Promesses retenues

Générique

Auteur : Robin4, sous le titre original de Promises Remembered

Inspiration JKR, mais très UA quand même !

Traduction : Petite Plume

Relecture et mise en ligne… Fénice qui essaie de pas vous faire trop attendre !

Sponsors officiels : Lunenoire qui voudrait consoler Fumseck... Fée fléau qui attend des explications... Boo Sullivan, qui a tout découvert... Chinader, qui veut toujours la suite... Sven, qui découvre que Robin aime bien les chemins de traverse... Touffue, qui se refuse à imaginer le pire Kiri qui fait les questions et les réponses... Merci à tous

Rappel : French Robin Universe est une communauté que nous avons créée, Alana et moi, regroupant toutes les fics de Robin – les originales et les traductions... On trouve tout ça sur ça suffit le bavardage...


Chapitre trente-deux : L'arrivée des ténèbres

"Bien, arrêtons là alors", soupira Alice. "Merci d'avoir essayé."

Bill acquiesça pour eux deux. "Nous ne nous sommes pas donné assez de mal."

"Vous avez fait tout votre possible," intervint Adam MacMillan dans un souffle. Son visage habituellement jovial était pâle et tendu par le manque de sommeil, et ses yeux bruns étaient assombris par la douleur d'avoir échoué. "Je pense que je le savais... Depuis que Mulciber et Flint sont sortis de l'ombre pour venir vers nous, je savais que ça arriverait."

"Ce n'est quand même pas ta faute, Adam," dit gentiment Alice.

"Ouais." L'Auror renifla. "Dis ça à la famille de Pritchard."

La tête de Hestia se dressa, elle étudiait une carte touristique du Londres moldu, qu'elle avait soutirée quelque heures auparavant à un passant Moldu, mais le découragement dans la voix d'Adam durcit ses traits. "Ils t'ont contacté?"

"Juste son épouse," l'autre haussa les épaules. "Elle était... perturbée. Je la comprends."

"Toujours est-il qu'elle n'a pas le droit de te blâmer," répondit Bill. "Tu as fait ton possible."

Adam roula ses yeux injectés de sang. "Parfois, même tout ce qui est possible n'est pas assez, Weasley," dit-il tranquillement. "Parfois..." il inspira profondément et se tut en secouant la tête.

"On sait." Curieusement, c'était Hestia qui avait répondu, et sa voix était bien plus calme qu'habituellement. "Tu n'as pas besoin de le dire."

"Merci," chuchota Adam et le silence s'installa. Finalement, une autre voix tranquille le brisa.

"Maudite soit cette fichue guerre," soupira Alice. "Avant... avant l'attaque du ministère, j'ai appelé la Division du personnel, et ils ont envoyé quelqu'un parler à Mme Pritchard. Maintenant, pourtant... " Elle haussa les épaules, impuissante. "Je suis désolée, Adam. Je parlerai aux Langues de Plomb, mais je ne peux pas faire beaucoup plus."

"Ne t'inquiète pas," répondit l'Auror. "Je comprends." Adam parvint à sourire légèrement, une expression triste mais sincère que les autres lui retournèrent. Bill aussi lui rendit son sourire tout en se demandant ce qu'il aurait fait à la place de MacMillan, aurait-il pu être si charitable ? Il essaya de ne pas froncer les sourcils. Non, Bill le savait. J'aurais eu envie de crier à Mme Pritchard que j'ai fait de mon mieux, bordel. Même les Aurors sont humains comme les autres. Parfois nous échouons. Il frémit

Et parfois nous mourons.

"Sujet suivant," dit fermement Alice, se tournant vers un autre Auror. "Le manoir Jedusor."

Bill retint une grimace. En recherchant Lachlan Pritchard, maintenant décédé, lui et Hestia avaient découvert une activité inhabituelle au manoir habituellement tranquille et vide. Des années avant, il avait été l'un des repaires principaux de Voldemort, mais le vieux manoir avait été abandonné après la prise d'Azkaban. Ou c'est du moins ce que nous avons cru, se dit Bill. Quelque chose se passait là-bas. Quelque chose de noir.

