Promesses retenues
Générique
Auteur : Robin4, sous le titre original de Promises Remembered
Inspiration JKR, mais très UA quand même !
Traduction : Petite Plume
Relecture et mise en ligne… Fénice qui s'accroche – elle finira cette fic avant Noël, si, si, si !
Sponsors officiels : Chinader qui ne peut même plus se plaindre - Me qui ne voit que le mystère – Queen Anarchy et Wanderin qui s'inquiètent pour Sirius (ça devrait pas s'arranger !) - Louve solitaire qui ne devrait pas avoir trouvé l'attente trop longue – LiLy0003 qui trouve ça « trop fun »... no comment - Siri l'aventurier qui m'a l'air d'un esprit pratique – Lokness qui veut féliciter Robin – bonne idée ! - Hemera qui en veut encore - Shima-Chan qui aime ce Severus-là (moi aussi, encore que je le trouve sombrissime...)... Merci !
Chapitre trente-huit : Ce que d'autres ne seraient pas
Au moment où l'aube noire et orageuse se leva, il sut.
En réalité, il n'y avait pas d'aube. Le tonnerre grondait et les éclairs zébraient le ciel. La mer était agitée et les vagues s'écrasaient contre le rivage avec un bruit assourdissant, même les eaux du lac tourbillonnaient, comme s'il y avait un tourbillon géant. Pourtant il ne pleuvait pas sur l'île, parce que pluie était un phénomène normal. Cette tempête ne l'était pas.
Il s'était réveillé avant, et avait donc pris le temps de s'habiller avant de sortir. Alice et Frank Londubat n'avaient pas eu cette chance – ils étaient vêtus de robes enfilées à la hâte par-dessus leurs pyjamas écossais. Alice était pieds nus, mais Frank était parvenu à trouver des chaussures dépareillées avant de se précipiter dehors, juste à temps pour constater qu'un chêne géant s'était effondré sur le toit de la bibliothèque. D'autres les rejoignirent lentement : Hestia Jones et Jason Deauclaire émergèrent de la villa principale ensemble, à moitié habillés et probablement presque prêts pour partir pour la France ; Derek Dawlish ne portait qu'un pantalon déchiré et semblait prêt à tuer ; Oscar Whitenack était immobile et regardait son nouvel élève avec colère - Calvin Waters était parvenu à énerver Oscar une plus de fois.
Sirius était le plus présentable parce qu'il s'était réveillé transi de froid en se demandant pourquoi. Maintenant il savait.
"Pourquoi il ne pleut pas ?" interrogea Deauclaire.
"Parce que ce n'est pas un orage", répondit Frank en jetant un bref coup d'oeil à Sirius. "Pas un orage normal du moins."
Comme Sirius, l'instructeur avait étudié Avalon intensément au cours des derniers mois, mais il n'avait pas les avantages que Sirius possédait. D'abord, Frank n'avait pas le temps d'errer sur l'île pour l'explorer et aller plus loin que ce que disaient les livres et, ensuite, il n'était pas le chef des Aurors. Sirius était sûr qu'Avalon lisait en lui, et il ignorait si l'île l'aimait ou pas, elle avait plus l'air disposée à travailler avec lui. Cette pensée faillit le faire rire. Plutôt, elle ne travaille pas contre moi, pensa cyniquement Sirius. Je doute qu'Avalon travaille pour qui que ce soit.
Les ténèbres montèrent de son bras gauche et la douleur l'envahit, noire et froide. Le monde vacilla devant les yeux de Sirius, il tituba avant de retrouver son équilibre - et il résista à grand-peine à l'envie de saisir son poignet gauche dans un geste protecteur inutile. Le faire ne l'avait jamais aidé, et s'il le faisait, Sirius risquait d'augmenter considérablement la douleur, mais le réflexe était toujours là.
"C'est quoi ?" demandèrent plusieurs voix immédiatement. Il secoua la tête, éloignant la douleur. Ce n'était pas le moment. Si Sirius pensait avec cette agonie, il échouerait probablement. C'est maintenant ou jamais, se dit-il sombrement. Il avait choisi, maintenant était le moment d'agir. Profonde inspiration.
Sirius se redressa et étendit sa conscience magique pour la première fois depuis qu'il avait bu la potion de Conmalesco trois jours avant. La conscience le frappa.
Ainsi que le pouvoir. Un pouvoir qu'il n'avait jamais senti avant – un pouvoir excitant, doux, calme, et électrique. Il envahit son corps, emplissant ses sens et son âme, enveloppant Sirius dans un cocon de sécurité et de fausse invincibilité. Mais fausse à quel point ? Sirius ne le savait pas, il pouvait seulement agir. La puissance était douce et forte. Expérimenté comme il l'était, Sirius n'avait jamais senti ça auparavant, et il sut immédiatement que c'était une partie de lui qu'il n'avait pas pu exploiter avant. C'était presque comme si la puissance avait été prisonnière de l'autre côté d'un mur, attendant simplement d'être libérée.
Il ne vit pas la lueur rouge dans ses yeux, les autres non plus. Il faisait trop sombre et ils étaient trop distraits, mais Sirius sentit le changement. Il repoussa l'excitation qui était apparue avec la puissance, écarta le sentiment de supériorité. Il y avait quelque chose de dangereux là-dedans, quelque chose qui flottait aux limites de sa conscience. Ça n'était pas là avant, mais Sirius sut immédiatement que ça y resterait. Gagner de la puissance juste pour la puissance, est sans intérêt, avait dit sa professeur de défense contre les forces du mal au cours de sa sixième année. Et ça a toujours des conséquences.
