Titre : Through the Walls

Auteur : enahma

Traductrices : Thamril et Méphisto

Disclaimer : Comme vous vous en doutez, rien ne nous appartient. Le monde d'Harry Potter est à J.K.Rowling et l'histoire à enahma.

Note : Pas de spoilers du tome 5.

Chapitre 14 – Le monde s'effondre

« Encore, M. Weasley. »

« Tempify momentum ! » hurla Ron en agitant nerveusement sa baguette au-dessus du livre. Il ne disparut pas comme il aurait dû le faire si le charme avait été prononcé correctement. Il secoua la tête d'irritation alors qu'il voyait Hermione exécuter le charme facilement et avec une véritable grâce dans son mouvement.

Le professeur Flitwick renifla, mécontent.

« M. Weasley, essayez encore. Concentrez-vous sur ce que vous voulez faire, et essayez de dire la formule correctement. »

« J'essaye. » marmonna Ron. « Mais je n'y arrive pas. »

Harry compatit en observant la lutte de Ron. C'était la deuxième semaine qu'ils pratiquaient le Charme de Synchronisation et même lui avait eu des difficultés à jeter correctement le sort et, bien que cette fois il ait réussi, c'était juste de la chance, il le savait parfaitement. Et Ron était simplement moins chanceux que lui.

Le Charme de Synchronisation était un sort des plus drôles : il faisait disparaître une chose et la faisait réapparaître plus tard, au même endroit. C'était l'un des sorts qui piégeaient souvent, non seulement les Moldus, mais aussi des sorciers, mais généralement, c'était une blague habituelle que les sorciers farceurs jouaient aux Moldus : ils lançaient le charme sur un objet qui disparaissait de la vue de son propriétaire, à la plus grande frustration de celui-ci, quand personne ne prêtait attention, et il réapparaissait au même endroit quelques temps plus tard, rendant le Moldu fou, car il se blâmait d'avoir été aveugle : l'objet avait toujours été sous son nez, pensait-il…

Ils apprenaient pour l'instant à jeter un Charme de Synchronisation très court sur leurs livres, qui disparaissaient juste un instant.

« Tempify momentum ! » beugla Ron avec colère en frappant le livre avec sa baguette. Dans un bruit fort, le livre disparu – totalement, cette fois. Toute la classe regardait fixement le bureau de Ron, attendant, mais le livre ne réapparut pas. Finalement, Justin éclata de rire.

« Par l'enfer, où est ton livre, camarade ? » s'étrangla-t-il entre deux éclats de rire.

Ron haussa nerveusement les épaules et jeta un regard incertain au professeur.

« Probablement là, M. Finch-Fletchley. » dit le minuscule professeur après un moment, puis il regarda Ron. « Pensiez-vous à un endroit particulier quand vous avez lancé le charme ? »

Ron haussa de nouveau les épaules et sourit nerveusement.

« Non, pas vraiment… » marmonna-t-il en rougissant légèrement.

« Etes-vous sûr, M. Weasley ? Ou peut-être que votre camarade a raison et que vous avez souhaité que votre livre aille en enfer… » Le professeur Flitwick lui fit un clin d'œil. Le rougissement de Ron s'approfondit.

« Heu… peut-être… Je ne suis pas sûr. »

Harry parvint à peine à retenir son rire.

« Est-ce que… son livre est en enfer, alors ? » A présent, le sourire moqueur de Justin était plus large, et les filles ricanaient.

Le professeur se gratta pensivement le menton.

« Puisque personnellement je ne pense pas que l'enfer existe, et même s'il existe, je ne pense pas que ce soit un endroit de toute façon… Donc, la localisation précise du livre de notre M. Weasley est introuvable… mais… »

« Mais ? » Neville se pencha en avant avec intérêt. « Il n'est pas ici, donc il doit être quelque part ! »

Beaucoup acquiescèrent d'un air approbateur et le sorcier soupira.

« Vous marquez un point, M. Londubat, mais ce n'est pas une question à laquelle il est facile de répondre. Personnellement, je pense que le livre est dans l'endroit que M. Weasley considère comme 'l'enfer'. Mais il est également possible qu'il soit parvenu à envoyer le livre dans un futur très éloigné, qui est comme l'enfer pour lui, ainsi la synchronisation précise n'était pas 'un moment'. »

« Je vois. » Neville rit sous cape et Ron lui lança un regard espiègle.

« De toute façon, M. Weasley, je vous demande d'acheter un autre livre de Sortilèges. » dit Flitwick. « Je ne pense pas que nous le retrouverons d'ici le prochain cours. Oh, et je veux que vous écriviez un essai de deux rouleaux sur les manières avec lesquelles vous pouvez changer la localisation de l'objet synchronisé… heu… je ne pense pas à la manière que M. Weasley nous a montré… »

Harry souriait toujours lorsqu'il quitta la salle et se dirigea vers la Grande Salle pour déjeuner. La seule chose qui diminuait sa bonne humeur était le long essai de deux rouleaux… mais ils avaient toutes les vacances pour le faire correctement, donc il ne laissait pas le travail gâcher son humeur insouciante. Il le ferait bien, il aurait assez de temps pour le faire.

Ron l'attrapa à l'entrée de la Grande Salle et ils s'assirent l'un à côté de l'autre à la table de Gryffondor.

« Je ne peux pas croire que j'ai envoyé mon livre de Sortilèges en enfer. » murmura-t-il, mais il n'y avait pas de colère dans sa voix, juste un soupçon d'hilarité.

« Imagine la surprise des diables quand un livre scolaire est apparu devant eux. » ricana Harry. « Peut-être qu'il va leur suggérer quelques nouvelles méthodes pour tourmenter les âmes damnées. »

« Oh, oui. » Ron éclata soudainement de rire. « Hé, Harry, que penses-tu que les diables disent à la personne qui les énerve ? »

Les yeux d'Harry s'écarquillèrent de surprise. C'était la première fois que Ron l'appelait par son ancien prénom - et la première fois que Ron se comportait de manière si insouciante en sa compagnie. Il secoua la tête.

