Titre : Through the Walls

Auteur : enahma

Traductrices : Thamril et Méphisto

Disclaimer : Comme vous vous en doutez, rien ne nous appartient. Le monde d'Harry Potter est à J.K.Rowling et l'histoire à enahma.

Note : Pas de spoilers du tome 5.

Chapitre 10 - Souvenirs

Harry arriva de la même manière que d'habitude : il tomba simplement face contre terre alors qu'il essayait de sortir de la cheminée. Quelqu'un attrapa son bras et l'aida à se relever.

« Albus m'a dit que vous viendriez. » La voix calme et profonde eut un effet calmant sur l'humeur plutôt instable d'Harry. Lorsqu'il leva la tête, il regarda le visage inquiet de la Guérisseuse en Chef.

« Je dois vous parler. » Laissa échapper Harry, la gorge sèche. « Je dois savoir… je… que… »

« Je sais, jeune homme. » La femme le conduisit vers un fauteuil et s'appuya sur la cheminée à sa manière habituelle. « Albus m'a parlé de la baguette. Et si je me souviens bien, vous connaissez les Charmes de Mémoire et les dangers de leur utilisation. »

« Oui. » Murmura Harry, son cœur s'emballant dans sa poitrine. « Mais… je dois être sûr. Je… » Il ne put pas continuer. Sa voix s'éteignit. « Me détestera-t-il toujours ? » Cria-t-il soudainement.

La femme soupira et ferma les yeux.

« Vous rappelez-vous de la fois où nous avons parlé de l'état de Severus, juste avant votre première visite ? » Demanda-t-elle doucement.

« Oui. » Dit de nouveau Harry.

« Pouvez-vous me dire ce que vous vous rappelez de cette conversation ? »

Harry se concentra fortement pour se rappeler de ces paroles d'il y a deux mois.

« Vous m'avez dit que ses émotions étaient fortement endommagées parce qu'il avait supprimé les souvenirs de son frère de son esprit, et qu'il avait presque totalement perdu la trace de ses anciennes motivations. Et qu'il était confus. » Ajouta-t-il après coup. « Mais c'était il y a deux mois ! »

« Jeune homme, la situation n'est pas aussi simple que vous l'imaginez. Deux mois ne sont pas suffisamment longs pour guérir des blessures - et certainement pas pour guérir des blessures émotionnelles. »

A ces mots, Harry se calma. Si quelqu'un savait qu'il était très difficile de surpasser les chocs émotifs, c'était lui. Pour lui, cela avait pris plus d'un an pour qu'il se libère des conséquences de sa captivité, et il n'était toujours pas complètement guéri : il avait toujours des cauchemars et des rechutes, comme cette attaque de panique, il y quelques jours, il avait toujours des problèmes pour manger et il était une épave émotive : la quantité de pleurs de ces derniers jours était alarmante.

Donc, il acquiesça.

« D'autre part, pour Severus, votre quatrième année date de seulement deux mois et demi. Son aversion envers Harry Potter est aussi vive qu'elle l'était alors. Votre comportement réservé envers lui a juste empiré la situation. Il vous déteste parce que vous êtes Harry Potter, et… »

« Mais je ne suis pas le Harry Potter qu'il connaissait lors de ma quatrième année ! » lança Harry. « Je suis son neveu et j'ai essayé de lui dire autant de choses que je le pouvais, parfois contre les souhaits du Directeur. »

« Oui, mais vous ne lui avez pas dit la chose la plus importante… »

« PARCE QUE DUMBELDORE ME L'A INTERDIT ! » Les larmes commençaient à piquer les cils d'Harry mais cette fois, c'était des larmes de colère, pas de la douleur ou de désespoir. « Pourquoi ne peut-il pas comprendre ? »

« Je ne pense pas qu'il ait jamais essayé de comprendre Harry Potter - et pour lui, vous êtes plus Harry Potter que son neveu. Mais il y a quelque chose de pire que cela : il se sent - et il est - très exposé, à la différence de beaucoup d'autres gens Obliviatés. En général, un charme d'amnésie affecte seulement une petite partie de l'esprit humain, quelques souvenirs mineurs, des choses subtiles, et la personne Obliviatée ne réalise souvent même pas qu'elle a été attaquée. Mais dans son cas, le Charme de Mémoire était si complet et si important qu'il pourrait l'avoir compris même si nous ne lui avions pas dit. Donc, il est conscient de sa faiblesse : qu'il a une mémoire pleine de lacunes et de trous béants, et qu'il ne peut pas combler ces trous, qu'il a besoin d'autres personnes pour lui dire ce qui s'est passé, qu'il a besoin de personnes à qui faire confiance, des personnes qui n'abuserons pas de sa faiblesse. Et je pense qu'Albus aurait dû lui dire il y a bien longtemps de nombreuses parties de la vérité, mais il n'a pas voulu risquer la fidélité de Severus. »

« Que voulez-vous dire par sa fidélité ? » Siffla Harry.

« Je pense que c'était la raison principale du secret d'Albus. Il n'était plus sûr de la loyauté de Severus puisqu'elle était basée sur la mort de son frère. Donc, il avait besoin d'un autre lien pour attacher Severus à l'Ordre et pour le maintenir éloigné de Vous-Savez-Qui, et c'était vous, son supposé fils. »

Harry baissa la tête de colère.

« Je vois. Il m'a dit que c'était pour ma protection. »

« Probablement les deux. » Se pressa d'approuver la Guérisseuse. Harry releva son visage.

« C'est donc la situation, maintenant. Mais y a-t-il un espoir que Severus regagne ses souvenirs ou une partie d'entre eux ? J'ai lu qu'il n'y en avait pas, mais je veux l'entendre de quelqu'un qui a l'expérience de beaucoup d'années dans ce domaine. »

La femme sourit tristement.

« Peut-être que je suis l'un des guérisseurs les plus expérimentés, jeune homme, mais ça ne signifie pas que je peux vous donner des affirmations absolument certaines au sujet du futur état mental de Severus. »

« Vous tournez autour du pot. » Dit sombrement Harry. « Dites-moi la vérité, s'il vous plait. Je veux… je dois savoir ! »

Il se regardèrent l'un l'autre pendant un long moment. Finalement, ce fut la guérisseuse qui abandonna.

« Très bien. » Dit-elle fermement. « Ma réponse est non. Il n'y a pas beaucoup d'espoir qu'il récupère. »

« Pourquoi ? »

La femme se prépara apparemment à une longue explication.

