Chapitre 23 : La boue

POV DRAGO

Il n'a pas le choix. Il doit le faire. Son corps tremble de peur et de dégoût mais de la même façon qu'il a dû se battre contre lui-même pour fuir Grey back, il va affronter la jorogumo.

Drago se souvient encore de la nuit où il a compris comment désintéresser le loup-garou. Il se souvient parfaitement de l'illumination qu'il a eu alors que son corps était pilonné sauvagement par le monstre. Greyback aimait la peur, les gémissements de terreur, les larmes et les cris. La nuit où il a fait semblant de gémir de plaisir, la nuit où il s'est laissé faire, la nuit où il a souri en se faisant violer, il a fait s'éloigner Greyback.

Ce soir, cela recommence. Il doit se forcer à combattre ses premiers instincts. A la différence que ce n'est pas que pour lui; c'est aussi pour Ron qui est allongé entièrement nu et blessé sur le sol. Il doit être courageux pour son récent petit ami.

Même si ses mains tremblent, il tient fermement la hache qu'ils ont trouvé dans la maison abandonnée. Il la tient avec tant de force que sa peau est d'une blancheur cadavérique.

"Toi, grogne-t-il avec terreur et colère, Laisse nous tranquille écoeurante…. chose !"

Il esquive avec adresse un coup donné par l'une des grandes pattes de l'araignée puis un autre. Lorsque le poids du corps de la créature touche la roche sous leurs pieds, c'est tout le sol qui tremble. Cette puissance monstrueuse qui se dégage d'elle, fragilise son assurance déjà faible. Mais il tient tête.

Ce qui le rassure, ce sont ses traits qui ne cessent de changer. Il voit défiler le visage de sa mère, de sa tante, de Pansy, de Granger, de toutes ces femmes qu'il a croisé dans sa courte et pathétique vie. Mais aucune ne l'hypnose. Rien ne peut faire chavirer son cœur et encore moins son corps. Car toute sa vie il n'a aimé que des hommes.

C'est la première fois qu'il en est heureux et fière. Car lui, contrairement à la majorité des autres hommes et de certaines femmes, il ne peut pas succomber aux charmes dangereux et implacables de la créature fantastique japonaise. La jorogumo n'a aucun pouvoir sur lui.

Il voit que ça l'enrage. Elle hurle et hacène de plus grands coups. Elle en devient maladroite.

La colère la rend aveugle. Elle crache du feu autour d'elle sans parvenir à le toucher.

Drago profite de cette faiblesse pour enfoncer sa hache dans les longues pattes noires de l'araignée. Ses coups sont peu profonds mais ils sont rapides et parviennent tout de même à la déstabiliser.

La situation tourne à son avantage. Et malgré les blessures qu'elle lui inflige et la peur toujours présente, il se sent fort. Il se sent pousser des ailes. Il n'a plus peur de prendre des risques.

Le combat dure de très longues minutes. Drago n'a plus conscience du temps qui passe. Cela lui semble long et pourtant rapide. Il esquive avec agilité les coups. Il en hacène plusieurs. Toujours sur les pattes. Il est épuisé quand enfin la jorogumo tombe à terre. Il s'écroule aussi en s'asseyant sur ses fesses. Ils s'observent. Ils sont tous les deux essoufflés et plein de sang. Mais il est en meilleure condition qu'elle. Alors, quand il la voit reprendre son apparence humaine, il se met debout et s'approche.

"Aide moi, gémit-elle dans un dernier espoir, Drago… J'ai mal….

-Tu n'as aucun pouvoir sur moi, lui crache presque le serpentard en se saisissant de sa hache."

Il prend une longue inspiration malgré l'odeur nauséabonde qui émane du corps de la chose. Le médecin sait où frapper exactement. Il soulève son arme au dessus de sa tête alors que la jorogumo tente de ramper pour se sauver. Mais sans ses bras et ses jambes fonctionnelles elle n'ira pas loin.

"Tu me facilite la tâche en prenant cette taille et cette apparence, murmure Drago pour se donner du courage."

Et soudain la hache siffle dans l'air pour venir s'écraser avec force sur la nuque de la créature. Il brise les vertèbres de la femme devant lui. Elle pousse un grognement aïgue mais sans espoir. Car Drago lui hache une fois de plus la tête pour en finir.

