Promesses retenues
Générique
Auteur : Robin4, sous le titre original de Promises Remembered
Inspiration JKR, mais très UA quand même !
Traduction : Petite Plume
Relecture et mise en ligne… Fénice qui essaie de pas vous faire trop attendre !
Sponsors
officiels : Alana Chantelune qui
trouvent les 14 machistes – entre autres... Kiri
qui devrait trouver des réponses... Ariessa
qui a dû abandonner la trad pour l'original – faut dire que
j'ai ma part de responsabilité ! Ryan
qui est juste derrière l'épaule de Sirius (sic)!
Dumbledorette –
bonjour ! – que les 14 font frissonner (moi aussi) Whizzbee,
qui peut candidater pour la relecture si elle/il veut ! J'embauche !
v Lunenoire qui
n'aime pas trop les traditions... Fée fléau,
qui s'inquiète mais toutes ses hypothèses sont fausses
, alors!
Merci à tous !
Chapitre trente-six : Forgé dans le feu
Le 24 septembre.
Le dernier jour.
Tonks ne pu retenir un sourire. Pendant presque quatre mois elle avait travaillé pour ce jour, avait sué, saigné et combattu pour ça. Souvent, elle avait pensé que ça ne se terminerait jamais – même pendant les tests finaux et ils semblaient déjà loin. Maintenant, enfin, ils étaient là, les dix-neuf membres de la classe 4904 l'avaient fait. Dans une heure, ils seraient choisis par mentor, et l'étape finale de leur voyage commencerait.
Dana saisit son coude. "J'ai du mal à croire que nous soyons là," chuchota-t-elle.
Le sourire de Tonks s'élargit. "Moi aussi."
Les candidats étaient rassemblés le dos au lac sur le champ 2 de formation. Les Aurors actifs leur faisaient face, mais Tonks en comptait seulement dix-huit et les candidats étaient dix-neuf – est-ce qu'un d'entre eux n'aurait pas de Mentor ? Tonks déglutit et son sourire s'effaça soudain. Il aurait dû y avoir vingt candidats si Alexandre Fisher n'avait pas décidé de partir la veille sans attendre la fin de leur formation. Il n'avait plus envie de prendre part à la guerre, il l'avait dit, et, en dépit des efforts de chacun pour le faire rester, Alexandre était parti. Il s'était volontairement soumis à sort de modification de la mémoire afin de garder Avalon cachée, et Tonks ignorait où il était. Tout ce qu'elle savait était qu'il était parti, et la classe 4904 était toujours marquée par son départ.
Ca avait été le plus dur pour June. June Whitenack avait été la plus proche amie d'Alexandre, si proche que les autres candidats avaient commencé à se demander ce qui pourrait se produire entre eux après leur formation. Maintenant, pourtant, la jeune soeur d'Oscar Whitenack était distante et distraite, déchiré entre le sentiment de trahison et l'inquiétude. Alexandre était parti le matin sans un mot, il avait simplement disparu, et personne n'avait été au courant de son départ avant que Hestia Jones n'annonce qu'il lui avait rendu visite dans la nuit pour lui dire qu'il quittait les Aurors pour toujours.
Dana lui donna un coup de coude. "Ca va ?"
"Ouais." Tonks sortit de sa rêverie. "Je réfléchissais juste."
"Tu étais loin, très loin," répondit son amie. "Un peu comme Cornelia ce matin."
"Sans rire", souffla Tonks. Un autre mystère, celui-la. Cornelia avait disparu la veille, et même les instructeurs semblaient ignorer pourquoi. À la différence d'Alexandre, elle était rentrée juste à minuit, semblant secouée mais en forme. Elle avait aussi été très silencieuse et rêveuse pendant tout le petit-déjeuner, ne parlant pas sauf si on lui posait une question directe. Maintenant, pourtant, Tonks voyait Cornelia debout entre Horace et Jason, sourire légèrement à un commentaire égotiste de Jason.
Ils formaient un groupe étrange, les candidats de la section quatre, mais ils en étaient venus à s'entendre avec le temps. Même si Jason restait arrogant, présomptueux, et légèrement égocentrique, il se sentait moins supérieur et avait travaillé dur pour être diplômé et être premier de leur classe. Cornelia avait probablement changé le plus, l'héritière digne, tranquille, et traditionnelle d'une des quatorze familles s'était transformée en un Auror créatif et ouvert d'esprit. Elle avait toujours cette grâce naturelle et cette assurance que Tonks ne pouvait que lui envier, mais Cornelia était devenue l'une des leurs. Horace, aussi, avait pris confiance en lui – le temps passé sur Avalon semblait l'avoir libéré du poids qu'être un Serpentard d'origine Moldue avait placé sur ses épaules. Il était encore très rusé, naturellement, mais c'était une qualité appréciable chez un Auror, et il était second de leur classe, battant de seulement une poignée de points June Whitenack et Alain Brittingham. Dana avait probablement changé le moins - elle était toujours enjouée et travailleuse, beaucoup trop "fonceuse" - mais elle était devenue en quelque sorte la casse cou de leur section, ce qui équilibrait parfaitement l'attention de Cornelia et de la subtilité de Horace.
Malgré leurs différences, ils étaient devenus proches. Ah, Jason rendait toujours tout le monde - sauf Cornelia - fou (et Tonks suspectait qu'il ait parfois contrarié réellement l'ex-Serpentard plus que les autres), mais ils étaient une équipe. Ils pourraient se soutenir quoi qu'il arrive et le feraient. L'effort, la douleur et la pression avaient forgé des liens plus profonds que ceux que Tonks avait liés pendant ses sept ans à Poudlard avec ses anciens camarades de classe. Ils avaient juste été des copains. Ses camarades candidats étaient bien davantage.
Soudain le silence se fit sur la foule des candidats rassemblés et des Aurors, faisant lever les yeux à Tonks. Sirius Black avait fait un pas en avant, ses robes bleu foncé tourbillonnant autour de lui dans le léger vent. Il s'éclaircit la gorge, mais il n'en avait pas besoin. Tous les regards étaient déjà rivés sur lui.
