Titre : Through the Walls
Auteur : enahma
Traductrices : Thamril et Méphisto
Disclaimer : Comme vous vous en doutez, rien ne nous appartient. Le monde d'Harry Potter est à J.K.Rowling et l'histoire à enahma.
Note : Pas de spoilers du tome 5, du tome 6.

Chapitre 3 - Erica

« Donc, tu connais le Baron. »

Severus et Harry étaient dans le laboratoire de l'hôpital : après les supplications répétées d'Harry, le Maître des Potions avait décidé de le laisser l'aider à préparer la Tue-Loup modifiée pour Lupin. Travailler ensemble dans le laboratoire avait eu une conséquence inattendue : cela avait ouvert un nouveau sujet de conversation entre eux. Pendant qu'ils hachaient, coupaient, remuaient et saupoudraient des ingrédients, Severus oubliait sa promesse de ne pas parler au garçon et faisait une remarque, puis une autre et encore une autre… Après la première heure ensemble, Severus s'était soudain rendu compte qu'ils discutaient de sujets divers : à présent, c'était le Baron Sanglant.

« Bien sûr que je le connais. La première chose que tu as fait l'année dernière quand nous sommes arrivés à Poudlard, c'est de me le présenter. » Harry sourit en pensant à sa première rencontre avec le fantôme. « Je ne l'aimais pas et quand j'ai appris qu'il était de la famille… Ca a été un choc énorme. »

Severus lui jeta un regard soupçonneux.

« Tu le connaissais avant ? »

Harry arrêta de couper.

« Quoi ? »

« Tu as dit que tu ne l'aimais pas. »

Harry haussa les épaules et inspira profondément.

« Et bien, quand je l'ai vu la première fois, debout dans le couloir sombre, t'attendant, j'ai presque paniqué. Alors tu m'as présenté… »

« Donc, tu as décidé à première vue que tu ne l'aimais pas. »

Harry secoua la tête désespérément. Parler à un ex-espion paranoïaque n'était pas simple, sans mentionner le fait de lui mentir.

« Oui, je regrette de l'avoir fait. » Il fit finalement un grand sourire. « Et il a dit que… Severus, que te rappelles-tu maintenant ? Est-ce que ce ces Sorts Localisateurs de Souvenirs ont des résultats sur ta mémoire ? »

Un froncement de sourcils apparut sur le visage de l'homme, suivit d'un rire court et amer.

« Bien sûr que non. Je ne me rappelle rien de plus que quand je me suis réveillé il y a un mois. » Le rire s'éteignit. « Au moins, le traitement psychologique additionnel m'aide à faire avec ces failles de mémoire. »

« T'ont-ils dit pourquoi ? »

Severus commença à remuer la potion avec sérieux.

« Ils m'ont dit beaucoup de choses. Cassia pense que je n'ai pas jeté le sort correctement, et qu'il est donc impossible de réparer. »

Harry frissonna et déglutit.

« Je vois… » C'était de mauvaises nouvelles. Très, très mauvaises nouvelles.

Ils travaillèrent en silence pendant dix minutes. Puis, Harry, le trouvant inconfortable, décida de continuer que leur discussion précédente.

« Donc, le Baron t'a dit » continua-t-il sur un ton parfaitement neutre, « Que tu le décevais, parce qu'il avait appris il y a seulement quelques semaines que tu avais trahi Voldemort. »

Entendant le nom du Seigneur des Ténèbres, Severus lança un regard perçant à Harry.

« Voldemort ? » Demanda-t-il, surpris. « Pas de Tu-Sais-Qui ? »

« Allez, Severus. » s'exclama Harry. « J'ai été élevé par des Moldus. J'ai appris son nom quand j'avais seize ans. Les Moldus n'ont pas peur de dire de simples noms ! »

« Les Moldus sont stupides. »

« Les Moldus sont normaux. » répliqua Harry et il demanda rapidement, « Ca te dérange si je te raconte cette histoire ? Tu apprendras certaines choses sur… ton passé. »

« Oh, quelle joie d'apprendre mon passé d'un garçon qui… » Ricana Snape en jetant un regard noir à Harry.

« Severus ! Ce n'est pas de ta faute si tu ne te souviens pas de choses importantes. C'est… »

« Alors de qui est-ce la faute ? »

Harry déglutit à nouveau.

« La mienne, je suppose. »

« La tienne. » C'était une question.

« Oui, la mienne. » Soupira Harry. « Tu t'es Obliviaté pour me protéger du Ministère. Je te dois quelques… heu… explications. »

« Tu dois. » La voix de Severus dégoulinait de sarcasme. Harry acquiesça. « Dans ce cas-là, s'il te plait, dis-moi la vérité sur ta mère. »

Oh, encore le sujet de la mère. Harry cherchait frénétiquement une manière de sortir de cette situation.

« Tu détestes les Moldus. » Dit-il.

« Tu changes de sujet. »

Il n'y avait aucune échappatoire. Harry leva la tête et regarda directement dans les yeux de Severus.

« C'était une sorcière née de Moldus. »

Un soupir soulagé.

« Merci Merlin, ce n'était pas une Moldue. » Murmura Severus dans sa barbe.

Harry fronça pensivement les sourcils.

« Donc, tu ne faisais que supposer quand tu m'as dit pour les résultats du test. »

« Non. » Severus retourna son attention vers le chaudron et y mit quelques gouttes supplémentaires de sang de Croup. « Mais comme je te l'ai dit, le test sanguin rend seulement les choses probables, ça ne les vérifie pas. C'est une analyse de sang sorcière. Si l'un des parents n'est pas une sorcière ou un sorcier, les résultats sont généralement au-dessous de 90 pourcents. Je pensais que tu ne voulais pas me révéler l'identité de ta mère et donc que tu avais décidé de… »

« C'était Dumbledore, pas moi. » Murmura sombrement Harry.

