Promesses retenues

Générique

Auteur : Robin4, sous le titre original de Promises Remembered

Inspiration JKR, mais très UA quand même !

Traduction : Petite Plume

Relecture et mise en ligne… Fénice qui s'accroche toujours !

Sponsors officiels : Lunenoire qui est effrayée - Touffue qui nous chante le requiem de Mozart (balèze !) - Shima-Chan qui veut voir les Misfits (on va avoir une minuscule référence au détour d'une phrase...) - Ryan qui apprécie les tableaux sombres, Alana Chantelune qui rêve – deux chapitres par semaine et puis quoi encore ! (par contre, ma jolie, va falloir qu'on cause du troisième tome...) - Siri l'aventurier qui a finalement peur – Lokness qui trouve Sirius « crédible dans sa noirceur » (je te comprends trop bien !) - Queen Anarchy qui commence déjà le chantage pour la suite (oui, y a une suite, profond soupir... pour tout vous dire, elle est même pas finie la suite !) - Wanderin qui a tout aimé un peu... Merci !

Chapitre trente-neuf : Dies Irae (Jour de colère)

Ses deux gardes du corps avaient semblé épuisés avant même que le trio n'arrive à Paris, mais les questions de Peter n'avaient reçu que des réponses sèches, "nous allons bien," de Jones. Elle grognait, il grognait, et c'était tout. Deauclaire les observait tous les deux avec des yeux illisibles, mais Peter sentait sa désapprobation. Il ne s'était pas attendu à tenir de grandes conversations avec ses compagnons, mais c'était pire que ce qu'il avait imaginé.

On pouvait naturellement mettre leur étrangeté sur le transplanage international, mais Peter en doutait. Les Aurors supportaient ça en général bien mieux que lui, et ni l'un ni l'autre ne semblait mal à l'arrivée. En règle générale, les Aurors étaient plus à l'aise que lui pour tout. Jones sembla pourtant plus fâchée, et Peter se dit qu'il y avait quelque chose.

"Et maintenant, Pettigrow ?" demanda-t-elle, le regard furieux. Son élève regardait autour de lui ; ils étaient devant l'Assemblée magique, place des innocents, Peter avait appris son nom longtemps auparavant, lors de sa première visite. Seuls quatorze mois étaient passé ? On aurait dit une éternité.

"Par là", répondit Peter, les guidant. Habituellement, il était accueilli par un guide, mais il connaissait le chemin. Je suis venu ici assez souvent, pensa-t-il avec perplexité, jetant un coup d'oeil à Jones par-dessus son épaule. "Appelez-moi Peter."

"Pourquoi ?" Droit au but, c'était Jones.

"Je ne sais pas." Il haussa les épaules. "Entendre mon nom de famille me rappelle... d'autres choses."

"Oh." Elle fut assez intelligente pour en rester là, mais pas son protégé.

"Quoi -?"

Un regard dur de Jones le fit taire, et Deauclaire haussa les épaules. Peter jeta un sourire reconnaissant à la sorcière aux cheveux noirs, mais il aurait aussi bien pu sourire à une statue vu son peu de réaction.

"Monsieur Pettigrow !"

Les deux Aurors sortirent leurs baguettes quand un sorcier souriant aux cheveux bruns se précipita dans leur direction, et Peter eut du mal à garder l'équilibre quand Jones le poussa à l'écart. Le nouveau venu stoppa net comme deux baguettes se pointèrent sur son visage, il se demanda clairement s'il devait fuir ou se battre. Peter jura.

"C'est un ami !" dit rapidement Peter, passant entre Jones et Deauclaire la main tendue. Il ignora résolument les Aurors. "Désolé. Mes gardes du corps sont un peu... trop zélés." Il sourit timidement. "C'est bon de vous revoir, Jean."

"Le plaisir est partagé." Jean observa les autres avec précaution, et il fit un effort pour sourire. "Je suis désolé pour mon retard, mais le Président - oh, vous savez comment sont les politiciens."