« Un Sort de Mémoire correctement lancé ne modifie pas le contenu de l'esprit, il élève seulement des portes et des murs autour de certains secteurs, souvenirs ou images. Notre travail est de supprimer ces murs et de rendre les souvenirs perdus à notre patient. C'est un processus plutôt long et nous l'avons suivi, parce que nous pensions que Severus avait correctement jeté le sort. Comme vous l'avez vu, ça a été complètement infructueux. L'état de Severus n'a pas changé, pas même un peu, parce que son Sortilège de Mémoire était loin d'être correct. Cela signifie que le charme, au lieu d'élever des murs et des portes, a probablement effacé ces souvenirs ou les a endommagés de manière permanente. » La guérisseuse se dirigea vers sa chaise et s'assit. « Je n'ai eu que cinq patients comme Severus dans ma carrière. Et aucun d'eux n'a récupéré. » Elle s'arrêta pendant un instant. « Albus m'a raconté comment il vous traitait à présent. C'est partiellement à cause du charme incorrect. Pas seulement sa précédente aversion. »

« Qu'est-ce que ça signifie ? »

« Je ne sais pas, jeune homme. » Chuchota-t-elle, semblant un peu défaite.


Après être revenu de sa réunion avec la Guérisseuse en Chef, Harry avait complètement refusé de participer à tout ce que ses amis avaient prévu. Il se retira dans sa chambre et passa la majeure partie des journées là, apparaissant rarement et faisant de pitoyables tentatives pour étudier. Même ses cours ne l'intéressaient plus. Et ce n'était pas la faute de ses professeurs, ils faisaient de leur mieux.

Le nouveau professeur de Défense, professeur Noir, était très gentille avec lui et l'aidait énormément, elle avait proposé quelques cours particuliers en duel, qu'Harry avait immédiatement refusés, bien qu'il sache qu'il avait besoin de pratique. Mais il s'en moquait.

McGonagall, au grand soulagement d'Harry, ne changea pas son comportement envers Harry, elle resta le professeur strict et sévère qu'il connaissait, ce qui rendait sa situation plus supportable, mais… Harry pouvait parfois sentir sa sympathie lorsqu'il saisissait un regard inquiet lancé dans sa direction, et il détestait cela. Il n'avait pas besoin d'inquiétude ou de pitié.

Le professeur d'Arithmancie le surchargeait d'exercices et de travail, comme le professeur Flitwick, même Binns semblait réaliser que quelque chose était arrivé à son élève favori, parce qu'il invita Harry dans ses quartiers personnels (Harry se demandait pourquoi un fantôme avait besoin d'appartements privés) et lui prêta quelques livres qui étaient, de manière surprenante, plutôt intéressants.

La sixième classe d'ASPIC qu'Harry avait décidé de prendre était Botanique, et ce n'était pas différent des cours des années précédentes : même ses camarades étaient identiques. Apparemment, la Botanique était la classe dans laquelle presque tout le monde recevait des notes suffisamment bonnes pour continuer leurs études.

Ainsi, Harry allait de cours en cours et se forçait à étudier, à manger, à dormir, à continuer à marcher et à vivre, mais son esprit n'y était pas. Il rejouait encore et encore sa conversation avec la vieille guérisseuse, discutant avec lui-même, cherchant désespérément une solution mais, alors le temps passait, après plusieurs semaines, il dut finalement accepter le fait que Severus ne serait plus jamais le même. Et il devait passer à autre chose. Mais ce 'passer à autre chose' ne signifiait pas qu'il abandonnerait Severus. Pas du tout. Il avait une autre idée.

Elle lui était apparue pendant une leçon de Défense, la dernière semaine de septembre, quand ils avaient finalement terminé de réviser le programme des BUSEs et que le professeur avait commencé à leur présenter les attentes pour les ASPICs de l'année prochaine. Harry s'ennuyait mortellement. Il avait déjà lu tous les livres recommandés pour cette année, et il ne pensait donc pas qu'il entendrait quelque chose d'important. Il laissa son esprit dériver, ainsi ce fut un choc quand il saisit quelques mots du long discours de son professeur.

« … et vous devez comprendre qu'il n'y a pas de murs ou de bouclier parfait. Chaque bouclier peut être pénétré ; chaque mur peut être traversé. Votre tâche est de trouver comment. Si une tentative échoue, vous devez essayer d'une autre manière. Cette année, nous apprendrons ces manières alternatives de traverser des boucliers, des murs et des systèmes personnels de sécurité… » Elle continua, mais les pensées d'Harry furent de nouveau distraites.

'... il n'y a pas de murs ou de bouclier parfait…'

'Chaque bouclier peut être pénétré ; chaque mur peut être traversé.'

Harry sentit son cœur battre plus vite.

'Chaque bouclier peut être pénétré ; chaque mur peut être traversé.' La phrase se répétait encore et encore dans sa tête.

Et si la vieille guérisseuse avait tort ? Et si certaines parties des anciens souvenirs de Severus étaient intactes, et qu'il devait juste les trouver ? Et si ces domaines de souvenirs n'étaient pas totalement endommagés, si c'était seulement des suppositions et des hypothèses ? Et s'il y avait seulement des murs autour de ces souvenirs, juste des murs un peu plus forts que les murs moyens d'Obliviation ?

Harry devint tellement excité qu'il avait vraiment hâte que le cours se finisse. Ce jour-là, il n'avait pas d'autre cours, juste le déjeuner après la leçon, mais il se moquait de stupidités comme le déjeuner pour l'instant. En entendant le professeur leur dire qu'ils pouvaient partir, il jeta ses livres dans son sac et se précipita vers la bibliothèque.

'Chaque bouclier peut être pénétré ; chaque mur peut être traversé. Votre tâche est de trouver comment.'

Il trouverait le chemin à travers les murs de Severus. C'était sa tâche, et il n'échouerait pas.


Severus bouillait toujours de colère lorsqu'il entra dans la salle avec sa classe de sixième année de Potions Avancées. Ce matin, il avait reçu le dernier numéro du Préparateur Expérimenté, et s'était presque évanoui quand il avait vu la photo de ce foutu garçon sur la couverture.

Comment ?

Potter pouvait-il être partout ? Ce n'était pas Sorcière Hebdo, ou la Gazette du Sorcier, jusqu'à présent, c'était un journal scientifique sérieux, donc il n'y avait pas de place pour les bâtards célèbres et arrogants comme Potter à l'intérieur, sans mentionner sur la couverture !

« Qu'est-ce que vous pensez… » Avait-il murmuré en se levant brusquement, renversant ainsi sa chaise. Dumbledore lui avait jeté un coup d'œil curieux, mais Severus avait juste haussé les épaules et avait quitté la Grande Salle avec hâte. Il n'avait plus faim de toute façon.

