Titre : Through the Walls
Auteur : enahma
Traductrices : Thamril et Méphisto
Disclaimer : Comme vous vous en doutez, rien ne nous appartient. Le monde d'Harry Potter est à J.K.Rowling et l'histoire à enahma.
Note : Pas de spoilers du tome 5.
Chapitre 5 - Nouvelle série de mensonges
« Black. »
« Snape. »
Les deux hommes se regardaient avec des émotions mélangées : colère, ennui, confusion et acceptation silencieuse étaient clairement présents.
Harry pouvait comprendre le comportement de Sirius, mais la manière d'agir de Severus était pour lui un mystère. Il était sûr que Severus détestait Sirius, et il avait piqué une crise quand il avait appris qu'Harry vivait avec lui… Il avait même insulté Sirius – et, à présent, il lui tendait la main, à contrecœur, mais poliment, et même plus : civilement.
Apparemment, Harry n'était pas le plus surpris dans la pièce : Sirius était bouche bée, regardant Snape d'un air idiot et tellement perdu qu'il pouvait à peine saisir la main tendue. Snape, bien sûr, remarqua le silence inhabituel de Sirius.
« Quel est le problème, Bl- Sirius ? » Demanda-t-il en essayant de sourire, mais c'était plus une grimace qu'un véritable sourire. Sa tentative d'être amical choqua encore plus Black. L'Animagus lança un regard effrayé à Harry, qui haussa légèrement les épaules pour lui montrer qu'il était aussi confus que lui.
Severus suivit le regard de Black vers Harry et le garçon fit un sourire rapide à son oncle, qui rendit confus Severus, bien qu'Harry soit sûr que seul lui pouvait reconnaître les sentiments de l'homme dans la pièce. Malgré le fait que Severus se soit Obliviaté, dans beaucoup de manières, il était le même qu'auparavant.
Harry s'éclaircit la gorge, Black bougea inconfortablement et fit un pas en arrière, Severus effaça la grimace forcée de son visage. Soudain, Black se rendit compte qu'on lui avait posé une question.
« Ri- rien, Sna… Severus. » Bégaya-t-il. « Juste que tu… tu… »
Harry se sentit désolé pour son parrain. Severus l'insulterait très probablement au sujet de son éloquence. Mais, à leur grande surprise, Severus resta poli. C'était une politesse forcée, c'était évident, mais c'était néanmoins de la courtoisie.
« Oui, Black ? » Les traits du Maître des Potions luttaient pour montrer un certain intérêt.
Cette fois, Harry et Black étaient tous deux effrayés. Harry ne savait pas ce que pensait Sirius du comportement de Severus, mais il était sûr que les Guérisseurs avaient gavé Severus avec des potions calmantes ou pour la bonne humeur, ou peut-être que le dernier traitement avait causé un léger problème mental… Severus n'avait JAMAIS essayé d'être plus que strictement poli avec Black, même avant sa perte de mémoire.
Severus aperçut les regards inquiets qu'ils échangèrent.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » Aboya-t-il avec confusion à Harry.
Le garçon secoua vigoureusement la tête.
« Juste… ton comportement. Toi et Sirius n'êtes pas… en de bons termes. Vous ne l'avez jamais été. »
La déclaration franche d'Harry calma Severus pendant quelques longues minutes. Sirius n'osa pas prononcer un mot : il ne voulait pas rendre furieux l'ex sorcier sombre, probablement mentalement malade, dont la baguette magique était placée en sécurité dans sa ceinture - et dans son état actuel, Sirius n'était rien de plus qu'un Cracmol.
« En effet. » dit finalement Snape, mais ni Harry ni Sirius ne purent comprendre son raisonnement.
« C'est un peu… surprenant, tu sais. » chuchota à moitié Harry. « Avant de perdre la mémoire, tu… laisse-moi le dire ainsi : ne l'aimais pas. »
Severus eut un sourire en coin.
« Je ne l'aime toujours pas. »
« Oh. » Harry eut l'impression d'être un complet imbécile. « Alors pourquoi es-tu si… si… »
« J'essaye de respecter votre relation. » Répondit simplement Severus, et Harry et Black eurent le souffle coupé. Black pâlit violemment, et se sentit plus vulnérable que jamais, alors que sa main se tendait vers sa baguette absente, Harry, d'un autre côté, s'évanouit presque.
Severus savait ! Mais comment ? Comment diable ?
« Tu n'as pas besoin d'être aussi effrayé, Black. Je ne t'attaquerai pas, je le promets. Le garçon, » Il désigna Harry d'un signe de la tête, « M'a dit que le Ministère t'avait privé de ta magie. Je suis désolé. »
Black frissonna mais parvint à ouvrir la bouche.
« Pourquoi n'appelles-tu pas Quietus par son nom ? »
La question surprit Severus, mais il y répondit abruptement.
« J'ai lancé le sort de mémoire avec une telle force que je suis toujours incapable de penser son nom, sans mentionner le fait de le dire à voix haute. Cependant, j'essayerai de m'habituer à l'appeler correctement par son prénom. J'ai un mois entier. Pouvons nous partir, alors ? » Il se tourna soudainement vers Harry. « Je ne veux pas passer plus de temps que nécessaire ici, et je devine que ton » Il regarda Black, incertain, « Heu… Bl- Sirius pense la même chose. »
Black acquiesça d'un air tendu et jeta un coup d'œil inquiet à Harry.
« Donc… tu es sûr tu veux partir avec ton… Sn- Severus ? » Demanda-t-il en déglutissant.
Harry savait que c'était Severus qui provoquait l'incertitude de Sirius, mais au contraire de Sirius, il pensait qu'il commençait à comprendre l'attitude inexplicable de Severus. Ca devait être Anne, la sœur de Sirius… Pour une raison inconnue, Severus pensait qu'il était le fils d'Anne - et que Black était l'oncle d'Harry, et le beau-frère de Severus. Heureusement, Sirius était trop lent pour le comprendre, parce que… Harry ne pouvait tout simplement pas imaginer ce qui se passerait si Sirius apprenait l'étrange idée de Severus.