"Oh oui", répondit Peter, essayant de ne pas grimacer. Et il sait que je suis un politicien, aussi. L'homme a du flair. "Merci d'être venu à notre rencontre, Jean. Voici Hestia Jones et Jason Deauclaire."

"Des Aurors ?" demanda immédiatement Jean, et tous deux hochèrent la tête, Peter vit la surprise dans les yeux de Deauclaire.

Peter, cependant, n'en fut pas étonné. Depuis qu'il était le chef du département de coopération magique internationale, il avait visité une vingtaine de pays, rencontrant des "intermédiaires" partout. Aucun d'eux, cependant, n'était tout à fait comme Jean d'Orville, et Peter suspectait que c'était parce que Jean n'était pas un politicien. En fait, Peter était intimement convaincu que Jean était un espion, peut-être même un membre des Aurors Spéciaux. Il se comporte comme un Auror (avec un goût prononcé pour les intrigues), mais un étranger ne le verrait probablement pas. Jean jouait son le rôle à la perfection - mais Peter n'avait pas été un maraudeur pour rien. On était capable de voir quand on était trompé quand on avait la même compétence, et l'instinct de Peter lui avait crié "C'est un espion !" environ cinq minutes après leur première rencontre.

Mais cela ne l'empêchait pas d'apprécier Jean, naturellement, mais il était sur ses gardes.

"On y va ?" demanda-t-il, souriant à son tour.

"Mais naturellement", répondit Jean, se tournant pour les conduire dans La Maison, le siège de l'Assemblée magique française. Mais il ne se tourna pas tout à fait assez rapidement, et Peter le vit jauger rapidement les autres d'un regard. Le sourire du Français s'élargit un peu et il adressa un clin d'oeil à Peter.

Ca, décida le maraudeur, va être encore une négociation intéressante.

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"Vous allez attaquer le manoir Jedusor, non ?" lui demanda Remus la veille de la date prévue pour l'attaque.

Les survivants du Cercle intérieur s'étaient réunis une fois de plus - à Poudlard, cette fois, parce qu'ils n'avaient plus nulle part où aller. Ils auraient pu se réunir à nouveau Square Grimmaurd, mais il y avait quelque chose de gênant... et Remus avait tranquillement exprimé sa préférence pour Poudlard, espérant que le décor confortable sortirait Fumseck de sa retraite. Il s'était trompé. Le Phénix n'était même pas là.

Sirius réagit quand son ami parla, luttant pour ne pas paraître trop surpris et souhaitant que l'expression Bill ne les ait pas trahis. Merde, comme si ça allait changer quelque chose ! s'énerva-t-il en se forçant à cesser de plisser les yeux. "Pardon ?"

"Tu m'as entendu, Sirius", soupira Remus. "Je crois que vous tous êtes au courant de mes visions... que je n'ai pas vraiment essayé de vous les cacher."

Pour la première fois, Sirius se rendit compte qu'il était le seul dans la pièce à savoir pourquoi Remus avait ces visions. Remus n'avait pas parlé à James ou Peter de la fontaine ou de ses effets ; Sirius suspectait que lui non plus ne l'aurait jamais découvert si Remus n'avait pas désespérément eu besoin de ça partager avec quelqu'un. Même là, Sirius en savait très peu sur ce que faisait la fontaine... et il ne désirait pas en savoir plus. Il comprenait que Remus ait besoin de garder ça secret – certains pouvoirs n'étaient pas destinés à être partagées.

Comme ces deux potions qui mijotent toujours sur Avalon, pensa-t-il sombrement. Celles qui changeront ma vie pour toujours... comme si le Conmalesco ne l'avait pas déjà fait. Il avala, et essaya désespérément de le cacher. Pourtant, il connaissait la vérité. Tu ne peux plus reculer, Sirius, et tu le sais. Reviens au présent et fais ce qui doit être fait.

Heureusement, l'attention des autres était sur Remus qui continuait : "J'ai vu des Aurors au manoir Jedusor", dit tranquillement le directeur. "Ils luttaient contre des Mangemorts, et il y avait quelque chose qui brûlait... je ne sais pas quoi. Et j'ai été interrompu avant de voir la fin."

