Promesses retenues
Générique
Auteur : Robin4, sous le titre original de Promises Remembered
Inspiration JKR, mais très UA quand même !
Traduction : Petite Plume
Attention : la traduction est finie et ça ne dépend donc plus que de la Relecture et mise en ligne… Bravo !
Fénice un peu affolée mais ravie !
Sponsors officiels : Bicounet, Fée fléau, Shima-Chan, Siri, Alana Chantelune, Kiri… - les mêmes ! Bravo !
Chapitre vingt-trois : Coeur, corps, esprit, et âme
"Fais tes adieux si tu veux, mais fais vite." Lucius avait compris qu'elle devait et où elle irait. Julia ne comprendrait jamais vraiment son frère, et son dernier acte le prouvait. C'est ainsi qu'elle se retrouvait là, devant la porte du numéro douze, square Grimmaurd, pour dire au revoir.
Julia ravala son chagrin. Elle n'avait pas vraiment le droit de se sentir triste - elle était vivante et devrait en être reconnaissante. Elle déglutit avec difficulté en levant la main pour frapper à la vieille et laide porte. Une fois qu'elle serait partie, elle n'avait pas la moindre idée de quand elle pourrait revenir. Mais elle reviendrait. Un jour.
Quoi qu'il arrive.
Ses coups résonnèrent sur le bois comme s'il était vide, aussi vide qu'elle se sentait. Mais cela ne dura que quelques secondes avant que la porte ne s'ouvre ; elle se trouva en face d'un garçon aux cheveux ébouriffés et aux yeux verts qu'elle n'avait jamais vu mais qu'elle connaissait de nom. Il était le portrait craché de James Potter, et avait le même âge que son neveu, cependant Harry semblait beaucoup moins désagréable. Ca doit être l'influence de Narcissa, pensa Julia avant de pouvoir s'en empêcher. Et c'était typiquement une réflexion de sang pur, elle le savait. Vieux préjudices et vieilles traditions. Je ne dois pas être aussi différente que je l'imagine.
Mais elle était différente. Julia avait marché sur le fil du rasoir et avait perdu, mais l'avait fait. Elle n'avait pas pris la voie de la facilité, la voie traditionnelle. Elle avait osé tenter sa chance - et avait perdu, mais elle avait essayé. Et maintenant je paye le prix de cet échec.
"Qu'est-ce que je peux faire pour vous ?" Harry la regardait d'un air soupçonneux, mais Julia ne l'en blâma pas.
"Bonjour." Elle avala. "Je suis Julia Malefoy."
"Malefoy?" répéta-il comme un écho. Ses yeux verts se plissèrent et le regard qu'il lui lança la rendit malade. Avant cette fichue guerre, mon nom de famille n'aurait pas provoqué cette réaction. Aujourd'hui, même un enfant associait les Malefoy avec le mal.
"Oui. Je recherche Sirius."
"Il n'est pas là," répondit une nouvelle voix. C'était James, encore capable de se déplacer silencieusement en dépit de son handicap. Il semblait plus âgé que lors de leur précédente rencontre et il y avait des cernes foncées sous ses yeux. Mais c'étaient ses paroles qui choquèrent le plus Julia - elle savait qu'elle n'avait que peu de temps, mais elle avait espéré avoir quelques minutes.
"Tu peux me dire où il est?" demanda-t-elle tranquillement.
James secoua la tête. "Je suis désolé." Il hésita. "Tu veux entrer?"
"Non. Je suis en route... pour quitter le pays," répondit tristement Julia. "Dis-lui juste au revoir de ma part."
Ses yeux noisette s'élargirent légèrement, et James avala. "Je lui dirai," promit-il.
"Merci." Pourquoi avait-elle le cœur brisé ? Julia savait qu'elle reverrait Sirius, mais parfois elle avait peur que cette fois ait été la dernière. Elle avait lu la Gazette du sorcier en venant, pour essayer de se changer les idées. Ça n'avait pas marché. Moins de deux heures après l'attaque, la Gazette relatait déjà l'évènement et promettait un article de Rita Skeeter. Elle eut froid. "Il vaut mieux que j'y aille."
"Bonne chance, Julia," lui dit-il alors qu'elle se tournait pour partir. Elle déglutit et jeta un coup d'oeil en arrière par-dessus son épaule.
"Merci, James," chuchota-t-elle.
Ni l'un ni l'autre ne réfléchit à la singularité de la situation. Deux héritiers de deux des familles les plus anciennes du monde magique, dont une était amoureuse d'un troisième, se tenaient sur un seuil pour se faire des adieux à cause d'évènements contre lesquels ils ne pouvaient rien. A une époque, des familles comme les Potter, les Malefoy, et les Blacks avaient été les plus puissantes du monde - et ils avaient un sens élevé de l'honneur et oeuvraient pour la communauté. Maintenant, les préceptes de l'honneur n'étaient plus respectés – surtout quand il était question du sang. Les quatorze familles n'étaient plus reliées maintenant, elles étaient divisées, éloignées, et ennemies. Elles avaient changé.