Mais tout cela renforçait la décision d'Harry de dire une partie de la vérité à Severus. Au moins ce qui concernait l'identité de son père biologique. Harry l'avait décidé après sa dispute avec Dumbledore, ignorant délibérément les ordres du vieil homme, et à présent, alors qu'il pouvait voir Severus en train de se battre pour accepter des personnes juste à cause d'une fausse supposition, juste parce qu'il pensait qu'Harry était le fils de son amour morte depuis longtemps, sa décision devenait encore plus forte. Il ne pouvait pas laisser Severus dans cette situation délicate. Oui, ça serait vraiment bien si son oncle et son parrain pouvaient finalement s'accepter, mais Harry ne voulait pas que cette réconciliation soit basée sur des mensonges.
Comment Dumbledore pouvait-il croire que la fin justifiait les moyens ? Ils étaient du Côté Lumineux, pourquoi devaient-ils utiliser des méthodes sombres pour parvenir à leur but ?
On avait trop souvent mentit à Harry dans sa vie. Et il devait mentir depuis trop longtemps.
Il était absolument sûr que Severus le comprendrait, et que l'homme serait reconnaissant et qu'ils pourraient établir de bonnes relations de travail d'ici au début de septembre.
« Oui. » Il répondit à la question de Black. « J'espère que toi, Anne, Ares et Hermione irez bien sans moi. » Soupira-t-il doucement.
« Nous nous occuperons de M. Nott plus tard. » Dit Severus d'une voix ferme. « J'ai déjà discuté de son cas avec le Directeur. Je pense qu'il pourra venir avec nous dans quelques jours. »
« Serpentards… » Murmura Black dans sa barbe.
« Pardon ? » Demanda froidement Snape.
Black écarta sa question d'un geste dédaigneux et, après avoir donné une rapide étreinte à Harry, il quitta la pièce.
« Quel est le problème avec lui ? » Soupira Snape.
« Rentrons. » Harry désigna la cheminée. « Je ne veux pas rester ici plus longtemps. »
Severus le regarda d'un air interrogateur.
« Nous avons eu quelques disputes. » Soupira Harry. « Il pense que mon comportement n'était pas très approprié… Je n'ai pas montré un respect suffisant envers le Directeur et il… oh, ce n'est pas important. Je ne veux pas continuer. Pas ici du moins. »
Quelques minutes plus tard, ils se tenaient dans le salon de la maison de Severus, enlevant la cendre de leurs vêtements.
« Je déteste la Poudre de Cheminette. » Gémit Harry, sa tête tournant toujours.
« Nous ne pouvions pas transplaner. Le Directeur a dit que tu n'avais pas encore appris. »
« Non. J'ai eu d'autres choses à faire. »
Severus acquiesça et, d'un rapide mouvement de sa baguette, il déplaça les malles jusqu'à l'escalier.
« Tu as dit que tu avais vécu ici l'été dernier. Où était ta chambre ? »
Ouch. Situation inattendue. Qu'était-il supposé répondre ? S'il disait la vérité, qu'ils étaient restés ensemble dans la même pièce, Severus demanderait pourquoi. Et il ne pouvait pas mentir : toutes ses affaires étaient dans leur chambre, avec son lit et sa garde-robe. Que pouvait répondre Harry -- attente. Il eut une idée.
« Je suis resté avec toi dans la même chambre. Ton manoir était le QG de l'Ordre jusqu'à ce que Black réussisse à se faire attraper dans le bureau de Dumbledore et… » Mais il ne put pas finir. Severus se retourna brusquement pour lui faire face, ses robes tourbillonnant à leur manière habituelle.
« Tu es resté avec moi ? Dans la même chambre ? »
A la surprise d'Harry, il n'y avait aucune méchanceté dans la voix de Severus, juste de la surprise. Quand il acquiesça en réponse, Severus le laissa avec une telle hâte qu'Harry resta derrière, figé sur place. Quand il revint quelques instants plus tard, Harry se tenait toujours au même endroit.
« Maintenant, je vois que tu es vraiment mon fils. » Dit sérieusement Snape et il s'assit sur l'escalier, face à Harry.
« Pourquoi. » murmura Harry. Il n'avait soudainement pas le force de poser une question. Juste celle de murmurer deux syllabes.
« Je n'ai jamais laissé quelqu'un vivre – et plus important : dormir - dans la même pièce que moi depuis que j'ai quitté Poudlard en tant qu'étudiant. Lorsque je servais Voldemort, je suis devenu trop paranoïaque pour partager ma chambre avec quelqu'un d'autre, donc je suppose… » Mais Harry, rassemblant toute sa volonté l'interrompit.
« Non, Severus. » Dit-il d'un ton fatigué en chancelant vers le mur. « Tu n'es pas mon père. » Toute la couleur quitta le visage de Severus. « Cependant, tu as prétendu l'être toute l'année dernière. »
Lentement, il glissa dans une position assise, s'étreignant étroitement et se préparant à se protéger de la colère à venir de Severus. Elle ne vint jamais. Juste une question basse et confuse.
« Pourquoi ? » La même que celle murmurée par Harry quelques minutes auparavant.
« Je suis le fils de ton frère, Severus. Le fils de Quietus. Ton neveu. » Il leva les yeux et regarda sans ciller dans les yeux de Severus. La confusion les assombrissait.
« Tu m'as menti. »
« Dumbledore m'a forcé à mentir. »
Le silence étant tellement perçant que les oreilles d'Harry explosèrent presque alors que le sang martelait dans ses veines.
« Je vois. »
« Je lui ai souvent demandé d'arrêter. »
« Et ? »
« Il m'a directement interdit de te dire la vérité. »
C'était une image étrange : tous les deux, assis dans la cage de l'escalier plutôt sale, dans la semi-obscurité de l'endroit, échangeant de courtes phrases.
