Titre : Through the Walls
Auteur : enahma
Traductrices : Thamril et Méphisto
Disclaimer : Comme vous vous en doutez, rien ne nous appartient. Le monde d'Harry Potter est à J.K.Rowling et l'histoire à enahma.
Note : Pas de spoilers du tome 5.
Chapitre 12 – La fuiteHarry était toujours sous le choc provoqué par les paroles du Directeur. Malfoy était parti. Il était parti. Il ne reviendrait plus jamais étudier ici.
Oui, Harry n'aimait pas Malfoy, pas du tout, jamais, pas même pendant un instant, mais il pouvait sentir le poids de la décision et ses implications silencieuses. Malfoy était parti pour être entraîné à être l'héritier de son père dans le cercle de Voldemort, Harry le savait parfaitement, même si officiellement, le blond avait changé d'école et allait finir ses études dans une école sorcière irlandaise peu connue.
Les menaces de Malfoy n'avait pas été un mensonge, pensa Harry, et il manqua presque la deuxième moitié du court discours du Directeur.
« … et je dois annoncer que le professeur Snape n'est plus le Directeur de la Maison de Serpentard, donc je demande aux Serpentards, s'ils ont des problèmes, d'aller en parler au professeur Vector. » Le Directeur accompagna ses paroles d'un geste de la main en direction de la sorcière sévère assise à côté de McGonagall.
La mâchoire d'Harry se décrocha. Dumbledore n'avait rien détaillé, mais il était sûr que ce… changement était lié à lui, que c'était la chose que le vieil homme avait voulu lui dire le jour précédent. Et il n'avait pas écouté. Harry leva les yeux vers la Table des Professeurs et regarda Severus. Les joues de l'homme étaient rouges d'humiliation lorsqu'il renvoya le regard d'Harry avec une haine intense : ses yeux perçaient presque le crâne du garçon, sa bouche était courbée en un rictus dégoûté.
Severus le blâmait.
Involontairement, la main gauche d'Harry serra son bras droit douloureux contre sa poitrine et détourna le regard. La chose suivante qu'il entendit fut un coup fort alors qu'une chaise tombait en arrière, et l'ouverture et la fermeture d'une porte dans l'arrière de la Salle. Il n'eut pas besoin de lever le regard pour savoir ce qui s'était passé. Severus avait quitté la salle.
Les nouvelles choquèrent tout le monde dans la Grande Salle. Peu après la courte scène de Severus, les conversations brisèrent le silence alors que les étudiants se penchaient les uns vers les autres.
« C'est possible… ? »
« Tu as entendu pour le père de Malfoy… ? »
« Ils étaient amis… »
« Dumbledore veut virer Snape… »
« Tu sais ce qui s'est passé ? »
« Ils ont dit qu'il était suspendu, et maintenant que son vieil ami Malfoy n'est plus un membre du Conseil… »
« … l'année dernière, il était tellement poli, et maintenant… »
« … est-ce que ça a un rapport avec Potter ? »
Et ainsi de suite. Une nouvelle fois, Harry devait faire face au problème de son incapacité à manger. Les nouvelles avaient pris son peu d'appétit, donc il repoussa son assiette loin de lui et se leva.
« Harry ? » Hermione toucha son bras. « Que s'est-il passé ? »
« Rien. » chuchota-t-il en secouant la tête. « Je ne sais pas… »
« Il doit y avoir une raison… »
« Je ne sais pas. » la coupa Harry. « Demande à Dumbledore. » Il ne savait pas pourquoi il était si inflexible et froid avec elle. Elle voulait juste aider, il le savait, mais il ne voulait pas d'aide, l'aide de personne… Sifflant à la sourde douleur, il saisit son sac et le mit sur son dos. « Je pars. »
« Attends » Hermione se leva. « Je viens avec toi. »
« Tu n'as pas besoin… » commença Harry, mais la jeune fille ignora sa protestation.
« Nous avons tous les deux Arithmancie, tu ne te souviens pas ? »
Harry gémit de frustration, mais attendit néanmoins la jeune fille. Il essaya également de se préparer aux questions qui allaient suivre. Mais il n'y en eut aucune de cette sorte.
« Que penses-tu de ces textes magiques doublement codés que le professeur nous a montrés la semaine dernière ? » Harry lui jeta un regard surpris, puis haussa les épaules.
« Je n'ai pas eu le temps d'y penser. » répondit-il sincèrement.
« Tes notes sont plus basses maintenant. » répliqua Hermione. « Tu devrais passer plus de temps sur tes études. »
La colère gonfla dans la poitrine d'Harry aux paroles de la jeune fille.
« Ne me fais pas la morale. » siffla-t-il.
« Je ne le fais pas. » soupira Hermione. « C'est juste… effrayant de voir comme… »
« Laisse-moi tranquille ! » claqua Harry. « Mes notes sont mes affaires, pas les tiennes ! »
« Je sais, mais… »
« NON ! » Harry s'arrêta et se tourna pour faire face à Hermione. « Je ne veux pas que tu sois aux petits soins avec moi ! C'est agaçant, ne le vois-tu pas ? Je sais ce que je fais, je n'ai pas besoin de tes sages conseils ! »
Le visage d'Hermione rougit et elle rétrécit ses yeux.
« Je voulais juste aider ! » cria-t-elle impatiemment. « Pourquoi est-ce que tu n'écoutes pas ? »
« Ecouter quoi ? » cracha sombrement Harry. « Je n'ai pas besoin de ton aide. Et je ne suis pas un petit garçon à qui l'on donne des ordres ! »
« Je n'ai pas dit ça ! » Hermione commençait à perdre les derniers lambeaux de sa patience. « Bâtard borné ! »
« Stupide chienne ! » répliqua Harry. Hermione pâlit.