"Tes visions se réalisent toujours ?" demanda vivement Mondingus Fletcher, les souvenirs rétrécissant ses yeux. L'ancien Auror avait passé deux semaines horribles au manoir Jedusor, Sirius le savait. Deux semaines au cours desquelles Voldemort l'avait torturé et l'avait brisé en août 1989.

"Oui." Remus hocha la tête lentement. "Elles ne sont pas toujours claires... mais elles ne m'ont jamais trompé." Brièvement, ses yeux se posèrent sur Sirius. "Même au chemin de Traverse."

Les autres hochèrent la tête et Sirius résista à l'envie de mordre sa lèvre. "Tu as raison", admit-il à la place. "Nous allons attaquer le manoir Jedusor. Nous devons riposter à sa tentative sur Avalon."

"Tu comptais me le dire quand ?" demanda immédiatement James, son ton léger calmant la violence des mots.

"Demain matin", répondit Sirius. "Après le petit déjeuner."

Heureusement c'était vrai, parce que James avait toujours su quand il mentait. Le ministre de la Magie hocha la tête, pas vraiment d'accord, mais acceptant. James avait été Auror. Hélas comme d'autres.

"Tu es sûr que c'est prudent ?" demanda tranquillement Dung. "Je sais que le manoir ressemble à n'importe quel manoir Moldu, mais il est tout sauf ça. N'oubliez pas que Voldemort l'a utilisé pendant des années avant de prendre Azkaban. La seule sécurité suffit à arrêter une armée."

"On doit le faire", dit fermement Sirius, parcourant la pièce des yeux. "En outre, nous avons espionné le manoir pendant un mois, et maintenant c'est l'heure de frapper. Les Mangemorts sont devenus négligents."

Le froncement de sourcils de Rogue en disait long, mais ses mots contredirent l'expression de son visage. "Je suis forcé d'en convenir," dit-il lentement. "Le Seigneur des - désolé, Voldemort - a nommé Lucius Malfoy responsable de la sécurité, mais Lucius a trop peur de salir ses robes pour venir. Dans la réalité, Crabbe et Goyle sont responsables du manoir Jedusor, et je ne les qualifierais pas d'intelligents."

"Nous y voilà", conclut tranquillement Sirius. "Nous frapperons fort et vite, et pas simplement pour les Aurors. Il est temps de rappeler au monde magique qu'il y a un espoir de victoire et que la lumière se battra."

Une nouvelle fois, les autres hochèrent la tête, mais Sirius aurait souhaité ressentir l'espoir qu'il voyait dans leurs yeux. Ce n'était que des mots, vraiment. Des mots vides. Il les avait dits parce qu'il le devait, pas parce qu'il y avait de la magie derrière - et les mots ou les batailles seuls ne déferaient pas Voldemort. Les Aurors, le Ministère, et l'Ordre avaient essayé pendant des années, seulement avec des baguettes et de la rhétorique. Ils avaient besoin de quelque chose de différent, pourtant personne dans cette pièce n'était prêt à faire ce que demandait cette différence.

Même moi, pensa honnêtement Sirius. Mais il essayerait de toute façon, et commencerait par le manoir Jedusor. Il était temps.

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Trois jours et demi plus tard, c'était toujours intéressant. A ce moment, Peter était bel et bien lassé de tous ces politiciens. C'était, naturellement, une idée plutôt contradictoire, mais pourtant vraie. Bien que la vie l'ait mené à la politique, Peter aimait à se penser honnête et (pour le moins) relativement franc. Il n'avait jamais eu plaisir à jouer ces jeux, à attendre le moment, ou à attendre que le processus politique se mette en place, Peter préférait aller droit au but, mais après neuf "entretiens" avec le Président Legarde, il était prêt à étrangler quelqu'un. Jour après jour, il demandait une réponse, montrant même à Legarde une lettre personnelle de James, mais il ne se passait rien.

Même la vérité n'avait eu aucun effet. En quelques mois, il y avait eu des attaques isolées de Mangemorts sur le territoire français, mais l'Assemblée magique refusait de croire que la France était une cible de Voldemort. Ils étaient des politiciens, concernés uniquement par la politique, et la réalité n'était qu'un détail.

