Titre : Through the Walls
Auteur : enahma
Traductrices : Thamril et Méphisto
Disclaimer : Comme vous vous en doutez, rien ne nous appartient. Le monde d'Harry Potter est à J.K.Rowling et l'histoire à enahma.
Note : Pas de spoilers du tome 5.
Chapitre 15 – Sombre tunnel
Harry se sentait faible. Et malade. Et extrêmement engourdi. Comme si toute sa force lui avait été retirée. Sa vie entière semblait tellement irréelle, tellement différente… Il essayait de prétendre que tout allait bien, mais, bien sûr, personne ne le croyait, et partout où il allait, des regards inquiets suivaient chacun de ses pas, et c'était aussi énervant …
Quelques jours après ses camarades, il commença également à suivre ses cours, mais il ne pouvait pas trouver sa place. Il ne pouvait pas se concentrer. Dumbledore n'était nulle part. Et son absence était insupportable pour Harry. Il ressentait un vide immense à l'intérieur de lui, comme si tout était soudainement devenu sans signification - et peut-être que tout était vraiment devenu sans signification. Quel espoir pouvaient-ils avoir maintenant ? Quelle aide pouvaient-ils trouver ?
Comment le vieil homme avait-il pu mourir comme il l'avait fait ? Il était censé être le plus grand sorcier de son temps ! Il était censé pouvoir se défendre, même contre toute une armée de Mangemorts ! Et même plus, il était censé pouvoir les vaincre !
Mais il… il était juste mort. En souffrant. Sans véritable combat, ni résistance. Et il avait même laissé Remus mourir à côté de lui. Comment avait-il pu… ?
Malgré toutes ces morts qu'Harry avait dû voir à travers sa connexion avec Voldemort, il ne pouvait tout simplement pas s'habituer à voir des gens mourir. Et le meurtre de Remus Lupin et d'Albus Dumbledore avait encore plus pesé sur ses épaules, sur son âme même.
Il voulait qu'ils vivent. Qu'ils soient là, là pour toutes ces personnes qui les aimaient, qui avaient besoin d'eux.
Harry remarqua qu'il ne pouvait plus regarder la Table des Professeurs dans la Grande Salle, bien que la chaise de Dumbledore ne soit pas restée vide. Le professeur McGonagall, en tant que Directrice Adjointe avait rapidement pris sa place, trop rapidement au goût d'Harry, mais Hermione avait approuvé son professeur : la vie devait continuer.
« Ca fait plus de deux semaines que le professeur Dumbledore a été enterré. » avait-elle doucement dit à Harry un jour qu'ils étaient ensemble à la Bibliothèque. « Les étudiants et l'école ont besoin de quelqu'un pour les diriger. »
Et elle avait raison, Harry le savait parfaitement, mais cela ne diminuait pas ses mauvais sentiments à propos de son professeur de Métamorphose. Bien qu'elle ne resterait pas longtemps son professeur de Métamorphose : le Conseil d'Administration était sur le point de la nommer nouvelle Directrice de Poudlard, Ecole de Sorcellerie.
Harry était complètement perdu dans ses pensées. Si le conseil nommait McGonagall, alors ils auraient besoin d'un autre professeur de Métamorphose, et Harry ne se sentait pas prêt à faire face à une nouvelle personne, qui ne le connaissait pas et l'approcherait avec ses préjugés ou ses espérances… Il n'aimait pas les changements. Il voulait que tout reste comme avant, mais intérieurement, il savait que rien ne serait plus pareil, plus jamais…
Les questions excitées de ses camarades de classe le sortirent brutalement de ses pensées.
« Qu'a-t-il pu arriver ? » demanda Parvati à Neville, sans même essayer de chuchoter. « Le cours est censé avoir commencé depuis plus de dix minutes et le professeur Noir n'est toujours pas là ! »
C'était étrange, vraiment. Généralement, leur plus jeune professeur était aussi ponctuelle que leur professeur de Métamorphose et même plus. Elle n'avait jamais été en retard, pas même une minute, sans en mentionner dix !
Un pressentiment serra sa gorge. Ca devait avoir quelque chose à voir avec la mort de Dumbledore, suspecta Harry.
Alors, la porte s'ouvrit avec un bruit fort et Severus, d'une humeur massacrante, pénétra dans la salle de classe.
« Ouvrez vos livres à la page 122. Prenez des notes. » aboya-t-il, la colère clairement visible sur son visage.
Après le premier moment de choc et de calme complets, tout le monde se précipita pour obéir au professeur le moins apprécié, ne voulant pas l'énerver encore plus. Seul Harry resta calme et immobile.
« Qu'est-il arrivé au professeur Noir ? » demanda-t-il calmement, mais d'une voix parfaitement audible.
Tandis que la question quittait sa bouche, il remarqua soudainement l'étrangeté extrême de la situation. Elle lui rappelait un autre cours de Défense, quand Lupin avait été absent (à la pensée de Remus Lupin, son cœur se serra encore plus, et quelque chose commença à piquer ses cils) et qu'il avait affronté Snape - Severus Snape, se corrigea-t-il – à propos de l'endroit où se trouvait son professeur favori. Sa question avait alors fait gagner un nombre important de points déduits et de railleries. Maintenant, la situation était légèrement différente.
Le Maître des Potions se tourna vivement vers lui, avec une surprise apparente.
« Vous êtes ici ! » demanda/dit-t-il en même temps, mais l'instant suivant, de la compréhension apparut sur son visage. « Oh » ajouta-t-il. « Vous êtes en Défense Avancée après tout… »
La classe était devenue extrêmement calme et tout le monde les regardait curieusement. Que ferait Snape à Harry ?
Snape, contrairement aux possibles espérances, ne fit rien de mauvais, soupirant simplement.
« Elle ne pouvait pas venir. » dit-il et, de manière surprenante, il ne retira pas de points.
« Pourquoi ? » demanda sèchement Harry. Il n'était pas impressionné par le comportement calme du Maître des Potions.
« Raisons officielles. » répondit Severus, toujours calmement. « Mais maintenant, prenez des notes. »
« Etait-ce le Ministère ? » insista Harry.
« M. Snape. » Venant de la bouche de leur professeur de Potions, le nom semblait plus qu'étrange, « Ceci est un cours. Ouvrez votre livre et prenez des notes. »
Pendant un moment, ils se regardèrent fixement dans un combat silencieux. Puis, Severus baissa les yeux et dit très, très doucement, « S'il vous plait. »
En entendant la voix basse et suppliante, Harry ne résista pas davantage. Il ouvrit son livre et parcourut les mots avec ses yeux, sans même les voir : ses pensées étaient ailleurs.