Les conséquences et le but - Sirius commençait à comprendre. Mais d'une certaine façon, ces concepts lui étaient familiers.
"Des Mangemorts," répondit-il lentement. "Des Mangemorts et leur maître."
"Voldemort ? Voldemort est ici ?" demanda Waters.
Sirius regarda au loin, au-delà du toit à moitié écrasé de la bibliothèque, au-delà du lac tourbillonnant et au-delà des vieilles portes. Il secoua légèrement la tête. "Ils viennent."
"Comment ? Comment ont-ils su ?" haleta Waters, ses pensées étaient embrouillées. Il y avait de la peur dans les yeux du garçon d'habitude si insouciant.
"Adam", grogna Hestia Jones, et les têtes se tournèrent vers elle. La douleur et la trahison sur son visage y étaient affichées comme des médailles ; elle avait par le passé aimé l'homme qui les avait trahis. La fureur dansait dans ses yeux foncés. "Il leur a dit."
"Il les guide", la corrigea Sirius, fixant toujours au loin. Il pouvait presque voir les silhouettes sombres évoluer à travers les vagues dans leurs petits bateaux, il pouvait sentir leur meneur. Il y avait des douzaines de Détraqueurs, peut-être plus, tous réunis, comme une garde d'honneur, pour escorter leur seigneur.
Et il y avait Adam, tremblant à côté d'un homme qu'il détestait plus que tout au monde.
"Stop..." Un halètement pitoyable qu'il avait entendu avant et toujours ignoré. Cette fois il ne l'ignora pas.
"Pourquoi ?" demanda-t-il avec légèreté et il fit signe au Détraqueur de reculer d'un pas. L'imbécile était sous l'influence de la potion depuis moins d'une heure, mais comme d'habitude, il se lamentait. Macmillan se tordit sur le plancher, comme pour diminuer la douleur. À ce jour, il aurait dû savoir que c'était inutile. Pourtant, il ne pouvait pas s'en empêcher. Une des premières choses que la potion faisait aux prisonniers était de les soumettre.
Une personne normale serait devenue folle après une heure de Poenatoxicum. Mais les Aurors tenaient environ deux heures.
"Je..." Il travaillait sur cet Auror depuis près de cinq mois. Il savait ce que serait la réponse.
Voldemort attendit.
"Je le ferai", chuchota l'Auror à travers la douleur. "Veuillez juste... arrêter s'il vous plaît..."
Voldemort sourit.
Deux.
Clac.
Sirius frémit et écarta difficilement la satisfaction qu'il ressentait - non, voyait. Se rappelait. Excepté qu'à nouveau, ce n'était pas sa mémoire. Sirius frémit encore, il avait froid. Il savait à qui elle appartenait. Il savait à qui étaient ces yeux au travers desquels il avait vu - et cette compréhension le faisait se sentir sale, cruel. Il n'avait pas été là, mais depuis quelques instants, c'était comme s'il avait assisté à la scène, l'avait regardé à travers les yeux rouges qui l'avaient lui-même tourmenté pendant bien plus longtemps qu'Adam quand il avait craqué.
Pourtant, il avait du mal à blâmer l'autre homme. Si je n'avais pas eu quelque chose d'aussi important à quoi m'accrocher, j'aurai pu craquer aussi... Sirius interrompit le fil de sa pensée. Il préférait croire qu'il n'aurait pas craquer – du moins pas aussi rapidement, même s'il n'avait pas eu de tels amis. Mais l'âme humaine était fragile, et Voldemort avait clairement écrasé Adam.
"Sirius ?"
Frank le regardait. Qu'avait-il vu ?
Il se tourna. "Oui ?"
"Ça va ?" L'autre fut assez délicat pour ne pas demander comment tu le sais ? Mais les mots résonnèrent fortement autour d'eux.
"Oui. J'étais juste distrait." Sirius les ignora. Le vent froid faisait voler ses cheveux autour de son visage.
"Comment devons-nous procéder face à un ennemi que nous ne pouvons pas voir ?" demanda Deauclaire. " On les laisse venir sur l'île ?"
"Non." Il voyait les Détraqueurs s'approcher ; il pouvait les sentir aussi. Sirius ferma les yeux. L'image devint plus claire et, pendant un moment, il sentit le contact de l'île, sa chaleur, et Sirius se concentra encore. "Douze Détraqueurs", dit-il doucement. "Non. Treize. Voldemort. Quinze Mangemorts."
"Avec Adam ?" demanda durement Hestia. Sirius lui répondit seulement par un sourire tordu tout en ouvrant les yeux.
"À la plage nord", commanda-t-il. "Nous protégeront les vieilles portes. Deauclaire, Waters, restez avec vos Mentors."
Heureusement, les élèves de Frank et d'Alice avaient choisi de profiter de leurs quartiers libres pour aller voir leurs familles et n'étaient pas sur Avalon. Tout comme celui de Dawlish, au grand soulagement de Sirius. La plupart des Aurors n'auraient pas apprécié que leurs ennemis soient plus nombreux, mais Sirius était heureux qu'ils soient absents. Sept contre quinze, sans compter les Détraqueurs et Voldemort. Sirius sentit un sourire se dessiner sur son visage, malgré le pessimisme de ses pensées. C'était étrange, mais c'était toute l'histoire de sa vie.
