Promesses retenues

Générique

Auteur : Robin4, sous le titre original de Promises Remembered

Inspiration JKR, mais très UA quand même !

Traduction : Petite Plume

Relecture et mise en ligne : Fénice

Sponsors officiels : Tous ceux qui aiment et le disent… Alana Chantelune, Bee, Alixe et Shima-Shan !

Chapitre treize : Seul sur le chemin

11:36.

La rue était tranquille, paisible. Tous les Moldus devaient dormir ou s'abrutir devant leur stupide télévision. Les voitures garées le long de la rue étaient silencieuses, immobiles et oubliées. La nuit signifiait que tous les Moldus salariés étaient rentrés de leur journée de travail, satisfaits et insouciants. Ils n'étaient que de petits être suffisants, bien installés dans leur routine quotidienne, sans la moindre idée de ce qui était en train de se passer dans leur rue. Ces abrutis se complaisaient dans leur ignorance, heureux ne rien voir. A l'exception d'une, les maisons étaient toutes habitées par des Moldus.

Les habitants de cette maison, à la différence des autres, attendaient.

Des bruits de pas se firent entendre sur le béton chaud. Les Mangemorts avaient examiné les défenses pendant un quart d'heure sans y trouver la moindre faille - Bella avait laissé passer sa chance. Les précédentes failles avaient été comblées avec soin, les barrières de défense avaient été méticuleusement dressées et rendues invisibles par les défenses magiques de Square Grimmauld. Ca aurait dû être simple – on aurait dû pouvoir se contenter d'ouvrir la porte pour désactiver toutes les défenses et tuer tous les occupants de la maison. Et il avait compté sur Bellatrix pour accomplir cette mission importante, il lui avait fait confiance pour accomplir ses désirs.

L'échec, comme l'avait découvert Bella, était douloureux.

"Nous les tiendrons d'ici une heure, maître," dit la voix doucereuse de Lucius Malfoy.

11:38.

L'homme qui s'appelait autrefois Tom Jedusor jouait avec sa baguette en le regardant travailler ; il caressa brièvement l'idée de jeter un sort à son domestique simplement pour le remettre à sa place. Mais Lucius était utile et le jeu n'en valait pas la chandelle. La plupart des Mangemorts étaient des imbéciles bruyants, et la discrétion était une des clefs de la réussite.

De plus, Lucius Malfoy était loin d'être un imbécile ; il était assez intelligent pour interpréter le silence de son maître comme de l'ennui. Le Mangemort inclina la tête. "Pardonnez mon impudence, maître."

Voldemort le laissa mariner pendant un moment, ignorant les excuses et étudiant le numéro 12 place Grimmauld, protégé par des barrières invisibles. C'était une maison antique qu'il connaissait bien, c'était la maison d'une famille dont les membres l'avaient très bien servi. Pourtant c'était également la maison d'une personne qui le défiait depuis trop longtemps et qui abritait ceux qu'il voulait tuer. Place Grimmauld était maintenant un défi à la tradition, et il ne pouvait l'accepter.

"Une heure, c'est beaucoup trop, Lucius."

Malfoy hésita une demi seconde et le Seigneur de Ténèbres perçut sa crainte. Lucius n'avait pas l'habitude d'échouer, encore moins que Bella –mais, comme les autres, il en craignait les conséquences. Il le cache bien, mais pas assez.

"Nous devrions pouvoir aller plus vite, Maître," dit-il rapidement.

Voldemort renifla. "Non. Vous ne pourrez pas."

"Maître?"

A n'importe quel autre moment, il aurait savouré la soudaine terreur de Lucius - mais pas maintenant. Ils n'avaient pas une heure devant eux, et ses fidèles et maladroits partisans n'avaient pas le pouvoir d'aller plus vite. Le Seigneur des Ténèbres adressa à son bras droit un sourire froid.

"Laisse." Ses yeux se plissèrent. "Je vais le faire."

