Chapitre 21 : La Bouche

DRAGO POV

Quelques jours ont passé depuis leur discussion. Tout a été calme, reposant. Leurs journées n'étant rythmées que par le travail dans l'arbre et le potager. Mais aussi rythmées par leurs échanges de baisers dans la journée et le soir. Toutes les nuits, ils se sont couchés l'un dans les bras de l'autre en s'embrassant et se caressant. Ils ne sont pas allés plus loin. Ils n'osent pas encore même s'ils en ont envie. Drago veut être sûr que Ron soit prêt. Et Ron semble attendre le bon moment.

Est-ce qu'il voudrait quelque chose de romantique ? Drago grimace alors qu'il lance un sort à une pousse de tomate qu'il a plantée. Ça l'étonnerait fortement. Ça n'a pas l'air d'être le style de Ron le romantisme. Pas du tout. Il regarde d''ailleurs le rouquin sortir des bois en tenant un lapin. Ce crétin a un grand sourire alors qu'il a l'air de s'être battu contre un ours.

"J'en ai un, s'écrit le gryffondor avec un sourire jusqu'aux oreilles. Regarde !"

Drago soupire à la fois de fatigue et de soulagement. Ron va bien. La chasse semble s'être déroulée sans problème. Il l'observe venir vers lui avec cette expression de pure fierté sur le visage. Non c'est sûrement pas par romantisme. Ça doit être autre chose qui le fait attendre le bon moment. Ou c'est simplement le hasard et Drago se monte tout seul la tête. Est-ce que Drago n'est pas juste trop pressé que ça arrive ?

Il sourit aussi à Ron et il lève un pouce.

"Bravo !"

Il grimace en voyant le cadavre de la petite bête s'approcher de lui.

"Mais évites de me le montrer de si près, ajoute Drago avec dégoût.

-C'est qu'un lapin, lui répond Ron amusé.

-Correction. C'est un cadavre de lapin, précise Drago en levant un doigt."

Le gryffondor le cache dans son dos mais il continue :

"Fais pas comme si t'avais jamais vu pire, Drago. Tu as croisé des choses bien plus dégoûtantes.

-Eh bien… Ce n'est pas parce que je vois tous les jours ton visage que je suis obligé de subir ça.

-T'es vraiment un petit con des fois, lui lance Ron en le frapant doucement au visage avec le cadavre du lapin."

Ça fait se lever Drago pour reculer en grimaçant.

"Beurk ! Ça me dégoûte ! Tu m'as touché avec, gémit le serpentard en s'éloignant."

Comment Ron a pu oser lui faire ça ? Mais son amant ne semble pas vouloir s'arrêter là. Il l'entend le suivre vers la maison avant de le saisir par derrière en l'entourant de ses bras épais. ALORS QU'IL TIENT LE LAPIN !

"EURK ! Ron ! Lâche moi, s'exclame Drago en gigotant dans les bras plus musclés de Ron.

-Alors comme ça mon visage te dégoûte ? Plus que le lapin, demande Ron en collant son visage contre celui du serpentard qui se plit en deux pour essayer de lui échapper.

-Non ! Yeurk, lâche moi Ron ! Le lapin…"

Mais son satané petit ami ne le lâche pas. Il continue de le tenir alors qu'il a toujours dans l'une de ses mains le cadavre de la pauvre bête qui va leur servir de repas.

"Embrasse moi et je te lâche, annonce Ron en souriant à l'oreille de son amant.

-C'est du chantage, s'offusque Drago."

Mais ça ne le dérange pas. Il arrête de se débattre et il essaie de se retourner pour faire face à Ron. La prise du rouquin se fait moins forte sur lui, leur permettant d'être nez-à-nez.

"Tu es pire que certains serpentard tu sais Weasley, avoue en boudant le médecin.

-Je sais… C'est justement le côté Wealsey qui fait ça. C'est notre côté…

-Espiègle, demande le serpentard."

Ron se met à rire avant de dire sans lâcher Drago des yeux :

"Pourquoi dans ta bouche ce mot me semble mignon maintenant ?

-Je ne sais pas, sourit Drago alors qu'il entend le lapin être lâché sur le sol. Peut-être parce que je suis adorable ?"

Il sent les mains de Ron caresser son dos et l'approcher un peu plus contre lui. Leurs nez se frôlent. Son cœur bat vite. Le gryffondor a le don pour lui faire quitter la terre en ce moment. Dès qu'ils ont des échanges comme celui-ci, il a la sensation de s'envoler. Le souffle du murmure de Ron sur ses lèvres le fait frissonner :

"Alors est-ce que mon adorable copain va m'embrasser ? Ou est-ce que je dois continuer à le kidnapper ?

-Je préfèrerai être libre, avoue Drago en chuchotant aussi alors que ses yeux se ferment doucement. Donc je vais opter pour le baiser."

