Chapitre 11 – Partie 1
« Donc ça là, c'est la fonction affine ?
- Voilà, tu comprends plus vite qu'Ichigo.
- Il a jamais été bon en math de toute façon.
- Je vous entends vous savez.
- On sait ! »
Les deux complices échangèrent un regard. Ichigo ne pensait pas que Mizuiro et Tatsuki s'entendraient si vite et si bien. Cela faisait un mois qu'il les avait mis en contact et qu'ils avaient commencé à faire des après-midi de révisions.
Le retour en classe avait été plus facile qu'il ne l'aurait cru. Il était retourné au lycée deux semaines après son enlèvement pourtant personne n'y avait fait allusion, devant lui du moins. De temps en temps, il en reparlait avec Mizuiro ou Keigo. Il se sentait plus à l'aise maintenant qu'il acceptait l'idée.
Sa relation avec Byakuya était moins bizarre, la gêne s'était évaporée même s'il n'osait pas l'appeler « papa » ou « père ». Il y avait toujours un moment de flottement lorsqu'on référait à son père mais cela s'améliorait.
« Tu rêvasse encore Ichigo. »
Ça non plus il ne savait pas comment l'expliquer. Uryû Ishida s'était joint à leur groupe d'étude. Il était venu lui porter les cours puis l'avait aidé sur les cours d'économie. Il lui avait présenté Chad à son arrivée au Japon et depuis ils s'étaient joints tous les deux à leurs sessions de révision estivales.
Chad ferait sa rentrée en septembre dans leur classe contrairement à Tatsuki qui ne ferait que quelques journées pour faire ses preuves et espérer rejoindre le Seireitei en première. Elle suivrait les entrainements de judo du club pour y gagner sa place.
Voilà comment ils s'étaient retrouvés tous les six à la table de la salle à manger pour une dernière matinée de révision avant son départ pour Kyoto. Yuzu et Karin étaient sorties avec Yoruichi pour faire les magasins. Les jumelles grandissaient. Rukia n'étaient pas disponible et Yoruichi cherchait une échappatoire pour sécher le travail. Apparemment.
Ichigo reporta son attention sur les équations qu'il tentait de résoudre en vain. Ishida s'impatientait face à lui et donnait des explications à Chad. Leur petit groupe s'était soudé en peu de temps, même si Keigo n'arrivait toujours pas cerner Ishida.
Lui non plus n'y parvenait pas.
Parfois, il s'ouvrait à lui mais se refermait aussitôt sans qu'il n'ait compris le pourquoi du comment. Il passait leur temps à se chamailler et cela avait l'air de beaucoup amuser Tatsuki. Elle s'abstenait pourtant de faire des commentaires, elle qui n'hésitait pas d'habitude, cela l'intriguait. Elle ne voulait pas se mettre à dos Ishida ? Difficile de le dire.
Il nota le résultat qu'il avait obtenu sans trop y croire.
« Où est-ce que je me suis trompé encore ? Soupira-t-il.
-Tu as multiplié au lieu de diviser, forcément ça ne tombe pas juste. »
Il releva la tête et vit la mine exaspéré du brun, puis reporta les yeux sur sa feuille. Il avait raison. Il fronça les sourcils. Comment avait-il deviné ? Il releva les yeux et ouvrit la bouche.
« Nous sommes rentrées ! »
La voix joyeuse de Yuzu coupa sa question. Le retour de ses sœurs marquait la fin de la session. Karin la suivit avec plus de retenue mais c'est Yoruichi qui capta l'attention. Keigo ne s'en remettrait pas, il la regarda, bouche ouverte. Mizuiro lui donna un coup de coude et il referma la bouche.
« Bonjour, sourit-elle. Je ne m'attendais pas à vous trouver en pleine révision. Je n'aurais rien dis à Byakuya. »
Elle leur fit un clin d'œil. Il regarda Keigo en se demandant s'il allait faire un malaise ou non. Il était figé.
« Si mes parents m'avaient laissé sans surveillance comme ça, murmura-t-elle. »
Elle s'arrêta et fronça les sourcils.
« C'est peut-être pour ça que j'étais rarement sans surveillance.
- Yoruichi, ralla Yuzu, ne donne pas de mauvaises idées.
- Tu crois ?
- Sinon c'est nous qui seront toujours sous surveillance, répliqua Karin.
- Bien vu les filles, je vois que mon influence porte ces fruits. »
Mizuiro se mit à rire en silence et il vit Tatsuki sourire.
« En voilà une bonne influence, commenta Ishida. »
Yoruichi fit comme si elle ne l'avait pas entendu et continua sur sa lancée.
« Il faut s'entraider entre filles, surtout dans notre milieu. J'étais une des seules filles du Seireitei. Si je me souviens bien, nous n'étions que quatre dans le lycée ! Pas étonnant que… »
Elle posa la main devant la bouche et s'arrêta avec un sourire.
« Enfin… Et si vous alliez confier vos affaires à Hanatarô pour qu'il s'en occupe, si vous voulez les avoir pour votre séjour. Je m'étonne d'ailleurs qu'il n'ait pas accouru dès que nous sommes entrées. »
Yoruichi fronça de nouveau les sourcils. Elle avait raison, il était rare qu'Hanatarô ne soit pas là pour accueillir les arrivants. D'un autre côté, avec le brouhaha qu'ils faisaient, il n'avait peut-être pas entendu la porte s'ouvrir.
Peut-être avait-il simplement la tête ailleurs ? Il devait s'occuper de leur départ pour Kyoto et il avait cru comprendre que c'était l'évènement annuel qu'il ne fallait pas rater. Il allait rencontrer le reste de la famille… Les parents de Sôjun… Ses arrière-grands-parents.
Byakuya se tendait à chaque fois que Karin ou Yuzu parlaient d'eux. Il remarquait un instant de crispation, une sorte d'appréhension figée dans ses muscles.
Il ne savait rien de leurs relations préexistantes avant l'Annonce mais actuellement leur relation était tendue. Cela ne le rassurait pas. Il entendait assez d'insulte dans son dos sans avoir à y ajouter le regard désapprobateur de sa nouvelle famille.
L'étiquette de « bâtard » était déjà sur son front.
Pour des personnes de leur âge et de leur génération… Ils devaient penser la même chose. Il soupira. Ça ne servait à rien d'y penser maintenant, autant profiter de son répit.
Ishida était le dernier à ranger ses affaires. Il prenait toujours son temps pour placer ses cahiers et fournitures en ordre. Une sorte de rituel ou un TOC ? Il suivait toujours le même ordre : d'abord les cahiers puis les livres et sa trousse après avoir réarrangé la règle qui bloquait la fermeture éclair avec le même soupire exaspéré à chaque fois. Comme s'il ne s'y attendait pas.
Il sourit amusé avant de se sentir observé. Il effaça son sourire et se tourna vers Mizuiro et Tatsuki qui affichaient de larges sourires mais le pire fut le regard de Yoruichi et son sourire en coin. Une chaleur enflamma ses joues.
Il ne manquait plus que ça.
Il ne savait plus où se mettre. Quelle tête avait-il fait pour amuser tout le monde à ce point ? Quelle tête, hein ? Une petite voix narquoise dans sa tête lui fit remarquer que la subtilité n'était pas son fort.
Qu'est-ce qu'il y a de mal à le regarder ranger ses affaires, hein ?
C'était Ishida le maniaque pas lui !
Le brun dénia enfin se lever de sa chaise en ignorant l'ambiance. Il semblait encore dépité par le manque de concentration d'Ichigo.
« Je me demande comment tu t'en sors en étant aussi distrait… C'est un miracle que tu ne te sois pas fait assommer pendant un entrainement. À moins que justement tu ne reçoives trop de coups sur la tête ?
- Menace-le avec un shinai la prochaine fois et on verra, répondit Chad. »
Ishida eut un large sourire et cela le fit grogner.
« Ce serait trop facile si je ne te donnais pas un peu de travail… Monsieur le premier de la classe. »
Le brun garda son sourire en coin alors qu'il passait son sac sur son épaule. Ce qu'il pouvait être agaçant… Il raccompagna ses amis jusqu'à l'ascenseur sous le regard amusé de Yoruichi.
« Tu nous enverra des photos, hein ? Sourit Keigo.
- Profites-en pour te reposer un peu, rétorqua Mizuiro.
- T'empâtes pas non plus, compléta Tatsuki. »
Le trio infernal frappait à nouveau. Il sourit : « Je vais essayer.
- Si tu pouvais éviter d'oublier les cours d'économie, compléta Ishida.
- Quel rabat-joie, rétorqua Keigo.
- Je croyais que c'était justement mon rôle dans ce groupe ? »
Keigo ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit, Mizuiro pouffa à côté et cacha son sourire. Il ne l'avait pas vu venir ça. Le délégué le frôla : « Tu peux toujours m'envoyer un SMS si tu comprends pas un truc… Je répondrais peut-être.
- Je vais peut-être y penser alors, bouda-t-il. »
L'ascenseur arriva et il les laissa partir avec un sourire et un geste de la main. Il retourna dans l'appartement et constata que Yoruichi s'était installée dans le salon. S'il avait retenu quelque chose de ses précédentes visites c'était qu'elle faisait comme chez elle. Elle lui lança un sourire malicieux qui ne présageait rien de bon.
« Alors ? Commença-t-elle. Tu t'entends bien avec ton petit camarade à lunette, non ?
- On est dans la même classe.
- Cela ne répond pas à la question, sourit-elle. C'est beau d'être jeune, tu devrais en profiter. En plus si tu préfères les garçons au Seireitei tu as du choix ! Moi j'en avais aucun, soupira-t-elle.
- Je suis pas-
- Mais oui, mais oui, le coupa-t-elle. Tu es aussi hétéro que moi ou Byakuya… Te donne pas de mal va. Tu as l'air en forme. »
Le changement de sujet le déconcerta et l'empêcha de protester.