La guerre avait tout changé.
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L'obscurité recula lentement. Il entendit des voix.
"Bien joué Melle Lockhart," disait Bill. "Ça fait des heures que j'essaye de le réveiller."
La douleur partout.
"Merci, monsieur. J'adore la médecine depuis Poudlard." Une voix de femme.
Son avant-bras gauche brûlait.
"Bien, alors reste par ici. Je ne connais que les soins rapides."
Il se souvenait de la raison de cette brûlure mais ne voulait pas y penser.
"Je suis loin d'être une experte, monsieur."
Tout était toujours noir, mais il essaya de se forcer à cligner des yeux. Ça faisait mal. Tout lui faisait mal.
Weasley renifla. "Tu en as réussi plus que moi."
La lumière apparut au bout du tunnel, et la conscience le frappa comme la foudre. Il se retint de crier et lutta pour respirer malgré la douleur. Son corps n'était plus inconscient et détendu ; il refusait de rester calme et de laisser Sirius respirer ; il voulait convulser et étouffer. Finalement, pourtant, Sirius distingua ce qui était autour de lui.
Sirius respira bruyamment. Immédiatement, il se mit à tousser et sentit un goût de sang. Il jura.
"Content de voir que tu es encore vivant", dit tranquillement Bill. Sa tentative pour détendre l'atmosphère échoua lamentablement, surtout une fois que Sirius put voir son visage inquiet. L'Auror renifla.
"Pour l'instant, je préférerais être mort," dit-il sombrement.
Bill fronça les sourcils, et la candidate ouvrit de grands yeux.
"Je plaisante," rectifia rapidement Sirius. Enfin je crois.
"Bien." L'Auror rouquin semblait comprendre les sous-entendus, mais Sirius s'en fichait. Bill avait été à Azkaban – pas aussi longtemps que Sirius, mais assez longtemps pour comprendre. Il connaissait néanmoins la douleur. "Nous devons appeler un médecin."
"Ouais."
Simuler du courage n'aurait pas suffit; Sirius se sentait comme une épave, et il était sûr que c'était encore pire à voir. Il commença un rapide inventaire mental de ses blessures et regretta immédiatement de l'avoir fait - le faible tremblement de son corps lui rappelait le voyage entre Azkaban et Poudlard, quand il avait poussé son corps blessé à faire ce qu'aucun autre sorcier n'aurait fait. Au moins cette fois, j'ai pu utiliser un sort de guérison rapide, pensa-t-il sans beaucoup de soulagement. Ça ne l'aidait plus beaucoup maintenant.
Bill parlait toujours. "Avant, on avait toujours une équipe de médecins qualifiés ici sur Avalon, mais pour des raisons de sécurité, on n'en a plus. Melle Lockhart ici présente est la meilleure d'entre nous."
"Et je suis loin d'être assez douée," ajouta promptement la blonde. "J'ai touché un peu à la médecine avec Madame Pomfresh. J'ai toujours voulu être Auror."
"Appelez Pomfresh alors." Il avait à nouveau le souffle court et sa poitrine se serrait un peu plus à chaque inspiration.
"Elle n'est pas experte en ce genre de situation, Sirius -" tenta Bill.
Il toussa, ça le brûlait. L'obscurité menaçait de le reprendre mais il lutta. Encore. "Je sais," dit Sirius d'une voix tendue. "Mais, je lui fais confiance, et il n'y a pas beaucoup de médecins que j'ai envie de voir sur Avalon."
Bill ouvrit la bouche mais la referma en comprenant la signification de ces mots.
"Ouais." Sirius parvint à lui faire un sourire triste. "Je ne pense pas que je quitterai cette île avant longtemps."
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"C'était qui, Papa ?" demanda Harry au moment où la porte se referma.
James soupira tranquillement. L'arrivée de Julia avait encore augmenté sa frustration – même elle pouvait agir alors que lui était bloqué. Remus n'avait pas dit comment il avait appris l'attaque (et, c'était Hagrid qui avait contacté James, quoi qu'il en soit, et il n'avait pas pu être au courant) mais au moment Julia était apparue, James avait compris. Oui, elle avait agi... et en avait payé le prix. Il était fort probable qu'elle ne revoie jamais Sirius vivant.
Il avala contre la boule qui se formait dans sa gorge. "Une vieille amie," répondit-il finalement à son fils, étonné de voir combien c'était les mots justes.
"Une amie?" répéta dubitativement Harry. Son fils était aussi ouvert d'esprit qu'un père puisse l'espérer, mais sa vision des chose était déformée par la guerre dans laquelle il avait grandit. Ils étaient tous comme ça. "Elle est de la famille de Drago Malefoy?"
"C'est sa tante. La soeur de Lucius Malefoy."