11:40.

Il se concentra, sa baguette à la main. Inopinément, il sentit une autre volonté rencontrer la sienne, pourtant - il n'en fut pas vraiment étonné. Il savait que cette nuit apporterait certaines opportunités, et c'était un face à face qui avait été évité depuis trop longtemps.

Il testa les défenses avec un sort simple et ne fut pas surpris de se voir repoussé. Les défenses étaient puissantes, certes... mais pas assez. Rien n'était assez fort et il avait suffisamment de temps et de puissance. D'ici vingt minutes, il pourrait leur montrer et ils retiendraient la leçon.

L'insoumission n'était pas tolérée, et Lord Voldemort n'oubliait jamais.

Lucius et les autres étaient des imbéciles. Ils avaient essayé toutes sortes de sorts, les uns après les autres, dans l'espoir d'en trouver un qui fonctionnerait. Mais ils ne comprenaient pas l'importance de la puissance, ils ne savaient pas comment en rassembler assez. Ils pratiquaient une magie trop conventionnelle, les imbéciles. Lui, par contre, était bien au dessus de ça. Lord Voldemort ne lançait pas de sorts simples. Il n'obéissait à aucune convention.

Au lieu de ça, il puisait au plus profond de lui-même une puissance qu'il laissait grandir pour augmenter la force du sort. Ca ne serait pas long, même avec cet autre esprit qui cherchait à le contrer. Black était juste un imbécile, et serait bientôt un imbécile mort. Personne n'avait encore fait obstacle à Voldemort et survécu - et peu étaient assez stupides pour essayer. Il aurait pu admirer le courage de son adversaire, mais ça aurait été déplacé.

Le jeu était fini. Il était temps.

11:41.

Voldemort se concentra plus fort et se prépara à l'assaut final. Black était prêt, mais l'imbécile était trop faible pour être suffisamment prêt. Les ténèbres l'enveloppaient et il les accueillait, leur faisait prendre forme et se préparait à frapper –

Son esprit cria un avertissement une seconde avant qu'il n'attaque, pourtant il était déjà trop tard. Ses genoux cédèrent, et le monde devint noir.

--------------

"Vous êtes encore debout, il est tard," dit soudain une voix, tirant brusquement Remus hors de sa rêverie. Il errait dans le parc de Poudlard. Connecté à l'école, il contemplait les défenses que des générations de directeurs avaient créées, chacun y ayant ajouté la sienne. Même si on n'était que le premier août, il savait qu'il n'avait que peu de temps avant la rentrée... et, après la reprise des cours, Poudlard deviendrait une cible. Voldemort avait conquis la prison sorcière sept ans auparavant. Il avait détruit le ministère de la Magie, il y avait tout juste quelques mois. Aux yeux de la communauté magique effrayée, il semblait susceptible de gouverner tous les hauts lieux du monde magique dans moins d'un an... tous sauf Poudlard. Poudlard avait résisté. Il avait essayé de conquérir l'école une fois - et avait échoué.

Dumbledore l'avait arrêté, mais maintenant Dumbledore était mort. Et il réessayerait.

"Salut, Severus," Remus se tourna, et lui sourit. "Je ne pensais pas te voir ici."

"Je ne pensais pas venir," admit son adjoint avec un haussement d'épaules. Remus vit que ses mains étaient enfoncées dans les poches de ses robes longues noires, que ses épaules étaient légèrement voûtées et détendues. C'était une attitude que les élèves ne lui connaissaient pas et Remus avait mis des années à pouvoir en être témoin. Severus Rogue ne faisait confiance qu'à très peu de gens, et Remus était honoré d'en faire partie. "Mais Poudlard est propice à la réflexion."

"C'est vrai," convint le directeur tranquillement. "Je vérifiais les défenses. Tu veux marcher un peu avec moi?"

