Promesses retenues

Générique

Auteur : Robin4, sous le titre original de Promises Remembered

Inspiration JKR, mais très UA quand même !

Traduction : Petite Plume

Relecture et mise en ligne… Fénice qui essaie de pas vous faire trop attendre !

Sponsors officiels de la semaine : Siri l'aventurier qui n'a pas confiance dans les potions; Lunenoire qui voit les bons côtés de la guerre; Fée fléau qui voudrait que James retrouve ses guibolles...

Merci à tous


Chapitre trente-quatre : Espoir et cendres

Quand il s'écarta du feu, Franck dut avaler plusieurs fois sa salive. Dans l'intimité de ses appartements (la seule pièce sur Avalon, en dehors de l'ancien bâtiment, qui possédait une cheminée non surveillée), il pouvait se permettre de telles réactions. Ailleurs, il ne pouvait pas, et Frank savait que bientôt il devrait remettre son masque d'homme responsable. Il avait encore une sombre nouvelle à annoncer, et aussi accoutumé qu'il soit à ses fonctions, Frank n'arrivait pas à l'accepte - jamais. Aucune expérience ne rendait plus facile d'annoncer à des gens qu'ils avaient perdu des êtres chers.

Habituellement, il annonçait aux familles la mort d'un Auror. Cette fois, cependant, était différente - et plus dure - parce que c'était un exemple de leur échec, des imperfections des Aurors. Naturellement, après tant d'années de guerre, Frank savait que l'échec existait. Même les Aurors ne pouvaient pas protéger tout le monde... mais Frank savait également qu'ils se devaient d'essayer.

Et ils avaient échoué, dans ce cas précis. Échoué amèrement.

Il se leva et contourna le bureau, écartant ses cheveux de ses yeux. Alice ne cessait de lui rappeler qu'il devait les couper, mais il n'avait pas le temps. En outre, il avait bien du mal à se préoccuper de ses cheveux, bien du mal à se concentrer sur beaucoup de choses. Sirius avait essayé de donner le temps aux Londubat de faire leur deuil, mais le mari et l'épouse avaient refusé. Alice avait sinistrement déclaré que sa peine ne serait calmée que par la vengeance, alors que Frank avait des perspectives plus mornes. Il voulait juste s'enterrer dans le travail, bien qu'il sache que cela ne fonctionnerait pas. Il le savait d'expérience - chacun se souvenait d'Edgar Bones, le premier Auror à être tombé face à Lord Voldemort. Peu se souvenaient qu'Edouard Londubat avait été le second. Frank avait quinze ans, la mort de son frère l'avait directement conduit à la division des Aurors.

La mort de sa mère, cependant, était bien pire, et après l'arrivée d'Alice sur Avalon, Frank avait failli craquer. Il avait toujours su que sa mère n'aurait pas une mort tranquille, mais... il ne l'avait pas attendue maintenant. Pas comme ça. Et la nuit précédente, il avait eu cent cauchemars au sujet de la fin qu'aurait pu connaître Alice. Il aurait pu les perdre toutes les deux...

Frank claqua la porte de son bureau, écartant ses pensées noires. Pas ici. Pas maintenant. Il ne pourrait pas se permettre de se perdre dans la douleur. Il avait trop de travail à faire et trop de vengeance à accomplir. Cette pensée lui glaça le sang, et Frank cilla. Je ne suis pas le seul à vouloir me venger, réalisa-t-il. Et de loin.

Le trajet jusqu'aux quartiers des étudiants était court, particulièrement pour un instructeur. Comme Frank l'avait découvert des années auparavant, les tunnels de l'île, menaient presque partout à partir de la villa principale. Il n'avait jamais tout à fait compris leur origine, mais il était sûr qu'ils étaient antérieurs aux Aurors à en juger par l'architecture et les fresques murales. Le tunnel qu'il empruntait était décoré d'un côté de belles gravures de batailles Moldues et, de l'autre, par une représentation d'une île lointaine. Il était assez sûr que l'île peinte était Avalon vue de la mer, mais Frank n'avait aucun moyen de s'en assurer. De mémoire, aucun Auror n'avait approché l'île en bateau, ce qui signifiait qu'aucun d'eux ne savait vraiment à quoi l'île ressemblait, une mesure de sécurité envers laquelle il était reconnaissant. De plus, la brume dissimulait l'île gravée, la rendant encore plus dure à identifier mais ajoutant à la beauté de l'image.

Assez curieusement, aussi beau que soient les dessins dans les tunnels, aucune des peintures (et il y en avait un bon nombre) ne bougeait. Elles étaient presque comme des peintures Moldues, et pourtant tellement plus vivantes, même si elles étaient figées dans le temps. Après avoir grandi à Glen Ridge avec plus d'une centaine de peintures magiques, Frank trouvait ce calme inquiétant, et le silence encore plus. Pourtant la fresque était belle d'une vieille et étrange manière.

Le tunnel déboucha sur une porte de plâtre qui s'ouvrit pour le laisser entrer dans le hall des quartiers de la classe 4904. Avalon était capable d'accueillir jusqu'à cinq classes en même temps, les cinq longs couloirs des quartiers des étudiants menaient chacun aux quartiers des différentes classes. Autrefois, les classes avaient compté jusqu'à dix sections, mais ces jours étaient révolus, et les Aurors n'avaient plus un effectif suffisant pour entraîner tant d'élèves même s'ils avaient eu les volontaires. A ce moment cependant, l'effectif n'était pas la préoccupation de Frank.

Il s'arrêta à la moitié du hall devant une porte vierge de toute inscription et frappa sans hésitation. Aucune pièce d'Avalon n'était numérotée, bien que certaines portent des noms – la section 4 de la classe 4904 ignorait que cette salle commune s'appelait la salle du Taureau, et Frank ne connaissait pas l'origine de ce nom. Et il y avait des choses encore bien plus étranges sur Avalon.

La porte s'ouvrit rapidement, révélant la jeune Cornelia Croupton. Elle tentait de cacher sa surprise devant la présence de l'instructeur de sa classe et se reprit bien vite.

"Qu'est-ce que je peux faire pour vous, monsieur?" demanda-t-elle rapidement.

"Est-ce que le candidat Deauclaire est ici ?" demanda tranquillement Frank, heureux, pour une fois, que les candidats sur Avalon ne reçoivent pas les journaux ou toute autre source d'information publique. Les Aurors avaient le droit d'entendre les mauvaises nouvelles de la bouche des autres Aurors – et non de Rita Skeeter.

"Je crois qu'il étudie. Voulez-vous entrer ?"

Frank acquiesça, et Croupton s'écarta pour le laisser entrer dans la spacieuse salle commune. Croupton referma tranquillement la porte derrière Frank, ses émotions devaient être plus visibles que prévu parce qu'elle pâlit tout en cachant habilement sa soudaine inquiétude.

"Je vais le chercher," dit-elle tranquillement.

"Merci."

De l'autre coté de la pièce, Nymphadora Tonks leva les yeux et, lisant sur le visage de sa camarade, se mordit les lèvres. Elle était intelligente en dépit de sa maladresse – s'il en avait été autrement, Frank savait que la jeune Tonks serait première de sa classe à la place de Croupton. En apparence, Tonks semblait manquer de la maturité que ses camarades possédaient, mais Frank suspectait qu'il y ait une volonté de fer cachée sous les apparences nonchalantes. Elle fut également assez clairvoyante pour s'approcher, entraînant ses camarades avec elle. Deauclaire aurait besoin d'eux, Frank le savait et il était content que Tonks l'ait vu.

Un moment plus tard, Croupton revint avec un Deauclaire un peu surpris sur les talons. Les autres se rassemblèrent dans le coin que Tonks avait occupé un moment avant, feignant de s'intéresser au livre qu'elle avait ouvert, mais Lockhart ne cessait de jeter des regards inquiets dans la direction de Deauclaire, et Frank savait qu'ils n'étaient pas dupes.

