Notes : Je tiens à vous avertir tout de suite : j'ai chialé comme une madeleine pour écrire le début ! Ames sensibles, munissez-vous d'un paquet de mouchoirs !
Remerciements :
Kveld : Ben, la voilà, la suite ! Merci du compliment.
Noa Dark : Moi aussi, j'aime beaucoup les voyages dans le temps ! J'espère que tu aimeras ce chapitre.
Thestral : Si tu es triste pour Hermione et Hagrid, permets-moi de te répéter ce que j'ai marqué au-dessus : sors les mouchoirs ! Personnellement, je pensais vraiment avoir du mal à décrire le comportement des Maraudeurs, mais tout compte fait, je me débrouille pas si mal. Et il faut dire que je m'en donne à cœur joie avec Sirius !
Chen : Encore une qui me met dans ses fics préférées ! Merci beaucoup ! ^_^ Je pense quand même que c'est important de savoir ce qui se passe dans le tome 5, histoire de ne pas gâcher la surprise si je fais allusion plus tard à un des évènements majeurs.
Tylilna : Décidément, tout le monde aime Sirius ! Voilà le chapitre 3, mais je pense que je vais rester à un délai de un chapitre tous les deux jours. Tu survivras ? lol
Ash_of_Mine : C'est vrai que j'ai beaucoup de mal à cadrer Sirius avec celui qui nous est présenté dans le tome 5. J'essaie quand même de ne pas trop m'en éloigner, mais il est plus marrant comme ça, non ? La vérité va (en partie) leur éclater à la figure à la fin de ce chapitre ! D'ailleurs, je pense appeler le chapitre 4 : " Où le reste du monde découvre l'existence de Harry Davies ". Tu vois le genre… La seconde rencontre entre Albus et Harry est dans ce chapitre comme je te l'avais promis, et elle est beaucoup plus déterminante ! Je suis heureuse que ma cadence satisfasse tout le monde, je m'étonne moi-même d'y arriver. Ma sœur en est ravie, elle a les chapitres encore plus en avance que tout le monde, tu imagines !
Tolede : Rémus, comme tu vas le voir dans le chapitre suivant, quand même un peu de mal à rester soupçonneux. Les débuts de Harry en tant que professeur sont ici, mais c'est plus détaillé au prochain chapitre.
Marie-Jo : Contente que ça te réjouisse ! J'avais peur que certains n'apprécient pas le concept, mais je trouve que c'est injuste de virer Peter comme ça…
Tangerinedream : Waow ! Ca a l'air de te mettre dans un de ces états ! O_O Remarque bien, ça m'arrive souvent d'être également aussi excitée qu'une puce pendant que j'écris ou que je relis !
Vert : Ouf ! Encore un qui ne veux pas faire dégager Peter ! Contente d'avoir visé juste ! Cette fic-là, la première partie, racontera la septième année des Maraudeurs, et la deuxième partie se poursuivra… Bah, je te dirais ça à la fin de la première, où je casse tout le suspens, lol ! David Eddings est effectivement un auteur, non de SF, en tout cas je ne crois pas, mais d'héroic-fantasy. Il a notamment écrit La Belgariade et La Mallorée. Dommage, t'étais pas loin ! Tu as eu ce chapitre avant lundi, ça te va ? ^-^
… : Heu… Ben merci alors '…', lol.
Fumseck : Moi, je dis : Vive le copier-coller, hein… Enfin, la voilà, pas la peine de submerger !
Chlote : Et encore un partisan du club de Changez Peter ! Je suis flattée, ça fait déjà trois membres ! Moi qui pensais que ça n'allait pas attirer les foules… La vérité sur le passé de Harry est dévoilé peu à peu, et on en a un petit bout au début de ce chapitre, mais la réplique de Harry dans le prologue devrait t'éclairer : quand il dit qu'il n'a rien à perdre… On voit vraiment ce que donne les cours de Harry un peu à la fin de ce chapitre et surtout au début du suivant. Merci, je vais finir par croire que Sirius va devenir le perso central de cette fic ! lol
ThTomeWriter : D'accord, d'accord, le voilà ! Retiens ta colère, oh, Jupiter ! lol
Hixe : Comment ça, " qui se fait attendre " ? Dix pages Word tous les deux jours, c'est pas assez ? O_O Bande d'esclavagistes !
