POV Ron
Ron reste immobile devant le terrifiant spectacle. Malgré le feu de camp entre lui et son amant, son corps frissonne et ses poils se dressent. Il parvient difficilement à contenir ses émotions qui le torturent. Il est rassuré de voir que leur pauvre système pour retenir le loup-garou fonctionne pour le moment, mais il est encore sous le choc de ce qu'il vient de voir.
Il a déjà été témoin de la transformation de Rémus il y a environ dix ans mais celle de Drago l'a choqué. Elle lui a semblé plus douloureuse pour Drago et plus insoutenable à regarder pour lui.
L'auror est courageux, personne ne peut dire le contraire et il sait ce qu'il vaut. Il a également été témoin de spectacles terrifiants, de créatures et d'hommes monstrueux mais la vision de la personne qu'il aime craquant sous le poids de la transformation lui a donné envie de vomir.
Les cris étouffés de Drago resteront gravés en lui pour toujours.
Il frissonne et se replie sur lui-même en fixant le feu. Il entend le loup-garou gratter l'arbre et grogner mais il ne le regarde pas. Le pelage blanc et les yeux gris du loup l'ont pourtant aussi marquer pour leur beauté. Il n'est pas comme celui de Lupin qui était presque sans poils. Et ses yeux ont gardé la couleur de ceux du serpentard. Ça l'a touchée.
Il passe ses mains dans ses cheveux alors qu'il penche la tête. Les couinements et les grognements sont insoutenables. Est-ce que Drago souffre à l'intérieur ? Est-ce qu'au fond il est conscient ? Est-ce qu'il est prisonnier d'un corps animal ? Il soupire alors que Léon pose son museau sur l'épaule de Ron.
En pleine nuit, alors que le soleil n'est plus qu'à quelques heures de se lever et que Ron s'est endormi, il est réveillé par un bruit qu'il ne parvient pas immédiatement à identifier. Il se redresse en fronçant les sourcils pour tenter de trouver d'où provient le son. Mais les braises du feu ne parviennent pas à éclairer suffisamment. Il fouille alors dans leurs affaires pour sortir le déluminateur.
Un autre bruit de craquement le presse à allumer la lumière.
Mais à peine l'alo blanc sorti, le loup-garou se met soudain à hurler à la lune. Il est parvenu à détruire la corde qui maintenait son cou à l'arbre. Il n'est tenu que par sa cheville car il est également parvenu à se libérer les poignets. Avec horreur, Ron comprend que la créature s'est brisée les os des mains pour se défaire de ses liens. Mais il n'a pas le temps de se focaliser là- dessus. Avec ses bras et sa nuque libre, il a sorti le bâillon de sa gueule. Il pousse un autre cri qui fait s'envoler les oiseaux endormis dans la forêt.
"DRAGO ! NON ! Hurle Ron avec terreur. Tais toi ! "
Mais c'est trop tard. Des cris de cannibales résonnent dans la forêt et soudain le silence. Un silence qu'il connaît. Un silence qui les a déjà trahis. Le silence terrible du cerf qui approche.
L'auror a un instant de panique. Alors au lieu d'en arriver au point de non retour, il prend le temps de souffler. Tant pis pour ces quelques minutes qu'il perd. Il inspire. Un arbre craque et s'effondre. Il expire. Un autre arbre tombe sous la force des mains de leur ennemi. Il inspire encore et ouvre les yeux. Le cerf est là.
Il n'a plus que son buste principal qui pend devant sa gueule. Les bras rachitiques et noirs ont été brûlés, tout comme le reste de son corps. Sa peau déjà à vif est écarlate à certains endroits et semble suppurer. L'odeur qui émane de son corps est celle de la pourriture. Il est blessé et malade. Il ne pose d'ailleurs pas la patte que Ron a tenté de sectionner lors de leur dernière rencontre.
A vingt mètres de lui, à l'orée de la forêt, il observe Drago. Le loup-garou hurle encore avant de recommencer à tirer sur le dernier lien.
Il devrait le libérer mais rien ne lui garantit que son amant ne l'attaquera pas. Seul il ne pourra jamais faire face au cerf mais il ne peut pas abandonner Drago ici. Il refuse.