"Vous êtes maintenant tous Aurors ", dit-il tranquillement. "Nous n'avons que faire de vos origines, de votre famille, de vos amis ou de votre passé. Les vieilles traditions n'ont pas leur place ici, il n'est pas question de sang ou d'héritage. Vous êtes tous égaux. Vous êtes tous Aurors.
"0,1 de la communauté magique choisit de prendre le chemin que vous avez suivit. Vous ne seriez pas ici si vous n'étiez pas les meilleurs. Vous êtes ce petit groupe qui choisit de devenir la barrière entre l'obscurité et la lumière. Vous avez choisi un chemin difficile, vous serez rarement récompensés par autre chose que la mort. Derrière moi" – il désigna d'un geste le côté de la bibliothèque, les noms s'effaçaient lentement au fil du temps sur le mur de droite -"le mur du Souvenir. Les noms de ceux qui sont tombés dans leur lutte contre les ténèbres y sont gravés. Peu comprendront le choix que vous avez fait en dehors de ceux qui font partie de l'équipe que vous rejoignez maintenant."
Tonks n'avait jamais vu ces noms avant, avait même ignoré qu'ils étaient là. Soudain, elle comprit que c'était le symbole de la fin. Ca avait commencé.
"Si on en croit les statistiques", continua calmement Sirius, "bon nombre d'entre vous vont y laisser leur peau. Mais si on en croit la tradition, vous le ferez tellement bravement, et peut-être dans un combat si important, que vous ferez tous une différence. Une fois que vous quitterez cet endroit, beaucoup diront que vos actions n'ont aucun sens. Que ça ne vaut pas la peine de se battre. Mais ces noms prouvent le contraire. Si ce n'est pour honorer leurs sacrifices. Continuez ce qu'ils ont commencé et devenez la prochaine génération dans une longue lignée d'Aurors.
"Depuis l'empire romain, les Aurors ont défendu les innocents. Nous avons résisté et avons vaincu les forces des ténèbres même lorsqu'elles semblaient les plus fortes. Aujourd'hui, c'est à vous de continuer et d'assumer ces responsabilités aux côtés de votre Mentor."
Lentement, il sortit un rouleau de la poche de sa robe et les candidats retinrent leur souffle. Tonks sentit un frisson parcourir son dos – c'était maintenant. Elle était sur le point de découvrir avec qui elle passerait l'année à venir, avec qui elle combattrait, apprendrait et irait de l'avant. Faites que ça ne soit pas Jones, pensa-t-elle désespérément. Je me crèverais les yeux avec une tasse de thé si je devais passer une autre année avec elle ! Tonks faillit rire de sa propre pensée. Elle respectait profondément Hestia Jones, mais elle estimait que leurs caractères n'étaient pas compatibles. Jones était simplement trop... conventionnelle. Et elle avait déjà appelé Tonks « Nymphadora » par le passé.
"Deauclaire, Jason." Pendant que Sirius parlait, Hestia Jones fit un pas en avant, au grand plaisir de Tonks. Elle serait un mentor parfait pour Jason et mettrait à mal son ego avec ses remarques acides. En outre, si elle était assignée à Jason, ça signifiait que Tonks ne serait pas avec Jones, et elle ne pouvait qu'approuver !
Jones serra la main de Jason et ils se placèrent ensemble sur le côté.
"Smeltings, Horace." Jessica Avery avança, et Tonks gratifia Horace d'une tape sur l'épaule alors qu'il avançait, souriant. Ces deux formeraient une combinaison intéressante : la soeur d'un Mangemort décédé et l'un des seuls Serpentard d'origine Moldue n'étaient pas vraiment assortis, mais Tonks savait qu'ils se ressemblaient plus qu'il n'y paraissait. Plus de Serpentards qu'elle ne croyait avaient rejoint les Aurors, et ces deux-là en faisaient partie.
"Whitenack, June." La blonde avança souplement vers son Mentor, Adam Macmillan, et sembla encore plus petite. Macmillan n'était pas particulièrement grand, naturellement, mais June avait une bonne tête en moins que lui, même avec ses semelles compensées. Macmillan l'accueillit avec un sourire, et ils rejoignirent les autres entre le bâtiment des cours et le lac.
"Brittingham, Alain." L'ex petit ami de Tonks rejoint Mucia Coleman, et elle tenta de lui sourire quand leurs yeux se rencontrèrent. Si leur relation n'avait jamais été sérieuse, c'était un homme bien - elle souhaita pourtant qu'il s'écarte plus rapidement. Le processus était trop long.
"Binns, Gabriel." Kingsley Shacklebolt rejoignit l'arrière petit-fils du professeur le plus ennuyeux (et le plus mort) de Poudlard, beaucoup de sourcils jaloux se froncèrent. Shacklebolt était le deuxième instructeur préféré, et s'il était pris…
"Tonks, Nymphadora." A son grand plaisir, Bill Weasley fit un pas en avant au moment où elle entendit le chuchotement de Dana : "veinarde !" Weasley était leur instructeur préféré, sauf peut-être pour Jason, qui affirmait que les filles l'aimaient seulement pour son physique. Tonks ne pouvait pas nier que Weasley était séduisant, mais elle était loin de penser que ça avait une influence sur ses capacités d'enseignement. En outre, elle n'était pas de celles qui dissertaient pendant des heures entières des ses beaux yeux et elle ignora ce que Dana continuait à murmurer derrière elle.
Weasley lui tendit une main, mais Tonks parvint à trébucher sur ses propres pieds en s'approchant de lui. Il la rattrapa pendant que les autres candidats reniflaient, et Tonks sentit le rouge lui monter aux joues alors que même Sirius pouffa. "Merci," murmura-t-elle.
"De rien, Melle Tonks", rit doucement Weasley, mais elle eut l'impression qu'il n'était pas sincère. Enfin, pas entièrement. "Ou tu préfères Nymphadora ?"
"Certainement pas !" répliqua-t-elle rapidement, puis elle rougit encore. "Je veux dire, Tonks, c'est très bien."
"Tonks alors." Il pouffa encore et la tira par le bras sur le côté. "Viens."