"Et c'est ton amie?" Harry le fixa et James se sentit soudainement triste. Avons-nous vraiment construit des murs si épais ? Mais James connaissait la réponse. Si un jour cette guerre se terminait, leur monde aurait besoin de temps pour se remettre à ressembler à celui dans lequel il avait grandi.
"Oui, une amie," dit-il tranquillement. "Une amie d'avant la guerre."
Et si sa famille avait été différente, James aurait peut-être été forcé d'épouser quelqu'un comme Julia Malefoy. Quelqu'un avec tous les avantages des vieilles familles : richesse, beauté, puissance, et noblesse. Quelqu'un comme Julia aurait très bien pu être la mère de Harry à la place de la vive sorcière d'origine Moldue dont il était tombé amoureux. Lily, qui allait bien avec lui exactement comme Sirius et Julia allaient ensembles - mais lui, à la différence de son ami, était assez chanceux pour partager sa vie avec elle.
Pendant un long moment, James regarda fixement la porte fermée en silence, pensant à ce qui aurait pu être. Il ne savait pas pour qui il se posait ces questions, Sirius ou lui-même, mais elles s'imposaient à lui.
"Papa? " La voix de Harry le tira de sa rêverie. De son cauchemar ? Et si le monde était différent ?
"Ouais? "
"Pourquoi on ne peut pas aller au chemin de Traverse ? Je ne suis plus un bébé," dit raisonnablement son fils. "Je peux aider, tu sais."
James soupira. Harry grandissait beaucoup trop vite. "Je sais. Mais le chemin de Traverse n'est pas un endroit pour les enfants." Amèrement, il désigna ses jambes. "Ou pour les invalides."
Lily était partie aider, laissant James à la maison avec Harry. L'ironie de la situation était incroyable – combien de fois l'avait-il laissée elle à la maison tandis qu'il se précipitait au devant du danger ? Maintenant James savait ce que Lily avait dû éprouver, et il n'aimait pas ça.
"Je déteste me cacher," dit tranquillement Harry.
"Moi aussi," James s'éloigna de la porte sans se retourner. "Moi aussi."
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Sans s'en rendre compte, Dung Fletcher et Frank Longdubat s'étaient retrouvées à travailler côte à côte. Ils étaient de vieux amis même si Frank avait eu quelques années d'avances sur Dung à Avalon (malgré le fait que Frank avait quatre ans de moins que Dung), mais à cet instant, Dung le détestait. Il savait exactement ce que Frank allait lui demander. Devait lui demander. Et le pire dans cette histoire, c'était que Frank, à la différence de presque tous les autres, avait le droit de le demander. Il ne s'était pas enfui.
Il demanderait. A un moment ou à un autre. Pour l'instant, ils avaient encore une conversation normale.
"Il savait qu'on était en route," commenta distraitement Frank en faisant léviter un lampadaire pour le sortir d'un cratère. Un mouvement de la baguette de Dung le fixa à nouveau dans sa position originale, et Frank jeta le sort de soudage. Ils faisaient une bonne équipe. "Quand on a transplané dans l'allée des Embrumes, pas exactement l'endroit dans lequel on s'attend à trouver des Aurors - ils attendaient."
"Pareil pour nous," grogna Dung en se penchant sur un banc cassé. Ils avaient passé les premières heures à dégager les victimes des ruines et à les soigner, mais maintenant ils s'affairaient à nettoyer le désastre que Voldemort avaient provoqué. C'était une bonne chose que cette tâche ne nécessite pas beaucoup de précision et de force car la plupart des sauveteurs étaient bien trop épuisés pour faire quoi que ce soit de difficile. "Remus et moi sommes venus par Cheminette et Mulciber, Flint, les Malefoy et Bellatrix Lestrange étaient là pour nous souhaiter la bienvenue."
Frank marmonna un sort pour rendre à la poubelle sa forme originale. "Bien, je devine que c'est un signe."
"Quoi?" Il faisait léviter un banc pour le descendre du toit de Gambol et Japes.
"Si j'avais été à sa place et si j'avais su qui venait, j'aurais envoyé ce groupe contre les Aurors," répondit Frank. "Sans vouloir t'offenser bien sûr."
"Bien sûr."
Ensemble, ils commencèrent à s'occuper du mur effondré du magasin de robes d'occasion, jetant des sorts dans un silence agréable qui dura plusieurs minutes. Pendant ce temps, Dung retournait le problème dans sa tête. Cinq Mangemorts expérimentés pour faire face à un ex-Auror et à un directeur de Poudlard qui n'était pas Dumbledore ? ça n'avait aucun sens. Dung avait pensé qu'ils allaient mourir tous les deux quand il avait vu qui étaient leurs adversaires, mais Remus l'avait étonné. Le professeur sourit méchamment en y repensant. Remus a étonné les Mangemorts aussi. Il aurait été logique qu'ils ne soient pas étonnés... mais ils ne s'attendaient pas à ce que Remus Lupin sache aussi bien se battre. Et cette décision avait réduit le groupe qui faisait face aux quatre Aurors parfaitement qualifiés. Mais ça ne l'aidait pas à comprendre.