Crystalia : Merchiii ! ^_^
Pedrito : Désolée, tu as du attendre jusqu'à aujourd'hui ! Navrée mais je suis pas une machine, quand même ! ^_^
Sombrekarma : Merci pour tout ces compliments, et en ce qui me concerne, je ne pense vraiment pas abandonner en plein milieu, surtout vu le succès que j'ai, et ce serait contraire à l'avis de ma conscience. Or, je l'écoute souvent, ma conscience, et elle me dit de ne pas lâcher mes lecteurs ! Et puis, ça me plait autant de l'écrire qu'à vous de la lire, alors… Je sais pas si j'arriverais à soutenir le rythme, mais pour l'instant j'ai l'air bien partie pour !
Merci à tous pour toutes ces merveilleuses reviews, je vous adore ! Allez, bonne lecture !
MàJ du 16/05/2013 : Correction des balises.
Chapitre 3 : Où il est prouvé que le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt.
" Tu es vraiment sûr de vouloir le faire, Rémus ? "
Le loup-garou se tourna vers Harry, souriant de son air fatigué qui lui était propre.
" S'il y a une chance que Queudver soit là-bas, je dois y aller, Harry. "
" Tu sais très bien que ça pourrait être un piège ! Si au moins je pouvais t'accompagner... "
" Allons, Harry, tu dois continuer à suivre tes cours ou tu ne deviendras jamais Auror. "
" Je sais, mais... "
" Harry, Ron sera avec moi. On se protègera mutuellement si jamais quelque chose arrive, n'est-ce pas ? "
" Tu sais très bien qu'il n'est plus le même depuis la mort d'Hermione. Il l'aimait tellement... "
" Et toi aussi, Harry, même si ce n'était pas de la même façon. Mais nous ferons payer cela à Voldemort au centuple, n'est-ce pas ? "
Harry resta un instant silencieux, puis sourit tristement.
" Tu as encore réussi à détourner la conversation, pas vrai ? Ca ne me dit vraiment rien de te laisser partir seul avec Ron quand il est dans cet état. "
" Harry... "
Rémus prit le visage du fils de son meilleur ami et le tourna vers lui.
" Nous n'y pouvons rien. C'est la guerre. Toi, tu vas continuer ton apprentissage et devenir plus fort pour pouvoir mieux défendre tous ceux pour qui tu t'inquiètes. Je suis heureux que tu me comptes dans le lot, mais je veux moi aussi me rendre utile contre les Mangemorts. Tu comprends cela, n'est-ce pas ? "
Harry hocha lentement la tête, mais il avait si mal qu'il aurait pu hurler. Il savait que quelque chose allait mal se passer. Il regarda Rémus partir sans se retourner, les yeux pleins de détresse...
... Quatre heures plus tard, il était sur le champ de bataille. Une demi-dizaine de cadavres de Mangemorts gisaient à terre, dont celui de Queudver, sa main d'argent encore crispée sur sa baguette. Harry ne réagit pas alors qu'une équipe de Médicomages soulevaient Ron pour l'installer sur une civière. Il fixait le corps de Rémus, allongé paisiblement près de son ancien ami qu'il avait probablement tué lui-même, les yeux fermés pour toujours. Son visage, plongé dans la paix de l'autre monde, se découpa comme gravé en traits de sang sur ses paupières lorsqu'il ferma les yeux. C'était la fin des Maraudeurs...
... A partir de ce moment, Ron sembla aller de mal en pis. La mort de la femme qu'il aimait couplée à celle de cet homme qu'il respectait, et qu'il avait lui-même vu tomber au combat, sembla le plonger dans une sorte d'apathie dont il ne sortait que durant les combats. A ces moments, en revanche, on pouvait le voir se jeter au cœur des batailles sans aucune préoccupation de sa propre sécurité. Harry ne put rien faire pour empêcher ses crises de berserker, et bientôt Ron se mit à rechercher les occasions de se battre, comme pressé d'en finir.
Harry retrouva son corps au côté de celui de Neville après la troisième attaque contre le Ministère. Tremblant, il se força à s'agenouiller et à soulever sa tête sur ses genoux. Son meilleur ami ouvrit difficilement les paupières.