Mais rien ne concernant Pritchard. Alice avait apporté cette nouvelle avec elle à Avalon, ce que Bill et Hestia suspectaient avait été confirmé par un des espions de l'Ordre, tout comme la mort de Pritchard. Cependant, même la tragédie de sa mort n'était pas assez pour faire venir Alice Londubat à Avalon. Elle venait rarement sur l'île des Aurors ces temps-ci, même si de plus en plus d'Aurors restaient là depuis l'attaque du chemin de Traverse. Avalon avait été rouverte pour former de nouveaux Aurors, mais la période de calme était passée. A nouveau, l'île devenait un véritable siège social. Quelque Aurors avait même commencé à vivre sur l'île, comme Derek Dawlish, qui avait transplané chez lui et s'était retrouvé nez à nez avec des Mangemorts. Il était promptement revenu.

Alice, cependant, était différente. Bien que son mari vive à Avalon et que son fils soit à Poudlard, elle était trop occupée à agir comme les yeux et les oreilles de Sirius Black au sein du ministère. Après son rétablissement, Sirius avait repris la tête de la Division mais ne quittait que rarement l'île - en fait, Bill suspectait fortement d'être le seul à savoir qu'il avait quitté Avalon trois jours avant. Frank l'avait peut-être appris... mais Bill n'en était pas sûr. Sirius avait pris l'étrange habitude de disparaître pendant quelques heures, et souvent, même les instructeurs ne savaient pas où le trouver. Pourquoi il agissait ainsi, Bill l'ignorait mais il pensait que ça devait avoir un rapport avec Voldemort.

Dawlish, cependant, parlait. "Mon équipe est prête à agir," dit-il à Alice. "Nous n'avons pas assez de monde pour surveiller le manoir Jedusor vingt-quatre heures sur vingt-quatre, mais j'ai mis en place une surveillance alternée, et nous ne surveillons que pendant les heures auxquelles les Mangemorts sont le plus susceptibles d'être là."

"Magique ou physique?" interrogea Alice.

"Physique," répondit Dawlish. "Il y a des barrières et des sorts qui empêchent toute surveillance magique, on a des espions là-bas chaque nuit."

"Dis-leur d'être prudents," prévint-elle en fronçant les sourcils. Mais elle ne discuta pas. Dawlish était le chef d'équipe, et c'était sa mission – la politique des Aurors laissait les responsables élaborer leurs propres plans parce qu'ils seraient ceux qui prendraient les risques, pas simplement les décisions. Naturellement, la politique des Auror interdisait aussi de changer d'équipe au beau milieu d'une mission, mais Bill et Hestia étaient des instructeurs, ça comptait plus que le reste.

"Pas de problèmes, Madame," répondit Oscar Whitenack, le bras droit de Dawlish. "D'après ce que nous avons entendu, ce n'est pas le type d'endroit où je voudrais passer l'hiver."

"Pas du tout," renchérit Taylor Hall. A sa droite, le quatrième et dernier membre de leur équipe, Missy Erickson, acquiesça avec empathie. En dépit des expressions de leurs visages, tous les quatre étaient prêts. Là encore, Bill et Hestia avaient déjà dit tout ce qu'ils savaient, ce qui était bien peu et pourrait faire réussir ou échouer la mission. Les petites choses le faisaient souvent.

"Bon." Alice se leva de sa chaise, et les autres suivirent le mouvement. "Finissons-en avec cette affaire."

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"Remus !" Rogue surgit dans le bureau du directeur, réveillant en sursaut Remus de sa confortable sieste. Il n'avait pas eu l'intention de s'endormir à son bureau, mais la fontaine lui avait provoqué de nombreuses et fréquentes vision récemment, et ça l'avait épuisé.

Quoi qu'il en soit, au moment où ses yeux s'ouvrirent, Remus fut parfaitement réveillé. Il n'y avait pas tous les jours une telle douleur dans la voix de Severus.

Il fut sur ses pieds avant même d'y avoir pensé. "Que se passe-t-il ?"