"J'aurais fait ça aussi," dit-il après un long moment. "Particulièrement pour Mulciber et Flint. Ils auraient fait un meilleur travail contre vous."
"Assurément. Je pense que ça devrait nous consoler : Il ne sait pas tout."
Dung sentit un frisson glacial parcourir son dos et frissonna. "Ouais," dit-il tranquillement. "Mais il en savait assez."
"Trop." Le mur était à nouveau en place, et Dung jeta un sort de soudage tandis que Frank comblait les brèches. Il se sentait vidé. Frank aussi, à en juger par le fait que l'Auror ne se choisit pas immédiatement une nouvelle chose à réparer. A la place, il tourna ses yeux bruns fatigués vers Dung.
"Comment?" demanda Frank d'une voix blanche en donnant un coup de pied dans un débris. "Entre le moment où nous l'avons appris et le moment où nous avons agi, il ne s'est pas écoulé plus de dix minutes."
"Et, il y avait en tout et pour tout huit personnes au courant." Dung y pensait depuis qu'ils étaient arrivés, et il savait qu'aucune de ses personnes n'était un traître. "Neuf, si on compte l'espion qui nous a prévenus."
"Dix avec Alice," ajouta Frank.
Dung parvint à sourire. "Alice n'est pas un risque." Il gémit. "Mais d'un autre côté, les autres non plus."
"Hmm." Le front de Frank se rida alors qu'il se concentrait. "Je vois huit personnes : toi, moi, Remus, Alice, les trois instructeurs d'Avalon, et James, parce qu'il m'a appelé – qui est le numéro neuf?"
"Hagrid. Il est entré en contact avec James pour nous."
"Mince."
"Ouais," acquiesça l'ex-Auror. Il n'y avait rien d'autre à dire sur ce sujet, tous deux savaient que même si Hagrid avait a voulu les trahir, Voldemort n'aurait jamais accepté un sorcier à moitié géant. Et de toutes façons, Hagrid était une des personnes les plus fidèles que Dung n'ait jamais rencontrées. Certainement pas un traître.
Frank fronça les sourcils. "Ça nous laisse l'espion."
"Mais pourquoi nous avertir juste pour lui dire que nous venons?"
"Coup double?"
"Mais dans quel but?" demanda Dung. Il savait qu'ils auraient exactement la même conversation la prochaine fois que le Premier Cercle se réunirait (mais seul Merlin savait quand cette réunion aurait lieu avec Sirius dans un tel état), mais c'était bien d'entendre une autre opinion.
Frank haussa les épaules. "Un piège?"
"Dans ce cas, il n'a pas très bien fonctionné," renifla Dung.
"Je ne dis pas le contraire." Un sourire passa sur le visage fatigué de l'Auror. "On s'y remet?"
"Pourquoi pas ? Ce n'est pas comme si on connaissait les réponses quoi qu'il en soit."
Frank lui tapa amicalement l'épaule. "Parfois c'est déjà suffisant de se poser les bonnes questions, tu sais."
"Ce n'est pas avec des questions qu'on gagnera la guerre."
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Sirius perdait, puis reprenait conscience, tandis qu'il attendait que Bill entre en contact avec Pomfresh et trouve un moyen de la faire venir sur l'île. Il y avait évidement un moyen, mais il fallait deux Aurors pour faire entrer un visiteur à Avalon, et Sirius n'était pas exactement en mesure de l'aider. Mais Bill avait souri et dit qu'il avait modifié le système pour envoyer les candidats au chemin de Traverse.
Alors Sirius attendait sous les yeux attentifs de Dana Lockhart, il aurait voulu qu'elle parte mais était heureux qu'elle soit là. Il lui aurait fait la conversation s'il ne s'était pas senti aussi mal – il n'y avait rien de pire que de réfléchir et souffrir.
Tôt ou tard, il devrait y penser, et, dans le silence vide, Sirius essayait de rassembler les morceaux brisés de son âme. Bien qu'il s'y soit attendu, il n'avait jamais pensé que ça se passerait comme ça... et avait essayé désespérément d'oublier alors que tous ses cauchemars lui rappelaient qu'il avait été sali. "Ton coeur, ton corps, ton esprit, et ton âme m'appartiennent."
Il frémit. Quelqu'un d'autre aurait pu dire la même chose de lui, parce qu'il avait combattu la marque, mais les choses étaient différentes. Ce n'était pas comme s'il l'avait acceptée de plein gré. Mais personne d'autre ne pouvait sentir la froideur au bord de sa conscience, ne pouvait décrire la marque que les doigts fins et froids avaient laissée sur son âme. A certains moments, il avait l'impression d'être observé, le genre de sentiment qui fait regarder derrière soit et constater qu'il n'y a personne. Sirius savait que Voldemort testait leur lien. Ce lien qui avait été enterré pendant quatre années et remontait à la surface maintenant.