Mais son attention est attirée ailleurs. Il regarde Léon qui aboie. C'est vrai, il n'est pas seul. Leur animal de compagnie va l'aider.
Il attrape sa hache et part en courant vers Drago. Au même moment, le cerf bouge avec la même idée en tête. Mais Léon ne le laisse pas faire. A toute vitesse, le chien saute au cou du wendigo pour le mordre brutalement.
Le gryffondor entend dans son dos leur compagnon et le monstre se battre. Mais il reste concentré sur Drago. Il hacène un grand coup dans la corde faite de vêtements attachée à la cheville de son amant. Mais sans avoir le temps de faire autre chose, il est envoyé plus loin par le loup-garou qui vient de le frapper. Avec le choc et la vitesse, il se retrouve sur les fesses sans avoir rien pu faire.
Il gémit et se redresse mais il entend déjà un grognement devant lui. Il ouvre les yeux pour tomber nez à nez avec le loup-garou dont les babines sont retroussées.
"Dra… Drago ! Non, attends, tente Ron sans espoir, Drago ? je sais que t'es là ! fais pas de… "
Mais c'est trop tard. Il ferme les yeux alors que le loup se jette sur lui. Pourtant, rien ne vient. Il n'est pas attaqué.
Il rouvre les yeux pour essayer de comprendre. Le loup-garou s'est stoppé en pleine action pour regarder le cerf. Il reste immobile quelques secondes jusqu'à ce qu'un couinement de Léon le fasse réagir.
Avec soulagement, Ron observe le loup s'éloigner de lui en courant. Il est sorti d'affaires mais pas Drago. Le métamorphe s'est jeté sur le wendigo pour défendre leur léonberg.
Il se met debout et récupère sa hache mais il ne sait pas ce qu'il pourrait faire. Le combat entre ces deux créatures surpuissantes est impressionnant. Les coups qu'ils se portent sont plein de rage et de violence. Les arbres se plient sous leur force. Et au milieu de ça Léon attaque le cerf en soutien.
Mais Ron lui n'a pas de dents, ni de griffe, ni de force et plus de magie. Il ne lui reste qu'une hache qui pourrait blesser Drago ou Léon. Il réfléchit à toute vitesse et une idée lui vient. Leur feu de camp ! S'il parvient à faire fuire le cerf, ça sera grâce au feu.
Il se jette alors sur ses braises et ravive les flammes. Elles crépitent à peine sur les bûches fraîches qu'il jette dedans.
"Allez ! allume toi plus vite !"
Il entend les grognements et hurlements. Il sent la terre vibrer sous leur puissance.
Mais il doit rester concentré. Sans le feu il sera inutil. Il remarque soudain quelque chose alors qu'il ajoute un bois. Ses mains tremblent. Il a peur ? Oui peut-être. Il ne veut plus perdre le contrôle comme face à la jorogumo. Il a peur de laisser tomber Drago.
Non.
Pas cette fois.
Ron relève les yeux vers le cerf tout en soulevant sa hache qu'il a mis en feu grâce à des vêtements.
Il va se battre !
Il longe la plage pour arriver derrière leur ennemi. Il profite que Drago le pousse en arrière et qu'il bascule sur le flanc pour lui donner un grand coup de hache dans les côtes. Le loup-garou se jette en même temps dessus pour saisir sa gorge. Pour couronner leur attaque, Léon saisit avec sa gueule l'une des pattes du cerf pour l'empêcher de frapper Drago.
Des sons terrifiants sortent du corps du cerf. Ce sont à la fois des plaintes et des gémissements de femmes et d'enfants mais ce sont aussi des rugissements de colère.
Ron comprend cette colère et surtout son incompréhension quand il entend la voix de leur guide sortir du ventre du cerf pour gémir "pas de baguette".
Le wendigo semblait croire qu'il avait gagné. Il devait s'être fait un plaisir d'imaginer pouvoir enfin les manger en les trouvant sans pouvoirs.
Aucune créature ne pouvait savoir pour le loup-garou car lors de sa première transformation, ils ont réussi à totalement isoler Drago de l'île.