"Il s'est passé quelque chose ?" demanda immédiatement Deauclaire semblant plus intrigué que nerveux. Frank inspira profondément.

"Asseyez-vous, Jason," dit-il tranquillement, utilisant le prénom du jeune homme pour la première fois. Habituellement, il était terriblement formel dans ses rapports avec les candidats, mais la classe 4904 recevrait son diplôme dans une semaine, et ce n'était pas le moment de construire des murs entre candidats et instructeurs. Les Aurors étaient les Aurors.

Lentement, Frank s'assit sur le divan en face de la chaise qu'occupait Deauclaire. "Je ne connais pas de bonne façon de dire ça," annonça-t-il au jeune homme qui écarquillait les yeux, "alors je vais juste le dire."

Les yeux de Croupton s'élargirent et l'instructeur la vit s'approcher du dos de Deauclaire. Frank prit une profonde inspiration.

"Ta famille est morte la nuit passée, Jason," dit-il doucement. "Ils ont été attaqués par des Mangemorts et ont été torturés."

Un Aurors ne mentait pas à ses camarades, mais Frank aurait presque souhaité pouvoir le faire. Le visage de Deauclaire devint blanc comme la neige, et pendant un moment, l'Auror pensa qu'il allait éclater en sanglots. Les mains de Croupton se posèrent sur ses épaules tandis que les autres s'approchaient, et Deauclaire inspira en frissonnant. Sa voix était un murmure rauque. "Qu'est-ce qu'on sait d'autre ?"

"Pas grand-chose," admit Frank. "Il y avait un message, sur la table..." Deauclaire n'avait pas besoin de savoir que le message avait été écrit sur le bois imbibé de sang. "... il disait 'voila ce qui arrive à ceux qui résistent'.'"

"Quoi ?" demanda Croupton alors que Deauclaire butait sur la réponse.

"Mais ils n'étaient pas impli..." il s'interrompit, sa voix se brisa. Ses yeux bruns s'élargirent et il déglutit. "Vous pensez que c'était dirigé contre moi ?"

"Oui." Frank déglutit à son tour. "Je suis désolé, Jason. Nous n'aurions jamais pensé qu'ils viseraient les familles des candidats..."

Il se tut, sachant que Deauclaire n'écouterait pas, ne prêterait aucune attention à ce qu'il pourrait ajouter. Frank aurait voulu pouvoir lui dire qu'il comprenait mais il savait que même si c'était vrai, ça ne voulait rien dire. Il n'était pas son ami, pas de sa famille. Il pouvait apporter les nouvelles, mais ses mots n'offriraient aucun réconfort. Ca, c'était le travail des amis de Jason.

"Quand tu seras prêt, tu pourras appeler ta sœur par la cheminette," dit doucement Frank. "Parle-lui aussi longtemps que tu voudras. Tu es dispensé de cours pour aujourd'hui."

"Merci." La réponse était plate, mais au moins c'était une réponse. Frank hésita à ajouter quelque chose, mais finit par se contenter de hocher la tête. Il vit que les autres étaient déjà prêts à le soutenir. Lentement, l'instructeur se leva et croisa les yeux de Tonks. Elle hocha la tête en retour, et il sortit.

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"Ceci pourrait fonctionner," dit tranquillement Rogue. Il haussa alors les épaules. "Mais je ne peux rien promettre."

James, assis dans un fauteuil rembourré, inclina la tête. Son fauteuil roulant était discrètement rangé dans le coin derrière lui, pour ne plus jamais être utilisé si tout allait bien. "Je comprends." Il remua le liquide dans le gobelet argenté, jouant clairement avec pour gagner du temps. "Mais je te remercie quand même. Pour avoir essayer."

"Tu me remercieras quand tu sentiras à nouveau tes jambes," répondit Severus d'un ton bourru. "Sinon, je recommencerai."

ça lui avait pris quatre jours pour faire cette potion, quatre jours pendant lesquels il avait peu dormi et accordé encore moins d'attention à ses élèves. Mais il avait fini, maintenant, et ça valait la peine de voir le résultat. Ils ne seraient probablement jamais des amis, lui et James Potter, mais tous deux avaient appris à se respecter l'un l'autre au cours des années, et la haine de leurs années à Poudlard était loin maintenant. Tous deux alors avaient été coupables de beaucoup de choses - mais le passé était le passé, et les deux sorciers étaient passés à autre chose, à tel point que les mots de Severus étaient profondément sincères. Quoi qu'il en soit, leur monde avait besoin d'hommes comme James Potter, et cette raison suffisait.

"Je le bois maintenant ?" demanda James, il aurait voulu cacher son inquiétude. Lily la sentit et serra sa main libre. Rogue hocha la tête, essayant de ne pas sourire. Leur situation n'était vraiment pas drôle, mais la relation entre James et Lily l'était. Il n'y avait jamais eu un mariage moins probable que celui-là, mais personne ne pouvait dire qu'il avait échoué. Severus avait rarement vu un couple si proche et si bien assorti... il espérait seulement qu'un jour, il trouverait lui-même quelque chose de semblable. Pourtant, le simple fait qu'ils ne se soient pas encore fait tuer ne cessait de le stupéfier.

"La potion est prête," répondit-il, et James commença à boire. La surprise se vit sur son visage presque immédiatement, évidemment il s'était attendu à ce que la potion de Severus soit aussi infecte que celle de Blackwood, mais la perfection était une question de fierté professionnelle pour Severus Rogue, et les potions nauséabondes n'étaient pas parfaites. Peu de potions nécessitaient un goût fétide, et celle-ci n'en faisait pas partie.

Severus essaya de ne pas sourire d'un air affecté et parvint à transformer son expression en quelque chose approchant un ricanement. Lily, cependant, observait son mari gravement, et l'inquiétude sur son visage rendit son sérieux au maître des potions immédiatement. Trop dépendait de ce moment pour en rire.

James finit la potion et posa le gobelet, sa main gauche toujours dans la droite de Lily. Pour quelque raison que ce soit, Severus fut incapable de regarder le visage de Lily, au lieu de cela, il se concentra sur l'expression circonspecte de James et attendit. Son vieil ennemi semblait retenir son souffle, attendre, espérer, et s'interroger, jusqu'à ce que finalement Rogue ne puisse plus se taire. "Respire, James," dit-il. "Le manque d'oxygène est susceptible de rendre la potion moins efficace, rien de plus."

"Oh." Le visage de James devint aussi rouge qu'une betterave, et même Lily eut un rire nerveux. Devant d'autres, le sarcasme de Rogue aurait été mal interprété, mais ces deux-là le connaissaient depuis trop longtemps. Ils comprenaient que c'était un réflexe, et ni l'un ni l'autre ne prit sa tonalité caustique personnellement. Le ministre de la magie lui jeta un coup d'œil. "Bien."

Il pouvait voir la question sur le visage de James, celle qu'il ne poserait pas. "Tu veux savoir combien de temps ça prendra," dit le maître des potions.

James hocha la tête silencieusement, et Rogue crut voir Lily se mordre la lèvre.

"Je ne suis pas sûr," admit-il avec un haussement d'épaules. "J'ai dû mélanger plusieurs formules afin d'annuler les effets de l'autre... potion. Nous n'avons aucun antécédent donc aucun moyen de savoir exactement combien de temps ça prendra.

"Cependant, je pense qu'il faudra environ dix minutes," conclut-il alors que James commençait à froncer les sourcils. "Peut-être moins."

"Si court ?" haleta l'autre sorcier.

"J'espère," souffla Severus et les autres hochèrent la tête. Il n'y avait rien à faire d'autre qu'espérer... qu'attendre. De tous, Rogue était probablement le plus patient, même s'il détestait l'oisiveté. Il détestait simplement attendre, attendre sans savoir ce qui allait venir. Un homme sage avait dit une fois que toute la sagesse humaine était contenue dans les mots "attente et espoir," mais à l'heure actuelle, Severus trouvait que c'était plutôt douloureux.