"Pourquoi pas?" Rogue haussa à nouveau les épaules et ils marchèrent plusieurs minutes dans un silence agréable. Si quelqu'un avait dit à Remus il y a toutes ces années qu'il deviendrait ami avec Severus Rogue, il aurait probablement dit que c'était fou et impossible. Pourtant même James avait fini par trouver un terrain d'entente avec Rogue, et Sirius le tolérait bien mieux que Remus ne l'avait prévu. Peter, quant à lui, semblait comprendre Rogue mieux que tous les autres réunis, et c'était probablement lié aux chemins qu'ils avaient choisis... et abandonnés. Ils étaient entrés dans la vie avec tant d'innocence, faisant des blagues, riant et haïssant sans arrières pensées... aujourd'hui, ils étaient tous liés par les ténèbres.

Et le chemin était encore long. Très long.

"Comment vas-tu?" demanda Remus alors qu'ils longeaient le lac.

"Je m'en sors," répondit-il. Il y avait une pointe de mélancolie dans sa voix. "Comme d'habitude, je suis impatient de revenir pour la rentrée. C'est plus facile ici."

"Oui." Remus n'avait pas besoin de demander, il connaissait la différence. Pendant l'été, Severus était un Mangemort et passait son temps à remplir ce rôle qu'il avait choisi par le passé et était maintenant obligé de jouer. Mais en septembre, il pourrait arrêter tout cela, pas complètement, mais il pourrait vivre dans un univers différent.

Année après année, il continuait à jouer ce jeu. Ca doit le ronger, pensa tranquillement Remus tout en sachant que c'était vrai. Rogue avait été l'espion de Dumbledore avant même que Remus ne vienne enseigner à Poudlard. L'un des Mangemorts les plus important travaillait pour l'Ordre du Phénix et survivait depuis si longtemps. Rogue était sur des charbons ardents, mais il tenait bon depuis plus de douze ans. Tôt ou tard, quelque chose devrait lui arriver.

"Je réfléchissais," dit Severus pour changer le sujet, "à l'Ordre."

"Pourquoi?"

"Le Premier cercle a été amputé, Remus," dit tranquillement son adjoint. "Ce n'est pas le moment d'en reformer un?"

"Le Sixième Cercle?" soupira le directeur. Lui aussi s'en inquiétait mais... "J'aimerais pouvoir le reformer."

"Quoi?" Rogue se tourna pour le regarder.

"J'aimerais pouvoir le reformer," répéta Remus. "Mais Fumseck refuse. Je ne sais pas pourquoi."

"Mais il est..."

"Ouais." Remus se mordit les lèvres et fit un geste d'impuissance. "Peut-être que Dumbledore aurait pu le convaincre, mais moi je ne sais pas quoi faire. Chaque fois que je demande, il refuse... il a déjà disparu plusieurs fois, comme pour faire valoir son point de vue. Il finit toujours pas revenir un jour après, naturellement, mais Fumseck refuse clairement. Pas maintenant."

"Ce n'est pas vraiment le moment que cet oiseau de malheur se montre si têtu," dit sèchement Rogue.

"A qui le dis-tu."

"Alors qu'est-ce qu'on fait ? On attend?" demanda l'autre, Remus crût déceler un certain malaise dans sa voix.

"Je pense qu'on n'a pas vraiment le choix," le directeur avala sa salive. "Mais je voudrais réunir le cercle. Je pense que nous en avons besoin."

"Je suis d'accord," répondit immédiatement Rogue, il n'y avait plus aucune incertitude dans sa voix, elle était vive à présent. Peut-être Remus l'avait-il imaginé. "Quand et où?"

"Dans deux jours, le 2 août," lui répondit Remus. "Place Grimmault."