Ouais, et cette marque qui brûle dans le ciel est juste le fruit de votre imagination.

"Monsieur Pettigrow, je comprends l'empressement de votre ministre, mais ce n'est pas le problème de la France," lui dit Legarde pour la trente-cinquième fois. Peter comptait.

Et pour la trente-cinquième fois, il dit la même chose. "Peut-être pas maintenant, mais si la Grande-Bretagne tombe ? Que ferez vous ? Vous pensez que Voldemort sera satisfait de son petit coin d'Europe?"

"Ne dites pas son nom !"

Habituellement, Peter ne le disait pas, et la réaction le fit sourire légèrement. Legarde ne saurait jamais combien ça avait été difficile pour Peter d'apprendre à le faire, combien il luttait pour échapper à ses propres craintes - mais le stratagème fonctionna. "Vous le craignez, non ?" demanda tranquillement Peter. "Même si vous dites que ce n'est pas votre problème."

"Ca ne l'est pas !" cracha Legarde.

"Si ça ne l'est pas maintenant, ça le sera quand ?" Peter soupira. "Où est la limite, Monsieur le Président ?"

"Et qu'est ce qui nous empêche de nous allier avec lui, hein ?" demanda le Français, soudain têtu. "Pourquoi la France devait suivre l'exemple de la Grande-Bretagne ?"

"Pard -" haleta Peter. Avec tout le temps qu'il avait passé en France, tous les entretiens, et tout le travail, il n'avait jamais entendu ça, particulièrement venant de Legarde. Malgré tous ses défauts, le président était un homme fort, et Peter ne le voyait pas sympathisant avec des Mangemorts. Mais là... ?

Il ne fut pas le seul à lever la tête. De sa chaise un peu plus loin, Jean regardait fixement son supérieur – il avait été silencieux pendant toutes les négociations, observant et écoutant, mais il parla maintenant, le choc colorant son visage. "Eugène ?"

"Pardonnez-moi." Le président rougit, secouant la tête. "Ce n'est pas ce que je voulais dire, mais..." Il haussa les épaules avec une éloquence typique des Français. "Ce n'est pas aussi simple."

"Avec tout le respect que je vous dois, monsieur, je pense que si," répondit tranquillement Peter.

Legarde ouvrit la bouche pour objecter, mais Jean le coupa. "Il est temps de cesser de reculer, mon ami", dit-il tranquillement, exprimant inconsciemment les pensées de Peter. "Et il est temps de cesser de se voiler la face." Il se tourna vers Peter.

"Je dois admettre que j'étais circonspect devant l'offre d'alliance de votre ministre," dit-il franchement. "Nous, les Aurors Spéciaux, avons entendu beaucoup de rumeurs au sujet des conséquences que...Voldemort a eu sur votre pays. Mais votre conduite ici m'a convaincu que votre combat n'est peut être pas condamné à l'échec."

Ses yeux brillèrent, et quelque chose de sombre sur son visage empêcha Peter de se réjouir d'avoir eu raison - Jean était en effet un Auror, et les Français n'allaient pas maintenir leurs têtes dans les égouts pour toujours. Mais ces yeux bruns le dévisageaient intensément.

"J'ai pourtant une question, Peter." La voix de l'homme aurait pu geler le lac de Poudlard un jour d'été. "Si vous êtes si impliqué dans ce combat contre celui-dont-on-ne-doit-pas-pronocer-le-nom, pourquoi portez vous sa marque sur votre avant-bras gauche ?"

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"Je ne sais pas, Arthur," James soupira. "D'une part -"

Le flanc gauche de ses robes s'éleva et faillit lui cingler le visage.

"Pour l'amour de -" commença Arthur, s'interrompant quand les robes frappèrent le visage de James. Le ministre de la Magie écarta le tissu et jura, attrapant quelque objet magique que son facétieux fils devait avoir caché dans ses robes, quand un bruit aigu remplit le petit bureau.

"Hein ?" demanda-t-il stupidement, jetant un coup d'oeil à Arthur. Son adjoint fronça les sourcils.

