Promesses retenues

Générique

Auteur : Robin4, sous le titre original de Promises Remembered

Inspiration JKR, mais très UA quand même !

Traduction : Petite Plume

Relecture et mise en ligne : Fénice

Sponsors officiels : Alana Chantelune (tu as raison, les derniers postages ont été plus rapides ; dès que je reçois le suivant, je poste), Reira, Fée Fléau (Oui, il est possible que Robin m'ait beaucoup influencée dans mon écriture, rien ne t'échappe, hein ?) Thamril, Shima Shan (on avance, on avance, mais est-ce que tu voyais ça comme ça ?),

Beaucoup ont réagi à mon avis : que le précédent est moins inquiétant que celui-ci… Mouarf, mouarf, mouarf… mais aimerait-on autant Robin si elle ne savait pas renverser les situations aussi vite ? Bon, on en reparle après la lecture ?

Chapitre dix-sept : Le vent des ténèbres

Le matin suivant, le petit déjeuner au Terrier était très agité. Deux jours après les élections et le lendemain de l'arrivée des lettres de Poudlard, les Weasley, les Potter et les Granger s'étaient organisés pour emmener leur progéniture sur le chemin de Traverse. Naturellement, ils auraient pu emmener leurs enfants chacun de leur côté, mais ils auraient tous fini ensemble de toutes façons. Il était donc bien plus facile de partir tous en même temps. Harry et Hermione étaient donc venus au Terrier sans leurs parents qui devaient aller travailler. Mais comme Arthur devait également se rendre au Ministère (lui et James étaient partis à l'aube pour rencontrer le premier ministre moldu), Sirius Black, formidable chaperon, était parmi les hôtes de Molly Weasley.

Pourtant, le petit déjeuner avec les Misfits était un désastre. Fred et George avaient essayé de mettre le feu aux cheveux de Hermione, mais en avaient été empêché par Ginny qui avait "accidentellement" renversé du jus d'orange sur les jumeaux qui s'étaient mis à hurler. Harry et Ron ignoraient leurs repas maintenant froids et jouaient avec les balles rebondissantes jamais immobiles de Harry, ajoutant encore à la folie qui régnait dans la cuisine du Terrier. Hermione, de son côté, s'intéressait aux méthodes sorcières pour cuisiner, et était probablement la seule personne calme dans la cuisine puisque Percy s'était sauvé depuis plus de vingt minutes.

Excepté Sirius. Il lisait la gazette du sorcier et mangeait calmement son bacon pendant que les enfants criaient, riaient et se faisaient des blagues.

"Tu savais," demanda-t-il à Molly les yeux toujours rivés sur le journal, "que Eric Dummingston est mort la nuit dernière?"

"Qui?" demanda Fred, la bouche pleine d'oeufs.

"Fred!" s'écria sa mère. "Ne parle pas la bouche pleine!"

"Oh, Maman. Tu n'y arrivera donc jamais?" se désola son frère jumeau. "Je suis Fred. Lui, c'est George!"

Sirius manqua de s'étouffer avec son jus d'orange alors que Ginny levait les yeux au ciel. "Vous n'en avez pas marre de faire toujours la même blague?"

"Non," répondirent-ils d'un air innocent.

Les yeux de Molly se plissèrent. "Fred, tiens toi correctement. Ne parle pas la bouche pleine – et ne mâche pas la bouche ouverte!"

"Oui, Maman." Clairement, les garçons savaient très bien quand il n'était pas utile de protester. En quelques secondes, le chaos repris, sauf pour Hermione, qui demanda :

"Ce n'est pas le vieux journaliste de la Gazette?"

Sirius lui fit un demi sourire. "Ouais." Ses yeux rencontrèrent ceux de Molly de l'autre côté de la table et il vit qu'elle avait compris ce qu'il ne dirait pas. "Il est mort la nuit dernière."

"Comment?" Hermione, malheureusement, était trop intelligente pour son âge.

"Wah, Fred, regarde ça!" - l'interrompit Ron avec un grand sourire. Une des balles rebondissantes jamais immobiles rebondissait à toute vitesse entre le sommet d'une étagère et le plafond. Profitant de la diversion, Sirius feignit de ne pas avoir entendu Hermione.