Les autres se précipitèrent en avant, plus inquiets que Sirius. Même en son fort intérieur, il était étrangement calme. Il marchait lentement, sa baguette en main, ses pas étaient mesurés. Cela lui prit un long moment pour se rendre compte pourquoi il se sentait comme ça, mais la vérité était là. Le souvenir d'Adam l'avait abandonné. Son comportement était instinctif, il l'était depuis des années.
Je serais plutôt son ennemi que sa victime.
Ses pas le portaient sur la plage, mais pas assez rapidement. Avant que Sirius n'ait atteint la plage, les vagues énormes se brisaient sur le rivage, mouillant les Aurors debout dans la lumière des éclairs. Toutes les quelques secondes, un nouvel éclair illuminait leurs ombres, mais ils semblaient tous petits face à l'immensité de l'océan. Ils étaient sur la péninsule maintenant, au sud des portes et exposés aux éléments. Les bateaux, propulsés magiquement, des Mangemorts étaient maintenant visibles à l'oeil nu.
Azkaban s'étendait quelque part au-delà des vagues déchaînées. Sirius était vaguement soulagé de ne pas voir l'île soeur d'Avalon, et il n'était pas désireux de regarder. Il savait qu'elle était là mais ne voulait plus jamais la revoir. À moins qu'elle ne soit transformée en jardin, décida-t-il mal à propos. Avec de jolies fleurs et des couleurs lumineuses. Et si on rase tous ses bâtiments. Un sourire bizarre illumina son visage, seulement pour disparaître ensuite.
Une silhouette pâle se tenait à l'avant du bateau de tête. Même avec les ombres des Détraqueurs, elle était clairement évidente, grande et fière, comme un héros conquérant. Ses yeux rouges brûlaient, brillant comme des balises absurdes dans la nuit. Sirius rit.
"Qu'est-ce qui te fais rire ?" demanda Hestia, se tournant pour lui faire face alors qu'il la rejoignait.
"Voldemort", répondit-il sans y penser, puis jugeant par le regard qu'elle lui lança, Sirius se dit que Hestia le trouvait plutôt fou.
"Je pense que tu es le seul homme vivant à pouvoir faire cela !" cria-t-elle pour couvrir le bruit du vent, Sirius vit quelque chose briller dans ses yeux. Une expression identique apparut sur le visage de Deauclaire à ses côtés, et Sirius ne pu dire quoi. Il agit.
"Ouvrez les portes !" cria-t-il. "Nous combattrons sur le rivage !"
Le vent emporta presque ses mots, mais Sirius avait toujours crié fort. Rapidement, le petit groupe d'Aurors se dirigea vers les vieilles portes, mais Sirius ne les regarda pas. Il les guidait, ses yeux balayant l'horizon. Les vagues se brisaient sur l'étroite bande de terre, la submergeant presque totalement par endroits. Plus d'une fois, il avait vu le vieux dock disparaître complètement sous l'eau, et il se demanda brièvement si Voldemort voulait l'employer. Ce dock et les portes avaient, par le passé, été la seule entrée à Avalon, à l'époque où les Aurors venaient sur l'île par les bateaux d'Azkaban. L'ironie de Voldemort essayant de faire la même chose n'échappa pas à Sirius, mais il doutait que le Seigneur des ténèbres soit si bête. Le dock était difficile d'accès, et il était protégé contre les éléments ; l'utiliser forcerait les mangemorts à remonter vers le haut de la péninsule avant d'atteindre les portes.
Sirius écarta cette pensée. Non, Voldemort prenait l'itinéraire le plus direct. Il venait bien vers eux.
Ses robes volaient autour de lui, Sirius se retourna juste à temps pour voir Frank et Alice fermer les portes. Il leur fit signe. "Laissez-les ouvertes !"
"Tu es fou? " hurla Alice. "Ca laissera entrer les Détraqueurs !"
Mais ça permettrait aussi à l'île de sortir.
Il pouvait sentir une puissance derrière lui, mais ce n'était pas la sienne. C'était Avalon. Sirius la sentit avant les autres. A quelques dizaines de mètres de la côte, des formes sombres bravaient les vagues, se précipitant en avant pour capturer leur proie. Mais les autres sentirent quelque chose émaner de l'île pour se dresser contre l'obscurité, quelque chose de vivant qui rencontrait la mort, quelque chose dont les sens combattaient l'obscurité.
Une brume blanche apparut derrière Sirius. Il se retourna quand Dawlish haleta et vit le film blanc ramper hors de l'île, irrévocable, imparable. La brume atteint les Aurors alors même que les créatures de Voldemort arrivaient aux dernières vagues, grises et osseuses chassant leurs victimes congelées.
Les Détraqueurs hésitèrent.
Un bruit inhumain résonna dans la nuit alors que la brume heurtait les démons, ils poussaient des cris de terreur - ou étaient-ce de douleur ? Immédiatement, la masse se dissipa alors qu'ils fuyaient dans toutes les directions sauf Avalon. La brume resta en place - et Sirius réalisa soudain qu'il n'avait pas eu froid. Il n'avait pas senti les Détraqueurs, il n'avait pas été affecté. Avalon nous a-t-elle protégés ? Se demanda-t-il avec surprise.