« Pourquoi ? »
« Il avait peur de ton rejet. Que tu me rejettes et que je reste sans aide dans le monde sorcier. »
« Pourquoi pensait-il que je te rejetterai ? »
« Parce que tu ne te souviens pas de Qui- ton frère. Tu ne te souviens pas de ton amour pour ton frère. Il avait peur que tu sois trop paranoïaque pour me laisser pénétrer tes murs. »
« Je vois. »
Silence.
« Pourquoi me l'as-tu dit, alors ? Tu pouvais continuer tes mensonges. Je m'étais presque convaincu que tu étais mon fils. »
Harry secoua la tête et sentit les larmes lui piquer les paupières.
« Je ne voulais pas que tu m'aimes juste à cause d'un mensonge. Je voulais ton… ancienne affection. Tu m'aimais pour moi-même… » Il ferma les yeux et ajouta, « Et je ne voulais pas que tu vives un mensonge. Tu l'aurais découvert tôt ou tard. Et tu ne me l'aurais jamais pardonné… »
« En effet. » Dit Severus, mais sa voix n'était pas aussi froide qu'Harry pensait qu'elle le serait après sa confession.
« Et je ne voulais pas que tu… me crois le fils d'Anne. »
Severus releva brusquement la tête.
« Comment sais-tu à propos d'elle ? » Demanda-t-il d'un ton hostile.
« Tu m'as parlé d'elle. »
« Je. T'ai. Parlé. D'elle. Ne sois pas ridicule, mon garçon. »
Harry secoua désespérément la tête.
« Non, tu m'as dit que tu l'aimais. Qu'elle était la sœur jumelle de Sirius et que Voldemort l'avait tuée avec toute la famille de Sirius. Mais qu'entre temps, elle t'avait quitté lorsqu'elle avait appris que tu étais un Mangemort. »
Les yeux de Severus devinrent flous.
« Oui. » Murmura-t-il d'un air absent.
« Ma mère était une sorcière née-moldue. Je ne l'ai jamais connue. Elle est morte quand j'étais un bébé. J'ai été élevé par sa famille Moldue. L'année dernière, après que ta couverture ait été détruite et que tu ai perdu ton rôle d'espion, Dumbledore t'a parlé de moi, t'a demandé de me prendre sous ta protection et de m'introduire au monde sorcier. Tu as accepté de prétendre être mon père et tu as réclamé ma garde. Je suis à présent officiellement ton fils et, comme tu le vois, même les analyses de sang les plus strictes peuvent le confirmer. Je pense que c'est parce que vous étiez tous les deux presque aussi semblable que des jumeaux. Ou, » Il haussa légèrement les épaules. « Je ne sais pas. »
Snape se pencha un peu en arrière et posa ses coudes sur la marche suivante.
« Donc, nous sommes apparentés. »
« Oui. » Dit Harry avec une douleur craintive. L'homme le perçut apparemment dans sa voix, car il dit rapidement :
« Tu n'as pas à t'inquiéter. Je ne vais pas te mettre dehors juste parce que je ne me souviens pas des détails de notre relation. »
« Merci. » Marmonna Harry.
« Au moins, je sais que je ne suis pas totalement un idiot. » Severus offrit une tentative de sourire.
« Pourquoi ? »
« Je me sentais toujours si stupide quand je luttais pour remonter des morceaux de mon passé - et je ne pouvais tout simplement pas te trouver. Rien. Nulle part. Finalement, j'ai supposé que j'avais plus de manques que je pouvais le sentir. »
« Je suis désolé pour t'avoir trompé aussi longtemps. »
Cette fois, la voix d'Harry était ferme et clairement audible. Severus le regarda calmement.
« Excuses acceptées. Qui était ta mère, d'ailleurs ? »
Harry fermé étroitement les yeux et dit aussi fermement qu'il le pouvait, forçant sa voix à être sincère-
« Je ne la connais pas. Ma famille a toujours refusé de me parler d'elle. Elle et ton frère n'étaient pas mariés. Donc, techniquement, j'étais - et suis toujours - un bâtard. Un enfant non désiré. Ils m'ont traité comme tel. Je détestais vivre avec eux. Tu as été le premier à m'accepter comme je suis, pour qui je suis… » Sa voix se brisa. Severus s'éclaircit la gorge avec embarras.
« Bien, » Il se leva, « Je pense que nous pouvons préparer un léger déjeuner, si tu veux. »
« Oui. » Dit Harry avec enthousiasme en le suivant. « Mais d'abord, je veux ranger nos… oups, je ne sais pas où vivre maintenant. Nous sommes seuls ici à présent, et nous avons beaucoup de pièces libres. »
Severus lui fit un signe de la tête rassurant et le conduisit au deuxième étage.
« Choisissons une chambre pour toi, alors. »
« Merci. »
Les jours suivants se passèrent dans un silence confortable tandis qu'ils commençaient à réapprendre à vivre ensemble. Harry proposa bientôt son aide dans le laboratoire de Potions et Severus, connaissant déjà les talents du garçon, le laissa aider. Ils passaient leurs soirées à lire ou à jouer aux échecs dans le salon, la nuit ils dormaient dans des chambres différentes, et Harry jetait de puissants Sorts de Silence autour de la sienne pour empêcher une découverte malheureuse de la part de Severus de ses cauchemars et de ses visions, et il suppliait tous les dieux de ne pas avoir de visions avec Avery et son rasoir.
Le traitement de Severus envers lui était étonnamment plus chaleureux que ce qu'avait précédemment pensé Harry. Cependant, il semblait toujours blessé à propos des mensonges qu'Harry et Dumbledore lui avaient dit à l'hôpital. Harry avait honte à chaque fois qu'il pensait aux choses qu'il lui cachait toujours.
