POV DRAGO
Drago est réveillé par un bruit à l'extérieur. Encore à moitié endormi, il vient coller sa joue contre l'arbre pour regarder à travers une fente dans l'écorce. Il aperçoit alors un jeune sanglier, trop petit pour être adulte. Mais Ron se met à bouger, attirant l'attention du serpentard. Drago quitte du regard l'animal pour observer son amant.
"Ron, demande-t-il en posant une main sur son front encore chaud."
Mais le gryffondor ne répond pas. Pourtant ses yeux s'ouvrent avant de se refermer. Comme s'il n'avait pas assez de force pour rester éveillé.
"On est en sécurité, le rassure Drago. Continue de dormir, tu en as besoin."
N'ayant aucune réponse, ni aucun autre signe d'éveil, il récupère le morceau de tissu sur le front de Ron pour le mouiller à nouveau et le lui reposer. Il sort ensuite de sa cachette. Il voudrait aller se laver et prendre des vêtements mais il a peur de se faire repérer. Il décide alors de plutôt trouver des plantes pour soigner Ron et de la nourriture. Il passe autour de son torse le sac en filet et il marche accroupis dans la forêt. La veille il n'a pas pu voir où ils se trouvaient. Avec le jour il peut enfin se situer. Ils sont un peu plus hauts dans la montagne mais les arbres ne sont plus géants. il peut encore les apercevoir derrière les cimes des chaînes et des châtaigniers. Le sol est jonché de feuilles mortes. Ses recherches sont longues car il avance lentement et avec méfiance. Son cœur fait une pause chaque fois qu'il lui semble entendre des sabots. Mais le cerf n'est pas là. Ils doivent l'avoir tué grâce au feu.
Il parvient à trouver quelques plantes médicinales et trois baies. Ils ne vont pas aller loin avec ça. Il continue alors ses recherches jusqu'à midi. Il considère qu'il est trop loin du campement et qu'il est temps de rentrer. Tout le voyage de retour s'effectue en silence et accroupis. Il ne se redresse pas une seule fois et il s'étale à plusieurs reprises de la terre sur lui.
Arrivé à leur cachette, il vérifie rapidement l'état de Ron avant de sortir à nouveau. Il récupère un large morceau d'écorce pour écraser dessus les plantes. Il les malaxe et il y ajoute de la cire de jojoba qu'il a trouvé ce matin. Il fait une pâte qu'il garde sur le côté. Il prend ensuite de petits morceaux de bois et il essaie d'allumer un feu. Sans succès. Il ne sait pas comment faire. Pourtant il doit faire infuser les plantes dans de l'eau propre.
Il passe une main dans ses cheveux. Il va trouver des briquets dans l'avion. Il soupire et retourne dans l'arbre. Il vient mettre de la pommade sur les différentes plaies et brûlures de Ron. Il le lave aussi à nouveau et il installe la tente sous lui pour lui éviter d'être directement en contact avec la terre. Il l'enroule du mieux qu'il peut dans le drap.
Il parle enfin dans un murmure après une matinée de silence :
"Ron, je reviens. Je vais voir si les cannibales ont quitté notre arbre sinon j'irai à l'avion."
Il déglutit.
"Donc je pourrais ne revenir que demain."
Il caresse son front alors qu'il prie pour le voir se réveiller et lui dire de rester. Mais le gryffondor ne répond pas. Dans un sanglot étouffé, Drago vient poser une bise sur la joue de son amant.
"Reposes toi. A plus tard. "
Il écrit dans la terre "je reviens, DM" et il sort avec son filet, son couteau et sa gourde. Il a faim et il est fatigué mais il n'a pas le choix. Il descend vers leur maison en espérant la trouver vide. Ses muscles sont douloureux et ses blessures le tirent. Il rêve de leur lit, de leurs vêtements, de la nourriture et des médicaments. Il voudrait boire dans l'une de leurs bouteilles moldus.