"Ron, arrête cette chose!" ordonna Molly.

"Je vais la récupérer, Mme Weasley," déclara Harry en sautant sur une chaise pour essayer d'attraper la balle sous le regard des autres. Tout le monde le regardait sauf Hermione. Même s'il avait tenté de l'ignorer, ses yeux étaient toujours rivés sur Sirius.

"Il a été tué, non?" demanda-t-elle tranquillement.

Personne d'autre n'écoutait, mais même si ça n'avait pas été le cas, il ne lui aurait pas menti. Sirius hocha la tête. "Oui."

"A cause de l'article?"

"Je pense," répondit-il doucement.

Hermione pâlit légèrement, mais elle acquiesça. Elle était courageuse et très intelligente, Sirius le savait. Ce n'était pas la première fois qu'il était heureux qu'elle soit l'amie de Harry. Il ne faisait aucun doute que l'intelligence d'Hermione avait plus d'une fois tiré les Misfits de situations délicates, et Sirius était sûr qu'il y en aurait encore. Les garçons, naturellement, ne se doutaient pas de la chance qu'ils avaient de l'avoir, mais ça n'était pas vraiment étonnant. Surtout à cet âge. Hermione se pencha vers lui et chuchota, "ce n'est pas juste, hein?"

"Non," confirma Sirius. "Mais c'est pour ça que nous nous battons."

"Si la guerre n'est pas finie quand je sortirai de Poudlard alors -"

"Ron!" hurla Ginny, coupant Hermione, quand une balle rebondissante verte rebondit sur sa tête.

"Ce n'est pas moi!" protesta son frère.

"Désolé, Ginny," s'excusa Harry, rouge de confusion. Il avait réussi à faire descendre la balle rebondissante de l'étagère mais elle avait visiblement trouvé une autre cible. "C'est ma faute."

"Oh - Ahh!" Elle se pencha pour en esquiver une violette qui se dirigeait droit sur elle. "Ron!"

"C'était Fred!"

"Fred!"

"C'était George!"

"Vous ne me trompez pas, grands -"

"Ca suffit!" - les coupa Molly. "Accio balles rebondissantes jamais immobiles!"

Mais c'était une très mauvaise idée. Molly poussa un petit cri quand les douze balles se dirigèrent vers elle sans ralentir le moins du monde. Elle parvint à en esquiver la plupart mais deux rebondirent sur sa tête et une troisième sur son épaule gauche. Puis, les douze balles continuèrent à rebondir joyeusement, créant un chaos sans précédent dans la cuisine de la famille Weasley. Les enfants hurlaient de rire alors que Molly grondait de colère ; faisant de grands gestes avec sa baguette, elle envoya des étincelles sur une balle jaune. Naturellement, elle rata sa cible et cassa un cadre photo. Molly s'apprêta à essayer une deuxième fois, mais Sirius l'arrêta en posant sa main gauche sur son bras. Elle lui jeta un regard assassin mais se radoucit en voyant le sourire de l'Auror.

"Laisse-moi faire." Il avait posé la gazette et avait pris sa baguette presque instinctivement. Il la pointa en direction des balles. "Finite Exsilimultom!"

D'un même mouvement, toutes les balles tombèrent sur le plancher, au grand soulagement de Molly. Les enfants gémirent. Puis Harry haussa les épaules.

"On se demandait comment les arrêter," commenta-t-il.

Sirius renifla. "Tu as pensé à lire le mode d'emploi?"

"Ben, euh,... papa l'a pris." Harry haussa les épaules. "Il a dit qu'on devait trouver tous seuls."

"Pas dans ma maison en tous cas!" protesta Molly ,alors que Sirius se retenait de rire. "Assez joué. Allez chercher vos listes. Nous partirons dès que ce désordre sera nettoyé."