"Le Seigneur des ténèbres." Le professeur de potions habituellement tiré à quatre épingles était ébouriffé et hors d'haleine. "Il arrive à Poudlard. Maintenant."

"Maintenant ?"

Grâce à l'espionnage de Severus, Remus savait que Voldemort projetait d'attaquer l'école vers la mi-Septembre, mais il s'était attendu à plus d'avertissement que ça. Même la fontaine n'avait... Si. Elle l'avait averti. D'une certaine manière, elle l'avait su.

"Nous avons une heure," haleta Rogue. "Peut-être moins."

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Les deux Aurors étaient tapis dans l'ombre, le plus jeune mordait pensivement sa lèvre.

"Désolé de t'avoir amené ici, Derek," s'excusa tranquillement Oscar Whitenack. Ni l'un ni l'autre ne détourna le regard du manoir Jedusor. "Mais il y a quelque chose... d'étrange ici."

"Etrange ?" répéta le chef d'équipe.

"Ouais. Je ne vois pas d'autre mot à employer," répondit le jeune Auror. "D'abord ces hurlements, puis le rire... ils étaient différents en quelque sorte. Mais maintenant, on dirait que tous les Mangemorts sont partis."

"Tous ?" demanda Dawlish.

Oscar acquiesça. Normalement, le manoir Jedusor n'était pas abandonné comme ça, sans surveillance. Depuis que les Mangemorts étaient soudainement réapparus dans le petit manoir de Hangleton, il y avait eu un tourbillon d'activité presque chaque jour - et encore plus chaque nuit. Les hurlements étaient particulièrement inquiétants, même pour des Aurors qui auraient dû y être habitués – sauf qu'on ne s'habituait jamais. Cependant, le manoir Jedusor était maintenant incroyablement silencieux, et ça inquiétait Oscars.

"Même les Lestrange sont partis. Enfin, Rodolphus, en tous cas. Bellatrix est partie la nuit dernière d'après Missy," répondit Oscar. "Mais Rodolphus est parti il y a environ trois heures, avec Mulciber et Flint."

"Tous les trois ?"

"Oui. Et ils portaient un paquet avec eux," répondit Oscar, mal à l'aise.

"Un paquet avec un objet ou un corps ?"

Le jeune Auror haussa les épaules, scrutant la maison. Bien qu'il ait détesté les missions de reconnaissance plus que toute autre chose, il avait le sentiment que celle-ci était sur le point de donner un résultat. "Je ne suis pas sûr. Si c'était un corps, il était terriblement mou, mais si ce n'en était pas un, c'était vraiment un objet incroyablement grand."

"On est vachement avancés," murmura Dawlish.

"Désolé."

"Aucune raison de l'être", soupira l'aîné en jouant avec sa baguette. "Je me demande s'ils sont tous partis."

"Alice va nous tuer si on se fait prendre", précisa Oscar. Dawlish comprit ses implications immédiatement et lui sourit.

"Elle n'est pas obligée de savoir."

"C'est vrai," reconnu Oscar, il lui rendit son sourire. "D'un autre côté, j'ai diablement envie de savoir de quoi il retourne..."

"Alors allons-y. Plus vite on entre, plus vite on sort. Les Mangemorts ne le sauront pas jamais et, si tout va bien, nous pourrons présenter à Alice une mission achevée et réussie."

"Ou deux Aurors de plus pour décorer Azkaban."

"Ouais, parfois ça arrive," répondit légèrement Derek. "Prêt ?"

"Pourquoi pas ?" Oscar sourit, il connaissait les risques, mais il était grand temps pour eux d'aller fouiner chez leurs vilains voisins comme le lui aurait conseillé son mentor. "En plus, si nous avons de la chance, nous pourrons expliquer ça à Frank plutôt qu'à Alice. Il est plus gentil."

"Seulement si nous avons de la chance, Oscar. Et nous n'en avons jamais."

"C'est vrai. En route."