L'os craque et se brise sous son coup. La chair se fend presque complètement. Le corps et sa tête ne sont pas séparés entièrement mais assez pour lui ôter la vie.

Horrifié par la scène dont il est le fautif, il s'écarte vivement en laissant la hache glisser de ses doigts.

"J'ai réussi…."

Il fixe le cadavre devant lui. Il l'a tué. Il a gagné.

"Ron, je l'ai fait…. je l'ai eu ! "

Il se retourne vers son amant.

"J'ai tué une Jorogumo !"

Des larmes coulent pourtant sur ses joues. Il a tué un être vivant. Il s'était promis de ne plus jamais faire partie de ces gens là. Il tremble alors qu'il s'approche du gryffondor.

"Je l'ai tué Ron. Je l'ai tué…"

Il tombe à genoux devant le corps nu du rouquin. Il observe sa peau pâle et les brûlures sur son ventre et ses hanches. La peur remonte en lui et il s'empresse de vérifier son poul. Il respire.

Les larmes affluent en plus grande quantité sur ses joues. Ron est vivant mais pour combien de temps. Peu de personnes survivent à une attaque de Jorogumo. Et même s'il se réveille, comment va se sentir l'auror après avoir été violé ?

Il essuie ses joues. Ron est fort. Il va s'en remettre. Il a bien réussi à continuer à avancer malgré le grand nombre de fois où Greyback a abusé de lui.

Il prend une inspiration et il regarde leur abri. Il fronce les sourcils et plisse soudain les yeux quand il voit une silhouette blanche grimper contre l'écorce, puis une autre. Ce sont des cannibales.

Il reste alors près du sol et il tire Ron, à qui il a renfilé son boxer et son t-shirt, plus loin. Ils ne peuvent pas retourner dans leur arbre tout de suite. Sinon ils vont se retrouver assiégés. Ils doivent trouver une autre cachette temporaire.

Il hésite à les emmener dans sa prison mais c'est trop proche de leur abri. Il tire alors difficilement le corps inerte de Ron plus haut dans la montagne. De là où il est, il peut apercevoir une vingtaine de cannibales autour de leur camp et du corps de la jorogumo. Il ne sait pas ce qu'ils lui font et il n'a pas vraiment envie de savoir.

Le trajet est long et lent. Il ne sait pas où aller et Ron est trop lourd pour lui. Il décide alors de le cacher dans un bosquet pour pouvoir fouiller plus facilement les alentours. Il recherche un trou, une crevasse, n'importe quoi dans lequel ils pourraient se faufiler pour être à l'abri. Ils ont besoin de se protéger des cannibales et de la météo. Car pour couronner le tout, la pluie commence à tomber.

Il pleut des torrents quand enfin il trouve un trou dans un vieil arbre. L'accès est difficile comme il faut ramper et se tordre mais le tronc est assez large pour leur permettre de s'allonger. Il va alors récupérer Ron et il le traîne jusqu'à leur nouvelle cachette. Le gryffondor est plus large et plus grand que lui alors ce n'est pas simple. Mais il parvient à le faire passer. Une fois dedans, il l'allonge et prend enfin le temps de souffler.

Il s'assit contre la paroie et ferme les yeux. Sa tête part en arrière et se plaque contre l'arbre. L'environnement est silencieux. Seule la pluie et le vent viennent déranger le calme. Il prend une longue inspiration alors que son cœur ralentit enfin. Il sent des larmes couler sur ses joues, encore. Il aurait envie de s'arrêter là. Il n'en peut plus. Il n'a pas la force de faire ce qu'il va devoir encore accomplir.

Mais un gémissement de Ron le sort de ses songes. Il se rend compte qu'il était en train de s'endormir. Drago se claque mentalement. Il a un patient qui a besoin d'aide. Il pose une main sur le front encore brûlant de l'auror. Ron est dans un état critique. Il regarde son corps à moitié nu. Le pauvre ne porte que son boxer et un t-shirt. Il ne peut pas le laisser comme ça. Il doit trouver quelque chose pour le réchauffer. Mais sans baguette…. L'inquiétude remonte soudain mais il prend sur lui.