"Ca ressemble à une -"

"Montre !" James sursauta au son de sa propre voix et sentit son coeur commencer à s'emballer. "La montre !"

Il fouilla dans ses robes avec ses deux mains et la saisit. James n'avait jamais été un grand fan des montres de poche, mais il avait pris l'habitude de porter celle-là – d'une certaine manière, elle semblait appropriée pour le ministre de la Magie. En fait, il y était si habitué qu'il remarquerait la différence de poids si la montre n'était pas là, bien qu'elle n'avait jamais fait quoi que ce soit avant. Après tout, la montre donnait seulement l'heure si on lui jetait un sort de temps, ce qui la rendait presque inutile, même si elle était extraordinairement belle. Pour une montre de poche.

La montre que Dumbledore avait léguée à James comportait six mots au bout des six branches d'une étoile : Sécurité, deuil, paix, danger, célébration, et guerre. Ils étaient écrits en bleu sur fond d'or, et la main rouge pointait celui qui qualifiait le mieux le monde magique. Depuis que James possédait la montre, cette main était restée pointée sur guerre, et il en était presque venu à croire qu'elle ne se déplacerait jamais.

Maintenant, pourtant, la main s'était dirigée vers le haut, désignant le mot du centre du cadran, légèrement plus grand et plus lumineux que les autres.

C H A N C E.

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Il arriva seul.

Pour une fois, la décision avait été prise prudemment et non à la hâte, Sirius avait foncé de nombreuses fois dans sa vie, risquant la sienne comme celle des autres pour des raisons douteuses qui lui avaient semblé de bonnes idées. Cette fois, cependant, il prenait un risque calculé. Et oui, il l'avait appelé comme ça - mais ça l'était réellement. Une vie, raisonnait-il, peut être mise en danger si elle en sauve d'autres. Particulièrement si cet un individu a la capacité de se transformer en énorme chien noir.

Sirius attendit à peine d'être entièrement matérialisé avant de se transformer. Faire ainsi n'était pas exactement ce que le professeur McGonagall aurait recommandé, mais l'examen soigneux des défenses avait indiqué qu'elles n'identifiaient pas les animaux. C'était un oubli idiot, même s'il était relativement mineur comparé au reste, après tout, il y avait seulement cinq Animagi enregistrés et leur forme ne les aurait pas aidés.

Le chien grimaça pour lui-même et se mit au travail.

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Exactement quinze minutes plus tard, trente-deux Aurors transplanèrent sur l'allée du manoir Jedusor. Trois secondes après, le chien noir redevint Sirius Black ; il s'était introduit dans la propriété en passant sous le mur de pierre et avait passé les défenses sans les déclancher ou les lever. C'était un système de sécurité simple, basé sur la croyance que les Mangemorts étaient là, et ça fonctionnait – avant que quelqu'un ne réussisse à entrer et à faire entrer ses complices sans être détecté.

Sirius eut un sourire sinistre alors que ses Aurors se divisaient en trois groupes, il les compta rapidement avant d'examiner les alentours. Le bâtiment lui-même du manoir Jedusor avait rendu nécessaire quelques changements au plan de base des Aurors, mais lui, Alice, Frank, et Francine Hoyt avaient planifié les moindre détails. Il y avait trois portes au rez-de-chaussée du manoir, et chaque groupe en prendrait une. Le premier groupe, celui de Sirius, était plus une diversion qu'autre chose ; leur mission serait la plus dangereuse et la plus inutile, mais également la plus nécessaire. S'ils parvenaient à écarter la résistance de la porte arrière, Alice, Frank et les autres du groupe 3 pourraient entrer dans le sous-sol sans être vus. En attendant, le groupe 2 de Francine entrerait par la porte de la cuisine, couverts par le groupe plus réduit de Sirius.

Bill Weasley arriva à sa gauche alors que Sirius posait un genou sur l'allée de gravier, fronçant les yeux pour voir dans l'obscurité. Lentement et soigneusement, Sirius compta jusqu'à dix en observant les autres groupes disparaître dans l'obscurité. C'était une nuit étrangement brumeuse, particulièrement deux heures avant minuit, mais Sirius jugea que c'était bien. C'était utile, permettant aux Aurors de rester près de la maison sans être vus.