« Je ne sais pas. » il regarda son camarade, amusé.

« Va au ciel. »

« Quoi ? »

« Ils disent sûrement : laisse-moi tranquille, va au ciel ! » rit Ron. « Et imagine un diable avec mes capacités magiques… comme il envoie un pauvre esprit damné au ciel juste par hasard et par simple ennui… »

« Un charme raté. » Harry eut un sourire en coin. « Peut-être que tu deviendras le sauveur des enfers… »

Ils étaient déjà à la moitié du déjeuner quand Harry remarqua qu'Hermione était absente. Il lança un rapide regard vers la table de Serpentard, mais il ne la vit pas assise à côté d'Ares, ou plutôt, Ares manquait aussi. Pendant un moment, Harry considéra l'idée d'aller les chercher, mais il changea bientôt d'avis et resta assis. C'était sûrement en rapport avec leur relation, et il ne voulait pas être impliqué. A la place, il regarda Padma à la table de Serdaigle et soupira pensivement. Il avait ses propres problèmes 'relationnels', bien qu'il ne sache pas quelle sorte de relation existait entre lui et la Serdaigle. La seule chose qu'il savait était qu'il n'était pas amoureux d'elle, bien qu'il l'apprécie : elle était jolie et intelligente, mais la seule chose qu'ils faisaient ensemble était étudier (parfois avec Ron et sa réticente petite-amie). Harry n'était pas sûr que son comportement ne blesse pas la jeune fille, mais il ne pouvait rien y faire. La seule personne féminine dans le château pour laquelle il avait un béguin était le professeur Noir et personne d'autre. Mais ce béguin était absolument sans danger : la femme ne saurait jamais et il n'entamerait jamais une relation juste pour laisser une petite-amie accablée derrière lui. Parce que maintenant, il était plus sûr que jamais que quelque chose de terriblement mauvais et horrible allait se produire.

Voldemort l'attaquait beaucoup plus fortement qu'auparavant et ses visions devenaient plus fréquentes durant ses siestes de la journée, de sorte que le changement de son rythme de sommeil n'aidait plus. Il parvenait à échapper aux visions avec Avery (l'homme maintenait probablement toujours son travail au Ministère et sa famille, et il n'avait pas le temps de passer chaque après-midi au service de son Seigneur), mais tandis que les visions devenaient presque constantes pendant les après-midi, Harry abandonna. Il retourna à la manière commune de vie, et il dormait la nuit avec l'aide de la Potion de Sommeil Sans-Rêve. Il n'avait pas parlé à Dumbledore du tournant malheureux des événements – c'était inutile. Le Directeur ne pouvait rien faire à ce sujet, la seule 'bonne' chose était que cela avait prouvé la véracité des paroles du vieil homme : il y avait un espion dans le personnel qui avait su les nouvelles tentatives d'Harry pour éviter les visions. Ca devait être un membre du personnel, parce que le professeur Noir avait dit à Harry qu'elle avait à contrecœur révélé son conseil lors d'une réunion de personnel.

« Comment ? » Harry avait été effrayé.

« Nous discutions de ma permission de vous laissez entrer dans la Réserve. » avait-elle répondu, apparemment mal à l'aise.

« Votre permission n'était-elle pas suffisante ? » Harry avait été surpris. « Je pensais que les professeurs pouvaient librement permettre des choses à leurs étudiants. »

« Oui. » elle s'était décalée dans sa chaise. « Mais pas une permission illimitée comme la vôtre. »

« Je vois. » avait acquiescé Harry. « Je devine que le professeur Snape était contre l'idée ? »

L'embarras avait été clairement visible sur le visage sévère.

« Heu… » Harry n'avait pas eu besoin de plus de preuve : ça avait été clair.

Et c'était clair, encore maintenant. Le bâtard !

Le souvenir l'irrita tellement qu'il ne put pas terminer son déjeuner. D'un mouvement soudain, il sauta sur ses pieds et sortit de la Grande Salle. Ron le regarda partir avec une confusion totale. Il ne pouvait pas voir quelle stupidité il avait encore dite à Harry. Il secoua la tête désespérément et couvrit son visage de ses mains. Quand une main toucha son bras, il leva les yeux.

« Je ne pense pas que c'était toi. » dit Neville en s'asseyant à côté de lui. « Je pense que quelque chose lui est soudainement venu à l'esprit et il a juste voulu être seul. »

La tension de Ron diminua un peu.

« Je ne sais pas. » chuchota-t-il. « Je ne pense pas le connaître désormais. Il n'est plus la personne qu'il était… »

« Il est passé par beaucoup de choses, Ron. »

Un sourire amer traversa le visage du roux.

« Je sais. » dit-il ironiquement. « Il est passé par ma torture aussi. »

Neville attrapa le bras de Ron avec force.

« Ron, tout ce qu'il a traversé n'est pas à propos de toi. Sa captivité, ses cicatrices, sa relation avec le professeur Snape et après cela, les pertes : celles de Fred et de Snape… Tu sais, le professeur Snape et lui étaient très proches » Ron acquiesça. Il le savait, bien sûr qu'il le savait ! Il pouvait toujours voir le visage ruisselant de larmes du professeur alors qu'il tenait un Harry inconscient dans cet endroit horrible. « Comme père et fils. Je les ai vus ensemble de nombreuses fois. Et, tu sais, j'ai envié leur relation. Et maintenant… » il fit un geste dédaigneux. « Tu peux voir. »

Ron enfouit de nouveau son visage dans ses mains.

« Il est seul, encore. »

La poigne de Neville ne se desserra pas.