Il voulait écrire une lettre au rédacteur pour protester contre la corruption apparente du journal par la renommée d'un garçon qui ne la méritait absolument pas, mais il savait qu'il devait d'abord lire l'article s'il voulait le faire correctement. Donc, il s'était assis dans sa chaise favorite et avait ouvert le journal.

Il avait presque eu une attaque quand il avait lu le titre : 'Quietus Harold Snape - un génie sur le point d'être perdu ?' Il avait toussé et avait recraché le thé qu'il buvait, sous le choc.

Pour la première fois depuis que la vérité avait éclaté, il y avait un article qui le blâmait vraiment de son comportement. Les autres articles le traitaient comme bâtard sans cœur, mais ça n'avait rien de surprenant et, dans un sens, ils avaient été totalement soulagés qu'un ex-Mangemort comme lui n'ai aucune influence sur leur précieux Survivant.

Mais cet article était complètement différent. Son auteur – McRee, de toutes les personnes ! – l'avait sérieusement attaqué au sujet de son rejet du garçon. 'J'ai eu l'honneur d'enseigner au garçon pendant quelques semaines et je dois dire que je n'ai jamais eu un apprenti aussi attentionné, intelligent et créatif que le jeune M. Snape qui à présent, après la décision de son oncle, est exclu d'un enseignement supérieur dans l'art subtil de la fabrication des potions, et il n'a donc aucun espoir d'avoir les qualifications appropriées pour obtenir la place qu'il mérite parmi les Maîtres des Potions.' Severus hurla, mais l'article avait d'autres choses à dire : 'Nous avons tous lu le journal des deux Snape au sujet de leurs expérimentations sur la Potion Tue-Loup, et nous avons tous vu le large rôle qu'a joué le jeune M. Snape dans la création de la nouvelle concoction. Il est tout simplement intolérable que le professeur Snape, juste parce qu'il a appris que son neveu n'était autre qu'Harold Potter, refuse de lui enseigner…' et ainsi de suite, sans fin. La chose la plus énervante à propos de l'article était que le garçon était vraiment doué, Severus devait l'admettre. Il se souvenait parfaitement de comment ils avaient travaillé ensemble, des mouvements précis, de l'intérêt, de l'attention, et finalement, de son attachement à étudier, à comprendre.

Ca avait été… eh bien… satisfaisant de travailler avec lui. Il avait été un assistant excellent.

Mais il était néanmoins Potter, et Severus le détestait.

Donc, il était complètement furieux lorsqu'il entra dans la salle de classe. Voir Miss Granger et Londubat n'aida pas. Regarder la classe lutter pendant toute la préparation n'aida pas non plus. Principalement parce que Severus savait que le garçon ferait la potion facilement et parfaitement - il l'avait déjà vu la préparer.

Ainsi, à la fin de la leçon, Severus était livide.

« Miss Granger. Restez. » Claqua-t-il en direction de la fille. Elle sembla consternée, mais attendit patiemment que ses camarades aient quitté la salle.

« Oui, monsieur ? » Elle s'approcha du bureau du professeur, à l'extrémité de la pièce.

« Je veux parler à Potter, aujourd'hui, dans mon bureau, à vingt heures. »

Soudain, l'expression généralement ouverte de la fille devint soupçonneuse et tendue.

« Pourquoi, monsieur ? » Demanda-t-elle calmement.

« Ce n'est en rien vos affaires. » Dit froidement Severus en se levant. « Maintenant, allez-y. »

« Non. »

Severus se figea en plein mouvement. Il n'avait jamais, JAMAIS, entendu parler de Granger parlant d'une manière impolie à ses professeurs. Lentement, il se tourna vers elle.

« Non ? » Demanda-t-il, menaçant.

« Non. » Chuchota-t-elle, et Severus la vit lutter pour maintenir une apparence courageuse. Et elle répéta à nouveau, « Non. »

« Non quoi ? » Il se leva finalement et se rapprocha de jeune la fille effrayée.

« Je ne lui dirai pas, monsieur. » Elle déglutit. « Je ne veux pas qu'il soit encore blessé. Juste parce que vous avez lu cet article… »

« Comment savez-vous cela, jeune fille ? » Grogna Severus et il se tenait maintenant face à l'étudiante tremblante.

« Quiet a reçu son propre exemplaire, et je… l'ai vu sur la couverture. » Elle déglutit difficilement, « Et j'ai aussi lu l'article… » Sa voix s'éteignit et elle détourna son visage de l'expression menaçante de Severus.

« Je me moque de ce que vous pensez, Miss Granger, je veux toujours parler à Potter ce soir. »

« Je ne connais pas de Potter, monsieur. » Dit la jeune fille en faisant un pas en arrière. « Je ne peux pas délivrer votre message. »

« Dix points en moins à Gryffondor pour votre insolence, Miss Granger. »

La jeune fille le regarda et, de manière surprenante, il ne trouva que de la tristesse dans ses yeux.

« Oui, monsieur. » Dit-elle avant de partir.

Juste après qu'elle ai fermé la porte, Severus réalisa qu'il devait trouver quelqu'un d'autre pour transmettre son message.


« Ares m'a dit que vous vouliez me parler, monsieur. »

Severus leva les yeux des essais qu'il notait, puis il jeta un autre regard à sa montre. Il était huit heures précises.

« Fermez la porte. » Dit-il en posant sa plume. Il vit le garçon fermer rapidement la porte de bois brun, et se tourner, le regardant avec attente.

Severus se massa les temples de détresse, et il vit avec surprise qu'un léger sourire apparu sur le visage du garçon. Encore une fois, il enragea.

« Potter ! »

Le sourire disparut.

« Mon nom est Snape, monsieur. » Dit le garçon d'un ton impertinent. Severus serra les poings avec fureur.

« Vous avez lu l'article. » Continua Severus ignorant délibérément la remarque du garçon.

« Quel article ? » Le gosse cilla de confusion.

« Dans le Préparateur Expérimenté. » Siffla Severus.

« Non, monsieur. » Potter secoua la tête. « J'ai donné mon exemplaire à Hermione. »

« Pourquoi ? »

Un haussement d'épaules.

« Elle a vu quelque chose dedans et voulait le lire. Elle a dit qu'elle me le rendrait demain. »

Le calme du garçon énervait encore plus Severus. Manigançait-il encore quelque chose ?

