Voilà voilà, une petit fic DeanSeamus parce que c'est un couple trop méconnu, et c'est bien dommage ! -

Merci à Gred pour la correction, et la communauté 30 baisers de m'avoir fourni un thème, à savoir toi et moi, c'est le deuxième que je pique – c'est mal n'est-ce pas -, faudrait que je songe à m'inscrire (mais non parce qu'il y a des délais, et que c'est vachement stressant les délais)

OOO

Toi et moi.

C'est loin.

Toi et moi. Tu te souviens? ... Tu te souviens comme par hasard, sans savoir qu'on allait être dans la même maison, on s'est assis côte à côte dans le Poudlard express le premier jour? Je t'ai proposé des chocogrenouilles. C'était un monde nouveau pour toi. Je t'ai tout fait découvrir, je t'ai donné les clés de mon monde comme tu m'as donné les clés du tien.

Alors, peu à peu, naturellement, on est devenu meilleur ami. Tu m'as invité chez toi à Noël, je t'ai rendu la pareille à Pâques. J'ai fini par connaître tout de ta famille, de tes habitudes. Je tutoyais ta mère, piquait la zapette des mains de ton frère pour changer les programmes télé - divine invention moldue!

J'avais une deuxième famille, et toi pareil. Bien sûr, parfois, on s'engueulait. C'est normal, non? Quand on se côtoie tous les jours...

Il n'y a jamais eu entre toi et moi de pactes de sang, de serments secrets. Juste une complicité qui n'a pas besoin de se dire ou de se prouver.

En même temps, à peu près, nous avons découvert les attraits du beau sexe. On a fantasmé tous les deux sur les jambes de Katie Bell et sur les seins d'Angelina Jolie. On a tous les deux fait des plaisanteries ordurières sur les filles, se vantant de nos exploits futurs alors que de tenir la main de l'une d'entre elles nous semblait le bout du monde. Puis tu es sorti avec Ginny Weasley, j'ai eu une brève aventure avec Susan Bones.

On a compris que les filles étaient autre chose que des poupées gonflables, on a voulu tomber amoureux pour de vrai, et puis...

Poudlard n'a pas rouvert pour notre septième année. A dix-sept ans, tout juste majeurs, nous avons été jetés dans le monde réel et il était plutôt moche.

Bien sûr, nous nous sommes rangés aux côtés de Harry. On s'est battu comme des lions, aucun de nous deux n'économisant ses forces, moi encore moins, peut-être pour me racheter d'avoir douté du survivant...

Et le soir, découragés, nous échangions parfois quelques mots banals, tu es au courant pour machin, ou truc, ou bidule, torturé, disparu, blessé, mort, infirme, passé du côté sombre?

On remerciait le ciel d'être vivant, tous les deux, et le simple fait de respirer nous semblait alors miraculeux.

On s'endormait souvent sur le même canapé, tête contre tête, épuisé par l'horreur, et on se réveillait en même temps, secoué par le même cauchemar.

Sans toi, je serais devenu dingue, tu sais.

Comme c'est drôle l'amitié... Comme ça tient à peu de choses au fond... Un tas de petits rien.

Ton amitié était ce à quoi je tenais le plus. A vrai dire, c'était ma seule certitude dans ce brouillard gris qui entourait notre vie.

Puis un jour, un matin, je t'ai trouvé attablé dans la cuisine du petit appartement que nous partagions. Tu pleurais. Je t'avais déjà vu pleurer, quand ton frère était mort, et j'avais mêlé mes larmes aux tiennes.

Mais c'était alors des sanglots. C'était de la douleur qui sortait, de la douleur en moins à porter pour toi. Cette fois-ci tu pleurais doucement, les larmes traçant de pâles sillons sur tes joues, tu pleurais sans même sembler t'en rendre compte. Tu pleurais sans que ça te soulage.

J'ai disctinctement entendu mon coeur se briser dans ma poitrine.

Tu m'as vu et tu m'as dit: je n'en peux plus, Seamus... Je te comprenais si bien. Moi non plus je n'en pouvais plus, j'avais envie de m'enfuir, de prendre un avion pour n'importe où et de me casser, loin de toute cette merde, qu'ils se débrouillent sans moi... Mais je ne pouvais pas faire cela, n'est-ce pas? A moins de pouvoir perdre la mémoire...

