5ème jour : première partie
Au matin, tout le monde ne parlait plus que d'une seule chose : la réunion des ambassadeurs était avancée au soir même. Tous étaient très excités dans l'espoir de se faire remarquer.
Heero avait décidé de sécher les cours à cause de l'imminence de la réunion et ils étaient tous restés dans leur chambre.
H – Les ambassadeurs arrivent à 19h30 et vont discuter avec les élèves. La réunion commence à 20h30. Marion pourra agir quand elle le voudra.
D – Heu, on peut pas dire le tueur ? On est toujours pas sûr que ce soit Marion, protesta Duo.
T – Agir pendant que les ambassadeurs déambuleront parmi les élèves est trop risqué. D'ailleurs il faut un moyen de grande envergure pour les éliminer tous à la fois.
H – Qu'est-ce que tu suggères ?
T – Du poison dans les toasts qui seront distribués aux ambassadeurs durant la réunion ou alors une bombe.
W – Dans ce cas, elle est peut-être installée depuis longtemps ! s'écria Wufei.
H – Non, elle… enfin le tueur n'est pas stupide, une bombe posée trop à l'avance à plus de chance de perdre ses qualités et encore plus d'être découverte avant le moment J.
Q – Alors le plus plausible serait une bombe mais où ça ?
H – En-dessous du centre de l'amphithéâtre, c'est là qu'il faut la mettre pour faire le plus de dégâts possibles. Nous agirons à l'arrivé des ambassadeurs, je pense que ça suffira pour trouver et désamorcer la bombe.
Q – Je peux juste faire remarquer un truc. Il n'y avait rien pour faire une bombe dans la chambre de Marion.
Heero haussa les épaules.
M – Je confirme.
Les cinq garçons se retournèrent avec stupeur vers la fenêtre ouverte. Marion était assise tranquillement sur le rebord avec une bouteille dans la main.
M – Mais je suis d'accord, une bombe serait le meilleur moyen d'éliminer le plus de représentants de la paix, ajouta-t-elle.
H – Qu'est-ce que tu veux ?
M – Je suis venue voir comment vous vous débrouillez. Vous êtes toujours dans le brouillard n'est-ce pas ? Vous ne savez toujours pas qui et comment. Il faut vous dépêcher, la réunion a été avancée à ce soir.
Elle eut un sourire en coin et avala une gorgée de bière.
W – A quoi joues-tu ? Nous savons parfaitement que c'est toi.
M – Tu sais ou alors tu t'en es persuadé ? Tu es sûr que c'est moi qui joue à un jeu ?
Elle jeta un coup d'œil à Quatre et celui-ci détourna les yeux.
D – Marion, est-ce que tu sais qui est la personne que nous recherchons ? demanda soudain Duo.
M – C'est probable. En tout cas j'ai plus de certitude que vous à mon sujet.
T – Qui est-ce ?
M – Je préfère ne rien vous dire. Ce serait embêtant que Heero la tue alors que ce n'était en fait pas elle du tout… Oh mince !
Un tache de sang était apparu sur son débardeur.
M – Désolée je dois vous laisser, je dois refaire mon bandage. A moins que tu ne veuilles le faire Quatre.
Elle ne le laissa pas répondre et reprit son escalade pour rejoindre sa chambre avec l'agilité d'un félin.
D – Heu… Quatre elle voulait dire quoi là ?
On eut à nouveau droit à un Quatre rouge écrevisse. Il prit une grande inspiration.
Q – En fait, si elle est revenue dans sa chambre à l'origine, c'était pour refaire ses bandages. Au début elle m'a surpris en train de fouiller dans ses tiroirs (il ne précisa pas lequel) et puis après comme elle n'arrivait pas à mettre les pansements correctement je l'ai aidé c'est tout.
Heero se leva sans crier gare et sortit de la chambre en claquant la porte.
D – Hey Heero ! Je vais le chercher, fit-il à l'adresse des autres.
Trowa le regarda sortir mais il avait la tête ailleurs. Il ne savait pas pourquoi mais le fait que Quatre ait eu un contact aussi proche avec Marion lui pinça le cœur.
T – Je vais faire un tour, déclara-t-il abruptement.
Il laissa Quatre et Wufei seul tous les deux et alla marcher.
Q – On a fait quelque chose de mal ? interrogea Quatre.
W – Tu as fait quelque chose de mal. Pourquoi as-tu aidé cette fille ? reprocha le chinois. C'est quoi le papier là-bas ?
Il désigna du doigt un quart de feuille en-dessous de la fenêtre. Quatre le saisit et vit le nom de Wufei marqué dessus.