« Je pense que tu sais que le pronom 'you' peut se référer au singulier et au pluriel. (1) Donc je… »

« Je ne pense pas que Dumbledore et moi ayons la même mère. » L'interrompit Harry en souriant nerveusement.

« Tu » Severus éleva la voix, mais s'arrêta au milieu de son exclamation et sourit en retour, « As raison. Donc, comment était cette petite discussion entre moi et Saevus ? »

Harry sourit. Il ne savait pas si c'était la préparation de la potion ou la quantité de temps qu'il passait avec l'homme qui l'adoucissait envers Harry, mais il saluait le léger changement avec joie.

« Il t'a réprimandé pour avoir changé de côté, mais tu lui as expliqué tes raisons et il a semblé les comprendre. »

Severus jeta un court regard interrogateur à Harry, mais son attention était toujours fixée sur le chaudron scintillant.

« Le moment le plus important de ma journée. » Dit-il doucement. « Je me demandais ce qui m'avait fait quitter le Seigneur des Ténèbres depuis que j'ai regagné conscience ici. Considérant le traitement plutôt… intéressant du Directeur » Il lança un regard de côté à Harry, « je ne peux pas comprendre » Il remua de nouveau, « pourquoi j'ai changé de côté. »

La main d'Harry trembla et le couteau qu'il tenait tomba par terre. Il se baissa pour le ramasser.

« Tu m'as dit que tu ne pouvais pas comprendre pourquoi tu avais choisi Voldemort en premier lieu. » Dit-il quand il se redressa. Le visage de Severus s'assombrit de colère.

« Tu… »

« TU m'as dit tout ça que je sais sur toi, Severus. »

Un long regard noir scrutateur.

« Très bien. Donc, pourquoi ai-je changé de côté ? »

« Parce que tes parents Mangemorts voulaient que ton frère serve Voldemort. Quietus ne le voulait pas. Donc, ils l'ont attrapé et l'ont amené à Voldemort qui l'a torturé à mort. Tu as dû assister à son meurtre, mais tu as refusé de le torturer et tu as également été torturé. Après sa mort, tu as rapporté son corps à Poudlard et tu as avoué à Dumbledore que tu étais un Mangemort. Tu lui as demandé de te livrer au Ministère. Il a résisté, puis tu lui as proposé d'espionner Voldemort pour lui. »

« Voldemort… a tué mon frère. » Les yeux de Severus fixaient le vide. « Mes parents et moi le servions et, malgré cela, il a tué mon frère. »

« C'est ton père qui l'a amené à la mort. » Chuchota Harry. « Et c'est Voldemort qui t'a sauvé la vie quand ton père a voulu te tuer aussi. »

Laissant le chaudron, Severus chancela jusqu'à une chaise et s'effondra dessus. Harry prit sa place et continua à remuer. Après un long silence, Severus demanda-

« Est-ce que j'aimais mes parents ? »

« Tu éta… » Harry s'arrêta. 'Tu ne peux pas lui donner d'indications sur SES sentiments dans des situations passées. Ou plutôt : le mieux est que tu ne parles pas du tout de ses sentiments passés.' Les paroles de la Guérisseuse en Chef se répercutèrent dans son esprit. « Je ne pense pas que je puisse te le dire. Je ne suis pas censé te parler de tes anciennes émotions. Ca pourrait causer une interférence mentale. »

« Oui, elle me l'a dit aussi. » Encore le silence. « Que sais-tu à propos de mon frère ? »

Harry haussa légèrement les épaules.

« Juste les quelques choses que toi et Dumbledore m'avez dit. C'était le meilleur étudiant du siècle, le plus grand sorcier lumineux, le Directeur voulait qu'il soit son successeur. C'était un Serdaigle, et » Harry eut un sourire moqueur. « Il était comme toi et moi : grand, les cheveux sombres, le visage d'un Noblestone et il avait les yeux noirs comme toi. »

« Qu'est-ce que c'est que cette histoire de Noblestone ? » Demanda curieusement Severus. « Comment sais-tu ça ? »

« Tu m'as montré des photos de ma grand-mère, la dernière Noblestone vivante, Severus. Je sais aussi que je suis relié à la famille Malfoy, parce que la grand-mère de Draco Malfoy et la mienne étaient sœurs. »

« Et toi et Draco ? Etes-vous amis ? » Demanda Severus en se levant.

Harry secoua violemment la tête.

« Oh, non ! » Son dégoût était visible. « Il m'a détesté dès le premier instant. Il sait que tu as changé de côté et on lui a dit que ma mère était Moldue… »

« QUOI ? » Snape saisit l'épaule d'Harry avec une telle force que le garçon siffla de douleur. « Ces gens pensent que moi et une Moldue… que j'ai fait ça avec une Moldue… » Il rougit et frissonna de colère et de dégoût.

« Toi et Dumbledore avez préparé cette histoire pour me protéger… »

« TOI ! » Snape frappa la table avec son poing tellement fort que la potion dans le chaudron déborda presque. « Toujours toi et ta protection ! Qui es-tu ? Pourquoi est-il si important de te protéger ? Pourquoi est-ce que le Ministère est après toi ? » Il secoua Harry avec colère.

Harry détacha les doigts de l'homme de son épaule.

« Les pères sont censés protéger leur fils, Severus. Et ce n'est pas le Ministère qui est après moi, mais ton ancien Seigneur. Cependant, Voldemort a également des pions au Ministère - Lucius Malfoy était l'un d'eux… »

« Attend. » Dit soudainement Severus en relâchant sa poigne. « Je pense que je comprends. A cause de ma trahison, Voldemort a voulu exterminer ma famille, ce qui inclut toi, ta mère et tes grands-parents. » Il regarda Harry avec impatience. D'un autre côté, Harry ne pouvait rien dire. La conclusion de Severus était brillante - mais c'était encore un mensonge.

