2ème jour
Le lendemain au petit déjeuner, Wufei était toujours de mauvaise humeur et lorsqu'un troupeau de filles vint se placer à côté de lui, il sortit brutalement de table. Trowa semblait vouloir se noyer dans son bol de café et Duo allait s'étouffer dans son jus d'orange (euh, c'est pas dangereux de donner des vitamines à un surexcité ?) tellement il trouvait la situation hilarante. Heero ne cessait de murmurer « Pourvu que la mission s'achève vite, pourvu qu'elle s'achève vite… ». Et Quatre entama gentiment la conversation avec les filles.
Pendant ce temps, Wufei était parti prendre l'air.
« Toutes ces onnas ! Rien que de les voir, ça me rend fou ! »
Il avisa un banc libre dans un coin. Une fois assis, il respira profondément. Son comportement était indigne et compromettait leur mission. Il prit la résolution des faire des efforts : des vies dépendaient d'eux. A ce moment une voix le fit sursauter.
M – Dégage de là ! T'es sur mon banc !
Toutes se bonnes intentions s'évaporèrent instantanément.
W – C'est marqué nul part, les bancs sont à tout le monde ! répondit-il hargneusement.
Il regarda son agresseur. Une fille ! D'un coup d'œil il la détailla : contrairement aux autres filles qui étaient en uniforme, elle portait un pantalon noir, large et troué au niveau des genoux, accompagné de chaînes en argents qui pendaient sur ses hanches. Son pull lui aussi était noir et des bracelets à pointes ceignaient ses poignets.
M – T'es sourd ou quoi ? Bouge de là !
Ils se toisèrent. Onyx contre onyx. En réalité, à part le mascara et le crayon noir qui approfondissaient le regard de la fille, Wufei se dit que c'était son exact reflet dans le miroir.
W – T'es qui d'abord pour me parler toi ! répliqua-t-il.
La sonnerie retentit.
M – On se retrouvera, menaça-t-elle en s'éloignant.
W – Onna !
M – Pauvre mec !
Wufei retrouva ses compagnons devant la salle de maths, plus furax que jamais.
H – Tu étais passé où ?
W – Dans la cour.
D – Quoi de neuf Wu ? demanda-t-il en s'appuyant sur l'épaule de celui-ci.
W – Une sale fille a osé me donner des ordres ! Si j'avais eu mon sabre…
Il laissa planer le doute sur ce qu'il aurait fait.
T – Tu nous aurais fait repérer, acheva Trowa à sa place.
Ils allèrent s'asseoir à leur table et le cours commença.
« Il faut éloigner Wufei des filles sinon nous ne réussirons jamais » pensa Heero.
Après une demi heure, la porte s'ouvrit en grand et laissa passer la fille que Wufei venait de rencontrer.
ML – Miss Wong, je vous prierais d'arriver à l'heure et en silence, déclara M Lange, le prof de maths.
M – Et moi je vous prierais de me parler sur un autre ton, monsieur, fit-elle en allant s'asseoir tout au fond de la classe, non loin de Trowa.
Le prof ne sut ou n'eut pas le courage de lui répondre et reprit là où il en était.
W – Non, c'est elle, grogna Wufei.
Q – Elle qui ? demanda Quatre.
W – La fille de tout à l'heure.
D – Sérieux ? Elle est tout à fait craquante cette gothique. Faudra que tu me la présentes.
W – Assieds-toi sur le banc dans le coin dehors et tu verras.
ML – Un peu de silence s'il vous plaît ! tonna le prof. Ce chapitre est capital dans l'année, surtout pour vous qui venez d'arriver.
Ils durent donc se replonger dans les nombres complexes. Ou du moins faire mine. Heero établissait son plan pour le soir : « Sortir discrètement, forcer la serrure, pirater ordi, copier disque dur et repartir. J'oubliais, éviter les profs qui patrouillent : de vrais chiens de gardes ceux-là, pire que les soldats de Oz. Faut que j'emmène quelqu'un pour faire le guet ou pas ? »
Il regarda les autres G-boys. Quatre prenait des notes, Duo gribouillait et envoyait des petits mots, Wufei tapotait nerveusement la table avec son crayon et Trowa observait le tout. Leurs regards se croisèrent un instant. Puis il dû à nouveau faire semblant de s'intéresser au cours. Tout ça sans se douter qu'ils étaient observés eux aussi.
A la pause, Heero leur fit signe de se réunir sur un banc. Le banc justement situé dans le coin de la cour. Heero, Duo, Quatre et Wufei s'assirent dessus, Trowa s'appuya sur le chêne qui poussait à côté. Heero demanda un compte rendu sur ce début de matinée. Toujours rien à signaler.
W – Alerte rouge les gars, dit soudain Wufei.
En effet il venait d'apercevoir LA fille qui approchait.
M – Eh ! Si je t'ai dit de dégager ce matin, c'est pas pour que tu amènes tes potes après. T'as moins peur maintenant ?
S'en était trop pour Wufei qui se leva brusquement, prêt à frapper.
W – Tu me cherches ?