« La vie a repris son cours. Je retourne au lycée, Yuzu et Karin à l'école, Byakuya au travail…
- Et… Avec ce séjour à Kyoto ? »
Il la regarda ne sachant ce qu'elle souhaitait obtenir comme réponse. Que voulait-elle savoir ?
« Je sais pas, dit-il. Je vais rencontrer une famille que je ne connais pas… Enfin ma famille que je ne connais pas, corrigea-t-il.
- Tu dois savoir que Byakuya a une relation compliquée avec son grand-père Ginrei, se sont deux têtes de mules même si Hiro arrondit les angles… Ne t'étonnes pas s'ils se font la tête par moment. »
Etait-ce un message de soutien ?
« Enfin moi je n'ai jamais réussi à m'entendre avec lui, même en ayant passé des étés chez eux. »
Il haussa un sourcil : « Tu passais des étés avec Byakuya ?
- Ça remonte au primaire… Et au collège un peu… Enfin j'imagine que ce n'était pas totalement désintéressé non plus, sourit-elle.
- Tout est calculé à ce point ?
- Oh non ! C'est juste que j'épuisais toutes mes gouvernantes et que lorsque j'embêtais Byakuya je ne faisais pas de bêtises… Pas trop. Nous nous sommes toujours bien entendus malgré ce qu'il peut dire. Les bons amis ça se gardent précieusement. Tu comprendras en vieillissant. »
Elle avait raison sur ce point. Il avait vite fait le tri dans ses amis lorsqu'il avait été adopté par Byakuya. Même au lycée il s'en rendait compte tous les jours. Il avait de la chance d'être tombé sur Keigo et Mizuiro.
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Le départ serait le lendemain matin.
Sa valise était déjà prête mais il ne pouvait s'empêcher de la revérifier nerveusement. Hanatarô avait suivi ses instructions à la lettre mais quelque chose lui échappait toujours. Depuis combien de temps n'avait-il pas senti cette peur-là ?
Byakuya savait que ces vacances seraient très mouvementées : entre Ichigo qui allait rencontrer ses arrière grands-parents (avec un Ginrei hostile), Rukia allait présenter Renji et lui allait se retrouver avec Kenpachi dans les pattes grâce à son père. Le summum serait le pique-nique organisé avec Sôsuke et pourquoi pas accompagné d'Hinamori. Il se massa les tempes. Il y avait là tous les ingrédients pour des vacances mémorables ou un drame familial pour les faits divers. Pour le moment il n'arrivait pas à savoir de quel côté cela penchait.
Le point positif : les filles étaient ravies de retourner à Kyoto voir leurs arrière grands-parents et de passer des moments familles. Le fait que Rukia venait accompagné lui fit réaliser à quel point le temps passait vite. Bientôt ses filles voudrait leur indépendance et n'auraient plus envie de faire des sorties, elles préféraient passer du temps avec leurs amis plutôt qu'avec un père distant. Encore plus si sa relation avec Kenpachi se poursuivait, et s'ils avaient des enfants ensemble ? Cette possibilité n'était pas à écarter et cela l'angoissait. Ses filles allaient arriver à l'adolescence, comment prendraient-elles cette possibilité ? Et Ichigo ? Comment vivrait-il un tel évènement ?
Si c'était son seul problème… Comment son grand-père allait réagir à la présence de Kenpachi et Ichigo ? Certes il n'était pas pris en traitre mais il avait peu de nouvelles de Ginrei, Hiro avait fait la connexion entre eux deux ces dernières semaines mais ils n'avaient jamais échangé directement. Il craignait cette confrontation plus que le reste. Ginrei aurait préféré qu'il coupe tout contact avec Ichigo et que cette histoire soit enterrée à jamais. Le souvenir de ses mots le blesser encore : il fallait préserver l'honneur avant tout, personne ne devait savoir ce qu'il lui était arrivé. C'était bien trop honteux.
Il avait gardé cette honte chevillée au corps, au point d'arrêter de manger. Même pendant sa thérapie il avait caché les résurgences de son mal, lorsqu'il était tenté de se faire vomir parce qu'il était surveillé en permanence lors des repas, lorsqu'il se grattait à s'arracher la peau parce qu'il n'arrivait pas à se laver complètement, lorsqu'il se réveillait en pleurs en pleine nuit sans comprendre ce qui le tourmentait. Il ne voulait pas en parler, il avait cherché à tout garder pour lui mais sa thérapeute savait et elle avait patienté jusqu'à ce qu'il soit prêt.
Il se sentait davantage blessé que honteux aujourd'hui. Il aurait voulu plus de soutien et peu à peu il comprenait la situation de son père à l'époque : il était désemparé et n'avait pas su comment réagir mais… Il avait son soutien désormais. Plein et entier.
Il soupira.
Il devait se vider l'esprit. De toute façon les dés étaient jetés et impossible de faire marche arrière, il ne restait plus qu'à attendre le résultat.
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Lorsqu'on lui avait parlé de manoir, l'image était restée plutôt flou. Mis devant le fait accompli, il devait reconnaitre qu'il ne s'attendait pas à ça.
La voiture avait passé le portail depuis plusieurs minutes et toujours aucune trace d'habitation. Ils traversaient une forêt. Une forêt. Pas étonnant que Byakuya ait envoyé les jumelles ici pour qu'elles soient à l'abri des journalistes. Les filles ne semblaient même pas s'étonner du spectacle extérieur alors qu'il se demandait s'il ne rêvait pas. Peut-être avaient-ils seulement pris une route de campagne ? Quel route de campagne démarrait avec un portail forgé et était entourée de barrière ? Autre détail : ils ne roulaient plus sur du goudron, il entendait le crissement du gravier sous les pneus et l'allure avait ralenti. Yuzu se redressa dans son siège avec un sourire, il supposa qu'ils arrivaient à destination.
Ils passèrent entre deux bâtiments de style traditionnel de taille modeste. La voiture tourna et s'arrêta à l'entrée d'un troisième bâtiment, le principal. Il était immense. Combien de pièce pouvait-il y avoir dans une baraque pareille ? Parfois il oubliait la renommée de sa nouvelle famille. À peine la voiture immobile qu'une armada d'employés sortit et se plaça de part et d'autre de l'entrée pour les accueillir. Tout devint plus réel, la rencontre avec sa famille était imminente. Une famille plutôt hostile. Les murs immaculés devinrent intimidant.
Yuzu et Karin sortirent de la voiture sans plus se soucier de lui. Elles rentraient chez elles et étaient ravies de retrouver le grand-père Hiro dont elles vantaient la gentillesse. Il se trouva seul dans la voiture et sentit son estomac se nouer. Le problème n'était pas le « gentil Hiro » mais « l'implacable Ginrei » que tout le monde semblait craindre. Il descendit et resta bloqué devant la portière. Comment était-il censé faire bonne impression auprès de gens qu'il ne connaissait pas ? Il entendit le crissement des graviers et vit Byakuya s'approcher de lui. Il posa une main rassurante sur son épaule.
« Ne t'inquiètes pas, dit-il. »
Il hocha la tête et suivit le mouvement. Ils furent accueillis avec un salut collectif des employés. Byakuya leur répondit sobrement et il imita son exemple, ne sachant trop comment réagir dans une telle situation. Il avait dû mal à être servi par Hanatarô alors par une brigade complète de cuisiniers, valets et jardiniers…
L'entrée était vaste et épurée, une petite table agrémentée d'un bouquet de fleurs fraiches et deux sièges moelleux. Cela devait servir pour faire patienter les invités inopinés. Son regard fut happé par la présence de Sôjun et celle d'une silhouette inconnu avec un visage pourtant très familier. À jauger de l'effusion des jumelles, cela devait être Hiro. Il retira ses chaussures comme Byakuya mais resta en retrait. Sôjun s'approcha pour saluer son fils mais la tension trahissait ses gestes.
Il observa Hiro du coin de l'œil et l'étreinte qu'il offrit aux jumelles avec un sourire tendre. S'il ne l'avait pas su il aurait pu le prendre pour une femme, il dégageait une aura tellement différente de Sôjun et Byakuya. Une telle douceur…. Cela lui rappelait sa maman… La même façon d'attacher les cheveux sur le côté, même si les cheveux d'Hiro étaient d'un blanc éclatant.
Ses gestes étaient gracieux dans son kimono. Il leva une main vers Byakuya et la posa contre sa joue. Ce dernier ne marqua aucune surprise, ni gêne. Il avait toujours cru que Byakuya n'était pas tactile. Il se laissa faire et se pencha vers lui. Hiro embrassa son front. Ce n'était pas le genre de gestes affectueux auxquels il s'attendait.
« Vous avez fait un bon voyage ? »
Sa voix était aussi chaleureuse que son apparence.
« Je pense que les filles t'en feront un meilleur résumé que moi, mais cela s'est bien passé… Nous avons évité les embouteillages.
- Ce n'est pas le cas de Rukia, rit-il, il semblerait qu'elle n'arrive que tard ce soir. »
Byakuya se retourna vers lui : « Ichigo, je te présente Hiro, mon grand-père. »
Toute l'attention se reporta sur lui et il ne savait plus où se mettre.
« Je ne te pensais pas aussi grand, dit-il. Tu as eu seize ans, il me semble ? Tu sais, Sôjun et Byakuya étaient encore petit au même âge… Et ne parlons pas de Yuki, elle était plus petite que Rukia et en deux ans elle avait rattrapé ses frères, sourit-il. »
Il s'approcha et le prit dans ses bras à son tour. Il ne s'y attendait pas et réagit à peine. Il le sentit embrasser sa joue comme il l'avait fait pour les jumelles. Il comprenait l'affection que Yuzu et Karin éprouvaient à son égard. Il garda le même sourire tendre qu'il avait eu pour ses sœurs et cela lui fit chaud au cœur.