« Il essaye de nous maintenir loin de lui. »

« Nous devons l'aider d'une manière ou d'une autre. » coassa faiblement Ron. « Je ne veux pas le blesser à nouveau. »


Quand Severus aperçut le garçon - non, pas le garçon, Quietus, se corrigea-t-il - quittant le déjeuner avec hâte, il se décida soudainement. Maintenant ou jamais ! Avec une courte excuse, il quitta la table et se lança après le- après Quietus.

Lorsque le garçon sortit de la Grande Salle, il commença à courir, mais la voix de Severus l'arrêta.

« STOP ! » hurla le Maître des Potions. A contrecœur, le garçon s'arrêta et se retourna.

« Oui, monsieur ? » il ricana d'un air ironique. « Voulez-vous retirer des points pour avoir couru dans le couloir ? Dix points seront-ils suffisants ? »

Son ton fit bouillir le sang de Severus, mais il se retint résolument d'exploser.

« Non. » répondit-il laconiquement avant d'ajouter, « et n'utilisez pas ce ton avec moi. »

Harry le regarda et haussa les épaules avec insolence.

« Oui monsieur. » dit-il avec une obéissance moqueuse. « Comme vous voulez… »

Severus serra et desserra les poings de colère, mais ne réagit pas immédiatement. A la place, il inspira profondément et ferma les yeux pendant un moment.

« Je voulais vous parler. » laissa-t-il finalement échapper.

« Il n'y a rien dont nous pouvons parler. » dit le garçon en commençant à se tourner.

« Je ne vous ai pas autorisé à partir. » claqua soudainement Severus. « Pas encore. » ajouta-t-il plus calmement.

Le garçon ne se retourna pas, arrêtant juste son mouvement.

« Je » il déglutit de manière palpable, « voulais vous dire que vous pouviez assister aux cours de Potions Avancées si vous le voulez… »

La réaction du garçon fut si étonnamment rapide que Severus dû reculer.

« Quoi ? » le garçon se tourna dans un tourbillon et se rapprocha de lui. Le jeune visage était tordu de fureur. « Laissez-moi tranquille, professeur. Si vous voulez insulter quelqu'un dans vos leçons, il y a Neville ou Hermione, ou même Parvati. Vous aimez les maltraiter de toute façon. N'est-ce pas assez pour vous ? Vous voulez même moi à ridiculiser, à humilier, encore, comme vous l'avez fait ces dernières années ? 'Potter, vous êtes un idiot incompétent ! Un traître ! Une célébrité arrogante !' » il imita la voix acide de Severus. « Et vous m'avez dit que je n'aurais jamais une chance. Et je ne veux pas une chance, pas avec vous ! » il cria la dernière partie.

Quand Severus avait décidé de parler au garçon, il avait su que ce ne serait pas une conversation facile. Mais le garçon avait semblé si calme et si gentil avant… Il s'appuya contre le mur.

« Non » fut le seul mot qu'il put prononcer. Il arrêta au moins les divagations du garçon. « Non, » il continua, un peu gêné. « J'étais sérieux. Et je vous propose de vous donner des petits cours pendant les vacances… »

Le garçon continua soudainement à rager avec la même force qu'avant qu'il se soit arrêté.

« Je. N'ai. Pas. Besoin. De. Vous ! » il cria chaque mot. « Je n'ai pas besoin de vos stupides cours particuliers, je n'ai pas besoin de votre stupide classe de potions et je n'ai surtout plus besoin de vous dans ma vie ! Pouvez-vous comprendre ? Je n'ai pas besoin de vous, et vous ne signifiez rien pour moi ! »

« Je veux juste aider ! »

Le garçon frappa sa cuisse avec son poing de fureur.

« Aider ? » ses yeux flamboyaient. « Oh, j'ai entendu parler de votre comportement serviable lors de la réunion du personnel ! »

« Je ne voulais juste pas que vous vous impliquiez encore dans une chose stupide et héroïque ! » répondit Severus avec colère.

« Je sais ! C'est le discours 'Vous n'êtes pas la célébrité que vous pensez être, Potter', n'est-ce pas? » Le garçon cracha presque ces mots.

« Non ! » Severus commençait à perdre son sang-froid. « C'est le discours 'Je ne veux pas que vous soyez blessé' ! »

Severus ne savait vraiment pas quelle partie de leur conversation faisait enrager le garçon, mais à ce moment-là, le visage autrefois calme et gentil était pâle de pure fureur.

« Vous m'avez rejeté, bâtard ! J'ai vu, j'ai lu le document dans lequel vous déclarez que vous n'êtes pas de ma famille, du moins pas légalement, et même plus, que je suis seulement votre supposé neveu, vous avez officiellement déclaré que vous m'avez rejeté, je ne suis plus de votre famille, ni votre neveu, ni votre charge, donc si vous voulez agir sur ce foutu sort de famille, alors partez et allez protéger votre précieux filleul, le dégoûtant petit Mangemort, et laissez-moi tranquille ! » il se tourna pour partir à nouveau, mais cette fois, il s'arrêta de sa propre volonté et siffla en arrière, par-dessus son épaule. « Et je ne passerai pas les vacances ici. J'irai chez ma famille. » il accentua le dernier mot et partit.

Severus resta seul dans le couloir sombre et froid. Quelque chose avait terriblement mal tourné. Et il ne savait pas véritablement ce que c'était. Il avait réussi à ne pas perdre son calme, il n'avait pas hurlé sur le garçon, et même plus : il n'avait pas utilisé le sarcasme contre lui. Tout ce qu'il avait essayé était d'être sincère, et Quietus, qui avait été un garçon si calme, équilibré et gentil, lui avait hurlé dessus avec une fureur telle qu'elle rivalisait avec les humeurs habituelles de Severus.

Et il ne savait pas pourquoi, mais quelque chose à l'intérieur de sa poitrine battait de douleur. Etait-ce son cœur ?