Quelque chose s'était passé. Quelque chose d'horrible et d'irréversible, il pouvait le sentir dans ses os. Et Severus était si étrange… si tranquille et si prudent et la première rudesse avec laquelle il était entré dans la classe avait disparu si rapidement quand il s'était rendu compte de la présence d'Harry. Harry ne savait pas quoi penser. Il observa son oncle avec prudence, cherchant des signes pour le comprendre, mais l'homme était assis au bureau du professeur et feuilletait les notes de sa collègue dans un silence absolu. Ceci rendit Harry encore plus nerveux. Les implications du comportement de Severus étaient évidentes. L'homme étudiait les notes de sa collègue, parce qu'elle ne reviendrait pas. Harry sentit ses mains trembler.
A la fin du cours, il resta derrière. Il attendit jusqu'à ce que tout le monde ait quitté la salle et se rapprocha d'un air hésitant du bureau du professeur.
« Monsieur ? » demanda-t-il poliment.
L'homme fut apparemment pris de court par le mot hésitant d'Harry.
« Oui ? » répondit-il d'un air fatigué.
« Qu'est-il arrivé au professeur Noir ? »
« Le Ministère l'a arrêtée. Sur accusation de trahison envers Lupin et le Directeur. »
Harry s'effondra presque.
« Mais… ce n'était pas elle ! Si Remus ne lui avait pas donné son Portauloin, elle serait morte aux côtés du Directeur ! »
Ils se tenaient de chaque côté du bureau, face à face, sans l'animosité presque habituelle entre eux. Ni Harry, ni Severus ne bouillait de rage contre l'autre, ils se tinrent juste dans un silence presque amicale pendant un moment. Finalement, Severus ouvrit la bouche. « Je sais. Mais nous n'avons aucune preuve. Et la pression politique était trop forte. Patil a dû faire quelque chose. »
« Je vois… » La voix d'Harry se brisa.
Severus contourna le bureau et s'approcha d'Harry.
« Allez-vous bien ? » demanda-t-il, sa voix légèrement inquiète. Harry recula.
« Bien sûr. » son ton redevint froid. « Jamais été mieux. » ajouta-t-il et, en quelques pas rapides, il fut hors de la salle.
Il était tellement perdu… Le Ministère avait arrêté le professeur Noir et Harry pouvait vraiment comprendre les raisons du Ministre. Il devait faire quelque chose pour calmer la population sorcière. La mort de Dumbledore avait été un choc incroyablement énorme pour eux : plusieurs familles non-sang pur avaient décidé de quitter le pays, le chaos était trop grand et il augmentait de plus en plus, et naturellement, Patil n'avait pas voulu que le Ministère semble impuissant. Il devait faire quelque chose, donc il avait arrêté le professeur Noir - elle était la personne la plus soupçonnée de toute façon. Mais elle ne pouvait pas être le traître - elle n'avait pas été à l'école et dans l'Ordre l'année dernière, et lui et Severus, et même le Directeur, avaient su qu'il y avait un espion parmi eux à cette époque - et bien que Noir puisse avoir été un deuxième espion parmi eux, Harry ne pouvait simplement pas le croire. Elle était dans l'Ordre depuis seulement quelques mois, il était impossible que Dumbledore l'ait désignée comme Gardien du Secret de l'Ordre.
Gardien du Secret, en effet. Parfois, Harry détestait vraiment le secret à ce sujet, mais il pouvait en comprendre les raisons. Il y avait un espion dans son organisation et Dumbledore n'avait plus su à qui faire confiance. C'était la principale raison pour laquelle il avait gardé le secret de l'identité du Gardien du Secret. Ca devait être quelqu'un en qui le Directeur ait une confiance sans faille, mais il y avait trop de candidats suspects dans l'Ordre au goût d'Harry. Et il ne pouvait tout simplement pas décider qui suspecter. Le professeur McGonagall ? Elle avait été l'amie du Directeur depuis trop longtemps, et la même chose s'appliquait aux professeurs Flitwick et Chourave. Trelawney était trop stupide pour ce rôle - et pour dire la vérité, Harry ne savait pas exactement qui, en dehors du personnel de Poudlard, était aussi membre de l'Ordre. Et, peut-être qu'il n'était pas non plus nécessaire que le Gardien du Secret ait été un membre de l'Ordre.
Harry était si totalement plongé dans ses pensées qu'il manqua presque le repas. Ce fut Ron qui le traîna pour manger et Hermione qui l'aida à trouver les salles pour les cours suivants. Mais vers la fin de la journée, son plan était prêt : il essayerait de parler aux enquêteurs et de proposer son témoignage sous Veritaserum, ainsi ils seraient obligés de laisser Noir tranquille, ou au moins, ils n'auraient pas assez de preuves pour la garder en état d'arrestation. Une fois qu'il eut décidé de ce qu'il allait faire, il agit sans autre hésitation et, avant d'aller se coucher, il s'assit et écrivit une lettre au Ministre lui-même, dans laquelle il offrait son aide pour décharger le professeur Noir des charges qui pesaient sur elle. Quand il fut prêt, il se dirigea vers la volière et donna la lettre à Arthur (il n'avait pas réclamé Hedwige à Hermione après que son identité ait été révélée : sa chouette blanche semblait avoir développé de l'affection envers la jeune fille, et Harry avait pensé que c'était mieux ainsi). Le grand hibou brun hulula lorsqu'il repéra le garçon, et ouvrit ses ailes avec impatience.
« Arthur, apporte cette lettre au Ministre, personnellement. Tu n'as pas à attendre la réponse. »
Le hibou hulula à nouveau et s'envola par la fenêtre. Alors qu'Harry le regardait fixement partir, il ne put pas s'empêcher de se rappeler le Noël de l'année dernière au Manoir Snape, son meilleur Noël, avec Sirius, Remus et Severus, il se rappelait la permission de Severus de l'appeler papa, mais depuis lors, tout avait changé… Hermione avait perdu ses parents, les Weasley avaient perdu Fred, Sirius n'était plus un sorcier, Remus était mort et Severus avait perdu ses souvenirs… La guerre était cruelle pour tout le monde, mais Harry avait souvent l'impression qu'elle était encore plus cruelle pour lui et à présent, la femme qu'il appréciait était également partie, et il pouvait seulement espérer que sa lettre aurait un certain effet.