Il s'attendait à tout, sauf ça. Hiro garda la main sur son épaule et se tourna vers ses arrières petites-filles : « Ginrei est salon si vous voulez y aller. »
Il vit alors Yuzu défroisser sa jupe et Karin passer une main dans ses cheveux. Le plus dure restait à venir. Elles s'avancèrent dans le hall et entrèrent dans la pièce qui se présentait en face. Il n'avait pas remarqué le shoji ouvert. Il sentit la main sur son épaule se faire plus pesante : « Ne t'inquiètes pas, murmura-t-il, ça va bien se passer. »
Il suivit le mouvement avec l'appui d'Hiro. Il allait donc rencontrer le tant redouté, Ginrei Kuchiki.
Il avait pourtant l'air d'un grand-père normal, lorsqu'il entra dans le salon. Il était sur un coussin au sol et lisait les journaux posés sur la table face à lui. Il se tenait bien droit dans son kimono gris. Lui aussi avait des cheveux blancs qui lui tombaient sur les épaules, la seule chose qui le différenciait de sa lignée était cette curieuse moustache bien taillée. Tout dans sa posture en faisait le chef de famille, les gens venaient à lui et non l'inverse, il était chez lui et n'avait pas à quitter ses activités pour saluer les arrivants. Il dénia retirer ses lunettes et se tourna vers eux. Karin et Yuzu s'inclinèrent poliment et il les imita puisque les salutations formelles étaient de mises. Il sentit la présence de Byakuya aux côtés d'Hiro.
« Bonjour grand-père. »
Il se contenta d'un hochement de tête et les jumelles en profitèrent pour s'assoir devant lui. Il choisit de rester en retrait. Il se redressa et prit une longue inspiration. Il n'allait pas le manger et les autres personnes se montraient plutôt encourageantes… Il ne devrait pas le jeter dehors.
Il sentit un regard inquisiteur se porter sur lui et ne silla pas, il attendit que leurs regards se croisent pour prononcer un vrai bonjour. Il n'eut pas plus de réponse que les jumelles mais ne remarqua pas d'animosité particulière. Certes ce n'était pas un homme chaleureux mais il avait noté que c'était inhérent aux membres de la famille. On ne pouvait pas dire que Byakuya soit d'un premier abord facile.
« Vous avez fait bon voyage ? »
Il avait une voix grave et son intonation était sèche, surtout pour discuter avec ses arrières petites-filles.
« Et l'école ?
- J'ai de meilleures notes en histoire, commenta Karin.
- Je suis la meilleure de ma classe en japonais, ajouta Yuzu.
- Et pour les mathématiques ? »
Elle se renfrogna aussitôt. Il savait où taper… Enfin il semblait s'intéresser à ses petites-filles, même si cette entrée en matière plutôt scolaire n'était pas des plus familiales.
« Je travaille dure mais pour le moment, je ne progresse pas beaucoup… Par contre j'ai fait beaucoup de progrès au piano, sourit-elle.
- Ton professeur pense à t'inscrire pour des concours ?
- Non mais il pense que je peux intégrer le conservatoire.
- C'est bien d'avoir des hobbies mais tu dois donner la priorité à tes études. »
Yuzu hocha la tête mais ne sembla pas blessé par ses propos. Elle devait en avoir l'habitude. Le regard du patriarche glissa sur lui mais son attention se porta sur Byakuya derrière lui. Il eut du mal à respirer. Il se sentit pris entre deux étaux, c'était la première fois qu'il sentait aussi clairement deux aura s'affronter. La pression se relâcha et Ginrei reporta les yeux sur lui.
« On m'a dit que tu avais rejoint le club de kendo, Ichigo. Ce n'est pas trop difficile de suivre les cours ? La différence de niveau est importante…
- J'ai réussi à rattraper mon retard et j'essaie de me maintenir à niveau.
- Maintenir à niveau, dit-il songeur. »
Une bouffée de colère l'envahit, cet homme ne le connaissait pas mais le traitait comme un idiot.
« Ses professeurs sont satisfaits de ses progrès et sont encourageant, commenta Byakuya. »
Il ne s'attendait pas à ce qu'il prenne sa défense. De nouveau, il sentit l'électricité dans l'air.
« Et si vous alliez vous installer dans vos chambres, déclara Hiro. Le voyage a dû être fatiguant et nous aurons tous le temps de discuter de ça ce soir autour du repas. Comme ça Ichigo aura le temps de prendre ses marques. La maison est grande… »
Les grandes personnes doivent parler…
À grands coups de discours passif-agressif cela promettait d'être épique. Hiro préférait les mettre à l'écart pour éviter qu'ils soient témoin de ce qui allait suivre. Karin et Yuzu ne protestèrent pas et s'inclinèrent poliment avant de s'approcher de la porte. Hiro l'invita à le suivre. Ils sortirent du salon et il ferma la porte derrière eux. Tout était uniforme, le parquet ciré, les shojis blanc et les poutres apparentes. Il aperçut quelques estampes et peintures suspendus sur sa gauche mais il n'eut pas l'occasion de passer devant. Ils suivirent le couloir en face d'eux.
« Grand-père, tu crois qu'on pourra prendre le gouter au petit salon ?
- Tu ne préfères pas la terrasse ?
- Si mais… Ils n'auront peut-être pas fini de parler, murmura Yuzu.
- Nous ouvrirons le petit salon alors, vous pourrez profiter du beau temps. »
Yuzu lui fit un sourire avant de partir sur la droite à l'intersection des couloirs, Karin la suivit et Hiro l'invita à aller sur la gauche.
« Tu seras à côté des filles, dit-il. Les sanitaires et la salle de bain se trouvent juste ici. Si tu as un souci tu n'auras qu'à demander à Yuzu ou Karin, le manoir est grand mais on se repère vite tu verras. Tes affaires ont déjà été amenées.
- Merci.
- C'est normal voyons, tu fais partie de la famille. »
Il ne s'attendait pas à entendre ses mots de la bouche de son arrière-grand-père, de l'époux du patriarche, celui-là même qui était contre sa présence. Il semblait que sa seule présence provoque des dissensions dans la famille. Il ne savait pas où se mettre. Son trouble devait être visible car une main chaleureuse se posa sur son épaule.
« Tu n'as pas à t'inquiéter, tu sais. Mon époux est têtu mais il n'est pas méchant. Sa relation avec Byakuya a toujours été compliquée, ils ont le même caractère et sont aussi bornés l'un que l'autre… Sôjun, au milieu, peine à jouer les arbitres, soupira-t-il. Cela ne durera pas.
- Vous croyez ?
- Houlà, je t'arrête tout de suite, on se tutoie ! Pas question de passer au vouvoiement… J'aurai l'impression de retrouver mes beaux-parents ! Puissent-ils reposer en paix.
- Réflexe.
- C'est bien la politesse, toute proportion gardée, sourit-il. Voici ta chambre, tu as une table pour travailler si tu as besoin mais nous avons aussi des bureaux à l'occidental à l'étage si tu préfères. Yuzu et Karin ont l'habitude du style japonais mais j'ai l'impression que cela se perd chez les nouvelles générations… Enfin c'est bien que les choses évoluent je ne ralle pas. Le goûter est servi à seize heure trente, tu peux en profiter pour faire le tour si tu le souhaites ou te reposer. Je pense que les filles se feront un plaisir de te faire faire le tour, sourit-il. Les jardins sont magnifiques en cette saison, il y a des chemins du côté des bois qui sont entretenus si tu souhaites courir, comme je sais que tu fais partie du club de kendo… Je me rappelle que Byakuya passait l'été à courir pour s'entrainer. Enfin presque tous les étés, il a bien été obligé de ralentir un peu, songea-t-il. »
Il avait oublié ce détail, enfin, ce n'était pas un petit détail : il était né dans cette maison. Littéralement. Il était né dans cette maison. Il avait poussé son premier cri dans une pièce de ce manoir. Il repensa à la boite de souvenirs que Byakuya lui avait confiée. Il serait temps qu'il l'ouvre.
« Je vais essayer de prendre mes marques alors, dit-il. »
Il entra dans la chambre que Hiro lui avait indiquée et put constater que ses sacs se trouvaient là. Hiro lui sourit une dernière fois et se retira, le laissant seul avec ses réflexions. Il referma la porte et défit ses valises. Il vit le futon et la couverture rangés dans l'armoire pendant qu'il rangeait ses vêtements. Seule une table avec un coussin étaient sortis dans la chambre, rien d'autre ne dépassait. Le minimalisme à l'état pur. Heureusement qu'un des shojis était décoré… Il se demanda si toutes les chambres étaient ainsi ou uniquement celles destinées aux invités. Hiro et Ginrei vivaient ici à l'année, ils devaient avoir quelque chose de plus personnel. L'idée ne le convainquit pas, Ginrei semblait du genre à apprécier que rien ne dépasse. Il resta à fixer le vide avant de se tourner vers la boite qu'il avait laissé en évidence sur la table.
Etait-il prêt ?
Pas vraiment mais il avait envie de savoir ce qu'il y avait là-dedans.
Il s'assit en tailleur, se gratta les cheveux et posa la boite devant lui. Il souleva le couvercle en carton et des enveloppes s'en échappèrent. Il reconnut aussitôt l'écriture de sa mère. Toutes adressés à Byakuya. Les ouvertures étaient nettes et les enveloppes intactes quoique un peu jaunies. Byakuya les avait conservées précieusement. Il essaya de remettre de l'ordre : les plus récentes se trouvaient dessus et elles avaient neuf ans. Cela correspondait à son entrée au primaire. Masaki était ponctuelle dans sa correspondance… Il décida de reprendre depuis le début. Il les sortit et les reclassa, les formats étaient identiques mais les motifs variaient, quoiqu'il put remarquer des séries çà et là. Pourtant cela ne lui rappelait rien, il n'avait jamais vu sa mère écrire. Sous la pile de lettre se cachaient des photos, certaines dans des pochettes, les autres à même la boite. Il les attrapa du bout des doigts et les déposa sur la table. Il en connaissait certaines : des photos de rentrée scolaire, ses premiers pas… Il connaissait ses photos. Elles étaient dans ses albums de famille mais il les avait laissés dans son ancienne maison. Il les survola mais aucune n'attira son attention. Il entreprit d'ouvrir les pochettes et se fut le choc.