« Ne pensez pas que juste à cause de cet article, je vous accepterai dans ma classe. »

« Quoi ? » Potter sembla surpris. « Je ne vous ai jamais demandé de me reprendre. »

C'était vrai, mais ça ne fit qu'augmenter la fureur de Severus.

« Mais vous voulez revenir. » Siffla-t-il.

Potter haussa de nouveau les épaules.

« Non. Pas vraiment. »

« Non ? » Dit-il, faussement intéressé. « Je ne suis pas assez bon pour notre célébrité locale, Potter ? »

Le garçon déglutit et le regarda dans les yeux.

« Mon nom est Snape, monsieur. » Répéta-t-il.

« Répondez à ma question ! » Cria Severus.

« Pourquoi ? » Répondit-il. « Vous ne me reprendrez pas. Je ne vous l'ai pas demandé. Je ne pense pas que mon opinion soit nécessaire dans ces circonstances. »

Il avait encore raison. Severus le détesta.

« Dix points en moins pour Gryffondor, Potter. »

Le garçon frissonna, et dit lentement :

« Je. Ne. Suis. Pas. Un. Potter. Et vous ne pouvez pas retirer de points juste parce que vous ne m'aimez pas. Je n'ai rien fait pour mériter cette punition. »

« Rien ? » Eclata soudainement Severus. « Et les mensonges ? Les demi-vérités ? L'abus de mon ignorance ? »

De manière inattendue, le garçon baissa la tête.

« Je voulais vous le dire, dès le premier jour. » Chuchota-t-il. « Mais le Directeur avait peur de votre réaction. »

« Vous vouliez me le dire ? » Le sarcasme coulait dans la voix du Maître des Potions. « Encore un mensonge. »

« Non. » Le garçon secoua énergiquement la tête. « Je le voulais vraiment. Dès que j'ai pu, je vous ai dit que je n'étais pas votre fils. Je voulais vous dire qui j'étais, juste… j'étais… J'avais juste peur de vous perdre… » Les derniers mots à peine audibles.

« Vous avez réussi. » Répondit froidement Severus. Le visage du garçon se releva brusquement, et Severus vit les lignes de fatigue sur le jeune visage. Mais pas seulement de fatigue. Soudain, il s'aperçut, son lui de seize ans, dans ce visage, et autre chose qu'il ne pouvait pas trouver, quelque chose de lointain et de doux-amer, quelque chose qui le touchait profondément, si profondément que, pendant un instant, il ne put pas même respirer.

A présent, ils étaient debout, l'un en face de l'autre.

Le garçon n'était pas un Potter. Il était en effet un Snape, avoua intérieurement Severus. Ou il était devenu fou.

« Maintenant, sortez. » Murmura-t-il avant que la confusion puisse franchir son masque impassible. « Et ne pensez pas que vous aurez une chance. »

Encore, cette expression.

« Oui, monsieur. » Acquiesça le garçon avant de partir.

Mais la confusion resta.


« Qu'est-ce que tu fais ici ? » Demanda Ron avec surprise, quand Harry émergea d'entre deux rangées d'étagères.

« Je lis. » Répondit-il ironiquement en posant les livres qu'il portait dans des ses bras sur la table. « C'est la bibliothèque, Ron. »

Ron jeta un coup d'œil à ses livres avec un peu d'étonnement.

« Pourquoi lis-tu des trucs pareils ? » Il souleva le livre épais qui était sur le dessus de la pile. « Partage de souvenirs - un guide pratique. » Lut-il à voix haute. « Souvenirs. » Etait un autre titre.

« Ron, s'il te plait. » Dit doucement Harry. « Ce n'est pas tes affaires. »

Ron s'assit et le regarda sérieusement.

« Tu fais ça pour Snape, n'est-ce pas ? »

« Félicitations. » Répondit ironiquement Harry. « Un point pour Gryffondor pour être si intelligent. »

« Mais… pourquoi ? » Demanda son ex-ami.

Harry soupira, et ne répondit pas immédiatement. Lui et Ron n'étaient toujours pas amis, ils étaient en termes neutres, ils faisaient rarement plus que se saluer et Harry savait que c'était principalement la culpabilité de Ron qui rendait leur relation presque insupportable. Ron avait été choqué quand il avait découvert il y a six mois qu'il avait presque tué quelqu'un. Son choc avait empiré quand il avait appris que la personne n'était personne d'autre qu'Harry.

« Tu peux deviner. » laissa-t-il échapper d'un ton sarcastique.

« Oh… » S'étrangla Ron. « Mais… il t'a rejeté… »

Naturellement, les détails n'étaient pas connus de tout le monde. Harry les avait dits seulement à Hermione, mais les autres pouvaient à peine suivre les événements des mois passés. La fin de la quatrième année - Snape - son fils - une humeur plus légère - des cours de Potions plus faciles - Malfoy – le disparition de Quietus - Voldemort (alias Vous-Savez-Qui) - Obliviaté (c'était une partie que beaucoup ne connaissaient pas) – long séjour à l'hôpital - des tensions entre Snape et son fils - puis à nouveau une bonne relation - un mot soudain dans un cours de Potions - rejet total - classes insupportables de Potions. De nouveau.

Harry soupira et décida finalement de ne pas réagir. Mais à présent, Ron était insistant.

« Ecoute, Harry, je suis venu pour te parler. »

« Vraiment ? » Harry haussa un sourcil, sans lever les yeux du livre qu'il avait ouvert il y a un instant.

« A la fin de l'année dernière, nous avons parlé et tu… tu as dit que tu voulais être ami avec moi. Et alors… depuis, j'ai pensé à toi, et soudain ; il est apparu que tu étais toi et je… » Il s'arrêta, puis cria. « Harry, je me suis senti tellement horrible ! Après que je t'ai attaqué à Pré-au-lard, j'ai voulu disparaître. J'avais honte de moi. Je… tu… » Ron baissa la voix. « Et quand j'ai appris la vérité… Harry, je sais que ce que je t'ai fait était horrible, mais… ça signifie que… ne pouvons-nous pas être de nouveau amis ? »

Cette fois, Harry sentit la détresse et la sincérité dans la voix de son ex-ami, donc il plaça le livre sur la table et, lentement, il se massa les tempes pensivement. Soudain, il réalisa que c'était l'une des habitudes caractéristiques de Severus, et son visage se fendit d'un demi-sourire.

« Je ne sais pas, Ron. » Répondit-il sincèrement. « Ce n'est pas aussi facile que tu le penses… »

« Pourquoi ? » Ron fronça les sourcils. « Ce que j'ai fait, je l'ai fait pour toi ! »

« Et tu l'as fait à moi, Ron ! » Chuchota Harry en retour.