Puis tu t'es levé, tu t'es approché, tu es nettement plus grand que moi, et tu m'as embrassé. Je me suis laissé faire. J'avais compris que ce n'était pas une impulsion, que ce n'était pas non plus un acte prévu de longue date. J'avais compris, car je te connais si bien, que c'était un besoin. Tu avais besoin de te soulager de cette douleur qui était présente partout, sur tous les visages. Tu n'avais sans doute pas trouvé d'autres moyens.

Puis tu as voulu aller plus loin, passant tes mains sous mon t-shirt et plus bas. Je t'ai doucement arrêté. Je te l'ai dit: notre amitié était ce à quoi je tenais le plus. Aller plus loin l'aurait effacée, ça, j'en suis certain.

Alors tu t'es effondré contre mon torse et les vrais sanglots sont enfin sortis. Tu as mouillé de larmes et de morve mon t-shirt préféré, et bon sang, ce que je m'en foutais! Je t'ai serré, fort, et je t'ai répété que tout irait bien, promis, promis, on s'en sortira, à deux, on est les plus forts, tu le sais non?

Il n'y a plus eu de baisers, après cela. Pas non plus d'allusions à ce qui s'était passé. Pourtant je nous savais plus proche encore. Notre amitié était devenue à la fois plus sincère et plus floue...

Je savais qu'il suffirait d'un rien pour que je te désire et j'avais vécu assez de choses pour comprendre que l'amour entre un homme et un homme n'est pas plus condamnable que l'amour entre un homme et une femme.

Je savais que ça me ferait du bien, et que ça te ferait du bien, de pouvoir partager cette intimité si précieuse qui n'existe qu'entre les amants.

Je savais aussi que je perdrais alors la pureté de notre amitié. Je savais que la jalousie et la rancoeur pourrait trop facilement se glisser entre nous. Je savais, enfin, que l'amour pouvait devenir en un rien de temps à sens unique... De te faire souffrir, ou de me faire souffrir, me sembait inconcevable.

Je crois que de ton côté, tu as pensé la même chose. Alors nous n'avons rien fait. Nous avons continué côte à côte, pas aussi proche que possible, mais aussi proche que la raison le permettait.

La guerre s'est finie. Une victoire. Des morts, des morts à n'en plus pouvoir les compter, mais enfin, une victoire.

Les gens, peu à peu, ressortaient de chez eux, émerveillés par ce simple fait, pouvoir se balader dans la rue sans crainte, flâner devant les boutiques, s'arrêter dans un café.

Nous avons tous deux débuté des études de médicomage, réussies brillament, sept ans d'études récompensées, tu fus premier prix, moi seulement quatrième.

Nous étions toujours amis, bien sûr, et pendant ces sept années, nous avons partagé les mêmes notes de cours.

Puis la vie a fait son oeuvre. Tu as rencontré ta femme, tu as eu un enfant, et malgré le fait que j'en sois le parrain, on ne se voyait plus si souvent. Puis j'ai rencontré Julia, je suis devenu papa, moi aussi.

Nous ne travaillions pas dans le même service à Ste Mangouste, nous n'avions donc pas de contact professionnel. Quand on se voyait en tête à tête - pas plus d'une ou deux fois par an - nous parlions de notre boulot ou de nos enfants qui grandissaient peu à peu...

Je ne te disais pas ce que ma Daphné pensait de ton Ludovic, à savoir que c'était un crétin, tu m'as délicatement caché que ton fils pensait que la chair de ma chair n'était qu'une pimbêche bûcheuse.

Notre amitié était toujours là, pourtant. A chaque fois que je voyais ton visage tant aimé, je me sentais complet. Nous n'étions bien sûr plus le seul univers de l'autre, il y avait mille petits tracas domestiques nous séparant, mais enfin, nous étions toujours aussi bien ensemble.