" C'est toi, mon vieux. On les a eus, hein ? "
" Oui, Ron. Ils sont partis. "
" Bon. Tant mieux. "
Il ferma les yeux un court instant et son visage se crispa de douleur. Harry allait lui conseiller de ne plus bouger quand il les rouvrit :
" Je vais la retrouver, pas vrai ? "
" ... Oui, Ron. Elle t'attend sûrement. "
" Ouais. "
Ron referma les yeux en souriant.
" Et elle va encore me dire que j'étais en retard... "
Il les rouvrit encore une fois.
" Tu règleras son compte à Voldie pour moi, hein ? "
La gorge bloquée par les larmes, Harry hocha la tête et réussit à croasser :
" Je te le promets. "
" Bien... Alors... au revoir... vieux. "
Les yeux de Ron se firent peu à peu vitreux, puis se refermèrent doucement. Sa tête retomba sur les genoux de Harry. Le Survivant se plia en deux sous la douleur qui irradia soudain sa poitrine. Au bout de longues minutes, sa gorge laissa échapper un long sanglot incontrôlable, et deux larmes, les premières depuis des mois, des années, coulèrent sur ses joues. Cette fois, il était vraiment seul...
Ravagé par la souffrance, il reposa la tête de Ron sur le sol de ses deux mains tremblantes, tenta de se relever de ses forces défaillantes, puis se laissa retomber à terre, plié en deux et sanglotant comme un enfant, des flots de larmes s'écoulant de ses yeux.
Seul...
Harry se réveilla en sursaut, entortillé dans ses draps trempés de sueur et le visage humide de ses pleurs. Sa gorge lui faisait mal, et il comprit qu'il devait avoir crié. Un minuscule recoin de son esprit se félicita d'avoir pensé à placer un sortilège d'insonorisation sur ses appartements avant de se coucher, mais il n'y prêta aucune attention, absorbé à éliminer les tremblements incontrôlables qui le secouaient et la boule qui semblait vouloir l'empêcher de respirer.
Il n'avait pas refait de rêves comme ceux-ci depuis qu'il avait utilisé la Tablette, mais il aurait dû se douter que cela ne saurait tarder. Un peu calmé, il se jura de passer à l'infirmerie demander une potion de sommeil sans rêves. Epuisé, il s'assit sur le bord de son lit et laissa tomber son visage entre ses mains. Il devait être environ trois heures du matin, et le château ne s'animerait probablement pas avant un bon moment. Mais il avait désespérément besoin de marcher, comme pour fuir ces souvenirs qui l'assaillaient sans cesse et dont il ne pouvait se débarrasser.
Il se leva lentement et attrapa une chemise et un pantalon propres, les enfila prestement et s'empara de sa cape. Comme d'habitude les jours qui suivaient ses mauvaises nuits, Harry s'était habillé entièrement en noir. Il lui aurait semblé en quelque sorte irrespectueux de faire autrement. Il sortit silencieusement de ses appartements et passa devant ceux de Thomson et O'Brien pour se diriger vers le Grand Hall. Arrivé là, il ouvrit doucement la porte et s'enfonça dans l'air glacé du parc.
Bien qu'il n'ait pas pris la précaution de bien se couvrir, il fut reconnaissant de la fraîcheur de la nuit qui lui permettait d'oublier quelque temps les soucis de son esprit pour ceux de son corps, bien moins douloureux. Quand l'effet commença à disparaître, il se mit à marcher sans but, simplement pour sentir ses jambes fatiguer et ses membres s'engourdir.
Il déambula ainsi une bonne heure dans les jardins avant de longer le bord du lac jusqu'à la lisière de la Forêt Interdite et de revenir. Quand son corps commença à crier grâce, il s'enveloppa dans sa cape et s'assit près de la berge, regardant fixement la surface calme du plan d'eau, à peine troublée de temps en temps par un remous, sans doute causé par le calmar géant parti en chasse ou un groupe de sirènes en balade. Un petit bruit l'informa que quelqu'un avait eu la même idée que lui et que sa vue l'avait fait battre en retraite. Mais Harry savait parfaitement bien ce qu'étaient les nuits agitées.
" Ne vous dérangez pas pour moi " dit-il sans se retourner. " Vous pouvez vous asseoir ici si vous voulez. "
Les bruits de pas discrets cessèrent.