Le garçon avait refusé de suivre les Potions Avancées. Il avait refusé de recevoir des cours particuliers. Il passerait les vacances avec Black (Severus était sûr que pour lui, la famille avait signifié l'ex-animagus Cracmol, plutôt qu'un Snape), et il n'aurait pas de temps pour apprendre à connaître le garçon, pour apprendre à l'aimer, à l'accepter de nouveau, et maintenant, la situation semblait tellement désespérée et définitive, il ne voulait soudainement pas le perdre ou sortir de sa vie.

Severus ne savait plus ce qu'il ressentait. Tout était si chaotique… Toutes les fois où il pensait à son frère, il sentait une chaleur claire et sans équivoque, et autre chose, comme si ses souvenirs endommagés voulaient se libérer de leur prison, rien de solide et de ferme, juste des émotions et des sentiments, principalement pendant la nuit, pendant son sommeil… Ces dernières semaines, il avait de nombreuses fois rêvé qu'il était assis dans un endroit froid et humide, souffrant, et soudain, quelqu'un rampait vers lui et mettait un pull chaud sur lui et autre chose, comme une couverture, l'entourait, et la silhouette mystérieuse s'asseyait à côté de lui et l'étreignait étroitement. Et il entendait un faible sanglot, et quelqu'un murmurait quelque chose - et à ce moment-là, il se réveillait. Ou un autre rêve qui était plus clair : il se tenait à côté d'une tombe, observant le cercueil descendre lentement dans le trou, mais il voyait Black de l'autre côté du trou, brisé, le visage plein de larmes et sa poitrine brûlant d'une douleur rouge vif… Et des sentiments et des images apparaissant comme ceux-ci, mais le premier, avec les vêtements chauds et l'étreinte, avait créé la plus grande impression : Severus pouvait sentir ces bras autour de lui-même après s'être réveillé…

Et souvent, quand ses yeux apercevaient le garçon quelque part dans le château, il ressentait tant de joie et d'affection, comme jamais auparavant, et d'autres fois dans la Grande Salle, il voulait aller vers lui et lui ordonner de manger plus, parce que le garçon grignotait encore. Et il ressentait de la fierté quand un collègue mentionnait que Quietus Snape avait encore reçu un O en Arithmancie, en Métamorphose ou en Sortilèges, et ces choses étaient tellement effrayantes… Ces sentiments étaient les siens et en même temps ne l'étaient pas, ils étaient familiers et étranges, et parfois ils augmentaient sa frustration jusqu'à des niveaux insupportables.

Mais alors qu'il se tenait dans le couloir vide, il savait qu'il n'y avait qu'une chose qu'il puisse faire pour montrer au garçon son… son quoi ? Sa reconnaissance ? Son acception ? Sa résignation ? Il ne savait pas, mais il voulait montrer à Quietus qu'il s'inquiétait pour lui.

Il retirerait son rejet au Ministère - mais il demanderait au bureau de laisser Quietus choisir où il voulait rester. Il ne réclamerait pas sa garde - il la proposerait. Et même si le garçon choisissait de le rejeter, il verrait que Severus était sincère.


Si Severus avait su qu'Harry était assis par terre juste deux coins plus loin, son dos appuyé contre le mur de pierre froid, il l'aurait suivi et aurait essayé de le réconforter - mais il ne savait pas. Et Harry se sentait seul, si seul qu'il s'était senti ainsi seulement dans son enfance, enfermé dans le placard, n'ayant aucun ami, ni aucune personne à qui parler, négligé et détesté. Il serrait ses genoux contre lui et se balançait lentement d'avant en arrière, tremblant fortement.

'Le bâtard, le bâtard, le bâtard' répétait-il intérieurement, comme une berceuse. Il détestait l'homme. Et à présent, son tout nouvel essai pour apaiser sa conscience ou pour torturer Harry encore plus - il ne pouvait pas décider. Peut-être les deux.

Il eut besoin d'un certain temps pour regagner son calme, mais finalement, il parvint à se lever et à mettre son sac sur son dos. Il se dirigea vers la bibliothèque : il se connaissait suffisamment pour savoir que la lecture et la prise des notes étaient une bonne manière d'oublier la conversation précédente. Il prit quelques livres de Sortilèges sur l'étagère sur le chemin de sa table favorite, qu'il espérait être utiles pour l'essai qu'il devrait écrire, salua poliment Madame Pince et marcha jusqu'à la dernière rangée d'étagères.

Mais sa table n'était pas vide. A sa grande surprise, Hermione était assise là, profondément plongée dans les études, au moins dix livres de Sortilèges devant elle.

« Je me demandais où pouvaient bien être les meilleurs livres de charmes. » dit Harry en posant ses livres sur la table, « Mais maintenant, je vois que tu les as déjà pris. »

Hermione leva les yeux et sourit.

« Bien sûr. Je ne veux pas étudier des sortilèges pendant les vacances. J'ai décidé d'écrire cet essai tant que je suis ici. » elle remarqua soudainement les yeux rougis d'Harry. « Que s'est-il passé ? » demanda-t-elle avec inquiétude.

« Ne demande pas. » répondit froidement Harry. « Severus m'a attrapé dans un couloir et nous avons eu une dispute… »

« Que voulait-il ? »

« Il voulait que je suive sa classe de Potions Avancées… »

« Wow, Quiet ! C'est génial ! » s'exclama Hermione, mais le visage d'Harry resta amer.

« J'ai refusé. »

Silence.

« Mais… pourquoi ? »

Et soudain, comme si rien ne s'était passé entre eux, Harry s'assit à côté de la jeune fille, la regarda dans les yeux et commença à lui raconter les choses qui avaient été profondément enfouies à l'intérieur de lui durant les derniers mois : les disputes, sa visite chez la Guérisseuse, l'agression de Severus, la Pensine, Avery, l'hôpital, et Hermione enroula son bras autour de lui et Harry eut l'impression qu'un lourd fardeau l'avait quitté, l'air semblait plus facile à inhaler, le futur était plus lumineux que jamais au cours des derniers mois.