Ils rejoignirent les autres, et Tonks sentit son cœur battre moins vite. Elle l'avait fait. La formation était finie – sauf pour la période avec un Mentor, mais elle avait été assignée à l'un des Mentors qu'elle désirait le plus. Et si elle n'avait pas trébuché, la journée aurait été parfaite... Mais d'un autre côté, elle trébuchait toujours sur quelque chose, c'était donc probablement sa perfection à elle.
La suite sembla aller beaucoup plus vite que les cinq premiers, mais peut-être que c'était juste parce qu'elle n'avait plus à attendre. Le déjeuner s'approchait, et alors ils entreraient dans le vrai monde. Soudain, elle eut hâte de quitter Avalon à nouveau. Les candidats étaient seulement sur l'île depuis trois mois et demi, mais ça semblait une éternité. Peut-être parce qu'ils avaient tous beaucoup changé.
Cependant, observer les autres était intéressant. Cornelia avait abouti avec Frank Londubat, qui étudiait toujours tous les candidats soigneusement, comme s'il était à l'affût d'une dernière erreur à souligner. La coïncidence fut que Alice Londubat choisit le dernier membre de la section quatre, et Tonks vit le sourire de Dana quand elle comprit qu'elle était assignée au numéro deux de la division. Le couple le plus improbable, cependant, fut probablement Oscar Whitenack et le désagréable Calvin Waters que Tonks ne supportait pas. Pour ce qu'elle en savait, l'aîné des Whitenack était comme sa jeune soeur, optimiste et réfléchi, et non insouciant et agaçant comme Calvin. Je suis étonné que quelqu'un ait voulu de Calvin, pensa Tonks pour elle-même. Whitenack est gentil d'accepter.
Quand vint le tour de Simon Edgecombe, un murmure de surprise parcourut la foule. Lui aussi fut choisi par Kingsley Shacklebolt, et peu de temps après, Francine Hoyt prit aussi un deuxième élève. Chacun s'était attendu à ce qu'un Mentor ait deux élèves (il n'y avait simplement pas assez d'Aurors sinon), mais deux. Excepté Tonks, et elle ne fut pas étonnée du tout que son cousin ne prenne pas d'élève. Si quelqu'un avait des raisons de ne pas le faire, c'était Sirius Black.
Il enroula le rouleau et sourit pointant sa baguette dessus. "J'ai parlé de traditions aujourd'hui," dit-il. "Il en existe une autre, moins sinistre, qui doit être observée."
"Incendio!"
Alors même qu'il parlait, Sirius lança rouleau très haut dans le ciel, et chacun fixa le jet de lumière rouge qui le frappa et le papier se consuma. Après un moment les candidats applaudirent et Tonks vit plusieurs Aurors sourire aussi.
"Voila," annonça leur chef. "Félicitations à tous les Mentors et aux étudiants pour vos réussites. Je n'insisterais pas sur les fonctions et les responsabilités que vous avez maintenant – vous les connaissez trop bien. Je préfère vous rappeler combien il est important d'aller manger pendant que le repas est encore chaud."
Ils rirent ensemble, les 38 anciens et nouveaux Aurors. Plus tard, Tonks réaliserait que ce moment les avait soudés. Pour la première fois, ils étaient une équipe, et ils seraient solidaires jusqu'au bout. Car comme Sirius l'avait dit, ils étaient le mur entre l'obscurité et lumière. Ils n'étaient pas assez nombreux, pour la plupart trop jeunes, et trop inexpérimentés, mais ils essayeraient, même si ça devait leur coûter la vie.
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C'était le troisième jour où Remus avait choisi de ne pas prendre le déjeuner avec ses élèves dans la grande salle. Habituellement, il le faisait, même s'il pouvait facilement se faire livrer son repas dans son bureau, ses appartements, ou partout où il le désirait. Cependant, il y avait des moments où même un directeur avait besoin d'être seul, et c'en était un.
Sirius marchant. Seul.
Les visions augmentaient en fréquence mais pas en clarté. Les notes de Dumbledore sur la Fontaine laissaient entendre que ça pouvait se produire s'il était inquiet ou tourmenté, mais Remus ne s'était pas attendu à ce qu'il en soit ainsi. C'était presque comme si la fontaine essayait de l'aider à résoudre ses problèmes. Elle lui fournissait des informations à un rythme étonnant, mais le flux n'avait aucun sens. Un moment, il voyait Sirius seul, et après Remus était là, avec James et Peter. Alors ses visions changeaient encore, et il voyait des morts, des mourants ou simplement Poudlard entourée par les ténèbres et des Détraqueurs. Il avait du mal à distinguer ce qui s'était passé, ce qui pourrait se passer et ce qui se passerait – il devait y avoir un moyen mais Remus ne le connaissait pas.
Il savait seulement qu'un bloc de glace tombait dans son estomac chaque fois qu'il voyait Sirius marchant seul à travers un champ balayé par le vent. C'était la vision la plus fréquente et la plus claire. Et il avait la même peur chaque fois qu'il regardait son vieil ami et lisait le changement dans ses yeux, l'obscurité dans son âme. Remus n'avait pas voulu demander ce qui se passait, mais il le redoutait.
Fermant les yeux, le directeur lâcha une longue expiration. Tôt ou tard, il devrait parler de ses soucis à quelqu'un, mais il avait le sentiment que Sirius n'était pas celui à qui il irait parler. J'irai voir James d'abord, décida-t-il abruptement. James et Peter. Il vaut mieux que nous lui en parlions ensemble.
Le tonnerre résonnait au-dessus d'une île que Remus n'avait avant jamais vue.
Des formes sombres sortant des flots déchaînés.
Des silhouettes marchant sur la plage. Des sorts fusant dans la nuit tombante.
Sirius faisant un pas en avant, criant quelque chose à quelqu'un
Remus cilla, mais ça ne fit que changer les visions. Un visage passa devant ses yeux, trop vite pour qu'il le reconnaisse mais assez longtemps pour qu'il identifie quelque chose de sombre. Quelque chose de diabolique
Un hurlement.
Paf.
"Vous êtes fou ? Acceptez l'offre pendant que vous pouvez encore !"
Le visage pâle et tendu, James secoua la tête. "Non."
"C'est notre seule chance !" hurla Fudge. "Combien encore devront mourir avant -"
"Je ne me rendrai pas."