Comme si quelqu'un était éveillé pour les voir, pensa Sirius avec acidité. S'il y avait des Mangemorts au manoir - et il espérait qu'il y en ait -, ils n'étaient pas éveillés. Le sprint de Patmol à travers le jardin avait été calme, et les trois groupes avaient atteint avec la même facilité leurs destinations.

"Maintenant", chuchota-t-il, et il avança. Sirius n'eu pas besoin de regarder pour savoir que Bill, Tonks, Striker Williamson, Terry Scott, Mucia Coleman, Alain Brittingham, Marcy Trimble et Christa Gambledon étaient sur ses talons, il sentait le sol vibrer sous leurs pas.

62 pas. Il les avait comptés, ça avait semblé une éternité. Ces trente secondes avaient été trop longues à son goût. Les portes marron apparurent indistinctement devant lui, deux fois plus hautes que Sirius et larges d'au moins 3 mètres. C'était un vieux manoir moldu.

"Cadovallum." Sirius chuchota le mot au pas 49. Il avait parlé si bas que même Bill aurait dû faire un effort pour l'entendre, mais ça ne changea pas le résultat.

Un sort simple de désintégration aurait été plus facile que détruire le mur, mais l'objectif était de faire du bruit. Distraction. Evidence. Au pas 57, les portes se brisèrent avec un bruit assourdissant, faisant voler des éclats de bois et de plâtre partout. Quelques morceaux atterrirent près des Aurors, mais aucun ne les toucha. La voie était libre.

Vite et direct. Les pieds de Sirius touchèrent les dalles au pas 63 et un éclair vert le frôla au pas 65.

"A terre !" commanda-t-il, plongeant sur le plancher et roulant de côté. Je pense qu'ils sont réveillés maintenant ! Les Aurors s'étaient laissés tomber autour de lui, mais Sirius entendit les sorts de riposte commencer à fuser. Seulement quelques mètres à sa gauche, Bill envoya un Reductor, et Sirius entendit la voix de Tonks suivre avec un sort de bouclier pour les couvrir tous.

"Coleman, Brittingham, vérifiez le vestibule !" dit-il, désignant la petite ouverture à leur gauche. Mucia Coleman courut immédiatement avec son élève dans son sillage. Sirius les observa du coin de l'oeil, puis il s'accroupit dans sa position habituelle et leva la tête.

Il faillit se la faire arracher par un éclair vert. Bellatrix. Un regard suffit, cependant, pour que son esprit identifie les autres visages des premiers Mangemorts auxquels lui et son équipe faisaient face. Il y avait une deuxième ligne derrière la première, mais il n'avait plus le temps de les identifier – vingt Mangemorts environ face aux neuf personnes de sa petite équipe. Quelque chose ne tourne pas rond, l'informa son esprit. Ils ne devraient pas être si nombreux. Elle ne devrait pas être ici. Mais Bellatrix était au centre. Francis Travers, Carol Moon et Derek Corner étaient à sa gauche, alors les trois Fawcetts, Fredrick Moon et Amanda Pieters - Pieters ? Une alarme se déclancha dans la tête de Sirius, et il eut soudainement froid. Pieters. Sirius avala difficilement. Deux personnes d'Azkaban. Qu'est-ce qu'ils font là ? Qui viendra ensuite ? Il était difficile de ne pas jeter un coup d'oeil à Bill, dur de ne pas penser à Frank. Ou à moi-même. Sirius trembla.

"Avada Kedavra !"

"Extundo !"

Quelqu'un cria.

La lumière clignota.

"Imperio !"

Les mots résonnaient dans son coeur. Qui serait le prochain ? Était-ce simplement un imperium, ou autre chose ? Adam avait craqué à Azkaban. Sirius l'avait su avant même d'avoir vu dans l'esprit de Voldemort. Adam avait craqué sous une pression que Sirius connaissait trop bien. Mais qu'était-il arrivé à Amanda Pieters ?