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"Tu nous as manqué au petit déjeuner," la voix qui venait de derrière lui fit sursauter Sirius. Il avait abandonné son travail qui l'avait enfermé cinq jours dans le laboratoire six, et il avait erré à travers l'île tôt ce matin, allant là où ses pieds le portaient. Sirius avait fini au nord, juste à côté des aires de duel d'Avalon, où il s'était assis sur l'herbe et avait essayé de répondre à toutes les questions qu'il se posait. Cependant, cette recherche s'était avérée futile, et Sirius avait vagabondé vers le labyrinthe, qu'il fixait maintenant d'un regard vide, se demandant quel bien il pouvait apporter.

Ou, du moins, il l'avait regardé avant l'arrivée de Bill Weasley.

"Ah ?" répondit Sirius, essayant de paraître évasif.

Le sourire qui lui répondit fut presque innocent, un mélange d'excuses et de cynisme. "En fait, tu nous manques depuis une semaine," répondit Bill.

"Je suis allé déjeuner mardi," objecta Sirius, souriant malgré lui.

"Oui. Mardi." Bill renifla. "Dois-je te rappeler qu'on est dimanche, soit cinq matins après mardi ?"

"Ou deux avant, question de point de vue."

Bill leva les yeux au ciel, mais un sourire menaçait derrière son apparence sarcastique. "Oh, s'il te plaît ne commence pas avec tes 'questions de point de vue '. Ca a déjà été fait."

"Pardon ?"

"Laisse tomber," jeta soudain l'autre Auror. "La citation est d'un film Moldu qu'une ancienne petite amie aimait beaucoup." (1)

"Star Wars ?" demanda curieusement Sirius.

"Tu l'as vu?"

"Evidemment. Lily a traîné James voir le premier, il a voulu qu'on l'accompagne."

Bill rit. "En fait, cela ne m'étonne pas."

"Quoi, James qui aime une histoire impliquant des épées et des objets volantes ?" sourit Sirius.

"Je pensais plus à toi et aux machines volantes," répondit brusquement l'autre, mais Sirius rit sous cape. Il avait voulu être seul ce matin, mais il découvrait que la compagnie n'était pas si terrible. Ou, se corrigea-t-il mentalement, cette compagnie. Si Adam arrive, je transplane hors de cette fichue île et je pourchasse Voldemort, quelques soient les risques. C'est certainement plus sûr qu'écouter ses questions !

C'était étrange qu'il soit parvenu à se lier d'amitié avec Bill Weasley, en apparence, ils n'auraient pas pu être plus différents. Bien que tous deux soient les descendants de vieilles familles de sang pur, Sirius était un rebelle né (traître était le mot que sa mère avait employé, mais rebelle semblait beaucoup plus romantique), alors que Bill était fier de son nom de famille et se battait pour que ses parents soient en retour fiers de lui. Il avait été brillant à Poudlard et avait même quitté l'équipe de Quidditch de Gryffondor afin de se concentrer sur ses responsabilités de préfet en chef. Sirius, de son côté, avait été l'archétype de l'élève qu'Albus Dumbledore n'aurait jamais nommé préfet, et à côté de lui, même James avait semblé calme. Il avait fait presque tout ce que Bill n'aurait même jamais pensé risquer, et les retenues qu'il avait accumulées le prouvaient. A Poudlard, Bill avait été le meilleur dans presque toutes les matières. Et l'aîné des Weasley avait facilement intégré les Aurors, une position que Sirius avait dû se battre pour obtenir.

Cependant, c'était le passé, et les deux hommes avaient fait des choix depuis lors. Des choix importants.

Ces choix les avaient rendus semblables, plus encore, ils avaient faitde Bill Weasley de Sirius Black des amis. Même sans leur attachement mutuel envers Aurors, Azkaban les aurait liés. Pourtant, leur relation n'était pas celle que Sirius partageait avec Dung Fletcher, Adam MacMillan, Jessica Avery ou même Frank Londubat – tout aussi insouciant que lui. Au fond d'eux même, ils étaient bien plus semblables qu'il n'y paraissait, et les derniers mois avaient amené Sirius à le réaliser.

Son rire se mua en un léger sourire. C'était bon d'être compris, même un peu.

"En parlant de toi," dit Bill dans le silence, "tu nous a manqué au petit déjeuner."

"Tu l'as déjà dit," répondit évasivement Sirius.

Le plus jeune renifla. "Je sais. Et tu as changé de sujet."

"Oups." Sirius n'essaya pas de paraître innocent, le faire n'aurait pas fonctionné, quoi qu'il en soit. "Je n'avais pas faim."

"Depuis Mardi ?" demanda dubitativement Bill. "Tu n'es venu à aucun repas."

"J'ai mangé." Il haussa les épaules.

"Je n'en doute pas. Mais seul." Bill marqua une pause, puis continua après une profonde inspiration. "Adam pense que tu caches quelque chose, Sirius. Il l'a mentionné plusieurs fois."

"Ah ?"

"Ouais. Nous l'avons fait taire au début, mais il devient plus insistant. Ce qui l'inquiète plus, je pense, c'est que personne ne semble savoir. Même pas Frank."

"Pourtant, Frank n'a rien dit," répondit Sirius, arquant un sourcil. "Pourquoi toi ? Vous avez tiré à la courte paille ?"

Bill se renfrogna. "Non. Personne ne m'a rien demandé." Son visage s'assombrit légèrement, et il hésita avant d'ajouter "j'ai juste pensé, enfin..."

"Quoi ?" demanda Sirius, incapable de ne pas parler froidement. Qu'a dit Adam ? Bill était certes devenu un ami, mais comprendrait-il ? Il y avait une menace dans ses paroles, quelque chose de méfiant et d'inquiet.

"Laisse tomber." Jusqu'à cette réponse défensive, Sirius ne s'était pas rendu compte combien sa voix était devenue dure. Bill recula légèrement et haussa les épaules. "Je pense que ce n'est pas important."

Cela le prouvait. Immédiatement, Sirius sut que quoi qu'Adam ait dit, ça n'avait pas été toute la vérité. Il y avait cinq jours, quand Adam avait surpris Sirius travaillant sur la magie noire, l'Auror avait récupéré le coup en expliquant qu'il utilisait la vieille magie ; il était facile les confondre parce que, dans le passé, il n'y avait pas de distinction entre magie blanche et magie noire. Sirius avait pensé qu'Adam avait accepté son explication - l'autre Auror avait semblé très soulagé et était parti peu après. Maintenant, il n'en était plus aussi sûr. Des alarmes commençaient à sonner dans des oreilles de Sirius. À quoi joue-t-il ?

"Non." Bill stoppa alors qu'il allait partir. "Pose ta question."

Bill avala sa salive, mais sa voix était basse et sérieuse. "Ecoute, Sirius," dit-il rapidement, "j'ai confiance en toi. Je sais que quoi que tu fasses, tu le fais pour une raison, mais d'autres ici n'en sont pas aussi sûrs. Pendant des jours, Adam a laissé entendre que tu préparais quelque chose, mais aujourd'hui il a 'laissé échappé' que tu utilisais la magie noire."

Au loin, un oiseau gazouilla dans le silence soudain.

Une vague de froid engloutit Sirius. Il avait eu tort au sujet de Adam – et à propos de quoi encore ? Éviter les autres avait semblé une bonne idée ; leur présence était une distraction, au mieux, alors qu'il travaillait sur des sorts qui demandaient beaucoup de concentration. Mais les éviter avait-il donné le temps à Adam d'attiser le mécontentement ? L'avait-il incité à sembler coupable ? Il essaya de ne pas renifler. Je suis coupable.