Mais il y avait de l'agitation dans ses yeux noisette...
Remus sortit brusquement de ses visions, haletant. Son inquiétude pour Sirius avait-elle donné à la fontaine une telle emprise sur lui ? Les notes de Dumbledore n'avaient jamais mentionné une telle perte de contrôle, mais Remus avait failli totalement le perdre. Chaque fois que la fontaine l'entraînait dans ses visions, il lui fallait plus longtemps pour revenir, et même Fumseck ne l'aidait plus. Avait, le Phénix le faisait sortir, mais maintenant... Remus déglutit. Qu'est-ce qui a changé ? Il ne me fait plus confiance ?
Résistant à l'envie de se mordre la lèvre, le directeur tourna son regard vers Fumseck. Son lien avec l'oiseau s'était renforcé au point qu'il n'ait plus besoin de parler, mais parfois... parfois il se demandait. Fumseck avait été le compagnon de Dumbledore, il s'était donné au successeur de Dumbledore à Poudlard, mais leur rapport n'était pas le même. Un jour, Remus avait pensé qu'il pourrait l'être, mais ces derniers temps, le lien était devenu plus fragile. Il y avait une froideur en lui maintenant qui n'existait pas avant, et ça effrayait Remus. Porter le pouvoir de la Fontaine et la responsabilité de protéger Poudlard l'avait épuisé, il était près de craquer, et si Fumseck l'abandonnait, Remus savait qu'il serait perdu.
C'est ça, n'est-ce pas ? se demanda-t-il soudain alors que les morceaux commençaient à s'assembler.
La guerre avait fait plus que conduire Remus à ses limites, elle l'avait isolé de ses amis. Pendant des années, ils avaient été séparés par leurs modes de vie, mais ils avaient toujours trouvé des moments pour être ensemble – surtout avant qu'ils ne découvrent que Sirius était vivant. Après son retour miraculeux, les Maraudeurs étaient devenus encore plus proches, ils avaient eu besoin les uns des autres plus que jamais. Maintenant, pourtant, leur travail les menait dans des directions séparées. James luttait pour unir le gouvernement, Sirius s'était isolé sur Avalon, et Peter voyageait toujours d'un pays à l'autre pour essayer de prouver que Voldemort était le problème du monde, pas seulement de la Grande-Bretagne. Le problème, cependant, était que Voldemort avait concentré ses atrocités, faisant un pas à la fois et évitant de provoquer les étrangers. Ils le craignaient et essayaient de se cacher, espérant ainsi ne pas être remarqués.
Est-ce que c'est aussi ce qu'on fait ? Remus mordit sa lèvre, et retourna l'idée dans son esprit. Il n'était pas vraiment seul - il était entouré par ses amis et collègues - mais il avait l'impression qu'une partie de lui manquait. Depuis combien de temps les Maraudeurs ne s'étaient pas réunis ? Il ne pouvait pas compter les jours sur les doigts de sa main, mais il savait que ça faisait beaucoup trop longtemps.
Il jeta un coup d'oeil à Fumseck, et le Phénix le fixa de ses yeux brillants. Ses yeux tristes. Est-ce que des larmes que Remus avait vues, ou était-ce le fruit de son imagination ? Lentement, il se leva et marcha jusqu'au fauteuil hérité de Dumbledore sur lequel était perché Fumseck.
"Qu'essaye tu de me dire ?" demanda-t-il tranquillement en caressant les plumes aux couleurs flamboyantes. Fumseck se laissa faire mais resta tranquille, regardant toujours Remus avec ces yeux tristes.
"Est-ce que nous nous perdons ?" chuchota Remus. "Juste un peu... mais cela importe-t-il ? Est ce pour ça que tu ne reformeras pas le cercle ?"
L'idée avait été lâchée à l'aveugle mais Fumseck détourna le regard. Il y avait quelque chose... mais non. Remus était proche, mais pas assez. Soupirant, il s'assit dans le fauteuil. Il leva les yeux vers le Phénix et demanda d'un ton suppliant. "Mais pourquoi ?"
Fumseck se contenta de le regarder et Remus souhaita que l'oiseau puisse parler. Tout ce dont il pouvait être sûr, c'était qu'il y avait un problème, et ses amis en faisaient partie. Une partie importante. Pourtant quelque chose manquait, et il ne pouvait pas dire quoi. Il devait y avoir une raison logique derrière tout ça. Soudain, une boule se forma dans sa gorge, mais il fut incapable de poser sa question. Il ne pourrait pas le supporter, particulièrement si la réponse était oui. Est-ce Sirius ?
Son rendez-vous avec James et Peter, il le décida, devrait avoir lieu un peu plus tôt que prévu.
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"Ce n'est pas leur genre d'être en retard", commenta tranquillement Lily, luttant pour ne pas se mordre la lèvre. Il lui était difficile d'avoir l'air calme, mais elle devait. Elle était le chef du groupe Licorne, et si elle commençait à arpenter la pièce, les autres verraient son angoisse et sa nervosité.
"Je pourrais essayer de les appeler encore", dit rapidement Molly. Trop rapidement. Elle était inquiète, aussi.
Evidemment, Lily n'était pas la seule à sentir la pression. Auriga Sinistra se rongeait les ongles, Molly tricotait furieusement ce qui ressemblait à un chandail marron, Jack Pieters lisait la page 699 de Du gouvernement et du carnage : Une comparaison politique du monde magique moderne pour la douzième fois, et Ted Tonks était à la moitié du bol de carottes qu'il avait commencé à manger dix minutes plus tôt. Même Jason Montague ne pouvait pas se concentrer sur sa partie de cartes – toutes les quelques secondes, il jetait un coup d'oeil sur l'horloge (Moldue) accrochée au mur en fronçant les sourcils. Pour sa part, Lily essayait juste de ne pas s'agiter, mais il lui était impossible de cacher depuis combien de temps elle regardait cette même horloge.
Trente-cinq minutes pour être exact, et elle était au delà de ce genre d'inquiétude.