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Julia transplana dans son appartement avec un crac, jetant son masque et sa longue robe de Mangemort par terre en se dirigeant vers la cheminée. Un mois auparavant, elle s'était finalement décidée à acheter un appartement à Londres, elle restait trop de temps ici pour passer toutes ses nuits à l'hôtel. Ce n'était pas qu'elle manquait d'argent pour se le payer, c'était plutôt qu'elle voulait un endroit à elle pour se sentir "à la maison". Cinq jours avaient passés depuis qu'elle avait parlé à son frère, Lucius devait avoir relaté leur conversation au Seigneur des Ténèbres, parce que Voldemort ne lui avait pas ordonné ce qu'elle redoutait tant. Non, il avait abordé le sujet d'une autre manière.

Elle jeta une poignée de poudre verte dans le feu, espérant que personne ne l'observait. C'était certainement l'une des choses les plus stupides qu'elle n'ait jamais faite, mais elle n'avait pas le temps de trouver un moyen plus sûr d'accomplir sa mission.

Les flammes se colorèrent en vert, et, sans hésitation, Julia mis sa tête dedans et parla, ignorant le vertige habituel. Le monde pouvait tourner si ça lui faisait plaisir, elle avait des choses beaucoup plus importantes à faire pour s'en inquiéter.

"Numéro douze, square Grimmauld," dit-elle rapidement, espérant qu'il était encore à la maison.

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"Les invités d'abord," dit Molly en poussant Harry et Hermione en avant.

"Lequel?" demanda George innocemment alors que Hermione rougissait.

"Je n'ai jamais voyagé par le réseau de Cheminette," dit-elle nerveusement. "Je veux dire, j'ai lu des choses dessus mais..."

Sirius eut un petit rire et regarda Molly dans les yeux. Il parla calmement et sans emphase, mais il était sûr qu'elle avait compris. "Peut-être que je devrais y aller d'abord."

"Pourquoi - Oh." Elle rougit tout comme Hermione. "Oui. Evidemment."

Bien sûr Sirius n'avait pas besoin d'utiliser la poudre de Cheminette et n'en avait vraiment pas envie. Il avait son permis de transplanage depuis qu'il avait dix-sept ans et il avait toujours détesté voyager par le réseau cheminette. Mais il fallait être prudent. Même s'il n'y avait aucune raison qui pourrait pousser les partisans de Voldemort à viser Harry, et que personne ne savait qu'ils seraient sur le Chemin de Traverse aujourd'hui, Sirius ne voulait pas risquer la vie des gens qu'il aimait. La pauvre Molly, quant à elle, n'était pas habituée à ça en dépit des années de guerre, et elle se sentait embarrassée de ne pas avoir pensé avant à la sécurité.

Il lui fit un rapide sourire avant de sortir sa baguette de sa poche, plus par sécurité que par nécessité. Il n'en avait pas besoin pour transplaner (comme tous les Auror), mais aller au devant d'un danger potentiel sans sa baguette en main était l'une des nombreuses erreurs de novices que la moitié des Aurors qualifiait pour rire de "suicide involontaire."

Sirius apparut sur le chemin de traverse avec un doux pop, son regard se promena sur la rue à la recherche d'un danger éventuel. Tout avait l'air calme et les gens qu'il voyait vaquaient à leurs propres occupations. Un instant plus tard, Harry roula hors du feu, pulvérisant de la cendre partout et grognant. "Je vais tuer Fred et George!" cracha le filleul de Sirius.

"Pour quelle raison?" demanda Sirius en s'écartant un peu et en appuyant nonchalamment son dos contre le mur. Dans cette position, il pouvait voir tout ce qui se passait, et même si tout semblait normal, il savait que ça pouvait changer en un instant. Il n'avait pas été formé à prendre des risques inutiles.

"Ils ont jeté des pétards mouillés du Dr. Flibuste avec moi dans la cheminée," grogna Harry.

"Oh." Sirius leva les sourcils. "Je n'avais jamais essayé. J'imagine que les résultats étaient intéressants?"

Harry renifla. "Répète un peu pour voir." Une expression machiavélique se dessina sur son visage. "Pourrons nous nous arrêter chez Gambol et Japes avant de rentrer?"