Cette mauvaise surprise enrage le cerf qui plante ses doigts noirs et rachitiques dans les côtes du loup. Mais le métamorphe semble possédé par une détermination incroyable. Il serre plus fort le cou du cerf, faisant gicler du sang lorsqu'il touche une artère.
Puis il s'écarte pour admirer son œuvre, la gueule dégoulinante de sang noir.
Dans un gémissement guttural terrible, le cerf se débat pour survivre. Mais c'est trop tard. Le loup l'a radicalement blessé avec une précision chirurgicale. Ron déloge sa hache enflammée du flanc de leur ennemi pour s'écarter.
Lorsque le dernier souffle quitte le cerf, il laisse tomber son arme sur le sable pour venir vers Léon. Le chien est allongé sur le côté lui aussi et il respire difficilement. Dans leur combat violent, il a dû recevoir un coup fatal.
"Léon, s'écrit Ron en se mettant à genoux contre lui et en soulevant sa tête. Je suis là mon beau ! T'as été incroyable !"
Un sanglot étrangle sa voix :
"Merci… Sans toi… Sans toi on aurait pas réussi, continue Ron sans prêter attention au loup-garou qui vient vers eux. Tu es un bon chien."
Il caresse la fourrure épaisse de l'animal alors que le soleil se lève lentement et que les premiers rayons s'abattent sur les yeux du loup-garou.
Toujours penché sur leur fidèle animal, Ron aperçoit du coin de l'œil le museau du loup s'approcher de la tête de Léon. Ce geste attire l'attention de l'auror qui regarde son amant. Le regard du métamorphe est celui d'un humain et sur sa joue coule des larmes.
Il éclate alors en sanglots et revient caresser Léon. Il va mourir. ils ne peuvent rien faire pour le sauver. Du sang glisse hors de la gueule de leur chien. La blessure est interne.
"Pardon, annonce Ron, j'aurais voulu te ramener avec nous…"
Un grognement puis un gémissement résonne à ses oreilles. Drago redevient humain. il l'entend ramper sur le sable.
La respiration de Léon se fait plus lente alors que la main humaine de Drago vient caresser ses côtes.
"Merci, murmure Drago avant de poser un baiser sur le front de leur animal."
Comme s'il attendait ce geste de la part de Drago, Léon ferme les yeux et sa respiration cesse.
Il est mort.
Il est mort en les protégeant.
Le soleil est levé depuis deux heures. Ils sont toujours sur la plage, le cadavre du cerf derrière eux et celui de Léon enterré sous le sable. Ils sont assis côte à côte alors que Drago a emmitouflé son corps nu et encore plein de sang dans leur drap. Ron le tient contre lui en caressant avec son pouce son bras fin. Ils sont tous les deux sous le choc de ce qui vient de se passer. La transformation, le cerf, Léon.
Mais Ron sait que pour leur sécurité ils doivent avancer.
"Drago, murmure-t-il à l'oreille de son amant. Il faut bouger. On peut pas rester ici."
Dans un hochement de tête le médecin accepte. Il l'aide alors à se mettre debout, à s'habiller et à nettoyer le sang sec collé contre sa mâchoire et sa nuque. Ils mangent et boivent sans envie.
"Je voudrais lui dire au revoir avant de repartir, annonce Drago en sanglotant.
-Moi aussi, affirme Ron en entraînant son amant vers la tombe."
Mais à peine leurs adieux faits à leur compagnon fidèle, l'auror entend son nom être appelé. Il fronce les sourcils et regarde autour de lui. Le cerf est bien mort et la plage est vide. Mais ça recommence :
"ROOOOON !"
Cette fois-ci il reconnaît cette voix. C'est celle de Harry.
Il se retourne brusquement vers la mer et il aperçoit au loin un bateau qui vient vers eux. Il est à deux cent mètres d'eux. Mais Ron pourrait reconnaître son meilleur ami de n'importe où.
"Harry ! HARRY ! s'écrit Ron en courant vers la mer. Harry ! On est là ! ICI !"
Une immense joie l'envahit alors que l'embarcation vient vers eux.
Les vagues ralentissent sa course mais il continue. Il arrête d'avancer quand son meilleur ami saute à l'eau pour venir le prendre dans ses bras.
"On est là Ron ! On est venu vous chercher, annonce Harry en larmes. On te ramène à la maison."