Il était bien plus facile de se dire ça que de se demander pourquoi l'île avait agi. Mais c'était ça. Avalon était différente. Les mots de Serdaigle lui revinrent en mémoire : 'Avalon sera toujours à la fois plus et moins que ce qu'elle semble', avait écrit le célèbre Auror et co-fondateur de Poudlard. Est-ce que elle savait quelque chose qu'il ignorait, ou avait-elle simplement senti quelque chose sans pouvoir l'identifier ? Sirius aurait pu y réfléchir mais le cri d'Alice le ramena à la réalité.
Les Détraqueurs étaient partis mais pas les Mangemorts. Ils venaient toujours vers eux, Voldemort à leur tête et Adam coincé à ses côtés, par ses propres choix mais coincé quand même.
"Envoie la brume sur eux !" hurla Waters pour couvrir les cris des Détraqueurs. La brume suivait les créatures et ne visait pas les Mangemorts.
"Je ne peux pas !" répondit Sirius en criant. "Je n'ai rien fait !"
"Alors qu'est-ce qu'on fout là ?" demanda bêtement Waters. Sirius l'ignora, mais pas Dawlish.
"Nous devons nous mettre à couvert ! Si on retourne aux portes - "
"Non ! Nous restons ici !" le coupa Sirius en désignant l'océan déchaîné. "Visez les bateaux ! Employez l'eau contre eux !"
Sept paires d'yeux l'examinèrent un instant, puis, comme un seul homme, les Aurors se mirent en action. Sans qu'on le leur demande, ils s'alignèrent sur la plage, laissant Sirius au centre et un Londubat à chaque extrémité. Les sorts fusèrent avant que la ligne ne soit complètement formée, et les Mangemorts ripostèrent immédiatement. Même Adam. Sirius entendit Hestia lui hurler des choses peu aimables dans le vent. La mise en place fut un peu longue mais la bataille commença.
Les vagues faisaient jaillir des gerbes d'eau, trempant Sirius jusqu'à l'os, mais il ne sentait pas le froid. Ses yeux étaient plongés dans un autre regard. Chacun savait que ce n'était pas la fin. Ça ne pouvait pas l'être. La fin serait bien plus noire que ça. Par conséquent, l'un d'eux pourrait fuir – la question était de savoir lequel. Qui ? se demanda Sirius en levant les bras pour se grandir, laissant sa magie s'étendre au-delà des vagues. Immédiatement, la mer de déchaîna, ajoutant sa force aux tourbillons et rafales des autres Aurors. Du coin de l'oeil, Sirius vit un Mangemort tomber de son bateau, il transplana avant de tomber à l'eau.
Cinquante mètres.
Des éclairs rouges et verts zébraient le ciel, venant la plupart du temps de la mer. Les Mangemorts s'étaient rendus compte que les Aurors préparaient quelque chose quand les sorts avaient arrêté de fuser vers eux, et ils se battaient du mieux qu'ils pouvaient. En attendant, tous les autres Aurors s'étaient unis pour former un bouclier sous la houlette de Frank, alors qu'Alice leur indiquait quels bateaux viser. Tous sauf Sirius. Sirius fit un pas en avant, sortant de la ligne et laissant ses collègues. Ils n'avaient pas besoin de lui pour se défendre. Ils avaient besoin de lui pour accomplir quelque chose de plus.
Les flots étaient de plus en plus agités, chahutant les petits bateaux comme des jouets dans la baignoire d'un enfant. Pourtant, les Mangemorts se battaient, sauf Voldemort qui restait simplement là, comme s'il était sûr que rien ne pourrait le toucher. Sirius sourit. Regarde-moi !
Ça ne ressemblait en rien au duel d'Azkaban. Ni à l'attaque du Chemin de Traverse, quand ils avaient été plus près que jamais. La situation ne ressemblait pas plus à la fin de leur combat de ce jour-là, à moins que le noir ait été remplacé par le blanc, et que leurs attaques se succèdent.
Tout comme le bateau de Voldemort, quand il se fracassa dans les flots. Les Mangemorts furent éjectés de leurs embarcations alors que le bateau décollait puis piquait à nouveau vers les vagues. En atterrissant, l'embarcation se brisa, pulvérisant des éclats de bois et de métal dans toutes les directions. Cependant, la plupart des Mangemorts ne tombèrent pas à l'eau, ils levèrent leurs baguettes et transplanèrent en une fraction de seconde. Certains pataugèrent dans les vagues avant de parvenir à se sauver, rejoints par leurs compatriotes des trois autres bateaux, auxquels les Aurors avaient réservé un sort similaire mais moins dramatique.
En un battement de cil, ils avaient tous disparu. La nuit était redevenue tranquille et les vagues commencèrent à se calmer immédiatement, un signe évident que les ténèbres avaient quitté Avalon. La brume blanche avait disparu après avoir chassé les Détraqueurs, et Sirius doutait qu'ils la revoient de si tôt. Lentement, le vent se calma et l'île redevint tranquille. Les Aurors poussèrent des soupirs de soulagement, s'observant mutuellement comme pour s'assurer qu'ils étaient toujours vivants.
Et pourtant ça avait été -
"Trop facile", grogna Hestia Jones écartant ses cheveux noirs humides de ses yeux. "C'était beaucoup trop facile."