--------------

C'était une maison parfaitement banale dans un quartier parfaitement banale de la banlieue Moldue de Pembroke. Cette banalité était sûrement ce qui les avait sauvés – ça, et peut-être l'émotivité de Narcissa Malfoy, qui avait dû se souvenir de l'importance de la famille. Mais certainement pas Bellatrix. Sirius savait que Trixie n'éprouvait pas ce genre d'émotion, réservé aux faibles.

Parfois, il la soupçonnait de ne rien éprouver du tout.

Sirius marqua une pause et observa brièvement un groupe de gosses Moldus qui jouaient à cache-cache de l'autre côté de la rue. Le soleil du début d'après-midi était chaud, mais les grands arbres plantés de part et d'autre de la rue fournissaient une ombre rafraîchissante. Toutes les pelouses étaient soigneusement entretenues, de jolies fleurs bordaient les allées et les arbres étaient taillés avec soin, la rue semblait tout à fait ordinaire. C'était même réconfortant de voir tant de normalité, des jouets traînaient parmi les roses et un tuyau d'arrosage courait à travers une pelouse tel un serpent vert clair.

Mais même cette image ne cassait pas la perfection environnante. Ces maisons représentaient tout ce qu'il aurait voulu vivre. Un sourire mélancolique effleura ses lèvres, mais il n'y avait pas de place pour le regret dans son esprit. Seulement un vague désir, Sirius que ce n'était pas possible. Les oiseaux chantaient et les enfants riaient joyeusement, insouciants. Durant cet été parfait, eux n'avaient aucune raison de s'inquiéter. Cette belle et paisible normalité aurait conduit Sirius à mourir d'ennui.

Il sourit en voyant que le marteau pour frapper à la porte représentait un corbeau en laiton. Plus les choses changent, plus elles restent les mêmes. Leurs voisins Moldus devaient certainement penser que les Tonks avaient choisi le corbeau parce que c'était un bel oiseau. C'était probablement un modèle de marteau assez banal, et même ce si n'était pas le cas, les maisons des Moldus aussi étaient pleines de choses étranges. Sirius, quant à lui, comprit la signification de ce corbeau sur la porte Moldue. Même si les Tonks se cachaient, ils n'avaient pas oublié.

Toc, toc.

Quelques secondes plus tard, Sirius se trouva face à face avec un garçon aux cheveux noirs et aux yeux bleus d'environ huit ans.

"Bonjour," dit le garçon en souriant. Ses yeux bleus brillaient et Sirius sentit son cœur battre d'une manière inattendue. Le garçon avait les traits typiques des Black, des cheveux aux yeux, en passant par les pommettes et le petit nez. Est-ce que moi aussi j'ai été aussi innocent ?

Si Sirius avait craint de s'être trompé de maison, tous ses doutes venaient d'être dissipés. Le fils cadet d'Andromeda était un Black, encore plus que sa soeur aînée. L'expression de confiance était le seul bémol à ce tableau parfait - ce garçon était presque trop heureux, presque trop insouciant. Il ne ressemblait pas aux générations de Black qui l'avaient précédé, il ne serait pas élevé dans les traditions des familles de sang pur. Pourtant, il était à sa place dans la jeune génération... Sirius se surprit à déglutir. Si jamais un jour j'avais un fils, lui ressemblera-t-il ?

"Bonjour," parvint-il finalement à répondre malgré sa gorge nouée. "Mon nom est Sirius. Je cherche ta mère."

"Je suis Patroclus, Patroclus Tonks. Mais tout le monde m'appelle Pat" Pat lui fit un nouveau sourire et lui tendit une main confiante. Sirius sourit malgré lui quand le garçon se retourna et cria par dessus son épaule.

"Maman ! La porte!" Il reporta son attention sur Sirius, ses yeux brillaient d'une lueur amusée et ennuyée. "Maman me dit toujours de ne pas laisser entrer des étrangers dans la maison, mais vous ne semblez pas dangereux."

Mais Sirius secoua la tête avant que Patroclus ne puisse le faire entrer. "Je pense que je ferais mieux d'attendre," dit-il tranquillement.