"Une revanche à prendre?"

"Ouf!"

Avant que Harry n'ait le temps de répondre, Hermione était tombée de la cheminée, couverte de suie et les cheveux en bataille. Harry se pencha vers elle en riant pour l'aider à se relever. "Tu en as mis du temps."

"J'ai du attendre que Mme Weasley arrête de crier après Fred et George assez longtemps pour éteindre le feu," répondit-elle en époussetant ses habits. "Les pétards ont fait un sacré désordre."

Harry renifla. "Bien fait pour eux."

"Harry!"

"Quoi?" Harry lui jeta un regard innocent derrière ses lunettes légèrement de travers qui rappela à Sirius le passé. Pendant un moment, il crut voir James et Lily quand ils étaient jeunes - mais non. Ces deux là se sentaient trop comme frère et sœur pour ça. Il sourit. Lily et moi, peut-être, mais pas Lily et James. Ces deux-là ne seront jamais aveuglés par l'amour. Sirius rit en essayant d'imaginer Harry tomber amoureux de Hermione mais il n'y arriva pas. De ce côté, Harry n'était pas du tout comme son père. Il ne tomberait pas amoureux de la fille intelligente – il choisirait la casse-cou.

Ginny roula hors du feu. "Désolé pour mes frères," dit-elle immédiatement. "Ils n'ont pas de limites."

"Oh, on l'avait déjà remarqué," répondirent d'une seule voix Harry et Hermione.

Ron, heureusement, sortit de la cheminée, suivi de Percy, qui parvenait, même couvert de suie, à garder son air digne et pompeux. Les jumeaux suivirent, ils n'avaient pas l'air de s'en vouloir le moins du monde malgré le fait que leur mère, qui venait de transplaner, grognait encore de colère. Elle avait du être au milieu d'une phrase quand les jumeaux avaient sauté dans le feu.

"- vous avez intérêt à bien vous comporter sinon vous serez punis jusqu'à la rentrée!"

Fred et George échangèrent un regard calculateur, évaluant si ça valait la peine de supporter dix-huit jours sans blagues pour un coup d'éclat sur le chemin de Traverse. Molly, cependant, était bien plus intelligente que les jumeaux ne le pensaient.

"Ca veut dire pas de Quidditch!" siffla-t-elle.

Fred commença, "mais maman -"

"Nous devons jouer au Quidditch!" termina George.

"Oh vraiment?" les défia Molly, elle dévisagea ses fils avec les mains sur les hanches.

Fred acquiesça avec sincérité. "Nous essayons d'aider Ron pour qu'il devienne gardien cette année."

Percy leva les yeux au ciel avant que sa mère ne puisse répondre. "Evidemment," dit-il sèchement. "Et vos motivations sont toujours aussi pures que celles d'un nouveau né."

"En fait c'est vrai, Percy," répliqua Ron, volant au secours de ses frères. "Ils m'aident beaucoup."

"Quoi qu'il en soit conduisez vous bien sinon pas de Quidditch!" répliqua Molly avec fermeté, mais Sirius put voir qu'elle était heureuse de voir ses garçons turbulents aider leur plus jeune frère. Clairement, ça semblait être un événement rare dans la famille Weasley avant la création des Misfits - Sirius eut le sentiment que Ron avait longtemps été la victime des plaisanteries des jumeaux. Maintenant, pourtant, il était aussi un fauteur de trouble et cette situation était devenue familière.

J'ai déjà vu ça ? Pensa-t-il en essayant de ne pas sourire d'un air affecté. Ah, pauvre Molly. Nous on n'était que quatre.

"On y va?" demanda-t-il avec un sourire, les yeux toujours attentifs au moindre danger. Sirius aurait été amusé d'assister au match Molly contre les jumeaux toute la journée mais ils avaient des courses à faire – sans compter le fait que Harry et Ron semblaient sur le point de partir si ils restaient là. D'abord je suis un chaperon, et maintenant je suis un conciliateur, pensa-t-il avec ironie. Où va le monde ?