« Tu aurais dû me le dire ! » Ron frappa la table avec son poing. « J'étais ton meilleur ami. Je pensais que tu étais mort. C'était horrible. Horrible. » Ron secoua la tête. « Tu ne peux pas imaginer. Et puis… »

Soudain, Harry ne put plus écouter Ron. Il sauta sur ses pieds, saisit quelques livres devant lui et sortit de la bibliothèque aussi vite que possible. Mais pendant un court instant, il s'arrêta dans la porte.

« Je sais quelque chose à propos d'être malheureux, Ron. » Dit-il avant de partir.

Plus tard, dans sa chambre, il continua son étude sur les Pensines. C'était l'idée qui lui était apparue quand il avait commencé à penser à la condition de Severus après la sombre révélation de Dumbledore à propos de sa baguette.

Il n'était pas possible que Severus regagne ses souvenirs perdus, alors il lui donnerait ses propres souvenirs, autant qu'il le pouvait. Il y avait cependant quelques problèmes. D'abord, il n'avait pas de Pensine, deuxièmement il ne s'y connaissait pas assez. Sans mentionner qu'il ne voulait pas livrer ses souvenirs. Il voulait les partager, ce qui signifiait qu'il devait apprendre comment mettre un souvenir dans une Pensine et le laisser dans sa tête en même temps.

Acheter la Pensine n'était pas difficile. D'après sa santé économique actuelle, il pourrait acheter des centaines de Pensines, bien qu'elles soient plutôt chères. Néanmoins, il avait eu choc quand il en avait finalement commandé une : la compagnie avait envoyé la Pensine gratuitement, et quand Harry l'avait interrogé, elle avait précisé qu'il était l'un des propriétaires de cette compagnie - parce que c'était une société apparentée à la Shell Magical International.

Harry toucha le bord de la petite cuvette simple, et sourit. Il donnerait à Severus quelque chose de plus précieux que tout l'argent ou toutes les richesses. Il lui redonnerait quelque chose, quelque chose qui lui avait appartenu par le passé, mais qui avait ensuite disparu dans le néant.

Mais il n'était pas encore prêt. Il voulait essayer les choses qu'il avait lues et apprises. Et sa courte dispute avec Ron lui avait donné une bonne idée.

Il testerait d'abord les 'capacités de la Pensine' sur Ron.


Harry était tellement nerveux qu'il eut presque une attaque. Erica l'avait encore approché et il ne pouvait tout simplement pas libérer d'elle. Il savait qu'il était toujours laid et avait un mauvais caractère, mais ça n'avait pas empêché la fille de continuer à le poursuivre. Harry se sentait à nouveau malheureux. Il voulait retourner en arrière, être encore le fils de Severus - pas seulement à cause de l'homme, mais parce que, quand il avait été le fils de Severus, le sang-mêlé, le type laid avec qui personne ne voulait être ami à cause de sa célébrité, son argent ou ses origines nobles. Même être Harry Potter avait été mieux que ça. En tant que Potter, il avait été un garçon beau, mais maintenant… Et il n'était pas aveugle. Il pouvait parfaitement voir qu'Erica ne l'aimait pas. Elle aimait toutes ces choses qu'Harry dédaignait : la célébrité, la richesse et l'origine.

Et maintenant, elle discutait néanmoins avec lui, souriant et flirtant légèrement, jouant avec ses cheveux, mordillant ses lèvres d'une manière qu'elle croyait sensuelle, mais tout cela repoussait Harry, et il faisait de son mieux pour ne pas l'envoyer balader.

« … donc le professeur Snape nous a donné ce travail et j'ai pensé que je te demanderai, Harry, puisque tu es… » babilla-t-elle joyeusement, mais heureusement pour Harry, Seamus se dirigea vers eux et excusa Harry.

Quand ils furent suffisamment loin pour qu'Erica ne puisse pas les entendre, Harry poussa un profond soupir.

« Merci, camarade. »

« Elle est horrible. » Seamus secoua la tête. « Mais je pense que tu devrais être plus ferme et la repousser. Ton incertitude apparente lui donne l'impression que tu pourrais sortir avec elle ou quelque chose… »

« Oh, je sais. » Harry leva les yeux au ciel. « Mais la plupart du temps, je n'ai pas le temps d'ouvrir la bouche. »

Seamus lui fit un clin d'œil.

« Tu devrais essayer le style de ton pè- je veux dire du professeur Snape. Tu peux le faire, je l'ai vu l'année dernière. Eh bien, peut-être que ton rictus n'est pas aussi bon, mais assez bon pour l'effrayer et l'envoyer à des kilomètres de toi. »

Harry eut un petit rire, presque heureux.

« Je vais te dire quelque chose. » Chuchota-t-il en se penchant vers Seamus, « J'ai pratiqué son rictus de nombreuses fois devant un miroir. »

Seamus rit et secoua la tête avec amusement.

« Tu es tellement sérieux. Je ne peux pas t'imaginer debout devant un miroir, imitant le 'regard de la mort' ! »

« Essaye, alors. Je l'ai fait souvent. »

Seamus secoua de nouveau la tête.

« Très bien. Mais je ne t'ai pas arraché à cette fille juste pour causer de ton rictus Snapien, Qui-Harry. Je… donc… tu sais que cette année, je suis le Capitaine de l'équipe de Quidditch et tu… tu es le meilleur attrapeur que nous avons jamais eu et, écoute, camarade, nous avons pensé que tu pourrais revenir voler. »

Harry se retourna brusquement pour lui faire face.

« Seamus ! » Dit-il sérieusement en saisissant les épaules de son ami. « Non. »

Seamus cilla de surprise et de confusion.

« Non quoi ? »

« Je ne prendrai pas ta place. Tu es l'attrapeur de l'équipe et… »

« Ecoute, Harry. Avec George, Fred, Angelina et Katie qui sont partis, il n'y a que Ron et moi dans l'équipe et je ne suis pas sûr de vouloir être attrapeur. Je pense que j'aimerais essayer d'être Poursuiveur, et il y a quelques postes libres pour deux batteurs et deux autres Poursuiveurs. » Dit Seamus énergiquement. « Nous avons besoin de toi dans l'équipe. »

« Ecoute, Seamus, je ne sais pas. » Harry se gratta la nuque. « J'ai beaucoup de classes d'ASPICs et je veux me concentrer sur mes études plutôt que d'aller aux entraînements tous les jours… »

Le visage de Seamus s'affaissa.