"Reducto !"

"Everbero !"

"Rumperis !"

"Endo -"

Sirius leva encore la tête et le temps accéléra. Les sorts fusaient au-dessus de lui, et le vestibule sombre semblait aussi lumineux qu'en plein jour. Les murs se fissuraient et s'émiettaient sous les sorts et des morceaux de plafond pleuvaient sur sa tête. Les Aurors se tapissaient derrière la porte cassée, mais c'était une maigre couverture. Personne n'avait encore été touché, pour ce que voyait Sirius, mais ils allaient au devant des ennuis, et Sirius le savait. La seule issue était d'avancer, mais...

Voldemort était maintenant au centre de la ligne.

"Avada Kedavra !" tonna le Seigneur des ténèbres, et Sirius plongea sur sa gauche sans y penser. Il savait à qui le sort était destiné.

Sirius s'écarta du mur, conjurant un bouclier pour aller au devant de sa cousine sans prendre la peine de se lever. "Avancez !"

Il était sur ses pieds et en mouvement avant que les autres ne puissent répondre. Sirius lança un sort, puis deux, puis dix autres - il ne se souvenait même pas de ce qu'il avait lancé, mais ses réflexes parfaits lui permettaient d'agir sans réfléchir. Bill et Tonks étaient juste derrière lui, mais Sirius reporta son attention sur Voldemort, qui avait d'une façon ou d'une autre transplané ici juste après leur arrivée. Il ne devrait pas être ici, non plus. Comment peut-il avoir su ? Son esprit s'emballait. Son avant bras le brûla, mais Sirius avait froid.

Un pas. Deux. "Avada Kedavra !"

Il n'y avait pas le temps d'être gentil. Pas le temps de faire la bonne chose. Sirius savait que le sort ne tuerait jamais Voldemort, mais au moins il aurait un effet -

Quelqu'un cria, et le cœur de Sirius manqua un battement. Entre le moment où il jeta son sort et celui où il le vit frapper, il réalisa soudain que l'attention de Voldemort était ailleurs, et son dos était exposé. Il avait une chance sur un million - mais le Mangemort qui avait crié était Derek quand Bellatrix l'avait poussé en avant. Il trébucha, se rattrapa... dans la trajectoire du sort de la mort. Corner s'écroula. Voldemort se retourna. Ses yeux rouges rencontrèrent ceux de Sirius, et alors la voix froide du seigneur des ténèbres résonna dans le hall.

"Acervis!"

Sirius plongea à terre, priant pour que la lumière noire ne le suive pas. Elle pouvait, il le savait, mais seulement s'il y avait assez de temps -"Attention !" cria Bill.

Un cri de douleur résonna dans le hall, et Sirius sentit l'obscurité faire rage, virevolter, déchirer et violer l'âme de quelqu'un. Il se tourna, écoeuré, pour voir Striker Williamson convulser. L'Auror avait été frappé dans les airs par le sort, et ils le virent tous faiblir. Un autre cri tourmenté sortit de sa gorge déjà endolorie, et puis la vie le quitta abruptement.

L'obscurité le libéra et l'Auror s'écroula à terre. Le froid. Sirius n'avait pas besoin d'in médico-mage pour dire que Striker était mort, sa marque le brûlait violemment pour répondre aux ténèbres.

"Avada Kedavra !" Deux voix, à l'unisson, une femme et un homme. Sirius n'eut pas le temps de se retourner, il savait que la femme était Bellatrix – l'autre était peut-être Dolohov, mais il s'en moquait. Le jet vert surgit brusquement au moment où Sirius ouvrait la bouche pour crier un avertissement, Mucia Coleman et Alain Brittingham sortirent du vestibule.

"Non !" hurla Tonks.

Les deux Aurors tombèrent.

Ce n'était pas le moment de s'affliger.

"Vite, à gauche !" cria Sirius, bondissant sur ses pieds et jetant un rapide sort d'expulsion. Il toucha quelqu'un. Quelque chose.