Voulait-il un autre mensonge ?

Il massa son épaule malmenée avec une grimace de douleur.

Que pouvait-il faire pour éviter une nouvelle série de mensonges ? Rien. Il devait acquiescer. Donc, Harry acquiesça.

« Et qui est ta mère ? Où est-elle ? » Demanda doucement Severus.

« Je ne peux pas te dire Severus. Je ne l'ai jamais vue. Elle est morte quand j'étais bébé. »


Quand le garçon fut parti et que Severus fut seul dans la salle vide et terne, il abandonna son masque habituel alors qu'il se laissait tomber sur le lit, complètement épuisé. Bien sûr, le garçon ne savait pas que chaque rencontre avec lui aspirait la force vitale de Severus, il semblait tellement sûr de l'importance de sa présence… Et naturellement, Albus approuvait le garçon au lieu de soutenir Severus.

Le Maître des Potions croisa les mains sous sa tête et fixa le plafond, profondément plongé dans ses pensées - comme il le faisait à chaque fois que le foutu gosse partait. A ces moments-là, il essayait de comprendre ses propres sentiments : l'attention hésitante et la confusion sur l'attitude tellement FAMILIERE du garçon.

Parce que l'attitude du garçon était trop familière. Elle rappelait à Severus le comportement de quelqu'un d'autre, mais il ne savait pas qui…

Foutue amnésie !

Quand il laissait ses pensées vagabonder, il sentait souvent qu'il pouvait atteindre quelque chose, quelque chose d'important l'instant suivant - et tout disparaissait si rapidement, avant qu'il puisse le saisir et l'analyser. Le cas du garçon était comme ça. Cette familiarité… Et bien, pour dire la vérité, Severus était presque sûr que la réponse à sa question se trouvait dans la partie de son cerveau qui n'avait pas été touchée par le sortilège de mémoire. Il connaissait ce garçon, seulement il ne savait pas où et quand ils s'étaient rencontrés auparavant.

Et, bien sûr, il n'était pas le fils de Severus.

Severus n'était pas stupide. Pour avoir un enfant, certaines choses étaient toujours nécessaires. Les rapports sexuels en faisaient partie. Il n'avait pas pu engendrer ce garçon, parce qu'il n'avait pas eu de sexe à cette période. Albus ne savait pas tout de lui, et c'était une sérieuse erreur de sa part : après cette fatidique et répugnante soirée où il avait reçu la Marque des Ténèbres après avoir tué les Galvany, il n'avait simplement pas pu avoir de relation sexuelle. Violer une femme n'avait jamais été une chose qu'il rêvait de faire, ni tuer, et ce soir-là, il avait été forcé de violer et de tuer, rien que le fait d'y penser le rendait malade, et rendait tout autre rapport sexuel impossible. Sa culpabilité le glaçait même s'il pensait juste à dormir avec quelqu'un. Et cela s'était produit en 1976.

Le garçon avait dit être né en 1979.

Donc, ce n'était pas son fils. C'était aussi simple que ça.

Alors pourquoi lui et Albus disaient-ils toujours le contraire à Severus ? Pourquoi voulaient-ils le persuader ? Pourquoi est-ce que quelqu'un sur terre voulait être appeler son fils ?

Qui était ce garçon ?

Que signifiait le résultat du test sanguin ?

Severus commençait lentement, très lentement à croire qu'il avait réellement eu un frère. Tous les signes l'indiquaient. Sa mémoire et ses failles émotionnelles, Dumbledore et les histoires du garçon, et une fois, même Cassia lui avait dit qu'elle avait rencontré Quietus Snape ici, à l'hôpital.

Severus se sentait inconfortable quand il se rappelait ce nom. Quietus Snape. A chaque fois qu'il pensait au nom ou qu'il l'entendait, une douleur soudaine et aiguë faisait vibrer sa tête : les répercussions du sort de mémoire.

« Pour une raison que j'ignore, tu as lancé un sort tellement fort pour effacer Quietus Snape de ton esprit qu'il fonctionne toujours, ce qui est très surprenant dans le cas d'un sortilège comme celui-ci. Ou… quelque chose s'est produit en lançant le charme… »

Severus craignait la dernière possibilité. La procédure curative n'avait aucun résultat ; pas même un minuscule souvenir ou sentiment n'était de retour, et aucun ne le serait probablement plus. Severus s'était vite rendu compte qu'il devait accepter ce fait et apprendre à vivre avec. Il devait recréer ses propres sentiments sur les différents sujets… Mais Cassia espérait tellement, ainsi qu'Albus et le garçon - Quietus Snape.

Le garçon devait être le fils de son frère. Et avec un peu de chance, son frère n'avait pas épousé une Moldue, mais une née-Moldue… STOP.

La prophétie. Cette foutue prophétie sur l'enfant d'un sorcier lumineux et d'une sorcière née-Moldue.

Son frère sang-pur avait épousé une sorcière née-Moldue, donc ce garçon était… Le nouveau sauveur d'Albus après la mort du morveux de Potter.

Apparemment, il était le protecteur des Golden Boys d'Albus, cependant, dans ce cas-ci il était plus chanceux qu'auparavant. Ce garçon était… eh bien, c'était un adolescent et, très souvent, il agissait comme tel, mais il était bien plus intelligent et plus mûr que Potter. Mais ça ne signifiait toujours pas qu'il appréciait cette tâche ou en voulait encore. Le garçon et Albus lui mentaient. Severus avait quelques mauvais pressentiments au sujet des futures révélations.