La sincérité d'Harry avait apparemment touché Severus, mais le rendait aussi plus prudent. Harry aperçut de nombreuses fois l'homme en train de l'examiner avec une expression pensive sur le visage, et il sentit le regard scrutateur suivre ses moindres mouvements. Merveilleux. Il était obligé de vivre avec un espion, en prétendant ne pas être lui, mais quelqu'un d'autre. Il jouait parfois avec l'idée de dire toute la vérité à Severus, mais quelques courtes remarques sur Harry Potter lors de leurs conversations le convainquirent que Severus détestait le Potter déjà mort avec une férocité incroyable. Lorsque Harry, rassemblant tout son courage, l'interrogea finalement sur cette forte haine, la réponse franche de Severus stoppa toutes les envies de révélation chez Harry.
« Ecoute, mon garçon, Potter était un gosse stupide, effronté et désagréable. Je ne devrais probablement pas le détester autant, parce qu'il est déjà mort, mais je ne peux pas empêcher ce sentiment, il vient de mes expériences avec lui et de ces trous de mémoire, qui sont peut-être reliés à son père, le parfait et dégoûtant James Potter et son ami, ce bâtard de Black - qui n'est pas de ta famille, merci Merlin… Et Potter n'a jamais rien fait pour me convaincre qu'il était digne d'être accepté. On lui a toujours accordé tout ce qu'il voulait, même le Directeur donnait son accord à ses jeux stupides, et c'est de sa faute si mon rôle d'espion a été découvert… Et écoute, il est mort pour rien, et toutes ces personnes qui croyaient en lui sont impuissantes et effrayées. Idiot, il a toujours été un idiot, un idiot gâté en plus. »
Harry avait eu quelques difficultés à se retenir de frapper Severus ou de lui hurler dessus pendant qu'il écoutait ce discours stupide, mais finalement il avait réussi à souffrir en silence, saupoudrant de la peau de serpent d'arbre du Cap séchée avec force.
Depuis lors, il faisait de son mieux pour ne pas laisser échapper quelque chose de suspicieux : il essayait difficilement de ne pas trop parler et d'éviter les sujets gênants. Mais il y avait une chose pour laquelle il ne pouvait rien faire : ses visions presque chaque nuit et la mortelle fatigue qui en découlait.
Les tous premiers jours, il avait utilisé la Potion de Sommeil sans Rêve, mais il avait dû arrêter s'il ne voulait pas s'empoisonner, et bientôt son séjour avec Severus commença à se transformer en un cauchemar silencieux : des nuits sans dormir et des jours toujours sous un regard scrutateur.
Harry ne savait pas quoi faire. Il était à bout. Il voulait sortir, arrêter et juste dormir ou faire une petite sieste quelque part où il n'était pas observé.
Mais alors, quelque chose se produisit qui résolut son problème, bien que d'une manière très différente de ce qu'il avait voulu.
C'était un vendredi après-midi silencieux, lorsque Dumbledore rassembla l'Ordre pour présenter les nouveaux membres. Le Directeur voulait que le Maître des Potions participe et Harry était heureux car cela signifiait que Severus ne serait pas à la maison pendant au moins cinq heures. Ainsi, dès que l'homme fut parti, Harry alla au lit et s'endormit - juste pour se réveiller en hurlant trois heures plus tard.
Voldemort avait attaqué le Manoir Black.
Quand Harry arriva dans le salon, Anne, Sirius, Hermione, Ares et Fletcher étaient déjà là. Anne pleurait, Ares tremblait, Hermione se tenait à la fenêtre avec un visage pâle, et Sirius se disputait avec Fletcher à voix basses. Aucun des adultes ne remarqua Harry, mais Hermione, qui repéra la silhouette d'Harry dans la fenêtre, se précipita vers lui et l'étreignit étroitement.
« Tu-Sais-Qui a attaqué le Manoir Black. » chuchota-t-elle dans les oreilles d'Harry.
« Je sais. Fred est mort. » dit Harry d'une voix blanche.
« Vision. » demanda Hermione. Harry acquiesça simplement. « Sirius avait un Portoloin d'urgence. Sa vitesse et celle de Fletcher nous ont sauvés. »
« Vous étiez sous Fidelius, sauf Ares. Vous étiez en sécurité là-bas. » Harry se recula un peu pour se libérer de la prise d'Hermione.
« Désolée. » marmonna la jeune fille en le laissant partir. « J'étais tellement effrayée… »
« C'était ma faute. » marmonna Harry en titubant en arrière. « Ma foutue faute… »
« Non. » Hermione secoua la tête. « Nous avons eu plus d'une semaine pour bouger. L'Ordre aurait dû avoir déménagé maintenant. »
« Je… » Harry ne put pas finir. Sirius, qui pendant ce temps là avait fini sa conversation avec Fletcher, aperçut Harry qui se tenait dans la porte.
« TOI ! » beugla-t-il. Tout le monde regarda Harry, et le silence tomba sur la pièce. En cinq enjambées, Sirius se tenait à côté d'Harry. « TOI ! » répéta-t-il et il leva la main.
« Non ! » Cria Hermione.
« Arrête, Sirius ! » hurla Fletcher en même temps.
Mais c'était déjà trop tard. Deux claques rapides et fortes frappèrent Harry au visage, une droite et un revers, et il chancela contre le mur sous le coup. L'instant suivant, sa baguette était dans sa main, et :
« Expelliarmus ! » cria-t-il en récupérant immédiatement trois baguettes : celles d'Ares, d'Hermione et de Fletcher. « Sirius a raison. C'était ma faute. Fred est mort et… »
« MAIS ARES VIT, IDIOT ! » Hurla Hermione impatiemment en se plaçant entre Black et Harry, jetant des regards dégoûtés à l'homme. « Ne le touche plus jamais ! Ce n'était pas de sa faute ! L'Ordre a eu plus d'une semaine pour bouger ! »
« Ils savaient où nous étions juste à cause de sa stupidité. » siffla Sirius.
« Il a peut-être fait une erreur, mais il protégeait son ami ! » Hermione ne bougea pas.
Harry, regagnant son calme, toucha doucement l'épaule d'Hermione.