"Vous aller bien?" demanda Lockhart. Sa voix était tranquille, et elle n'avait rien en commun avec le désagréable Gilderoy.
Sirius essaya de hocher la tête, mais c'était trop douloureux. "Aussi bien que je peux aller," répondit-il.
"Madame Pomfresh ne devrait plus tarder," essaya-t-elle de le rassurer, son effort lui donna envie de rire. Mais au lieu de ça, Sirius se força à ouvrir les yeux.
"Pourquoi tu restes-là à veiller sur moi?" parvint-il à demander malgré le poids sur sa poitrine.
"Monsieur?" Elle le regarda comme s'il était devenu fou. Peut-être qu'il l'était.
"Tu ne me connais pas. Ce n'est pas ton problème." Faire des phrases courtes était plus facile. "Pourquoi tu t'inquiètes?"
Son regard innocent se posa sur lui avec incrédulité. "Vous êtes Sirius Black. Vous êtes un héros."
"Tu y crois encore vraiment ?" chuchota amèrement Sirius. Ses yeux s'élargirent sous l'effet du choc et il regretta immédiatement - mais pas assez tôt pour s'interrompre. Il souleva son bras gauche, faisant exploser la douleur dans tout son corps. "Après ça?"
"Vous -" elle sembla ne pas savoir comment finir.
"Laisse tomber. Je suis désolé." Sirius soupira péniblement. "Je suis amer et je suis fatigué. Ne fais pas attention."
"ça va." Lockhart lui fit un petit sourire. "Je comprends."
Il renifla. Mauvaise idée. "Heureux de savoir que l'un de nous le fait."
"Je peux faire quelque chose?"
"Mets-moi dans le coma," murmura-t-il.
"Quoi?" hoqueta-t-elle.
"Rien. ça va aller."
"Vous êtes dans un état abominable, Monsieur," objecta Lockhart.
"Ne m'appelles pas 'monsieur'," répondit Sirius d'une voix fatiguée. "Ça me fait me sentir vieux."
Elle pouffa et pendant un court instant, il se sentit vaguement humain... jusqu'à ce que la douleur éclate de son bras gauche.
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"Mon Dieu." La voix de Peter était basse mais ses yeux étaient écarquillés. James avala.
"Ouais."
Côte à côte, ils avançaient sur le chemin de traverse, Peter marchait à coté de James dont le fauteuil "roulait" à quelques centimètres du sol. Ils avaient transplané ensemble, après avoir contacté Frank Londubat pour qu'il les fasse entrer. Il s'était écoulé quatre heures depuis l'attaque, mais tous deux furent choqués par le carnage. James déglutit. Je peux à peine imaginer l'horreur que ça a dû être. Des Aurors épuisés dirigeaient les candidats et les volontaires dans l'effort de nettoyage, mais les regarder augmenta le sentiment de culpabilité de James. Il avait confié Harry à Molly Weasley et avait fait revenir Peter de France - Peter devait être là, et James avait besoin de ses chefs de départements. Même Lily n'avait pas essayé de lui dire que c'était peut-être dangeruex mais, même si ça l'était, James n'avait jamais été très doué pour se cacher.
Chefs de départements. Merde. Fudge fut le premier, comme à son habitude. Le pauvre Arthur était sur ses talons, il avait l'air épuisé et énervé – apparemment, il s'occupait du politicien depuis des heures, probablement depuis que Fudge était arrivé sur les lieux. A en juger par l'efficacité des gens qui les entouraient, Arthur avait plutôt bien réussi, mais ça n'arrangeait rien. Les moments comme celui-là rappelaient à James pourquoi il détestait la politique.
"Monsieur le ministre!" Fudge lui tendit la main d'un air pompeux et important. Comme d'habitude. Les poils de James se hérissèrent, il prit la main sans enthousiasme et essaya de ne pas grimacer.
"Monsieur Fudge," parvint-il à dire d'un ton cordial. "Merci d'être venu."
"C'est une tragédie absolue." Pour une fois, même Fudge semblait résigné. "Je ne peux même pas estimer l'ampleur des dégâts, et tant d'innocents..." il s'interrompit puis reprit d'un air sinistre. "Nous devons faire quelque chose."
"Je suis entièrement d'accord."
Les autres chefs de départements s'approchaient, l'air choqué et terrifié. Ils jetèrent des coups d'oeil autour d'eux avec une horreur non dissimulée, essayant de comprendre ce qui s'était produit. C'était probablement la deuxième fois dans l'histoire que tous les services du Ministère étaient d'accord. La première avait été après la destruction du Ministère deux mois auparavant, mais cette harmonie s'était fanée et la politique avait repris le dessus. Mais pas maintenant. Plus maintenant. La division signifiait la mort, et ces sorcières et sorciers le savaient. La seule manière de survivre était d'être solidaires.
Arthur s'approcha comme Fudge se détournait pour parler à Nathaniel Adams, chef du département des Jeux et des Sports Magiques depuis la mort de Ludo Verpey.