Et, pour dire la vérité, quelque chose le frustrait intérieurement. Et si… ? Et si le garçon ETAIT le sien ? Ce n'était pas très probable, mais… mais… c'était possible.

Parce que…

Parce qu'il y avait une chose à propos de laquelle il était un peu incertain. Dans ses souvenirs, il y avait beaucoup de failles avant l'année 1980. Beaucoup. Il n'avait presque aucune souvenirs de ces années.

Et le garçon vivait à présent avec ce foutu chien.

Black. Sirius Black, le frère jumeau d'Anne.

Anne.

Oui, Severus ne pouvait pas imaginer avoir eu des rapports sexuels avec quelqu'un, mais Anne avait toujours été… spéciale pour lui. Et si le garçon était vraiment son fils et celui d'Anne ?

C'était la première fois que Severus se permettait cette pensée. La légère acceptation des faits. Il n'avait jamais épousé Anne, il en était plus que sûr, ses souvenirs étaient clairs à ce sujet, mais et si Anne lui avait pardonné avant sa mort et qu'il avait simplement Obliviaté ce souvenir pour protéger le garçon - son fils et celui d'Anne ?

La pensée était soudainement trop douloureuse. Son cœur commença à s'emballer dans sa poitrine et il eut l'impression que la pièce était trop petite, l'étouffait.

Anne lui avait-elle vraiment pardonné ?

Avait-il vraiment un fils ?

Dans ce cas, le garçon n'était pas un sauveur, juste un simple garçon, mais…

Il y avait ces maudits 'mais'.

Il y avait beaucoup de choses sur l'été dernier à propos desquelles ni Albus, ni le garçon ne voulaient lui parler. Comment avait-il appris qu'il avait un fils ?

Et pourquoi le garçon disait-il que sa mère était une sorcière née-Moldue ?

Severus sentait presque physiquement la mer de mensonges qui l'entourait, l'inondait.

Qui que soit ce garçon, il n'était pas sincère. Lui et le Directeur essayaient de le tromper.

Il ne pouvait faire confiance à personne. Il était seul.

Il soupira à nouveau. Tous les soirs, après le départ du garçon, il avait des rêveries semblables. Et les résultats étaient toujours les mêmes.

Il ne pouvait faire confiance à personne. Il était seul.


« … et je ne veux pas regarder sans agir alors qu'il détruit tous ceux que j'aime ! » Cria Sirius. Harry serra les poings plus fort.

« Il ne me détruit pas ! » Hurla-t-il vivement.

« Tu es à chaque fois de plus en plus bouleversé quand tu rentres. Ne me dis pas que ce n'est pas à cause de lui ! »

« Oui, c'est lui, mais pas… » Commença Harry, mais il ne put pas finir sa phrase, parce que Sirius le regardait victorieusement et l'interrompit.

« Tu vois, il t'aimait juste parce que tu fais partie de sa famille. Pourtant, maintenant, il n'en est pas convaincu, donc il te traite comme il traite tout le monde autour de lui : avec méchanceté et partialité. C'est un bâtard, Ha-Quietus. »

« Heureusement qu'il ne reste plus qu'une courte semaine avant que je ne sois plus obligé de vivre dans la même maison que toi, Sirius ! » Cracha presque Harry. « De toute façon, c'est de ta faute si ça s'est terminé comme ça ! Si tu n'avais pas décidé d'aller voir Dumbledore juste pour lui parler de tes soupçons sur le fait que Quietus Snape soit un menteur… »

« Je ne suis pas allé voir Dumbledore pour lui dire des stupidités pareilles ! Je suis allé lui parler d'Anne et de l'école Moldue qu'elle fréquentait ! »

« Tu aurais dû envoyer Remus alors ! » Hurla Harry. « Je suis presque mort parce que Malfoy était Directeur ! Severus n'a plus de souvenirs à cause de la même chose ! » Harry tourna les talons et sortit brusquement de la pièce.

« Dumbledore sera là à 8 heures. Il veut te parler. » Cria Sirius derrière lui d'un ton coléreux. Harry ne regarda même pas en arrière. A ce moment-là, il aurait même hurlé sur le Directeur, sans penser aux conséquences.

Il claqua la porte tellement fort que quelques morceaux de plâtre tombèrent sur sa tête.

IDIOTS !

Les escaliers grinçaient sous ses pieds alors qu'il courait vers sa chambre, marmonnant dans sa barbe. Il était sur le point d'entrer dans la chambre et de fermer la porte à clef derrière lui, lorsque la douce voix d'Hermione l'arrêta.

« Quietus, je veux te parler. »

Pendant un instant, Harry voulu crier une remarque mordante sur Hermione et lui dans le même lit, mais il la retint.

« Oui ? » Demanda-t-il d'un ton fatigué.

« C'est quelque chose… d'important. » Murmura Hermione, d'une voix incertaine. « Je peux entrer ? » Elle montra la chambre d'Harry d'un signe de la tête. « Je ne veux pas discuter de ça ici. »

« Bien sûr. Entre. » Harry leva les yeux au ciel. Merveilleux. Avant que le Directeur arrive, ils seraient vu dans la même chambre - seuls. Cette pensée le fit scruter attentivement Hermione.

Et bien, il n'arrivait pas à décider si Hermione était belle ou pas. Elle était juste… bien. Harry l'appréciait, ou plutôt, il l'aimait, mais c'était tout. Il n'était pas amoureux d'elle. Ou l'était-il ? Et s'il était amoureux d'elle ? Il se força à être aussi sérieux que possible. Finalement, il secoua la tête avec force.

« Qu'est-ce qu'il y a, Quietus ? Pourquoi secoues-tu la tête ? » Demanda Hermione après un moment.