« Retire ça. » siffla-t-elle en se rapprochant d'Harry. « Retire-ça ou… »
« Ou quoi ? » Harry sourit d'un air sarcastique. « Qu'est-ce que la grosse bêtasse va faire… »
CLAP ! La claque fut soudaine et inattendue. Harry, presque dans une transe, leva la main et toucha son visage à l'endroit où Hermione l'avait giflé.
« Tu… » commença-t-il, mais la jeune fille s'était déjà reculée.
« N'oses plus jamais me parler de cette manière ! » dit-elle sans se retourner. « Et ne viens pas me parler jusqu'à ce que tu ais fait rentrer dans ta tête épaisse qui sont tes amis et qui sont tes ennemis ! »
Harry, secouant la tête, la suivit dans la salle de classe. Il voulut s'asseoir à sa place habituelle à côté d'Ares, mais à sa grande surprise, Hermione était déjà assise là, et aucun de ses amis ne montrait le désir de le regarder. Il s'arrêta dans la porte et jeta un coup d'œil autour de lui. Il y avait seulement deux places vides : l'ancienne d'Hermione à côté de Padma Patil, et celle de Malfoy, mais Harry ne voulait pas s'asseoir dans la chaise de son pire ennemi. Inspirant profondément, il se dirigea vers Padma et lui fit presque un sourire d'excuse.
« Uhm… heu… je peux m'asseoir ici ? »
« Bien sûr. » répondit-elle en lui souriant en retour. Cela produisit quelques frissons dans la colonne vertébrale d'Harry. Il n'aimait pas ce sourire, il était trop semblable à celui d'Erica, il avait un côté menaçant et prédateur, qui le fit presque reculer. La pensée d'Erica le fit penser à autre chose : Harry l'avait vue ce matin, arrivant dans la Grande Salle avec le groupe de Serpentards qu'il détestait le plus : avec Pansy, Crabbe, Goyle et Zabini, main dans la main avec le garçon de Serpentard à face de rat, l'ex-esclave de Malfoy et de sa bande. Quand Harry avait lancé un regard d'appréhension dans sa direction, elle avait juste souri d'un air moqueur avec supériorité et s'était penchée plus près de Blaise, lui chuchotant quelque chose. Le Serpentard avait souri d'un air moqueur et avait haussé un sourcil en direction d'Harry. Le souvenir l'irritait encore maintenant, donc il se força à s'asseoir et sortit ses livres.
« Qu'a fait Snape pour que Dumbledore le suspende ? » demanda Patil en se penchant vers lui intimement. « C'est vrai qu'il a maltraité un étudiant ? »
Le visage d'Harry s'assombrit, mais il lutta pour maintenir une voix basse.
« Je ne sais pas. » dit-il de son meilleur ton indifférent. « Et je ne pense pas que ça te regarde, d'ailleurs. »
« Ah » La jeune fille lui lança un court sourire embarrassé. « Ouais… tu as probablement raison. » Et elle commença à feuilleter son livre d'Arithmancie.
Harry poussa un soupir soulagé, et doucement, il murmura :
« Ecoute, je ne voulais pas être aussi grossier… »
Padma ferma son livre et acquiesça. Elle était sur le point d'ouvrir la bouche et de dire quelque chose quand le professeur Vector arriva et que la leçon commença. Harry se sentit mal pendant toute l'heure : ils reçurent les résultats du dernier test.
A. Il avait reçu un A en Arithmancie. Pas un A comme dans son école moldue, mais un A sorcier, et Harry savait parfaitement que la seule raison pour laquelle il n'avait pas reçu une plus mauvaise note était ses connaissances exceptionnelles du programme de l'année précédente, et qu'il y avait quelques questions sur cette partie du programme.
Après le cours, le professeur lui demanda de rester. Leur conversation fut courte et inconfortable : Harry ne voulait pas écouter un autre discours sur ses notes en chute, et le professeur semblait se sentir coupable à propos de sa nouvelle position comme Directeur de la Maison de Serpentard.
Et Harry ne savait pas que c'était juste la première discussion d'une longue ligne de futures petites conversations semblables.
Harry ne put s'empêcher de grimacer alors qu'il essayait de faire un tour rapide avec son balai. Pour éviter de tomber, il dut saisir fortement le bâton, mais cela enflamma tout son bras droit blessé. Ca l'irrita infiniment. Dix jours avaient passé depuis cette nuit, et son bras semblait toujours être inutile. La douleur détourna ses pensées du jeu et il manqua le coup de sifflet qui signala le début du match. Ce fut seulement quand un Cognard l'approcha qu'il réalisa que le match avait commencé.
Il fit deux tours rapides du terrain, mais le Vif n'était nulle part en vue et il laissa son regard balayer les spectateurs. Les Gryffondors étaient debout dans la tribune rouge et or, les premières et deuxièmes années sautaient, beaucoup agitaient des drapeaux faits main, et tout le monde portait les couleurs de la maison. La majorité de la Maison de Poufsouffle soutenait apparemment la maison de l'Aigle et, à la profonde surprise d'Harry, beaucoup de Serpentards – des Serpentard, bon Dieu ! – se tenaient sous une banderole, qui disait 'ALLEZ SNAPE !' avec des lettres rouges et vertes. Harry eut un grand sourire, bien qu'il sache que seule une moitié de ce message lui était destinée, c'était plus une protestation contre la suspension du Maître des Potions, mais il s'en moquait. Janus, ses camarades, et plusieurs jeunes Serpentards, sous l'inscription, lui faisaient des signes. Harry leur répondit, mais il sentit son cœur se serrer dans sa poitrine.
Il ne voyait pas Ares. Et Ares aimait le Quidditch, et il ne soutenait certainement pas l'équipe adverse… n'est-ce pas ?