« S'il te plait, Hermione… » Il ne put pas continuer. Soudain, la porte d'entrée s'ouvrit en un grand bruit et des sorciers et sorcières inondèrent la pièce, faisant léviter des corps sans connaissance ou tenant leurs membres blessés.
« Que s'est-il passé ? » Demanda Fletcher au premier sorcier qui entra.
« Dumbledore a brisé le Fidelius de l'Ordre afin de protéger les nouveaux membres qui n'étaient pas encore sous le sortilège. Nous nous sommes battus. A la fin, ils ont fui. Nous avons perdu trois personnes. Dumbledore et Snape sont restés là-bas pour attendre le Ministère. » L'homme toussa d'un air fatigué. « Snape nous a dit qu'il avait des médicaments dans son laboratoire. Il a dit que son fils serait à notre disposition… »
Fletcher acquiesça et essaya de trouver Harry dans le tumulte soudain. Il ne pouvait le voir nulle part. Black avait aussi disparu. Fletcher jura brutalement, et se promis d'attraper l'ex-Animagus et de lui donner une leçon à propos des conflits personnels dans des situations dangere… Mais l'arrivée du garçon interrompit ses pensées coléreuses : il portait plusieurs flacons, suivit par un Black extrêmement furieux, fioles en mains, les sourcils froncés.
Black posa les potions sur une table et quitta la pièce pour aller chercher quelques draps. Harry rendit sa baguette à Fletcher, et il métamorphosa quelques bûches en chaises et en lits. Le chaos s'affaiblissait.
Harry redoutait le moment où Dumbledore arriverait. Avec Severus. Cette pensée causait des nœuds douloureux dans son estomac. Il savait que c'était de sa faute. Il s'était comporté de manière irresponsable et naïve. Fred était mort à cause de sa stupidité. Fred… les images où il avait vu son ami mourir dans sa vision se répétaient encore et encore dans son esprit. Il s'accroupit à côté du mur en pleurant silencieusement.
Un cri perçant le sortit brusquement de son chagrin. C'était Sirius et Hermione et… Dumbledore. Le sang d'Harry se figea. Il ne pouvait pas se cacher de la colère légitime de l'homme. Il ne pouvait pas respirer lorsqu'il pensait à ses cris et à ses plaintes injustes de la semaine précédente. Hermione avait eu raison. Dumbledore avait eu raison. Il avait pratiquement tué Fred et ces deux autres gens que le sorcier avait mentionnées…
« … nous ne pouvons pas le blâmer, Sirius. » Il entendit soudainement la voix du Directeur. « Nous aurions dû partir de ton manoir immédiatement. Mais j'ai été apaisé par le fait de savoir que nous étions fortement protégés par le sortilège de Fidelius. J'aurais dû penser aux nouveaux membres de l'Ordre et à Ares. J'aurais dû appeler le gardien du secret et modifier le sort. Mais il y avait d'autres choses à propos desquelles s'inquiéter et j'ai oublié. C'était ma faute plutôt que celle d'Ha- la sienne. »
Harry regarda le directeur les yeux écarquillés. Dumbledore l'avait presque révélé ! A son grand soulagement, les autres ne semblèrent pas remarquer le lapsus, mais le cœur d'Harry s'emballa et il sentit la sueur recouvrir tout son corps en un instant.
« J'ai dit la même chose à Sirius. » dit Hermione. « Mais il… il a frappé Ha- il l'a frappé. »
Cette fois, cependant, Snape leva ses yeux, qui étaient dirigés sur le sol et regarda les trois autres d'un air interrogateur. Sirius pâlit, mais heureusement, la situation était de leur côté.
« Je… j'étais juste en colère. Je lui ai dit que… » marmonna-t-il, prétendant être effrayé à propos des claques.
« Quietus, viens ici. » dit le Directeur sur un ton sérieux.
Harry se força à se mettre debout et chancela vers le petit groupe. Il sentait les traces des claques brûler sur son visage et le goût salé des larmes persistait dans sa bouche. Le Directeur toucha son épaule et conduisit le petit groupe dans le bureau. Quand la porte se ferma derrière eux, Harry baissa la tête devant Dumbledore.
« C'était ma faute, M. le Directeur. »
« Non. » Il entendit la voix familière et âgée. « Non, Quietus. Ca ne l'était pas. »
Une vieille main ridée toucha son épaule et Harry ne put pas continuer à être fort. Il tomba en avant, balbutiant à travers les sanglots qui secouaient son corps.
« J'aurais dû savoir. Vous me l'aviez dit. Hermione me l'a dit. Fred m'a sauvé l'année dernière. Je l'ai tué. Je tue tout le monde autour de moi. Je n'ai aucune force. Je l'ai vu donner des ordres à ses serviteurs et j'aurais dû savoir ce que ça signifiait… » Il pleura dans les plis de la robe de Dumbledore.
« Severus. » Le Directeur regarda le Maître des Potions. « S'il te plait, va chercher une Potion Calmante. Maintenant. »
Severus, qui gesticulait inconfortablement à côté d'Hermione, jeta un dernier regard examinateur à son neveu en pleurs et partit vers le laboratoire.
« Tu dois te reprendre, Quietus. » Lui dit doucement le vieil homme. « Tu n'es pas responsable de ce qui s'est passé. Et Severus sera bientôt de retour et tu ne dois pas bafouiller comme cela, parce qu'il apprendra… »
« M. le Directeur, je pense que son problème est qu'il ne peut pas dormir la nuit. Il a des visions chaque nuit depuis des semaines. » Dit soudainement Hermione. « Il est épuisé. Le professeur Snape l'apprendra tôt ou tard. Quietus avait raison. Il devrait lui dire la vérité. »
« Non. » Dit fermement Dumbledore.
« Je lui ai déjà dit que j'étais son neveu. » Chuchota faiblement Harry. « Mais, Hermione, je n'ose pas lui dire la vérité à propos de ma véritable identité. Je ne veux pas le perdre. »
« De qui parlez-vous ? » Une voix soupçonneuse les interrompit. Pendant un moment, ils se figèrent, et Dumbledore fut le premier à regagner son calme.