« Ouais, je sais que ce n'est pas facile pour toi, mais nous avons besoin de toi, et tu es foutrement doué. Et je pense que nous pouvons organiser nos entraînements pour que tu n'ai pas à participer à chaque fois. S'il te plait, Harry ! »

Harry gémit juste avec agacement.

« Je ne pense pas que je veux le faire, Seamus. »

« Tu aimes voler, Harry. Et maintenant, tu as la chance de voler à nouveau ! » Seamus joua sa dernière carte contre Harry, en utilisant la seule raison qu'il savait qu'Harry ne pouvait pas ignorer.

Le visage d'Harry se tordit pendant un court instant, et il acquiesça lentement, d'un air tendu.

« Très bien, j'essayerai. » Dit-il, vaincu.

Il aimait vraiment voler.


Ca pris moins d'une semaine pour préparer sa 'Pensine-test' pour Ron, mais Harry ne savait pas comment persuader son ex-ami de regarder dans la bassine. A chaque fois qu'il approchait Ron, il reculait toujours, bien qu'il ne puisse pas comprendre pourquoi. Ne voulait-il pas que Ron voit, comprenne ce qu'il avait fait ?

Si, se répondit-il intérieurement, mais il y avait quelques problèmes. Montrer à Ron ces souvenirs serait un acte de confiance, c'était accepter le risque d'être exposé à quelqu'un qui l'avait torturé et humilié dans le passé, même s'il n'avait pas su qu'il était lui. C'était encore difficile de faire confiance avec des secrets comme ceux cachés dans la Pensine qui se trouvait à côté du lit d'Harry, sur la table de nuit. Harry soupira, incertain.

Peut-être qu'il n'était pas temps de montrer à Ron ces souvenirs. Pas encore, du moins. Peut-être qu'il devait attendre un peu plus. Peut-être qu'il ne devrait jamais rien lui montrer. La Pensine était parfaitement préparée, Harry le savait, il avait de nombreuses fois vérifié pendant sa préparation. Il avait réussi à partager ces souvenirs et à filtrer les moments qu'il voulait garder secrets de Ron. Ca n'avait pas été facile : souvent, il avait remarqué qu'un certain souvenir en entraînait beaucoup d'autres, attachés avec lui, dans la bassine, et Harry devait les effacer encore et encore jusqu'à ce que seul le morceau prévu reste.

Ca pris plus d'une semaine pour la préparer. Mais à présent, il n'était pas sûr de vouloir les partager. Ils contenaient trop de choses au sujet de Severus, de leur ancienne relation, et peut-être trop de souvenirs sur ses douleurs et ses peurs…

Bien, alors. Il ne la montrerait pas à Ron, décida-t-il finalement en éteignant presque toutes les torches de la chambre et en se glissant dans son lit.

Mais son travail n'était pas totalement inutile : il en avait tiré de nombreuses conclusions inattendues à propos de l'esprit humain - et maintenant, Harry pouvait comprendre l'explication de la Guérisseuse en Chef au sujet de la perte de mémoire de Severus mieux que jamais. Il n'avait pas de souvenirs solitaires dans sa tête. Ses souvenirs formaient une toile complète dans son esprit, et chacun était étroitement intégré dans cette toile. Une nouvelle fois, Harry se demanda comment Severus pouvait rester normal après une perte de mémoire tellement importante.

Severus…

Harry ferma les yeux et commença à prévoir la toile de souvenirs qu'il voulait placer dans la Pensine pour Severus.

Il y aurait des souvenirs de l'année dernière, c'était sûr. Des souvenirs des aventures et des expériences communes, des souvenirs de jeux d'échecs et de longues conversations, des souvenirs de douleur et de confort, comme des souvenirs de Nightmare Manor. Voldemort, Mangemorts, coups, humiliation, faim, la première trêve hésitante et incertaine, puis la paix, encore après l'amitié, et les tournants, provoqués par la douleur commune, les tortures…

Coupures de rasoir, Tormenta, Doloris, coups, oh…

Harry eut soudain l'impression que ces souvenirs renaissaient dans son esprit : Mangemorts, robes noires se déplaçant dans la faible lumière des torches, un craquement fort, celui de Voldemort. Le Bâtard Suprême était déçu. Profondément, véritablement déçu.

« Endoloris ! » Le sort frappa fortement Harry, et il ne put s'empêcher d'hurler. « Je ne tolérerai plus d'erreurs, Queudver. J'ai été très, très patient avec toi, tu sais. » Il fit un geste avec sa baguette et la douleur du Doloris augmenta encore dans la poitrine d'Harry. « J'ai toléré l'échec de l'évasion de Snape. » Un autre petit coup. « J'ai toléré l'échec après leur deuxième évasion. » A présent, Pettigrow braillait de toute la force de ses poumons à la douleur presque insupportable. « J'ai toléré l'échec au Manoir Black, et plus tard sur le Poudlard Exprès. » Nouveau geste, nouveaux hurlements. « Mais ces nouvelles sur Potter étant vivant – c'était ta faute, seulement ta faute ! Tu as jeté le Sort de Mort sur ce garçon ! Tu aurais dû me dire que tu lui devais ta vie ! » Soudain, il baissa la main, et Harry ne put s'empêcher de trembler. Il savait ce qui allait se passer, mais il ne voulait pas le voir, non, non, non !

« Tu t'es enfui par crainte, Queudver, quand tu as appris les nouvelles. » Siffla la créature à face de serpent avec une colère pure. « Pensais-tu vraiment que je ne te trouverai pas ? » Il se pencha vers le visage de l'homme mince. « Pensais-tu vraiment que tu pourrais survivre ? »

« NON ! » Hurla Harry. « Non ! Ne… ! » Mais personne ne l'entendit.

« Avada Kedavra. »

Les mots de Voldemort étaient doux, mais ils frappèrent Harry plus fort que jamais, et il eut l'impression que quelque chose éclatait dans sa poitrine, plus douloureusement qu'un Doloris ne pourrait jamais le faire, et il hurla et hurla jusqu'à ce que l'obscurité vienne et entraîne ses sens dans le doux velours de l'inconscience.


« Parvati, va chercher le professeur McGonagall », dit Hermione d'une voix tremblante. « Ron, Seamus, Colin, Dean, Neville, aidez-moi à défoncer la porte. »

Un autre cri de douleur retentit dans la salle commune qui se remplissait lentement. Lorsque les premiers cris de douleur avaient troublé la soirée paisible, Hermione savait que quelque chose de terrible se tramait. Elle était assise dans la salle commune, étudiant toute seule, quand elle entendit le premier cri, et elle avait immédiatement essayé de pénétrer dans la chambre d'Harry, mais elle n'avait pas réussi. La porte d'Harry était fermement fermée, et l'utilisation combinée de sorts de fermeture et des protections anti-filles l'avait laissée suffisamment impuissante pour qu'elle demande de l'aide. Elle pénétra dans le dortoir des garçons de sixième année et réveilla le groupe en colère en saisissant le bras de Neville.