Ce fut à ce moment qu'Harry décida de mettre fin à la guerre dès que possible. Oui, il ne voulait pas mourir, mais son hésitation créait chaque jour de nouvelles victimes, et s'il devait mourir de toute façon, il n'y avait aucune raison de le remettre à plus tard. Il avait toujours l'autorisation de Noir pour la Réserve, et il devait se dépêcher. Le temps n'était pas de son côté. Mais pas ce soir. Il était trop fatigué pour étudier, pour rechercher. Lentement, il retourna dans sa chambre, dans son lit. La Potion de Sommeil Sans Rêve se trouvait sur la table de nuit, comme si elle l'attendait. Harry s'assit sur le lit et regarda fixement la minuscule bouteille.
C'était un combat qu'il menait chaque nuit.
C'était un combat qu'il avait perdu chaque nuit depuis qu'il était sorti de son état comateux après la mort du Directeur et de Lupin. C'était la deuxième moitié de janvier. Ca faisait plus d'un mois qu'il prenait la potion pour dormir. Mais il n'était pas sûr d'être encore dans la première étape de la dépendance. Ses doigts caressèrent doucement la fiole. Il ne voulait pas prendre la potion.
Mais… il n'était pas sûr de pouvoir ne pas la prendre.
Et surtout, il n'était pas sûr d'être prêt pour d'autres rêves avec Voldemort.
« Quiet, Quiet ! Tu as lu ? » La voix d'Hermione était si forte et si soudaine qu'Harry sursauta.
Hermione n'était pas du genre à crier, et ils étaient à la bibliothèque. Quelque chose de grave ou d'important s'était passé si elle hurlait délibérément. Il leva les yeux de l'essai qu'il écrivait pour McGonagall - ou plutôt, pour le successeur de McGonagall, parce que, en tant que Directrice, elle n'enseignerait plus - et il regarda Hermione.
« Que s'est-il passé ? » demanda-t-il en baillant. Hermione ne répondit pas, à la place, elle tendit la main et donna à Harry un exemplaire d'une édition spéciale de la Gazette du Sorcier. « Oh, non. » Harry gémit avant même de l'ouvrir. « Dis-moi que ce n'est pas Rita Skeeter, s'il te plait. »
« C'est elle. » aboya Hermione.
Harry repoussa ses livres et regarda de plus près la première page. QUI EST RESPONSABLE ? lut-il en lettres majuscules et, juste en-dessous, il y avait une photo de l'enterrement.
« C'est Voldemort. » siffla furieusement Harry entre ses dents.
« Pardon ? »
Harry se tourna vers elle.
« J'ai dit Voldemort. Parce qu'il est le seul responsable, si cette folle veut la bonne réponse à sa question. »
« Eh bien, elle a une autre supposition. » répondit Hermione en se laissant tomber sur la chaise à côté d'Harry. « Lis. Lis juste, et tu verras. » Ses mains tremblaient avec force.
Harry força ses yeux à retourner sur le journal, et ça ne lui prit pas longtemps pour comprendre la colère d'Hermione. Accusations vides, déclarations exagérées, opinions partiales, comme toujours. Mais le but de l'auteur était évident : se débarrasser du Ministre de la Magie pour de bon. Vers la fin de l'article, il fulminait également de colère.
« Je ne sais pas quoi penser. » dit-il après l'avoir fini, « mais j'ai l'impression qu'elle n'a pas écrit cet article toute seule. Quelqu'un l'a forcée ou lui a fait du chantage, je ne sais pas, mais… ça ne lui ressemble pas. Attaquer le Ministre de la Magie… »
« Je pense la même chose. » acquiesça sombrement Hermione. « Et à ça ne ressemble pas à la Gazette de publier une édition spéciale ET d'y attaquer le Ministre de la Magie… »
Tous deux restèrent assis en silence.
« J'ai quelques mauvais pressentiments. » laissa soudainement échapper Hermione. « Je ne sais pas quelle sera la réaction de Patil à leurs accusations, mais j'ai peur qu'il démissionne… »
« Oh, allez, Hermione, c'est juste un article. » Harry essaya de lui rendre sa bonne humeur, mais sans succès.
« Son successeur le plus probable est Amos Diggory. » dit-elle calmement. Trop calmement.
A la mention du nom, Harry frissonna.
« Le père de Cedric… » murmura-t-il.
« Et également le leader d'un très gros parti, qui veut une action plus puissante contre Voldemort et ses partisans. Ils accusent Patil d'être trop faible et hésitant et trop défensif, et ils disent que le Ministère devrait être plus offensif. Ils veulent quelqu'un de plus fort, qui agirait sans hésitation… »
« Alors ils veulent un dictateur… » murmura Harry.
« … et ils veulent qu'il soit Amos Diggory. » elle termina sa phrase.
« Merveilleux. Une dictature, juste comme lors de la guerre précédente. »
« Exactement. Ils disent que le monde sorcier a besoin d'un chef dur et résolu, comme à cette époque. »
Harry soupira.
« Au fait, qui était le ministre alors ? »
« Mercury McGonagall. » dit promptement Hermione.
Les yeux d'Harry s'écarquillèrent de surprise.
« Etait-il le père du professeur ? » demanda-t-il, surpris.
« Oh, non. » Hermione eut un demi-sourire. « C'était son mari. »
« Oh, mon Dieu… » Harry ne put même pas avaler sa salive tellement il était surpris. « Et… que lui est-il arrivé ? »
« Il s'est retiré peu après que tu ais vaincu Voldemort. Il a dit que la guerre était finalement finie et qu'il n'était plus nécessaire. Et il n'était pas un politique très populaire. Il a établi ces tribunaux diminués, qui ont envoyé des centaines de sorciers en prison sans véritable procès, et beaucoup se sont plus tard avérés innocents, comme Sirius ou le père de Terry Boot… Plus tard, il a essayé de s'excuser pour ses actes, il a dit que ça avait été une guerre, et que son seul but avait été de protéger le monde sorcier et des choses comme ça… »
Harry acquiesça silencieusement. Quelques minutes plus tard, une autre pensée lui vint.
« Est-il encore vivant ? »
Hermione haussa les épaules.