Oubliant le Vif d'Or, les yeux d'Harry commencèrent à parcourir à nouveau frénétiquement les spectateurs. La Maison de Serpentard : Janus, se tenant fermement, des visages souriant, à côté d'eux, la section des jeunes Mangemorts, comme Harry les appelait intérieurement, cependant, ils semblaient un peu perdus sans leur chef, et Millicent se tenait clairement loin d'eux… intéressant. Erica semblait suffisante alors que le bras de Zabini reposait autour de sa taille, apparemment, même le né-moldue de Serpentard se sentait mieux depuis le départ de Malfoy… Severus n'était pas là, bien sûr, et il n'était pas non plus dans la tribune des professeurs. Pas que ce fait surprenne Harry - que pouvait-il attendre d'autre de la part de l'homme après tout ce qui s'était passé entre eux ? Et, Harry se rappela, il avait cessé de ressentir quelque chose envers lui. N'est-ce pas ? Et il y avait cette salive amère dans cette bouche…
Et la maison de Serdaigle : il pouvait voir Padma alors que la jeune fille suivait attentivement chacun de ses mouvements, et près d'elle, Terry le saluait ouvertement en levant son pouce. Les Poufsouffles étaient un peu plus renfermés envers lui depuis que sa véritable identité était devenue publique, mais il y avait un petit groupe soutenant sa maison.
Et les Gryffondors, encore. Oh, Neville et Parvati main dans la main, Lavande pouffant avec quelques filles de quatrième année, rien d'étonnant, mais Ares était toujours nulle part - et Hermione… elle était absente aussi.
Assis sur son balai, Harry se sentit soudainement terriblement honteux. C'était de sa faute si ses amis - pouvait-il penser à eux en tant que ses amis après tous ce qu'il leur avait dit ? - avaient décidé de ne pas venir voir le jeu !
Harry frissonna et se força à se concentrer sur le jeu. Ca n'améliorerait rien s'ils perdaient aussi le match – comme il semblait qu'ils étaient en train de faire.
Le nouveau commentateur, un quatrième année de Poufsouffle, Steven, annonça à ce moment-là le troisième but de Serdaigle.
Ce n'était pas bon.
Harry avait suspecté que cela se produise : il y avait trop de nouveaux membres dans l'équipe. Le plus jeune des frères Creevey, Dennis, était un magnifique Poursuiveur, et ses compagnons, Seamus et un garçon de cinquième année, Andrew Kirke, étaient vraiment doués - mais ils étaient presque incapables de coopérer et ils perdaient souvent le Souaffle, au profit de leurs adversaires. Les deux batteurs, deux filles, Ginny et Natalie, la camarade de classe de Dennis, étaient bonnes, mais pas aussi habiles que les jumeaux Weasley.
Mais alors, du coin des yeux, Harry aperçu un scintillement doré provenant de l'entrée du terrain. Avec un piqué soudain, qui le fit presque perdre connaissance à cause de la douleur aiguë dans son bras, Harry se lança à la poursuite du Vif. Sa course était rapide, mais pas assez rapide pour brouiller sa vue, et ce qu'il vit le fit oublier le Vif. Deux silhouettes approchaient du terrain de Quidditch, main dans la main, comme Neville et Parvati : Ares et Hermione.
Le cœur d'Harry s'arrêta pendant une minute. Le Vif disparut alors qu'il regardait fixement la scène avec une incrédulité totale, et quand il essaya d'échapper au choc, la première personne qu'il vit fut Cho, qui le regardait avec de l'inquiétude dans les yeux.
C'était trop. Harry ralentit et commença à se diriger vers le sol.
Lorsqu'il atteignit la terre ferme, il s'effondra, ses genoux tremblant sous lui. Le moment suivant, Ron était agenouillé à côté de lui.
« Tu vas bien, Quietus ? » demanda-t-il avec précaution, alors que le commentateur annonçait une interruption. Harry acquiesça simplement, mais il ne se sentait pas bien. Il ne savait pas pourquoi, mais la relation d'Ares et d'Hermione était quelque chose comme un coup bas - et le stress et l'absence de sommeil des dernières semaines n'aidaient pas non plus.
« Je ne peux pas continuer, Ron. » Souffla-t-il.
« Tu le dois ! » Seamus arriva rapidement. « Nous allons perdre ce jeu affreusement. Notre seul espoir est que tu attrapes le Vif d'Or avant que l'avantage de Serdaigle devienne trop important. Harry, debout ! »
« Laisse-le tranquille ! » siffla Ron à son camarade. « Ne peux-tu pas voir qu'il est trop épuisé pour continuer… »
« Il ne peut pas partir, pas maintenant ! » cria impatiemment Seamus.
A présent, les deux garçons se tenaient face à face, leurs poings serrés.
« Ron, c'est bon. Je me sens mieux maintenant. » coassa Harry, ne voulant pas que ses deux amis se battent. « J'étais juste un peu… distrait. C'est bon maintenant, Seamus. On peut y retourner. »
« Tu es sûr ? » Ron le regarda sérieusement. Il haussa juste les épaules.
« Allons-y. »
Pendant la deuxième partie du jeu, Harry essaya de se concentrer seulement sur le Vif. Et quand il l'aperçut de nouveau, le score était de 100 à 20 pour Serdaigle. Mais maintenant, Cho volait près de son côté gauche, et pendant un moment, Harry regretta que Ron ait son Eclair de feu, car son Nimbus ne pouvait pas surpasser le balai apparent neuf de la jeune fille. Harry se pencha en avant et tendit son bras droit vers la balle d'or.
Il ne vit pas le Cognard, mais il le sentit parfaitement. Son bras droit.
La douleur soudaine était presque insupportable et il hurla. Son bras entier était en feu, et il ne pouvait pas bouger ses doigts.
Il manqua le Vif.
Nausée, encore. La douleur et l'envie de vomir venaient toujours ensemble. Comme Ares et Hermione…
A présent, Cho avait sûrement attrapé le Vif, n'est-ce pas ?
Non, elle ne l'avait pas. Elle le regardait avec inquiétude.
« Tu vas bien ? » sa voix était pâteuse et tremblante.
Harry ne pouvait pas répondre. Il n'allait pas bien, et la jeune fille avait manqué la balle juste à cause de lui. Il ne la regarda pas, il retourna plutôt à sa tâche.