« Harry a mal. Aidez-moi, s'il vous plait ! » Elle sanglota et Neville l'entraîna dans la salle commune. Les autres titubèrent derrière eux.

Mais à cet instant presque tout le monde était debout.

« Comment veux-tu défoncer la porte ? Nous devons attendre le professeur ! » protesta Seamus.

« Essayons de lancer un sort ensemble », dit soudainement Neville, mais un NON sonore provenant de la pièce les glaça sur place. Il dura pendant de nombreuses secondes.

« Oh, mon Dieu », murmura Dean et Ron pâlit.

« Quiet ! » cria Hermione et elle commença à tambouriner à la porte. « Quiet, réveille-toi ! S'il te plait, réveille-toi ! C'est un rêve, Quiet, Quiet… » un sanglot la réduit au silence alors qu'elle tombait lentement à genoux. « Quiet », maintenant elle pleurait en face de la porte fermée.

Ron s'agenouilla près d'elle et la pris par les épaules.

« Viens, Hermione, laisse les autres ouvrir la porte. Tu les gênes ». Hermione opina, mais elle ne pouvait pas bouger. Ron la conduisit gentiment à coté.

Le cri s'arrêta soudainement dans la pièce fermée, et un terrible silence emplit la salle commune, seuls les faibles sanglots d'Hermione pouvaient être entendus.

Un boum sonore réduisit en pièce le silence assourdissant.

« Ecartez-vous ! » La voix stricte de McGonagall résonna du portrait de la Grosse Dame. Le professeur se dirigea avec hâte vers la porte de Harry et y pointa sa baguette. « Professeur Minerva McGonagall, professeur de cette école, t'ordonne de t'ouvrir, maintenant ! » cria-t-elle et elle frappa la porte de sa baguette.

L'instant suivant, ils étaient à l'intérieur, Hermione juste derrière son professeur.

« Quiet ! » cria-t-elle quand elle aperçut le corps maigre recroquevillé près du lit. « Quiet, tu vas bien ? » murmura-t-elle en s'agenouillant près d'Harry.

« Soyez prudente, Miss Granger », les paroles de McGonagall étaient effrayées. « Nous ne savons pas ce qu'il lui est arrivé. »

Hermione acquiesça. « Nous devons l'amener à l'Infirmerie. »

En agitant sa baguette, McGonagall fit apparaître un brancard et bougea le corps sans vie d'Harry dessus.

« Miss Granger, vous venez avec moi. Vous, garçons, dans votre dortoir. M. Snape ira bien demain », elle dispersa rapidement la foule en face de la chambre de Harry. Murmurant, les étudiants remontèrent les escaliers et disparurent de la vue de Ron.

Il n'alla pas avec eux.

Lorsque ses yeux virent la Pensine d'Harry il sut qu'il n'irait pas avec eux. Il devait regarder dans cette Pensine. Oui, il savait que ce n'était pas très noble, mais il voulait comprendre, pour accepter, pour partager à nouveau la vie de son ami. Rapidement, il ferma la porte après que tout le monde soit parti, et s'approcha du bol.

Il n'avait jamais touché une Pensine avant. Harry était le premier à lui avoir parler des Pensines, quand il avait regardé dans celle de Dumbledore en quatrième année.

Il n'avait rien à faire, juste à regarder dans la brume argentée du bol.

Il prit une grande inspiration et s'inclina au-dessus du bol.

Tout d'abord, la brume argentée ne montra pas de signe de vie ou de mouvement, et Ron s'approcha encore. Avec de grands remous, l'instant suivant il se trouva loin de la protection de Poudlard – en temps, en lieu, en corps, et en âme.


Ron était dans une salle sombre, à peine éclairée, et il aperçut trois personnes assises en face de la cheminée. Quand il s'approcha plus près, la vue lui procura presque des vertiges.

Harry Potter, Severus Snape et Dumbledore étaient les silhouettes, mais Harry… Harry ressemblait encore à Harry au lieu de ce… Quietus qu'il avait appris à connaître l'année dernière, et Snape était si étrange : son visage pâle manquait de son habituelle froideur, ses yeux étaient rouges et il y avait clairement des traces de larmes sur ses joues.

Ron entendit Dumbledore parler.

« Exactement. Fudge est sous l'influence de Lucius Malfoy qui veut devenir le Directeur de Poudlard. »

« Mais… ce serait un désastre ! » cria le Harry-souvenir, horrifié

Soudainement, Dumbledore leva les yeux en direction de Ron. Ron sursauta presque de surprise.

« Oui. » acquiesça le Dumbledore-souvenir. « Et d'autre part, si je leur disais que tu es vivant, ils t'interrogeraient au Ministère et après Severus… »

« Je lui ai déjà parlé des interrogatoires du Ministère et du témoignage que je vous ai fais. Donc, vous pouvez continuer. » Snape était si étrange. Si humain…

« Bien… disons-le comme ça : je ne voulais pas les laisser étudier ton cas. Et s'ils découvrent que tu es toujours vivant… » …et Ron savait parfaitement comment se passaient les interrogatoires du Ministère. A présent, il savait que ce qu'il regardait s'était passé avant le début de la cinquième année, parce qu'Harry était toujours Harry, mais après sa captivité, parce que lui et Snape… étaient assis de façon si amicale, l'un à coté de l'autre, sous la même couverture. Et tous deux avaient de nombreux bleus sur leur visage, leur cou et leurs mains. Les cicatrices en forme de serpent sur le cou d'Harry étaient d'un rouge violacé. Ron frissonna.

« Ca signifie… ça signifie que je ne peux plus être moi-même… » murmura tout d'un coup Harry. « Voldemort veut me tuer, le Ministère veut me torturer… » Ron frissonna encore en pensant à ce qu'il savait allait arriver quelques mois plus tard. « Je dois me cacher ou me déguiser… Pourquoi ai-je survécu à tout ça ? Je veux juste une vie normale, sans crainte ni menace, je ne veux pas me cacher ou quelque chose comme ça… »

Ron s'approcha pour offrir son aide, ou pour réconforter Harry, mais le Snape-souvenir posa sa main sur l'épaule d'Harry.