« Je ne suis pas amoureux de toi. » Répondit Harry d'une voix minuscule, ne sachant pas si ses paroles blesseraient Hermione ou pas. Les yeux de la jeune fille s'écarquillèrent de surprise.

« Bien sûr. » Dit-elle en souriant. « Nous sommes amis. »

Harry relâcha la respiration qu'il retenait depuis le premier regard qu'il avait jeté à Hermione après qu'ils soient entrés dans la pièce. Il lui sourit en retour.

« Je suis désolé si je t'ai blessée. »

« Pas de mal de fait. » Dit Hermione en s'asseyant sur le lit d'Harry. « Cependant, il y a une chose que je dois te dire à propos d'Anne. »

« Anne ? » Harry devint curieux.

« Oui. Je jouais aux échecs avec elle cet après-midi et nous parlions de beaucoup de choses. Elle m'a raconté des histoires sur sa vie avec ses parents et une fille dans son voisinage… »

« Ouais, Erica, non ? » Harry couvrit sa bouche alors qu'il baillait.

« Oui, elle. Je pense que c'est la fille que Tu-Sais… » Le regard perçant d'Harry la força à se corriger rapidement, « Voldemort recherche. »

Soudain, la fatigue d'Harry disparut.

« Quoi ? Pourquoi penses-tu ça ? »

« Et bien, examinons les faits. A mon avis, Erica est en effet une sorcière. Elle a fait de nombreuses choses drôles qu'Anne m'a racontées et que je ne peux pas expliquer d'une autre manière. D'autre part, elle a vécu dans la même rue qu'Anne : Oak Crescent. Et j'ai une sorte de preuve aussi. Comme me l'a dit le professeur Lupin, Crabbe et Goyle ont enlevé la famille de la maison. S'ils ressemblent à leurs fils, ils ne sont pas très intelligents. Et, écoute, la famille d'Anne vivait au 6 rue Oak Crescent, alors que les grands-parents d'Erica vivaient au 9 rue Oak Crescent. Mais le numéro sur le mur de la maison d'Anne était souvent à l'envers, parce qu'il était accroché avec un simple clou… »

Harry pâlit.

« Penses… penses-tu que sa famille ait été exécutée juste à cause d'un numéro mal tourné ? » Il parvint à peine à poser la question tellement sa gorge était serrée.

Hermione acquiesça juste. « Donc, C'EST la raison pour laquelle les deux hommes ont été envoyés en Amérique : pour chercher la fille qui y est retournée après les vacances d'été. »

Ils restèrent assis sous le choc pendant quelques instants.

« Nous devons le dire Dumbledore. » Harry se leva soudainement. « Il sera ici dans dix minutes. Nous… nous pouvons juste espérer que ça ne sera pas trop tard. »

Dumbledore était en retard. Il n'arriva pas à 8 heures et il n'était toujours pas au Manoir Black à 9 heures. Quelques membres de l'Ordre apparurent pour le dîner, au grand dépit d'Harry, il y en avait dix : un nombre plutôt élevé. Il connaissait seulement Fletcher et Lupin, mais il avait déjà rencontré une fois Dawn et Andrews, quand Dumbledore les avait présentés l'année dernière comme les membres du groupe qui avait essayé de les sauver, Severus et lui, de Nightmare Manor.

Ils attendaient également Dumbledore. Pour passer le temps, ils jouaient à quelques jeux de métamorphose pour faire rire Anne : ils transformèrent le bol de soupe en forteresse, les couverts en armées de soldats de plomb, les plats en diverses armes et ils commencèrent une grande guerre sur la table. Anne hurlait presque de rire, Sirius s'était retiré sur le canapé avec une bouteille de vin, Lupin et Hermione étaient plongés dans une conversation à propos d'un sujet probablement très important (sûrement quelque chose de scientifique), et Harry s'était joint à Fletcher. L'homme était excellent en métamorphose : il pouvait métamorphoser tout et n'importe quoi sans réel effort, alors que les autres ne pouvaient faire que des changements plus petits et moins importants, donc après une heure, Harry et Fletcher étaient sur le point de gagner la guerre.

« Vous êtes excellent en Métamorphose ! » S'exclama Harry après un mouvement très intelligent quand Fletcher changea quelques parties de la nappe en fossé et qu'une partie de l'armée ennemie se noya.

« Je suis un Maître de Métamorphose, comme ton père est un Maître des Potions. » Sourit fièrement Fletcher.

« Pourquoi n'enseignez-vous pas alors ? » Demanda curieusement Harry.

« Le titre de Maître ne sert pas seulement pour l'enseignement. Avant cette guerre, je travaillais pour une compagnie qui produisait différentes sortes de meubles en métamorphosant les déchets. J'étais le contrôleur général : je devais vérifier toutes les pièces que nous faisions pour voir si la métamorphose était complète et parfaite ou si certaines caractéristiques de l'objet précédent étaient restées inchangées. C'est un métier très difficile, et il exige non seulement de grandes qualifications en Métamorphose, mais aussi une condition physique parfaite. J'aimais ce travail, et je pensais y retourner après la fin de la guerre. » Pendant un court moment, l'expression de Fletcher s'attrista. « Avec Arabella… » Il laissa l'expression de tristesse visible pendant un seul instant et il continua rapidement. « De toute façon, le professeur McGonagall est un très bon professeur et un professionnel de notre domaine. Je ne veux pas sa place. » Harry acquiesça et la guerre continua. Mais avant qu'ils puissent vaincre l'armée des attaquants, l'arrivée de Dumbledore interrompit le jeu.

L'homme semblait vieux et fatigué.