La dernière partie du jeu fut totalement ennuyeuse. Le score était de 170-20 quand Harry attrapé le Vif et épargna à sa maison une défaite écrasante. Un nul était bien mieux qu'une défaite.
Les jours suivants, Harry se sentit plus isolé et plus seul que jamais. C'était pire que dans son enfance, parce qu'alors il n'avait pas su ce qu'il manquait, mais maintenant, il le savait parfaitement. Ares et Hermione étaient totalement absorbés l'un par l'autre, comme Neville et Parvati, et même Ron avait commencé à sortir avec Hannah Abbott, bien qu'il essayait apparemment de passer autant de temps que possible avec Harry. Mais même alors, ce n'était pas pareil. Harry se sentait inutile et rejeté.
Il luttait pendant les cours, avec des notes abyssales, mais il s'en moquait.
Puis, Cho décida finalement de lui parler. Harry pouvait voir dans son comportement qu'elle avait manigancé quelque chose, mais il avait essayé de l'éviter à chaque fois. La mort de Cedric le déprimait toujours, et il se blâmait même s'il savait que ce n'était pas lui qui devrait être blâmé, mais Voldemort.
« Tu n'as pas à m'éviter, tu sais ? » fut la première phrase de Cho, un peu maladroite, mais tous deux se sentaient plus qu'un peu inconfortable.
« Je ne… » Harry laissa échapper une courte protestation, mais elle mourut à mi-chemin.
« Si. » soupira Cho. « Pourquoi ? »
Soudainement, l'air autour d'Harry disparut.
« Cedric. » chuchota-t-il, mais il n'osa pas lever la tête.
« Cedric ? » Cho le regarda, totalement incrédule. « Mais c'était il y a un an et demi, et ce n'était pas ta faute ! »
« Oui et non. » Harry gigota et fixa ses yeux sur le sol. « Peut-être que ce n'était pas ma faute, mais j'ai dû le regarder. »
Cho ne répondit pas, mais sa respiration rapide indiqua à Harry qu'elle l'avait entendu.
« Allons marcher. » suggéra-t-elle et Harry approuva.
Le temps était plutôt froid et le vent du Nord était mordant et glacial, mais tous deux l'ignorèrent. Ils marchèrent lentement, côte à côte.
« Je ne te blâme pas. » elle mit sa main sur le bras d'Harry. « Je ne t'ai jamais blâmé. J'ai été dévastée quand j'ai entendu dire que tu étais mort. C'était juste… trop. »
« Pourquoi ? » Harry leva la tête.
« Je ne pouvais pas m'empêcher de penser que tu avais voulu te venger de sa mort… ou que tu te sentais trop coupable pour résister à Tu-Sais-Qui… »
« Je n'ai jamais voulu la vengeance. » Harry frissonna. « Quand j'ai dû lui faire face, je voulais seulement survivre. Ou juste mourir. »
« Lui as-tu pardonné la mort de Cedric ? » demanda Cho, la voix un peu tranchante.
« L'homme qui a tué Cedric est mort. Il est mort il y a trois semaines. » dit sérieusement Harry. « Et je n'ai pas pardonné Voldemort pour la mort de Cedric. Mais… je ne veux pas me venger. »
« Si j'étais toi, je le voudrais ! » dit âprement Cho. « Tu devrais être plus agressif ! »
Harry haussa un sourcil.
« Je suis moi, Cho. Et je ne veux pas de vengeance. Je veux juste que tout cela soit terminé. »
« Mais Cedric… »
« Voldemort a tué mon père, ma mère, mon beau-père, toute la famille Potter et toute la famille Black, il a détruit la vie de mon parrain, ainsi que celle de mon oncle… Si je décidais de me venger de lui, j'aurai beaucoup d'excuses pour le faire. » Harry secoua la tête. « Mais je ne cherche pas la vengeance. Je ne veux pas tuer, même si c'est lui, et surtout, je ne veux pas tuer par haine ou par vengeance. »
« Mais tu dois le tuer ! » cria Cho.
« Je ne sais pas ce que je dois faire, et je ne sais pas comment je le ferai, Cho. » Harry se sentit découragé. « Je suis juste un garçon de seize ans, sans rien de spécial. »
Il y eut un long silence.
« Tu es spécial, Harry. » dit Cho après un moment. « Tu es meilleur que nous. »
Harry sourit d'un air triste et fatigué.
« Je suis juste passé par trop de choses dans ma vie et j'ai pu voir les fruits de la haine et de la vengeance. Je souffre toujours de ces 'fruits'. » il fronça les sourcils. «Et j'ai été trop souvent proche de la mort dans ma vie. J'ai abandonné mes espoirs trop souvent. Je suis plus brisé que bon. »
Cho s'arrêta et jeta un regard interrogateur à son compagnon.
« Ne penses-tu pas que toutes ces… expériences t'ont d'une certaine manière forgé ? Qu'elles t'ont rendu plus pur, meilleur ? »
Harry laissa échapper un rire amer.
« Plus pur ? Meilleur ? » il dut se battre pour ne pas laisser ses larmes couler. « Je pense que je me sens dégoûtant et faible. Utilisé et rejeté. Brisé. Inutile. Mais pas pur. Et certainement pas bon. Je suis amer, sarcastique et presque toujours furieux. »
Cho rit soudainement.
« Tu parles du professeur Snape ou de toi ? »
Harry ne put s'empêcher de rire doucement.
« Enfer, je ne sais pas ! » mais après un court moment, il sanglota de nouveau. « Mais je ne veux pas parler de lui. »
Et c'était vrai.
Il ressentait encore de la haine.
Il détestait Severus.
Peu de temps après la décision de Malfoy de partir, les cauchemars d'Harry commencèrent à changer. Tandis que par le passé, il avait des visions deux ou trois fois par semaine, elles étaient maintenant devenues des expériences de chaque nuit, et lentement, mais sûrement, elles commençaient à briser la santé et les capacités d'Harry.