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Remus retint un gémissement en voyant la pile et souhaita qu'ils changeraient d'avis. Il s'était attendu à ce que quelques étudiants ne reviennent pas, mais il n'avait jamais pensé que ça se passerait comme ça. Lentement, il recommença à compter les lettres, se réprésentant l'image de chacun des élèves en même temps.

La fréquentation de l'école avait baissé de dix pour cent. Remus s'était attendu à deux ou trois pour cent, voir cinq - mais dix ? Hormis Lee Jordan, il y avait sept autres étudiants qui ne reviendraient pas, le reste des enfants absents étaient des premières années - et le pire était qu'ils appartenaient pour la plupart à des familles impliquées dans la guerre contre Voldemort. Ces parents auraient dû envoyer leurs enfants à Poudlard pour défier la puissance croissante du Seigneur des Ténèbres... mais ils avaient peur. Une partie de lui pouvait comprendre la crainte, mais Remus ne pourrait jamais comprendre en quoi se cacher était utile.

Il soupira et frottant ses yeux fatigués. Remus dormait mal ces derniers temps et pour couronner le tout, il s'était transformé la nuit précédente et avait dormi une bonne partie de l'après-midi. Même s'il ne s'en souvenait pas, il savait que ses rêves avaient été agités, et il avait le sentiment que quelque chose était sur le point de se produire. Ce sentiment était de plus en plus important depuis le début de l'été, peut-être en raison de sa proximité avec la fontaine et de l'absence des étudiants, mais aujourd'hui, son pressentiment était si fort qu'il avait envie de vomir - et ça ne lui était jamais arrivé après une transformation. Pourtant son estomac était noué, quelque chose allait se produire.

Des hurlements.

Il redressa brusquement la tête, Remus s'était assoupi sans s'en rendre compte et avait posé sa tête sur le bureau de chêne. Désorienté, il secoua la tête. Pendant un moment, son bureau avait ressemblé au chemin de traverse, et Remus mit un moment à se souvenir d'où il était.

Il soupira et prit une gorgée de son thé à présent froid. Apparemment, le thé ne l'aidait pas à rester réveillé et Remus détestait perdre le contrôle. Ca avait toujours des conséquences, et, étant donné son statut... particulier, ces conséquences n'étaient jamais plaisantes. Et c'était un euphémisme.

Du feu.

Il cilla et serra si fort sa tasse de thé dans sa main gauche qu'il l'entendit craquer. Rapidement, il posa la tasse sur sa soucoupe, et secoua la tête pour s'éclaircir l'esprit. Mais les flammes dansaient toujours devant ses yeux.

Elles n'étaient pas parties. Il ne rêvait pas. Il n'avait pas somnolé encore une fois. Non pas cette fois. Mais est-ce que je dormais la première fois ? se demanda Remus le cœur battant. Ca faisait des semaines qu'il se disant que ses rêves n'étaient pas seulement des rêves, mais il n'avait jamais pu s'en souvenir assez longtemps pour songer à ce qu'ils pouvaient signifier. Il inspira. Qu'essaye-tu de me dire ?

Dommage que la fontaine ne puisse pas répondre. Si la source infernale avait été capable de parler, ça l'aurait aidé à résoudre bien des problèmes - comme ses insomnies, son malaise, ses transformations différentes –

Encore des cris.

Soudain, Remus se raidit inconsciemment sur sa chaise. Maintenant, il était parfaitement réveillé - et très étourdi. Même cinq mois après être entré dans la fontaine de puissance, il n'était pas habitué au vertige qui accompagnait les visions. Il s'était souvent demandé si les effets ne s'atténuaient pas, s'il pourrait un jour les contrôler comme il pensait que Dumbledore le faisait... mais il n'y avait aucun moyen de le savoir et plus personne à qui demander. Il n'y avait plus le temps d'y penser, non plus. Un tourbillon de couleurs brouilla sa vue et il crut qu'il allait perdre conscience, mais –

Des images traversèrent son champ de vision.

La boutique de Florian Fortarôme brûlait. Les flammes sortaient par les fenêtres et les spectateurs étaient couverts de cendres et de fumée. Une sorcière aux cheveux noirs hurla quand sa chevelure prit feu, il fallut à son compagnon trois essais pour l'éteindre alors que son fils était paralysé de terreur.