" Vous ne me m'enlèverez pas de points pour être dehors aussi tôt ? " demanda une voix méfiante.
Harry se tourna vers l'adolescent dont le visage était caché dans l'ombre. Malgré tout, il aurait reconnu ce maintien entre mille : celui qui se tenait devant lui était Severus Rogue, un Severus Rogue âgé de dix-sept ans.
" Je crois que je suis mal placé pour vous faire la morale, vous ne croyez pas ? "
" Vous êtes Auror " répliqua Severus.
" Même les Aurors font des cauchemars. Si ce n'était pas le cas, je ne serais pas ici à une heure aussi impie du matin. "
Le Serpentard le fixa un instant du regard, indécis, mais Harry ne lui prêtait déjà plus attention, ses yeux de nouveau posés sur le lac devant lui. Severus hésita encore un peu, puis vint s'asseoir à quelques mètres de lui sans ajouter un mot.
Le silence régna quelques instants.
Harry savait qu'il ne servait à rien de rentrer au château, maintenant. Il n'avait jamais réussi à se rendormir après ça et ce n'était pas aujourd'hui que ça allait changer. Lassé de fixer le lac, il se renversa en arrière et s'allongea sur l'herbe fraîche, poussant un soupir involontaire quand il se sentit frissonner de froid. Inconsciemment, ses yeux partirent à la recherche de Mars sur la voûte céleste.
" Vous devez... "
Il tourna les yeux vers Severus, étonné qu'il prenne la parole.
" Vous devez vraiment faire des rêves terribles, n'est-ce pas ? "
" Pas plus que les vôtres. "
Severus tourna la tête vers lui, surpris par la réponse.
" En réalité, je pense que vos cauchemars me sembleraient dérisoires par rapport aux miens. "
" Mais alors... " dit le Serpentard en fronçant les sourcils.
" Laissez-moi finir " le coupa Harry. " La manière dont je réagirais si j'étais à votre place n'entre pas en ligne de compte. Ce qui est important, c'est que ce que vous avez ressenti en vous réveillant cette nuit était probablement très voisin de ce que moi j'ai ressenti. Comprenez-vous ? "
Severus le fixa un instant.
" Vous voulez dire que ce que j'ai vu dans mon rêve n'a que peu d'importance par rapport à la peur que j'en ai retirée ? "
" Parfaitement. "
" Mais cette peur a été provoquée par le rêve, pourtant... "
Harry se rassit. Il avait vécu tellement de choses étranges ces derniers temps que discuter philosophie au milieu de la nuit avec un Severus Rogue, un homme qu'il avait autrefois détesté, plus jeune de vingt ans que le jour de leur première rencontre, lui semblait à peine déplacé.
" Laissez-moi vous expliquer. Cette nuit, vous avez probablement rêvé d'une des choses qui vous fait le plus peur au monde. Exact ? "
Severus hocha la tête.
" Mais dans dix ans, pensez-vous que ce seront toujours les mêmes choses qui vous feront aussi peur ? "
Severus fronça les sourcils, interloqué.
" Je ne sais pas... "
" Il y a de fortes chances pour que plus votre expérience de la vie augmente, plus vous preniez conscience que ce que vous avez imaginé cette nuit n'est en réalité qu'une des nombreuses choses qui sont le plus à craindre pour vous. "
" J'estime que j'ai déjà bien assez d' " expérience de la vie "... " grommela sombrement le Serpentard.
" Sans doute, " répliqua doucement Harry, " et j'imagine que vous avez déjà beaucoup souffert. Mais il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir sur le monde... "
" Même pour vous ? " demanda Severus, goguenard.
" Bien sûr, même pour moi. Et même pour le professeur Dumbledore, j'en suis sûr. "
Severus le fixa, incrédule.
" Aucun être humain ne peut être omniscient, réalisez cela une bonne fois pour toutes. On peut tenter de s'en approcher le plus possible, mais en définitive, la connaissance n'apporte pas forcément le bonheur. Tout dépend de combien on est capable de supporter de la vérité... "
" Vous présentez la vérité comme une mauvaise chose. "
" Pensez-vous que ce soit une bonne chose ? "
Severus garda le silence, pris de court.