Ensemble, ils rampèrent vers le sommet de la colline et entrèrent miraculeusement dans le manoir Jedusor sans être vus, pris pour cibles ou arrêtés. Ce qu'ils trouvèrent dans le manoir vide, cependant, n'était pas exactement ce qu'ils avaient imaginé.

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"Professeur Fletcher, que se passe-t-il ?" haleta Hermione.

"Ne discute pas, stupide gamine. Contente toi d'aller dans la grande salle !" aboya le professeur Rogue avant que son collègue ne puisse répondre, et pour une fois, le professeur Fletcher ne releva pas. Habituellement, il répondait à la haine du directeur adjoint pour tous les Gryffondors, mais pas aujourd'hui. Les rides sur son visage indiquaient une profonde inquiétude et des dangers bien pires.

Sous la direction des professeurs, les élèves se rendirent dans la grande salle à une vitesse étonnante et sans aucune explication. Le premier cours de la matinée avait été interrompu par une annonce stridente du professeur Rogue ordonnant à tous les élèves de se rendre dans la grande salle sur le champ. La plupart des professeurs ne savait pas vraiment pourquoi ils conduisaient leurs élèves dans la grande salle, mais tous avaient obéit. Et personne n'avait répondu à aucune question, peu importait qui la posait.

La seule note réjouissante était l'air pincé de Percy derrière le professeur Tonks ; on lui avait dit que ce n'était pas ses affaires et d'aller dans la grande salle comme un bon petit préfet. Harry avait eu du mal à se retenir de rire, en dépit du sérieux de la situation. Il avait entendu ces mots sortir de la bouche du professeur Tonks.

Hermione, cependant, ne renonça pas. Le visage rouge, elle se planta fermement à l'entrée de la salle et commença à discuter. "Mais -"

"Ne fais pas l'idiote, Hermione !" siffla Ron en saisissant son bras. "Nous devons -"

"Nous devons quoi?" demanda-t-elle. "Et pourquoi ? Qu'est-ce qui est si terrible que nous n'avons pas le droit de savoir ?"

"Mlle Granger, ce n'est pas le moment de discuter !" aboya soudain Fletcher. "Allez dans la Grande Salle !"

"Mais nous -"

"Viens, Hermione !" Sans prévenir, Fred et George la saisirent par les bras et la tirèrent à l'intérieur, le reste des Misfits sur leurs talons. Harry, cependant, était gelé sur place.

Le professeur Lupin passa devant eux, sortant à grands pas de la grande salle. Mais ce n'était pas le fait qu'il parte qui attira l'attention de Harry, c'était l'expression du visage du directeur qui l'interpella. Le visage de Remus était serré, tendu et plus pâle que Harry ne l'avait jamais vu. Ses yeux bleus, pourtant, brûlaient.

Alors qu'il passait, Rogue lui emboîta le pas sans un mot, mais Remus lui fit un signe de la main. "Reste avec les élèves," dit tranquillement le directeur.

Pour la première fois de sa vie, Harry vit le professeur graisseux semblé comme pris de court. Ses yeux sombres s'écarquillèrent et, pendant un moment, Harry crut y lire de la peur.

"Mais je -"

"Non, Severus. C'est mon affaire."

Et Remus s'éloigna sans un mot de plus, laissant Harry et Rogue bouche bée derrière lui.

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Deux heures plus tard, Bill se tenait à la sortie du labyrinthe, attendant qu'un candidat émerge finalement. C'était la première fois que la classe 4904 essayait le labyrinthe du changement perpétuel individuellement, et aucun des sept premiers à entrer n'était encore parvenu à sortir, tous étaient coincés dans ce que les instructeurs appelaient tendrement le sous-sol. Aucun des candidats n'avait connu l'existence même de ce trou, quand ils étaient entrés dans le labyrinthe en équipes, personne n'était tombé dedans. Maintenant, pourtant, ils resteraient dans le sous-sol jusqu'à ce que quelqu'un parvienne à en sortir, ou jusqu'à ce que tous les candidats échouent.