Un rire.

Un tourbillon.

Des hurlements.

Il pouvait presque sentir la chaleur des flammes

De la fumée plein la rue, emportée par un vent surnaturel. Des débris projetés dans les airs s'écrasaient sur ceux qui essayaient de fuir les flammes. Un éclair. Une lumière verte. Le hurlement de douleur d'un homme. Des corps sans vie dans la rue. La mort partout.

Son bureau sentait la fumée. Brûlait-il ? De la chair carbonisée.

Un éclair.

Des silhouettes sombres avançaient vers le centre de la rue en riant.

Il avait froid.

Toutes les silhouettes étaient masquées, sauf une. Et ses yeux rouges brûlaient.

Ceux qui ne pouvaient pas se sauver prirent la seule option qui leur restait – la soumission. Les sorciers et les sorcières s'agenouillèrent devant le seigneur des ténèbres. Il continua à avancer, ignorant leur reddition.

Si froid.

Une lumière verte. Un éclair vert. La mort verte.

La marque des ténèbres brûlait dans le ciel. Un éclair. Quelque chose explosa. Une femme cria, il connaissait sa voix. Elle essayait de se dégager d'un bloc de pierre – pour quoi faire ? Son visage était caché, mais il voyait ses cheveux roux. Elle se tourna vers une porte ouverte, et cria encore –

"Sirius!"

"Quoi?"

Effrayé, Remus sursauta sur sa chaise. Sa vision s'était brusquement dégagée, les images de mort, le feu, et le chemin de traverse avaient disparu pour faire place à Fumseck. Le phénix rouge et or s'était posé sur le bureau face à Remus et l'étudiait avec des yeux inquiets. Remus cilla et se rendit compte que c'était le doux chant de Fumseck qui l'avait libéré de la vision. Il expira en tremblant.

"Merci," dit-il tranquillement en espérant le penser. Est-ce que c'était comme ça que Dumbledore faisait face aux visions ? Fumseck avait-il été son gardien, celui qui le sauvait quand il s'enfonçait trop profondément ? Remus frissonna.

La tête du phénix tapait doucement son torse alors qu'il continuait à chanter. Lentement, le directeur lâcha la respiration qu'il n'avait pas eu conscience de retenir. "Je sais," soupira-t-il, souhaitant savoir ce qu'il venait de voir. Mais le bec de Fumseck heurta sa main.

"Que -?" commença Remus puis il comprit ce que son compagnon essayait de lui dire. Il y avait une tête dans son feu.

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"Remus?"

"Bonjour?" lâcha-t-elle dans un souffle en luttant pour rester calme. Dans quelques instants, elle n'aurait plus le choix... "S'il te plait sois là. S'il te plaît regarde cette fichue cheminée... Remus!"

Soudain le directeur de Poudlard s'accroupit devant elle, il était pâle et semblait surpris. Il y avait un phénix perché sur son épaule gauche. "Julia?"

"Oui!" Elle résista pour ne pas pleurer de soulagement - Julia ne pleurait jamais, mais à l'heure actuelle, elle était douloureusement tentée.

"Qu'est ce qui ne va pas?" Ses yeux bleus voyaient tout, elle le regarda. Elle n'avait pas de temps à perdre en préambule.

"Le Seigneur des Ténèbres va attaquer le chemin de Traverse -"

"Je sais," la coupa calmement Lupin, Julia sentit son coeur faire un bond.

"Comment?" Elle le fixa.

"Laisse tomber." Il secoua la tête, vaguement embarrassé et complètement épuisé. "Mais je sais qu'il va attaquer. Ce que je ne sais pas, c'est quand il va le faire."

Quelle que soit la manière dont il l'avait appris, elle savait que Remus Lupin n'était pas un mangemort. Ni un traître, et ce n'était pas le moment de demander. Il savait mais n'en savait pas assez. "Il attaque en ce moment, Remus," dit rapidement Julia. "En ce moment. J'ai essayé d'appeler Sirius, mais il n'était pas chez lui - "

"Il est déjà parti," il s'interrompit quand elle commença à trembler, confirmant ses pires craintes. Le coeur de Julia se brisa.