"C'était fort", la contredit Deauclaire, laissant éclater son enthousiasme pour la première fois depuis la mort de sa famille. Ses yeux ronds étaient rivés sur Sirius comme s'il ne l'avait jamais vu. Le vent se remit à souffler.
Sirius haussa les épaules. "Je -"
Tout devint noir, et il pensa qu'il avait crié de douleur. Il ne voyait plus rien et s'effondra alors que la douleur dévorait son corps en partant de son bras gauche, son coeur battait à tout rompre.
Vaguement, il sentit le sable humide sous ses genoux.
Tu crois que tu as gagné ?
Les doigts fins cherchèrent à agripper son âme, et Sirius sentit son corps convulser. Ils envahirent son esprit, pourtant il entendait des choses – Deauclaire criait à l'aide, Jones hurlait son nom comme si elle craignait de le secouer, des pas s'approchaient... Sirius eut l'impression d'être dans deux endroits, dans le vrai monde et emprisonné dans son propre esprit. La tête lui tourna et ce n'était pas à cause de leur lutte.
Un rire doux. Tu crois que tu peux changer assez pour avoir une chance, Sirius ? Douleur paralysante, chaque nerf de son corps était en feu. Il avait si froid.
Ce que tu es ne peut rien contre ce que je -
Sirius repoussa la douleur au lieu d'essayer de résister. Pour la première fois, il comprit que Voldemort n'était pas le seul à pouvoir commander le lien, et Sirius employa cette connaissance.
Explosion d'agonie. Voldemort le repoussait.
Il dut avoir crié, être tombé. Aucun être humain n'aurait pu supporter ça sans le faire, mais Sirius ne s'entendit pas crier. Je perds conscience, pensa-t-il désespérément, luttant pour couper le lien. S'il perdait connaissance, il n'y aurait plus de combat, plus de porte de sortie. S'accrocher à la conscience était sa seule option, ainsi Sirius s'accrocha, lentement, il émergea des ténèbres.
Et puis, aussi soudainement qu'il était venu, le Seigneur des ténèbres disparut. Le vrai monde lui apparut à nouveau et Sirius cilla, regardant le sable humide. A sa grande surprise, il était toujours à genoux, l'eau traversait le tissu mince de ses robes. Sa main droite était enterrée dans le sable pour le maintenir en équilibre, mais la gauche était, curieusement, immobile pliée contre son flanc. Sa réaction instinctive de plaquer son bras contre son torse disparaissait, et Sirius le laissa lentement tomber. Calmement, il inspira puis expira profondément. Le monde arrêta de tourner, et son vertige disparut abruptement.
"Ça va ?" demanda Alice avec inquiétude.
Respire. Tu penseras aux implications plus tard. "Oui", répondit Sirius après un moment, poussant l'étrangeté de cette réunion hors de son esprit. "Je vais très bien."
"Tu es sûr ?" s'inquiéta Oscar. "Tu viens de t'effondrer..."
"Effondrer?" Il leva brusquement la tête, et Sirius se remit sur pieds.
"Tu étais debout et l'instant d'après à genou", lui expliqua rapidement Hestia, lui jetant un regard étrange. "Puis ton corps... s'est agité, tu as tremblé un moment avant d'être à nouveau calme. Mais tu n'as pas semblé nous entendre."
Sirius secoua la tête pour s'éclaircir les idées, il n'aimait pas du tout ce qu'il venait d'entendre. "Je vous ai entendu", répondit-il. "J'étais juste concentré sur d'autres choses."
"Voldemort." La voix de Frank était sinistre, et ses yeux étaient sombres. Que sait-il ? Il y avait quelque chose de refroidissant dans l'expression triste de Frank et les minces rides autour de ses yeux laissaient entendre qu'il en savait plus qu'il ne disait.
"Oui."
"Combien de fois ça s'est déjà produit ?" demanda Alice, jetant un coup d'oeil à son mari.
"Trop de fois", renifla doucement Sirius.
"Qu'est-ce que ça veut dire ?" insista-t-elle.
Chacun attendait une réponse, mais Sirius haussa seulement les épaules pour ne pas avoir à dire de mensonge. Oui, il savait... mais il n'était pas prêt à le partager. Pas ici, et particulièrement pas avec eux - Aurors ou non, ils étaient susceptibles de le juger plus durement que le reste du monde. Excepté, peut-être, mes amis, admit Sirius. Je pense qu'ils me détesteront pour ça. Mais ça serait pour un autre jour. Tôt ou tard, il devrait dire à quelqu'un la vérité, en dehors de Rogue. C'était étrange comment Rogue, un Mangemort, avait compris ce qu'il faisait alors que ses camarades Aurors non, mais Sirius supposa qu'il aurait dû s'y attendre. Après tout, il jouait avec les ténèbres.
En revenant vers la villa principale, il murmura quelque chose à propos de se reposer. Les autres acceptèrent – sauf Frank qui observait toujours Sirius avec des yeux illisibles. Sirius essaya de l'ignorer, de feindre qu'il n'avait pas vu mais c'était dur. Frank avait par le passé été un ami, mais Sirius eut le désagréable sentiment que ces jours étaient passés. Comme tant d'autres choses.