« … et je pense que j'ai pardonné à Ron. » fut sa dernière phrase. Hermione acquiesça.

Après un autre court silence, Harry ajouta, « Et je vois que tes yeux sont rouges aussi. »

La fille se tendit, et libéra Harry de son étreinte.

« Ares et moi avons décidé d'être amis. Juste amis. »

Harry la regarda d'un air interrogateur.

« Vous avez rompu ? »

Hermione opina.

« C'était à cause de moi ? » Harry risqua une autre question.

« Non. Nous avons juste réalisé que nous ne sommes pas… compatibles. » dit finalement Hermione. « Et je pense qu'Ares voulait retourner avec Lisa, tu sais la fille de Serdaigle qu'il aidait l'année dernière… »

« Il t'a trompé ? » Harry sauta sur ses pieds. « Ce foutu… »

« Stop, Quiet ! » Hermione attrapa sa main et le rassit sur sa chaise. « C'était une décision commune. Nous avons essayé. Ca n'allait pas bien, alors nous avons décidé de prendre des chemins séparés silencieusement, sans spectacle, ni querelle. Je ne veux pas que tu sois furieux envers Ares, c'est un excellent garçon, bien qu'il se sente plutôt mal à ton sujet… »

« Pourquoi ? »

« Les événements de l'été. Il a vu que Sirius et le professeur Snape te blâmaient de la mort de Fred… »

« Severus ne me blâmait pas. » s'exclama sincèrement Harry. Hermione haussa légèrement les épaules.

« Ares pense qu'il le faisait, et il se sentait coupable et il m'a dit que tout était de sa faute, pas la tienne. »

Harry ferma les yeux.

« C'est pour ça qu'il ne voulait pas me parler. Il était tellement renfermé ce trimestre, et je n'ai pas remarqué… »

« Vous étiez tous les deux trop absorbés par vos problèmes. Je pense que tu devrais aller lui parler - pas à propos de moi et de notre rupture, ce n'est pas tes affaires, mais à propos de vous deux, de votre culpabilité, et au sujet de ce qui s'est passé cet été. »

« Ouais. » murmura Harry, pensant à son ami Serpentard. « Je pense que je m'éloigne de tout le monde, pas seulement Ares. »

« Il n'est pas trop tard, Quiet. Je sais que Neville veut aussi te parler, et peut-être que Ron serait plus heureux si tu lui disais que tu lui as pardonné, pas à moi… »

Une courte toux l'arrêta. Ils levèrent les yeux, juste pour se trouver face à face avec Ron et Neville.

« Quand on parle du loup. » murmura Harry dans sa barbe, mais il sourit. Neville sourit en retour, mais Ron mordilla juste ses lèvres nerveusement. « Allez, asseyez-vous. Hermione a rassemblé tous les livres dont nous avons besoin pour faire notre devoir. »

« Heu… » Ron sourit, amusé. « Hermione, peux-tu me prêter tes notes ? »

« Quoi ? » la jeune fille secoua la tête avec ennui. « Ron Weasley, si tu veux écrire ton essai, tu devras utiliser tes propres notes ! »

« Hermione, s'il te plait. » Harry se joignit à la supplication de Ron.

« Comme aux bons vieux jours. » dit Neville, mais ses mots frappèrent durement Harry.

« Rien ne sera plus pareil, Neville. » dit-il et il tourna son visage vers Ron, qui pâlit soudainement. « Mais ça ne veut pas dire que je n'ai pas pardonné, Ron. »

« Tu veux dire que… nous pouvons de nouveau être amis ? » demanda Ron, hésitant. Harry acquiesça.

« Je pense que nous sommes à nouveau amis, Ron. Mais… ce n'est pas cette amitié. Nous avons tous les deux beaucoup changé, et je me flatte de penser que nous avons grandi. »

Pour soulager la tension soudaine, Neville ouvrit la bouche, « Harry, j'ai vu le professeur Snape partir après toi quand tu as quitté la Grande Salle. Est-ce que ça veut dire que… vous vous êtes réconciliés ? »

La question innocente de Neville frappa encore Harry avec tellement de force qu'il ne put pas répondre, juste secouer la tête.

« Non. Plutôt le contraire. »

« Oh. » Neville ricana nerveusement. « Apparemment, aujourd'hui, j'arrive à dire les choses les plus stupides de ma vie. »

« Allez, Neville. Quiet est un peu délicat aujourd'hui, mais tu n'as pas besoin d'être désolé. » Hermione donna un coup de coude à Harry. « N'ai-je pas raison ? »

Harry leva les yeux au ciel, faussement énervé.

« Comme toujours, Hermione. »

« Pourquoi l'appelles-tu Quiet ? » demanda soudainement Ron. Harry soupira.

« Neville, tu as un compagnon dans ta stupidité. »

« Quiet ! » Hermione le rabroua brutalement. « Ecoute, tu ne peux pas être blessé par toutes les questions que nous posons ! Nous ne faisons pas cela pour te blesser, nous voulons te connaître mieux, et si tu décides vraiment de nous parler, tu ne peux pas être offensé tout le temps ! » elle se tourna vers Ron. « Je l'appelle Quiet parce que j'ai entendu le professeur Snape l'appeler ainsi l'année dernière, et j'ai trouvé ça incongru pour lui. Peut-être que tu te rappelles… »

« Oui. » murmura Ron coupablement en baissant la tête.