"Nous devons faire quelque chose."

Lupin a secoué sa tête. "Non. Je dois faire quelque chose – tu ne peux pas prendre ce risque."

"Mais -" Même si elle le savait, ça ne rendait pas l'acceptation plus facile.

"Laisse-moi y aller, Julia," dit tranquillement Remus. Elle l'avait toujours trouvé aimable, mais il y avait une fermeté dans sa voix qu'elle n'avait jamais entendue avant. "Plus vite je pars, plus vite ça sera fini. Fais-moi confiance."

Elle prit une profonde inspiration, sachant qu'il avait vu combien ça lui coûtait de le faire. "J'ai confiance en toi. Bonne chance."

"Merci."

Puis il disparut, laissant Julia sortit à contrecœur sa tête du feu. Sa poitrine était si serrée qu'elle avait du mal à respirer, et ses mains tremblaient. Mais elle ne les regarda pas. Elle ne voulait pas les voir. Pitié, faites qu'il s'en sorte, pria Julia. Faites qu'aujourd'hui ne soit pas ce jour. Elle aurait fait n'importe quoi pour le sauver - mais Remus avait raison. Et il n'avait pas eu besoin de lui dire que son intervention risquait bien plus de causer la mort de Sirius que de le sauver.

Julia Malfoy était une femme pleine de bon sens, et elle reconnaissait la vérité quand elle la voyait. Cependant, ça ne signifiait pas qu'elle la détestait moins.

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"Tu es prête maintenant, Hermione?" s'impatienta Harry.

Ils étaient chez Fleuri et Bott depuis presque une heure, et son estomac commençait à gargouiller si fort qu'il était surpris que Mme Weasley ne puisse pas l'entendre de dehors où elle les attendait avec Ginny. Ron semblait sur le point de manger son exemplaire de Combattre la magie noire, et les jumeaux étaient prêts (et désireux !) à mettre quelque chose de désagréable dans le sac immense remplit de livres de Hermione si elle ne se dépêchait pas. Harry soupira. Hermione était une amie formidable, mais quand elle entrait dans une librairie, elle en avait pour une éternité. Même Sirius s'impatientait, mais peut-être était-ce parce que la jeune sorcière derrière le comptoir n'arrêtait pas de le draguer.

Harry eut un sourire affecté, il n'était pas vraiment désolé pour son parrain. A sa gauche, Ron s'agita, il fixait le dos de Hermione. Fred et George se dirigeaient vers la sortie, ayant probablement décidé que faire une blague à un autre Misfits n'était pas une bonne idée... ou du moins quand Mme Weasley était là.

"On peut aller chez Gambol et Japes après?" demanda Harry en se tournant vers Sirius.

"Après le déjeuner, promis", répondit son parrain.

Harry sourit. Il y avait des choses qu'il avait désespérément besoin de stocker avant la rentrée, dont certaines qu'il voulait cacher à Fred et George (Mme Weasley n'avait fait aucun commentaire au sujet de son comportement, en outre, elle n'était pas sa mère. Les parents de Harry n'avaient même pas essayé d'empêcher leur fils de faire des blagues).

"Bien. Je prends ces deux-là et on y va, " annonça Hermione.

Harry se sentit soulagé mais le sol trembla sous ses pieds. "Que -?"

"Couchez-vous!" cria Sirius en poussant Harry en avant. Il trébucha et tomba sur le ventre avant de savoir ce qui l'avait frappé.

Les livres tombèrent des étagères et heurtèrent comme des Cognards les clients qui crièrent de douleur. Fred en reçut un dans l'estomac et se plia en deux, mais son frère jumeau le tira au sol avant que l'étagère ne lui tombe dessus. Harry sentit l'odeur de la fumée et il entendit le cri de Mme Weasley.

"Sirius!"

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Suite de la météo (comme dirait Fée fléeu) dans le prochain : L'orage éclate