« Toi, bien sûr. » dit-il d'un air détaché. « Ton jeune neveu » Il insista sur le dernier mot « A peur de te perdre. »
« Pourquoi. » La voix de Severus semblait neutre.
« Il se blâme pour les choses qui se sont produites aujourd'hui. Il craint que tu le rejettes. »
Les paroles de Dumbledore étaient si suggestives et l'explication semblait si naturelle que même Black et Hermione se trouvèrent convaincus.
« Mon jeune neveu » Severus imita l'insistance du Directeur « Est plus sincère que vous. Et quant à toi, Black » Il se tourna vers son ex-rival. « Ne le touche plus jamais. »
Il passa un bras autour des épaules d'Harry.
« Allez, mon garçon. Il est l'heure d'aller au lit. » Dit-il à Harry. « Je serai en retour dans quelques instants. » Il jeta un regard en arrière depuis la porte, « Et nous trouverons de la place pour tout le monde. »
Severus n'était pas stupide. Il y avait quelque chose, il pouvait parfaitement le sentir, mais même ses sens aiguisés ne pouvaient pas lui dire précisément ce que c'était. Quelque chose à propos de son neveu. A propos de ce garçon… brillant, sérieux, gentil et mystérieusement familier.
Cette familiarité était-elle un reste de l'année précédente, quelque chose qui ne pouvait pas être supprimée, même par un Sortilège de Mémoire ? Ou y avait-il autre chose ? Il s'était posé ces questions encore et encore la semaine dernière.
Il pouvait aussi sentir la tension constante du garçon. Et la fatigue quotidiennement croissante. Comme si son neveu ne dormait jamais. Parfois, il avait l'impression qu'il voyait les effets de divers sorts sur le corps du garçon : les réactions musculaires étaient sans équivoque… Principalement le Doloris.
Mais.
Mais.
Toujours ces 'mais'. Qui sur terre pouvait lui lancer des sorts au Manoir Snape au milieu de la nuit, sans entrer dans la maison, ni dans la chambre ? Il avait vérifié le raccordement de Cheminette, les murs, il avait même mis un Sort de Garde autour de la chambre du garçon, qui l'aurait prévenu si quelqu'un l'avait pénétrée.
Mais rien, ni personne n'était entré dans sa chambre. Néanmoins, le garçon semblait de plus en plus épuisé. Et bien, Severus ne pouvait rien voir sur son visage - mais ses mouvements étaient transparents.
Des Sortilèges de Dissimulation. Le foutu gosse utilisait une sorte de Glamour pour se cacher.
Severus n'avait jamais été un homme confiant. Lors des vingt dernières années, il était devenu un homme excessivement paranoïaque, il le savait. Mais ce garçon lui cachait VRAIMENT quelque chose. Pourquoi ? Il ne pouvait pas répondre.
De temps en temps, il était sur le point de lancer un Revelo sur l'enfant stupide - mais il s'était toujours arrêté. Il voulait que le garçon raconte son histoire. Comme il avait dit la vérité à Severus à propos de leur relation. Sans aucune contrainte, pression, hurlement ou chantage. Et - contre la volonté de Dumbledore. Et c'était quelque chose !
L'étrange relation entre le garçon et Dumbledore était néanmoins un peu confuse. Il n'avait jamais vu personne - excepté Voldemort et ses serviteurs - oser résister ouvertement au vieil homme. Et ce gosse l'avait fait. Plus d'une fois. Il avait saisit l'une de leurs querelles à l'hôpital. Il y avait eu aussi quelques autres mentions rapides de disputes semblables plus tard. Même Dumbledore avait admis qu'ils avaient leurs différents.
Etrange. Le garçon avait dix-sept ans, n'est-ce pas ? Mais alors… qui était-il pour résister à Dumbledore ? Qui avait été son frère pour engendrer un enfant aussi têtu ?
Après que cette dernière question soit pour la première fois apparue dans son esprit, Severus avait commencé à classer des documents et des affaires de famille pour apprendre quelque chose sur sa chair et son sang. Il n'avait pas trouvé beaucoup de choses : juste un certificat de naissance et un de décès (le dernier avait confirmé l'histoire du garçon à propos des circonstances de la mort de son frère. Il était mentionné que Quietus Snape avait été torturé avec différents sorts, mais que c'était le Doloris qui l'avait achevé).
Aucune photo, aucun autre document, rien du tout. Il devait demander à Dumbledore ou à cet étrange garçon s'il voulait en savoir plus.
Cependant, il avait trouvé quelques photos de lui et du gosse sur la cheminée. Sur la photo, ils étaient assis à côté sur le canapé dans le salon, son bras gauche reposait autour des épaules du garçon, alors qu'il était confortablement appuyé contre lui… Mais il y avait aussi quelque chose d'étrange sur la photo : le garçon était plus jeune, mais extrêmement mince, presque maladivement, ses pommettes étaient proéminentes et de sombres cercles entouraient ses yeux. Il semblait être en tellement mauvaise forme que son misérable état actuel devrait être considéré comme normal.
Le garçon souffrait-il de quelque maladie incurable ? Dumbledore avait-il décidé de le désigner comme son gardien juste pour trouver un traitement ? Mais, dans ce cas, pourquoi ne lui avaient-ils rien dit à propos du problème ?
Alors que les jours passaient les uns après les autres, ils étaient arrivés aux horribles événements qui avaient finalement causé la mort de Frédéric Weasley, et l'Ordre avait déménagé au Manoir Snape, à son immense dégoût. Le garçon avait fait une dépression nerveuse la nuit de l'attaque à propos de la mort du jeune Weasley, et c'était Severus qui l'accompagnait à sa chambre. C'était la première fois qu'il y entrait depuis que le garçon s'y était installé, mais il pouvait sentir la présence de quelques sorts… Des sorts de Silence sur la chambre. Il avait une forte envie d'attraper le garçon et de le questionner sur les sortilèges, mais l'étrange enfant dormait debout, donc Severus le laissa se coucher et, à la place, il attaqua le Directeur.