« Albus ! » Cria Fletcher. « Que s'est-il passé ? »

Dumbledore s'effondra presque sur une chaise et jeta un court regard à Black, qui attrapa Anne et disparut avec elle dans l'escalier.

« Arcus avait un espion dans les rangs de Voldemort. Il a été tué aujourd'hui ainsi que sa famille. Il n'avait ni femme, ni enfants, mais ses parents et ses sœurs ont été tuées. »

« Qui ? » Demanda doucement Dawn.

« Nemus Flitwick. »

Un petit cri soudain.

« Etait-il de la famille du professeur Flitwick ? » Demanda Hermione.

« C'était la famille de son frère. Nemus était le fils de son frère. » Approuva sombrement Dumbledore. « Je suis allé le voir après avoir appris la nouvelle. Il est dévasté. Il n'a aucune autre famille. Jusqu'ici, il ne voulait pas participer aux événements de la guerre. A présent, il m'a demandé de se joindre à l'Ordre. Il veut se battre. »

« La vengeance est une chose dangereuse, Albus. » Dit calmement Fletcher.

« Oui, je sais cela. » Opina solennellement le Directeur. « Mais je lui avais demandé de nous rejoindre depuis tellement longtemps… »

Les hommes acquiescèrent, Harry se sentit malade.

« Est-ce que le professeur Flitwick est en danger maintenant ? » Demanda-t-il soudainement. « En tant que membre de la famille d'un espion… »

Hermione lui lança un regard sympathique, mais Dumbledore soupira simplement.

« Je lui ai dit d'aller à Poudlard, même pour les vacances d'été. Il était un peu réticent au début, mais après j'ai réussi à le convaincre… Ce n'était pas facile. » Soudain, la vie revint dans les yeux du vieil homme. « Mais j'ai d'autres mauvaises nouvelles, messieurs. La dernière chose que nous avons apprise de cet espion est que Voldemort prévoit quelque chose pour cette nuit. Une attaque très importante sur un emplacement Moldu, mais nous n'en savons pas plus. »

Un cri court surgit d'Hermione. Harry la regarda avec surprise, mais il comprit soudainement.

« Erica ! » Crièrent-ils à l'instant suivant et, quand toutes les personnes de la pièce les regardèrent avec attente, ils commencèrent à leur parler de leur conversation de la soirée.

Dumbledore n'interrompit pas leur histoire, il se contentait de caresser et de peigner sa barbe avec ses doigts et il inclinait parfois la tête pour approuver.

« Tout semble correct. Cette troisième fille que je t'ai mentionnée, Quietus, quand nous parlions de cette prophétie, s'appelait Erica Knight… »

« La fille de Roger ! » Dit soudainement Andrews. Dumbledore acquiesça.

« Oui. Apparemment, ils vivaient déguisés et sous Fidelius ces dernières années, donc Voldemort ne pouvait pas les atteindre en Amérique ; je suppose que ce sont les mêmes déguisements et les mêmes sorts que ceux que j'ai jetés sur eux il y a quinze ans… Mais ils n'ont pas pensé qu'Erica n'était pas en sécurité avec ses grands-parents… » Dumbledore sauta sur ses pieds. « Nous devons y aller immédiatement. Même si l'attaque n'est pas contre elle, nous devons l'amener dans un endroit sûr le plus vite possible. Mondungus, tu resteras ici… »

« Pourquoi ? » Demanda Fletcher, réticent.

« J'ai besoin d'un sorcier qualifié ici, avec les enfants et Sirius. »

Harry renifla. Enfants ?

« Je suis légalement un adulte ! » Se plaignit-il. En accord avec les mensonges sur sa vie, il avait dix-sept ans. Et même en réalité, il en avait presque seize ! Dans moins d'une semaine !

« Légalement, mais pas vraiment. » Dit Dumbledore et les autres hommes semblèrent l'approuver. Le Directeur se rapprocha d'Harry. « Je ne peux pas te laisser ici sans un professionnel pour aider. Si Severus l'apprend, je serais mort en un rien de temps. »

« Il ne m'aime pas autant, M. le Directeur. » La tristesse brillait dans les yeux du garçon. « Et je ne pense pas qu'il le fera jamais. »

« L'espoir n'est pas honteux. » Répondit Dumbledore d'une voix calme. Des larmes apparurent dans les yeux d'Harry.

« Père a écrit cela. » Dit-il en se battant contre ces larmes embarrassantes, cette fois il pensait au mot 'père' dans le sens biologique du terme. « Mais l'espoir l'a rendu honteux, M. le Directeur. » Il se tourna et quitta la pièce.

Tristesse. La tristesse lui serrait la poitrine.


Juste après le départ du groupe, Harry alla au lit pour dormir un peu avant les habituelles visions ou cauchemars de minuit, mais il ne put pas dormir plus d'une heure, en raison de l'agitation inhabituelle de la maison, généralement calme. Harry se réveilla en sursaut aux alentours de minuit, entendant le bruit que faisaient les hommes. D'abord, il ne put même pas s'asseoir, car son cœur battait si vite qu'il n'arrivait pas à respirer. Alors, il resta allongé et écouta les différents sons provenant du premier étage. Quelqu'un criait, un autre expliquait quelque chose à voix haute ; les portes étaient fréquemment claquées, plus tard une bouteille fut réduite en morceaux quand quelqu'un la lâcha (ou la jeta ? Harry hésitait).

« Poppy, Poppy, dépêche-toi ! »

« Je ne sais pas où est Dawn… »

« …il va mourir… »

« Je vous ai dit de ne pas rester dans ce jardin ! C'était dangereux ! »

« … ma baguette ne peut pas être réparée… »

« Bon sang, apporte un autre drap ! Celui-là est plein de sang ! »

« Où est la potion anti-douleurs ? »

« …prenez soin d'elle… »

« Albus, vous ne pouvez pas ! »

« Là, buvez. »

« …aucune potion calmante… »

Puis un sanglot, désespéré, et typiquement féminin, Harry ne connaissait pas la voix.