Nicolas Flamel avait beau être excentrique, imprévisible, et posséder un sens de l'humour étrange et parfois bas, il était ponctuel. Lui et Pernelle étaient, en fait, habituellement les premiers à arriver après Lily aux réunions du groupe Licorne, mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui, même Auriga, toujours la dernière, était arrivée avant les Flamel à la petite maison Moldue que le groupe Licorne utilisait, même si elle avait été à deux doigts d'être en retard. Chacun avait ri en constatant le retard des Flamel, mais le temps avait passé.
Le pire était à venir. Les appels à Stone Grove étaient restés sans réponse, ils n'avaient même pas vu un elfe de maison. Il n'y avait... rien. Le vide. Même le sortilège messager était revenu vers Lily sans résultat.
Elle se mordit la lèvre, et essaya de trouver une raison logique à leur retard. Cela ne fonctionna pas.
Ainsi, le groupe entier poussa un énorme soupir de soulagement quand Perenelle transplana dans la pièce, manquant la table (que Ted avait déplacée vers la gauche un peu plus tôt en fonçant dedans) de juste quelques centimètres. La vieille femme tituba pourtant, s'effondrant presque sur Auriga avant de se rattraper. Entre temps, chacun avait vu son visage pâle et meurtri, et ils surent que leur soulagement avait été prématuré.
"Que s'est-il passé ?" demanda Jack avant que Lily ne parle.
"Où est Nicolas ?" haleta-t-elle, redoutant le pire.
"Parti," chuchota Pernelle d'une voix rauque, et Auriga sauta sur ses pieds pour aider la vieille sorcière à s'asseoir. Jamais avant, Pernelle n'avait paru vieille de plus de cinq siècles, mais maintenant, elle semblait franchement âgée. "Ils... les Mangemorts..." lâcha-t-elle dans un souffle saccadé et avant de se ressaisir "...ils ont détruit Stone Grove. J'ai été coincée sous les débris... "
Elle ravala ses larmes et secoua la tête avec colère. "Je pense qu'ils m'ont cru morte," continua Pernelle. "Mais Nicolas a disparu."
"Pernelle, je suis si désolée..." Auriga prit dans ses bras la femme plus âgée, et les autres se rapprochèrent d'elle, lui offrant leur soutien. Aucun d'eux ne pouvait vraiment comprendre ce que c'était de perdre un homme avec lequel on avait vécu cinq siècles, mais tous connaissaient la mort. Et un désir commun brûla dans leurs coeurs : la vengeance.
Ils allaient le récupérer, à n'importe quel prix.
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"Il était temps," remarqua Bellatrix avec acidité, se tournant vers lui alors qu'il passait la porte, laissant le petit groupe qui le suivait porter le paquet à l'intérieur. Ils bronchèrent. Pas lui.
"De quoi ?" répliqua Severus, arquant un sourcil vers la belle et sombre cousine de Sirius Black. Ses lèvres se tordirent.
"Temps que vous arriviez, chiens," cracha-t-elle. "Nous vous attendions."
"Tu n'est pas mon maître, et toutes les faveurs que je te fais, c'est parce qu'il me l'a demandé," lui rappela froidement Severus. "J'ai livré ton invité mais j'assume que tu vas l'emmener à Azkaban toi-même, ou tu as besoin d'aide ?"
"Je suis parfaitement capable de porter un vieil homme à Azkaban!"
"Naturellement", ronronna-t-il, se réjouissant de l'avoir agacée. Bellatrix avait toujours été si hautaine, si arrogante, qu'il aimait le faire. Il n'était en rien son subordonné et n'allait pas reculer devant elle comme ses cinq compagnons le faisaient. Ils étaient les dernières recrues, naturellement, et étaient effrayés par Severus Rogue et Bellatrix Lestrange. Mais lui ne l'était pas, même devant elle.
"C'est toi qui dit ça, chien", dit-elle d'une voix tranchante.
Il ricana. "C'est la deuxième fois tu essaye de m'insulter en employant un terme mal choisi, Bellatrix," répliqua Rogue. "Si je ne te connaissais pas mieux, je penserais que ton mariage ne te satisfait pas."
Ce n'est pas comme si tu t'étais tournée vers moi dans ce but, quoi qu'il en soit. Mais Rodolphus se raidit, et les yeux bleus de Bella brillèrent.
"C'est ce que tu espères", rétorqua-t-elle, plutôt immature. Il rit, se tournant vers ses nouvelles recrues.
"Mettez le là-bas."
Rapidement ils obtempérèrent, et Severus ne pu s'empêcher de noter la différence entre les jumeaux Blackwood. Si Martha semblait aimer sa puissance récemment découverte, même avec un vieil homme sans connaissance et seul, Osborne semblait moins enthousiaste. Peut-être ne voulait-il simplement pas se salir les mains.
"Ignore-moi tant que tu veux, Severus", ronronna Bellatrix, retrouvant son calme. "Jene suis pas l'enfant chéri du Seigneur des ténèbres, qu'il fait protéger à tout prix."
Il se raidit malgré lui. Il avait toujours détesté l'idée qu'il puisse un jour avoir besoin de protection, mais elle avait presque raison. Presque. "Tu en connais les raisons."
"Oh, naturellement. La dette, tu lui as sauvé la vie." Elle rit sous cape, ouvrant de grands yeux innocents. "Mais je me demande quelles peuvent être les autres raisons...?"
La pauvre imbécile. Elle lui avait laissé une ouverture. Severus ricana.
"A la différence de toi, Bellatrix, je ne prospère pas par la torture. Je n'apprécierais pas un tel... passe-temps."
Les verres sur l'étagère de droite éclatèrent alors qu'elle hurlait de fureur, et le divan s'embrasa. "SORTEZ !"
"Avec plaisir", répondit-il en lui adressant un salut moqueur. Rogue n'avait jamais vraiment aimé le manoir Jedusor, de toute façon.
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Conformément à la tradition, ils prirent le déjeuner ensemble. Toutes les classes le faisaient. Juste cette une fois, une dernière fois, la classe 4904 partagerait un repas, et bien que ce repas ait été différent des précédents par de nombreux aspects, il leur ressemblait également. Les élèves étaient séparés des Mentors pour ce qui pourrait être la dernière fois – pendant des mois, ensuite, ils vivraient, dormiraient, mangeraient, et respireraient près de leur mentor – ils plaisantaient avec leurs amis et essayaient de se remettre de leurs émotions. Ils avaient passé le dernier obstacle. Ils étaient assis dans la salle des Aurors, ne mangeaient plus à l'écart. Et les autres les avaient accueillis comme frères et soeurs dans une bataille qu'ils ne pouvaient pas encore gagner.