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James avait toujours détesté se lever tôt, mais au moins il y avait une raison acceptable cette fois. Il s'était finalement laissé convaincre par l'insistance de Lily et de Rogue et il venait à Poudlard pour que Madame Pomfresh l'examine et lui donne son avis d'experte. James s'y était fermement opposé, mais l'argument de Rogue l'avait finalement convaincu – il avait perdu l'usage de ses jambes avant que Blackwood ne lui donne ses potions. Par conséquent, en plus de maintenir James paralysé, ces potions pouvaient avoir masqué le réel problème, Rogue avait aussi précisé qu'un maître des potions n'est pas un médecin.
Il était donc là, laissant Pomfresh l'examiner comme s'il avait de nouveau onze ans. Il aurait voulu que Lily vienne, mais le temps lui manquait déjà à lui et elle était encore plus occupée si c'était possible. La reconstruction du Ministère venait de commencer, et le groupe Licorne se remettait à peine de la perte de Nicolas Flamel. Avec tout ça, Lily et James se voyaient rarement, excepté quand l'un d'eux retrait très tard dans la nuit. James fronça les nez d'ennui. Il était debout depuis une heure du matin la veille, ressassant les vieux dossiers du ministère et ceux de Dumbledore – enfin, ceux qui n'avaient pas été détruits. Il en manquait tellement qu'il commençait à se demander si quelqu'un ne les avait pas volés.
"Bien, c'est intéressant..." murmura l'infirmière dans un souffle, ramenant James au présent. Il tourna immédiatement la tête pour la regarder (il était allongé sur le ventre, une position qu'il n'aimait pas), mais elle continua son examen.
"Qu'est-ce qui est intéressant ?" la pressa James.
"Le professeur Rogue t'as donné des antitoxines, non?"
Il essaya de hocher la tête et finit le nez dans l'oreiller. Exaspéré, James sortit la taie d'oreiller de sa bouche avant de répondre, "oui."
"Il semble que tu as plusieurs vertèbres brisées," répondit lentement Pomfresh.
"Vous pouvez me guérir ?"
Pomfresh rit brièvement. "Naturellement, James."
Pendant un moment, il fut sans voix, soulagé, et il se tordit le cou pour la regarder avec des yeux ronds. Elle a dit qu'elle pouvait ! James aurait voulu crier de joie. Ça faisait si longtemps qu'il n'osait plus l'espérer, sa foi dans les médecins avait complètement disparu après le travail de Blackwood. Mais il faisait confiance à Pomfresh. Il était, après tout, dur ne pas faire confiance à la sorcière qui avait rapiécé son dos brisé après qu'il soit tombé de son balai à presque cinquante mètres du sol, quand il avait été trop occupé à vouloir briller devant Lily pour s'embarrasser de précautions.
"Cependant, ça prendra du temps", continua-t-elle tranquillement.
"Combien de temps ?" demanda ardemment James.
"Au moins quelques mois," dit-elle doucement. "Peut-être plus."
Il haleta. "Quoi ?"
Pomfresh soupira et s'assit à son chevet. "Les vertèbres ne sont plus le problème, James", expliqua-t-elle. "La toxine que Blackwood t'as donnée rongeait ta moelle épinière. Si Rogue t'avais donné sa potion ne serait-ce qu'un mois plus tard, tu n'aurais plus jamais remarché."
"Mais..." Soudain, il eut à nouveau peur.
"Tu guériras", le rassura l'infirmière. "Mais cela prendra du temps."
James avala sa salive. "Je ne sais pas comment..."
Il allait dire vous remercier et il l'aurait fait si un hibou ne s'était pas posé sur l'oreiller devant son visage. James s'interrompit et regarda, il dut à nouveau cracher quelque chose qui était entré dans sa bouche, mais cette fois c'était une lettre. Il la saisit quand le hibou la lâcha et s'envola. Mais James ne prêta pas attention au hibou. Il regarda le sceau sur la lettre, il portait les mots Toujours Pur.
James l'ouvrit, toujours allongé et immobile. Pourquoi Sirius lui écrivait-il alors qu'il pouvait simplement appeler... ?
A : James H. Potter, ministre de la Magie
De : Sirius Black, chef du département d'Application des lois magiques, et des Aurors
Voldemort a attaqué Avalon. 15 Mangemorts, 13 Détraqueurs, mené par Adam Macmillan.
Il a été repoussé.
Aucun dommage.
Aucun décès.
Jones et Deauclaire sont partis pour la France comme prévu.
Par ma propre main :
Sirius Black
C'était une lettre curieusement officielle pour venir de son meilleur ami, mais James en comprit la raison une fois le choc passé. Avalon ? Voldemort a trouvé Avalon, voulut-il crier. Le dernier sanctuaire des Aurors, un des endroits les plus mystérieux du monde magique, Avalon était supposée intouchable. Mais... il y était allé. 'Il a été repoussé, ' avait écrit Sirius. Repoussé. Défait. Avalon était saine et sauve.
Pourtant, James eut du mal à avaler les faits. La lettre était si sèche, si impersonnelle... c'était la lettre d'un chef de service au ministre, ni plus, ni moins. C'était vrai, James n'était plus sur le terrain, le ministre laissait ça entre les mains des Aurors, mais James n'avait pas envie d'être mis de côté. Il était Auror, malgré son actuel état, et tant pis si Sirius essayait de le protéger encore.
La vraie question, cependant, était de quoi Sirius essayait de le protéger cette fois.