"Tout le monde est là," dit-il tranquillement à James, en saluant Peter d'un hochement de tête. "Frank Longdubat va continuer à organiser le nettoyage et Alice représentera le DALM."
"Merci." James parvint à sourire, mais son expression était fausse. "Désolé de ne pas avoir pu venir plus tôt."
"Ce n'est rien." Arthur jeta un regard rapide sur le chemin de Traverse. "Je comprends."
"Comment ça se présente?" Il avait vu son regard et n'avait pas manqué les rides d'inquiétudes qui marquaient le visage de son adjoint.
"ça évolue." Arthur haussa les épaules. "Lentement mais ça évolue. Il faudra des semaines avant que cet endroit soit nettoyé."
"Tous les blessés ont été évacués?"
"Oui," répondit une autre voix. C'était Alice, son ancienne collègue et une vieille amie. "Les derniers ont été évacués il y a une heure, et Sainte Mangouste est sous la garde des Aurors. Nous avons fait venir les candidats ici pour aider les autres."
"Merci, Alice."
Elle lui fit un sourire fatigué. "C'est mon boulot."
"Bien, alors," dit Peter à la gauche de James. "Où est-ce qu'on se réuni?"
"Dans un endroit plus sûr qu'ici," répondit Marcy Basil, plusieurs personnes échangèrent des regards pleins de doutes.
"Il n'y a pas d'endroit plus sûr," s'exclama froidement Alice.
"Pas sur le chemin de Traverse en tous cas," ajouta James avant que quelqu'un d'autre ne fasse une remarque. "Nous n'avons rien à cacher. Nous parlerons ici."
Il avait des raisons d'être confiant. Les journalistes avaient été chassés – la seule chose que les Aurors détestaient plus que les journalistes étaient les mangemorts, mais les journalistes arrivaient juste derrière. James partageait toujours ce point de vue, il y avait des moments où les journalistes étaient des ennemis bien plus dangereux qu'un Mangemort. Maintenant, les seules personnes présentes étaient des volontaires et des sauveteurs, auxquels ils n'avaient effectivement rien à cacher.
"Bien, dans ce cas, pourquoi nous avoir appelés ici?" demanda Amos Diggory, faisait déglutir James.
"Tout d'abord, pour vous voir. Pour vous montrer qu'on travaille à la reconstruction... " Il adressa à Fudge un sourire blême. "Et que nous allons faire quelque chose."
"Quoi?" demanda Adams. Du coin de l'œil, James vit Remus approcher.
"Je ne sais pas encore," admit le ministre. "Et c'est pourquoi nous sommes ici. Nous avons des questions et nous avons besoin de réponses. Et nous devons agir."
Fudge intervint immédiatement. "En parlant de questions, j'en ai une."
Les têtes se tournèrent. "Je pense qu'on en a tous," remarqua Arthur d'une voix fatiguée, il soupira. "Mais je ne vois pas pourquoi vous ne commenceriez pas."
"Merci." Il sourit gentiment, et si James n'avait pas été distrait, il aurait remarqué que quelque chose n'allait pas en voyant Fudge se tourner vers Alice Londubat.
"Il nous manque un chef de département," précisa-t-il innocemment. "Précisément celui qui devrait se trouver ici. Je me dois de poser la question, où est Sirius Black?"
Les yeux de Alice se rétrécirent. "J'ai peur de ne pas pouvoir vous répondre."
"Oh ?" demanda Fudge. "Vous ne pensez pas que le gouvernement le droit de savoir où se cache un de ses soi-disant héros?"
"'Soi-disant'?" Un bloc de glace tomba dans l'estomac de James tandis qu'Alice aboyait :
"Vous êtes bien placé pour juger le courage et l'héroïsme, naturellement."
"Je n'ai pas la Marque des ténèbres sur le bras," répliqua Fudge.
"Quoi?" hoquetèrent plusieurs voix dont celle de James.
"Vous ne saviez pas ?" Le regard du politicien se concentra uniquement sur James. "Vous-savez-qui l'a marqué. Ou, peut-être," ses yeux brillèrent, "qu'il n'a fait que révéler quelque chose qui était déjà là."
Soudain, une main se posa sur l'épaule de James et une voix chuchota dans son oreille. "Il l'a forcé, Cornedrue, et Sirius s'est débattu comme un beau diable. Je n'étais pas là, et je n'en sais pas assez, mais je sais qu'il l'a combattue. Ce n'est pas ce qu'on croit. Il ne l'a pas voulue."
James avait presque oublié Remus, mais la main de son ami serra son épaule pour le réconforter. Sa voix était si basse que James se dit que Remus avait du s'agenouiller près de lui, Peter avait dû entendre mais il n'y avait aucune chance pour que Fudge ait pu. Qu'avait dit Remus... James eut la nausée. La Marque des ténèbres - mon Dieu. Comment Sirius vivrait-il ça ? Sirius. Sirius.