"Qui est-ce, Pat?" demanda une nouvelle voix masculine. Une seconde plus tard, Sirius se trouva en face du visage encadré de cheveux brun clair de Ted Tonks qu'il n'avait pas vu depuis le premier anniversaire de Nymphadora, il y avait si longtemps. Immédiatement, les yeux verts de Ted prirent la taille de chaudrons géants et le magicien cilla en fixant son visiteur avec une surprise non dissimulée.

Sirius prit soin de garder ses mains hors ses poches et loin de tout ce qui aurait pu cacher une baguette. Il attendit, bien conscient qu'un faux mouvement aurait pu le faire passer pour un mauvais Black. Tel était le prix à payer quand on était le seul mouton blanc au sein de la famille Black - ses aristocratiques parents ne s'étaient jamais illustrés par leur amour des sang mêlés. Et encore moins des sorciers d'origine Moldue comme Ted Tonks qui osaient épouser des sorcières au sang pur.

Cependant, le visage de Ted se fendit en un sourire inattendu. "Sirius Black!" s'exclama l'autre. "Je ne m'attendais pas à te trouver chez moi. Entre donc!"

"Bonjour, Ted," articula Sirius en cillant. "Je ne pensais pas que tu me reconnaîtrais aussi vite."

"Bien sûr que je te reconnais," sourit le mari d'Andromeda en ouvrant la porte en grand. "Qui ne te reconnaîtrait pas ?"

Un court instant, Sirius ne comprit pas ce qu'il voulait dire. Puis, il sourit timidement, il eut envie de se gifler. Naturellement. Pour le pire comme pour le meilleur, son visage avait placardé trop de fois dans la Gazette du Sorcier pour qu'on puisse le confondre avec quelqu'un d'autre. Pas pour l'instant en tous cas... La sinistre réalité s'ajouta à cette constatation. Pas maintenant, jamais.

"Oh, c'est vrai." La réponse sonnait faux, même à ses propres oreilles.

"Qu'est-ce qui t'amènes ici?" demanda Ted en refermant la porte derrière l'Auror.

"J'espérais parler à Andromeda, en fait," admit Sirius. "Elle est là?"

Ted acquiesça. "Elle est en haut." Il se tourna vers son fils. "Tu peux aller la chercher Pat?"

"Oui!" Le garçon se leva précipitamment et monta l'escalier en prenant deux marches à la fois, pendant un moment, Sirius regarda avec tristesse Patroclus s'éloigner. Qu'est-ce qui m'arrive aujourd'hui ? se demanda-t-il, faisant abstraction de ses émotions, il suivit Ted dans une cuisine spacieuse. Qu'est-ce que je rate ? Mais il connaissait la réponse, même si elle lui faisait mal.

La vie. Une vie normale et sans histoire.

"Assied-toi si tu veux," dit Ted soudain mal à l'aise. Son enthousiasme s'était fané, et Sirius pourrait voir ses pensées se refléter dans ses yeux verts. Ted était loin d'être un imbécile, et il savait qui se tenait dans sa cuisine moitié Moldue, moitié sorcière ; il se doutait que Sirius n'était pas venu sans raison.

"Merci," répondit légèrement Sirius, il s'assit à la table de cuisine. Il aurait voulu qu'Andromeda se dépêche mais en l'attendant, il devait calmer les nerfs de Ted. Apparemment, Andromeda n'avait pas entendu quand Patroclus l'avait appelée la première fois, ou peut-être était-elle occupée – quoi qu'il en soit, Sirius était coincé avec Ted qui ne savait visiblement pas quoi faire. Il lui fit un léger sourire. "Alors, quel âge a Pat ?"

"Bientôt neuf ans," répondit fièrement le père avec un sourire prévisible. "Nous avons toujours souhaité un autre enfant après Nymphadora, et alors nous nous sommes rendus compte qu'il n'y avait rien qui nous en empêchait."