« Et quand j'ai appris sa véritable identité » elle ne continua pas, au grand soulagement d'Harry, qui ne voulait pas rappeler à Ron son attaque à Pré-au-lard, « j'ai dû feindre le contraire. Et je m'y suis habituée. »

« Pour moi, Quietus et Harry sont comme deux personnes différentes » dit soudainement Neville. « Tu as vraiment changé, Qui- Harry. Et bon nombre d'entre nous ne savent pas comment te parler, comment t'appeler. C'était correct quand tu étais Harry. Puis, c'était correct quand tu étais Quietus. Mais ces révélations… Je pense que souvent, nous ne savons pas quoi dire, et après ton histoire dans la Grande Salle nous a fait fuir… » Neville lui jeta un regard pensif, « je pense que nous nous sommes rendu compte que tu avais grandi - et que nous sommes seulement des enfants. »

Après le dîner, Harry attrapa Ares et s'excusa pour le long silence entre eux.

« Je suis désolé, Ares. J'ai été un tel abruti avec toi. »

« Tu es fou. C'était aussi ma faute. » les yeux bruns d'Ares lui sourirent tristement. « Tu veux me parler d'Hermione, n'est-ce pas ? »

« Non. » Harry secoua fermement la tête. « C'est une affaire entre vous deux. Mais Hermione m'a dit que tu te blâmais des événements de l'été. Je fais la même chose. »

Leur conversation fut longue et, de nombreuses fois, animée.

Mais cette nuit-là, quand Harry alla finalement au lit, il se sentit en paix avec lui-même et avec le monde - excepté, peut-être, pour Severus, bien sûr.


Les vacances de Noël furent étonnamment joyeuses - à un endroit encore plus étonnant : après l'attaque sur le Manoir Black, Dumbledore décida de déplacer Black et Anne dans l'ancienne maison de Mrs Figg, à Little Hangleton, près du 4 Privet Drive, et Harry ne savait pas pourquoi, mais ce fait l'exaltait. C'était comme un jeu de traîner dans des rues, des allées et des avenues familières, et c'était un peu comme être revenu à la maison : tout était si familier et si différent en même temps. La plus grande différence était que les habitants de Privet Drive ne le regardaient pas avec cette expression particulière : la crainte mêlée à une curiosité dissimulée (comme quand vous regardez des animaux au zoo), mais ils le traitaient comme le filleul de leur tout nouveau voisin, M. Black, qui était un gentleman parfait, quoique parfois un peu étrange, et dont la fille, à la stupéfaction de Mrs Dursley, allait à la même école que son fils, il y a bien longtemps.

Sirius avait dit à Harry que, quand il avait vu pour la première fois Anne parler à Mrs Dursley (qui, naturellement, avait voulu des détails sur leur nouveau voisin), il avait à peine pu se retenir de se comporter d'une manière incorrecte pour un gentleman.

« Si j'avais eu ma baguette et ma magie, je lui aurait lancé un sort. » dit-il âprement. « Je me souviens de comment ils t'ont traité, et je me rappelle comment ils se tenaient à côté de ta tombe au cimetière - sans larmes ni sentiments… Et après, ils t'ont rejeté… »

« Ne le prend pas si mal, Sirius. » Harry haussa les épaules. « Je suis heureux qu'ils ne m'aient pas voulu, et maintenant, ils ne peuvent pas me reconnaître, et c'est marrant pour moi. »

Harry fut surpris quand il vit pour la première fois Dudley avec sa troupe : son cousin n'était pas aussi gros qu'il se le rappelait, bien qu'il n'ait toujours pas de cou et il était grand, mais apparemment, même lui avait commencé à grandir.

Une chose était étrange pour Harry : il devait de nouveau vivre dans une maison Moldue, et quand il entra dans sa chambre (la plus petite, encore : la plus grande était celle des deux filles - Hermione vivait encore avec eux - et l'autre était celle de Sirius) il dut ouvrir la fenêtre pour ne pas se sentir étouffer. Ce fait l'étonna : après dix ans dans un placard, ça aurait dû être plus facile, mais apparemment, certaines cicatrices mentales demeuraient après ces deux semaines dans la prison de Voldemort : il sentait le même sentiment écœurant émerger dans sa gorge que celui qui l'avait attaqué de nombreuses fois après leur évasion. Peut-être qu'il ne se libèrerait jamais de ces liens. Juste comme il ne traverserait jamais les murs de Severus - principalement parce qu'il ne le voulait plus. Dans sa vie, il avait dû souffrir tant de changements… La perte de Severus était seulement l'un d'entre eux, un douloureux, mais seulement un.

Mais, dans l'ensemble, ce fut un Noël joyeux avec beaucoup de cadeaux pour chacun, avec des biscuits et des oranges, des biscuits Moldus dans un Noël typiquement Moldu, mais Sirius semblait beaucoup plus heureux que l'année dernière, particulièrement quand Lupin arriva avec beaucoup de paquets.

Harry pouvait voir que la manière Moldue de fêter Noël n'était pas sa chope de bièraubeurre, mais il se joignit à eux pendant quelques jours.

Quand Sirius l'invita à passer le réveillon de la Nouvelle Année avec eux, il refusa poliment.

« Il va y avoir un petit meeting au Quartier Général, et tout l'Ordre sera en alerte - vous savez comment les Mangemorts aiment célébrer la Nouvelle Année. »

« Ouais » murmura Sirius. « En torturant et en assassinant. »

« Vous devez faire très attention. Ne quittez pas Little Hangleton. Ici, vous êtes en sécurité sous le Fidelius… »

« Remus, soit très prudent. En tant que notre Gardien du Secret… »

« C'est pourquoi je dois rester au Manoir Snape avec Dumbledore. Nous n'irons pas sur des raids. Nous ne ferons que diriger… »

« Qui est votre Gardien du Secret ? »

« Je ne sais pas. Dumbledore sait – et, bien sûr, le Gardien du Secret. Et peut-être Minerva… »

Sirius secoua la tête.