Tonks parcourut la salle du regard. "Salle" n'était pas tout approprié pour décrire l'endroit, il était suffisamment grand, avec des plafonds hauts et des piliers blancs le long des murs, il y avait peu de ressemblance avec les grandes salles des vieux châteaux. Cette pièce était trop petite, trop étroite, trop... intime. Elle l'aimait.
"Heureux, Jason ?" demanda-t-elle légèrement, se tournant vers sa gauche. Elle avait fini à côté de Deauclaire, et même si elle ne savait pas pourquoi il était là, c'était bon de voir la section quatre réunie une dernière fois.
Quelque chose de sombre passa dans ses yeux, mais lui sourit. "Oui." Elégamment, Jason posa sa fourchette. "Je le suis."
"Ca va ?" demanda Dana en face de Tonks, elle avait toujours été la clairvoyante, comprenant les sentiments des autres et jouant le rôle du ciment entre eux.
"Je vais très bien," répondit Jason. "Je voudrais juste arrêter de perdre mon temps et continuer ma formation."
Les autres froncèrent les sourcils, et Cornelia secoua ses cheveux sombres. "Jason, c'est juste un déjeuner."
Il se força à sourire. "Je sais. C'est juste... " Il haussa les épaules. Étonnamment, Horace finit la phrase pour lui.
"Ta famille," dit l'autre tranquillement. "Tu veux les venger."
"Il y a quelque chose mal à ça ?" demanda Jason, les yeux brillants.
"Non", hésita Horace, se retenant clairement d'exprimer le fond de sa pensée.
"Et oui", ajouta doucement Cornelia. "Tu ne peux pas laisser ça gouverner ta vie, Jason."
Deauclaire renifla. "Que sais-tu de la douleur ?"
Les yeux de Cornelia se plissèrent, mais elle lâcha un soupir. "Je ne discuterai pas avec toi."
"En outre, la vengeance n'est pas le but des Aurors," ajouta Tonks, cherchant les bons mots, mais incapable de les trouver. "Nous protégeons les gens, nous ne..."
"Comme ma famille. Qui était là pour elle ?"
Heureusement, aussi fâché qu'il était, Jason ne cria pas. Cependant les élèves des tables voisines tournèrent la tête, mais chacun détourna assez rapidement le regard. Ils comprenaient, et les Aurors portaient une culpabilité collective pour ne pas avoir sauver les Deauclaire. Personne ne savait ce qui aurait pu être fait de plus, mais quelque chose... quelque chose aurait pu changer les choses, et alors Jason ne serait pas le monstre vindicatif qu'il était en passe de devenir. Pourtant... il ne l'était pas. Pas un monstre, quoi qu'il en soit. Pas encore.
Tonks avala, se détestant de penser ça. Jason estarrogant, obstiné, et désagréable, mais il croit en les mêmes choses que nous, se rappela-t-elle. Et il a été blessé considérablement. Il est normal qu'il veuille se venger.
Encore une autre pensée qu'elle écarta de son esprit, Tonks se remémora les mots de son cousin. " Nous avons résisté, et avons vaincu les forces des ténèbres même lorsqu'elles semblaient plus forts." Sans y penser, son elle porta son regard sur Sirius, et une question s'imposa à elle. Pouvons-nous continuer à les combattre si nous devenons comme eux ? Jason, elle en était sûre, n'en arriverait pas là. Il pourrait s'approcher de la limite... mais ne la franchirait jamais. Mais quelqu'un d'autre ?
Le coude de Horace la tira de ses pensées. Elle lui fit un sourire rapide, se tournant de nouveau vers Jason pendant que Dana parlait. "Je sais que nous avons échoués, Jason," dit-elle doucement. "Nous aurions dû les protéger. Mais nous ne pouvons pas changer le passé. Tout que nous pouvons faire, c'est nous assurer que personne d'autre ne souffre comme toi, et que plus de familles innocentes ne meurent."
"Bonne chance," marmonna Calvin Waters de l'autre côté de la table. Comme d'habitude, il écoutait en retrait. Ils l'ignorèrent pendant que Jason soupirait, les épaules toujours légèrement voûtées.
"Je sais que tuer des Mangemorts ne les fera pas revenir", admit-il à contrecoeur. "Je veux juste que ça soit fini." Le danger brilla dans ses yeux. "Et je veux protéger ma soeur."
Dana posa une main sur son bras. "Et tu ne le feras pas seul. Nous - "
Gling. Glinq. Le bruit léger d'une cuillère sur un verre attira leur attention et Tonks regarda vers la table la plus éloignée à sa gauche. Son cousin était debout, maintenant, et ignorait un regard plutôt hargneux d'Adam Macmillan. Je me demande ce qui se passe, pensa-t-elle vaguement, un peu trop distraite pour s'attarder sur la question. Peu virent le regard.
"Mesdames et messieurs, puis-je pourrais avoir votre attention." Le visage de Sirius se fendit d'un sourire ironique comme s'il savait qu'il avait déjà leur attention. "Nous, les Aurors, n'avons jamais accordé beaucoup d'importance aux traditions - dans les faits, nous sommes plutôt ceux qui les défient. Cependant, pendant plus de deux mille ans, le même toast a été porté aux nouveaux Aurors, et je pense que je peux en faire autant maintenant." Lentement et avec élégance, il leva son verre de vin, et le vin blanc refléta les rayons de soleil qui passaient par les fenêtres.
"À la lumière."
Alors que les Aurors se levaient, et Tonks sentit une étrange puissance derrière leurs mots. "À la lumière!"
Alors il y eut comme un grondement qui sembla secouer la villa entière. C'était comme un roulement de tambour venant des entrailles de la terre, les intestins de Tonks se nouèrent. Comme les autres, elle jeta un coup d'oeil autour d'elle rapidement, essayant comprendre d'où venait ce bruit étrange - jusqu'à ce qu'elle voit les visages soudainement pâles des Londubat et de Francine Hoyt. Quelque chose n'allait pas, et le sourire de Sirius avait disparu.