Q – C'est pour toi.
Il lui tendit. Wufei le parcourut rapidement des yeux et le jeta furieusement dans la poubelle la plus proche.
Q – Tu ne devrais pas, continua Quatre.
W – Je ne devrais pas quoi ?
Q – Rejeter ta sœur.
Wufei resta stupéfié.
W – Tu… tu es au courant ? Mais comment ?
Q – J'ai vu le mot que tu viens de lire sur son bureau. Et rien qu'en vous regardant, ça se voit. Vous êtes jumeaux ?
Wufei soupira, il aurait préféré que personne ne sache.
W – Oui. Nous avons été séparés à l'âge de trois ans. Elle a été élevée dans un dojo de L5 appartenant à la famille de ma mère pendant que j'étais éduqué dans mon clan paternel. Le dojo a été victime d'un gigantesque incendie et je la croyais morte depuis ce temps-là. Je devais avoir cinq ans à peu près. Pour moi je n'ai pas de sœur, encore moins une sœur qui combat contre la justice.
Il avait dit ces derniers mots avec rage et se tut. Jamais il n'avait parlé à quiconque de cette partie de sa vie. Quatre l'avait écouté sagement sans l'interrompre.
Q – Pourquoi n'as-tu rien dit avant ?
W – J'avais trop honte.
Q – Tu le sais depuis quand qu'elle est ta sœur ?
W – Le jour où Heero est revenu avec l'ordre de mission, j'ai appris qu'elle était vivante. J'essayai de me calmer dans le jardin ce jour-là quand j'ai entendu Duo…
Q – Et tu lui as couru après pendant cinq minutes, acheva Quatre dans un rire au souvenir de la mémorable course poursuite.
A la grande surprise de lui-même, Wufei rit aussi. Un poids s'était envolé de ses épaules et il se sentait beaucoup plus léger. Finalement, il avait bien fait de parler à Quatre.
Pendant ce temps Heero était allé se réfugier dans la salle informatique dans l'intention de faire des recherches approfondies sur Marion. Mais à son grand désarroi, il vit Dorothy, la copine de Réléna. Il tenta de l'esquiver mais elle le vit et l'invita à s'asseoir à côté de lui. Sa dernière entrevue avec elle et Réléna avait été l'horreur : Réléna lui avait déclamé son amour brûlant et Dorothy ne cessait d'essayer de la convaincre d'accepter les avances. Il s'assit avec lourdeur se préparant au pire.
Dor – Je sais qui vous cherchez.
Heero tressaillit légèrement.
Dor – Je sais que vous êtes là pour protéger les ambassadeurs, c'est mon cas moi aussi, reprit-elle. J'ignore ce que vous allez tenter mais le temps presse alors j'ai décidé d'intervenir. La tueuse qui est sur place est Marion. Tu la connais bien sûr, j'ai entendu dire que vous aviez eu une altercation avec elle.
Elle avait dit tout d'une traite sans reprendre son souffle.
H – Tu penses que je vais croire sur parole tes dires ?
Dor – Bien sûr que oui puisque cela confirme tes soupçons. Il ne vous reste plus qu'à la neutraliser.
H – Tu es là depuis bien plus longtemps que nous. Pourquoi ne l'as-tu pas déjà fait ? fit remarquer Heero.
Dor – Ce n'est pas faute d'avoir essayé, mais cette fille a reçu un entraînement extrêmement difficile à contrer et je crains hélas de pas être à la hauteur. D'ailleurs, chacune sait qui est l'autre, nous nous sommes dévoilées et c'est là une deuxième difficulté.
H – Pourquoi crois-tu que nous y arriverons ?
Dor – Vous êtes cinq, beaucoup plus entraînés que moi, et je pense, plus qu'elle également. Cela te suffit comme raison ?
Heero était resté méfiant depuis le début, mais ce que lui révélait Dorothy était logique et complètement plausible. De plus, il en était certain, c'était bien Marion l'assassin. Il n'avait pas besoin de Dorothy pour le savoir.
H – Très bien, je m'en souviendrais, déclara-t-il en se levant pour partir.
Dor – Au fait Heero, n'oublie pas que Réléna compte sur toi demain soir, lui rappela-t-elle à voix haute pour être sûre que tout le monde aux alentours l'entendrait.
Heero murmura un vague « oui, oui » et s'éloigna pour préparer son coup. Il vit arriver Duo au coin du couloir.
D – Ah bah te voilà enfin !
H – Viens, on a du boulot, le coupa-t-il.