Il ravala son horreur et se força à hocher la tête. Après avoir serré une dernière fois l'épaule de James, Remus se leva et se mit debout entre lui et Peter. Ensembles, ils firent face à Fudge.
"Ou peut-être que ce n'est pas ce que ça semble être, Cornelius," James se força à garder une voix calme.
"Même si c'est le cas, je crois qu'une telle question exige une réponse immédiate," souligna le chef du département des Accidents et des Catastrophes magiques.
C'était Remus, toujours la voix de la raison, qui parla avant que James n'ait pensé à une réponse calme. Plus tard, James se rendrait compte que le directeur de Poudlard était parfaitement à l'aise parmi les chefs du ministère de la magie, et que les chefs de service ne s'étaient pas opposés à sa présence. "Peut-être bien, monsieur Fudge," dit-il tranquillement, "mais ce n'est pas le moment d'y penser. Il y a trop d'autres problèmes à résoudre en priorité."
Sa voix douce les fit taire, James aurait pu se disputer avec eux jusqu'à ce qu'il manque de souffle, mais il n'aurait pas choisi la bonne solution. En les déconcertant et en les prenant par surprise, James aurait certainement perdu le soutien de ses subalternes, et ils l'auraient détesté. Remus, je te dois une énorme faveur, pensa-t-il, soulagé. Les questions se bousculaient dans sa tête, mais James se força à se concentrer sur l'ordre du jour même si son meilleur ami portait maintenant la Marque des ténèbres.
"Revenons à nos problèmes d'accord ?" demanda-t-il d'un ton sec, ils acquiescèrent. Ce serait une longue journée, mais ils avaient beaucoup de travail.
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Il avait encore perdu connaissance, ou tout du moins commencé à perdre connaissance. Se forcer à reprendre – garder?- conscience l'épuisait.
"Monsieur ?" La voix de Lockhart était inquiète.
Sirius toussa. "Je croyais t'avoir dit de ne pas m'appeler comme ça."
"Alors comment voulez vous que je vous appelle?" Il crut l'entendre sourire, mais sa vision était floue.
"Siri -"
La douleur éclata de son avant-bras gauche, lui faisait voir des étoiles. Impuissant, Sirius cria, sentant la marque le brûler, il sentait chaque détail comme si un couteau avait tracé ses contours. Mais alors même qu'il agonisait à cause de cette marque, il sentait les doigts glaciaux s'accrocher à son âme. Souvenirs.
"Pourquoi tu résistes?"
"Tu continues à poser la question comme si ma réponse allait changer," parvint à chuchoter Sirius. Sa gorge le brûlait plus qu'avant, même si sa vision troublée essayait de s'éclaircir.
"Elle changera."
"Vraiment ? Tu sais que je me battrai jusqu'au bout."
"Oui tu te battras. Mais pourquoi?"
Sirius renifla et mentit. "Parce que tu détestes ça."
Et puis plus rien. Juste les ténèbres glaciales.
Sirius se rendit vaguement compte qu'il avait arrêté de crier. Il était silencieux, il avait froid. Son corps était comme la pierre. Sirius ne savait même pas s'il respirait, et Lockhart devait être entrain de parler – il ne savait pas. Si froid.
Tu es à moi, Sirius. Ton coeur, ton corps, ton esprit, et ton âme.
Pas des souvenirs.
Un rire froid.
Une brûlure.
Ah, oui. Tu es à moi. C'est inutile de résister.
Il voulait résister, mais il ne pouvait pas bouger. L'esprit de Sirius allait trop lentement pour tout comprendre mais son coeur comprenait. Il comprenait trop bien. Malgré cela, il ne pouvait pas. Il pouvait à peine penser, il ne pouvait pas se battre –
Oui. Soumets-toi. Tu n'as pas le choix.
Jamais de sa vie Sirius n'avait eu si froid. Pas même lorsqu'il était entouré par les Détraqueurs, quand il était enfermé dans cet enfer auquel il avait survécu. Il crut entendre vaguement Lockhart appeler son nom, paniquée... mais peut-être que c'était juste son imagination. Peut-être pas. Peut-être qu'il était vraiment seul dans l'obscurité, seul avec cette horrible douleur dans son bras. Si froid.
Cède, Sirius.
Non.
La réponse venait d'un coin caché au fond de son âme, caché si profondément que même Voldemort n'avait jamais pu l'atteindre. Le mal qui le rongeait de l'intérieur était nouveau, mais il avait passé dix années à combattre la douleur, une décennie passée à se forcer à se battre même quand il n'avait plus rien. La lutte était devenue instinctive. Il avait l'habitude de lutter même lorsqu'il ne se rendait plus compte de ce qui l'entourait.
Rien de neuf là dedans, pensa-t-il amèrement.
Agonie. Sirius sut qu'il avait encore crié parce que sa gorge était douloureuse et qu'il sentait le goût du sang. Il pouvait sentir la fureur froide de Voldemort, sentir le mal qui envahissait son esprit. Si le seigneur des ténèbres s'était trouvé à quelques mètres de lui, la sensation n'aurait pas été plus claire. Leur vieux lien était plus fort que jamais.