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A l'aube, chacun des sept Aurors ayant participé à l'attaque étaient épuisés. Mais ils étaient trop nerveux pour dormir, et beaucoup trop curieux de ce qui était arrivé à Sirius. Après quelques heures et quelques messages envoyés, Hestia resta avec Deauclaire et les autres allèrent au lit. Tous, sauf Sirius. Sirius commençait à planifier la vengeance.
Quand tous les Aurors disponibles arrivèrent sur Avalon à midi, il savait où ils iraient. Ils parlaient tranquillement, maintenant, essayant de feindre qu'ils ne parlaient pas de l'attaque, qu'ils ne parlaient pas de lui. Mais tant de visages rougirent en voyant qu'il les avait vus, et les douzaines d'yeux évitèrent les siens. Lui faisaient-ils néanmoins confiance ? Il n'y avait qu'un moyen de le découvrir.
Est-ce que je deviens paranoïaque ? se demanda abruptement Sirius, puis il éloigna cette pensée. Ça aussi, ça serait pour un autre jour. Il se racla la gorge.
"Frapper dur, frapper vite", dit-il, balayant la salle des yeux. "C'est ce que disait Alastor Maugrey, il avait raison.
"Nous avons été frappés. Voldemort a accompli ce qu'aucun autre mage noir de l'histoire n'a fait – approcher Avalon, le dernier sanctuaire intact de la lumière. Nous ne pouvons pas laisser ceci impuni."
"Tu veux parler de vengeance", remarqua Francine Hoyt, ses sourcils foncés se touchant presque.
"Oui."
"Où je dois signer ?" demanda Oscar Whitenack, la voix bien plus dure que jamais. Le jeune idéaliste semblait s'être mué en un vieil homme dur durant la nuit, et Sirius fut triste de voir ce changement.
Tout change...
Des grognements fusèrent dans la salle pour marquer leur accord, et Sirius vit la dureté d'Oscar se refléter sur tous les visages. Les Aurors ne détestaient rien plus qu'être acculés, et l'attaque d'Avalon les avait secoués. Avalon était à eux. C'était le travail des Aurors de la protéger.
Tous, nota-t-il, évitèrent de mentionner comment ils avaient fait cette fois. Ne me faites-vous pas confiance ? voulut-il crier, mais il s'abstint. En fait, il avait peur de la réponse.
"Où ?" demanda Alice.
Sirius lui fit un petit signe d'assentiment. "Le manoir Jedusor."
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Une maison sur une colline. Grande et imposante, mais... sombre.
La nuit.
Des silhouettes dans les buissons. Cachées.
Un flash.
Quelque chose brûlait. La nuit était aussi lumineuse que le jour – était-ce le jour, maintenant ? Les étoiles avaient disparu et une lumière rouge éclairait le ciel.
Des visages.
Nymphadora Tonks. Il se souvenait d'elle. Une fille si intelligente, si désespérément maladroite. Elle avait toujours semblé trop fouineuse pour une Serdaigle, mais elle était plus intelligente qu'il n'y paraissait.
Elle courait. Vers ou loin de quelque chose ? Il ne le voyait pas, mais elle était dans une salle
Et le plancher se souleva sous elle, l'envoyant dans les airs.
Un feu vert. Une lumière rouge. Vert. Violet. Noir. Le feu.
Le feu.
Un corps brûlant. Un corps vivant. L'homme criait.
Vert.
Quelqu'un convulsant dans les airs. Striker ?
Le feu.
Des cris.
Des cris.
Des cris.
Des sorts. Une brûlure. Un arbre qui volait.
Un flash.
Rodolphus Lestrange se battant en duel avec quelqu'un. Frank ? Sa victime s'effondrait. Le sourire de Lestrange, levant sa baguette.
Sirius-
"Monsieur le Directeur ?"
Remus sursauta, cognant ses genoux au bureau. Sa vision était floue et la pièce tournait, mais une silhouette était là, et ses yeux ronds le regardaient avec inquiétude. Les images dansaient toujours dans son esprit, mais elles étaient trompeuses, comme la brume que Remus ne pouvait pas tout à fait saisir même s'il essayait -
Sirius faisant un pas en avant.
Un rire.
Une brûlure.
Des hurlements.
Une brûlure -
"Professeur Lupin ?"
Il sursauta encore et se reprit. "Oui ?" articula Remus, conscient de l'hésitation dans sa voix.
"Vous allez bien ?"
Il cilla plusieurs fois, déçu qu'elle ait fait disparaître les images. "Je vais très bien."
Remus voulut crier. Quelque chose se produisait, allait se produire, ou s'était produit - et il ne savait pas quoi. Et si Trelawney n'était pas entrée dans son bureau, il aurait su. Qu'est ce qui arrive à Sirius ? Il y avait quelque chose de sombre dans son ami que Remus n'avait jamais vu avant... mais peut-être que c'était simplement un jeu de lumière.
Et toi, tu ressembles à un loup normal pendant la pleine lune, Lunard. C'est seulement un jeu de lumière.
"Je peux vous aider, Sybile ?" demanda-t-il faiblement.
Elle lui adressa son agaçant sourire. "Puis-je vous emprunter votre exemplaire de L'histoire de Poudlard ? J'ai perdu le mien, et celui de la bibliothèque est sorti... "
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Des cris.
Severus avait le dos tourné au mur froid, s'appuyant presque contre lui, mais pas tout à fait. Il se serait reculé plus s'il avait osé, mais le dégoût le poussait seulement à essayer d'échapper...à ceci.