« Albus, je dois vous parler. » Dit-il dès qu'ils furent seuls. A ce moment-là, tout le monde avait reçu un endroit où passer la nuit. « C'est le garçon. »
« Pas maintenant, Severus. » Albus secoua la tête. « Je dois contacter Poppy et Cassia et je dois parler aux Weasley aussi. Demain, ce sera une réunion du conseil d'administration, puis le procès de Lucius Malfoy l'après-midi et après-demain. Je dois contacter Arcus au sujet des décès et des nouvelles règles de l'école - tu ne t'en souviens pas, mais Lucius, en tant que Directeur, a changé plusieurs règles de l'école et nous devons rétablir les anciennes… Je suis désolé, mon cher garçon, tu dois poser tes questions au garçon si tu veux tes réponses. »
« Non, Albus. Je ne veux pas l'affronter. Je suis sûr que vous connaissez les réponses à mes questions et… »
« Non. » Dit fermement Dumbledore. « Et crois-moi, si nous ne te disons pas quelque chose, tu ne dois pas le savoir. »
« Vous rejetez la responsabilité sur le garçon, Albus. Vous êtes injuste avec lui. » Severus prit une profonde respiration. « Très bien. Je vous propose un marché. Vous répondez sincèrement à une question et je ne quitterai pas l'Ordre. »
« Severus, ne me fait pas du chantage. » Dit Dumbledore d'un air fatigué. « Je n'ai pas le temps pour de tels jeux. »
« Moi non plus. » Dit froidement Severus.
Ils se regardèrent silencieusement. Finalement, Dumbledore soupira.
« Une question, Severus. »
« Est-ce que le garçon est malade, Albus ? »
Le Directeur, à la surprise de Severus, ferma les yeux et, portant ses mains vers ses tempes, se massa la tête d'un air fatigué.
« Ce n'est pas une question facile, Severus. Techniquement, il n'est pas malade. Il ne souffre d'aucune maladie ou quelque chose comme cela. »
« Mais ? »
« Mais il a de profondes cicatrices intérieures. Il n'a pas été bien traité durant toute son enfance. Cela a eu des effets sur sa santé physique. »
« Vous voulez dire qu'il a été maltraité, Albus ? » Demanda vivement Severus.
« C'est la deuxième question, Severus. Je ne peux pas… »
« A-T-IL ETE MALTRAITE ? DITES-LE MOI, ALBUS POUR L'AMOUR DE DIEU ! » Hurla Severus au Directeur en saisissant le bras du vieil homme. « REPONDEZ-MOI, répondez-moi, s'il vous plait ! » Les derniers mots étaient plus une supplique que ses habituelles questions indifférentes.
« Oui, il l'a été, Severus. » Chuchota le Directeur, vaincu. « Mais, s'il te plait, ne l'interroge pas à ce sujet. Il te dira tout en temps voulu, quand il sentira qu'il peut à nouveau te faire confiance. »
Damnez-le. Damnez-le, damnez-le, se répéta Severus, même quand il fut étendu dans son lit. Il avait un neveu, qui était plein des mystères, et qui avait été maltraité - et de qui il devait prétendre être le père. Une base idéale pour une bonne relation, pensa-t-il. Il devait essayer de gagner la confiance d'un enfant maltraité - un enfant maltraité et probablement un enfant encore plus paranoïaque que lui, Severus Snape. Il ne savait pas par où commencer.
La porte s'ouvrit silencieusement et quelqu'un entra dans le laboratoire.
« Je peux t'aider ? »
Severus leva les yeux. Le garçon semblait en meilleure santé que le jour précédent : une bonne nuit de sommeil avait eu des effets impressionnants sur le garçon. Il examina les lignes du visage familier : il y avait toujours des traces de fatigues et de douleur, des années de terreur ne pouvaient être soignées en une nuit paisible. Et ses yeux étaient noirs et maussades. La pauvre chose.
« Si tu veux… » Il haussa les épaules.
Le garçon s'approcha sur la pointe des pieds et regarda dans le chaudron.
« C'est la version modifiée de la potion Tue-Loup, n'est-ce pas ? » Il regarda Severus par-dessus le chaudron.
« Je ne pouvais pas résister à l'envie de m'y essayer », le Maître des Potions laissa un sourire fleurir sur ses lèvres.
« C'est toi qui l'as créé », répondit le garçon, et il se pencha au-dessus du bureau pour vérifier les ingrédients.
« L'article disait que tu m'avais beaucoup aidé. »
Le garçon posa les yeux sur lui. A ce moment, la lumière tomba sur le visage maigre et Severus aperçut un bleu. Presque dans un état second, il tendit la main et toucha la peau tuméfiée.
« Qu'est-ce que c'est ? »
Le garçon toucha avec hésitation sa figure.
« Oh », dit-il et son sourire disparut. « Sirius m'a giflé hier. Parce que… »
« Je sais », dit Severus et il ressentit une colère soudaine. Le garçon tressaillit en entendant le ton tranchant. Severus toucha légèrement ses épaules. « Je ne suis pas en colère contre toi. Je suis en colère contre Black. Il n'a aucun droit de te frapper. »
« Mais j'ai… »
« Arrête. J'ai entendu l'histoire au complet de la part de Miss Granger et du Directeur. J'ai parlé à M. Nott ce matin. Tu as fait ce que tu pensais être la meilleure solution. C'était stupide, mais l'attaque n'était pas de ta faute. »
« Fred était mon ami », dit soudainement le garçon. Severus était véritablement surpris. Il n'était pas habitué à des situations pareilles : des garçons en deuil… « Lui et George ont presque été les premiers à m'accepter à l'école, même lorsqu'ils ont appris que tu étais mon père. Et maintenant, il est mort… Et je ne l'ai jamais remercié d'avoir sauvé nos vies », le garçon s'accroupit et pressa son front contre le coté du bureau. Severus avait définitivement l'impression d'être un idiot.