Sirius avait été exposé à la magie noire pendant presque toute sa vie, bien que son utilisation n'ait pas été toujours marquée de cette façon. Il la comprenait et l'identifiait facilement, mais ne l'avait jamais employée. En l'apprenant, il s'était compromis. Malheureusement, il avait aussi menti à ceux qui lui faisaient confiance, et ces deux choses étaient devenues nécessaires.

"C'est vrai, Sirius ?" demanda tranquillement Bill, le tirant de sa rêverie.

Cette fois, il dut déglutir. "Que dirais-tu si je disais oui ?" tenta-il, sachant que cette question était comme une affirmation, mais il ne pouvait pas se forcer à l'admettre.

"J'espérerais que tu me ferais assez confiance pour ne pas tirer de conclusions hâtives et pour comprendre que tu as une raison," répondit l'autre sans hésitation.

"Toi. Mais les autres ?" Poser la question était un signe de faiblesse, mais il en avait besoin.

"Nous tous," dit platement Bill.

Sirius renifla. "Et Adam ?"

"Adam est... différent maintenant," Bill soupira. "Azkaban l'a changé. Il est plus paranoïaque qu'avant."

"J'ai remarqué," répondit sèchement Sirius.

"Tu n'as pas répondu à ma question," attaqua doucement Bill, et Sirius haussa les épaules.

"Je pense que tu connais la réponse," souffla-t-il.

"Tu essayes de l'arrêter, n'est-ce pas ? Tu vas utiliser la magie noire contre lui."

"Non. Et oui." Prenant une profonde inspiration, Sirius leva son bras gauche. Il n'eut pas à relever sa manche, ils savaient tous les deux ce qui était là. "Ca me donne un lien avec lui, Bill. Il change ce que je suis et comment je pratique la magie."

"Mais tu l'as depuis quatre ans."

"Je sais." Inspire. Expire. Il s'attendait presque à sentir le froid et entendre la voix moqueuse résonner dans son esprit, mais il n'y avait rien excepté le vide. Etrange, comment le vide pouvait être presque plus dérangeant que cette autre sensation, particulièrement à cause de cette froideur engloutissant son âme. "Et il m'a changé."

Il n'y avait pas de mots pour expliquer comment, ou une manière de décrire son choix. Mon choix. Mes conséquences.Mes affaires. Bill n'avait pas besoin de savoir ce qui avait conduit Sirius à employer la magie noire. Seule une autre personne saurait, et assez curieusement, Voldemort était probablement le seul homme qui comprendrait jamais pourquoi Sirius avait choisi cette route. Il frissonna.

"Ca va ?"

Sirius cilla. "Je vais très bien. Je réfléchissait juste." Je pensais que Voldemort me connaît bien et si peu en même temps. Tous les deux, cependant, sont effrayants... et il y avait des moments à Azkaban qui m'ont trahi autant qu'ils m'ont protégé.

"Oh." Il y eut un autre moment de silence et puis Bill eut un sourire. "Pendant que tu penses, nous avons un autre problème. En dehors d'Adam."

"Quoi ?" Sirius tourna la tête pour regarder Bill dans les yeux ; il n'y vit que de l'inquiétude, pas de doute. Bill lui faisait confiance - et ceci effraya davantage Sirius que le doute l'aurait fait. Mais il n'avait plus de temps pour l'incertitude, plus de temps pour l'hésitation. Quelque chose chatouilla le bord de son esprit, mais il ne put dire quoi. "Merci, Bill," ajouta-t-il avant que l'autre ne puisse continuer. "Pour l'avertissement. Je parlerai à Adam."

"Pas de quoi," répondit Bill avant de froncer les sourcils. "L'autre problème, je le crains, est plus compliqué. Nous avons peut-être un traître parmi nous."

"Quoi ?"

Le signe d'assentiment de Bill était sinistre. "Oui. L'autre nuit, Melle Tonks a vu - "

"Sur Avalon ?" le coupa Sirius.

"Sur Avalon," confirma l'autre. "Frank m'a demandé de ne pas le dire à qui que ce soit, mais je suis sûr qu'il ne t'incluait pas."

"Ah." Il avait été trop pris dans son propre travail pour le voir, mais l'esprit de Sirius tourbillonnait maintenant. Lentement, les morceaux commençaient à s'assembler... "Dis-moi ce qui s'est produit."

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"Vous ne trouvez pas que Percy agit étrangement ces derniers temps ?" demanda Ron à ses frères au petit déjeuner ce dimanche matin.

"Euh," répondit Fred dans son jus d'orange. Il avala rapidement. "Euh, oui."

Les Misfits reniflèrent et Harry renchérit, "tu t'es craché dessus, Fred."

"Quoi - Argh!" Il n'avait pas remarqué le jus qui décorait le haut de ses robes d'école. Fred se renfrogna. "C'était quoi déjà ce sort de nettoyage ?"

Hermione dégaina sa baguette sans prendre la peine d'expliquer "Scourgify."

"Merci, Hermione. Je ne me souviens jamais de celui-là."

"Si tu passait plus de temps sur tes devoirs au lieu de faire des blagues," répondit-elle légèrement.

"Tu peux parler !" renifla George. "Souviens-toi de la nuit dernière."

"Non, je suis celle qui nous as tiré des ennuis que Ginny nous a attirés," répliqua Hermione. "Si tu veux te moquer de quelqu'un, George, choisis mieux."

"Les filles. Vous êtes toutes les mêmes."

"Au moins, nous, les filles, on sait pourquoi Percy est bizarre," rétorqua Ginny.

La tête de Ron se tourna. "Pourquoi ?"

"Pourquoi vous vous posez ces question ?" demanda George, engloutissant son petit déjeuner à un rythme alarmant. Même après avoir passé plus d'un an avec lui, Harry était encore stupéfait par la quantité de nourriture que George pouvait avaler – la consommation de nourriture était un excellent moyen de différencier les jumeaux, particulièrement aux repas. Tandis que Fred parvenait presque toujours à renverser quelque chose sur quelqu'un, George semblait simplement téléporter la nourriture directement dans son estomac.

"Je suis curieux, c'est tout," répliqua Ron. "Pas vous ?"

"Curieux de ce que fait notre cher frère le parfait Percy avec ses amis parfaits de Préfet ?" répondit George.

"Oh, laisse-le, George," intervint Harry. "Ecoutons pourquoi."

Ginny grimaça pendant que George fit la moue. "D'accord," râla le gourmand. "Finissons-en."

"Il n'est plus avec ses amis, quoi qu'il en soit," précisa Hermione. "Il traîne avec Pénélope Deauclaire depuis des jours."

"Deauclaire ?" répéta Fred. "La fille de Serdaigle dont la famille est morte ?"

Ginny hocha la tête. "Je l'ai vue pleurer sur son épaule mercredi matin. Après la parution de l'article."

"Pleurer ? Avec Percy ? " s'étonna Ron. "Il est aussi compatissant qu'un verracrasse !"

Hermione leva les yeux au ciel puis jeta un coup d'oeil à Ginny. "Est-ce qu'il y a des garçons intelligents ?" demanda-t-elle.

"Oh, je n'en suis pas sûre."

"Merci, Hermione," répondit sèchement Harry, alors que Ron demandait,

"Pourquoi sommes nous si imbéciles?"

Les filles éclatèrent de rire, mais Fred renifla. "Et qu'est-ce que vous savez et qu'on ignore ?"

"Ils sont ensembles, idiot," rit Ginny. "Voila pourquoi il est si drôle." Elle reprit son sérieux rapidement. "Il essaye de l'aider."

"Oh." La bonne humeur se dissipa à ces mots, et les Misfits échangèrent des regards. D'abord Lee avait disparut, puis la famille de Pénélope avait été tuée, et maintenant la grand-mère de Neville... Il y avait des moments où Harry se demandait si la guerre allait se terminer un jour - et si c'était le cas, qui serait encore vivant pour le voir ? Combien d'entre eux finiraient comme Lee, enfermés à Azkaban et sans espoir ?