Et tout en disant cela, il vient combler le fin espace entre eux pour l'embrasser. Le baiser devient rapidement langoureux. Les mains se caressent presque avec desespoire, comme s'ils s'étaient manqués. Les corps se frottent l'un contre l'autre avec un désir non dissimulé. Ils se veulent tous les deux. Drago fait glisser ses mains sur le corps ferme de Ron. Il explore avec plaisir les épaules larges, la nuque brûlante, les pectoraux volumineux (par rapport aux siens), la courbe de son dos, le ventre légèrement mouelleux et les bras épais. Et Ron en fait de même avec lui. Les larges mains du rouquin parcourent son corps avant de s'arrêter sur ses fesses. Il le sent les caresser puis les malaxer. Ça lui procure des frissons. Il coupe le baiser alors que son souffle est court.

"Je croyais que t'embrasser devait me libérer, murmure-t-il alors que Ron vient engouffrer son visage dans sa nuque pour y poser des baisers."

Il n'a pas de réponse. Il s'en fiche. Il offre un peu plus sa nuque tout en laissant échapper un long gémissement. Ses yeux se ferment sous le plaisir alors que sa propre main descend plus bas pour caresser la cuisse de son amant. Quand ses doigts fins remontent à nouveau, mais cette fois-ci vers l'entre-jambe, c'est au tour de Ron de gémir et de le tenir plus fermement dans ses bras.

Un petit craquement dans les bois le fait ouvrir les yeux. Il regarde vers la source du bruit et il se fige soudain en voyant quelque chose disparaître derrière un des troncs d'arbres géants. Ça ressemblait à une grande branche ou un banbou d'au moins deux mètres plié en deux. Comme… Comme une patte d'araignée.

Il s'écarte alors de Ron en tapotant son bras.

"Um… Quoi ? Demande Ron alors qu'il essaie de revenir l'embrasser.

-Attends, le stoppe Drago en reculant encore tout en essayant de regarder vers l'arbre. J'ai cru voir quelque chose."

Ça fait se stopper aussi le gryffondor qui se retourne pour observer dans la même direction que Drago.

"Tu as vu quoi ?

-Je ne sais pas, répond le médecin encore pantelan après les baisers. J'ai cru voir… C'était peut être qu'une branche…"

Il y a un silence de plusieurs secondes où ils attendent en écoutant attentivement les allentours.

Mais comme rien ne se passe, Ron se penche et récupère le lapin.

"Je vais essayer de le préparer. Mais compte sur moi pour reprendre, ce soir, là où on s'est arrêté."

Il sourit et montre sa joue quand le gryffondor y pose rapidement un bisou avant de partir.

Drago l'observe s'éloigner avec l'animal mais il détourne vite le regard pour fixer à nouveau la forêt. Quel dommage d'avoir gâché un moment aussi agréable.

Et maintenant il est impatient pour ce soir.

Il va récupérer la baguette qu'il a laissée à côté du potager. Il observe avec une grimace les plantations qui poussent bien trop doucement malgré la magie. Il regarde ensuite à nouveau vers la forêt comme il a l'impression d'être observé. Pourtant il n'y a rien. Un long frisson de peur remonte le long de sa colonne vertébrale alors il s'empresse d'aller lancer le sort "protego maxima" à nouveau autour du camp. Il rentre ensuite dedans. Il ferme la porte comme ils sont tous les deux à l'intérieur. Il ferme les yeux, le temps de se remettre de ses émotions. Ils sont en sécurité ici. Il n'a aucune raison d'avoir peur.

Il regarde vers l'étage où il entend Ron s'énerver contre le lapin. Il rougit. Ce soir, peut-être qu'ils vont faire l'amour. Dès que la nuit commencera à tomber, il ira prendre un bain pour essayer de se préparer. Ça lui fait bizarre de savoir qu'il va se préparer parce qu'il veut vraiment ce qui va arriver. Et non pas pour éviter les déchirures et la douleur contre lesquelles il se préparait. Au début, quand Greyback venait dans sa chambre ou quand il lui sautait dessus dans le séjour du Manoir Malfoy devant tout le monde, il n'était évidemment jamais prêt. Il ne voulait pas l'être. Mais ça lui faisait si mal et il en sortait dans un état toujours si terrible qu'il a un jour décidé de se préparer. Juste au cas où. Sans savoir quand est-ce que ça pouvait lui tomber dessus. Ça le dégoûtait de se toucher à cet endroit pour cet animal. Ça le dégoûtait de se toucher à cet endroit et de ressentir des fois du plaisir.

Mais cette fois-ci c'est totalement différent. Il sourit, heureux de penser à Ron et à la façon dont ça va se dérouler avec lui. Il sent des papillons dans son ventre rien qu'à imaginer le corps du gryffondor nu contre le sien.

