pour ses cartes de chocogrenouilles, un Yo-yo criard (Lily n'osait même pas imaginer où ça les mènerait) et une affiche de l'union de Flaquemarre surdimensionnée. Peter avait couronné le tout avec une boîte de vers magique, un kit pour faire pousser des verrues, une première édition de l'histoire des farces magiques, et un bel album photos rouge et or, orné avec du sceau de Gryffondor. Il y a des années, Lily avait essayé (énergétiquement) de convaincre les amis de James qu'ils n'avaient pas besoin d'acheter tant de choses pour Harry, mais ils étaient restés sourds à ses protestations. En même temps, avec ces quatre là, un bon nombre de choses était ignoré – en fait, c'était même étonnant qu'ils ne soient pas complètement sourds, parce qu'ils agissaient comme tels parfois.

Aujourd'hui pourtant, Lily pouvait calmer toutes ses inquiétudes. Harry n'était pas un enfant gâté, et il était absolument radieux – c'était son anniversaire, et douze ans ou pas, Harry savait qu'il avait bien failli ne pas fêter son anniversaire du tout. Lily ne ferait donc aucune remarque. Ni aujourd'hui ni un autre jour. Et de toutes façons pas avec ces trois là.

Quelques autres amis avaient envoyé des cadeaux, et, additionné avec ce que Lily avait acheté (beaucoup sur la demande de James, mais pas tout), Harry avait une véritable montagne de cadeaux. Et, évidemment, il ne pouvait pas attendre pour les montrer à ses amis –

"Mais maman, ce n'est pas comme si les Weasley n'étaient pas des sorciers, je ne demande pas à aller chez les Granger!" la supplia Harry après qu'ils aient mangé le gâteau d'anniversaire.

Lily soupira. Pourquoi ces grands yeux verts la faisaient toujours craquer ? Elle aurait du y être insensible étant donné à quel point ils ressemblaient aux siens, mais mystérieusement, son regard suppliant marchait toujours.

"Tu sais ce que je pense," pouffa James, lisant une fois de plus dans son esprit.

"Malheureusement," râla-t-elle, faisant sourire son mari et son fils. Mais sourire de James s'effaça et il devint sérieux.

"Elle n'a pas dit non, Harry," expliqua-t-il. "Juste que nous devons être prudents. Je dois parler à Arthur ce soir, de toutes façons. Nous arrangerons quelque chose pour la semaine prochaine, de sorte que tout le monde soit en sécurité."

Harry se renfrogna. "La semaine prochaine?"

Lily ouvrit la bouche pour répondre, mais Peter fut plus rapide. "Ne t'inquiètes pas, Harry. Tu auras plein de choses à faire en attendant."

"En outre," s'exclama Sirius avec un sourire, "je crois que tu n'obtiendras pas mieux, à en juger par le regard de papa Cornedrue. Il est redevenu sérieux. Il est inutile d'essayer de le faire changer d'avis. Sacro-sainte responsabilité."

"Et ta mère marque un point," ajouta Remus. "Tu ne voudrais quand même pas mettre tes amis en danger?"

"Bien sûr que non!"

"Alors laisse nous organiser ça," continua James. "Cois-moi, Harry. Je n'ai pas l'intention d'essayer de t'empêcher de voir tes amis cet été." Quatre pairs d'yeux se posèrent sur lui et quatre sourires identiques apparurent sur les visages des Maraudeurs. "Après tout, je sais combien ça peut être dangereux d'essayer."

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"Comment vont tes jambes, Cornedrue?" demanda Sirius quelques heures plus tard. Tous les quatre s'étaient réunis dans la bibliothèque pendant que Lily aidait Harry à ranger ses cadeaux d'anniversaire - Peter n'avait pas manqué le regard blessé de James quand Harry lui avait accidentellement demandé de l'aider à accrocher son poster des flaquemarre. Certaines choses avaient changé.

James haussa les épaules. "Parfois j'ai l'impression de sentir des choses, mais les médecins me disent que c'est du à mon imagination, d'autant plus que ça arrive habituellement quand les effets des potions se dissipent. Donc, rien de neuf."

"Je suis sûr que nous trouverons quelque chose." Mais même Sirius, l'éternel optimiste, avait l'air sombre. Il était difficile d'espérer depuis quelques temps.

"Tu as pensé à demander à Severus s'il a une idée?" demanda Remus inopinément, Peter et Sirius échangèrent un regard mauvais. Rogue avait certes de bons côtés, mais ça ne faisait pas de lui un ami.

Sauf pour Remus. Mais là encore, Remus était un saint. Tout le monde le savait.

"Pas vraiment. Mais il faut dire que je ne l'ai pas vu depuis... quelque temps, " répondit James avec un haussement d'épaules. "Souviens toi, pendant que vous faisiez toutes vos réunions avec l'Ordre, j'étais coincé à Sainte Mangouste, grâce à Peter ici présent."

Peter renifla. "Eh oui. Et sans ton consentement."

Les autres pouffèrent mais l'amusement fut de courte durée. Même pour eux, il y avait peu de place pour l'humour ces derniers jours.

"Alors qu'est-ce qui s'est passé cette nuit?" demanda James à Sirius dont les yeux bleu clair se plissèrent.

"C'est Lily qui t'as demandé de poser cette question?"

"Non." Le sourire de James se fana. "Mais étant donné que la maison est intacte et que tout le monde est encore vivant, je suppose qu'il s'est passé quelque chose. En plus, La gazette du sorcier n'a rien mentionner, ça a donc du être quelque chose de très différent - et d'incroyablement tranquille. Cette logique, cependant, ne me dit pas ce qu'au nom de Merlin tu as fait."