« Je n'ai pas entendu parler de sa mort, donc… »
« C'est un partisan du Parti de l'Action de Diggory. » l'apparition de Ron était vraiment soudaine. Harry et Hermione relevèrent brusquement leurs têtes dans sa direction. « Papa pense qu'il est le vrai chef du parti, et qu'Amos Diggory est juste une marionnette dans ses mains. Mais à cause de sa réputation, il ne veut pas se montrer publiquement. »
« Et à propos du professeur McGonagall ? » demanda soudainement Hermione. « Elle ne me semble pas du genre… agressif. »
Ron sourit largement.
« J'ai demandé la même chose à papa. Il m'a dit qu'ils ont divorcé quand le professeur a commencé à travailler à Poudlard. A cette époque, Dumbledore était son plus grand adversaire politique… »
Harry ne put pas prêter attention à Ron plus longtemps. Ses pensées erraient autour des faits qu'il avait appris quelques minutes auparavant. Son professeur était devenu un membre du personnel de Poudlard quand son mari était le Ministre de la Magie. Maintenant, le professeur était sur le point de devenir la Directrice de l'école, la seconde sur les listes de places sorcières les plus importantes, juste après le Ministère, et son mari, ou son ex-mari, revenait au Ministère… Etait-ce une coïncidence, ou plus ?
Cette question ne le quitta pas de la semaine, et même les autres événements, non moins importants, ne purent éloigner ses pensées de cela, bien que des choses extrêmement inattendues se soient produites. L'une de ces choses était la nomination du nouveau professeur de Métamorphose – Harry sauta presque de joie quand il vit Fletcher s'asseoir à l'ancienne place du professeur Flitwick, le minuscule professeur de Sortilèges ayant été déplacé à côté de la Directrice, en tant que nouveau Directeur Adjoint. L'identité de l'autre nouveau professeur - pas un professeur, juste un maître-assistant, le corrigea abruptement Hermione - était encore plus inattendue.
« Et je veux saluer George Weasley qui, à l'avenir, aidera le professeur Snape, puisque celui-ci assurera les cours du professeur Noir jusqu'à ce qu'elle revienne… » les applaudissements qui éclatèrent à ce moment forcèrent simplement la nouvelle Directrice à se taire. Plus tard dans la journée, Harry apprit que George était le nouveau Gardien du Secret de Sirius et d'Anne.
« Vraiment ? » demanda-t-il au garçon au visage sérieux, ou plutôt à l'homme. « Mais pourquoi ? Je veux dire, pourquoi toi ? »
George haussa les épaules.
« Parce que je suis en sécurité ici, à Poudlard, et que Sirius et la fillette ont besoin de sécurité. Et quand Snape m'a recommandé au Conseil d'Administration, tu sais que Fred et moi étions plutôt bons en Potions, et qu'ils ont accepté que je sois son assistant, la Directrice a pensé que ce serait le mieux si je devenais le nouveau Gardien du Secret. J'ai accepté. Et voilà. »
Soudain, deux sentiments différents attaquèrent Harry. Le premier était la crainte : McGonagall savait que George était le Gardien du Secret, ou même plus, c'était elle qui l'avait suggéré. Le second n'était pas aussi désintéressé : c'était la jalousie. Harry était jaloux de George, parce que Severus l'avait recommandé, il l'avait accepté publiquement, tandis que lui, Harry, était encore rejeté, officiellement et publiquement…
Il ne pouvait pas s'empêcher de trembler de frustration et il s'excusa aussi vite que possible. Il voulait être seul.
Severus était paniqué et complètement effrayé.
« Mais Minerva ! Nous devons faire quelque chose ! »
« Severus, essaye de te calmer, s'il te plait. Je pense qu'ils libéreront Harry aujourd'hui, ou peut-être demain, et nous ne pouvons rien faire maintenant… »
« Minerva, tu ne peux pas être sérieuse ! Tu connais Amos, tu connais Mercury ! Amos blâme Harry de la mort de son fils, et Mercury déteste tout ce qui est lié à toi ou à moi ! » hurla Severus, ses mèches volant autour de sa tête alors qu'il faisait les cent pas devant la cheminée. « Tu vois ce qui s'est passé ces deux dernières semaines, depuis qu'ils ont prit le Ministère ! Ils ont condamné Armena et ils l'ont transformée en Cracmol, comme Black, et ils l'ont jetée à Liberty ! Son procès était une farce ! Et quand Harry a voulu la défendre, ils ont dit qu'il était son complice, et ils l'ont arrêté immédiatement… »
McGonagall ferma les yeux avec détresse.
« C'était une erreur de sa part de donner son avis dans le journal… »
« Patil m'a dit que le garçon lui avait d'abord envoyé la lettre. Juste après qu'il ait démissionné, Harry a envoyé cette foutue lettre à la Gazette ! »
« Je ne sais pas que ce que nous pouvons faire, Severus. Je ne sais pas s'ils veulent un procès, et si la réponse est oui, quand… »
« Mais ils ont repris de nombreux Aurors ! Ces Aurors qui ont été virés quand Arcus est devenu Ministre ! Ces BATARDS, Minerva ! »
« Severus ! Calme-toi, s'il te plait. Je ne pense pas qu'ils blesseront Harry. Et me hurler dessus n'aidera pas. Nous ne pouvons rien faire maintenant. Tu le sais. »
Severus s'effondra presque sur le canapé.
« Je ne veux pas le savoir, Minerva. »
Il ne voulait pas accepter. Il voulait faire quelque chose, y aller, hurler, se battre, si c'était nécessaire. Il ne voulait pas que le garçon soit à cet endroit. Il y avait passé plus de quatre mois. Quatre mois de torture, physique et mentale, de peur, de douleur… Et maintenant, le garçon était exposé à ces bâtards, comme il l'avait été, mais avec beaucoup moins de raisons. Lui, Severus, était indéniablement coupable de ces choses affreuses dont il avait été accusé, mais Harry était innocent. Il enfouit son visage dans ses mains.
« Tu veux qu'il sorte. » dit doucement la femme.
« Tu sais, tu avais raison Minerva. » marmonna-t-il à travers ses mains. « Quand tu m'as dit que j'étais un imbécile. J'étais un imbécile quand j'ai rejeté le garçon. Je l'ai déjà regretté, il y a longtemps. Mais il ne veut pas me pardonner, et je peux comprendre cela. Et maintenant, je ne peux pas l'aider. » Il sentit un léger contact sur son épaule.
« L'aimes-tu, Severus ? »
Le Maître des Potions déglutit.