" Je pense qu'elle n'est ni bonne, ni mauvaise " poursuivit Harry. " Tout dépend de la personne qui reçoit cette vérité et de la manière dont elle y réagit. Imaginez par exemple que vous offriez un cadeau à un ami, et que celui-ci vous dise qu'il ne l'apprécie pas du tout... "
" Ce serait impoli ! "
" Mais ce serait la vérité. Comment pensez-vous que vous réagiriez ? "
" Je serais blessé, bien sûr. "
" Mais que feriez-vous ? "
Severus fronça les sourcils, pensif.
" Je pense que je lui offrirais un autre cadeau à la place. "
" C'est une des réactions possibles " hocha la tête Harry. " Et cela voudrait dire que vous accepteriez cette vérité. Mais quelqu'un d'autre aurait pu ne pas l'accepter, et se mettre en colère contre son ami. Comprenez-vous ? "
Severus leva les yeux vers lui.
" Vous essayez de me faire comprendre que chaque personne a une sorte de " seuil de tolérance " de la vérité ? "
" On peut définir cela comme ça, en effet. En revanche, je suis personnellement persuadé que personne, aucun homme, ne peut connaître toute la vérité sur le monde sans en devenir fou et se détruire de l'intérieur. "
Severus resta silencieux un instant.
" Pourtant nous essayons tous de mieux comprendre le monde auquel nous appartenons... "
" Oui, car cela nous aide à mieux vivre. Du moins, jusqu'à ce que nous ayons atteint ce que vous appelez notre " seuil de tolérance ". "
" Albus Dumbledore... "
" ... est probablement très proche d'atteindre, d'après moi, ce seuil, et à présent, il se sert de toute cette connaissance qu'il a emmagasiné afin d'aider les autres autour de lui à mieux vivre, au lieu de continuer à chercher une vérité qui finirait par le détruire. "
Un ange passa à nouveau et Harry en profita pour repérer finalement Mars, quelque part au-dessus de la lisière de la Forêt Interdite. Il eut une vague pensée pour les centaures et la manie qu'ils avaient de rechercher la vérité dans les étoiles, sans jamais essayer de s'en servir de quelque manière que ce soit. Ils étaient tellement obstinés que leur " seuil de tolérance " à eux était probablement situé plus haut que celui de la plupart des humains... Severus interrompit ses réflexions.
" Et vous ? "
Harry se tourna vers lui, étonné de la franchise de la question. Ses yeux se voilèrent légèrement quand il comprit quelle était la réponse qu'il devait donner.
" Sur bien des domaines, je crois que je suis réellement trop près d'atteindre mon seuil de tolérance. "
Severus le regardait fixement.
" Ainsi, pour en revenir à notre sujet de départ, " ajouta Harry pour faire diversion, " mes pires cauchemars sont un rappel de la réalité qu'au fond de moi, je ne parviens pas à accepter, et il en est de même pour vous et pour chacun des êtres humains. Pour certains, cette vérité est simplement plus nue que pour d'autres, mais elle provoque toujours en nous la même peur panique. Plus vous en apprendrez sur le monde, et plus vous apprendrez à accepter ce qui auparavant vous semblait intolérable. Mais de nouveaux éléments prendront alors la place de ce qui vous semble pour l'instant le pire... "
Harry tourna les yeux vers son interlocuteur, qui fixait le lac sans rien ajouter. Il devina qu'il ne le croyait qu'à moitié.
" Quel est votre nom ? " demanda-t-il doucement.
" Severus Rogue " répondit l'autre sans se retourner.
" Eh bien, Mr Rogue, vous apprendrez qu'il existe pire que la douleur physique ou la mort. "
La douleur physique ou la mort... Les Sortilèges Impardonnables. Surpris de la justesse de son observation, Severus se redressa et fixa l'Auror.
" Et qu'est-ce qu'il pourrait y avoir de pire ? " demanda-t-il, redoutant à moitié la réponse.
" ... Peut-être ne plus rien avoir pour lequel vivre, et ne pas pouvoir mourir... "
La phrase fut terminée dans un murmure, et Harry détourna brutalement les yeux. Il sentait le regard de Severus posé fixement sur lui.
" Avez-vous quelque chose pour lequel vivre, Mr Rogue ? " ajouta-t-il d'une voix étouffée.