"Il a l'air d'un garçon intelligent." Sirius détestait ces conversations futiles, et aurait aimé que Ted soit plus à l'aise qu'il ne l'était.

"Oh, il l'est. Beaucoup trop, parfois." Ted sourit. "Et il est un peu trop confiant, bien sûr – tu t'en es rendu compte - mais il a dû hériter ça de moi. Je suis loin d'être aussi méfiant que vous, les Black."

Sirius pouffa avant que Ted n'ait le temps de lui demander s'il l'avait offensé. "La plupart des gens ne le sont pas," répondit-il. "Heureusement."

"Sirius!"

Il bondit sur ses pieds alors que l'exclamation étonnée de sa cousine remplissait cuisine. Andromeda se tenait sur le pas de la porte, son visage n'avait pas changé depuis tant d'années, elle avait toujours les mêmes yeux bleus et les mêmes cheveux noirs. Sirius fit immédiatement un pas en avant l'embrasser sur la joue, mais malgré son sourire, il y avait une distance entre eux qui n'avait jamais existé avant. Extrêmement conscient de cette froideur, Sirius parla doucement.

"Bonjour, Droma."

Elle recula pour le regarder dans les yeux, Andromeda avait toujours été franche et vive. "Qu'est ce qui t'amènes?"

Ses mots étaient un écho inconscient de ce qu'il avait dit à Narcissa trois semaines avant, et Sirius dut se forcer à sourire. Que nous est-il arrivé ? -se demanda-t-il tristement. Avons-nous tellement changé ? Alors une idée se rajouta au sentiment de vide qu'il éprouvait.

Ou est-ce moi ?

En tous cas, il devait répondre. "En plus des retrouvailles familiales ?" il lui fit un sourire en coin. "J'ai vu Cissa et Trixie récemment, alors j'ai eu envie de te voir aussi."

Sa cousine préférée rit. "Je parie que vous vous êtes beaucoup amusés!" Puis elle retrouva son sérieux. "Elle déteste que tu l'appelle Trixie, tu sais."

"Evidemment qu'elle déteste," répondit Sirius avec un haussement d'épaules. "C'est pour ça que je le fais."

"Tu as toujours aimé jouer avec le feu, Sirius," répondit-elle sans sourire.

"Aimé ? Non." Il soupira, il aurait aimé que la conversation ne devienne pas sérieuse aussi rapidement. "J'ai compris que c'était une nécessité ? Oui."

Les yeux bleus d'Andromeda si semblables aux siens l'observèrent avec curiosité. Droma avait parfaitement compris la signification cachée de ces mots. "Et, c'est pour ça que tu es là."

Ce n'était pas une question; un silence inconfortable s'installa. Sirius se contenta de fixer sa cousine en espérant qu'elle le regarderait dans les yeux tout en sachant qu'elle ne le ferait pas. Andromeda fixait le réfrigérateur en fronçant les sourcils. Elle en savait assez pour deviner la raison de sa visite et ce n'était pas la réaction qu'il avait espérée... même s'il s'y était attendue. Finalement Ted s'éclaircit la voix.

"Pourquoi ne pas nous asseoir?" demanda-t-il tranquillement, Sirius eut un sourire nostalgique. Ted avait toujours été un médiateur, même quand il n'y avait pas de conflit. Ca n'a pas changé.

Les chaises glissèrent sur le sol et bientôt le trio fut assis autour de la table de cuisine. Patroclus n'était pas redescendu avec sa mère, et Sirius se dit qu'Andromeda lui avait probablement demandé de rester en haut... elle était, après tout, quelqu'un d'intelligent. Il s'en suivit un autre silence inconfortable durant lequel Sirius essaya de trouver quelque chose à dire mais il resta silencieux. Juste cette fois, pensa-t-il tranquillement, j'aimerais pouvoir parler à Droma comme à une cousine ordinaire, pas avec ce mur créé par les traditions des Blacks entre nous. Même nous, les membres 'inacceptables' de la famille, on ne peut pas. Là encore, même les Black normaux n'étaient pas normaux.