« Je déteste tout ce secret. Ca ne causera rien de bon. »

« Tu es paranoïaque. »


L'émission télévisée était extrêmement ennuyeuse, et Harry était donc à moitié endormi sur le canapé, devant l'écran, alors que Sirius et Hermione tergiversaient au sujet de quelque chose - ça devait être Anne, encore. Harry sourit. A chaque fois qu'Anne montait, Sirius et Hermione se retrouvaient plongés dans une discussion - et bien qu'Harry ne se soit jamais joint à leur querelle, il était d'accord avec Hermione : Sirius gâtait la fillette. L'homme et la petite fille étaient absolument entichés l'un de l'autre, et donc Sirius ne pouvait tout simplement pas lui dire 'non'. Heureusement, ils avaient quitté le salon, et leur conversation n'était donc pas trop forte et Harry pouvait s'assoupir.

Il n'était pas vraiment endormi, il était quelque part à la frontière entra le rêve et l'éveil, mais lorsqu'une douleur déchira la cicatrice sur son front, il sut que ce n'était pas une sage idée.

Il se sentit glisser du canapé, ses mains saisissant follement son front, mais ça ne dura pas très longtemps : bientôt, le salon disparut ainsi que le canapé, la télévision et la conversation à voix basse dans la cuisine, et Harry se retrouva debout au centre du salon au Manoir Snape, et avant qu'il puisse penser à autre chose, il sut que Sirius avait raison. Il y avait un encore problème avec les Gardiens du Secret.

Voldemort et au moins vingt de ses meilleurs Mangemorts se tenaient dans le salon du manoir, entourant trois silhouettes pâles et fragiles : une avec de longs cheveux blancs et une barbe - Dumbledore, un autre avec des cheveux châtains et des yeux noisette – Remus Lupin, et une sorcière avec de longs cheveux bruns et des yeux de la même couleur - professeur Noir. Trois personnes de la vie d'Harry pour qu'il s'inquiétait énormément, trois personnes qu'il aimait… Et même si Harry savait que Dumbledore était en effet un sorcier très puissant, il savait également qu'ils n'avaient aucune chance. Aucune chance de résister, aucune chance de survivre.

« Non ! » cria-t-il désespérément. « Non ! » sanglota-t-il. « Remus ! Directeur ! Professeur ! Non ! »

Et au moment suivant, la salle éclata presque alors que des malédictions et des sorts se précipitaient vers les silhouettes dressées. Voldemort était assez intelligent pour ne pas ouvrir de dialogue avec son pire ennemi. Il attaqua juste avec ses laquais, le Cercle Intérieur, Harry les connaissait bien de ses visions précédentes. Remus fut le premier à être frappé par un sort. Il tomba à genoux, mais ne baissa pas sa baguette.

« Remus, pars ! » lui hurla Dumbledore. « Pars ! Tu ne peux pas rester ici ! » Il ne put rien dire d'autre, juste lancer un rapide bouclier autour de l'homme à présent vomissant. « Utilise le Portauloin ! Maintenant ! »

« Endoloris ! » hurla quelqu'un et soudainement, le professeur Noir s'effondra à terre, criant de douleur.

« Finite Incantatum ! » Lupin fit un geste de sa baguette et se leva. Son visage était presque vert. Un sortilège frappa son estomac. « Armena ! »

La femme le regarda, juste pour réaliser qu'un petit objet volait vers elle.

« Dis-leur que je suis désolé. » dit Lupin lorsque la femme attrapa le Portauloin. L'instant suivant, elle disparut.

« Lupin, attention ! » hurla à nouveau Dumbledore. « Thorax ! »

Mais sa tentative pour protéger Lupin échoua : l'Impardonnable frappa Lupin en pleine poitrine. Hurlement.

« Endoloris ! »

« Endoloris ! »

« Endoloris ! »

« Endoloris ! » les cris indénombrables et identiques ressemblaient au chant d'un forcené au rythme tordu.

Lupin n'était plus capable de tenir debout. Il se roulait par terre en hurlant.

« Endoloris ! » cria Avery.

« Endoloris ! » cria Draco Malfoy.

« Endoloris ! » cria Macnair.

Harry sanglota en cœur avec le loup-garou hurlant et gémissant, son ami.

« Remus, Remus, reviens à la maison », il ne pouvait rien dire d'autre, mais ensuite, sous la puissance de l'attaque, Dumbledore tomba soudainement à genoux.

« NOOOOONNNNNNNN ! » Harry ne pouvait pas y croire. Dumbledore ne pouvait pas mourir. Il était le plus grand sorcier du siècle. Il était son mentor, son garde-fou dans la guerre, son capitaine…

« Endoloris ! » cria Voldemort, et le vieil homme se plia en deux sous la douleur.

« Endoloris ! » cria Malfoy et l'horrible torture ne parvint plus à faire crier Remus.

« Endoloris ! »

« Endoloris ! »

« Endoloris ! »

« Endoloris ! » rien d'autre, juste ce mot répété des dizaines, des centaines, des milliers de fois –d'abord des hurlements, puis des gémissements et des convulsions. Puis le silence.

« Et maintenant, contemple, vieil homme, ton compagnon qui va partir avant toi », dit Voldemort et il s'avança vers Lupin. « Ennervate ».

Lupin ouvrit les yeux, mais il ne pouvait pas bouger.

« Contemple, vieil homme, ce qui sera la fin de ta misérable organisation. » Il prit Lupin par les cheveux et le souleva pour que Dumbledore puisse voir son ex-collègue.

« Pas de problème, Albus. C'était un bon combat », dit Lupin et Harry put voir des larmes sur le visage vieux et tourmenté. Soudainement, Voldemort leva le visage de Lupin, pressant sa baguette sous le menton de l'homme.

« Au revoir, petit loup-garou. Avada Kedavra. »

« REMUS ! » cria Harry sous le coup de l'immense douleur physique et émotionnelle et il regarda le corps de l'homme tomber brusquement au sol. « Remus, Remus… »

« C'est la fin, vieil homme. »

« Tu ne peux pas gagner, Tom », croassa faiblement Dumbledore et il ne tressaillit même pas quand la baguette de son ennemi se pressa contre son front.