Il ne pouvait pas avoir de bonne nuit de sommeil. Il était toujours fatigué. Il perdit totalement son appétit, et il perdit tout le poids qu'il était parvenu à gagner après sa captivité. Sa captivité, pensait intérieurement Harry, parce que ce Severus n'en avait pas fait partie, et avec sa décision de rejeter l'offre d'Harry, il ne voulait apparemment pas en devenir une partie.
Le rejet de Severus le rongeait comme de l'acide à l'intérieur et, chaque fois qu'il voyait l'homme, ce sentiment acéré brûlait son cœur encore et encore, et il ne pouvait pas l'empêcher. Il essayait de ne pas haïr l'homme. Il essayait de rationaliser son comportement, de lui trouver des excuses.
Mais il était tellement fatigué. Et Severus s'en moquait.
Dumbledore, d'un autre côté, s'en inquiétait beaucoup trop.
« Harry, j'ai peur que tes informations ne nous soient plus utiles. » dit un jour le Directeur, quand il invita Harry pour une discussion.
« Que voulez-vous dire, monsieur ? » déglutit Harry.
« Tes visions et les informations semblent… fausses. »
Silence.
« Fausses ? »
Silence.
« Fausses. »
Une respiration irrégulière.
« Oh, non. » gémit Harry. « Oh, non. » répéta-t-il en enfouissant son visage dans ses mains. « En êtes-vous sûr ? » marmonna-t-il à travers ses doigts.
« Non, mais… il y a plusieurs signes qui me font penser que tes visions sont… dirigées. »
« Alors, après avoir torturé mon corps, il torture maintenant mon esprit. » énonça Harry et même lui grimaça au vide de sa voix.
Dumbledore ne répondit pas, regardant juste Harry.
« Malfoy. » laissa finalement échapper Harry.
« Que veux-tu dire ? »
« Malfoy sait que j'ai des visions. Ca pourrait être lui qui l'a dit à Voldemort. »
« Comment M. Malfoy pourrait-il savoir une telle chose ? » demanda Dumbledore en retour.
« Ce petit coup d'éclat d'Hermione et de McGonagall… »
« Professeur McGonagall… »
« Ouais. Tout le monde a appris que j'avais ces étranges crises. »
« C'était seulement une fois. Ce n'est pas preuve. »
« Alors qui ? » Harry semblait confus.
« Quelqu'un du personnel. »
Harry secoua la tête.
« L'année dernière, nous avions les mêmes soupçons. Mais finalement, c'était seulement Malfoy Senior. Je pense que le personnel est fiable. »
« N'oublie pas l'attaque sur le Poudlard Express. »
Harry abandonna.
« Il doit y avoir une autre explication, M. le Directeur. Le personnel a été prouvé innocent de nombreuses fois. Ne les suspectez pas, ils méritent mieux de vous. Beaucoup d'entre eux travaillent avec vous depuis plus de vingt ans ! »
« N'oublie pas tes visions de l'année dernière. »
« Elles concernaient Malfoy et Leah. » Coupa Harry.
« Quand tu as eu ta première vision, Lucius Malfoy n'était pas à l'école. »
Ils argumentèrent pendant une autre heure, mais Harry ne parvint pas à convaincre le vieil homme.
Et il ne voulait pas croire qu'un de ses professeurs puisse être un traître - et si Severus avait eu raison quand ils avaient parlé dans la prison de Voldemort, il y avait eu un traître pendant au moins seize ans.
« M. Snape, restez. » la voix du professeur de Défense était déterminée. Harry soupira et ne suivit pas ses camarades de classes hors de la salle.
La femme se rapprocha de lui. Involontairement, Harry recula. Il ne voulait pas être encore interrogé, plaint ou recevoir des ordres. Ces dernières semaines, presque tous les membres de l'équipe enseignante l'avaient acculé avec des yeux inquiets, s'enquérant de ses problèmes et lui offrant leur aide, et il en avait simplement assez.
« Je ne vous ai pas demandé de rester parce que je voulais vous parler, M. Snape. » dit sévèrement le professeur de Défense. Harry leva les yeux vers elle et acquiesça pour lui demander de continuer. « Le Directeur a informé l'équipe de vos problèmes de sommeil, et j'ai juste pensé attirer votre attention sur le sujet dont nous avons discuté à la fin de septembre, si vous vous en rappelez… »
La respiration d'Harry se calma et il opina de nouveau.
« Oui, si vous pensez à cette chose sur les boucliers et les murs imparfaits… » sa voix se brisa alors qu'une autre pensée lui venait à l'esprit. « Mais qu'est-ce que ça a à faire avec moi ? » il commençait à s'irriter. « Apparemment, Voldemort a trouvé ces failles dans mon système de défense… »
« Non, M. Snape. » elle éleva la voix. « Un duel ne finit pas quand l'un des combattants parvient à donner un coup à l'adversaire. Il finit quand l'un d'entre eux gagne. Donc, il est temps de faire le mouvement suivant. »
« Mouvement suivant ? » Harry fronça les sourcils et s'installa lentement sur une table derrière lui. « Vous voulez dire que c'est mon tour ? »
« Exactement. » répondit la sorcière d'un air détaché.
Pendant un court instant, Harry laissa la fatigue couler en lui, mais ça ne dura pas plus d'un instant, et il regagna le contrôle de son corps et de son esprit. Ainsi, son professeur suggérait de résister. Ou plutôt : elle suggérait qu'Harry doive commencer une contre-attaque. Mais comment ? Il ne connaissait aucune méthode pour bloquer ses visions, excepté la Potion de Sommeil Sans-Rêves, mais il se rappelait bien des avertissements de Severus – de son Severus, pas de celui-ci – à propos du sérieux risque de devenir dépendant, et ces possibilités l'avaient empêché d'utiliser la potion. Mais alors, que pouvait-il faire ?