Phase de test ou pas, ils avaient encore beaucoup à apprendre. Il leur restait moins de dix jours avant d'être diplômés et placés sous la garde d'un Mentor, et les instructeurs les pousseraient autant que possible pendant ce laps de temps. Bill retint un sourire. Son attente risquait d'être longue.

"Tu as un moment, Bill ?" la question de Frank Londubat le fit sursauter, et instinctivement il fit un mouvement pour prendre sa baguette, il sourit timidement en se retournant. Embarrassé, Bill sortit sa main de sa poche, pensant qu'il n'attendrait peut-être pas si seul finalement.

"Un long moment je pense," répondit-il sèchement, faisant sourire Frank.

"Ils s'en sortent incroyablement mal, non ?" demandé son aîné.

"Je crois qu'ils ne pensaient pas qu'on leur ferait un coup si bas."

"Les imbéciles," répondit Frank. "Les Aurors jouent toujours bas."

Les deux sorciers échangèrent un sourire à cette remarque, c'était l'une des devises les plus officieuses des Aurors. Les Mangemorts jouent bas, les Aurors rampent dans la boue. Mais ils ne parlaient jamais de cette devise en public – le mépris des Aurors pour les politiques officielles aurait causé des attaques cardiaques à certains employés du Ministère. Particulièrement en temps de guerre, bien que ça soit une bonne chose que l'actuel ministre soit l'un des leurs et ait la légère réputation... de contourner les règles.

"Ouais, mais certains des candidats s'embarrassent encore de l'image qu'ils doivent être de 'vigoureux et droits défenseurs de la lumière'," grogna Bill.

Frank renifla. "Vigoureux ? Parfois. Défenseur ? Ça marche. Mais droit... "

"Pas souvent !" achevèrent-ils en cœur, riant. L'humour, même noir, était une soupape plutôt nécessaire dans leur métier.

Après quelques instants, pourtant, l'amusement disparut sur le visage de Frank, remplacé par quelque chose de plus calme et de plus sérieux. Lentement, il désigna de la tête trois chênes voisins, et Bill suivit son aîné dans leur ombre. En un jour si noir, ils n'avaient pas particulièrement besoin de cette ombre, mais il était agréable de se tenir sous les arbres, et Bill pourrait toujours voir la sortie du labyrinthe de là. Frank s'éclaircit la gorge.

"Nous avons un problème, Bill," dit-il tranquillement en s'appuyant contre le plus gros chêne.

"Un problème ?" Quelque chose dans sa voix lui fit peur.

Frank acquiesça. "Il y a deux semaines, les candidats Tonks et Smeltings exploraient l'île. Ils le font souvent apparemment et, même s'ils violent les règles imposées aux candidats, je suppose que j'ai une raison pour leur en être reconnaissant."

"Oh ?"

"Melle Tonks est venue me voir hier. Je pense qu'elle aurait préféré te parler, mais toi et Hestia étiez toujours en mission," il continua brusquement. "Elle m'a parlé de ses explorations avec M. Smeltings, et m'a dit qu'il y a treize nuits, ils ont vu une silhouette travailler sur les barrières."

"Les barrières ?" Bill fronça les sourcils. "Comment peuvent-ils en être sûrs ?"

"Smeltings a jeté un sort de diagnostique, et Tonks a fait fuir l'individu avec quelques feux d'artifice," répondit Frank. "C'est une jeune fille intelligente."

"Regarde son cousin," lui rappela Bill.

"Ouais. Quoi qu'il en soit, cet homme mystérieux – ils sont sûrs tous les deux qu'il s'agissait d'un homme – s'est enfui dans PriApp avant qu'ils ne puissent agir. Les portes l'ont laissé passé et ils pensent qu'il est parti."

"Y avait-il des travaux sur les sorts programmés ?" demanda-t-il. "Ca pourrait expliquer que quelqu'un travaille si tard."

"Non," dit Frank avec certitude. "À la différence des vieux sièges sociaux au Ministère, ces sorts ne peuvent être manipulés que par deux personnes: moi-même, en tant qu'instructeur en chef, et Sirius, en tant que chef des Aurors. Je sais que ce n'était pas moi, et Melle Tonks aurait reconnu son cousin."