Sirius haussa rapidement les épaules. "Pas grand chose."

"Bien." Remus leva les yeux au ciel avant que James ne s'en donne la peine. "Tu ne sais pas mentir, Patmol."

Peter, qui étudiait le visage de Sirius, crut voir quelque chose passer dans les yeux de son ami. Un frisson courut le long de son échine et il dut attendre un moment avant de parler pour être sûr que sa voix ne tremblerait pas. Peter prit une profonde inspiration et demanda, "il était ici, non?"

Personne n'eut besoin de demander à qui 'il' faisait référence.

"Oui."

Ce simple mot fit manquer un battement à leurs coeurs. Le plus important n'était pas ce que Sirius avait dit, c'était la façon dont il l'avait dit. Sa voix était plate, posée, et... froide ? Non, froide n'était pas le mot. Résignée. Quelque chose s'était passée et il l'acceptait.

Le silence les tuait tous, mais Sirius ne semblait pas décidé à continuer. Ils attendirent, essayant de trouver un moyen de le lui demander, mais il restait silencieux. Finalement, James brisa le silence. Les maraudeurs n'étaient pas censés avoir de silence inconfortable entre eux.

"Tu comptes nous dire ce qui s'est passé, Sirius, ou tu vas nous laisser retenir notre souffle comme ça?"

"Désolé." Son regard perdu fut remplacé par un sourire embarrassé. "Je n'ai pas vraiment menti quand j'ai dit qu'il ne s'est pas passé grand chose... Voldemort et les mangemorts sont venus, mais ils ne sont pas parvenus à franchir les sorts de protection. Alors ils sont partis."

"Tu en laisses beaucoup de côté," dit doucement Remus. Mais même sa voix tranquille provoqua la colère de Sirius.

"Oui, Lunard, j'en laisse de côté," cracha-t-il mais il se reprit immédiatement. "Désolé."

"Tu vas bien?" demanda Peter. Sirius n'était pas du genre à sauter à la gorge des gens comme ça.

"Oui. Non." Sirius soupira. "Je ne sais pas."

"Que s'est-il passé ?" répéta James.

"Je ne suis pas sûr," admit Sirius. Il s'interrompit et fixa une étagère, Peter suivit son regard et vit que c'était une étagère innocente, pleine de livres sur la métamorphose, les Runes, et la divination, contrairement à ce qu'on pouvait trouver d'autre dans cette bibliothèque. Il haussa les épaules. "Je ne comprends pas moi-même."

"Ce n'est pas bon signe," lâcha Peter avant de pouvoir se retenir, il eut envie de se gifler. Il y avait des moments où il aurait voulu pouvoir se couper la langue... mais heureusement ça lui arrivait de moins en moins souvent.

Sirius lui adressa étonnamment un sourire fatigué. "A qui le dis-tu Queudver."

"Qu'est-ce que tu ne comprends pas?" demanda Remus, toujours à l'aise dans le rôle du professeur.

"Tout." Le regard fatigué devint presque malicieux. "J'ai dit à Lily que j'étais tombé dans les escaliers."

"Et elle t'as cru?" demanda James, plein de doutes.

"Naturellement." Sirius sourit. "Je suis l'innocence et la vertu!"

"Ca ne fait aucun doute," rétorqua Peter alors que Remus reniflait.

"Et moi je me transforme en petit lapin!"

"Hé!" s'indigna Sirius. "C'est vrai !" Il grogna. "Je veux dire, je suis tombé dans les escaliers. Je ne suis pas devenu innocent et vertueux pendant la nuit."

"Pourquoi?" demanda Peter.

"Et pendant qu'on y est, quels escaliers?" ajouta James.

"Ceux de la cuisine. Et bonne question." Le regard de Sirius se fit à nouveau distant, et Peter se rendit compte qu'il était vraiment entrain de se demander ce qui s'était passé. C'était étrange de voir cette expression sur le visage de Sirius, il avait toujours été l'insouciant, l'hyperactif - il comprenait tellement de choses juste par instinct que Peter l'avait rarement vu faire une introspection. Finalement, il poursuivit.

"C'était quand il testait les sorts." Encore une pause, et là encore, personne ne demanda de qui il parlait. "J'ai commencé à monter les escaliers parce que je savais que les sorts ne résisteraient pas... et là tout est devenu noir. Et les sorts ont tenu le coup."

Remus fixa Sirius avec attention. "Pourquoi ?"

"C'est de ça dont je ne suis pas sûr..." il s'interrompit et Peter ne reconnu pas la voix grave qu'il venait d'entendre comme celle de Sirius. "C'est ça que je dois comprendre. Je dois trouver les réponses." Ses yeux passèrent sur ses trois amis, et Peter trembla en voyant tout ce qui y était caché. Dix ans à Azkaban avaient changé Sirius, et maintenant quelque chose d'autre s'y était ajouté - ou peut-être le changement revenait-il simplement une fois de plus à la surface.

"Quand j'aurai trouvé, je vous le dirai," leur promit Sirius. "Je vous donne ma parole. Mais pour l'instant... je ne peux pas vous dire ce que j'ignore. Par contre je peux vous assurer que Voldemort n'est plus après Harry." Il sourit froidement. "Je pense avoir réussi ma diversion."

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La suite s'appelle Des chemins solitaires… on y travaille, on y travaille…