4ème jour

D – Viens Quatre, je vais d'apprendre à forcer une serrure comme un pro. Heero fera le gardien. Euh, un gardien genre ramolo, pas un gardien perfect soldier hein ?

H – Hn.

C'était la pause de la matinée. Tandis que Heero, Duo et Quatre préparaient le coup du midi, Trowa lisait un livre, assis sur le dossier du banc de Marion. Et Wufei… Wufei s'était planqué quelque part. Où ? Personne ne le saura jamais et pourquoi ? Ca non plus on ne saura jamais. Enfin c'est ce qu'il espérait.

M – Non mais c'est pas vrai, vous le faites exprès ou quoi ? Je vous ai dit que c'était mon banc, je ne vois ce qu'il y a de compliqué à comprendre. Alors pourquoi faut toujours qu'il y en ait un qui vienne ?

Trowa ne répondit pas. Il ne détourna même pas les yeux des lignes qu'il était en train de lire. En voyant ça, Marion poussa un soupir et s'assit à côté de lui. Il remarqua qu'elle s'installa avec une certaine raideur. Elle aussi sortit un bouquin.

T – Ta blessure ne te fait pas trop souffrir ? demanda-t-il à voix basse.

M – Duo vous a fait son rapport. J'ai connu pire mais c'est vrai que ça fait un mal de chien.

De l'extérieur, personne n'aurait pu voir qu'ils discutaient ensemble tellement ils remuaient peu les lèvres (et en même temps ils étaient bien planqués derrière leur livre respectif).

T – Pourquoi ne nous dis-tu pas qui tu es en réalité ? Cela nous ferait gagner du temps de chaque côté. Et t'éviterait des risques inutiles, déclara-t-il sombrement.

Un éclair de surprise passa sur le visage de Marion mais disparut presque aussitôt.

M – Ce n'est pas aussi simple. De quel côté me vois-tu toi ?

T – Tu n'es pas notre ennemi, mais es-tu notre alliée ? Je ne sais pas. Pourquoi tout est compliqué lorsqu'il s'agit de toi ?

M – Je suis comme ça c'est tout. Et puis les risques, c'est ce qui met du piquant dans la vie.

Elle eut un petit rire.

T – Ecoute, je vais te parler franchement, j'essaye de te protéger comme je le peux face aux autres, mais ça ne suffira pas. Retire-toi tout de suite si tu veux rester en vie.

M – Tu… me protèges ? hésita-t-elle. C'est étrange, personne ne m'a jamais protégée. Et aujourd'hui, alors que je pense être assez forte pour le faire moi-même… quelqu'un fait attention à moi… C'est vraiment… incompréhensible…

Le regret paraissait dans sa voix ainsi que la solitude. Ces trois phrases serrèrent le cœur de Trowa pour une raison inconnue de lui-même. Il préféra se lever et s'éloigner sans un mot.

La matinée s'acheva enfin et Quatre était prêt à passer à l'action. Personne ne le vit aller vers le dortoir des filles. Il força la serrure de la chambre de Marion sans efforts (il faut dire qu'il avait eu les meilleurs profs possibles), et entra. Marion était seule dans une chambre de quatre mais vu le bazar qu'il avait devant les yeux, il en douta un moment. Il y avait des affaires partout, des posters de travers collés aux murs ; des groupes de rock pour la plupart et un peu de mangas ; et aussi, un des lits était fracassé. Il se demanda par où il allait commencer ses recherches : il imaginait une chambre de fille toujours impeccable (c'était le cas de ses sœurs) et là… Il se dirigea vers l'armoire et ne repéra rien au premier abord. Un sac de sport bien rangé dans le coin de l'armoire attira néanmoins son attention. Il l'ouvrit et trouva… des armes de toutes sortes. Il y avait le choix entre les armes de poing, longues portées, petits ou gros calibres avec les munitions qui allaient avec. Il ne faisait plus aucun doute qu'elle n'était pas une simple étudiante. Mais en y repensant bien, eux aussi possédaient une réserve de ce genre. Il décida de continuer l'exploration. Il trouva dans la poubelle des draps imbibés de sang. Elle avait visiblement beaucoup saigné…

Les autres devaient faire diversion mais Heero ne pu pas y prendre part. Dans les couloirs un jeune fille blonde accompagnée d'une copine blonde elle aussi et avec des sourcils démesurés l'aborda.

R – Salut Heero, est-ce que je pourrais te parler deux minutes ?

Ce n'était pas la première fois qu'il la croisait mais en voyant la lueur dans les yeux de Réléna et la tête de Dorothy, la copine, il sentit les pulsations de son cœur augmenter comme pour dire « Alerte, alerte, danger ! ».

H – Non.

Dor – Tu as tort, j'écouterais si j'étais toi.

H – Et heureusement tu ne l'es pas.

Elle lui barra le passage et Réléna s'accrocha à son bras comme une sangsue.

R – Aller, viens !

Elle commença à l'entraîner et il se dit qu'il préférerait être entouré d'une dizaine de soldat de Oz que d'y aller.

T – Bon, on se retrouve après alors, lança Trowa.

Tous savaient que Heero ne pouvait pas se dérober : Réléna était la fille de l'ex-ministre des affaires étrangères Darlian. Et de plus reine de Sank, protectrice de la paix.

D – Le pauvre, il est pas sortit de l'auberge…

W – Et après on me dit qu'il faut être tolérant avec les filles, grogna Wufei.

T – Quelqu'un a vu Marion ? interrogea Trowa.

Ils jetèrent des coups d'œils autour d'eux mais ne la virent pas.