« Je ne sais pas, Minerva. Je suis inquiet. Je suis terrifié. Je veux qu'il soit ici, qu'il soit insolent et désagréable, mais ici, où je peux le voir, où je peux savoir qu'il est en sécurité… »
Silence.
« Sirius m'a dit que tu étais allé voir Harry à l'Infirmerie. Que tu lui avais proposé de s'occuper de lui pendant les préparations funèbres. »
Severus leva la tête.
« Il ne pouvait pas rester à l'Infirmerie, Minerva. La morgue… »
« Je sais. » approuva la Directrice. « Mais Harry aurait été bien avec Sirius. »
« Oui… » il enfouit de nouveau son visage. Il ne voulait pas que la femme voit sa faiblesse. « J'avais terriblement peur qu'il perde la raison… Cette quantité de Doloris… »
« Tu prends soin de lui, Severus. »
Mais alors, Severus n'avait pas besoin des paroles de la Directrice. Lorsqu'il revit le corps inconscient du garçon étendu dans un lit de l'Infirmerie, et plus tard, dans son lit dans les cachots, et que son cœur se serra de peur et d'inquiétude, il sut. Il faisait attention au garçon, plutôt profondément.
Le sentiment semblait nouveau et extrêmement familier en même temps.
Il voulait qu'Harry revienne. Revienne, dans tous les sens du terme : revienne à l'école, revienne dans sa vie, dans ses quartiers, dans sa famille… Revienne. Pour le garder et pour le surveiller. Pour l'aider à grandir, pour être là quand il s'installerait, pour l'aider quand il aurait besoin d'un coup de main… Le sentiment était soudain, ou était-ce juste sa réalisation qui était soudaine ?
Il entra pensivement dans son bureau. Il était si profondément plongé dans ses pensées qu'il ne réalisa pas que George était là, le remarquant seulement quand il tomba presque sur les jambes tendues du jeune homme.
« Oh, désolé, monsieur. » le garçon roux sourit pour s'excuser et mit ses jambes dans une position normale.
« C'est Severus. » dit doucement Severus. « Et c'est de ma faute. Je n'ai pas remarqué que tu étais là. »
« En train de noter les devoirs des première année. » George désigna une pile de parchemins sur le canapé à côté de lui.
« C'est bon. Tu n'as pas besoin de justifier pourquoi tu es ici. C'est aussi ton bureau. » Severus s'assit sur sa chaise et tira une pile, semblable à celle de George, plus près de lui. Travailler avait toujours eu un effet calmant sur lui.
« Qu'arrivera-t-il à Harry maintenant ? » demanda doucement George.
« Minerva n'en a aucune idée. Moi non plus. Je ne sais pas ce que nous pouvons faire. »
George s'appuya sur le canapé et regarda son collègue.
« Peut-être que vous avez besoin d'un bon avocat. »
« Je suis d'accord. » soupira Severus. « Je pense que je devrais contacter Andrus. »
George haussa un sourcil interrogateur.
« Mon petit cousin. » expliqua Severus. « Il est avocat en Australie. Mais je pense que si je lui demande, il viendra. »
Le premier jour et la première nuit en prison furent plutôt ennuyeux pour Harry. Ils ne lui firent rien, se contentant de le mettre dans une cellule et de le laisser tranquille. Eh bien, la cellule était petite, froide et humide, mais il y avait quelque chose ressemblant à un lit dans un coin - mais il découvrit rapidement qu'il n'était pas censé s'asseoir jusqu'à ce qu'il y ait été autorisé. S'asseoir sur le lit était une transgression, et le geôlier lui avait bientôt appris que la transgression pouvait avoir des conséquences douloureuses, donc Harry était resté debout, appuyé contre le mur.
A neuf heures du soir, il était finalement autorisé à se coucher, mais il ne pouvait pas dormir. « … la dépendance dans sa première étape ne semble pas dangereuse. Le seul impact négatif est que l'utilisateur ne peut plus dormir sans son utilisation » il se rappelait les remarques du livre de potions à propos de la Potion de Sommeil Sans Rêve, mais il n'était pas vraiment inquiet. Ne pas dormir signifiait ne pas rêver et ne pas avoir de visions, donc ça lui convenait. Il s'étendait juste, regardant le plafond durant toute la nuit, et essayant de découvrir ce qui allait se passer.
Le deuxième jour fut encore plus ennuyeux, et rester debout sembla bien plus épuisant que les entraînements de Quidditch. Ne pas dormir pendant la nuit avait sûrement eu son impact négatif sur la vigueur d'Harry, mais il suspectait que ça ait plus à faire avec l'ennui qu'avec le manque de sommeil.
Puis, la deuxième nuit arriva, et Harry était mortellement fatigué. Mais il ne pouvait pas dormir, pas même pour une courte période. Il s'étendit, comme en transe, sur la couchette et se maudit pour avoir pris la Potion de Sommeil Sans Rêve pendant trop longtemps. Au matin, il était tellement épuisé qu'il put à peine se lever, et une colère peu familière le brûla de l'intérieur.
De sept heures à dix heures, il parvint à rester droit, mais alors que le temps passait, il ne put s'empêcher de s'asseoir - pas sur le lit, ce qui était interdit, mais sur le sol, appuyé contre le mur. Ses muscles étaient endoloris, sa tête tournait, et la stupide colère bouillait à l'intérieur de lui.
Il ne reçut pas de déjeuner, parce que s'asseoir était aussi interdit, mais il s'en moqua. Etre assis était mieux qu'être debout.
Et à sept heures du soir, ils vinrent et l'interrogatoire commença.
Ils ne le frappèrent pas, ni avec des sorts, ni avec leurs poings. Ils l'attachèrent juste à la chaise et versèrent un peu de Veritaserum dans sa gorge.
« Quel est ton nom ? » demanda une voix familière. Harry frissonna. C'était le vieil Auror de l'année dernière. Bamberg, son nom était Bamberg, se rappela soudainement Harry.
« Je ne vous le dirai pas. » dit-il et son dos s'arqua de douleur. « Je ne vous le dirai pas. » répéta-t-il en mordant ses lèvres avec ses dents alors que sa colère trouvait une sortie en résistant à l'homme qu'il détestait.
Quelqu'un saisit sa tête et ouvrit brutalement sa bouche. Une autre dose de Veritaserum glissa au fond de sa gorge.
« Quel est ton nom ? » redemanda Bamberg.