"Il y a une autre tradition, frères et soeurs, que les Aurors respectent toujours", dit-il sombrement. "Et c'est le résultat de ce toast : si un traître prononce ces mots, nous le savons." Un feu s'était allumé dans ses yeux bleus, pourtant sa voix demeurait basse. "Et un traître l'a fait."
D'autres visages à cette table étaient devenus pâles, et Tonks entendit ses camarades murmurer de surprise. Un traître ? Impossible ! Pourtant son esprit se souvint de nouveau de cette nuit où elle et Horace avaient vu quelqu'un examiner les sortilègess. Londubat avait essayé de calmer son inquiétude, mais les pièces commençaient à s'assembler. Elle parcourut la salle des yeux et son esprit s'emballa. Il était là - la magie ne pouvait pas s'être trompée. Mais qui ?
Même les anciens Aurors chuchotaient - tous excepté Sirius, qui était toujours au centre de la table, droit et sérieux. Lentement, le niveau sonore monta, et Tonks vit d'anciens candidats jeter des regards soupçonneux à leurs nouveaux camarades. La vue lui donna envie de crier, et elle du se contrôler. Ceci ne va nous conduire nulle part ! Tonks mordit sa lèvre. Ne voit-il pas que ce n'est pas le moment ? Nous ne savons pas qui c'est, tout le monde suspect, et…
Adam Macmillan se raidit sous le regard appuyé de Sirius. "Pourquoi tu me regardes comme ça ?" s'énerva-t-il, aussi pâle que ses camarades. A sa droite, Jessica Avery lui jetait un regard étrange.
"Je pense que tu sais, Adam", répondit-il doucement.
"Je -" soudain, Macmillan bondit de sa chaise et se rua vers la porte. Mais Sirius bondit au même moment, contournant la table sur les talons de l'Auror. Sa réaction avait été trop rapide pour que des yeux la suivent, mais Macmillan avait semblé s'y attendre, et il poussa Avery dans le chemin de Sirius.
Le cousin de Tonks jura quand il heurta l'Auror aux cheveux auburn, mais Avery s'écarta rapidement pour laisser passer Sirius.
D'autres réagirent aussi. Frank et Alice Londubat avaient sauté sur leurs pieds, Alice jeta un sort renversant à Macmillan mais toucha Simon Edgecombe à la place. Le Mentor de Tonks, Bill Weasley, sauta par-dessus la chaise de Frank, lui et Oscar Whitenack foncèrent vers l'autre bout de la table. A la table d'à côté, Striker Williamson et Derek Dawlish voulurent saisir Macmillan au passage, mais il leur manqua quelques centimètres. Christa Gambledon y parvint presque mais ce fut le sort assommeur de Francine Hoyt qui toucha le côté gauche de Macmillan.
Sirius était toujours en mouvement, mais Macmillan était rapide. En dépit du faux pas résultant de l'assommeur, il parvint à attraper d'une main les cheveux blonds de June Whitenack. Elle jappa de surprise et de douleur, mais Macmillan retrouva son équilibre et fit de sa future élève son bouclier. Rapidement, il fit plusieurs pas, pointant sa baguette sur la gorge de June.
"Approchez," haleta-t-il, "et je la tue."
Les Aurors se figèrent, y compris leur chef. La fureur et la peur se lisaient sur leurs visages tendus, mais personne n'osa faire un mouvement. Seul Sirius semblait froid et impassible, ses yeux bleus rivés sur Macmillan.
"Tu crois", demanda-t-il tranquillement, "que menacer sa vie sauvera la tienne ?"
Macmillan rit. "Je sais que tu ne la sacrifieras pas," ricana-t-il. "Tu n'es pas assez fort."
Sirius leva seulement un sourcil, gardant ses mains loin de ses poches. Tous les regards étaient sur lui ou Macmillan, mais Tonks observait les yeux effrayés de June. Elle se contrôlait mais ne semblait pas avoir le moindre espoir. Mais pourquoi pas ? voulut demander Tonks, mais n'en eu pas l'occasion. Pourquoi June n'avait-elle pas tenté de fuir, elle ne le saurait jamais – tout comme ce qui, dans les yeux de Sirius, avait poussé Macmillan à en arriver là.
Alice Londubat parla quand tout commença. "Adam, tu -"
"Avada Kedavra !"
Quelqu'un cria.
Un éclair vert brilla.
June tomba.
Avant même que son corps ne touche le plancher, son Mentor fit volte face et s'enfuit. Il avait l'avantage d'être plus près des portes que les autres, et Randall assomma O'Keely quand le roux essaya de sauter par-dessus lui. Mais Randall n'eut pas le temps d'agir, Macmillan avait de très bons réflexes. Et Randall avait reçu son diplôme mais était le plus lent de la classe.
Sirius, cependant, était bien plus rapide. Alors même que Macmillan franchissait les portes, il traversa la salle avec presque tous les Aurors sur les talons. Rapidement, sortant de leur stupeur, les nouveaux Aurors suivirent. Macmillan était livide. Il avait tué une des leurs, quelqu'un dont il était responsable, et il n'y avait plus de doutes sur l'identité du traître. Furtivement, Tonks se demanda comment Sirius l'avait su, mais peut-être que c'était juste ce regard mauvais qu'il lui avait lancé avant le toast. Elle écarta cette idée en courant avec ses camarades de classe. Impossible.
Ils couraient sur l'herbe, et Tonks vit rapidement que Macmillan se dirigeait vers la zone de transplanage de secours. Les portes l'admettraient-elles ? Elle eut soudainement froid. Naturellement. Elles l'avaient toujours fait avant.
Quelqu'un criait furieusement après Macmillan, et ça lui prit un moment pour identifier la voix de Hestia Jones. Pendant un quart de seconde, on aurait dit que le traître allait tomber, il avait trébuché, mais il retrouva son équilibre sans même regarder en arrière. Jones jura violemment, mais Macmillan jeta un sort au lieu de répondre, et les portes en pierre de EmergApp s'ouvrirent.