M – Hum. C'est bien connu, les roquets ça aboie plus que ça ne mord. Et je m'attaque pas à plus faible que moi.
Quatre s'interposa entre les deux.
Q – Et si on discutait tranquillement ? tenta-t-il.
M – Mais c'est ce que je fais, c'est pas de ma faute si ton copain a pas assez de neurones pour comprendre.
H – Wufei, calme-toi, ça ne sert à rien de s'énerver.
La situation dégénérait, il retint Wufei par le bras. Il ne fallait surtout pas attirer l'attention en provoquant une bagarre. Un énorme doute l'assaillit : et si justement le but de cette fille s'était de les obliger à se dévoiler.
M – Ecoute ton ami, tu ferais pas le poids de toutes façons.
Cette fois Heero et Quatre durent prendre Wufei à bras le corps pour l'empêcher de se jeter sur la jeune fille. Celle-ci avait gardé son air arrogant et provocateur.
W – Je vais la tuer ! fulmina Wufei essayant de se dégager.
T – Qui es-tu à la fin ? demanda Trowa.
M – Je suis Marion Wong, et je vous conseille de ne pas venir me chercher des noises. Ca passe pour aujourd'hui parce que vous êtes nouveaux mais demain… Vous devriez lui acheter une laisse, ajouta-t-elle en désignant Wufei.
Un surveillant arriva en courant.
Surv – Que se passe-t-il ici ? Vous croyez que c'est une arène de lutte ou quoi ? Venez avec moi tous les trois !
En voyant Heero, Quatre et Wufei, il avait cru qu'ils se battaient. Ceux-ci le suivirent sans discuter. Marion aborda un air satisfait. Duo secoua la tête et s'éloigna avec Trowa.
T – Cette fille m'intrigue, déclara Trowa lorsqu'il fut sûr d'être hors de porté de voix.
D – Quoi ! Tu t'intéresse à une fille ? s'exclama Duo.
T – Mais non, j'ai dit 'intrigue', protesta Trowa. Tu ne trouves pas ça bizarre qu'elle s'attaque à nous, comme ça sans raisons ?
D – Bah si, un peu. Mais en même temps si c'est son banc…
T – Il y a autre chose. Tu as remarqué la ressemblance entre elle et Wufei ?
D – Oui, bien sûr. Qu'est-ce que ça signifie d'après toi ?
T – Je l'ignore pour l'instant. J'espère qu'ils ne vont pas sanctionner Heero, Quatre et Wufei trop durement.
H – Une semaine de colle ! Mais c'est pas possible ! rugit Heero dans leur chambre le soir.
D – C'est pas la mort, rassura Duo, heureux de ne pas avoir commis de bourde pour une fois.
H – Mais les colles ont lieu le soir, toute la soirée ! T'aurais pas pu te contrôler Wufei !
W – J'ai été faible, cela ne se reproduira plus, fit-il d'un ton maussade.
H – Je l'espère bien !
T – Heero, intervint Trowa.
H – Quoi !
Trowa désigna Quatre. Celui-ci se tenait la tête tellement il avait mal.
H – Désolé Quatre.
Q – C'est pas grave, dit-il faiblement.
D – Tiens.
Duo lui tendit une serviette humide qu'il mit sur son front.
Q – Merci.
T – Pour ce qui est de ce soir, je peux y aller.
H – OK, on va faire comme ça. Mais gaffe à mon ordi !
Q – Du moment que Duo n'y touche pas, il n'y a pas de risques, plaisanta Quatre.
D – Sympa Quatre, j'men rappellerais, bougonna Duo. Et moi jfais quoi ce soir ?
T – Tu vas devoir rester là pour justifier mon absence si quelqu'un passe.
D – Rester là ! Ah la mort…
Q – Il est bientôt l'heure de la colle. On ferait mieux de ne pas être en retard.
W – Hn, grogna Wufei.
Les trois partirent.
D – Trowa, quand a lieu la réunion des ambassadeurs ?
T – Samedi.
D – Samedi ! Mais on est mardi déjà ! Je comprends pourquoi Heero était sur les nerfs.
T – Il n'est pas le seul.
D – Ouais, t'as raison, Wufei devrait voir plus souvent Sally.
Le français esquissa un sourire. Il regarda sa montre.
T – Il me reste deux heures avant de sortir, une partie de cartes ça te tente ?
D – Génial, enfin quelqu'un qui me laissera pas mourir d'ennui.
Une heure plus tard, on frappa à la porte.
Surv – C'est l'heure de dormir là-dedans.
Ils durent éteindre. Vers 22h, Trowa quitta la chambre. Cela correspondait à la fin du premier tour de garde. La prochaine aurait lieu une heure plus tard. Il avait largement le temps. A pas feutrés il approcha de la salle et força la serrure en deux temps trois mouvements. Il referma la porte en silence, posa l'ordinateur de Heero et pianota pour effectuer le transfert de fichiers. Il avait fini lorsqu'il sentit comme une présence derrière lui : il s'empara de son arme qu'il avait prit la précaution d'emporter et se retourna. Face à lui, une autre personne avec une arme braquée sur lui. Par le rayon de lune qui passait par la fenêtre, il reconnut Marion.