Tu n'as pas le choix.
Regarde-moi. Douleur, il cria encore.
La résistance a son prix, Sirius. Satisfaction espiègle. Tu le sais depuis des années.
Les mots étaient une diversion. Voldemort luttait pour prendre le contrôle de son âme. Sirius avait l'impression qu'une énorme main le tirait vers le bas, vers la défaite, vers la mort - ou pire.
Est-ce que je ne m'en suis jamais inquiété ? demanda-t-il.
Si on lui avait enfoncé un couteau dans le coeur, ça aurait été moins douloureux.
Tu finiras pas le faire.
Non.
Il pouvait presque le voir sourire. Tu m'as laissé te marquer, non?
La question brûlait sur son bras, et Sirius sentit sa résistance s'affaiblir.
Non ?
Si froid. Il avait si froid et était si seul.
Sirius ?
Vide. Noir. Seul.
Effrayé.
Non !
Quelque chose cria.
Le néant. Ses yeux s'ouvrirent et il haleta pour reprendre son souffle. Petit à petit, sa vision s'éclaircit et il vit la chambre. Dana Lockhart le fixait avec de grands yeux effrayés.
"Fais venir Pomfresh," haleta Sirius et il perdit connaissance.
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Le hibou l'attendait déjà quand il rentra à Domus Archipater, épuisé et prêt à tomber. Demain, il retournerait à Poudlard et Rogue avait rarement eu aussi hâte d'y retourner. À la différence de plusieurs de ses camarades de classe, Rogue n'aimait pas sa maison. L'endroit lui semblait mort depuis que ses parents étaient décédés – que ferait un célibataire solitaire d'un manoir si grand et si luxueux ? Il avait très peu de famille en vie, juste un cousin ou deux dont il avait oublié les noms, et même si il essayait de s'en rappeler, il était peu probable que ça lui revienne. Severus Rogue n'était pas le type d'homme que les gens étaient fiers de connaître. L'association avec Rogue était dangereuse, même pour des Mangemorts. A jouer un double jeu, il vivait dans l'ombre et dans le plus dangereux des mensonges.
C'était une vie solitaire, mais il l'aimait comme ça. Normalement. A Poudlard en tous cas, c'était une vie curieusement séduisante - Rogue n'avait jamais eu aucun mal à jouer les solitaires au milieu de tant de mouvement et d'activité. Mais ici...
Le hibou était posé sur la rampe de l'escalier de marbre, le regardant fixement avec ses yeux énormes. Sa première idée, tout à fait hors de propos, fut que les plumes brun clair du hibou juraient terriblement avec son décor. La seconde, quant à elle, fut bien plus appropriée. Ce hibou était à Julia.
Un bloc de glace tomba dans son estomac, et toutes les questions de Rogue trouvèrent leurs réponses avec la présence de ce petit hibou, appelé Boudicca. Il prit la lettre sans regarder, et sentit ses intestins se nouer.
"Sois maudite," chuchota-t-il.
Severus,
Je me serais volontiers arrêtée à Domus Archipater pour te dire au revoir si j'avais pu, mais je sais où tu es en ce moment. Je sais que tu cherches toujours des réponses à ce mystère dont je fais partie.
Je ne dirai pas que je suis désolée, parce que je crois tu aurais fait la même chose. Je voulais te remercier malgré tout, pour m'avoir montré le chemin. Sans ton amitié, ton honnêteté, j'aurais été perdue. Ces derniers mois, tu m'as aidée à me retrouver, je ne pourrais jamais te remercier assez pour ça. Donc, à la place, je vais te prévenir.
Fais attention, Severus. S'il te plaît, quels que soient les risques que tu devras prendre, sois prudent. Je ne t'ai jamais demandé pourquoi tu as choisi de faire ce que tu fais, mais je sais que tu as grand besoin de faire ce qu'il faut. Mais s'il te plaît, ne te fais pas tuer en faisant cela. Je sais que ça va te faire rire, mais le monde a besoin d'hommes comme toi.
Je dois quitter le pays – je ne te dirai pas où je vais. Mais je resterai en vie, et je serai en sécurité où que j'aille. Après tout, comme tu me l'as toujours dit, parfois c'est mieux de ne rien savoir. Mais quand je reviendrai, je te retrouverai, et nous pourrons nous raconter des histoires, peut-être même la vérité pour la première fois depuis des années.
Tu vas me manquer en attendant, vieux salaud solitaire et ombrageux. Ne te fourvoies pas en te disant que tu n'as aucun ami. Sois prudent, sois fort, et je te reverrai de l'autre côté.
Ton amie,
Julia
PS: Détruis cette lettre. Je serai de retour avant la fin.
Rogue déglutit et chiffonna la lettre. Il avait trouvé sa maison vide avant mais ça n'était rien comparé au trou dans son coeur.
"Sois maudite."