Harry avala sa salive. Le professeur Fletcher avait promis qu'ils feraient tout ce qu'ils pourraient, mais Harry savait combien il était difficile d'entrer à Azkaban. Les Aurors l'avaient fait par le passé, mais Voldemort s'attendait maintenant à une seconde tentative. De plus, Harry était le fils d'un Auror. Aussi terrible que ça puisse sembler, il savait qu'un jeune garçon, aussi important qu'il soit pour ses amis, ne serait pas une raison suffisante pour monter une mission de sauvetage. C'était une perspective horrible, mais le monde n'était pas parfait... et Harry avait la mauvaise impression qu'un de ses meilleurs amis était juste devenu un aléa de la guerre.

D'après les expressions des visages de ses amis, il voyait qu'ils pensaient à la même chose, et qu'ils ne l'aimaient pas plus que lui. Quelque chose devait être fait. Mais quoi ?

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"On devrait voir les effets maintenant," dit tranquillement Lily, détestant paraître aussi déprimée mais incapable de faire autrement. Quinze minutes étaient passées, puis encore quinze, presque une heure plus tard, la potion de Rogue n'avait toujours aucun effet. James était toujours dans le fauteuil, essayant de paraître insouciant, mais Lily voyait l'inquiétude dans ses yeux.

Severus soupira. "Oui," admit-il. " On devrait voir les effets maintenant..." Il se tourna vers James. "Tu sens quelque chose?"

"Pas plus que hier," répondit tranquillement James. "Depuis que j'ai cessé de prendre la potion de Martha, je sens de légers élancements ici et là, mais rien de bien significatif"

"Hm." Severus fronça les sourcils, et Lily le vit réfléchir. "La seule raison que je vois est que tu as une accumulation du poison dans ton organisme, ou que tes blessures étaient suffisamment graves pour en être la cause... les cas de paralysie permanente sont toujours très rares. Je ne peux pas en être sûr sans avoir accès à ton dossier de Sainte Mangouste, mais je doute que ce soit ça. Peut-être qu'un autre médecin de Sainte Mangouste...?"

"Non," répondit fermement James, faisant froncer les sourcils à Lily. Elle avait déjà débattu de ce sujet avec son mari la nuit précédente et avait été repoussée tout aussi rapidement. Elle avait plaidé pendant des heures, mais sa réponse était restée identique. Aucun médecin. Il ne leur faisait pas confiance. Pour continuer ses soins, il ferait appel à Rogue ou Madame Pomfresh, point.

"Je suis loin d'être un expert en médecine," précisa-t-il.

"Mais tu es un expert en potions," le contra James, "et tu dis que mon problème est probablement provoqué par la potion empoisonnée de Martha."

"Probablement," lui accorda Severus.

"Je sais. Mais je te fais confiance," répondit James. "Et les prétendus experts de Sainte Mangouste ne se sont pas avérés dignes de confiance récemment."

C'était étrange d'entendre à quel point James faisait maintenant confiance à l'homme qu'il avait par le passé tant détesté, et de voir que Rogue faisait de son mieux pour essayer de l'aider. A l'époque où ils avaient été des ennemis, Lily n'aurait jamais imaginé que cette conversation puisse avoir lieu, n'aurait jamais pensé que ces deux là puissent se regarder dans les yeux et se voir non seulement comme des alliés, mais comme des amis. Ils avaient beaucoup changé, le monde les y avait forcé. Peut-être que c'était un signe que les obligations de l'amitié seraient toujours plus fortes que la haine, que le mal. Peut-être que ça signifiait que tout n'était pas perdu.

"Je vais réessayer," dit pensivement Rogue, faisait distraitement tournoyer sa baguette entre deux doigts. "Il y a d'autres options. Il faut juste trouver laquelle fonctionne."

Ou trouver Martha Blackwood et la forcer à s'expliquer, pensa sombrement Lily, souhaitant presque pouvoir le faire. Malheureusement, le médecin de James avait complètement disparu, quand Lily avait cherché à joindre le docteur Blackwood à Sainte Mangouste, on lui avait répondu qu'elle était en congés pour une durée indéterminée à cause d'un décès dans sa famille. Rogue leur avait alors précisé que la seule famille de Martha était son frère aîné, Osborne, et qu'il était sûrement encore vivant. Comme Severus (et James), Osborne était l'aîné d'une des quatorze familles, ce qui signifiait que Rogue aurait dû entendre parler de sa mort. Le fait que Martha ait menti, cependant, ne prouvait rien. Elle était partie. Sans plus d'informations, il n'y avait aucun moyen facile pour défaire ce qu'elle avait fait.

Ainsi James était coincé. Toujours. Lily pouvait voir la douleur sur son visage, pouvait le voir lutter pour faire face à la situation avec optimisme. Penser qu'il avait été blessé avait été une chose, savoir qu'il avait été empoisonné était pire. James admettait rarement combien être bloqué dans un fauteuil roulant l'ennuyait, mais Lily le savait. Il avait toujours détesté rester en place ; depuis qu'elle le connaissait, James avait toujours été actif. Il avait joué au Quidditch, était devenu Auror - mais maintenant il ne pouvait plus faire ce qui lui plaisait et ça le rendait fou.

Lily espérait seulement que Severus trouverait une solution avant qu'ils ne soient tous devenus fous.

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Sirius ne se sentit pas à sa place en entrant dans la salle. Des visages amicaux l'accueillirent dans la salle circulaire, certains Aurors étaient appuyés contre les murs et d'autres assis à la table en U, beaucoup hochèrent la tête pour le saluer en souriant. Cette pièce était leur salle de réunion officielle sur Avalon, et Sirius avait été là de nombreuses fois avant, mais il s'y sentait toujours comme un étranger. Il voyait ce que d'autres ne voulaient pas qu'il voie. Derrière les sourires se cachait la circonspection, la méfiance... et même la crainte, dans quelques cas. Que vous a dit Adam ? voulut-il demander. Mais Sirius ne le fit pas. Cette réunion était trop importante.

Derek Dawlish et Oscar Whitenack pénétrèrent dans la salle sur ses talons, et Sirius sentit les regards intéressés se porter sur eux. Tous savaient qu'ils étaient entrés dans le manoir Jedusor sans permission et avait trouvé quelque chose, mais les résultats de leur enquête avaient été noyés par les attaques sur les Londubat et les Deauclaire. Aussi important que ces résultats puissent être, les problèmes immédiats nécessitaient une intervention immédiate, et chacun savait que Oscar et Derek étaient sortis indemnes avant que les Mangemorts n'arrivent. Ainsi, leurs informations étaient devenues moins importantes que la mort et la peur. Même les Aurors pouvaient paniquer, et le message de Voldemort avait été intense. Les familles étaient maintenant des cibles.

De plus, Alice, qui aurait normalement dû s'en occuper, avait perdu un membre de sa famille. L'efficace adjointe de Sirius essayait pour l'instant de remettre de l'ordre dans sa vie, et son mari s'enterrait dans son travail, ce qui laissait ses habiles espions sans personne pour les diriger. Par la suite, Dawlish avait montré son rapport à Sirius qui lui avait demandé de le présenter lors de cette réunion.

Peu d'Aurors étaient absents. Jetant un coup d'oeil autour de lui, Sirius vit des amis et des collègues auxquels il n'avait pas parlé depuis l'attaque du chemin de Traverse, et il savait qu'ils l'observaient avec autant, sinon plus, d'agitation que les autres. Des douzaines d'yeux le suivirent, mais ce n'était pas assez - bien qu'ils aient lutté pour essayer de se reconstruire, les Aurors avaient été frappés de plein fouet. Ils n'étaient même pas assez nombreux pour satisfaire les besoins d'un ministère en temps de paix, alors en temps de guerre... Ils ne seraient jamais assez. Mais ils étaient forts et encore plus forts quand ils étaient ensemble comme ceci.

