Ce texte a été inspiré par « Radis » l'un des thèmes donnés pendant l'une des nuits du FoF.

Pourquoi un texte sur les pensées de frère de Gu Ting Ye… Parce que radis m'a fait penser à cornichon. Ça explique rien ? Mais si !

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Regrets

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Il pensait avoir le temps. Il connaissait son frère. Il était féroce et buté. Il se lançait dans un assaut sans se soucier des conséquences. Mais sa férocité se retrouvait aussi dans sa loyauté. Son frère était loyal, il ne pouvait pas en douter. Pas à leur famille, bien sûr, mais à sa mère, oui, certainement. Obtenir le titre de marquis et la fortune du clan Gu n'était pas une question d'ambition pour lui. C'était une question de piété filiale. C'est une question de justice. Le clan Gu avait été injuste, envers lui peut être, envers sa mère, sans aucun doute.

Obtenir justice pour sa mère était une chose qu'il comprenait parfaitement et il était sans aucun doute dommage que cette mère pour laquelle ils voulaient tous les deux obtenir justice ne soit pas la même. Mais s'ils avaient partagé la même mère, il n'y aurait eu aucune justice à réclamer.

S'ils avaient eu la mère.

Mais ils n'avaient pas eu la même.

Si seulement, il avait pu avoir un peu plus de temps aussi. Mais il n'avait pas eu ce temps, non plus. Sa mort, annoncée depuis si longtemps, allait enfin se produire et des dispositions allaient donc devoir être prises.

Il avait un choix à faire maintenant.

Il connaissait son frère.

Il connaissait sa mère, sa troisième, une mère qui partageait son sang.

Il connaissait son frère.

Il connaissait sa dernière mère.

Quand on avait été un enfant aussi maladif que lui, un enfant que la moindre activité physique épuisait, on ne pouvait pas faire grand-chose à part observer et il avait observé.

Il connaissait son frère.

Il connaissait sa dernière mère.

Sa dernière mère prenait son frère pour un idiot mais Ye n'en était pas un, pas vraiment. Téméraire et imprudent, oui, il l'était certainement, mais il n'était pas idiot. S'il avait cru une chose pareille, il n'aurait jamais glissé dans l'oreille adéquate ce que Ye avait dit quand il avait douze ans pour bloquer son avancée dans l'administration. Il aurait juste attendu qu'il échoue au concours de lui-même.

Si seulement leurs mères avaient pu être la même…

Père avait été fier d'eux. A sa manière. Père avait été fier d'eux mais la colère était toujours proche quand il regardait Ye. Quant à lui, il le regardait avec regret et pitié.

Parfois, lui aussi, il avait été fier de Ye. Quand il cherchait sa compagnie et ses conseils. Quand il dansait devant lui avec sa lance, répétant à la perfection et ce, malgré sa jeunesse, les mouvements que père et ses autres maîtres d'arts martiaux lui apprenaient. Il avait été fier… Et jaloux. Il avait alors maudit sa maladie et la fortune des Bai. L'une avait fait de lui une déception et l'autre lui avait enlevé sa mère beaucoup trop tôt.

La mort de père avait été un soulagement, surtout parce qu'enfin, ce frère qui n'était pas de sa mère avait disparu, poussé hors de leur maison par leur soin sous le prétexte qu'il n'était pas digne du clan Gu.

Mais il était revenu ! Et quand, il était revenu, tellement de souvenirs avaient été de retour avec lui, des souvenirs qui n'avaient rien à voir avec Ye lui-même. Quand il l'avait vu arriver, entouré de soldats, il s'était rappelé père, son père entouré de ses propres soldats, fiers et loyaux, prêts à tirer l'épée dès qu'il en ferait le signe. Ye ressemblait de plus en plus à père. Il suffisait de le regarder pour savoir qui il était, d'où il venait, quel était son sang. C'était ce qui lui avait permis d'acquérir la loyauté de ceux qui l'entouraient, nul ne pouvait en douter.

Si seulement ils étaient nés de la même mère…

Ye savait-il seulement à quel point il ressemblait à leur père ? Pas seulement dans ses prouesses militaires, dans ses amours aussi. Un amant loyal et fidèle une fois que le choix était fait et ce, même s'il était mauvais.

Mais cette fois fois-ci, son choix n'avait pas été mauvais. Bien sûr, sa présente épouse n'était que la sixième fille d'un magistrat de rang mineur mais elle avait réussi à tenir tête à sa dernière mère avec une patience et une force qu'il avait admiré.

Son frère et sa nouvelle belle-sœur étaient si différents et c'était là, la raison du succès de leur mariage. Voilà ce que tout le monde pensait mais lui avait également vu leurs similarités. Cette fille de magistrat mineur, comme son frère, tenait les promesses qu'elle faisait. Il le savait.

Il n'avait plus assez de temps et il avait un choix à faire. Il avait une épouse et une fille à protéger. Entre une mère qui convoitait titre et fortune depuis des années et un frère qui ne voulait que justice pour sa mère, le choix, en vérité, était vite fait.

Ah ! Si seulement ils avaient pu naître de la même mère, quelle équipe ils auraient fait !