Il avait vu des millions de tortures depuis qu'il était Mangemort. Un jour, ses rêvasseries avaient été semblables aux pires cauchemars des autres, mais plus maintenant. D'une façon ou d'une autre, il était devenu différent - mais il faisait toujours la même chose, et Severus n'avait jamais beaucoup aimé regarder un homme agoniser.
Cela, naturellement, n'empêchait pas Bellatrix de s'amuser. Et ça n'arrêtait pas la plupart des autres, même s'ils ne lui lançaient qu'un endoloris quand venait leur tour. Naturellement, il fit de même, les apparences devaient être sauvées. Et ce n'est pas comme si j'avais une âme à perdre, de toute façon, de quoi je m'inquiète ? Il s'empêcha d'avoir l'air plus menaçant. Macmillan n'était plus qu'un tas sanglant d'os et de peau – et même si certains morceaux étaient détachés du reste - ils le torturaient toujours.
Il commençait à avoir mal aux oreilles.
Bonne excuse, Severus. Même cette pensée le fit se sentir sale. C'est ça qui te tracasse ?
Fichue conscience.
Le bruit s'était finalement arrêté, et l'Auror devenu traître était face contre terre et tremblait. Il n'était vivant que grâce à l'intervention de Voldemort, Severus le savait - il l'avait vu faire signe à Bellatrix de s'arrêter. Les autres observaient curieux, maintenant, attendant la suite - la grande finale. Il voulut lever les yeux au ciel, mais ne le fit pas. Défier la mort n'était pas une bonne idée.
Macmillan marmonnait des paroles dénuées de sens, essayant probablement de parler sa faveur. Mais il avait trop crié et n'avait plus de voix. Ses efforts firent seulement rire bêtement Bellatrix.
"Je..."
"Tu quoi ?" roucoula Bellatrix. "Tu veux qu'on s'arrête ?"
La réponse fut un faible gémissement, mais c'était sans doute un oui. Le sang martelait dans la tête de Severus, étrangement synchronisé avec le sang qui jaillissait de l'entaille que Bellatrix avait faite sur le flanc de Macmillan. Il ne survivrait pas longtemps sans aide, et Severus savait que l'aide ne viendrait pas.
"Assez, Bella." Il n'y avait aucune pitié dans la voix douce, rien que de la froideur métallique. Pourtant, le Seigneur des ténèbres avança alors que son animal de compagnie reculait, glissant sans trébucher sur le plancher taché de sang. Ils étaient dans son palais, pas à Azkaban proprement dit, et Severus put seulement imaginer combien de sorts de récurage il faudrait pour nettoyer le plancher, mais il doutait que quiconque s'en soucie.
Voldemort s'accroupit près de Macmillan, ses robes traînant dans le sang humide. L'Auror blessé se tendit légèrement comme s'il essayait de s'échapper, mais il n'eut même pas la force de lever la tête. Après un regard appuyé, le Seigneur des ténèbre tendit la main et lui leva la tête.
"Tu plaides ta cause comme si ça allait changer quoi que ce soit," chuchota le Seigneur des ténèbres. Doucement, il tendit la main pour balayer les cheveux hors des yeux de Macmillan, et l'ancien Auror recula faiblement. "Mais pourquoi ça changerait ?
"Rien n'est plus inutile qu'un traître inefficace."
Il se leva, laissant tomber la tête de Macmillan sur le plancher, elle tomba avec un bruit sourd Sans un regard par-dessus son épaule, le Seigneur des ténèbres s'éloigna, traversant la salle, il dit par-dessus son épaule :
"Finissez-le."
D'un même mouvement, les Mangemorts s'inclinèrent, murmurant des remerciements. Severus fut l'un des seuls à ne pas regarder le sol en le faisant. A la place, il observa les visages des autres, lisant le désir, l'anticipation et le plaisir. Il déglutit puis se reprit, espérant que personne n'avait remarqué. Mais non - ils se concentraient sur Macmillan, qui était calme comme la mort sur le plancher. Il avait arrêté de lutter après cinq minutes. Au moment où Voldemort était entré.
Cela ne prendrait pas longtemps, mais il savait que ça semblerait une éternité. Severus serait contraint de rester pour le dernier acte, naturellement, et il y participerait. Il en détesterait chaque instant, mais il le torturerait, le mutilerait et feindrait d'apprécier. Et il était inutile qu'il se mente à lui-même – même s'il avait eu une issue, il ne l'aurait pas prise. Il ne pouvait pas, pas sans compromettre ce qui le maintenait en vie : son statut parmi les partisans de Voldemort. Etrange comme ce qui assure ma survie aujourd'hui continuera de le faire quand la guerre sera finie. Je prospère en tant qu'espion.
Alors il sourit quand Bellatrix lui offrit les derniers instants et accepta avec l'élégance qu'on attendait d'un héritier d'une ancienne et noble famille.
0000
Brrr, non ?
Il reste neuf chapitres pour finir cette fic – j'ai pas dit toute l'histoire mais cette fic.
Le prochain s'appelle Dies Irae – Robin est encore plus toquée de latin que moi, c'est peu dire... Bon, si vous avez perdu votre dictionnaire, ça veut dire Jour de colère... et ce sont aussi les premiers mots de la liturgie chrétienne des morts... Tout un programme...