Quand il arrive à proximité, il se dissimule derrière un rocher qui dépasse sur la paroie. Il observe l'arbre. Le cadavre de la jorogumo n'est plus là. Il n'en reste que des petits morceaux et surtout du sang. Il ne voit personne. Il se demande s'ils sont tous partis. Ça serait tellement incroyable ! Mais il ne se précipite pas. Il attend de très longues minutes avant de se décider. Mais au dernier moment, avant de s'élancer, il aperçoit un caillou, une idée lui vient. Il attrape la pierre lisse et la lance de toutes ses forces dans un bosquet près de l'arbre.
Soudain deux cannibales remontent de la falaise et se jettent sur le buisson. Leurs longs bras maigres et disloqués fouillent les environs sans succès.
Drago fait alors demi tour rapidement et il se dirige vers l'avion. Il a vu deux monstres mais il peut y en avoir d'autres. Il reste méfiant tout le long de la descente. Il fait un long détour pour ne pas passer proche de leur ancien arbre. Son cœur bat vite et sa peau frissonne de froid et de peur. Après tout, il ne porte qu'un short et un t-shirt qu'il a rapidement enfilé quand ils se sont fait attaquer.
Quand il repasse devant la crevasse où ils se sont cachés le deuxième jour, il repense aux créatures sur cette île. La jorogumo, les espèces d'inferi, le cerf qui ressemble à un wendigo sont tous des animaux fantastiques ou créatures très rares. Et ce sont également des choses que les sorciers ont voulu annihiler. Ca ne peut pas être un hasard qu'un monstre du japon et un d'amérique du nord se retrouvent sur une île d'amérique latine. Elles ne sont pas venues d'elle-même.
Il saute de rocher en rocher, avançant deux fois plus vite qu'à l'aller. La descente est très facile.
D'ailleurs, quand il y pense également, c'est étrange que cette île soit gardée secrète. Pourquoi ne pas en parler à l'école ? Pourquoi seuls quelques décideurs au Ministère sont au courant ? Pourquoi personne n'a jamais essayé d'y envoyer une armée pour la conquérir ?
Il s'allonge dans un trou formé sous un rocher pour se cacher d'un animal au pas lourd qu'il entend passer dans les environs. Il ferme les yeux et dissimule autant qu'il peut sa respiration. Il ne fait aucun geste.
Le secret de cette île a son utilité. Le ministère ne se serait jamais caché d'envoyer deux personnes attraper un fugitif dangereux pour rendre justice. Cette île est tenue secrète par les dirigeants. Mais pourquoi ?
Comme il n'entend plus de bruit, il sort de sa cachette en restant discret. Il reste sur ses gardes quelques minutes sans bouger avant de reprendre sa route. La nuit est en train de tomber quand il arrive devant le gros rocher sur lequel ils ont grimpé avec Ron le second jour de leur périple. Mais il ne s'arrête pas. Il ne peut pas dormir ici. Il n'y a aucun endroit pour se mettre à l'abri. Il attend d'être enfin de retour dans la forêt pour grimper de nuit dans un arbre. L'escalade est épuisante et difficile mais il parvient assez haut pour se sentir en sécurité. Il s'installe dans un embranchement pour éviter de tomber au cas où il s'endorme.
Il regarde le ciel tourner du orange au noir et les étoiles apparaître. Les jambes recroquevillées contre son corps, Drago tente de faire abstraction aux bruits d'animaux nocturnes et aux créatures en bas dans la forêt. La sécurité de leur maison dans l'arbre lui manque. Pourtant ils n'étaient pas en sécurité. le croire a été leur erreur. Il a encore envie de pleurer en y pensant.
Cette île a été créée comme une prison pour ces créatures. Les animaux fantastiques indésirables y ont été envoyés et ont muté dans cet espace réduit. Ils sont devenus des monstres.