Bill siffla. "Alors on aurait un traître parmi nous ?"

"Je ne sais pas." Frank haussa les épaules. "Il se peut que ça soit innocent, quelqu'un de paranoïaque qui a décidé d'examiner simplement les défenses avant de partir... mais je ne sais pas. Alors je voudrais que tu t'en occupes."

"Moi ?"

"Tu es le meilleur pour résoudre les énigmes, Bill, et je voudrais que ça reste discret. Je te fais confiance, mais s'il y a quelqu'un là dehors..." Frank n'eut pas besoin de finir. Ils savaient tous les deux ce qu'un traître sur Avalon pouvait vouloir dire.

"C'est comme si c'était fait," répondit tranquillement Bill. "Je suppose que tu veux que je m'en occupe seul ?"

"Pour l'instant. Tiens moi au courant de ce que tu découvres."

"Aucun problème."

Frank donna une tape amicale à Bill sur l'épaule et s'éloigna des arbres. "Merci, Bill," dit-il avec un sourire. "Je te laisse à ton attente."

"Oh, c'est gentil de ta part," maugréa Bill. "Nous savons tous les deux que je vais devoir rester là toute la nuit !"

"Non. Kingsley jure qu'ils seront tous dehors pour le dîner."

"Génial ! Quelle clairvoyance." Ils échangèrent un nouveau sourire et Frank s'éloigna, laissant Bill seul avec ses pensées. La plaisanterie n'avait pas été plus qu'une distraction, les deux Aurors savaient à quel point c'était important. Avalon était leur dernier sanctuaire. S'il avait été infiltré…

Bill éloigna ses sombres suppositions mais ne put oublier la vérité. Si ces deux candidats n'avaient pas eu ce goût pour l'exploration, les Aurors n'auraient rien su. Pour le moment, ils en savaient très peu, mais c'était un début. Frank avait eu raison de le choisir - Bill aimait les mystères et était bon pour les résoudre. Un jour, il avait même voulu en faire son métier, mais ce rêve s'était brisé quand la guerre avait éclaté. Et Bill avait choisi de faire une différence.

Il eut un sourire plein de regrets, il supposait qu'un petit coin de son âme appartiendrait toujours au petit garçon qui avait voulu être briseur de sorts à Gringotts... mais pas plus. Il avait un travail à faire, et il le ferait. Si peu de choses avaient encore une signification dans leur monde, être un Auror en était une, et Bill ne laisserait pas tomber ceux dépendaient de lui.

Ses yeux observèrent la sortie du labyrinthe pendant que les possibilités tourbillonnaient dans sa tête, il se demandait qui pouvait être le sorcier mystère et quelles avaient été ses intentions. Ils avaient de la chance que Tonks et Smeltings l'aient repéré, et d'une certaine manière, Bill ne fut pas étonné du tout de voir que le premier étudiant à émerger du labyrinthe soit Nymphadora Tonks.

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Remus était seul devant les portes géantes du château, sentant la pluie légère tomber autour de lui. Cependant, il était curieusement sec, et il se demanda brièvement si ce n'était pas l'influence de la Fontaine. Pas un jour ne passait sans qu'il n'apprenne quelque chose de nouveau au sujet de la Fontaine de puissance de Poudlard, et il espérait qu'aujourd'hui ne ferait pas exception. Il prit une profonde inspiration. Il aurait besoin de la fontaine aujourd'hui.

Huit ans auparavant, Lord Voldemort avait attaqué Poudlard et avait été repoussé par Albus Dumbledore. A cette époque, Remus s'était demandé comment, ne s'expliquant pas la capacité du sorcier à repousser le Seigneur des ténèbres et tous ses Mangemorts. Même Albus Dumbledore n'avait pas toute cette puissance, même à Poudlard... mais avant que Remus ne soit entré dans la fontaine, Dumbledore lui avait expliqué. La fontaine pouvait sauver Poudlard.

Seule la fontaine pouvait sauver Poudlard.