Le Serpentard s'agita légèrement derrière lui, mais ne répondit pas.
" Je pense que oui " poursuivit Harry lui-même. " Protégez donc ce pour lequel vous vivez, et n'ayez pas peur de mourir. Ce n'est pas le pire qui puisse vous arriver. "
Le silence régna un instant.
" Vous devriez retourner à votre dortoir " conclut-il d'un ton léger. " Vous allez avoir des ennuis si on vous surprend dehors. "
" ... Et vous ? " demanda Severus d'un ton hésitant.
Harry se rendit compte que c'était la première fois qu'il entendait cette intonation dans la voix de celui qui avait été son professeur de potions.
" Je suis un Auror " répondit-il simplement sans se retourner.
Severus s'agita et parut sur le point d'ajouter quelque chose, mais il se ravisa visiblement, et Harry entendit bientôt le bruissement de l'herbe pendant qu'il s'éloignait à contrecœur. Il attendit que le bruit ne lui parvienne plus pour lever un bras et essuyer les larmes qui coulaient à nouveau sans tarir sur ses joues.
Un moment s'écoula avant qu'un toussotement dans son dos le fit sursauter. Il se retourna vivement et fixa Albus Dumbledore d'un air étonné.
" Puis-je m'asseoir ? " demanda le vieil homme en désignant l'herbe près de lui.
" Mais je vous en prie " réussit à dire Harry sans balbutier.
Le directeur s'installa confortablement puis le fixa d'un air sérieux.
" Vous avez un air épouvantable, mon garçon. "
Harry se rendit compte qu'avec ses cernes et ses yeux rougis, il ne devait effectivement pas sembler au mieux de sa forme.
" Je vous crois sur parole " répondit-il en souriant.
Il plongea une main dans le lac et se la passa sur les yeux, savourant la sensation de l'eau fraîche sur ses paupières brûlantes, puis les essuya de la manche de sa chemise. Il s'attendait à ce que le vieil homme lui demande ce qui le mettait dans cet état, mais il n'en fit rien, et Harry lui en fut reconnaissant.
" J'ai croisé l'un de nos élèves, Mr Rogue, en sortant " dit Albus, mine de rien. " Il avait l'air songeur... "
" Vraiment ? " demanda Harry sur le même ton. " Les élèves ne sont pas pourtant pas censés sortir de leur dortoir aussi tôt, je crois ? "
" Moui, mais je me demande surtout à quoi il pouvait bien réfléchir. Cela avait l'air de vraiment l'absorber, si bien qu'il ne m'a même pas vu... "
Harry savait que ce genre de jeu était particulièrement apprécié du vieux directeur, mais il n'y était pas mauvais non plus. En réalité, ils savaient tous les deux ce que faisait Severus dehors et pourquoi - ou du moins à peu près pour le directeur - il était rentré dans un tel état d'esprit. Albus essayait juste de voir s'il ne pouvait pas abattre ce " à peu près ". Mais Harry n'avait aucune intention de le laisser faire.
" J'espère que vous lui avez ôté des points ? C'est bien comme ça que fonctionnent les punitions, ici ? "
Albus ne répondit pas, se contentant de le fixer, un petit sourire aux lèvres. Au bout d'un instant, il détourna la conversation.
" A ce qu'on m'a dit, vous venez d'Australie ? "
" En effet. "
" Un beau pays, n'est-ce pas ? Très ensoleillé... C'est bizarre, je n'ai pas remarqué d'accent particulier dans votre anglais ? "
Harry savait qu'Albus tentait de déceler une faille dans son histoire pour démasquer un éventuel mensonge. Malheureusement pour lui, Eddings et lui avaient parfaitement prévu ce genre de détails.
" Je suis né en Angleterre " répondit-il en souriant. " Lorsque ma tante et mon oncle moldus ont déménagé en Australie, j'avais neuf ans. "
" Oui, on m'a dit qu'ils vous avaient recueilli lorsque vos parents ont été tués par d'anciens adeptes de Grindewald persuadés qu'ils pouvaient faire revivre leur maître en continuant dans sa lignée ? "
L'histoire originelle était véridique. Une bande d'une dizaine de sorciers sombres dévoués à Grindewald avait en effet semé la pagaille dans le monde sorcier douze ans après la chute du mage noir, tué par Dumbledore lui-même. Plusieurs familles avaient été détruites avant que les Aurors ne parviennent à les retrouver et à les maîtriser, et un jeune couple du nom de Davies était du nombre. Seulement, ils n'avaient en réalité jamais eu d'enfant.