Harry ne répondit pas. Combattre le Veritaserum était comme combattre l'Imperius, bien que l'Imperius donne un peu d'euphorie à la personne qu'il frappait, alors que le Veritaserum masquait son esprit et voulait que sa partie consciente descende sous la surface du vide et de l'apathie et ne s'inquiète pas des mots et des vérités… Et lui résister était beaucoup plus douloureux.
« NON ! » s'étrangla-t-il et l'insupportable douleur l'assomma simplement.
Quand, plus tard, il regagna conscience, il put sentir que sa résistance était demeurée ferme même pendant son inconscience. Les Aurors autour de lui étaient blêmes. Une autre dose du Sérum de Vérité glissa dans sa bouche et il l'avala.
Après une autre demi-heure de lutte continue, il s'évanouit à nouveau. Et encore. Et encore.
Quand ils le jetèrent dans sa cellule et qu'il s'effondra sur le sol à moitié conscient, il pensa qu'il n'avait jamais entendu parler d'une telle chose auparavant. Résister au Veritaserum était inconnu. Et il l'avait fait, juste pour avoir quelque chose de nouveau à ajouter à sa monstruosité.
Il ne pouvait cependant pas combattre l'une des conséquences du sérum. Il était tellement malade qu'il n'arrêta pas de vomir pendant tout le jour suivant.
Le soir suivant fut similaire, bien que beaucoup plus court. Apparemment, les Aurors pensaient que le Sérum de Vérité du premier jour était mauvais, et ils demandèrent une autre série d'un autre Maître des Potions. Quand ils virent que ça ne fonctionnait pas, ils le ramenèrent simplement à sa cellule.
Un autre jour sans repas, ni eau (rien ne restait dans son estomac) ni sommeil.
Le jour suivant, un homme d'aspect très familier apparut à la porte de sa cellule.
« Severus ? » demanda-t-il abasourdi.
« Non. » répondit l'homme. « Mon nom est Andrus. Je suis le petit cousin de Severus. »
« Je n'ai vu aucun signe d'abus physique, Severus. Bien qu'Harry m'ait dit qu'on lui a donné du Veritaserum et que résister était très douloureux. » l'homme grand aux cheveux et aux yeux bruns termina son discours et croisa les bras sur sa poitrine. « Mais ce n'est pas un abus physique. »
L'homme aux cheveux noirs frappa le bureau avec son poing.
« Nous devons le faire sortir à n'importe quel prix ! Il ne peut pas rester là-bas, ils le tueront ! »
L'avocat se pencha en avant, plus près de son cousin et demanda doucement, « Depuis combien de temps Harry prend-il la Potion de Sommeil Sans Rêve ? »
Le poing serré de Severus se desserra soudainement, et le Maître des Potions sembla faible et fatigué.
« Quoi ? » s'étouffa-t-il.
« J'ai pu voir les symptômes de la privation sur lui, Severus. Il a été en prison pendant cinq jours, mais il montre tous les symptômes de cette foutue… » il ne continua pas.
Ils restèrent assis en silence pendant un moment.
« Symptômes ? » demanda Severus d'une voix faible. Quand son cousin acquiesça, il soupira. « Ca doit faire au moins deux mois, alors. »
« Il ne dort pas. Il a d'intenses changements d'humeur. Il vomit tout qu'il mange ou ce qu'il boit. Et tu sais parfaitement que résister au Veritaserum est le symptôme le plus fort. »
« Mais ça montre qu'Harry est dans la troisième phase de cette maudite dépendance ! » cria Severus avec exaspération.
« Ce n'est pas certain, Severus. Harry m'a dit qu'il pouvait résister à l'Imperium… »
« Oui. » murmura Severus et son visage s'éclaira un peu. « Est-ce que ça signifie que… ? »
« Oui. » Andrus se gratta la nuque. « Je pense qu'il est au début de la deuxième phase de la dépendance. Mais, Severus, notre priorité est de sauver Harry de là-bas. Une fois qu'il sera dehors, tu pourras t'occuper de sa dépendance. Mais pour l'instant, je dois dire que je ne vois aucune chance de le faire sortir légalement, si les choses ne bougent pas. Ton nouveau Ministre a désorganisé tout le système légal avec ses nouveaux décrets. »
« Que pouvons-nous faire maintenant ? »
« Jouer à leur jeu. Contacter les journaux ou les Radios Sorcières. Et leur parler de votre captivité commune dans la prison de Tu-Sais-Qui. Bouger et toucher. Pas de choses rationnelles. Les gens n'ont pas besoin de paroles rationnelles. Ils ont besoin d'histoires qui bougent. Donne-leur cela. »
« Je ne suis pas de ce genre-là, Andrus. Et je ne me souviens pas de notre captivité. Pas du tout. Pas même un peu. »
« L'aimes-tu, Severus ? » Andrus se leva et regarda son cousin. Quand celui-ci acquiesça légèrement un 'oui', il continua. « Alors, fais-le pour lui. »
Etre assis dans la cellule avait un grand avantage : Harry avait assez de temps pour penser à de nombreuses choses. Comme il avait finalement appris d'Andrus qu'il était accusé du meurtre de Cédric et de complicité dans les meurtres de Fred, Remus et Dumbledore. Et au fond de lui, en dépit de ce qu'Andrus avait voulut qu'il pense, il se sentait coupable d'une partie de ces crimes.
C'était son insouciance, qui avait tué Cédric, mais maintenant, presque deux ans après la mort du Poufsouffle, il se sentait bien moins responsable que pour Fred.
Mais… il avait des excuses, bien sûr. Et même Dumbledore lui avait dit qu'il ne pouvait pas s'accabler. Il avait juste voulu protéger Ares. Mais il l'avait fait de manière incorrecte. Il n'avait pas réfléchi aux possibles conséquences de permettre à Ares de venir. Il avait été stupide et insouciant. Deux choses que Severus lui avait toujours reprochées dans ses 'discours Potter'.
Il n'était pas son père. Il n'était pas aussi net et brillant que Quietus l'avait été. Il avait beaucoup plus de haine et d'aversion, et il était même devenu dépendant à cette fichue potion, qui, comme Andrus le lui avait expliqué, l'aidait à résister au Veritaserum. Mais le prix qu'il devait payer pour cette protection était trop élevé. Son tempérament devenait de plus en plus incontrôlable, une fois durant un interrogatoire, il avait insulté Bamberg si grossièrement qu'il avait reçu une punition sévère : il avait été gardé sous l'influence du Tormenta pendant vingt minutes.