Sirius était devant, mais il n'était pas assez proche. Macmillan plongea par les portes alors qu'elles commençaient à se refermer, et le cousin de Tonks ralentit. Très calmement, il se mit à trottiner puis s'arrêta, alors que tous les Aurors se précipitaient pour les ouvrir et les sorts fusèrent contre les portes. Rien n'y fit. La voix de Sirius s'éleva.
"Laissez-le partir." La puissance dans ses mots étonna Tonks. "Laissez-le fuir. Et souvenons nous que même les meilleurs peuvent changer."
Le silence et des visages pâles saluèrent ses mots, et quelqu'un jeta sans enthousiasme un sort contre les portes. Étonnamment, les portes s'ouvrirent sans protestation, mais Macmillan était parti. Jones jura encore, la douleur de la trahison se lisait sur son visage.
"Nous le suivons ?" demanda quelqu'un.
Sirius secoua la tête. "Pas maintenant."
"Mais s'il vient ici ?" demanda Calvin, pensant clairement à quelqu'un de bien plus puissant qu'Adam Macmillan.
Mais Sirius sourit. "Laissez-le essayer."
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Quelques heures plus tard, Tonks le vit s'accroupir dans la zone de transplanage de secours, étudiant la terre d'un regard lointain. Son mentor avait été retenu par un appel de sa famille, et elle attendait Bill (ça lui faisait toujours une drôle d'impression de l'appeler comme ça) pour quitter l'île. Evidemment, Tonks avait erré un peu autour de la villa principale, observant les arbres, écoutant les oiseaux chanter, essayant de ne pas trébucher. Elle n'avait pas compté voir son cousin dans EmergApp maintenant condamnée - mais pendant qu'elle l'observait, un frisson parcourut son dos.
"Qu'est-ce que tu fais ?" demanda-t-elle même si elle le savait.
"Je cherche." Sirius se leva et lui fit face, marchant lentement. Il semblait plus fatigué que les autres, pourtant moins fâché de ce que Macmillan avait fait, et Tonks trouva que c'était une combinaison étrange.
"Quoi ?"
C'était étrange combien il ressemblait peu au Sirius Black de son enfance. Son cousin avait été un homme heureux et blagueur, rarement sérieux même après qu'il soit devenu Auror. Parfois, cependant, il avait été étonnamment perspicace, il apportait toujours des cadeaux à la jeune Tonks et la réconfortait après que tante Bellatrix et tante Narcissa l'aient rembarrée. Il avait été son héros d'enfance, et Tonks avait choisi de devenir un Auror en partie pour ce qui lui était arrivé. Elle avait grandi comme le mouton noir de la famille Black, mais lui avait été le banni, et Sirius avait prouvé qu'on n'était pas obligé de respecter les règles.
Mais à présent – à présent son sourire était sinistre, et son rire s'était fané. L'homme ouvert et plein d'enthousiasme qu'elle avait tant admiré était devenu sombrement beau, et alors que ses attraits avaient persisté, son charme s'était émoussé. Ce que Tonks n'avait jamais oublié de Sirius, c'était qu'il avait toujours semblé si vivant, si vrai, comparé au reste de sa famille. Maintenant, pourtant, son éclat semblait s'être fané, et elle se demandait pourquoi.
"Des réponses", répondit-il en haussant les épaules. Sirius sortit d'EmergApp, et referma les portes d'un mouvement de sa baguette.
"Comme où il a fui ?" Normalement Tonks n'aurait pas insisté, mais il ne sembla pas s'en offusquer.
Sirius pouffa. "Non. Je sais qu'il est allé à Azkaban." Ses yeux s'assombrirent. "Je cherchais pourquoi."
"Tu peux le voir ?" Quelque chose était en marche, réalisa-t-elle soudain en regardant dans ses yeux. Il était aussi fâché que les autres, Sirius faisait juste face à cette colère d'une façon différente. Son tempérament autrefois explosif s'était mué en... en quoi ?
"Non," dit-il doucement. "Pas assez."
Et comment aurait-il pu le dire ? s'énerva Tonks. Même un imbécile savait que magique résiduelle après le transplanage ne renseignait que sur la destination du suspect, il n'y avait aucun moyen d'en déduire des intentions. En outre, seuls les sorciers très expérimentés pouvaient indiquer exactement où quelqu'un était allé, bien que les Aurors y soient tous formés, peu le maîtrisaient. Tonks n'était pas très bonne à ça, mais apparemment son cousin l'était.
"Oh." Elle du sembler déçue, parce qu'il lui jeta un regard en biais.
"Nous le trouverons, Tonks," dit Sirius, souriant légèrement. Et le sourire était le même bien qu'un peu transformé. "Plus tard. Je crois mêle que c'est lui qui pourrait nous trouver."
Elle soupira, pas vraiment désireuse de penser au conséquences d'un Auror traître errant dans la nature. "Mais ça ne nous dit pas pourquoi."
Sirius fut silencieux pendant un long moment, et Tonks pensa même qu'il ne l'avait pas entendue. Mais alors il dit doucement. "J'ai bien peur que la réponse soit à Azkaban." Son regard était distant et quelque chose passa dans les ombres. "Même le meilleur d'entre nous peut se briser."
Briser. Le mot resta suspendu dans les airs entre eux, et à Tonks se demanda presque pourquoi il l'avait employé. Il y avait quelque chose de mystérieux dans sa voix, une sorte de regret et de conscience en même temps. Avait-il déjà franchi cette ligne ? Tonks l'ignorait, et douta le savoir un jour. Cependant, Sirius avait vu l'enfer - il avait regardé les ténèbres et avait vu quelque chose. Le vide dans ses yeux n'était pas celui d'un homme normal, et Tonks se prit soudain à souhaiter pouvoir l'atteindre... ou que quelqu'un puisse. Elle avait eu tort de penser à combien Sirius avait changé. Il n'avait pas changé. Sirius changeait sous ses yeux.
Sa main droite hésitante se posa sur son avant-bras gauche, mais Tonks était sûre qu'il n'avait pas réalisé qu'elle l'avait noté. Il hocha distraitement la tête et se dirigea vers le lac et loin des autres.
OOO
Un retour un peu énigmatique, je sais bien...