Son cœur manqua un battement.
Des échographies.
Byakuya les avait gardés. Il les leva et les mit à lumière, on pouvait clairement discerner la silhouette d'un bébé. Il les avait gardés… Il les regarda l'une après l'autre, il voyait les changements, il se voyait grandir, ses proportions s'affiner. Il les remit dans leur pochette. Il ne pensait pas que cela l'aurait perturbé à ce point. Ce n'était que des photos, des bouts de papier… Des mauvais souvenirs pour Byakuya pourtant il les avait gardés.
Il prit une autre pochette kraft, des photos bébé cette fois… Ses premiers jours. Un bébé minuscule, tout bouffi, les yeux fermés et les joues roses, des mains minuscules toutes recroquevillés. Il nageait dans son pyjama. Il reconnut Kon à côté de lui, il était presque aussi grand que lui. Il lui en avait fait voir à cette peluche. Il sourit en repensant au fait qu'elle se trouvait encore sur une étagère à attendre. Il ne l'avait pas rangé, il l'avait laissé dans un coin à portée de regard.
Il avait des fourmis dans le ventre, c'était tellement étrange de se voir ainsi… Avec le contexte qui allait autour. Les clichés avaient tous été pris dans le même intervalle. Le pyjama ou la couverture changeaient mais il restait minuscule. Dans cette série une photo attira son attention : il grimaçait, prêt à pleurer, et une main était posée sur son ventre comme pour l'apaiser, une main fine et blanche mais elle semblait masculine, les os du poignet percés sous la peau fine. Etait-ce Byakuya qui essayer de l'apaiser ? Le flash de l'appareil avait-il troublé son sommeil ? Avait-il faim ? Etait-il contrarié ? Sentait-il qu'il allait quitter les bras de son père pour des étrangers ? Avait-il seulement sentit le changement lorsqu'on l'avait changé de famille ? Avait-il pleuré pour retrouver les bras de son papa…
Combien de temps avait-il passé avec Byakuya avant qu'on ne le confie à sa nouvelle famille ? Quelques jours ? Quelques semaines ? Il devrait lui en parler… Il renifla. Ça faisait beaucoup d'émotions d'un coup mais il restait une pochette fermée, elle était plus fine que les autres. Il l'a retourna et vit une inscription calligraphiée. Il ne connaissait pas cette écriture mais savait qu'elle n'était pas à Byakuya, il avait déjà aperçu certaines de ses notes.
Des souvenirs… Lorsque tu te sentiras prêt.
Cela n'avait jamais été ouvert. Byakuya avait dit qu'il lui donnait la boite… Pour l'aider à comprendre… Mais avait-il le droit d'ouvrir cette pochette ? Elle lui était adressée et il ne l'avait jamais ouvert. L'avait-il oublié ou ne s'était-il jamais senti prêt ? Que pouvait cacher ce morceau de papier ? Il hésita mais défit le cachet précautionneusement. Il jeta un coup d'œil et n'aperçut que du papier glacé : d'autres photographies. Il referma le rabat, il n'était pas trop tard pour s'arrêter.
Eh puis mince… La pochette est vieille et le cachet peut s'être décollé tout seul…
Il regarda autour de lui et passa le doigt sous le rabat. Il attrapa le paquet à l'intérieur. Il n'y en avait que trois, seulement des photos de Byakuya, pendant sa grossesse. Il était assis au bord d'une terrasse probablement dans cette même maison et regardait le jardin. Une main posée sur son ventre, il ne regardait pas l'objectif. Il portait un kimono bleu marine, presque noir, ses cheveux étaient plus courts. Il paraissait tellement jeune… Et son ventre était tellement proéminent, toute sa silhouette en était disproportionné. Pourtant il paraissait serein sur cette photo, à quoi pouvait-il pensé à ce moment-là ?
La deuxième le laissa sans voix. C'était sa naissance, le jour de sa naissance. Il était encore couvert de sang et grossièrement roulé dans une couverture. On venait de le poser dans les bras de Byakuya. Il n'était pas juste poser là, il le serrait dans ses bras. Il embrassait son front. Il reconnut les mains blanches qu'il avait vues plus tôt. Ses bras étaient maigres, il aurait été facile d'en faire le tour avec une main. Un coup sec aurait suffi à les casser. Il n'arrivait pas à voir son expression, ses cheveux cachaient son visage mais il crut percevoir l'ombre d'un sourire. Peut-être était-ce son imagination ?
Il prit la dernière et sourit. Il était clair que celle-ci était volée, Byakuya dormait allongé sur le flan à même le tatami. Il était à côté de lui, allongé sur un coussin et dormait lui aussi. Ils avaient bien passé quelques jours ensemble, le ventre de son père avait commencé à s'aplanir.
Son père…
Ces clichés rendaient cela tellement… Réel. C'était son passé, ses souvenirs. Il découvrait une facette qu'il n'avait pas connu. Peut-être devrait-il aller voir ce jardin avant de devenir trop émotif ? Il remit les photos dans leur pochette et les replaça dans la boite, après une seconde d'hésitation, il rangea la boite dans son sac à l'abri des regards. Il reviendrait aux lettres plus tard. Il se releva et ressortit de sa chambre pour explorer la maison.
Hiro avait dit qu'on se repérait vite mais… Tout se ressemblait. Il marchait lentement en regardant autour de lui, il devait avoir l'air d'un ahuri. Il avança, revint sur ses pas, tourna en rond mais ne croisa personne. Assez étonnant d'ailleurs. Il pensait croiser Hanatarô en train de s'afférer… Peut-être n'était-il pas encore arrivé ou bien il se reposait ? Hanatarô se reposait… C'était aussi drôle que d'imaginer Byakuya se reposer.
Il continua d'avancer et passa devant la salle de bain mentionné par Hiro. Il vit des escaliers juste à côté et cela l'intrigua. Hiro avait mentionné des bureaux à l'étage, c'était assez inhabituel de voir un étage dans une maison comme celle-ci. Il se serait bien tenté d'y aller mais des cartons étaient laissés en vrac en bas, peut-être que des travaux étaient en cours. Ce ne serait pas étonnant, les vieilles bâtisses avaient besoin d'entretien, rien que maintenir l'étanchéité d'un toit en chaume comme celui-ci… Ou changer les shojis.
« Ichigo, tu cherches quelque chose ? »
Il sursauta en entendant la voix d'Hiro surgir derrière lui. Il était tellement dans ses pensées qu'il ne l'avait pas entendu arriver.
« Non je… J'essaie de me repérer. Vous faites des travaux à l'étage ? J'ai vu les cartons devant.
- Mince, soupira-t-il, ils ont dû les oublier lorsqu'ils ont monté les autres.
- Vous… Tu veux que je les monte ? Dit-il. Ce sera fait et cela ne gênera pas le passage.
- Tu n'es pas obligé de… »
Il le coupa en attrapant le premier carton. C'était plus lourd que ce à quoi il s'attendait.
« Il faut les monter, c'est ça ?
- Oui… Je te suis, c'est très aimable de ta part, sourit-il. »
L'escalier était bien lisse, pas la moindre trace d'usure, le bois semblait pourtant identique à celui du plancher mais…
« Cet escalier est récent ? »
Hiro se tourna vers lui surpris.
« Oui, tu es observateur. Ginrei a fait aménager les combles au cours de travaux sur le toit. Cela servait originellement de grenier alors l'escalier se trouvait dehors. Il a fallu rajouter un escalier à l'intérieur puisqu'il souhaitait installer son bureau à l'étage et conserver les archives sur lesquels il travaille.
- Des archives ?
- Tu vas voir. »
L'odeur du papier embaumait l'air et la lumière se diffusait dans la pièce avec douceur. Il n'y avait aucune cloison visible, la pièce était immense… Ou devrait-il dire l'étage ? Cela couvrait tout le manoir mais il n'en voyait qu'une partie comme le bâtiment dessinait un u. Malgré la sous-pente l'espace était vaste et lumineux. Les tables se succédaient et les meubles de rangement aussi. Des piles et dossiers étaient étalés sur chaque surface libre. Des bibliothèques étaient alignées sur sa droite à intervalle réguliers jusqu'à ce qu'il semblait être l'autre bout du manoir. Elles étaient remplies de boites grises ou noires fermées par des rubans, ce devait être les documents classés.
« C'est… Impressionnant.
- Ce n'est qu'une partie des archives familiales, Ginrei pourrait t'en dire plus. Je dois t'avouer que j'ai un peu perdu le fil au cours des années. Je n'en connais pas tous les secrets, sourit-il, mais le clan Kuchiki s'est vu confié le travail de collecter et conserver les archives de la région et même à une époque les archives impériales. Certains empereurs du Japon sont venus ici même les consulter pour s'instruire.
- J'imagine que tout ne doit pas être gardé ici alors…Où est-ce je peux poser les cartons ?
- Laisse-les devant, mon mari préfère organiser lui-même. Je lui dirais que tu as monté des cartons oubliés.
- Je vais chercher l'autre. »
Byakuya lui avait dit qu'il était de la vingt-huitième génération… Il se demanda si ces archives remontaient aussi loin. Est-ce qu'il y avait déjà des archives dignes d'être gardé quatre ou cinq siècles plus tôt ? Il prit le deuxième carton avec plus de méfiance cette fois, il était tout aussi lourd que le premier. Quel genre de document pouvait-il produire pour en avoir autant ? Des livres de comptes ? Des arbres généalogiques ? Des photographies ? Peut-être d'anciennes correspondances des membres de la famille ou des échanges avec d'autres clans ? Y avait-il entre ses pages des histoires croustillantes et anecdotes farfelus ? À moins qu'ils ne conservent les anciens documents de l'entreprise familiale ? Beaucoup d'interrogations pour peu de réponses. Cela lui donnerait un sujet de conversation à aborder avec Ginrei s'il ne savait plus quoi dire… Qu'est-ce qu'y méritait que l'empereur se déplace plutôt qu'on lui amène les documents ? Des documents fragiles ou rares.