"Je peux pas faire de feux, murmure-t-il pour lui même, je ne peux pas retourner à l'arbre…. je pourrais retourner à l'avion mais c'est trop loin. Ron sera mort de froid avant d'y être…"

Sa respiration se coupe quand il se souvient où trouver des affaires. Au campement en bas de la montagne. Là où il y a un cadavre accroché à des branches. Ils n'ont pas tout pris. Il passe ses mains sur son visage. Ils n'ont même pas la cape d'invisibilité. Il chouine de désespoir. Il a peur de descendre, encore plus en pleine nuit. Mais il sait qu'il n'a pas le choix. Il s'accorde quelques secondes en fixant le passage qui mène à l'extérieur. Quand son esprit est vide, il quitte leur cachette. Il observe les alentours avant d'avancer accroupis vers leur maison. Il va réutiliser le chemin qu'ils ont parcouru la dernière fois, pour être sûr de ne pas se perdre. Plus il avance, plus il entend les cannibales qui tournent autour de leur ancienne cachette. Il s'allonge sur le sol pour les observer en sécurité. Il les voit gratter la terre là où étaient leurs plantations et il les entend saccager l'intérieur. Il baisse la tête. Une de ses mèches de cheveux lui chatouille le nez. Il remarque alors ses cheveux blonds, presque blancs. Il est trop voyant. Il va se faire repérer. Il regarde ses mains enfoncées dans la boue. Il déglutit et prend la terre pour la mettre dans ses cheveux. Il ne pensait pas devoir faire ça un jour, s'étaler de la saleté sur lui. L'héritier des Malfoys descend ensuite le long de la paroie de pierre et de boue pour rejoindre son objectif. Il glisse par moment mais il s'accroche aux rochers avec ses mains et ses pieds nus. Il tremble de froid mais il n'y prête pas attention. Drago essaie de ne penser à rien. Il se focalise sur les gestes et mouvements qu'il doit faire pour arriver en vie en bas. Il se focalise également sur Ron qu'il doit sauver. Le gryffondor a pris soin de lui quand il a fait un malaise à cause de sa cheville. Il veut lui rendre la pareille.

La descente est plus longue que dans ses souvenirs. Certainement parce qu'il doit s'arrêter au moindre bruit suspect et qu'il doit étaler à nouveau de la boue dans ses cheveux comme la pluie les lui lave. Quand il arrive enfin sur le plateau, il reprend son souffle. Son cœur bat la chamade et ses oreilles bourdonnent. Dès que son cœur semble s'être calmé, il reprend son chemin. Il traverse le plateau à quatre pattes et descend pour rejoindre les pieds des arbres géants. Drago a une mémoire photographique. C'est comme ça qu'il a toujours fait en cours. Il se souvient de l'instant, de ce qu'il a vu. Il suit alors les indices gravés dans sa mémoire pour enfin atteindre le camp. Il garde ses yeux fixés sur le sol. Il ne veut pas voir le cadavre. Il récupère tout ce qu'ils ont laissé, un vieux morceau de tissu, un drap dans une tente, un morceau de tente, un couteau rond et une grosse cuillère, une gourde et un sac en filet. Une fois ses affaires récupérées et stockées dans le sac filet, il l'entoure dans le morceau de tente et il entreprend le retour. Mais gravir la montagne par ce temps est bien plus difficile que de la descendre. Mais après le double du temps et de nombreuses blessures, il parvient à se hisser en haut. En chemin, il s'est arrêté pour reprendre son souffle et remplir la gourde d'eau. Le matin va se lever alors il s'empresse de retourner dans leur nouvelle cachette.

"Ron, je suis de retour, annonce le médecin rassuré de le revoir. je t'ai apporté de quoi te réchauffer."

Il sort le drap humide mais qui a été protégé par le tissu imperméable de la tente. Il le met sur Ron et tente de l'entourer entièrement pour être sûr de le maintenir au chaud. Il mouille ensuite le morceau de tissu et il lui met sur le front pour essayer de faire descendre la fièvre.

Il se réinstalle contre la paroie de l'arbre pour le surveiller. Il regarde le torse du rouquin se soulever tranquillement, en rythme régulier.

Sans s'en rendre compte, il s'endort d'épuisement, le corps plein de boue et de sang, les cheveux noirs de terre et les pieds parsemés de blessures.