« Harry, Harry, calme-toi. Je suis sûr que le Directeur a manigancé quelque chose. Ecoute son idée jusqu'au bout et ensuite, nous déciderons ensemble de quoi faire, d'accord ? Donc, Albus ? »

Ron se tourna vers le Directeur, mais maintenant, il savait précisément ce que serait la réponse.

« J'ai déjà fait quelques préparations, Severus. Si tu acceptes Harry dans ta famille, le sort de James sera brisé et il ressemblera à ce qu'il aurait été s'il n'avait pas été adopté. »

« Vous voulez dire que je serais comme mon père ? » Le Harry-souvenir semblait totalement effrayé à cette idée. Ron se sentit soudain honteux. La scène entière était si… étrange. Quand il avait pensé à la décision d'Harry auparavant, il n'avait jamais réellement réfléchi à la situation d'Harry. Il n'avait jamais pensé que les changements avaient été choquants pour son ami. Entre-temps, Dumbledore continua.

« …Nous seuls connaissons la vérité. Nous trois. Personne d'autre. Et je ne veux pas que quelqu'un d'autre l'apprenne. »

« Mais… mais… et pour Ron et Hermione… ? » Harry semblait réellement être sous tension. « Ils sont mes amis. Ils doivent savoir ! »

La mâchoire de Ron se décrocha. Harry voulait qu'ils sachent ! Tout d'un coup, il se sentit si stupide. Il avait été si égoïste ! Harry avait été torturé et était presque mort et lui, Ron s'était comporté comme un enfant de cinq ans ! Et tout était maintenant si évident. Ca avait été un secret, un secret très dangereux – et il ne s'était pas montré digne de connaître de tels secrets.

« Harry, je sais que ce que je dis semble impitoyable, mais tu ne peux pas leur dire. Ca serait trop dangereux pour tout le monde. » Et oui, maintenant Ron était finalement d'accord avec le directeur. Et avec tout ce qu'il dit par la suite.

« Oh, mon Dieu… Je n'y ai jamais pensé… » chuchota Harry. « Mais ça signifie que je dois tout recommencer. »

« Tu peux être encore ami avec eux. » dit Snape.

« Oui, en tant que TON fils, Ron sera sûrement heureux d'être ami avec moi… » dit Harry sèchement. « Il a trop de préjugés pour l'être. Je le perdrai… »

Harry avait su… Ron avait la nausée au vu de sa propre stupidité. Et Harry avait sérieusement sous-estimé la situation. Il n'avait pas seulement perdu Ron, mais pire, Ron était devenu son ennemi.

En regardant les instants suivants, cela devient complètement clair. Leur première rencontre à Fleury et Botts… Le premier cours de Métamorphose, lorsque Harry avait essayé d'être amical… Les moqueries répétées de Ron – et il y en avait beaucoup, la chute de Ron du balai – le balai d'Harry ! Puis, plus tard, toute l'histoire à Pré au Lard, sa cruauté, la situation d'Harry exposée au grand jour… Maintenant, il pouvait voir la panique d'Harry monter, le désespoir dans ses yeux, la peur, les larmes d'humiliation et il voulut mugir à son lui-souvenir, faire quelque chose, mais il ne pouvait rien faire, rien du tout et soudainement, il se trouva dans une petite chambre de torture, face-à-face avec Voldemort.

Pendant un moment, le cœur de Ron s'arrêta de battre. Il voulait partir, sortir de ce morceau de souvenir, mais il ne pouvait pas. Il était emprisonné dans le souvenir. Il voulait désespérément se libérer, il cherchait une porte, une fenêtre pour s'en aller de la scène de torture, mais il n'en trouvait pas. Les murmures silencieux d'Harry et les remarques tranchantes du Seigneur des Ténèbres parvinrent à ses oreilles. Ron trembla et s'effondra au sol.

Quelqu'un bougea à coté de lui, et il entendit à nouveau la voix de Voldemort.

« Je suis vraiment heureux que tu y prennes finalement plaisir. » Snape se tenait à coté de lui, mais pas le Snape qu'il connaissait des cours de Potions. C'était un homme battu, sanglant, sale, torturé, sanglotant qui regardait quelque chose, comme pris dans une transe – et Ron suivit ses yeux et vit le corps d'Harry, et il ne put plus se retenir.

« Harry, Harry », sanglota-t-il et il approcha son ami comme s'il pouvait l'aider, mais il était impuissant, totalement inutile, et la torture continua, encore et encore, et après quelques moments, qui semblèrent durer des jours pour Ron, il tomba finalement au sol, et l'instant suivant Snape était agenouillé près de lui, il leva avec prudence le corps dans ses bras et posa la tête d'Harry sur son épaule, l'enveloppa avec ses propres vêtements et le porta à la cellule. Ron les suivit. Le professeur s'assit dans un coin tenant Harry dans ses bras, pleurant maintenant sans honte. Ron regarda l'homme les envelopper dans une cape vraiment très sale, et caresser les cheveux du garçon sans y prêter attention et répétant sans fin –

« Tout va s'arranger, Harry, tout va s'arranger… » et Ron comprit d'après la voix que Snape avait été impuissant, qu'il avait eu peur pour Harry, mais comment avait-il pu, lui, Ron, être si cruel ? Si gamin ?

« Harry ? » Ron entendit la voix douce de Snape.

« Ca fait mal », Harry tremblait, et même Ron tremblait par sympathie. « Tout brûle… Tout mon corps… ma peau… »

Puis Snape fit quelque chose de surprenant : il commença à bercer Harry comme une mère berce son enfant.

« Chhhhut. Essaye de te reposer. »

« Monsieur, je pense que je vais mourir… je suis désolé… »

« Tout va s'arranger, Harry. Repose-toi. Non, Harry. Tout va s'arranger. Crois-moi. »

« Je suis désolé… je vais vous laisser seul, et je suis désolé pour ça… »

« Non, Harry », et Snape pleurait vraiment maintenant, et le cœur de Ron se contracta de douleur, et il s'assit à coté d'eux et pleura comme Snape pleurait, sans bruit, profondément, ses erreurs, ses pêchés, qui le séparaient d'Harry, peut-être une fois pour toutes.

Et un autre sentiment émergea de sa poitrine : une petite once d'espoir. Espoir, que Snape voudrait voir ses souvenirs et comprendrait et accepterait Harry encore, parce que l'homme à coté duquel il était assis, était un homme digne d'amour, de l'amour d'Harry, et Harry avait besoin d'un réconfort que seul lui pouvait lui offrir, parce que ces jours dans l'enfer de Voldemort les avait liés ensemble…


Et ben voilà. La moitié de cette dernière partie est atteinte... La fin approche... presque...