Il y a quelques mois, alors que nous n'avions plus eu aucun contact depuis presque un an, j'ai appris ta maladie. Tu as été confié aux mains des meilleurs spécialistes, on a tout tenté. Cette période m'a rappellé la guerre, quand on pensait que c'était impossible, qu'on n'y arriverait jamais, et puis quand dans un sursaut on reprenait espoir, parce qu'après tout on était du bon côté! Le Lord Sombre était le méchant, et les méchants meurent toujours à la fin.

J'ai vu la maladie comme un méchant. Elle s'attaquait à toi injustement, on allait la vaincre, justement grâce à cette justice qui était pour nous!

Aujourd'hui, tu es condamné. Il te reste quoi à vivre? Un mois? Deux si tu as de la chance? La maladie est impalpable. On ne bat pas l'invisible.

Tu l'as compris avant moi et tu as baissé les bras.

Tu vas mourir mais la vie continue. Ta femme s'occupe de Ludovic du mieux qu'elle peut, on se prépare tout doucement à devoir faire ton deuil. Personne ne geint, personne ne s'arrache les cheveux en maudissant son sort. Toi le dernier. A quoi bon? On a vécu pas mal de moments difficiles, comme de moments heureux... J'ai plus de souvenirs avec toi qu'avec personne.

Je repense souvent à notre baiser. J'essaie d'imaginer ce qu'il aurait pu devenir. Serions-nous restés ensemble après la guerre, alors? Après avoir reçu nos diplômes?

J'essaie d'imaginer le goût qu'avait ta jeune peau. J'essaie d'imaginer ton expression quand tu jouis. Et le genre d'amoureux que tu es.

Je me suis privé sciemment d'une partie de toi. Par peur, sans doute. Parce que regarde autour de toi ce que devient l'amour. L'indifférence, dans le meilleur des cas. La haine, dans le pire.

Peut-être, si nous avions tenté de découvrir ce qui se cachait derrière ce baiser, peut-être que je ne serais pas là à te tenir la main dans tes derniers instants. Je serais ailleurs, brisé, anéanti parce que tu ne m'aimes plus.

Quand je pense à ça je sais que nous avons fait le bon choix. L'amour veut tout, l'amour est vorace. Nous n'étions ni l'un ni l'autre assez fort pour y survivre sans blessures.

Tu souris tout le temps depuis que tu sais que tu vas bientôt mourir . Tu dis que tu veux profiter de la vie au maximum, tant que tu le peux encore. Je cache ma peine. Je l'oublie même, parfois.

Nous ne parlons pas de ce que nous aurions pu être. Par contre, tu adores que l'on se remémore les bons moments passés à Poudlard, les coups fourrés, les retenues ensemble, les bataille de cartes explosives.

Je te regarde mourir. Quand cette pensée me frappe en plein fouet, je me maudis de n'avoir pas été là plus tôt, je me maudis d'avoir fait passer ma vie conjugale et professionnelle avant toi.

Puis ça passe. Tu es encore là, après tout.

OOO

Tu es mort hier matin. J'étais là, comme si tu m'avais attendu pour faire l'ultime chose importante de ta vie, c'est à dire la finir. Tu as serré plus fort ma main et tu as murmuré: les romains embrassaient leurs mourants pour recueillir leur dernier souffle...

Alors je l'ai fait. J'ai aspiré ta vie entre mes lèvres. Tu es mort contre ma bouche. Notre deuxième baiser.

Je n'ai pas pleuré.

J'ai appellé ta femme, calmement.

J'avais eu le temps de me préparer. Je le croyais, vraiment. Mais arrivé chez moi au soir, je me suis effondré. Les larmes se sont mises à couler sans sanglots, comme toi l'autre fois dans la cuisine... Et j'ai murmuré je n'en peux plus puis j'ai voulu embrasser mon mur en le prenant pour toi...

Ma femme et ma fille m'ont entouré. Je me suis accroché à leurs bras, et j'ai hurlé. Douleur. Solitaire douleur.

Personne ne te connaissait aussi bien que moi.

OOO

L'immense amour que je te porte, Dean, je le garde tout contre moi, parce que je sais qu'il me tiendra chaud les nuits d'hiver trop rudes