Et toute sa force commençait à le quitter, même s'il arrivait finalement à manger et à boire de petites quantités sans régurgiter, mais ce n'était apparemment pas assez. Mais il ne pouvait pas mourir ici. Sa vie était trop importante pour être gâchée ici. Il devait faire face à son destin pour arrêter tous ces meurtres, pour sauver ses amis et même ces personnes qu'il n'avait jamais vues dans sa vie, qui étaient les cibles de Voldemort.
Il ne pouvait pas mourir ici.
Il avait été dévasté quand il avait entendu le sort du professeur Noir (d'Andrus, encore), et il ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable même dans son cas. Il aurait dû être plus rapide dans son combat contre le Bâtard Suprême. C'était à lui de le tuer de toute façon, une stupide prophétie l'avait désigné pour cette tâche, alors pourquoi avait-il hésité pendant si longtemps ? Sa vie était sans signification de toute façon. Severus, son vieux Severus, avait disparu dans le néant, ce nouveau-vieux personnage s'occupait de lui juste à cause d'un sort de famille ancien et stupide et pour la protection du nom de famille – mais sur ce point, Harry devait lui donner raison. Snape était le nom de son père aussi, et il avait mérité un nom impeccable. Eh bien, Andrus lui avait insinué de nombreuses choses sur la préoccupation de Severus, mais Harry ne pouvait plus y croire. Autant il n'avait pas besoin de la brutalité du Maître des Potions, autant il n'avait pas besoin de sa pitié non plus. Il avait assez de choses à supporter sans sa pitié en plus.
Les jours passaient, et il parvint à dormir un peu. Pas beaucoup : quelques minutes et de courtes périodes seulement, mais c'était quand même du sommeil, et il rêvait de Severus de nombreuses fois, leurs jours heureux en enfer. Etait-ce l'atmosphère de la cellule ? L'abus ? L'obscurité ? La présence d'Andrus, de plus en plus familière, tous les deux jours ? Il ne savait pas, mais il accueillait ces rêves, ces signes d'affections, cet amour et cette acceptation dans sa courte vie obscure. Il avait eu des moments merveilleux. Il avait connu l'amour et l'acceptation, et il y avait beaucoup de gens au monde qui ne les avait jamais expérimentées. Il pouvait se considérer chanceux.
« M. Snape ! » la voix du geôlier le tira de ses pensées. « Levez-vous et tenez-vous au milieu ! »
Un autre interrogatoire au milieu de la nuit ? C'était assez étrange, mais Harry obéit. La résistance était absolument inutile dans ces circonstances. Les deux Aurors habituels entrèrent la cellule et le saisirent des deux cotés. Ils semblaient extrêmement en colère, plus que d'habitude, donc Harry se prépara à une autre session longue et douloureuse, mais ses compagnons ne le menèrent pas à travers les couloirs familiers : ils se dirigeaient vers la sortie. C'était trop soudain.
« Je suis relâché ? » demanda-t-il à l'un des Aurors.
Il le poussa rudement.
« Ne pose pas de questions ! » aboya-t-il et il le tira dans la pièce qui était familière à Harry : c'était la pièce où il avait été privé de ses objets personnels, comme son argent ( il avait prévu d'aller à Pré au Lard avec Hermione le jour suivant) et la baguette de son père (sa baguette avait été soumise à un Charme de Synchronisation quand il avait été arrêté, et maintenant, elle était probablement dans la chambre d'Harry dans le dortoir. )
« Signe ici ! » quelqu'un lui tendit un morceau de parchemin et Harry signa avec obéissance. L'officier posa ses affaires sur le bureau, et Harry passa hâtivement sa robe sur lui. Elle était propre, et il puait après plus de dix jours dans une cellule poisseuse, mais il s'en moquait. Il jeta quelques glamours sur son visage et sur sa nuque pour que sa célèbre cicatrice sur son front et le travail d'Avery se change en néant virtuel et, sans regarder en arrière, il se hâta vers la sortie. Un autre Auror le rejoignit et le conduisit hors du bâtiment. Atteindre les portes extérieures sembla prendre toute une vie.
Et le moment suivant, Harry se tenait dans une rue de Londres totalement inconnue, il faisait noir, ses robes étaient trop fines et personne ne l'attendait. Mais il s'en moquait : il était à nouveau libre ! Le moment suivant, sa baguette était dans sa main et il l'agita avec excitation. Après un court voyage, il serait à Pré au Lard et après… oh oui. Harry n'avait pas l'intention de retourner en courant à Poudlard. Il ne voulait pas des questions de ses amis, de la pitié de Severus, des inquiétudes des autres professeurs ou n'importe quoi d'autre… Il voulait un endroit où penser, pas un endroit isolé, mais quelque chose avec plus d'affluence, avec des gens et de la chaleur… mais pas les Trois Balais. Cet endroit lui rappelait trop la trahison de Ron.
Il n'eut pas longtemps à attendre le bus, et heureusement, Stan Rocade ne reconnut pas Harry Snape ou Potter dans l'étranger aux cheveux gras et légèrement odorants, qui paya un aller pour Pré au Lard et alla au lit abruptement.
Il était presque deux heures du matin quand ils arrivèrent et quand Harry descendit du bus, il se sentit presque seul dans le silence profond. Mais il n'hésita pas longtemps : il se dirigea vers la Tête de Sanglier avec détermination.
La petite auberge sale était toujours ouverte et pleine, et personne ne sembla surpris quand Harry entra (son capuchon relevé) et commanda un Whisky Pur-Feu. Pour dire la vérité il voulait prendre de la bièraubeurre, mais après un rapide coup d'œil il pouvait voir que personne ne buvait de bière, et il ne voulait pas attirer l'attention, donc il décida de prendre du whisky à la place.
La boisson était forte et l'étouffa presque, mais après les premières gorgées il pouvait sentir la force retourner à son corps torturé, et une grande partie de sa culpabilité et de sa peine fut levée de ses épaules, donc il en demanda un autre.
Il ne savait pas quand ça devint trop, il ne pouvait pas sentir la transition entre la sobriété et l'ivresse, mais à un certain point il pouvait clairement dire qu'il était plus ivre qu'il ne l'avait jamais été.
Mais le whisky glissait facilement dans sa gorge et il réchauffait son cœur froid et son âme…
Il était si saoul qu'il ne fut pas du tout surpris quand Hermione surgit soudain du néant et l'entraîna dehors. L'air frais de la rue le réveilla un peu, mais il ne pouvait pas marcher assez droit pour regagner le château avant l'aube, mais après un moment il réalisa qu'il était étendu dans un brancard, et qu'Hermione le faisait léviter derrière elle, dans la nuit de Février, froide et silencieuse.