Qu'était-il sensé faire avec un garçon sanglotant ? Que faisaient des parents dans une situation pareille ? Si le garçon avait été un peu plus jeune… mais il avait dix-sept ans ! Il ne se souvenait pas d'avoir pleurer lorsqu'il était adulte…
Non. Il y avait eu UNE fois. Quand il avait appris la mort d'Anne. Severus se souvient tout d'un coup parfaitement de l'après-midi. Il avait été dans son appartement à Londres. Il était revenu du travail quelques minutes avant et avait pris son exemplaire de la Gazette du Sorcier pour le regarder en prenant du thé. Quand il avait lu pour la première fois le titre, il avait pensé à une erreur.
« La Marque des Ténèbres au-dessus du Manoir Black » avait été le titre de la une. Et il y avait une photo avec des Aurors du Ministère s'agitant et des victimes immobiles. Anne.
Et un autre souvenir : son premier massacre. Les enfants, les adultes… Le sentiment d'avoir fait quelque chose d'irréparable, d'affreux, qui ne pourrait jamais être pardonnée…
Ce garçon culpabilisait pour la mort d'un ami.
Lentement, avec incertitude, il fit le tour du bureau et s'approcha prudemment du garçon, comme s'il était un animal sauvage et s'accroupit à coté de lui.
« Ce n'était pas ta faute, Quietus », il appela le garçon par son nom pour la première fois dont il se souvienne. « C'était juste une malheureuse erreur. Tu as essayé de sauver M. Nott. Tu n'as rien fait de mal. »
Le garçon hurlait presque maintenant. Severus sentit son cœur battre dans sa poitrine. Qu'avait-il fait de mal ? Il pouvait voir les ongles de garçon gratter la surface solide du bureau, et il serra les poings si fort que ses articulations devinrent blanches, et frappa le meuble avec une force inattendue.
« J'aurais dû être plus prévenant. Je ne suis rien de plus qu'un idiot irresponsable… » Sa voix se brisa dans un étranglement.
« Non », Severus se sentait perdu. Il n'était pas très bon dans cette affaire de consolations. « Tu n'es pas irresponsable. Tu n'es pas un idiot. Ce n'était pas de ta faute », bon Dieu combien de fois était-il sensé répéter ces phrases avant de convaincre cet enfant en deuil.
« Je ne veux plus vivre », articula le garçon à travers ses sanglots.
Le cœur de Severus s'arrêta. C'était son sentiment à lui. Combien de fois avait-il souhaité la même chose quand il se rappelait ses propres fautes, erreurs et péchés ?
Mais…
Mais…
Ces foutus mais, encore. Le garçon n'avait certainement aucun péché similaire aux siens ! Pourquoi était-il si désespéré alors ?
Pinçant ses lèvres, Severus attrapa les deux mains du garçon et les arracha presque du bureau et força l'adolescent à lui faire face.
« Regarde-moi », marmonna-t-il, supprimant ses propres doutes. « Regarde-moi dans les yeux. »
Lentement, très lentement le garçon tourna son visage plein de larmes vers Severus.
« Ce. N'est. Pas. Ta. Faute », répéta Severus détachant ses mots. « Ecoute. C'est une guerre. Toutes les guerres font des victimes. Quelques fois tu ne peux pas éviter de perdre des gens qui sont proches de toi. »
Un clignement de paupière et un regard trahi fit réaliser à Severus que le garçon pensait à lui comme à l'une de ses personnes. Les mains qu'il tenait devinrent molles, et les épaules s'affaissèrent.
« Je sais », vint la réponse dans une petite voix enraillée. « Mais je n'ai pas à aimer ça. »
« Non, tu n'as pas à le faire », acquiesça Severus.
« Rien ne sera pareil maintenant », murmura le garçon.
« La vie est toujours ainsi », murmura Severus.
« Je sais », le garçon baissa la tête, ses épaules tremblèrent encore et il tomba en avant, dans la poitrine de Severus. Le Maître des Potions sursauta de surprise, mais résista à l'envie de le repousser. C'était quelque chose qu'il n'avait jamais expérimentée auparavant. Il n'était pas du type réconfortant, donc personne ne recherchait du réconfort près de lui. Mais… ce n'était pas quelque chose d'entièrement répugnant. Au contraire, c'était un sentiment agréable et il tapota le dos du garçon de manière – à son avis – rassurante et le laissa pleurer. Lorsque le garçon sentit son acceptation, il jeta ses bras autour de Severus et l'étreignit un court instant.
« Merci, Severus », dit-il et il essuya ses larmes avec sa manche. « Mais je pense que nous devrions vérifier ta potion. Elle pue. »
Severus, à sa plus grande surprise, se sentit réticent à lâcher le garçon si abruptement, mais la potion puait réellement. Il sauta sur ses pieds.
« C'est encore bon », il sourit au garçon et tendit une main pour le mettre debout. « Mais nous devons nous dépêcher. Dans quelques minutes nous devons commencer l'étape suivante. »
« Bien sûr. »
Ils travaillèrent vite dans un silence confortable. Juste après que la potion bouillonne tranquillement au-dessus du feu, et que tout soit prêt pour la troisième étape, ils s'assirent un moment. Voyant le bleu sur le visage du garçon, Severus se leva soudainement, alla d'un air digne à son placard et prit une potion curative.
Il s'approcha de la fenêtre.
« Viens ici », signifia-t-il au garçon. Il obéit.
Fronçant les sourcils, Severus étala avec application la lotion sur le bleu. Le garçon se tendit un peu, mais se relaxa sous le geste doux.
« Ca fait du bien », il sourit, les yeux fermés. « Merci. »
« De rien. »
Et voilà le chapitre 5, un peu à la bourre, c'est vrai, mais on a une excuse : les vacances... ;-D Enfin, rassurez-vous, on reprend notre vitesse de croisière.