Il pose une main sur ses lèvres alors qu'il rougit encore plus. Il glousse tout seul.

Mais Ron le sort de ses pensées alors qu'il lui parle depuis les escaliers :

"Qu'est ce que tu fais à rire tout seul ?

-Rien, s'empresse de répondre Drago en rougissant encore plus. Je… Rien du tout."

Il hausse les sourcils et ajoute :

"Je peux t'aider ?

-Oui, dit Ron en faisant la moue. Je galère avec le lapin. Je pense que c'est bon. Mais je me suis dit qu'il valait mieux que tu m'aides à vérifier que tout est bon… Et que tu m'aides à le cuisiner.

-..Eurk… ok, je viens. Mais j'espère que tu l'as déjà vidé et qu'il a plus de tête… Si je vois ses petits yeux…

-T'en fais pas, se moque un peu Ron. C'est fait."

Il le suit alors à la cuisine.

La nuit est tombée. Drago s'est lavé puis il a laissé le bain à Ron. Ils ont déjà mangé alors il va immédiatement se mettre au lit. Il allume le deluminateur et il attrape le miroir pour vérifier qu'il est assez beau. Il vérifie aussi s'il n'a rien entre les dents et si son haleine est bonne. Il défait un peu ses cheveux mouillés plaqués contre sa tête pour leur donner du volume et les faire onduler; Il a remarqué que Ron les aime bien quand ils sont comme ça.

Quand il entend les pas du gryffondor dans les marches de l'escalier, il s'empresse de cacher le miroir sous son oreiller et il fait semblant de lire l'un des livres qu'ils ont rapporté de la maison. Il ne lève pas les yeux quand Ron rentre sous les couvertures. Ils sont silencieux. Personne ne parle. On n'entend que le vent qui se lève dehors et qui fait bouger les branches d'arbres.

C'est Ron qui brise le silence en parlant tout en prenant doucement le livre de Drago :

"Tu comptes faire semblant de lire pendant encore combien de temps ?

-Je fais pas semblant de lire, s'offusque-t-il en le regardant avec les joues rouges.

-Drago, commence le gryffondor avec un sourire et tout en posant le livre sur le côté. Tu tenais le livre à l'envers.

-Oh…"

C'est la seule chose qu'il parvient à répondre alors que son petit ami se penche sur lui pour l'embrasser. Il répond au baiser en posant immédiatement une de ses mains sur le torse de Ron. Il le laisse venir s'allonger contre lui alors qu'il sent le corps nu du gryffondor qui ne s'est pas habillé en sortant de la salle de bain. En bougeant, la couverture se déplace et cache la lumière, les plongeant dans l'obscurité. Mais il ne le remarque pas. Il a fermé les yeux sous le baiser. Il est bien trop occupé à descendre sa main près de l'entre-jambe de Ron pour le faire à nouveau gémir. D'ailleurs, son amant semble avoir la même idée parce qu'il sent les doigts brûlant du gryffondor caresser sa cuisse. Il soupire de plaisir. Ron coupe le baiser pour murmurer en souriant :

"Pourquoi tu t'es habillé ?

-J'étais pas sûr… Au cas où tu changes d'avis, essaie d'expliquer Drago mais il se tait en entendant Ron rire. Te moques pas.

-Je me moque pas. Mais faut remédier à ça."

Et tout en parlant, Ron se redresse et aide Drago à retirer son t-shirt. Son cœur bat vite alors qu'il entend le vêtement tomber sur le sol. Et son corps frissonne en sentant les doigts du gryffondor l'aider à retirer son short et son boxer. Ils se retrouvent alors, tous les deux nus, assis l'un en face de l'autre. En se rallongeant, la la boule de lumière qui tourne autour d'eux navigue au dessus de leur visage. Ils se voient enfin. Leurs joues sont écarlates. Drago baisse les yeux et il profite des rayons du deluminateur pour admirer le corps de Ron. Il regarde jusqu'en bas. Il regarde le sexe de l'autre homme. Il remarque les grains de beauté et les tâches de rousseurs en bas de son ventre et sur ses hanches. Il suit les poils roux qui descendent du ventre jusqu'au membre gonflé de désir.

Il relève ensuite les yeux pour croiser ceux de Ron. Le gryffondor semble au bord d'une crise existenciel. Il le voit le dévorer des yeux. Il imagine très bien ce qui se passe dans sa tête. Il tend le cou mais Ron est plus rapide. il se penche vers lui pour dévorer ses lèvres. Leurs corps se collent alors l'un à l'autre et dans des gémissements étouffés, ils ondulent leurs hanches. Ils coupent le baiser pour se regarder alors que Drago descend une main pour caresser l'entre-jambes de Ron. Il frissonne à la fois d'appréhension et de désir. Il a peur que ça le dégoûte à cause de ce qu'il a vécu. Mais il ne quitte pas son petit ami des yeux. C'est avec lui qu'il vit ce moment. C'est le corps de Ron qu'il touche.