Harry ne se souvint pas de comment il arrivèrent au château et de comment Hermione le mit au lit, tout ressemblait trop à un rêve, si léger et incertain… Et il agrippa le bras de la jeune fille et la supplia de ne pas partir, de rester avec lui, il la tira à lui sur le lit, ne s'arrêtant pas à ses plaintes et, plus tard, à sa voix tremblante qui le suppliait de la lâcher, ne remarquant même pas les doux sanglots qui agitaient son corps, les yeux fermés, les dents serrées, le regard trahi sur le visage familier, l'étourdissement si fort et si agréable et Harry ne voulut même pas se réveiller…
…
…
Le matin fut mauvais, encore plus mauvais que la nuit précédente avait été bonne, fut la première pensée d'Harry quand il essaya de sortir du lit. Sa tête lui faisait mal ; son estomac ressemblait à une poubelle, ses muscles étaient douloureux. Harry n'avait jamais eu une gueule de bois avant, mais il reconnut immédiatement les symptômes.
Aussi rapidement qu'il put, il alla dans la salle de bain et se tint sous la douche. L'eau chaude le nettoya et le réchauffa, et ensuite l'eau froide le réveilla et chassa les courbatures et le reste de la brume dans son esprit et après une demi-heure il se sentit à nouveau normal – aussi normal qu'on pouvait l'être après plus de dix jours dans la prison du Ministère.
Mais quand il revint dans sa chambre et regarda le lit, des images de la nuit précédente l'assaillirent avec une telle force qu'il chancela contre le mur.
Hermione…
Hermione et lui…
Les suppliques d'Hermione…
Les yeux fermés d'Hermione…
La trahison…
Qu'avait-il fait ?
Son sang se figea. Qu'avait-il fait ? Et pourquoi ? Avait-ce été le whisky ? Mais pourquoi avait-il été à l'auberge ? Pourquoi n'était-il pas rentré à Poudlard aussi vite qu'il pouvait ? Qu'était devenue sa ferme décision de ne pas gâcher sa vie ? Ca avait été un autre acte irresponsable et stupide. Et après ça, ce qu'il avait fait à Hermione… C'était impardonnable.
Toujours tremblant du choc, il sortit de sa chambre. La salle commune était presque pleine : c'était un Dimanche matin et presque tout le monde était revenu du petit déjeuner.
« Harry ! » cria Ron en le voyant. « Tu es là ! »
Tout le monde sauta sur ses pieds et en un moment Harry était entouré par des visages joyeux et soulagés.
Mais Hermione n'était nulle part en vue.
« Où est Hermione ? » demanda-t-il à Ron, ignorant les autres. « Elle est ici ? »
« Non », cria Ron essayant de surpasser le bruit de la foule. « Elle est partie chez la Directrice pour lui parler de toi… »
« Je dois y aller ! » cria soudain Harry avec impatience et il se fraya un chemin jusqu'au portrait. « Je dois la trouver ! » et avec ça, il sortit de la pièce.
Mais il n'eut pas à aller loin. En tournant au coin, il la bouscula.
Elle avait un air horrible.
« Hermione… » commença-t-il, mais le regard de la jeune fille et le dégoût sur son visage le réduit au silence.
« Je n'ai rien dit à la Directrice », dit-elle, sa voix froide et horripilée. « Je lui ai dit que je t'avais trouvé à Pré au Lard. Elle a enlevé cent points à Gryffondor pour être en dehors de Poudlard la nuit. Espérons que ce soit assez. »
« Ecoute, Hermione, ce que j'ai fait… »
L'instant suivant, il était pressé contre le mur et elle siffla à son oreille pour qu'il puisse entendre. « Je m'en fous. Tes excuses minables pour être ivre et privé de Potion de Sommeil Sans Rêves ne m'intéressent pas. Quelles que soient les raisons, ce que tu as fait m'a suffisamment dégoûté pour ne plus vouloir passer du temps en ta compagnie. Donc, laisse-moi tranquille. Et si tu oses mentionner ce qui est arrivé, je promets de t'ensorceler. Bâtard. Je te hais », et elle s'en fut.
Harry ne savait pas pour combien de temps il se tint là le regard vide. Hermione avait raison. C'était sa faute, ça avait commencé en se laissant devenir dépendant à la potion, et ça avait tout détruit. Severus l'avait averti de nombreuses fois. S'il n'avait pas pris… mais cela n'avait plus d'importance. Les dégâts étaient faits. De façon irréversible.
Soudain, une voix familière l'appela.
« Harry ? »
C'était Severus.
« Tu avais raison », annonça Harry. « Tu avais raison. Je ne suis rien d'autre qu'un idiot stupide, irresponsable… »
« Si tu penses à ta dépendance à la potion, ce n'est pas trop tard. »
Harry leva les yeux et regarda dans ceux de l'homme.
« C'est trop tard. J'ai tout fichu en l'air. »
« Je veux t'aider, si tu veux bien… » la voix de Severus était hésitante.
Harry baissa la tête de honte. Dans les yeux de Severus, dans son expression, il ne pouvait pas voir la pitié. Ou la froideur. Dans ses yeux noirs brillait quelque chose d'autre, qui rappelait à Harry son Severus, et à ce moment, il sentit son cœur se serrer, et il se sentit indigne de cette attention et de cette acceptation. Il ne les méritait pas. Plus maintenant.
« Je ne peux pas être aidé », dit-il et il leva la tête. « Je suis désolé. »
La tristesse traversa le visage de l'homme, mais il acquiesça.
« Je te vois en Défense alors », dit Severus d'une voix éraillée et, l'instant suivant, il n'était nulle part en vue.
Et encore un chapitre! Déjà 15... On avance vite... La fin approche...
Et pour que la chronologie des derniers événements soit un peu plus claire, vous avez droit à un petit supplément!!! Non, vous ne rêvez pas!!!
Janvier
1. Mort de Dumbledore
13. Arrestation de Noir
14. Le retour d'Harry à ses études
15.L'article de Skeeter, les nouveaux professeurs
17. La démission de Patil
23. L'article d'Harry défendant Noir
27. L'arrestation d'Harry
29. Le premier interrogatoire
31. La première visite d'Andrus en prison
Février
10. Harry sort du Ministère