D – Peut-être qu'en se séparant on aura plus de chance, suggéra Duo.

Ils se séparèrent donc.

Dans la chambre, Quatre n'avait pas trouvé d'autres éléments compromettant. Mais il lui restait encore le bureau et la commode. Il y avait de nombreuses feuilles étalées dur le bureau. « Elle dessine très bien » ne put-il s'empêcher de penser en remarquant les croquis qu'elle avait faits. Il en trouva même un de lui ! Mais il fronça les sourcils en lisant une lettre qui avait sûrement été écrite la veille.

« Très cher frère, cesse donc de me rejeter, accepte la vérité et ne te voile pas la face. Tu sais de quel côté je suis. Ne me trahi pas. K. »

Ainsi Marion avait un frère dans le lycée. Le fait qu'elle mentionne la notion de 'côté' le rendit perplexe. Il abandonna la lettre et se dirigea vers la commode. Le premier tiroir ne contenait que des chaussettes. Le second de la lingerie fine. Il rougit en fouillant dedans pour vérifier qu'il n'y avait rien de suspect. Et se coupa.

M – Bonne cachette pour des poignards n'est-ce pas ?

Quatre sursauta, une fois de plus son empathie ne l'avait pas sentie.

M – Je peux savoir ce que tu fabriques dans ma chambre en train de fouiller dans mes sous-vêtements en dentelle ?

Quatre balbutia une excuse, plus rouge que jamais.

M – Sois pas si gêné que ça, je comprends pourquoi tu l'as fait. Vous ne savez toujours pas si on peut me faire confiance ou pas, il faut des informations, c'est normal. Fais voir ton doigt.

Elle prit la main.

M – Oh, c'est rien, tiens.

Elle lui tendit un pansement.

Q – Merci. Donc tu savais que l'un d'entre nous tenterait de venir ici aujourd'hui ?

Pouvait-elle lire les pensées ou était-ce un hasard ?

M – Aujourd'hui, demain, un jour ou l'autre, qu'est-ce que j'en sais ? Mais c'était sûr que vous le feriez. Et arrête de chercher à connaître mes émotions, tu t'épuises pour rien.

En effet, depuis qu'il l'avait vu, il essayait d'entrer en contact avec son cœur. Elle ne pouvait peut-être pas lire les pensées, mais elle possédait un pouvoir psychique, c'était certain.

Q – Tu es une new type aussi alors ?

M – Ouais. Je suis télépathe, mais pas au sens qu'on l'entend habituellement. Je peux forcer les gens à faire ce que je veux mais pas savoir ce qu'il pense. Tes amis n'ont pas d'inquiétudes à avoir là-dessus. Et à mes heures perdues, je fais un peu de télékinésie.

Le tiroir se referma violemment sans que Quatre n'y ait touché.

Q – Impressionnant, souffla-t-il. Mais pourquoi venir ici et agir par toi-même alors que tu pourrais très bien envoyer quelqu'un à ta place ?

M – Cela demanderait trop d'énergie et de concentration. De plus, il n'y a aucun honneur à agir à travers quelqu'un d'autre.

Elle n'était pas tombée dans le piège, elle n'avait pas avoué qu'elle tenterait de tuer quelqu'un. Seulement qu'elle agirait.

M – Veux-tu te retourner s'il te plaît ? Il faut que je change mon pansement et vu comment tu rougissais devant mon tiroir, mieux vaut pas que tu me vois à moitié nue, tu ferais une attaque, plaisanta-t-elle.

Il se retourna. Mais bien sûr, ils n'y avaient pas pensé, il fallait qu'elle refasse son bandage, seule, elle ne pouvait pas aller à l'infirmerie !

Q – Je peux t'aider si tu veux, intervint-il quand il l'entendit pester (en chinois, tiens, tiens).

M – C'est pas de refus.

Il évita soigneusement de regarder ailleurs que la blessure. Celle-ci était plutôt profonde mais parfaitement nettoyée et commençait déjà à cicatriser. Il lui remit les bandes en place.

M – Merci Quatre. Tu devais rejoindre les autres maintenant. Tu sais qui je suis.

Les cours de l'après-midi durèrent des plombes, surtout qu'ils finissaient à 18h30. Et ils n'eurent pas de pause pour pouvoir discuter.

Au dîner, ils s'installèrent dans un coin plutôt calme du self.

W – Alors Quatre ? commença Wufei sans préambule.

Q – Et bien, elle possède tout un arsenal d'armes et elle m'a révélé d'elle-même qu'elle a des aptitudes psychiques.

H – Quel genre ?

Q – Télékinésie et un peu de télépathie, mais elle ne fait qu'imposer des pensées, elle ne les lit pas.

H – C'est ce qu'elle t'a bien voulu faire croire. En tout cas ça explique pourquoi tu voulais lui faire confiance Trowa, elle a contrôlé tes pensées.

Q – Pas possible, cela lui pompe trop d'énergie. Est-ce qu'elle t'a semblé fatiguée ?

T – Non, pas du tout.

D – Bon alors, elle est amie ou ennemie ?

H – Elle est ennemie jusqu'à preuve du contraire.

Wufei grogna son approbation.

Q – Non c'est une alliée, elle me l'a montré.

T – Comment ?

Q – Elle m'a ouvert son cœur l'espace d'un instant. Wufei il faudrait que je te parle.

Le chinois se demanda pourquoi Quatre devait lui parler mais n'en fit rien transparaître. Malgré tout, il craignait cette discussion, Quatre avait sûrement découvert quelque chose.