« Grand-père, grand-père, ne meurs pas… »

« ECARTEZ-VOUS, imbécile ! »

« Il va mourir ! »

De nouveau un bruit sonore.

« Nous devons l'emmener à Ste Mangouste ! »

« Il ne survivra pas au voyage… »

Et ainsi de suite, sans fin. Mais lorsque Harry entra dans le salon, il remarqua que le chaos était plus grand qu'il ne l'avait pensé. Il y avait du sang presque partout, un vieil homme – apparemment moldu, à en juger par ses habits – était allongé à l'agonie sur le canapé avec Madame Pomfresh à son chevet, un autre, un membre de l'Ordre était étendu sur un brancard, les yeux ouverts, ses pupilles dilatées par la douleur, et… il y avait quelqu'un allongé dans un coin vide, une longue cape noire posée sur son corps, même sur sa tête… Harry déglutit. Quelqu'un était mort. Leur raisonnement, à lui et Hermione, était correct : Voldemort était sur le point d'attaquer Oak Crescent et il y avait une bataille féroce entre les Mangemorts et les membres de l'Ordre.

D'après les courtes remarques et les conversations, Harry put reconstituer les évènements de la nuit : les Mangemorts étaient déjà à Oak Crescent quand Dumbledore et les neuf autres hommes étaient arrivés. Les serviteurs de Voldemort était sur le point d'attaquer la maison – cette fois-ci la bonne (d'après les témoignages, Crabbe et Goyle n'étaient pas là lors de l'attaque), mais les bruyants 'cracks' des Apparitions des membres de l'Ordre les avaient assez distraits pour que Dawn entre dans la maison et alerte ses occupants. Il avait pu aider la fille et le grand-père, parce qu'ils étaient en assez bonne santé pour fuir sans support et il avait essayé de sauver également la vieille femme, quand un autre groupe de Mangemorts l'avait attaqué et, à partir de là, personne ne savait quelque chose sur Dawn ou la vieille femme. Erica et son grand-père avaient été blessés : mais Erica avait conjuré un bouclier, donc sa blessure n'était pas grave. Mais le vieil homme était mourant : le sort l'avait projeté contre un mur et sa tête et sa colonne vertébrale souffraient de sérieuses fractures et de contusions. Harry pouvait voir le désespoir sur le visage de Madame Pomfresh. Elle savait que le vieil homme ne pourrait pas être sauvé.

Finalement ce fut Hermione qui éloigna la fille légèrement hystérique de son proche décédé et l'escorta vers les chambres. Peu de temps après qu'elle soit partie, le vieil homme arrêta de respirer. Harry prit un drap sur une chaise et l'apporta à l'infirmière, qui couvrit le corps d'une main tremblante.

« Je n'arrivais pas à croire que j'aurais à le faire de nouveau. » marmonna-t-elle à voix basse. Harry tendit la main et l'aida à se lever. A ce moment l'homme sur le brancard venait de perdre conscience.

« Va-t-il mourir lui aussi ? » demanda doucement Harry.

Madame Pomfresh agita sa main.

« Non. Ses blessures sont douloureuses, mais il n'est pas en danger de mort. Pouvez-vous m'apporter une tasse de thé, jeune homme ? »

Harry acquiesça et alla à la cuisine. Il trouva Fletcher, Lupin et Dumbledore devant une tasse de thé, plongés dans une conversation.

« …et un tiers des membres de l'Ordre sont déjà morts », murmura faiblement Lupin, les deux autres acquiescèrent à ses mots. « Ethernity, Arabella, McDougall, Dawn, les sœurs Grey, Sirius est un cracmol, Severus est assez inutile… »

« Et le nombre de Mangemorts augmente à chaque maudite journée », aboya Fletcher avec une sombre ironie. « Beaucoup des Aurors qui ont été renvoyés sont allés directement vers Voldemort… à l'exception de ceux qui sont à Liberty. Je vous ai dit que ce n'était pas une bonne idée de les virer si rapidement. »

« Ils sont coupables de tortures sur autrui, Mundungus », toussa Lupin, et il posa sa tasse sur la table.

« Il y aura de nouveaux membres. Je projette de les introduire demain », dit Dumbledore et soudain, il se tourna vers la porte où se tenait Harry. « Entre, Quietus. Thé ? »

« Oui, mais d'abord je dois en apporter à Madame Pomfresh », dit Harry légèrement agité, et rapidement, il versa une tasse de thé et quitta la cuisine.

« …Les jumeaux Weasley, Charlie revient de Transylvanie pour nous aider. Barney Bones et sa femme, et Cassia m'a encore assuré de son aide si nous avons besoin d'assistance médicale. Elle m'a aussi dit que Severus allait mieux, même si ses souvenirs ne reviendront pas avant un moment, donc il pourra nous rejoindre le 1er août aussi. Ses aptitudes en Potions n'ont pas été touchées par ce sortilège de Mémoire, il est toujours le professionnel dont nous avons besoin… »

« C'est presque vingt personnes », dit Fletcher.

« Dix-neuf » ajouta Dumbledore. « Plus Cassia. »

« Nous devons ouvrir la grande cheminée dans le bureau de Poppy si nous voulons transporter les blessés de Poudlard à Ste Mangouste. Nous ne pouvons pas utiliser des Portoloins officiels : il y a eu beaucoup de falsifications l'année dernière. Je suis sûr que Voldemort a un agent dans ce département. »

« Le système de Poudre de Cheminette n'est pas fiable non plus », opposa Lupin. « Il ne l'a jamais été. »

« Cette cheminée et la connexion ne font pas partie du réseau de Poudre de Cheminette, Remus », expliqua Dumbledore. « C'est une ligne indépendante. C'était l'idée de Harold de la construire, mais Quietus l'a beaucoup aidé. »

« Harold ? » interrogea Lupin.