"Je sais que tu n'es pas là juste pour revoir ta famille, Sirius," dit finalement Droma. "Mais je suis heureuse de te voir. C'est bon de voir que tu es en forme après... tout ce qui s'est passé."

Un sourire blême effaça ses pensées noires. "Merci. Moi aussi je suis content de te voir, cousine, " répondit Sirius. "Et je suis désolé de ne pas être venu plus tôt. J'ai été, disons, occupé."

"Oh, vraiment?" Pendant un instant, ses yeux brillèrent. "Je ne vois pas pourquoi."

"Moi non plus." pouffa Sirius, ça ne dura pas. C'était impossible. Il haussa les épaules avant que Droma n'ait le temps de reposer sa question. "J'ai rencontré Nymphadora, il y a trois jours."

"A Gringotts?" demanda immédiatement sa cousine. Surpris, il manqua de répéter le nom de la banque, mais le regard plein de compréhension de Ted l'incita à garder un visage impassible.

"Ouais, à Gringotts," mentit Sirius. "Nous avons parlé un peu, et ça m'a fait penser..." Il s'interrompit et poussa un petit soupir, se demandant comment ça avait bien pu arriver. Droma ne savait pas. Elle ignore que sa fille veut devenir Auror.

Un frisson parcourut son dos, pourtant le regard de Ted le remerciait d'avoir menti. Ce n'était pas ce que Sirius avait prévu - mais Andromeda l'observait, attendant, il oublia donc son malaise et continua.

"Ca plus le fait que Cissa soit venue chez moi, il y a trois semaines, ça m'a fait penser à toi," dit-il, Droma l'observa en levant les sourcils. Sirius s'expliqua, "et je pensais à la guerre aussi."

"Ah?"

Sa voix ne trahissait aucune émotion, Sirius soupira et fit un effort pour maîtriser sa soudaine irritation. "Oui," répondit-il tranquillement. "La guerre. Ta place dedans."

Elle leva un sourcil noir qui en disait long. "Je penserais avoir été claire dès le début, Sirius," répondit-elle, impassible. "J'ai trop de famille d'un côté comme de l'autre pour choisir un camp."

"Tu ne peux pas continuer comme ça indéfiniment, Droma." Sirius essayait de parler d'une voix douce, mais il savait qu'il n'y arrivait pas.

"Et qu'est-ce qui te fait dire ça?" le défia Andromeda d'une voix glaciale.

"Un jour tu devras choisir ton camp," répondit-il en maîtrisant son impatience. "Et ce jour ne va plus tarder. Dans une guerre comme celle-là, il n'y a pas de place pour la neutralité, Droma. Soit tu es avec Voldemort, soit tu es contre lui."

"C'est une menace, Sirius?" demanda-elle avec surprise, la colère brillait dans ses yeux bleus. "Es-tu entrain de me dire que ceux qui ne sont pas avec toi sont contre toi?"

"Non, je n'ai pas dit ça," répondit-il tranquillement alors qu'il sentait ses entrailles se glacer. "Je ne te menace pas, Droma. Je ne le ferai jamais. Mais c'est la vision de Voldemort. Il ne respecte pas la neutralité."

"Il l'a fait jusqu'ici," répliqua-t-elle.

"Et tu penses que ça va durer éternellement?"

Il n'avait voulu lancer une provocation, mais maintenant il était trop tard pour se rattraper. Les yeux d'Andromeda lancèrent des éclairs, mais il la vit faire un effort pour se maîtriser. Pourtant, elle parla d'une voix étranglée, comme si elle luttait pour ne pas crier.