Il posa le carton avec son compagnon d'infortune et se redressa. Il regarda Hiro en se demandant quel âge il avait. Il semblait en forme mais en le voyant monter les escaliers il avait remarqué sa démarche chancelante. Il n'aurait pas pu monter les cartons lui-même et Ginrei devait avoir son âge. Il ne pouvait pas laisser trainer des obstacles dans ces escaliers jusqu'ils trouvent quelqu'un de disponible pour leur monter. Monter deux cartons ce n'était pas la mer à boire. Il pouvait bien faire ça pour eux.
Hiro garda son sourire et l'attendit prêt de l'escalier avant de commencer à descendre. Il ne semblait pas très assuré. Il se plaça à côté de lui et lui tendit son bras.
« Je peux t'aider, peut-être. »
Son regard s'adoucit encore et accepta son invitation. Sa main lui parut frêle.
« Tu es un bon garçon, je te remercie. Que dirais-tu si nous allions voir les jardins ? Je pourrais te montrer les meilleurs coins, dit-il avec un clin d'œil. »
o~~O~~o
Même dans ses rêves les plus fous, il n'aurait jamais pensé se trouver là, devant le manoir Kuchiki, comme invité. D'ailleurs il ne comprenait toujours pas ce qu'il l'avait poussé à accepter. Sôjun l'avait juste proposé par politesse, non ?
D'un autre côté… Des vacances offertes, dans une ville qu'il n'avait jamais eu l'occasion de visiter avec son… Conjoint, ça ne se refuse pas. Une invitation des Kuchiki, ça ne se refuse pas non plus.
Par contre… Pourquoi le chauffeur le conduisait au milieu des bois ? Cela restait un mystère. Ils avaient passé le portail depuis une dizaine de minute. Il devrait déjà voir le manoir. Sôjun aurait-il planifié son assassinat après avoir découvert leur relation illicite ? C'était un peu radical quand même, hormis quelques problèmes de comportement, il n'avait jamais rien fait d'illégal (ou il ne s'en souvenait pas). Certes il ne venait pas de la haute-société mais il avait de nombreux exploits sportifs à son actif et des titres internationaux et mondiaux… Il détenait le record des titres dans la discipline et il avait arrêté invaincu à cause de l'ennuie. Ginrei avait même suivi sa carrière de près. Il n'y avait pas de raison pour que ça se passe mal. Au pire il rentrerait plus tôt que prévu chez lui ou il pourrait se trouver un hôtel, il n'était pas difficile.
La voiture arriva devant le manoir et s'arrêta. Il descendit et observa l'endroit où Byakuya avait grandi et passé ses vacances. Il s'attendait à quelque chose de plus… Impressionnant ? C'était beau et grand, pas de doute, mais il s'attendait plus à tomber sur un château fort avec de hautes fondations en pierre. Un homme d'une cinquante d'année sortit et accouru vers lui. Il s'inclina bien bas devant lui :
« Bonjour monsieur Kenpachi, si vous voulez bien me suivre monsieur Kuchiki vous attend. »
Il se retint de lui demander lequel, il y avait beaucoup de « monsieur Kuchiki » potentiel dans cette maison. Peut-être était-ce intentionnel ? Pour troubler les invités.
« Je prends ma valise et j'arrive.
- Ne vous embêtez pas, dit-il, nous nous en occupons. »
Il regarda vers le coffre et se retourna vers l'homme. Il allait se plier aux règles de la maison. Il le suivit, les mains dans les poches. On lui proposa des chaussons à l'entrée et il les enfila. L'homme continua d'avancer et lui ouvrit une porte en s'inclinant à nouveau. Il entra et survola la pièce du regard, tout paraissait démesuré, il s'était entrainé dans des dojos plus petit que ce salon. Byakuya était assis à la table basse pour lire un journal qu'il ne sut identifier. Il releva la tête vers lui et posa sa lecture. Il se leva et l'ébauche d'un sourire apparut sur ses lèvres.
Ces vacances commençaient bien.
Il sourit et s'approcha.
« Alors princesse, je t'ai manqué ? »
Il fronça les sourcils, il discerna une pointe de regret dans son regard. Il continua de s'approcher, il n'y avait personne autour il pouvait bien…
« Monsieur Zaraki, vous avez fait bon voyage ? »
Il aurait dû s'en douter, c'était trop beau…
« Bonjour, répondit-il en se tournant vers Sôjun. »
Il était toujours aussi discret dans ses arrivées, une seconde plus tard il l'aurait trouvé en train de bécoter son fils. Il vit une lueur d'amusement traverser le regard de son amant.
« Ça c'est bien passé, répondit-il, même si en arrivant je commençais à me questionner sur la destination.
- Vraiment ? Rit-il.
- Je me disais que le chauffeur s'était trompé de route, je ne pensais pas que le manoir se trouvait en pleine forêt. Enfin pas autant… Byakuya m'avait bien parlé d'un parc et d'un jardin.
- Je vois… Byakuya vous montrera votre chambre plus tard. Le thé est servi et vous avez peut-être envie de vous désaltérer ? »
Il serait bien allé à la chambre avec Byakuya tout de suite mais… Il devait se tenir. Il était invité comme « ami » pas comme le nouveau conjoint de Byakuya. Il hocha la tête voyant que Sôjun attendait une réponse.
« Byakuya vous montrera le chemin vers le salon. »
Il se retira tout aussi silencieusement qu'il était arrivé. Il était perplexe, quelque chose clochait. Il était plus bavard d'habitude.
« Ton père était… étrange ? Il ne semblait pas très à l'aise, il a compris que j'allais me jeter sur toi, sourit-il.
- Il devait me prévenir lorsque le goûter serait servi pour que nous soyons ensemble, j'imagine qu'il ne pensait pas te trouver si tôt et il a eu peur de nous interrompre.
- C'est vrai que j'étais bien parti pour rattraper la semaine dernière où l'on ne s'est pas vu mais… Revenons au sujet qui m'intéresse : tu prends ton goûter ? Rit-il.
- Je ne suis jamais contre un bon thé.
- Et… Il y a combien de salon ? Parce que là, si je ne me trompe, c'est un salon.
- Celui-ci est plutôt pour les discussions officielles ou bien lorsque nous sommes très nombreux… Et je préfère la vue du petit salon.
- Eh bien allons au petit salon festoyer. »
Byakuya soupira bruyamment, il adorait le provoquer… Et c'était tellement tentant de voir sa moue renfrognée. Byakuya s'approcha. Lentement. Il ne dit pas un mot et s'arrêta à quelques centimètres puis releva les yeux vers lui. Devrait-il se pencher vers lui ? Il semblait l'inviter ou l'allumer, peut-être un peu des deux. Il devenait entreprenant. Une lueur séductrice passa dans son regard et il y vit une invitation. Il se pencha mais rencontra le vide. Byakuya l'avait esquivé et continua son chemin.
« C'est pas bien de faire ça, grogna-t-il. »
Un sourire en coin lui répondit et il le suivit. Il lui restait six bonnes heures avant qu'il ne fasse nuit et qu'il puisse se venger en le rejoignant dans sa chambre. Il fallait profiter des vacances… Mais pour le moment il devait faire bonne figure. Il n'allait pas assister à un gouter avec des enfants avec un début d'érection.
Il suivit son amant et en profita pour observer sa démarche… Et ses fesses. Ce n'était pas si mal ces pantalons de costume finalement. Il entendit des voix s'élever au bout du couloir et il releva les yeux. Il ne pouvait pas être pris en flagrant délit. Il s'en remettrait mais c'était sa princesse qui allait tirer la tronche et s'il ne lui montrait pas sa chambre, il ne pourrait pas le rejoindre pendant la nuit. Il n'allait pas toquer à toutes les portes…
Son pas ralentit et il fit de même. Il ne l'avait jamais vu ainsi. Il n'arrivait pas à déchiffrer son expression : un mélange d'appréhension et détermination.
« Je vais te présenter à ma famille. Je ne pensais pas que cela arriverait un jour. »
Il ne sut quoi lui répondre. C'était du sérieux cette fois, plus une simple plaisanterie. Il était invité comme « ami » mais les adultes ne seraient pas dupes. Qui invitait son « ami » chez sa famille pour les vacances passé la trentaine ? Même ses filles étaient assez grandes pour comprendre, même si pour elles se seraient plus facile d'ignorer la situation.
Il se sentit tout d'un coup moins assuré. Il ne s'était jamais retrouvé dans une situation semblable, il n'avait jamais eu à rencontrer de belle-famille. Pourquoi ne se rendait-il compte de ça que maintenant ?
« Ça va bien se passer, murmura-t-il. »
Il vit les épaules de Byakuya s'affaisser puis il reprit sa route. Il ne s'attendait pas à une telle ambiance, il entendait les voix des jeunes filles emplirent les murs. Comment deux être minuscules pouvaient faire autant de bruit ? Ils entrèrent dans le « petit » salon et le silence se fit.
« Bonjour… C'est gentil de m'accueillir chez vous.
- C'est bien normal après ce que vous avez fait, sourit Hiro. Installez-vous. »
Enfin il supposa que ce devait être Hiro, il collait à la description que Byakuya en avait fait et par élimination il connaissait déjà Sôjun et Ginrei. Les jeunes filles le saluèrent poliment, elles avaient réduit le volume sonore… Ichigo n'avait pas l'air ravi de le retrouver, en même temps, il le comprenait. Il n'aurait pas voulu passer de vacances avec un de ses profs. Ginrei l'observa des pieds à la tête et semblait le jauger. Rien d'étonnant. Il n'avait jamais été bavard.