Avec Ron, ils se sont jetés dans cet enfer sans réfléchir. Encore une fois, pour sa famille, il a accepté de mettre en péril sa santé mentale et physique. S'il avait su tous les dangers qu'il aurait à affronter il ne serait pas venu. Enfin…. c'est ce qu'il voudrait se faire croire. Mais pour sa mère, il serait prêt à tout.
Heureusement qu'il n'est pas seul. Et heureusement que Ron est là, sinon il aurait cru que lui aussi a été envoyé ici pour qu'on s'en débarrasse. Ils ont seulement envoyé les deux personnes les plus désespérées pour le faire.
Il frissonne. Le vent glacial nocturne vient piquer ses bras, ses jambes et ses joues. Il se recroqueville encore plus si c'est possible et il met sa tête entre ses genoux. Il claque des dents. La nuit va être longue. Interminable.
Il parvient pourtant à rester ici pendant trois heures. Mais Drago ne supporte plus cette torture. il a bien trop froid. Son instinct de survie est partagé entre les deux : rester en relative sécurité ici, mourir de froid ou descendre et se jeter dans la gueule du loup. Il rentre ses bras dans son t-shirt mais ses mains gelées le font encore plus frissonner. Il ne peut pas rester ici.
Le serpentard commence alors à descendre mais ses extrémités fouettées par le froid n'ont plus assez de sensation. Il agrippe mal une des branches et tombe de toute la hauteur de l'arbre. Il n'a ni le temps, ni la force de crier. Les autres branches ralentissent à peine sa chute. Son dos se cogne contre le sol et il s'évanouit de douleur.
Les oiseaux chantent. Une douce chaleur matinale réchauffe son ventre. Drago ouvre les yeux quand il sent un animal lui lécher le nez. Il se redresse en sursaut pour tomber nez à nez avec un chien. C'est un léonberg, noir et marron avec des longs poils. Il est très maigre. Ce chien des montagnes a dû être amené sur cette île par un groupe de moldus.
Le serpentard le laisse revenir vers lui pour lui faire la fête.
"Doucement… Tout doux. qu'est-ce que tu fais là ? "
Il le pousse et s'essuie le nez et la joue. Il grimace quand il essaie de se mettre debout. Son corps est douloureux mais il a particulièrement mal au bas du dos. Il se plie en deux une fois debout car le supplice est insoutenable.
"Mmmh !"
Le chien tourne autour de lui avec fougue malgré sa taille et sa maigreur mais Drago n'y fait pas attention. Il regarde vers la cime de l'arbre d'où il est tombé. Il grimace encore plus. Comment est-ce qu'il a pu survivre à ça ?
Il plisse ensuite les yeux comme le soleil qui passe entre les branches l'éblouie. C'est le matin. Il a perdu connaissance la veille.
"J'ai de la chance de pas m'être fait bouffer…"
Il regarde le chien qui s'est assis devant lui.
"Qu'est ce que tu veux ? Je suis pas ton humain."
Il fait un geste pour l'éloigner.
"Oust. "
Il n'attend pas plus et il reprend sa marche en se tenant le dos. C'est tellement douloureux d'avancer !
Pourtant le médecin comprend qu'il n'a rien de trop grave. Ses côtes ne sont pas cassées, ses jambes fonctionnent, il n'a pas de traumatisme crânien. Mais il a de nombreux hématomes. Et il s'est foulé le poignet.
Ça ne l'empêche pas de marcher. Ses pas le ramènent alors sur le chemin vers l'avion. Mais cette fois encore il n'est pas seul. Sauf qu'à la place de Ron, c'est un chien aussi maigre, pathétique et sale que lui.
Il soupire :
"On forme une belle équipe, annonce Drago en tendant une main fine vers l'animal."
Le leonberg s'empresse de venir poser sa truffe contre les doigts de l'humain et en échange il obtient une caresse.
"Allez chien. Dépêche toi. Je dois arriver à l'avion aujourd'hui."