« Harold Potter, le père de James, je suppose » dit Fletcher et il s'étira. « Et Quietus, le frère de Severus. C'était un duo incroyable dans l'Ordre », il sourit.

« Je ne savais pas », dit Lupin. « Je suis entré dans l'Ordre il y a seulement un an. James était un membre lui aussi ? »

« Dès la mort de ses parents. Lily l'a suivi un an plus tard, après la mort de Quietus en décembre. Ils étaient bons amis. Sa mort a secoué Lily », expliqua fletcher. Lupin opina sérieusement. Bien sûr qu'ils avaient été bons amis ! Le fruit de leur 'relation' se tenait avec impatience à la porte.

« Est-ce que je peux rejoindre l'Ordre ? » demanda soudainement Harry.

Les trois hommes le regardèrent curieusement.

« Entre, mon garçon », sourit Dumbledore. « Du thé ? »

« Oui, merci », dit Harry, mais il ne se laissa pas distraire. « Est-ce que je peux devenir un membre de l'Ordre ? »

« Quand tu auras ton diplôme », dit Fletcher, ses sourcils froncés.

« Pourquoi ? Je veux me battre maintenant ! » dit Harry avec enthousiasme. « Je suis prêt à… »

« Tu dois finir tes études d'abord, Quietus », dit calmement Dumbledore. « Nous n'envoyons pas des enfants à la guerre. »

« Je ne suis pas un enfant ! » Harry était furieux à présent. C'était la seconde fois de la journée que Dumbledore l'avait appelé un enfant. « Pourquoi me traitez-vous comme si j'en étais un ? »

Fletcher ouvrit la bouche pour répondre à ses protestations, mais un geste de Dumbledore l'arrêta.

« Nous le savons, Quietus. Mais nous ne voulons pas te sacrifier… »

« Vous devez me sacrifiez », dit doucement Harry. Fletcher renifla avec agacement et Lupin haussa les sourcils.

« Quietus, l'explication de la prophétie peut être fausse. J'ESPERE que nous n'aurons pas à te sacrifier, J'ESPERE qu'il y aura un autre moyen d'être à nouveau libre… »

« L'explication était juste pour les éléments du passé. Je ne vois pas pourquoi vous penseriez qu'elle est fausse sur les évènements futurs. »

« Parce que le futur n'est pas quelque chose de stable et de certain. C'est un groupe de différentes possibilités, beaucoup de décisions – et nous avons toujours la possibilité de prendre une autre décision, de prendre un autre chemin. Connaître une prophétie peut nous avertir, nous aider, mais ça ne détermine certainement pas nos destins. »

« Je ne suis pas d'accord », dit véhément Harry. « Je pense que si une prophétie est vraie, si elle est réelle, alors nous n'avons pas de chance réelle de changer le futur. Chaque tentative de modification nous amène à l'accomplissement, comme dans les tragédies grecques, où les acteurs rencontrent leur destin juste parce qu'ils ont voulu l'éviter à tout prix.»

« C'est de la littérature, Quietus. La vie n'est pas de la littérature, » Dumbledore secoua lentement sa tête.

« Non. La vie est pire et plus cruelle », Harry acquiesça, et s'assit à coté du vieil homme et prit une gorgée dans sa tasse.

« Ne sois pas fataliste, Quietus. Tu verras que la vie a ses propres tours de passe-passe. Tu ne peux pas l'enchaîner. »

Harry baissa son regard sur sa tasse.

« Severus me manque. » murmura-t-il. Dumbledore posa une main sur le bras d'Harry, mais quand il tressaillit, le Directeur se retira vivement.

« Tu ne peux pas être un membre de l'Ordre, mais je suis sûr que tu peux aider Severus avec ses potions », dit Lupin et il toussa à nouveau. « Je vais voir Poppy. Je pense que j'ai besoin d'une potion énergisante contre ce rhume ». Il se leva et partit, Fletcher le suivit en silence.

« Je ne veux pas lui mentir plus longtemps, Monsieur le Directeur. Une fois qu'il découvrira le pot aux roses, je n'aurais plus aucune chance de regagner sa confiance. S'il vous plait », ajouta-t-il quand il vit la détermination sur le visage du Directeur.

« Après qu'il ait quitté l'hôpital, tu pourras lui dire certaines choses. Mais tu ne peux pas révéler ton identité. »

« Je sais, dit Harry. Mais un jour, il la découvrira. En une semaine. »

« Tu as joué le rôle pendant un an. »

« Mais il était un espion, le seul que Voldemort n'ait pas découvert avant qu'il… »

« Je sais ».

La cuisine devint silencieuse.

« Je pense que le sort n'a pas été lancé correctement », dit Harry. « Il ne peut pas être défait. »

« Cassia pense la même chose. »

« Tout comme Severus. »

Ils soupirèrent.

« Que pouvons-nous faire, alors ? » demanda enfin Harry.

Dumbledore le regarda avec tristesse et sincérité.

« Je ne sais pas, Harry. Je ne sais pas. »


(1) En effet, pour ceux qui ne le savent pas, le pronom 'you' en anglais se réfère aussi bien au singulier qu'au pluriel, ce qui peut donc prêter à confusion… Le 'your mother' de la VO pourrait donc se rapporter aussi bien à la mère d'Harry qu'à la mère d'Harry et Dumbledore… ce qui serait quand même relativement surprenant… Mais, malheureusement, ce jeu de mot est complètement intraduisible.