Ils étaient tous attablés autour de tasses de thé ou de citronnade. La carafe remplit de glaçons et de tranches de citron trônait fièrement au milieu de la table. Les portes avaient été ouvertes et donnaient sur un jardin parfaitement entretenu. De petits arbustes taillés avec soin aux formes arrondis et quelques massifs fleuris. Byakuya avait raison, il y avait une jolie vue.
Le silence s'installa.
Sôjun lui fit signe de s'assoir et il le fit sans rouspéter. Il prit place à côté de lui, il se voyait mal aller s'assoir juste côté de… Yuzu ? Il lui semblait que c'était ça, Yuzu était châtain clair et Karin brune. Il savait qu'elles étaient jumelles mais le contraste entre les deux étaient saisissant. Yuzu avait un visage encore très rond et enfantin contrairement à sa sœur. Byakuya s'assit en face de lui, à côté de sa cadette qui en sembla ravie. Elle lui fit un grand sourire.
« Rukia arrive à quand ? »
Karin coupa le silence et il vit un froncement de sourcil de la part de son père. Son ton était plutôt abrupt.
« Elle arrivera plus tard que prévu je le crains, répondit Sôjun. Elle a dû décaler son train et ne sera là que pour le repas du soir. »
La brune sembla contrariée par la nouvelle et il vit Yuzu se renfrogner face au comportement de sa sœur. S'étaient-elles disputées pendant le voyage ? Son amant s'était inquiété de voir des tensions apparaitre entre elles ses dernières semaines. Quel âge elles avaient ? Il réfléchit… Byakuya lui avait dit pourtant… Elles étaient encore au primaire… Hum… Dix ou onze ans ? Il pariait plutôt sur onze.
C'était le début des problèmes… Et les problèmes de filles en plus. Il se rappelait encore de la fois où une lycéenne était venue le voir toute penaude, comme quoi elle ne pouvait pas suivre l'entrainement parce qu'elle était indisposée… Il allait l'envoyer chier lorsqu'elle lui avait sorti un certificat médical. Elle avait d'ailleurs arrêté les clubs sportifs l'année suivante. Des problèmes de santé. C'était dommage, elle se débrouillait bien au kendo.
« Alors comme ça, tu es devenu enseignant ? »
Byakuya releva les yeux étonné. Il ne fut pas le seul, tout le monde sembla surpris de voir Ginrei prendre part à la conversation. Il mit quelques secondes à comprendre que s'était à lui qu'il parlait.
« Je suis pas vraiment enseignant, je fais les entrainements du club de kendo et les séances de renforcement musculaire d'autres clubs.
- Je ne pensais que tu quitterais les compétitions. Tu ne semblais pas vouloir arrêter la dernière fois que je t'ai vu.
- C'était devenu ennuyant, soupira-t-il. Et après les mondiaux il n'y avait plus d'autres marches à gravir alors… À part cumuler les titres pendant des années, je voyais plus trop l'intérêt de continuer. Si un nouveau compétiteur avec un bon niveau se pointe alors peut-être que j'y retournerais. Je me maintiens en forme… On sait jamais.
- On t'avait proposé un poste d'entraineur pour l'équipe nationale, il me semble.
- Ouais mais je suis parti, les lycéens sont moins pénibles et au moins ils font de vrais efforts pour progresser.
- Tu ne supportes pas l'arrogance ? »
Une pique ? Il savait bien que les gens le trouvaient imbu de lui-même mais il n'y pouvait rien s'il était fort et les autres faibles.
« En effet lorsqu'est pas au niveau on ne se vante pas. »
Il ne pouvait pas voir son interlocuteur mais il pouvait voir les réactions de Byakuya. Il n'avait pas l'air très rassuré mais Ginrei et lui avaient toujours eu des échanges similaires. C'était une façon de parler amical entre eux… Enfin, lui le voyait comme ça, pas sûr que le grand chef de la famille Kuchiki le considèrent comme un ami.
Tout au mieux un petit con qui mettait le bazar chez lui en dévergondant son petit-fils.
Il sourit. Ça, il pouvait faire.
« Je ne savais pas que vous vous connaissiez, murmura Yuzu. Je croyais que vous étiez au lycée ensemble ?
- C'est ton arrière-grand-père qui a envoyé ma candidature au Seireitei. »
Les trois enfants eurent le même sursaut.
« Vous avez dû regretter, sourit-il.
- Parfois… Mais tu es encore là. Tu étais déjà entêté, tu aurais réussi en compétition mais sans sponsor cela aurait été plus long. C'était dommage de laisser un talent perdre du temps. »
Cette fois il allait de surprise en surprise. Ginrei lui faisait un compliment ? Même Byakuya semblait abasourdi. Il s'était toujours plaint du manque d'empathie de ce dernier, cela devait être difficile pour lui.
« En attendant il n'y en a plus beaucoup de talent, j'aurais bien aimé voir Byakuya continuer, là il y aurait plus d'enjeu.
- J'aurais bien voulu voir ça, commenta Karin. »
Le visage de Yuzu s'illumina.
« Et si on faisait ça, dit-elle. Si on organisait un petit tournoi ? Avec père, Ichigo, grand-père, monsieur Zaraki et Rukia… Vous avez tous fait du kendo, non ? Ça pourrait être amusant de faire ça une après-midi. Et tu pourrais arbitrer, dit-elle en se tournant vers Ginrei. »
Karin parut tout aussi séduite par l'idée. Il devait reconnaitre que cela lui plairait de recroiser le fer avec Byakuya. Au lycée il était son égal et il avait toujours apprécié leur combat. Sous ses faux airs calmes, il cachait une véritable passion pour la compétition.
« On risque de manquer de matériel, non ? Commenta-t-il. »
L'organisation n'avait jamais été son fort sauf pour le kendo. Il se demandait parfois comment il arrivait à faire ses courses sans rien oublier ou même penser à payer son loyer. Il y avait des mystères qu'il n'arrivait pas à résoudre.
« Nous avons ce qu'il faut, déclara Hiro. Je pense qu'il faudra dépoussiérer un peu et faire laver les uniformes, je demanderais à ce que ce soit fait.
- Alors père tu veux bien ? Et grand-père ? Ichigo ? Sourit Yuzu. »
L'expression de joie sur son visage ferait fondre n'importe qui, même lui n'aurait pas le cœur de lui refuser quoique ce soit. Ses grands yeux pétillaient d'espoir.
« On m'a dit de m'entrainer un maximum pendant les vacances, commenta Ichigo.
- Ouais mais ça ne te dispensera pas de courir aussi, rétorqua-t-il.
- Pourquoi pas, sourit Sôjun. Cela fait longtemps que je n'ai plus pratiqué.
- Il faudra demander à Rukia lorsqu'elle sera là plutôt que de spéculer sur sa participation mais c'est une bonne idée. »
o~~O~~o
« Fiche-moi la paix ! Je te dis que je veux rester tranquille, tu peux comprendre ça ! »
Kenpachi se trouvait sur la terrasse avec Byakuya lorsqu'ils entendirent les filles se disputer. Il entendit un volet claquer et des bruits de pas. Il vit Yuzu arriver vers eux les larmes aux yeux. Elle se frotta les yeux et renifla mais chercha à chasser ses larmes.
« Je vais peut-être vous laisser un peu, dit-il.
- Je veux pas vous embêter, dit-elle. Karin est bizarre aujourd'hui, elle était toute contente de venir mais depuis qu'on est arrivés elle n'arrête pas de demander quand tante Rukia arrive et me fait la tête. Elle avait mal au ventre et je voulais juste l'aider mais elle est méchante.
- Yuzu, viens t'assoir.
- Je ne comprends pas, je n'ai rien fait pour l'embêter. »
Elle baissa la tête et s'assit près de son père. Kenpachi les laissa et de rejoint sa chambre maintenant qu'il savait où elle se trouvait. Quelque chose ne tournait pas rond. Il ne les connaissait pas vraiment mais d'après ce que son amant lui avait dit, certains gestes de Karin ne correspondaient pas à la description qu'il lui en avait faite. Elle était fermée sur elle-même, en permanence les mains sur les ventres ou sur les cuisses. Elle s'était tortillée pendant tout le goûter et jetait des coups d'œil sur son pantalon… Ça lui rappelait…
Hum… C'est peut-être ça… Et ça expliquerait qu'elle veuille en parler avec sa tante plutôt qu'avec les autres membres de sa famille. Elle est entourée d'hommes.
Il retourna à sa chambre et regarda son sac de sport, il avait pris celui du travail alors il y avait peut-être de quoi la dépanner jusqu'à l'arrivée de sa tante. Son arrivée avait encore été retardée par un détour chez une amie qu'elle n'avait pas revu depuis le lycée.
Il trouva ce qu'il cherchait et passa la bandoulière sur son épaule. Encore fallait-il trouver la chambre de l'adolescente. Il tourna et tomba sur Hanatarô qui lui indiqua la direction. Il prétexta que Byakuya l'envoyait la chercher. Il toqua à la porte indiquée.
« Yuzu laisse-moi, je t'ai dit que je voulais rester tranquille. »
Elle semblait s'être calmée par rapport au moment où elle avait hurlé dans le couloir. Sa voix portait loin pour une crevette.
« C'est pas Yuzu, dit-il. »
Il entendit un soupir derrière la porte mais elle vint ouvrir quelques secondes plus tard. Elle avait changé de pantalon, ce qui confirma ses doutes.
« C'est mon père qui vous envoie ? Demanda-t-elle.
- Non, il console ta sœur pour le moment.
- Je voulais pas la faire pleurer, soupira-t-elle, mais elle est collante parfois et je me sens pas très bien… C'est le voyage, ajouta-t-elle précipitamment.