Les plus remarquables étaient les Aurors absents. James, naturellement, n'était pas venu, bien qu'ils aient toujours considéré le ministre de la magie comme un des leurs, il avait été techniquement classé comme inactif, ne pouvant pas continuer avec eux. Fauteuil roulant ou pas, James aurait été placé dans cette catégorie, mais il manquait toujours à Sirius. D'autres Aurors inactifs manquaient, des individus que Sirius aurait désespérément voulu revoir. La liste était courte, peu avaient décidé de ne pas redevenir Aurors après leur capture, mais leurs noms étaient remarquables. Dung Fletcher, Amanda Pieters, Stephen Hoppner, et Amy Wortman manquaient toujours, bien que Dung ait promis de revenir l'année suivante. Stephen Hoppner hésitait également, pressé par sa cousine, Alice Londubat, mais il devait encore prendre une décision, et il manquait à Sirius autant que les autres. Quatre alliés puissants se trouvaient sur la ligne de touche, maintenant les travaux à accomplir étaient au delà de leurs capacités : un professeur, un historien, un auteur et un gars sans importance du département du transport magique. Pourtant ils avaient peur de choisir, et une petite partie de l'esprit de Sirius était d'accord avec eux. La peur, il la comprenait bien.

D'autres, des Aurors actifs, manquaient aussi à l'appel, en raison de circonstances spéciales ou de missions. Taylor Hall était à la fête d'anniversaire des 3 ans de sa fille, Austin Fenwick accompagnait le chef du département des jeux magiques et des sports aux négociations au sujet de la possibilité d'organiser le coupe du monde de Quidditch en Grande-Bretagne – si la guerre se terminait - et Missy Erickson était à Sainte Mangouste pour soigner son bras brisé au cours d'une mission la semaine précédente. Mais ils étaient les seuls Aurors absents, et Sirius était heureux de voir que chacun avait répondu à sa convocation. Quinze visages attentifs l'étudiaient, mais c'était des visages familiers. Les moins familiers étaient ceux des candidats de la classe 4904. Sirius avait choqué les autres en exigeant leur présence, à quatre jours du début de leur mentorat et de leur entrée dans le vrai monde. Alice avait objecté, mais Sirius estimait que c'était important : comme les autres, les candidats méritaient de savoir.

Et ils l'observaient avec bien plus d'énervement que les Aurors, pas sûrs de ce qui allait se passer ou de quel rôle ils joueraient. Peu d'Aurors connaissait réellement la raison de cette réunion, mais les candidats en savaient encore moins que les autres. Sirius s'éclaircit la gorge.

"Asseyez-vous s'il vous plaît," dit-il. "Je pense que nous sommes ici pour un moment."

Les chaises glissèrent sur le sol tandis que presque tout le monde obéissait, quelques individus provocateurs restèrent contre le mur, y compris Hestia Jones, qui jeta un mystérieux clin d'oeil à Sirius pendant qu'il s'asseyait. Elle observait les candidats, il le vit, mais le clin d'oeil le choqua. Jones n'était pas vraiment une amie, mais elle était, au moins, devenue une alliée de confiance.

"Avant toute chose, je cède la place à Derek Dawlish pour qu'il nous dise ce que lui et Oscar Whitenack ont découvert au manoir Jedusor. Leurs découvertes sont la raison de cette réunion peu orthodoxe." Sirius se tourna. "Derek ?"

Dawlish se leva, prenant une gorgée d'eau avant de parler. Toujours dédaigneux des formalités, il se lança directement dans les détails. "Comme vous le savez, mon équipe a été assigné à l'étude de l'augmentation récente de l'activité au manoir Jedusor. Le manoir est surveillé par les Aurors depuis des années, depuis que le ministère l'a identifié comme un des quartiers généraux de Lord Voldemort. Cependant, jusqu'à récemment, la maison était vide. Les mauvaises herbes l'avaient envahie et plus rien d'intéressant ne s'y produisait. Jusqu'ici.

"Oscar et moi étions de garde, poursuivant sur la découverte initiale de Bill et Hestia. Après avoir établi que les Mangemorts étaient partis, nous avons été voir. Les résultats de notre recherche, cependant, n'étaient pas ce à quoi nous nous attendions."

Il fit une pause, jetant un coup d'oeil autour de la table et étudiant des visages. Sirius fit la même chose, notant que tous les regards étaient rivés sur Derek Dawlish. En cinq jours, depuis la mission illicite d'Oscar et de Derek, chacun avait entendu que quelque chose s'était produit, bien que personne n'ait su ce que c'était, chacun était désireux de découvrir. Derek continua finalement :

"Avant de nous introduire dans le manoir Jedusor, Oscar et moi avions déjà fait plusieurs suppositions. Un : il y avait un prisonnier jusqu'ici inconnu dans la maison, soit parce que Voldemort n'a plus confiance dans la sécurité d'Azkaban ou soit pour garder l'existence de l'individu secrète. Deux : que ledit prisonnier était torturé, à en juger par les cris que nous avons entendus de la maison et par la présence de Rodolphus et de Bellatrix Lestrange. Trois : les Mangemorts étaient partis, parce que c'était silencieux. Quatre, et plus important : ce prisonnier était d'une certaine importance pour Voldemort, ce qui demandait d'agir rapidement.

"Nous avons pénétré par effraction dans la maison sans savoir si le prisonnier était présent ou pas. Oscar a vu Mulciber, Flint, et Rodolphus Lestrange partir avec un paquet vaguement de la forme d'un humain, qui nous a amenés à croire que la maison était complètement vide. Alors qu'il était possible que leur 'paquet' soit une ruse, il n'y avait aucun détail qui prouvait qu'ils se savaient observés."

Derek prit une autre gorgée d'eau. "Nous n'avons pas trouvé le prisonnier," dit-il brusquement, et Sirius vit l'espoir s'effacer de plusieurs visages. Chaque personne dans cette chambre avait perdu un ami proche ou un être cher pendant la guerre, et chacun d'eux avait osé espérer, juste pendant un moment, que le prisonnier mystérieux ait pu être quelqu'un qu'ils avaient perdu.

Sirius retint un reniflement. Sachant ce qu'il savait, les preuves de Dawlish menaient à quelque chose de bien plus extraordinaire.

"Cependant, nous avons trouvé des traces d'un prisonnier dans les cachots du manoir. Du sang desséché et frais, des sort de sécurité avancés, des habits déchirés, les fragments d'une baguette cassée, et d'un oeil magique."

Une vague de surprise parcourut la salle, et Sirius entendit plusieurs personnes haleter. A sa gauche, Bill Weasley semblait avoir reçu un coup de pied dans l'estomac : ses yeux étaient élargis et son visage était affreusement pâle. Plusieurs autres retenaient simplement leur souffle tandis que Hestia et Frank fronçaient les sourcils. Les candidats le fixèrent simplement, ils n'étaient pas arrivés à la même conclusion que les autres évidemment - la plupart d'entre eux étaient trop jeunes pour se souvenir.

"Rien ne nous prouve vraiment qui est le prisonnier, mais Francine Hoyt" -il la désigna de la tête - "a analysé les fragments de baguette pour trouver l'empreinte de l'utilisateur. Francine ?"

La femme se leva, hocha la tête vers ses collègues. "J'ai travaillé sur la baguette pendant plusieurs jours, mais en raison de son état, je n'ai pu établir que deux choses. Je ne peux pas encore donner avec certitude le nom du propriétaire, mais je sais que tous les fragments proviennent de la même baguette, et que son propriétaire n'était - ou n'est, en supposant qu'il soit encore vivant – pas un Mangemort. Je peux dire avec certitude que ce n'est pas la baguette d'un utilisateur de magie noire, et - "

"Maugrey," s'exclama Stricker Williamson. "Ca doit être Maugrey."