"Nous nous sommes construit une vie agréable, Sirius. Merlin sait que je ne veux pas le voir l'emporter, mais je dois penser à ma famille d'abord. Jusqu'ici, il nous a ignorés, mais si l'un d'entre nous s'en mêle, ça va changer - et je ne veux pas voir mon mari ou mes enfants en danger simplement parce que leur sang n'est pas assez pur à son goût." La dernière phrase était une provocation, elle la lui jeta au visage comme pour voir sa réaction. Malheureusement, c'était quelque chose qu'il avait déjà trop entendu... et même ceux qui tenaient de tels propos mourraient, emportant leurs espoirs et leurs familles avec eux.

"Voldemort ne vous ignorera éternellement. Et il n'oublie jamais." Ted frissonna quand Sirius prononça le nom tant redouté sans même cligner des yeux, mais Sirius continua, il se sentait vide et avait froid. "Tu le sais. Je le sais. Il est temps, Droma. Je respecte le fait que tu veuille protéger ta famille, mais tu ne peux plus le faire seule. Plus maintenant."

"Ah non?" le défia-t-elle, et il vit le célèbre mauvais caractère des Black s'emparer d'elle.

Sirius, cependant, n'était pas fâché. Il aurait voulu l'être. "Et que vas-tu faire quand les Mangemorts viendront?" demanda-t-il doucement. "Espérer que l'influence de Narcissa te permettra de vivre un peu plus longtemps, ou que Bellatrix éprouve de la compassion pour la première fois de sa vie ? Ou observeras-tu ton mari mourir parce qu'il est d'origine moldue, et tes enfants parce qu'ils sont des sang mêlés, et enfin, ce sera ton tour, juste parce que tu as osé être différente ? Que feras-tu, Droma ? Tu vas te cacher en attendant qu'ils viennent, et prier pour qu'ils t'aient oubliée, ou tu vas te battre pour les arrêter avant qu'ils ne tuent d'autres innocents?"

Andromeda le regarda, les yeux agrandis par la colère - et oui, par la douleur. Ses mots avaient frappé à l'endroit voulu, avaient décrit ses craintes les plus profondes. Sirius espérait seulement avoir soulagé la blessure et non l'avoir augmentée.

"C'est le moment de choisir, cousine," dit-il tranquillement. "Tu ne peux plus te cacher."

Mais ses yeux lançaient toujours des éclairs et elle se leva en tremblant presque de rage. "Toi," cracha Droma, "tu ne peux pas juste débarquer ici et ruiner ma vie!"

"Je n'essaye pas de ruiner ta vie," répondit Sirius. "Je dis seulement la vérité."

Andromeda se redressa et désigna la porte d'une main tremblante. Sa voix était soudainement froide, et elle rappela à Sirius ses sœurs alors qu'il n'aurait pas souhaité y penser. "Va-t'en!"

Il soupira et se leva le cœur gros. Malgré ce qu'il avait dit, Sirius n'était pas venu uniquement à cause de la visite de Narcissa et de la présence de Nymphadora à Avalon. Il était venu parce qu'il savait que le Seigneur des Ténèbres frapperait bientôt, et que ses coups tomberaient plus près de sa famille qu'il ne le craignait - trois jours auparavant, Sirius avait réussit l'impossible, et il savait qu'il y aurait des représailles. Il espérait juste que les cibles le comprendraient. Tu crois vraiment que je veux ruiner ton bonheur, Droma ? - voulait-il lui demander. J'aimerais tellement pouvoir te laisser tranquille et me dire que tu ne risques rien.

Mais je préfère te savoir en vie que juste heureuse, cousine.

"Il a raison, Droma." Ted avait été silencieux durant tout l'échange, mais maintenant il posa doucement sa main sur le bras de son épouse. "Nous ne pouvons plus nous cacher."

000

Le suivant s'appelle « Des jours grandioses et sombres »…Complexité politique, calme et tempête… Encouragements et avis bienvenus !