- Ouais le voyage… Enfin au cas où ce ne serait pas le voyage le problème je t'ai amené ça. »
Il attrapa le paquet de serviette hygiénique qui trainait au fond de son sac.
« Enfin j'ai peut-être mal compris le problème. »
Elle le regarda interloquée.
« Mais… Pourquoi vous avez ça ?
- J'ai un cycle irrégulier, répliqua-t-il. »
Karin haussa un sourcil mais elle sembla plus à l'aise.
« Mais comment vous avez deviné ?
- C'est arrivée à une de mes camarades au collège. Elle n'osait pas aller en parler à l'infirmière, elle a passé la journée à aller aux toilettes, remettre son uniforme et se tortiller mal à l'aise… Lorsque j'étais chez ma mère, je devais souvent m'occuper des courses alors je connais le problème. Après, lorsque ta tata sera arrivée, elle pourra te donner les explications et t'aider. Ça te dépannera le temps qu'elle arrive. »
Elle regarda le paquet, releva les yeux vers lui puis le reporta sur le sachet coloré. Elle hésita mais tendit la main pour le prendre.
« Merci, murmura-t-elle.
- Et si t'as mal au ventre demande un antidouleur, Hanatarô doit pouvoir te trouver ça. »
Elle hocha la tête et il partit remettre son sac dans sa chambre. Il avait donc vu juste. Avoir vécu avec une mère qui collectionnait les conquêtes féminines avaient eu du bon, c'était la seule période du mois où elle se tenait un peu tranquille. Enfin c'était avant qu'elle rencontre et se fixe avec Isane. Il repensa à tous ces moments gênants où adolescent il avait dû acheter des serviettes parce que sa mère travaillait de nuit ou était de garde et qu'elle ne pouvait faire les courses. En y repensant, il se demandait si elle ne l'avait pas fait exprès pour l'embarrasser lorsqu'il était pénible. Ça ne l'étonnerait pas.
o~~O~~o
La chaleur qui l'enveloppait apaisait ses muscles endoloris par le long trajet de la veille. Une main caressait son dos. Il soupira. Il ouvrit un œil et constata que le jour se levait déjà. Il n'avait guère envie de bouger pourtant. Kenpachi s'était glissé dans son lit à la nuit tombé et il n'avait pas eu la bienséance de le renvoyer. Ce goût d'interdit rendait sa visite encore plus piquante mais il avait surtout eu besoin d'être rassuré.
Rukia n'était pas arrivée comme elle aurait dû et cela l'inquiétait. Lorsqu'elle avait été retardée, il avait supposé que s'était à cause de Renji. Il lui avait délégué une partie de son travail et il avait certainement dû régler des détails avant son départ. Il ne pouvait chasser le doute : et s'ils s'étaient disputés à cause de la pression de cette rencontre avec la famille ? C'était une possibilité. Il avait trouvé ses excuses plutôt bancales entre le retard de train et une amie de longue date à retrouver… Que cherchait-elle à camoufler ?
Il ouvrit un deuxième œil.
Peut-être qu'elle cherchait à ménager l'effet de surprise ? Une autre possibilité et ce serait une bonne nouvelle.
Il observa le torse sous sa main, elle se soulevait au rythme régulier de ses respirations. Il dormait encore. Il huma la peau près de son nez et se laissa envahir par la sensation rassurante qui en émanait. Il n'avait jamais eu ce genre de réaction avec Sôsuke. Il appréciait leurs échanges et devait avouer que leurs ébats avaient été plaisant… Mais il n'y avait jamais eu cette flamme. Kenpachi provoquait de l'agacement, de l'amusement, ils n'étaient jamais sur la même longueur d'ondes et c'était ce qui lui plaisait. Il l'exaspérait autant qu'il l'excitait, parfois les deux. Il lui avait manqué. Il était le grain de folie dans sa vie, il le poussait à être spontané, réveillait son mauvais caractère, ses ambitions, ses envies… Toutes les choses qu'il avait apprises à terrer et oublier au profit d'une plus grande cause. Il n'était pas un caprice, il était un besoin pour son équilibre, il le chamboulait, le poussait à se remettre en question. Aurait-il accepté qu'un de ses amants viennent comme invité pendant des vacances en famille si ce n'était pas lui ? Lui aurait-il demandé de rester avec lui lorsqu'il était au plus mal s'il ne le vouait pas une telle confiance ? Comment pouvait-il faire confiance à un homme si différent de lui ?
Au fond, il savait qu'il n'était pas si différent, lui aussi était caractériel même s'il avait appris à l'atténuer. Il était tout aussi buté, il fonçait dans le tas en prétendant savoir ce qu'il faisait. Ses coups n'étaient pas toujours aussi calculés qu'il y paraissait. Il portait des expressions détachées mais il bouillonnait, il avait tellement d'énergie à dépenser qu'il se demandait comment il faisait pour ne pas exploser. Il avait reporté cette énergie dans le travail à défaut de pouvoir l'épancher au sport. Cela lui manquait de courir. Il arrivait à glisser des séances par-ci par-là mais elles n'étaient pas à la hauteur de ses besoins. Ces vacances étaient l'occasion de courir jusqu'à épuisement.
Kenny voudrait-il venir avec lui ?
Il préfèrerait une autre activité physique mais ils devaient rester discrets. Les murs étaient fins et la chambre de son père et ses grands-parents à deux pas. Peut-être ferait-il mieux de le rejoindre dans sa chambre.
« Qu'est-ce que tu cogites ? »
Il releva la tête. Kenpachi n'avait pas ouvert les yeux mais laissa échapper un profond soupir.
« C'est ta sœur qui t'inquiètes encore ?
- Non… Je pensais à autre chose.
- Cela me concerne ? Grogna-t-il.
- Un peu. »
Il ouvrit les yeux en grand et baissa le menton vers lui.
« C'est vrai ? C'est un truc intéressant ? Sourit-il.
- Je me disais que ce serait peut-être mieux que je vienne dans ta chambre, elle est plus à l'écart.
- Ça m'intéresse. Parce que ça commence à dater un peu… C'est bien de se câliner mais c'est une torture de te voir de si près sans pouvoir te déshabiller autant que je voudrais, princesse. D'ailleurs comme je vois que tes grands-parents portent des kimonos… Tu vas en mettre un aussi ?
- Tu voudrais ?
- Te voir en kimono, ouais… Te l'enlever encore plus.
- Tu es irrattrapable.
- Je sais, je peux pas m'empêcher de me dire que ça peut s'arrêter à tout moment alors je veux profiter de toi autant que possible.
- Il t'arrive aussi d'être mignon.
- Ta gueule, ralla-t-il. »
Il sourit.
« J'imagine que je dois m'éclipser avant le lever du jour ?
- C'est un peu tard. Le jour est déjà levé.
- J'ai jamais aussi bien dormi que sur ses futons alors avec toi dans mes bras, c'est un miracle que je me sois réveillé avant midi.
- Mais puisque tu es bien réveillé, tu ne voudrais pas m'accompagner pour courir ? »
Kenpachi haussa un sourcil et sembla réfléchir à la question.
« Pourquoi pas, à cette heure-ci on sera que tous les deux… On va voir si tu as gardé ton endurance du lycée, sourit-il. »
L'esprit de compétition s'était réveillé lui aussi.
« Et qu'est-ce que je gagne si je cours toujours plus vite toi ? Demanda-t-il.
- À toi de me demander… J'ai déjà bien une idée pour fêter ma victoire éclatante.
- Ne rêve pas trop. »
Il se redressa.
« Dans dix minutes, sur la terrasse.
- Ok Princesse. Mais prépare-toi à cracher tes poumons.
- Ne me provoque pas trop, si tu te perds dans le bois je risque de ne pas venir de chercher.
- Je gueule trop fort, personne ne pourrait passer à côté sans me remarquer. Et je risquerais de venir hanter tes prochaines vacances. »
Il lui sourit à son tour. Cela lui avait manqué d'avoir quelqu'un qui lui tienne tête comme ça.
o~~O~~o
« Je dois bien reconnaitre que tu as gardé la forme, souffla-t-il.
- Et moi je te trouve mou pour un entraineur.
- Va te faire foutre. »
Ils transpiraient à grosses gouttes malgré la fraicheur du matin. Le souffle de Kenpachi était irrégulier à cause du sprint qu'il venait de faire. Il l'avait provoqué alors il avait riposté. Il n'allait pas se laisser malmener chez lui tout de même. Il connaissait ces chemins et ces arbres à la perfection, ils n'avaient guère changé depuis qu'il courrait ici.
« Ça me rappelle de bons souvenirs de te voir coiffé comme ça. Ça te va bien les cheveux attachés.
- Je me vois mal aller au travail avec une queue de cheval, après Yuzu risquerait de vouloir de servir de moi comme tête à coiffer.
- C'est les risques du métier. C'est super grand comme jardin… Parc ? Comment on appelle ça ? On aura bien fait dix kilomètres sans avoir à revenir sur nos pas.
- Je sais comment rallonger le trajet. Toi qui te vantais tant, je ne pensais pas que tu serais si vite épuisé.
- Je suis pas fatigué, je discute. Et puis je commence à avoir faim, ralla-t-il. J'aurais bien aimé tirer Ichigo du lit pour l'envoyer courir lui aussi, faut le maintenir en forme ce petit.
- Ne l'énerve pas si tu veux qu'il participe au tournoi de cette après-midi. Encore faut-il que Rukia soit arrivée…
- C'est toujours ta petite sœur mais c'est plus un bébé, tu devrais pas t'inquiéter comme ça. »
Ils ralentirent le rythme dans la pente, ils se rapprochaient du manoir.
« C'est quoi ce bâtiment ? D'autres chambres ?
- Les bains et l'ancienne laverie. »
Kenpachi haussa les sourcils.
« Si loin de la maison ? C'est les bains que tu m'avais promis ? Parce que jusqu'à maintenant je n'ai vu qu'une douche. Grande certes, mais une douche.