Drago caresse doucement le membre dressé contre le sien. Il laisse ses doigts le découvrir avec désir sous les gémissements graves de Ron. Il est heureux de l'effet que ça a sur son amant. Un sourire apparaît sur son visage alors que le rouquin se penche sur lui pour l'embrasser à nouveau. Il sent également l'une des mains du gryffondor venir le caresser au même endroit. Son ventre se crispe de plaisir et il frissonne. Un gémissement qui ressemble presque à un couinement quitte ses lèvres. S'ensuit alors des caresses plus directes et plus intenses.

Ils se retrouvent tous les deux pantelans et gémissants. Drago n'a jamais vécu ça. C'est la première fois qu'il expérimente ce genre de plaisir avec quelqu'un qu'il aime, quelqu'un qu'il désire. Il se rend d'autant plus compte en cet instant que ce qu'il a vécu n'était vraiment pas normal. Son corps n'aurait jamais dû subir ce qu'il dû vivre. Ron lui fait découvrir un nouveau monde, des nouvelles sensations. Ron lui fait découvrir son propre corps. Il se rend compte qu'il aime sentir le ventre nu du rouquin se coller contre le sien. Il se rend compte qu'il aime sentir Ron caresser son oreille, qu'il aime sentir sa langue glisser sous la sienne et qu'il aime avoir son sexe dans sa main large.

Cela fait si longtemps pour tous les deux et l'intensité du moment est si forte qu'ils ne tardent pas à jouir entre leurs corps en sueur. Mais ils n'arrêtent pas de s'embrasser. C'est le moment. Drago le sent. Ils vont faire l'amour ce soir. Il en a envie et Ron veut le lui offrir maintenant. Il le sait. Il coupe le baiser pour souffler entre leurs lèvres rougies par les baisers :

"Ron… Le préservatif….

-J'en ai un, le rassure le gryffondor avec un sourire malgré de l'apréhension dans sa voix."

Drago l'observe s'écarter de lui pour prendre le petit sachet. Il sourit en le voyant revenir vers lui en se tenant sur ses coudes.

"Est-ce que je dois te préparer, demande Ron avec un visage écarlate."

Pour toute réponse, Drago fait non de la tête.

"Je m'en suis occupé dans la salle de bain tout à l'heure. Mais si tu as quelque chose pour…
-Du lubrifiant ? J'en ai aussi, s'empresse de dire Ron avant d'ajouter rapidement des explications. C'était dans l'une des trousses de toilettes qu'on a récupéré."

Il prend le tube et le lui montre.

"Je suis prêt, se vante le gryffondor mais avec un visage rouge qui trahit son stress.

-Je vois ça."

Drago vient caresser le bras de Ron en se redressant sur un coude.

"Merci Ron."

Ils se rapprochent à nouveau l'un vers l'autre pour s'embrasser encore.

Quand soudain un craquement venant de leur séjour les fait s'écarter l'un de l'autre.

Drago observe le rideau qui leur sert de porte en fronçant les sourcils.

"Ça vient peut être de dehors, commence-t-il mais il est coupé par Ron qui enfile un boxer et prend le deluminateur.

-Enfile quelque chose, murmure l'auror."

Drago obéit rapidement et il s'habille de son boxer et d'un t-shirt. Il cherche la baguette mais il l'a laissée dans le séjour.

Son cœur bat dans ses oreilles. Il regarde le dos de Ron horrifié quand il entend un autre craquement sonnore. Comme si on brisait un petit morceau de bois en deux.

Le gryffondor n'attent pas plus et il ouvre d'un coup sec le rideau, laissant aparaître une chose terrifiante. Quelque chose de long, qui ressemble à une patte d'araignée, est entrée dans leur salon depuis la fenêtre. Au bout de cette longue patte maigre et à peau humaine, une main tient une baguette brisée en deux. L'autre baguette est sur le sol, en deux morceaux également.

"NON, hurle Ron."

Mais la chose ne sort pas. Au contraire, un visage apparaît à la fenêtre. Un visage maigre, entouré de longs cheveux noirs, au bout d'un corps décharné, avec des yeux blancs exorbités et fous et une énorme bouche. Une bouche qui sourit. Un sourire sadique, vainqueur. L'expression de ce visage sans âme et pourtant plein d'émotions fait pousser un cri à Drago qui recule contre le fond de la chambre. Il assiste avec horreur à cette chose maigre, désarticulée et géante, quatre fois plus grosse qu'eux, qui essaie d'entrer dans leur maison sans le quitter du regard.

Et cette fois-ci il ne pourra pas se défendre. Ils n'ont plus de baguette. Elles sont toutes les deux détruites.