Remus ferma les yeux. Même s'il pouvait voir les minuscules silhouettes des Détraqueurs et des Mangemorts au loin, sa vision ne ferait que le distraire. Il n'avait jamais été aussi instinctivement brillant que James ou Sirius, mais Remus savait qu'il s'agissait d'un autre genre de magie aujourd'hui. Les mots seraient tout aussi inutiles que ses yeux. Tout dépendrait de son lien avec la fontaine, et de combien de temps son corps tiendrait sous l'immense poids de la vieille et profonde magie.

Il écarta sa baguette. Il était temps.

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"Hé, Sirius."

La voix le surprit et il leva vivement la tête, tous les candidats et instructeurs étant occupés dans le labyrinthe, Sirius avait compté avoir le laboratoire six à lui. Cependant, il était parvenu à oublier qu'Avalon n'était plus aussi tranquille qu'avant.

"Adam," le salua-t-il en retenant un froncement de sourcils. "Que fais-tu ici ?"

L'autre Auror haussa les épaules. "Je m'ennuyais. Et toi ?"

"Je travaille."

Enfin, c'était ce qu'il faisait avant qu'Adam MacMillan ne passe la porte, maintenant Sirius ne pouvait plus. Ce n'était pas qu'il n'ait pas fait confiance à Adam – il ne voulait simplement pas que n'importe qui soit témoin de ce qu'il faisait. Ce n'était pas une question de confiance, si James Potter était entré dans le laboratoire six, Sirius lui aurait aussi caché ça. Particulièrement à James.

"Dissimulus," murmura-t-il, touchant la table de travail avec sa baguette. Les sorts de désillusion étaient si utiles. Maintenant Adam (et tout autre visiteur inattendu) verrait seulement ce qu'il s'attendait à voir, probablement une maquette d'équipements expérimentaux. Sirius s'empêcha de renifler. J'aurais dû penser à ça plus tôt.

"Tu deviens un bourreau de travail," dit Adam avec espièglerie, mais son sourire n'atteignait pas ses yeux.

"Si je veux battre Voldemort, je dois l'être," répondit tranquillement Sirius. Il n'était pas d'humeur à plaisanter de toutes façons.

"Tu crois vraiment que tu peux ?" demanda Adam. "Battre le Seigneur des ténèbres ?"

"Je sais que je dois."

Les mots durs résonnèrent entre eux, même Sirius fut effrayé par cette simplicité. Oui, il savait qu'il devrait arrêter Voldemort depuis un certain temps. Cependant, ce n'était pas pareil de l'admettre, il ne l'avait jamais fait, sauf à de bons amis. C'était différent. Adam était différent. Il pouvait compter sur ses amis pour le comprendre. D'autres...

"Il vaut mieux toi que moi, mon ami," dit finalement Adam avec un haussement d'épaules, brisant le lourd silence. La légèreté forcée de sa voix n'aida pas cependant. "Alors, c'est quoi ça ?"

L'objet qu'il désignait était un petit carnet relié de cuir qui était ouvert sur la table devant Sirius. Il avait à peine la taille d'un livre de poche Moldu, mais il était beaucoup plus important. Cependant...Sirius haussa les épaules. "Un vieux livre. Je recherchais certains sorts peu utilisés."

"Ca m'a l'air passionnant," dit sèchement l'autre.

"Plus ou moins." Il se força à sourire, sentant quelque chose de froid parcourir son échine. "Plutôt moins que plus."

Plutôt dangereux.

Adam pouffa, incapable d'entendre les pensées de Sirius. Puis, au grand désespoir de Sirius, il se dirigea vers une chaise. "Ca t'ennuie si je me joins à toi ?"

"Euh... et bien, pour être honnête, oui," dit Sirius avec précaution. "Tu risques de me distraire."

Et je ne peux pas travailler du tout avec toi ici ! Il brûlait d'envie d'ordonner à MacMillan de partir. Il avait l'autorité pour le faire, mais ça n'aurait arrangé en rien ses rapports avec les Aurors. Les huit laboratoires étaient ouverts à tous, et s'il commençait à jouer les despotes sans s'expliquer d'abord, certains risquaient de se poser des questions. Le fait que la moitié du monde magique le déteste en raison de la marque sur son bras était déjà assez terrible, si en plus les Aurors cessaient de lui faire confiance, tout cela n'aurait servit à rien.