« Avada Kedavra ».

Harry eut l'impression qu'il avait heurté le sol après une chute du haut de la tour d'Astronomie. Sa poitrine et sa tête explosèrent d'une douleur insupportable et il sombra dans l'obscurité…


« Harry ? »

« Sirius ? » l'esprit embrumé d'Harry reconnut la voix de son parrain. « De l'eau… »

Un verre froid toucha ses lèvres et il ouvrit la bouche. Une gorgée, une autre… assez.

« Merci. »

« De rien. »

Des mots simples.

« Remus est mort », dit Harry.

« Je sais. »

« Le Directeur aussi », ajouta-t-il faiblement.

« Nous les avons trouvés peu après l'attaque. »

« Ils ont été surpassés par le nombre. »

« Armena me l'a dit. »

« Lupin a dit au Directeur que ça avait été un bon combat. »

Silence.

« Et le Directeur a dit à Voldemort qu'il ne pouvait pas gagner. »

Léger tremblement à coté du lit.

« Je ne le crois pas, Sirius. »

La brume revint.

Une porte craqua. Pas précipités.

« Il va bien, Black ? »

« Non. »

« Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Il a tout vu. Il a eu une vision. »

Quelqu'un tituba jusqu'au lit. Le matelas bougea quand quelqu'un s'assit dessus.

Sanglots. Harry pouvait entendre à travers la brune de coton les bruits de deux sanglotements. Puis quelqu'un l'attira dans une étreinte puissante, et il sentit des larmes chaudes dans ses cheveux, le tremblement d'une poitrine.

Plus tard, quelques heures ou quelques jours, la brume se dissipa lentement. Il sentit un corps chaud à coté de lui.

« Severus ? » demanda-t-il.

« C'est Anne », une voix aiguë lui répondit et deux petits bras l'étreignirent. « Nous sommes ici avec toi. »

Plus tard ce fut Hermione, puis plus tard encore Sirius.

Et il fut transporté à un autre endroit lorsque celui-ci devint trop bruyant, mais il pouvait entendre le bruit qui filtrait à travers les murs : beaucoup de gens allaient et venaient.

« Immense traumatisme physique et émotionnel », il entendit une fois la voix fatiguée de la Guérisseuse en Chef. « Je ne sais pas s'il sera encore le même. Après cet été, et plus tard ces évènements… Et maintenant, ça… »

Une autre étreinte, puis la plainte douce d'Hermione, « Quiet, Quiet, s'il te plait, réveille-toi… » mais il ne pouvait pas. Il savait qu'on lui administrait de la Potion de Sommeil sans Rêves de temps en temps : il pouvait reconnaître le goût.

« Vous allez l'empoisonner ! » argumentait Severus à Madame Pomfresh, mais l'infirmière refroidit le Maître des Potions irrité.

« Je dois lui donner, Severus. Nous ne pouvons pas lui permettre d'avoir une autre vision. Cela pourrait le tuer. »

« La potion va le tuer aussi. Ne lui en donnez pas plus. »

« Nous avons besoin de temps, Severus. S'il te plait, comprends-moi. »

Plus tard, il fut à nouveau transporté. Ce jour-là, il sentit qu'il pouvait ouvrir les yeux.

Il était à l'infirmerie. Peut-être qu'il devrait vraiment y déménager, comme Madame Pomfresh lui avait proposé quelques semaines plus tôt.

« Harry ? »

Hermione était assise à coté de son lit.

« Peux-tu me donner de l'eau ? »

Il but. Il apprécia l'eau simple plus que tout ce qu'il avait déjà bu.

« Combien de temps ? » demanda-t-il. Il n'avait pas à en ajouter plus, Hermione comprit sa question.

« Huit jours. »

Harry opina.

« Le traître est un membre de l'Ordre », dit-il soudainement. « Le traître a tué le Directeur et Remus. Pas Voldemort. Tu sais qui c'était ? »

« Non », répondit Hermione. « Personne ne sait. »

Silence.

« Où est Sirius ? »

« Dans les appartements du professeur Noir avec Anne. »

« Qui m'a amené ici ? »

« Fletcher », mais là, Hermione décida d'élaborer la réponse. « Le Portoloin que Remus lui a donné, a emmené le professeur Noir à notre maison. C'était celui de Lupin, un Portoloin spécial pour les Gardiens du Secret. Nous sommes arrivés dans le salon en même temps qu'elle. Tu te convulsais et tu hurlais comme un malade. Nous avons essayé de tirer de ta vision, mais nous n'y sommes pas arrivés. La guérisseuse dit que c'était parce que tu ne voulais pas les laisser seuls là-bas. »

Harry opina.

« Je voulais les aider », dit-il d'une voix enrouée.

« Quelques minutes plus tard Fletcher est arrivé. Il a essayé de contacter le Directeur à travers le feu, mais la cheminée était fermée. Puis il a décidé de venir vérifier à la maison. Nous étions dans un fouillis incroyable. Tu hurlais et saignais dans les bras de Sirius, qui essayait de te tenir pour ne pas que tu te fasses plus de mal, je tenais Anne, qui était choquée, le professeur Noir tremblait et était incapable de prononcer un seul mot… Les Mangemorts les ont torturés pendant au moins quarante minutes – enfin il a fallut quarante minutes pour que tu t'évanouisses. Je suis contente que tu ais regagné conscience. Nous avions peur que le Doloris prolongé t'ai rendu fou. »

« Quel était ce grand bruit il y a quelques jours ? »

« Les funérailles du Directeur et de Remus. »

Harry ferma soudain les yeux, priant que la brume revienne.

Mais elle ne revint pas. La vie doit continuer.


Et voilà, un chapitre de plus, bonnes vacances à tous !