« Je ne vois aucun moyen de résister, professeur. » dit-il finalement.
Un sourire moqueur apparu sur le visage du professeur.
« Oh-oh. Le célèbre Harry Potter décide d'abandonner dès le début ? » demanda-t-elle d'un ton moqueur, et Harry ne put s'empêcher de répondre avec colère.
« Je ne suis pas un Potter, professeur, et ce n'est certainement PAS le début. » ses yeux brillaient et il sauta sur ses pieds. « Et croyez-moi, si je pouvais faire quelque chose, je le ferai ! »
« Vraiment ? » le ton taquin disparut, et Harry se retrouva face à une autre expression mortellement sérieuse.
« Vraiment. »
« Dites-moi alors, quand ces visions se produisent-elles ? A n'importe quelle heure de la journée ? »
« Non. » dit Harry, énervé. A quoi cela menait-il ? « Je les ai pendant que je dors. »
« Et quand dormez-vous ? »
« En même temps que tout le monde. » Harry sentit la frustration alors qu'il ne pouvait pas comprendre ce que voulait dire son professeur.
Le professeur Noir soupira et s'assit sur l'une des tables.
« M. Snape. » commença-t-elle, accentuant le nom. « Je posais ces questions parce que je pense que Voldemort » à la mention de ce nom, Harry leva brusquement la tête vers son professeur, « vous attaque toujours à la même période de la nuit. Ai-je raison ? »
Harry commença à comprendre.
« Oh. » dit-il en cillant. « Je suis tellement stupide… »
« Alors ? Avais-je raison ? » la sorcière l'invita à répondre.
« Bien sûr. » Harry retourna son attention sur elle.
« Je vois que vous avez saisi l'idée maintenant. » sourit-elle et Harry lui renvoya son geste.
« Je dois réorganiser mes périodes de sommeil. »
Le professeur tapota son épaule et fit un geste de la main.
« Vous pouvez y aller, alors. »
Harry saisit sa main et la serra avec reconnaissance.
« Merci, professeur. »
« Allez, ne manquez pas votre déjeuner. » fut la seule réponse et Harry s'arrêta dans la porte et regarda en arrière, jetant un regard scrutateur à la femme.
Elle était plus jeune que Severus, elle avait une bonne trentaine d'années ou même plus jeune, elle avait des cheveux bruns courts et des yeux couleur chocolat, rien d'extraordinaire, mais il y avait quelque chose à propos d'elle… et soudain, Harry sentit des papillons dans son estomac et son visage chauffa.
Oh, non.
Il était attiré par son professeur.
Harry était tellement choqué qu'il ne put pas bouger, donc il resta là, à l'observer distraitement. Elle était jolie et elle se déplaçait avec élégance alors qu'elle classait quelques documents sur son bureau, puis elle marcha jusqu'à un placard, en sortit une cape d'extérieur et la plaça autour de ses épaules.
« Vous êtes toujours là, M. Snape ? » demanda-t-elle alors qu'elle se tournait vers la porte pour suivre ses étudiants dans la Grande Salle.
« Heu, je… je… » bégaya Harry avec un embarras complet avant de se tourner rapidement.
« Attendez, alors. » la femme le rappela. « Allons-y ensemble. »
« Heu… oui… » se força à dire Harry en s'arrêtant jusqu'à ce que le professeur soit à ses côtés.
Il était tellement stupéfié qu'il ne put pas se souvenir de leur conversation entre la salle de Défense et la Grande Salle. Il répondit à de nombreuses questions automatiquement, mais son esprit n'y était pas : il essayait de jeter des regards en coin vers elle, ses mains (de belles mains, gracieuses et soignées avec de longs doigts et une peau douce), son profil (un nez un peu plus long que la normale, mais droit, au contraire du sien, de lèvres pleines, des pommettes et un menton arrondis, des sourcils peut-être un peu trop touffus), ses robes (tourbillonnant autour d'elle comme une tempête), et sa voix profonde et veloutée alors qu'elle parlait de diverses choses. Avant qu'ils soient arrivés à la Grande Salle, Harry sut qu'il était perdu.
Severus était à nouveau confus. Et il haïssait être confus. Apparemment, l'amnésie l'avait transformé en une loque émotionnelle. Depuis cette soirée détestable – ou avait-ce été une nuit ? Il ne pouvait pas se rappeler parfaitement à cause de la quantité considérable d'alcool qu'il avait consommé – il pouvait sentir tant d'émotions et de sentiments différents essayant de le déchiqueter en un million de petits morceaux, et AUCUN d'eux n'était relié à ses ex-charges de Directeur de Maison ou à son salaire réduit. Après qu'il ai traversé le choc d'être puni, il avait compris la colère du Directeur, et après qu'il ait vu Pot- le garçon manger uniquement avec sa main gauche dans la Grande Salle, il ne pouvait s'empêcher de se sentir honteux.
Sans mentionner son comportement absolument idiot quand le garçon lui avait offert une Pensine et qu'il l'avait cassée.
Et les mots du garçon après… Ces mots le blessaient depuis, même s'il ne savait pas pourquoi. Il ne voulait pas que le garçon le haïsse. Et il ne voulait plus haïr le garçon.
Mais sa fierté était trop forte. Et de nombreuses fois, sa vieille haine l'avait simplement arrêté alors qu'il voulait finalement parler au garçon, et s'excuser.
Il avait cassé cette fichue Pensine… le seul moyen possible de récupérer quelques-uns uns de ses souvenirs. Il avait été un idiot quand il avait soupçonné le garçon de mentir. On ne pouvait pas mentir avec une Pensine. On ne pouvait pas placer des rêves, des illusions, des souhaits, ou des idées préconçues dans une Pensine sans s'exposer : les images n'étaient jamais aussi précises que celles d'un souvenir réel, au contraire, elles étaient fragmentées et sommaires, et n'importe qui pouvait les différencier des vrais souvenirs.