M – Que fais-tu là ?
T – Je te retourne la question.
M – Vous avez attiré mon attention tous les cinq. J'ai voulu en savoir plus. Et toi Trowa ?
T – Si je te le dis, je devrais te tuer ensuite.
M – Vraiment ? demanda-t-elle l'air faussement étonnée. Et si c'est moi qui presse la détente en premier ? Quoique, ce serait du gâchis.
En disant cela, elle sourit tout en le détaillant.
T – Qui es-tu ?
M – C'est la deuxième fois que tu me poses cette question. J'exécute ma mission tout comme toi, en bon soldat.
T – Et quelle est cette mission ?
M – Je vois, tu ne perds jamais ton but de vue. Malheureusement je ne peux pas te le dire non plus. Pas encore en tous cas.
Trowa fronça les sourcils, Marion se jouait d'eux, elle en savait plus qu'elle ne voulait bien le dire, en d'autres termes elle était dangereuse.
M – Et maintenant on fait quoi, on s'entre-tue dans le lycée. Ce n'est pas très discret pour votre couverture.
Soudain l'alarme incendie se déclencha.
M – Merde ! C'est un de tes copains qui a eu cette brillante idée ? reprocha Marion à Trowa.
Trowa ne répondit pas et se dirigea vers la porte. Des pas résonnaient déjà dans le couloir. Il réalisa que les responsables du lycée viendraient aussitôt dans la pièce où ils étaient : le serveur était là. Il alla se planquer derrière les étagères qui croulaient sous les dossiers. Marion s'y trouvait déjà. Deux personnes entrèrent.
Dir – Quelle alarme a été déclenchée ? demanda une voix grave.
Se – Celle qui se situe juste à côté de votre bureau M le Directeur, fit la deuxième personne, sans doute la secrétaire.
Dir – Mais il n'y a pas d'incendie, nous en venons ! tonna le directeur. Encore une blague des ces sales ados. Venez, allons les faire recoucher et revenons à nos activités.
La secrétaire gloussa et Marion murmura un truc du genre « traînée ». Puis Trowa et Marion se retrouvèrent à nouveau seuls.
M – Maintenant, si ça te dérange pas, je vais me coucher, dit Marion en rangeant son arme. Tchao beau gosse !
Trowa n'avait pas baissé sa vigilance mais il sentit que pour une obscure raison il pouvait lui faire confiance. Il la laissa donc partir et rejoignit leur chambre. A peine entré, Heero lui mit le grappin dessus.
H – Alors ?
T – Mission accomplie, répondit-il stoïquement en lui tendant l'ordi.
D – J'ai cru que tu t'étais fait avoir quand l'alarme a sonné.
T – C'était moins une, mais non. En revanche, ajouta-t-il en se retournant vers Wufei. Je n'étais pas le seul à vouloir pirater les systèmes, ta « copine » Marion était là aussi.
W – C'est pas ma copine !
Q – Au moins on sait qui est la personne à neutraliser maintenant.
T – Hum… Je n'en suis pas si sûr.
D – Comment ça ? s'étonna Duo.
T – Je ne sais pas, une intuition.
H – On sera fixé demain. Il n'y a pas cours l'après-midi, on la chopera en ville.
T – Qui te dis qu'elle sortira ?
H – Une intuition.
Heero lança la pique à Trowa qui préféra ne pas y répondre. Heero ne comprenait pas pourquoi le mercenaire attribuait plus d'importance à son intuition plutôt qu'aux faits. Ce n'était pas son genre. Il devrait lui en parler plus tard. Dans tous les cas, la mission s'achèverait le lendemain. Marion était leur cible et elle était d'autant plus dangereuse qu'elle savait qui ils étaient et qu'elle se méfierait sûrement. Il décida quand même de jeter un coup d'œil sur les fichiers du lycée, juste par acquis de conscience. En commençant par cette fille, et il nota qu'elle avait mieux préparé son coup qu'eux : elle était en place depuis début septembre. Il pianota jusqu'à trois heures du matin. Les autres s'étaient endormis, tous sauf Trowa, il le savait.
H – Trowa ?
T – Hum.
H – Pourquoi ne l'as-tu pas éliminée quand tu en as eu l'occasion ?
T – Une exécution dans un lycée, ce n'est pas discret. Elle m'en a même fait la remarque.
H – Tu pouvais toujours la neutraliser.
Il y eut un silence.
T – Heero, lorsque tu as eu la possibilité de tuer Réléna ou même qu'elle se fasse tuer sans que tu interviennes, tu ne l'as pas fait.
H – Ce n'est pas pareil, pourquoi tu me rappelles ça d'ailleurs ?
T – Je crois que c'est un peu la même chose qu'il m'arrive. Marion représente un danger, seulement, j'ai confiance en elle. C'est paradoxal et je n'arrive pas à comprendre.
H – Hn. N'oublie pas, elle doit mourir pour préserver la paix.
T – Je sais.
La discussion fut close.