Les têtes marquèrent leur accord, et quand Francine essaya de répondre, elle fut noyée par trente-cinq voix passionnées parlant toutes en même temps. Sirius fronça tristement les sourcils. Francine était ancienne dans la division et avait été une bonne amie d'Alastor (certains disaient même plus qu'une simple amie), malgré le fait que elle n'était pas entrée chez les Aurors avant ses trente ans. Ayant appartenu au département des mystères, elle était leur principale experte légale. Mais si elle avait des doutes... Sirius secoua la tête et espéra qu'ils se taisent.

"Entre la baguette et l'oeil magique, il n'y a pas de doutes," insista Striker. Il avait été le dernier élève de Maugrey avant sa capture et brûlait évidemment toujours d'envie de le venger. La vengeance, réfléchit Sirius. Tout comme nous tous.

"Je suis d'accord," intervint Jessica Avery, une autre protégée de Maugrey. "Très peu de sorciers ont porté un oeil magique, encore moins un comme celui de Maugrey. Le sien était – est - unique. Il doit être facile à reconnaître."

"Et moi, je suis sûrs que les Mangemorts ne le laisseraient pas garder un oeil qui peut voir à travers les choses," précisa Fred Randolph.

"Bien, écoutez -" tenta Francine, mais Adam McMillan la coupa.

"Est-ce que l'œil correspond, Francine ?"

"Oui, mais ce n'est pas la question," répondit-elle.

"Pourquoi pas ?" intervint encore Striker, souriant d'une oreille à l'autre. Son expression se reflétait sur beaucoup de visages, Sirius voyait très peu d'expressions graves. Même les candidats étaient devenus passionnés en entendant qu'un de leurs héros était vivant. Alastor Maugrey avait été le modèle des Aurors depuis longtemps, même si une grande partie du monde magique "normal" le considérait comme étrange, l'Auror était idolâtré. Il était le meilleur et l'avait toujours été. Il avait fallu dix-huit Détraqueurs et le Seigneur des ténèbres pour le tuer. Maugrey avait incarné tout ce que les Aurors rêvaient d'être.

"La question la plus importante est ce que nous allons faire," dit Jessica. Ses yeux foncés brillaient, et Jessica était habituellement réfléchie. Elle ne fonçait jamais la tête la première mais l'enthousiasme était contagieux.

"Nous allons le sortir de là, naturellement," répondit promptement Adam. Ils acquiescèrent.

"Mais où est-il maintenant ?" demanda Striker. "Azkaban ?"

"Probablement," grogna Jessica, son regard fut soudain froid. Comme Sirius, Frank, Bill, et Adam, Jessica avait été détenue dans la prison. Elle y avait passé seulement trois mois, mais ça ne faisait aucune différence. Aucun autre Auror n'avait un Mangemort pour frère - ou avait eu, quoi qu'il en soit, jusqu'à ce que Sirius le tue lors de l'attaque de Square Grimmaurd. Jessica, heureusement, n'était pas rancunière, particulièrement parce qu'elle détestait son frère avec une passion qui rivalisait avec la haine de Sirius pour Voldemort.

"Ca complique l'affaire," murmura pensivement Fred.

"Seulement un peu." Étonnamment, c'était Jason Deauclaire, sortait de sa douleur pour la première fois qui fut le premier des candidats à parler. "Nous y sommes entrés avant. Ca ne doit pas être compliqué de le ref-"

"Pas si simple," s'exclama Alice, fronçant les sourcils. "Les circonstances sont différentes maintenant."

"Comment cela ?" répliqua Deauclaire. "La prison est encore gardée par des mangemorts et des détraqueurs. Le Seigneur des ténèbres y vit. Alors, qu'est-ce que ça change qu'il y ait moins de prisonniers ? Nous pouvons encore le faire."

"Parle pour toi, jeune homme," répondit Derek. "Nous sommes allés là dedans avec beaucoup plus d'Aurors et nous avons failli perdre. Je ne suis pas contre, mais nous avons besoin d'un meilleur plan qu'assaillir Azkaban avec quinze Aurors."

"Trente-cinq," intervint Calvin Waters, encouragé par les actions de Deauclaire. "Ne nous oubliez pas."

Derek se renfrogna. "Les -"

"Je pense que nous nous emballons," les interrompit Bill. "Nous n'avons aucune preuve que Maugrey soit vivant, et même si c'était le cas, nous ne savons pas s'il est à Azkaban. Je voudrais le trouver autant que n'importe qui, mais il y a d'autres questions qui doivent être prises en compte." Il se tourna vers Francine. "Est-ce que les fragments de baguette correspondent ?" demanda-t-il. "Bois d'ébène et..." Bill se tut, son front se plissa alors qu'il essayait de se souvenir. Ca faisait huit ans, après tout.

"Crin de licorne," acheva Sirius, parlant pour la première fois depuis le début du débat. "Bois d'ébène et crin de licorne noire."

Bien plus de temps était passé depuis qu'il avait été l'élève d'Alastor Maugrey, mais il y avait des choses qu'on n'oubliait pas. On l'avait appelé l'étoile de Maugrey plus d'une fois, jouant sur son nom et sur son rapport étroit avec son professeur, mais ça avait été vrai. Une fois, juste une fois, Alastor avait appelé Sirius son meilleur étudiant - ça avait été quand il pensait que Sirius n'écoutait pas, naturellement, mais c'était la même chose. Et Sirius avait été plus proche du vieil Auror excentrique qu'il ne l'avait cru possible. Il avait appris tellement et perdu tellement... et comme les autres, il aurait vraiment voulu pouvoir y croire.

"C'est ça, Francine ?" demanda Mucia Coleman, curieuse.

Francine soupira. "Peut-être. Le bois est de l'ébène, mais il est difficile de voir si le crin est noir ou pas étant donné l'état de la baguette."

"C'est proche," souffla quelqu'un que Sirius n'identifia pas.

"Vous voyez ?" intervint Striker. "Ca fait beaucoup de coïncidences qui tendent à prouver que c'est Maugrey."

"Ainsi, nous revoilà au point de départ," résuma Adam. "Qu'est-ce qu'on fait ?"

Hestia renifla avant que quelqu'un puisse répondre. "Je déteste jouer les rabats joies," dit-elle d'une voix tranchante. "Mais au cas où vous l'auriez oublié, Alastor Maugrey est mort."

"Nous croyions qu'il l'était," la corrigea Striker. Hestia leva les yeux au ciel et voulu répondre mais fut encore coupée par Waters.

"Tout le monde pensait qu'il était mort, aussi," précisa le candidat en désignant Sirius. "Evidemment, nous avons eu tort."

"Oui, mais deux fois ?" le contra Hestia. "Une fois, c'était simplement incroyable. Deux, c'est presque impossible."

"De plus, pensez-vous vraiment qu'Alastor Maugrey ait pu être maintenu prisonnier pendant quatre ans ?" demanda Alice, s'immisçant dans la conversation.

"Je pense que c'est possible," dit tranquillement Bill. "Il y a des moyens de retenir les gens..." Quelque chose de noir brilla dans ses yeux, mais personne excepté Sirius ne sembla le repérer. L'instructeur roux haussa les épaules. "Je ne dis pas que je suis d'accord avec l'idée que ça puisse être Maugrey, mais c'est un argument persuasif. Un cas intéressant à étudier, tout du moins."

"Alastor est mort," le coupa catégoriquement Sirius, souhaitant que sa voix ne soit pas si blanche, mais lassé par ce débat.

Toutes les têtes se tournèrent vers lui. "Comment peux-tu en être si sûr ?" demanda Jessica.

"Parce que j'étais le prisonnier de Voldemort quand il est mort."

La brève réponse fit immédiatement taire les anciens, mais les Aurors les plus jeunes n'étaient visiblement pas aussi désireux de faire de même. Bill, qui avait étudié le visage de Sirius impassiblement, avala sa salive, semblant y lire quelque chose que les autres ne voyaient pas, et Frank grimaça. Mais Striker parla.