Il était un fichu idiot.
Et voir le garçon s'enfoncer encore plus dans la fatigue et l'impuissance n'aidait pas. Sa conscience l'incitait à faire le premier mouvement, mais il ne pouvait pas. Il avait stupidement regardé la chance de se réconcilier avec le garçon s'échapper de ses mains en même temps que la vie du garçon.
Il s'était senti impuissant. Mais soudainement, quelque chose était arrivée. Comme il l'avait appris plus tard, leur nouvelle célébrité de défense lui avait donné quelques conseils utiles à propos de ses visions – et ça avait marché. Enfin, il n'avait toujours par l'air en bonne santé ou fort, mais son visage était un peu moins hanté, il mangeait un peu plus aussi. Severus ne savait pas ce qu'était le conseil, mais il avait été avisé. Et il voulait dire au garçon qu'il était heureux pour lui… mais il ne pouvait pas.
Lâche !
Severus ferma la porte de ses appartements derrière lui et s'obligea à penser à d'autres choses, principalement des essais qu'il avait à corriger et des contrôles qu'il devait noter.
Les essais des sixième année sur l'utilisation des Sérums d'Engourdissements sur les brûlures… Granger, ah encore trop long… quelques très bonnes remarques sur les différents ingrédients et suggestions sur les infusions non-préparées… c'était un E, presque un O, mais seulement presque… Nott E… Ce Nott sortait maintenant avec la brune de Gryffondor. Et aucun d'eux ne parlait au garçon, au moins c'est ce qu'il semblait… Mais non, il ne penserait pas encore à lui. Continuer. Patil A, Boot E, Londubat E… Encore un grand choc. Londubat – dans son cours approfondi ! Bullstrode P, oh, depuis qu'elle avait cette affaire avec ce gars de Serdaigle, elle ne pouvait plus se concentrer – et maintenant, il ne pouvait plus l'aider… peut-être devrait-il dire à Vector de donner quelques bons conseils à l'élève de plus en plus féminine. Une relation comme celle-là pouvait la sauver des griffes de Voldemort… Et Vector était trop souvent aveugle pour voir des choses aussi évidentes !
Foutu Albus pour le renvoyer de son poste quand il y était le plus nécessaire !
Knight A. C'était la conséquence évidente de ses relations avec le club des Mangemorts en herbe. Sortir avec ce Zabini sans cervelle… juste parce qu'elle voulait se venger du garçon ! Il avait bien fait de la virer ! pensa Snape en souriant. Il était sur le point de tirer à lui une autre pile d'essais vers lui quand un bruit étrange et métallique l'arrêta.
L'instant suivant, il était allongé sur le ventre derrière son bureau, baguette en main, concentré. Il ne pouvait pas reconnaître ce son. Il était sûr de ne l'avoir jamais entendu avant, et il avait retentit dans le salon. Comme les minutes passèrent et que rien ne bougeait, Severus regarda prudemment autour de lui. Silence. Lentement, il se leva et quitta le coin de son bureau. La porte – fermée. Etagères – rien de spécial. Canapé, fauteuils – vides. Atre – cendres rouges, pas assez pour être utilisées comme arrêt de Cheminette. Cheminée – vide.
Et ensuite, il vit.
La panique était écrasante, et il eut tout d'un coup un vertige. L'horloge sorcière sur le mur. La seule chose qui soit restée après qu'il eut chassé le garçon.
Quietus – disait-elle – en danger de mort. Severus voulait bouger, mais il ne savait pas où.
Il courut à la porte et l'ouvrit à la volée.
« Saevus ! » cria-t-il, mais le son qui quitta ses lèvres était plus un gémissement qu'un cri. Cependant, il n'eut pas à attendre longtemps. Comme descendant éloigné du fantôme, ils partageaient un lien spécial, qui l'autorisait à appeler le Baron Sanglant quand il était dans le besoin. Et il y était maintenant. Et il s'agissait d'un autre descendant du Baron, ce qui était une autre raison.
« Oui, Severus ? » le fantôme ne semblait pas très content, mais pour dire la vérité, il avait été très mécontent de Severus depuis qu'il avait rompu les ponts avec le garçon. Severus savait que Saevus aimait le garçon, donc il devait être diplomate.
« Quietus est en danger. Peux-tu m'aider à le trouver ? » demanda-t-il, utilisant intentionnellement le prénom du garçon.
« Pourquoi devrais-je te croire ? » le fantôme demanda-t-il suspicieusement. « Je ne veux pas que tu lui causes plus de mal. »
Severus ne répondit pas, au lieu de ça il emmena le Baron méfiant à l'intérieur et lui montra l'horloge. Le fantôme disparut sans autres explications, et Severus se sentit impuissant. Il devait attendre le retour du fantôme s'il ne voulait pas le manquer, mais l'attente dévorait ses nerfs. Sur une idée soudaine, il se hâta dans son cabinet de potions pour rassembler quelques potions utiles.
Mais quand il se tint en face du petit cabinet, il réalisa qu'il ne l'avait pas ouvert depuis… depuis trop longtemps. Des années. Peut-être, n'avait-il plus de potions encore valables. Jurant intérieurement, il ouvrit la petite porte – et il dut cligner des yeux.
Le cabinet était plein de potions : des curatives, des Potions Anti-Saignement (beaucoup), analgésiques et des Sérums d'Engourdissement, et des potions pour les effets secondaires des sorts de torture. Avant… avant ça, Severus n'avait pas utilisé une grande variété de potions, il avait juste de la Pimentine, quelques analgésiques et quelques fioles d'Après-Cruciatus. Et la quantité était aussi choquante.
Soudain, Severus réalisa que ce n'était pas seulement l'horloge qui était restée après le… départ du garçon. Mené par son instinct, Severus choisit une Potion Anti-Saignement, deux analgésiques puissants et un Après-Doloris, mais lorsqu'il tint la petite flasque dans sa main, il ne put s'empêcher de tressaillir de honte.