Se retournant, Sirius fit un signe aux autres derrière lui. D'après son étude du plan de l'étage du manoir, il savait que la porte que Bill s'apprêtait à ouvrir menait au bureau, et savait qu'ensuite, ils pourraient s'échapper dans la bibliothèque... où les Aurors seraient condamnés à mort. Mais il n'y avait pas d'autre alternative. Le hall était devenu lieu de carnage.

"Allez, allez, allez !" cria Bill, poussant son élève par la porte.

"Endoloris !" C'était Bellatrix. Typique.

Il esquiva et se pencha, jetant des sorts aussi vite que possible, mais un Auror seul contre vingt Mangemorts, c'était du suicide. Même si Voldemort n'avait pas été là, Sirius aurait été condamné, même s'il avait choisi de rester et combattre. Au lieu de cela, il devait gagner du temps.

Expulsion. Reductor. Mort. Bouclier. Bouclier encore, et Expulsion. Ca allait trop vite pour qu'il puisse réfléchir, il dansait la danse la plus mortelle qu'il n'ait jamais dansée. Sirius jouait avec sa puissance et il ne s'est jamais senti si vivant. Chaque sens était en éveil, palpitait, chaque mouvement était calculé dans un coin de son esprit qu'il ne pouvait pas atteindre consciemment. Miroir. Briseur D'Os. Malédiction De Miroir. Désintégration. Décapitation. Il n'était pas parvenu à tuer mais il n'avait pas été frappé non plus.

Tonks, Scott, et Lawrence étaient derrière la porte. Bill poussa Christa et se tourna de nouveau vers Sirius. Le roux hésita.

"Allez !" cria le chef des Aurors. Bill disparut dans le bureau mais Sirius eut le temps de voir l'inquiétude dans son regard.

Bill n'avait pas besoin de s'inquiéter. Au moment où Bill s'échappait, Sirius se mit en mouvement, reculant d'un pas, de deux, puis - sort de bouclier ! hurla son esprit, et Sirius le conjura un juste à temps pour bloquer un sort de décapitation. Quatre pas. Cinq. Encore deux jusqu'à la porte.

"Cadovallum!" cria Rodolphus Lestrange, et le manoir trembla sans prévenir. La poussière vola partout, dissimulant l'ennemi à Sirius et il sut qu'il devait fuir au moment où Voldemort émergea de la brume. La fumée se dissipa rapidement, et Sirius vit de l'obscurité et des étoiles là où il n'y en avait pas eu avant. Abruptement, il comprit que le mur arrière avait été soufflé, et... était-ce Rodolphus qui menait la moitié des Mangemorts dehors ?

"Sirius !" cria Bill, le sortant de sa confusion. La baguette de Voldemort se leva -

Sirius plongea par la porte et entendit Tonks la claquer derrière lui. Une barrière si mince ne résisterait pas longtemps, mais au moins c'était quelque chose.

"Aïe !" Sautant sur ses pieds, Sirius se cogna la tête sur un bureau, envoyant son contenu dans toutes les directions. Il jura et reprit son équilibre, notant que personne n'avait ri.

"C'est quoi ça ?" demanda curieusement Tonks, désignant le pied droit de Sirius.

Il baissa les yeux et vit qu'il était debout sur ce qui ressemblait à un vieux bout de parchemin, parfaitement plié. Sirius s'accroupit pour le prendre. "Bonne ques -"

La porte éclata, jetant Christa à la terre. "Venez !" cria Sirius. "A la bibliothèque !"

Il n'y avait qu'une porte et c'était leur seule issue. Immédiatement, les Aurors le suivirent, mais Bellatrix avait déjà fait un pas dans le bureau, et Sirius pouvait sentir Voldemort juste derrière elle.

Ils n'avaient plus le temps. Ils le savaient, mais ils continuaient.

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Ne me tuer pas, j'y suis pour rien, c'est Robin – court se cacher dans le cyberespace pour que vous ne la retrouviez pas...

Le prochain s'appelle Alea Jacta Est... évidemment... Pas sûr qu'il arrive si vite que les précédents parce que je ne retrouve plus la traduction de Petite Plume... Aïe, aïe, aïe, court se cacher plus loin encore...