"Et alors ?" Il haussa les épaules pour s'excuser. "Je ne veux pas sembler irrespectueux, mais quel est le rapport ?"

"Il me l'a dit," répondit tranquillement Sirius. "Quand ça s'est produit. Le 15 mai 1988." Il fit une pause, et n'eut pas envie de continuer. "Je m'en souviens."

"Il pourrait t'avoir menti," dit Adam.

"Non."

"J'ai un cadeau pour toi, Sirius," dit la voix froide pour la deuxième fois, après l'avoir puni pour avoir ignoré la première. Sirius ouvrit ses yeux lentement, se demandant pourquoi il se donnait cette peine. Ce n'était pas par curiosité, pas vraiment, quoi qu'il en soit. Peut-être juste un souhait intérieur d'être exempt de douleur pendant les quelques secondes où Voldemort lui montrerait ce que c'était.

Il était à peine conscient. À peine inquiet. Six heures de Poenatoxicum avaient extorqué toute sa force, et Sirius avait du mal à respirer. Lentement, le Seigneur des ténèbres apparut dans son champ de vision.

"Tu reconnais ceci ?"

Quelque chose se balança devant ses yeux : une forme vaguement ronde, avec quelque chose de trouble au dessus et du sang partout. Une partie du sang éclaboussa le torse de Sirius, mais il était au delà de ce genre de considération. Le sang se mélangea simplement au sien. Il plissa ses yeux fatigués alors que Voldemort secouait l'objet, puis Sirius recula en réalisant brusquement ce que c'était.

"Oh, oui. Souviens-toi de ce jour, mon ami." La voix froide était affreusement douce. "Le 15 mai 1988."

"Comment pouvez vous en être sûr ?" demanda Waters. "Je veux dire, vous n'étiez pas exactement au meilleur de votre..."

Sirius regarda le candidat désagréable, l'arrêtant à la moitié de sa phrase avec un regard appuyé. "Parce qu'il m'a montré sa tête coupée."

Un silence de mort s'installa, jusqu'à ce que Waters parle à nouveau, sur la défensive. "Il a quand même pu mentir."

Tout le monde l'ignora, et soudain, personne n'osa croiser les yeux de Sirius. Ils fixaient tous autre chose - leurs mains, le dessus de la table, les peintures sur les murs, le tapis, ou même leurs bottes. Mais personne ne le regardait, et ils semblaient tous attendre que quelqu'un fasse quelque chose. Finalement, Sirius écarta ses souvenirs et prit la parole.

"Je ne pense pas que ce soit Maugrey," dit-il tranquillement. "J'irai même jusqu'à dire que c'est probablement un piège -"

Trente-cinq bouches s'ouvrirent pour le contredire mais il les fit taire d'un geste.

"Cependant, je suis d'accord avec vous. Nous devons faire quelque chose. Même si c'est un piège, quelqu'un était au manoir Jedusor et nous devons découvrir qui. Par conséquent, nous travaillerons sur le problème. Dawlish, ceci reste ton affaire. Demande toute l'aide dont tu as besoin et fais ce que tu as à faire. Francine, parle à Ollivander pour savoir à qui cette baguette a appartenu. Quant aux autres, le débat est clos. Cette information ne doit pas sortir de l'île. Compris ?"

Tout le monde acquiesça, Sirius nota ceux qui hésitaient plus que les autres. Striker, Avery, Deauclaire, et Waters furent les plus lents, alors que, assez curieusement, Adam McMillan sembla d'accord trop rapidement. Sirius coupa court à cette idée en se levant. D'un côté, Adam avait passé du temps à Azkaban, et il comprenait bien plus que beaucoup d'autres. Il était probablement heureux qu'ils n'aient pas à essayer une action précipitée, heureux de savoir qu'ils procéderaient avec prudence.

De l'autre côté, peut-être il était simplement circonspect. Beaucoup d'Aurors l'étaient.

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Plus tard cette nuit, toute idée de pièges et de prisonniers l'avait quitté. Sirius avait dû faire un effort pour se libérer l'esprit, treize lettres étaient étalées sur la table devant lui. Écrites sur du parchemin antique qui lui aurait coûté une fortune s'il avait dû l'acheter lui-même, les lettres semblaient innocentes, même si on les lisait. Peu comprendraient ce qu'elles signifiaient, quoi qu'il en soit, aucune lettre de ce type n'avait été envoyée depuis la mort du père de Sirius.

Il soupira. Sirius s'était approprié le luxueux bureau de la villa principale, plus pour l'intimité qu'il offrait que pour son confort. Officiellement, le bureau lui appartenait parce qu'il était le chef des Aurors, mais Sirius n'avait jamais accordé trop de crédit aux symboles de statut. Il avait grandi dans un cercle social qui ne jurait que par le statut et la fierté, et il en avait eu assez avant même d'avoir treize ans. Cependant, ce qu'il faisait demandait bien plus d'intimité que ses recherches en ancienne magie en en magie noire.

Après tout, toute lettre avec l'adresse suivante était sûre d'attirer l'attention :

T.E. Jedusor

de la lignée Jedusor

Palais sur le rivage

Île D'Azkaban

Pourtant le Councilarium devait se réunir, et il était un Black. Son devoir dépassait les murs construits par la guerre et la haine. Treize invitations portaient le sceau des Black et iraient aux amis et comme aux ennemis.

Ce qui doit arriver arrivera, se dit-il. Pour le meilleur ou pour le pire.

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21 Septembre 1992

UN AUTRE AUROR TOMBE AVEC SA FAMILLE

par Keith Lindsay, envoyé spécial

Hier en fin d'après-midi, le mal a frappé. Cette fois, ce n'était pas

La famille Deauclaire ou Londubat, l'obscurité a trouvé une nouvelle

victime. Il y avait, cependant, des similitudes entre cette attaque et la

plupart des attaques récentes. De nouveau, Mangemorts ont frappé

en plein jour, envahissant une maison sans être défiés ou stoppés,

détruisant ceux qu'ils rencontraient.

Cinq personnes sont mortes. Taylor Hall, Auror, âgé de 21 ans.

Elissa Hall, âgée de 23 ans. Mélissa, âgée de 3 ans. Samantha et Richard,

âgés de 1an. L'Auror qui est arrivé sur les lieux a refusé tout

commentaire sur les circonstances de la mort des Hall. Cependant, leur

voisin moldu a déclaré avoir entendu des cris avant que la Marque des

ténèbres n'apparaisse dans le ciel. Par conséquent, on peut supposer que

les Hall, comme tant d'autres, ont été torturés à mort par les partisans

fous du Seigneur des ténèbres. Un employé du Ministère, qui a refusé

de donner son nom, a révélé que le père Auror, Taylor Hall est mort le

dernier, après avoir assisté à l'exécution de sa famille.

Taylor Hall est sorti de Poudlard en 1989 et s'est engagé dans les Aurors.

Il épousé Elissa Golden en décembre cette année. Tous les deux étaient

d'orginie Moldue et d'anciens Gryffondors, ce qui peut avoir été la cause

de leurs décès. Il est maintenant clair que la guerre a atteint un nouveau

niveau, et qu'il n'y a plus aucune neutralité. C'est le troisième Auror dont

la famille est attaquée, et si les enfants innocents ne sont pas en

sécurité, qui l'est ? Que sera ce monde à la fin de cette guerre ? Ces

questions demandent une réponse, mais peu semblent avoir

le courage de le faire.


Bon, le titre du suivant est « Les ténèbres repoussées », ça devrait vous rassurer...
Comment ça, « non » ?

(1) Pour ceux qui n'auraient pas mémorisé l'intégrale des dialogues de star wars, Vert nous donne la citation (de mémoire) :
"Luke, tu apprendras bien vite que la plupart des vérités dépendent
avant tout de notre propre point de vue
"

Vert, de tous merci tu auras !