Il savait que le garçon avait été frappé par le Doloris, il l'avait su cette nuit fatidique, quand il avait traîné le garçon à demi-conscient à l'Infirmerie, car il avait été celui qui avait découvert son secret ici à Poudlard, la nuit avant que l'année scolaire ne débute…
« Severus, je l'ai trouvé », une voix interrompit ses pensées. « Il est dans la bibliothèque, dans la section arabique. »
Pas surprenant, pensa-t-il pour lui-même, courant à travers les couloirs et les escaliers cachés.
« Il est en très mauvais état », le fantôme continuait de flotter à coté de lui. « Ses vêtements sont ensanglantés et quand je l'ai quitté, il n'était pas conscient. »
« Que faisait-il là-bas ? »
« Apparemment, il étudiait. Maintenant, la moitié de ses livres est par terre, et tout autour de lui est ensanglanté, les tapis, les livres… »
« Il saigne tant que ça ? » demanda Severus, surpris. « Pourquoi ? »
« Je ne sais pas », vint la réponse. « Je n'ai pas vu à travers sa robe. Et tout était trop sombre et couvert de sang… »
Pour Severus le voyage sembla prendre une éternité. Il tomba presque dans un des pièges des escaliers, mais Saevus agita rapidement sa main et l'escalier devint aussi solide que les autres. C'était surprenant, mais ils n'avaient pas le temps de discuter du pouvoir mystique du fantôme sur l'école – ils étaient arrivés.
La bibliothèque était sombre, mais Saevus alluma très vite les torches. Il avait besoin de lumière pour voir l'état du garçon. Une minute plus tard, il regretta l'avoir fait. Le garçon était en pagaille, une pagaille ensanglantée, à demi-tombé de sa chaise, ses cheveux humides de sueur et de sang, et un ruissellement rouge coulait le long de son cou.
Severus ne pouvait pas hésiter. Après un examen rapide, d'un coup de baguette, il retira les vêtements du garçon.
Bon Dieu. Une peau pâle, des côtes saillantes, et des plaies, des cicatrices, et encore des plaies, et encore des cicatrices sur tout son corps à part son visage dans un motif très familier. Avery. C'était le travail d'Avery. Mais comment ce bâtard a pu entrer dans l'école ? pensa-t-il en allongeant prudemment le garçon sur le sol. En sortant de sa poche la potion Anti-Saignement, il sut. Avery n'avait pas été là. Harry avait été complètement habillé. Et les potions dans son cabinet… Et le vieil Auror qui voulait parler des tendances suicidaires du garçon… Tout se mit en place.
En levant la tête de Quietus pour verser la potion dans sa bouche (trop risqué avec une personne inconsciente), il sentit une envie soudaine de protéger le garçon d'une quelconque manière…
« Ennervate », murmura-t-il et il attendit que le garçon ouvre la bouche.
« Ca fait mal », cria-t-il et Severus eut le sentiment que tout ça s'était déjà produit auparavant.
« Je sais », dit Severus à voix basse. « Bois ça maintenant », il toucha la lèvre du garçon avec la fiole. Il accepta et but la potion.
« J'ai froid. »
Severus l'enveloppa dans sa cape.
« Je t'emmène à l'Infirmerie », murmura-t-il, mais il n'y eut pas de réponse : le garçon avait à nouveau perdu conscience. Il soupira et prit le garçon dans ses bras.
« Saevus, s'il te plait, préviens le Directeur et Madame Pomfresh. »
Le fantôme disparut encore, et Severus se leva avec sa charge. Mais sa charge n'était pas lourde. Au contraire. Il pouvait le porter sans effort.
Le chemin jusqu'à l'Infirmerie fut court et rapide, mais l'infirmière les attendait déjà. Dès que Severus déposa le garçon sur un lit, elle commença à l'examiner complètement.
« Lui as-tu donné quelque chose ? »
« Anti-Saignement », soupira Severus. « Rien d'autre. »
L'infirmière grogna quelque chose d'approbateur.
« Poppy », l'homme se décida finalement. « Combien de fois est-ce arrivé avant… ? »
L'infirmière ne leva pas les yeux pour répondre.
« Je me souviens de trois fois. Mais vous étiez tous les deux très secrets sur son état, donc il y aurait pu en avoir plus. »
« Je vois », Severus sentait sa présence assez déplacée.
Il ne savait pas ce qu'il était supposé ressentir. Il n'était pas sûr de connaître le garçon allongé en face de lui. Et pourtant… Avait-ce à voir avec le lien de sang ?
Severus massa ses tempes douloureuses. Sa situation était si compliquée.
Potter n'était pas Potter.
Et Severus avait toujours haï les Potter.
Mais il ne pouvait pas haïr ce garçon, parce qu'il n'était pas un Potter.
Ou plus encore, il était un Snape. Le dernier Snape qui plus est.
Et un Noblestone, bien sûr.
Il s'était comporté de façon irresponsable pendant trop longtemps. Severus se força à regarder le garçon, pas la cicatrice sur son front, mais le garçon, le visage, sa stature, tout, tout démontrait sa stupidité ! Le garçon n'était pas Harry Potter, et de plus : le Harry Potter qu'il s'était imaginé n'avait jamais existé.
Et à propos des mensonges… Il savait, il avait toujours su que cela avait plus été l'idée d'Albus que celle du garçon…
STOP ! Le garçon avait un nom.
Quietus. Il devait l'utiliser même si cela causait une douleur vraiment réelle dans sa tête.
Et Quietus lui avait dit à propos de sa parenté, contre la volonté d'Albus. Il avait essayé d'être ouvert.
Il était redevable au garçon. Il ne pouvait pas l'aimer, mais il lui était redevable.
Et il s'EXCUSERAIT dés que le gar-Quietus se réveillerait.
Peut-être qu'il n'était pas trop tard.
Et encore un!
A la semaine prochaine!