- C'est là que se trouve la source thermale, confirma-t-il. Le bassin est à l'extérieur, on pouvait difficilement construire une maison autour. C'est plutôt calme et tranquille. L'eau a été captée pour approvisionner le manoir.
- J'ai bien envie de tester ça… Ce soir, tous les deux ? Je voudrais bien t'admirer à la lumière de la lune.
- Tu es un incorrigible romantique, tu m'avais caché ça.
- Attend que je t'offre des fleurs pour la Saint-Valentin.
- J'attends de voir ça.
- J'espère un cadeau en retour aussi, prévint-il. Je suis pas difficile tu sais… »
Un rire lui échappa. Il devinait sans mal ce qui pourrait plaire à son amant. Ce petit changement de respiration dérégla la mécanique, il eut du mal à retrouver son souffle. Peut-être qu'il serait bien de s'arrêter. Il aimait fanfaronner et agacer Kenny mais lui aussi arrivait dans ses limites physiques. Il était plus fatigué qu'il ne le pensait. Cela faisait-il si longtemps qu'il n'avait pas couru ?
Maintenant qu'il y repensait cela faisait quelques semaines qu'il tombait comme une masse. Etait-ce les chaleurs estivales qui perturbaient son rythme ? Avec les retards qu'il avait accumulé au travail et à jongler avec ses obligations, il n'avait pas pensé à faire son bilan médicale. Il serait bien qu'il y pense.
Une idée saugrenue lui traversa l'esprit : et s'il était enceint ? Ils utilisaient des préservatifs mais dans le feu de l'action, il y avait peut-être eu des oublis. Aucun ne lui revint en mémoire mais peut-être qu'il devrait vérifier. Avec Sôsuke, il ne s'en était jamais préoccupé car leurs rapports étaient épars et rarement passionnés. En y repensant c'était assez ennuyant. Sôsuke devait l'avoir ressenti avant lui, pas étonnant qu'il ait profité de l'occasion de sa promotion pour divorcer. Il lui avait fallu trouver quelqu'un avec qui il avait une parfaite alchimie pour se rappeler ce que s'était de prendre du plaisir avec un autre être.
L'idée continua de tourner dans son esprit, peut-être que la présence d'Ichigo dans cet endroit réveillait les souvenirs de son corps. Il pourrait toujours vérifier pour en avoir le cœur net.
Le manoir entra dans son champ de vision et chassa ses réflexions. Ils étaient revenus à leur point de départ côté terrasse. Il avait besoin d'une douche avant de prendre le petit déjeuner, hors de question de rester aussi poisseux. Ils arrêtèrent leur course avant d'arriver sur les graviers blancs qui entouraient le bâtiment. Le crissement sous leur pas attira l'attention. Le volet du petit salon s'entrouvrit et son père apparut : « Passez de ce côté, dit-il, le grand salon est occupé. »
Il s'étonna de cette nouvelle. Kenpachi salua son père et ils changèrent de direction.
« Nous avons de la visite ? Questionna-t-il.
- Rukia est arrivée, accompagnée, précise-t-il. Elle souhaitait faire des présentations en bonnes et dues forme.
- Je vois. Renji l'a accompagné finalement. »
Son père ouvrit de grands yeux et Kenpachi eut un haussement de sourcil.
« Tu étais déjà au courant ?
- J'avais des soupçons.
- Et tu ne m'a rien dit, soupira-t-il. Je me doutais qu'elle avait quelqu'un mais je ne pensais pas que je le connaissais.
- Les enfants sont réveillés ?
- Vous n'avez pas croisé Ichigo ? Il est parti courir lui aussi. Yuzu et Karin dorment encore, elles profitent de leurs vacances. »
Elles au moins.
Il ne le dit pas mais il l'entendit le penser très fort. Sôjun soupira.
« Nous avons le temps de nous rafraichir avant que le petit-déjeuner soit servi alors. »
Il n'ajouta rien, il semblait encore intrigué par le fait qu'il sache qui partageait la vie de sa sœur. S'il avait eu à travailler avec Renji il aurait compris, il était un livre ouvert sur ses sentiment pour elle. Il bafouillait dès qu'il les surprenait ensemble et des rougeurs apparaissaient aux joues de sa sœur. Il ne lui avait pas fallu longtemps pour comprendre de quoi il retournait. En même temps s'ils avaient voulu être discrets, ils ne se retrouveraient pas au bureau de Renji (juste à côté du sien) dès qu'ils en avaient l'occasion.
Ils se séparèrent au grand damne de son amant qui rêvait de l'accompagner mais le jour était trop avancé pour ça et la maisonnée pleine de yeux.
Ils se retrouvèrent un quart d'heure plus tard, propres et changés. Ils se rendirent au petit salon pour prendre un café. Son père y était attablé et lisait le journal du matin. Karin l'avait rejoint et sirotait un jus de fruit en regardant l'extérieur. Elle avait opté pour un style vestimentaire… Relâché. Un short cycliste et un t-shirt blanc, contrairement à Yuzu qui saisissait chaque occasion disponible pour mettre des robes à volant, elle préférait le confort et la simplicité. Elle tourna la tête vers eux et elle les salua. Elle semblait de meilleur humeur que la veille. Kenpachi lui avait parlé de ce qui la tracassait. Il s'était étonné que son amant y ait de suite pensé, elle était encore si jeune… Cela ne lui serait même pas venu à l'esprit mais il comprenait qu'elle souhaite en parler avec Rukia plutôt que lui. Elle était entourée d'homme, ce n'était pas évident d'évoquer ces changements.
Ils s'installèrent et se servir un café encore chaud. Hanatarô fit une apparition furtive, les salua et repartit chercher des plateaux de viennoiserie.
« Alors qu'avez-vous prévu pour ce matin ? Demanda Sôjun. »
Karin se mit à déballer son programme des vacances et ses envies pour ces quinze jours qui s'annonçait déjà court mais elle avait surtout hâte d'être l'après-midi pour assister à leur petit tournoi. Yuzu arriva et comme il s'y attendait elle portait une robe colorée avec des volants aux épaules, elle les salua mais ignora Karin. Elle ne s'assit pas à côté d'elle non plus, bien décidée à montrer son mécontentement. La brune soupira mais ne dit rien, elle devait trouver sa réaction justifiée ou ne souhaitait pas envenimer la situation. Un début de déclaration de paix. C'était plutôt encourageant.
Des pas s'élevèrent dans le couloir et tous les yeux se tournèrent vers la porte. Ginrei et Hiro furent les premiers à entrer et deux autres visages familiers les suivirent. Le plus amusant fut de voir Renji arriver en costume cravate. Cela faisait longtemps qu'il avait oublié la cravate au travail sauf pour les grandes occasions. Il avait voulu faire bon effet, combien de temps tiendrait-il par cette chaleur ?
« Tata ! S'exclama Yuzu. Euh… Bonjour Renji.
- Salut tata, salut Renji. »
Pour ajouter au comique de la situation.
« Bonjour Renji, reprit-t-il. »
Kenpachi imita le mouvement même s'il ne l'avait pas vu, il lui avait parlé de lui.
« Bonjour Rukia, Renji. »
Rukia sembla un peu déçue : « On dirait que je n'ai pas besoin de présenter mon petit copain.
- Vous êtes ensemble, sourit Yuzu, c'est merveilleux !
- Depuis le temps… Commenta Karin. »
Elles échangèrent un regard complices avant que Yuzu ne se ravise et recommence à bouder. Elle avait la rancune tenace, d'où pouvait-elle bien tenir ça… Il valait mieux ne pas poser la question. La réponse lui déplairait. Les deux arrivants semblèrent enfin remarquer la présence de Kenpachi. Comment ne pas le remarquer. Renji, cependant, fit un long arrêt en le fixant. Assez long pour l'inquiéter.
« Vous… Vous êtes Kenpachi Zaraki ?
- Oui… Enchanté. »
Kenpachi le regarda à la recherche de réponse mais il ne savait pas à quoi s'attendre.
« Excusez-moi, c'est juste que je suis de près les compétitions de kendo et… Vous êtes un des meilleurs, si ce n'est le meilleur bretteur du monde alors... »
Il le voyait bien, Renji luttait contre l'euphorie qui l'envahissait. Il saluait ses efforts pour rester calme et continuer de faire bonne impression.
« Tu suivais juste les compétitions ou tu pratiquais aussi ? »
La subtilité et l'art de la conversation pouvait aller se rhabiller.
« J'ai pratiqué tout au long du collège et lycée, j'ai fait quelques compétitions inter-lycée.
- Je crois qu'on a trouvé un nouveau joueur. »
Kenpachi regarda les filles qui approuvèrent l'idée mais la phrase de Renji apporta une réponse qu'il ne pensait jamais avoir. Rukia aussi avait participé à ces compétions et ils étaient du même âge, c'était peut-être là qu'ils s'étaient rencontrés. Cela n'était qu'une supposition mais cela expliquerait ses impressions.
« Un joueur pour ? Bredouilla Renji.
- On va faire un tournoi de kendo cette après-midi, sourit Yuzu. Nous voulions demander à Rukia mais puisque que tu es là aussi, tu pourrais participer, non ?
- Un tournoi ? Demanda Rukia.
- Oui, papa, Ichigo, grand-père, Kenpachi et maintenant vous deux.
- D'ailleurs Ichigo n'est pas encore revenu, commenta Kenpachi.
- Il ne devrait plus tarder, je l'ai entendu revenir. »
Rukia et Renji vinrent s'assoir. Il le voyait jeter des coups d'œil vers son amant. Il ne savait pas Renji si enthousiaste pour le kendo. Il en connaissait un qui risquait de vite s'agacer.
« Quand on parle du loup… »
Ichigo passa la tête dans l'entrebâillement de la porte.
« Bonjour… Bonjour Rukia, Renji. »
Il crut s'étouffer avec son café.