"Désolé." Adam lui fit un sourire d'excuses et se dirigea vers la sortie. "Je te laisse à ton travail, alors."

"Merci, Adam," dit Sirius avec reconnaissance. "Je ne suis pas si froid d'habitude, j'ai juste besoin de me concentrer, tu comprends ?"

"Ouais." L'Auror s'arrêta, la main sur la poignée de la porte et regarda par-dessus son épaule. "Dis-moi juste une chose, Sirius. Pourquoi on dirait que tu pratiques de la magie noire là-dedans ?"

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Remus s'effondra droit dans les bras de Rogue quand ce fut fini. Il n'avait pas remarqué quand son adjoint s'était approché, et était presque au-delà de ce genre de détails. Sa tête tournait à cause de l'épuisement et de la puissance, et il pouvait encore sentir la fontaine chuchoter dans son âme –

Des Détraqueurs approchant Poudlard.

Des souvenirs ou le futur ? Les Détraqueurs étaient partis...

Rogue à genoux devant Voldemort –

Sirius évitant un sort, la douleur lisible sur son visage –

Une femme préparant une potion – elle lui était familière mais il ne se souvenait pas pourquoi –

Dung Fletcher avec des larmes sur son visage –

La jeune Hermione Granger, avec sa baguette pointée sur quelqu'un, l'air furieuse –

Hagrid –

"Remus !" Rogue dut crier dans son oreille pour qu'il entende. En guise de réponse, Remus essaya de se libérer l'esprit en secouant la tête, mais ça ne fit que l'étourdir. Il serait tombé si Rogue ne l'avait pas soutenu. "Monsieur le directeur !"

Les autres professeurs avaient dû suivre Rogue dehors, mais Remus était presque trop perdu pour s'en apercevoir. Il cilla encore, il se sentait si faible, si épuisé.

"Tu vas bien ?"

C'était Dung, mais il n'y avait pas de larmes sur son visage. Remus dut plisser les yeux pour voir qui il était, son cerveau fonctionnait au ralenti. Le directeur cilla encore.

"Ouais," essaya-t-il de dire, mais ça sonna plutôt comme "hai."

Pompom Pomfresh s'agenouilla à ses côtés, faisant signe à Rogue de l'allonger par terre, l'autre sorcier s'exécuta sans un mot. "Reste tranquille," commanda-t-elle inutilement.

Remus n'avait même plus la force d'acquiescer, mais il eut la force de sursauter quand Fletcher beugla :

"Faites retourner ces élèves à l'intérieur !"

Il ne prit pas la peine de tourner la tête pour voir, il n'en avait pas besoin. Il était sûr que Harry et les Misfits étaient parmi les spectateurs curieux, avec Malfoy et ses amis de Serpentard. Parmi tous les groupes d'élèves de Poudlard, c'étaient certainement eux les plus fouineurs.

"Je ne vois pas quel est le problème," dit Pompom avec frustration, alors Fletcher demanda,

"Qu'est-ce que tu as fait ?"

Remus secoua la tête d'un air fatigué. "Ne pose pas de questions. Ca a marché... et c'est ce qui a compté… compte."

Il savait que quand il était fatigué, il avait du mal avec la grammaire.

"Ils sont partis ?" demanda Auriga Sinistra d'une petite voix.

"Oui."

Le monde tourna quand il parla, et Remus entendit au loin le juron de Rogue mais il n'eut pas le temps de comprendre avant de perdre connaissance. La dernière chose dont il se souvenait était que quelque chose avait cloché avec cette attaque – même s'il était parvenu à empêcher Voldemort d'envahir l'école, quelque chose manquait. Quelque chose était différent.


Bon, bon, bon... même la victoire est sombre et mystérieuse...

La suite s'appelle joyeusement les limites de l'endurance...