" C'est étrange que vous n'ayez pas subi le même sort qu'eux, tout de même... "
" Ma mère m'avait mis en sécurité dans une chambre cachée de la maison, ils ne m'ont pas trouvé. "
" Oui, oui, bien sûr... " murmura le vieux sorcier.
La conversation se poursuivit un instant sur les origines de Harry, jusqu'à ce que le jeune Auror réussisse à la faire dévier sur l'école. Comme il avait eu l'occasion de le constater au cours des années, le vieil homme était profondément attaché à Poudlard, il se fit donc une joie de décrire les règles générales selon lesquelles fonctionnaient le château et ses habitants eux-mêmes. Harry savait déjà la plupart de ces choses, bien sûr, mais il retira de cette conversation de nombreux éléments nouveaux.
Il apprit par exemple que le professeur de Divination actuel, prédécesseur de Sybille Trelawney, était un vieil homme irascible qui prenait un malin plaisir à effrayer ses élèves à grand coup d'apparitions soudaines et mystérieuses ou de mauvais présages. Adam Scott, c'était son nom, se servait surtout, d'après Albus, des nombreux passages secrets du château qui aboutissaient dans des couloirs sombres ou de son imagination illimitée en matière de destins atroces, mais l'effet était réussi : les élèves l'évitaient comme la peste et se précipitaient dans le premier couloir qui s'ouvrait à eux du plus loin qu'il le voyait arriver. Le père spirituel de Rogue, conclut Harry pour lui-même.
Terry Brouet, le professeur de Potions, était une sorcière qui paraissait vivre dans son propre monde, fait de racines de mandragore et d'écailles de dragon, et n'en sortait que lorsque c'était absolument nécessaire. Elle faisait ainsi ses cours la tête à moitié ailleurs, donnant des instructions ou retranchant des points d'une voix totalement atone, pensant déjà à la décoction qu'elle devait terminer le soir même pour la livrer à l'infirmerie... Encore Mme Pomfresh était-elle obligée de descendre elle-même aux cachots pour aller lui réclamer ce qu'elle lui avait demandé. Les seuls moments où on la voyait s'animer quelque peu étaient les matchs de Quidditch et le banquet de fin d'année où la Coupe des Quatre Maisons était remise, car en tant que directrice de Serpentard, elle était une supportrice acharnée de sa maison. Si Serpentard gagnait, elle oubliait alors son chaudron pendant environ une journée pour lancer des regards triomphants à tous les élèves qui n'était pas sous sa responsabilité et taper joyeusement sur l'épaule des autres avec de grands sourires - ce qui la faisait d'ailleurs passer pour une schizophrène aux yeux de toute l'école -. Si Serpentard perdait, en revanche, elle s'enfermait dans son bureau et n'en sortait plus, disait la rumeur générale, avant la rentrée suivante.
Le professeur de botanique, Véronique Dodendron, Véro pour les intimes, était une grande femme énergique qui ne jurait que par les plantes. Ses essais d'élevage de Strangulane Mauve Géante - une plante carnivore originaire d'Amérique du Sud et se nourrissant habituellement de petits animaux, qui avait atteint sa taille démesurément grande quand elle avait découvert qu'un humain de temps en temps aidait à sa digestion - dans les serres de l'école resteraient à jamais gravées dans l'histoire de Poudlard. Etonnamment, elle s'entendait très bien avec Hagrid...
Après cela, la conversation dériva vers les évènements extérieurs. Albus confia ainsi à Harry qu'une vingtaine d'élèves avaient déjà perdu un être cher par la faute de Voldemort et de ses adeptes, et que l'arrivée du courrier était généralement suivie par de nombreux regards inquiets de voir une lettre noire atterrir devant eux. La pratique était commune à cette époque d'envoyer des enveloppes de cette couleur afin que le destinataire puisse s'isoler avant de prendre connaissance du contenu, mais bien souvent les adolescents éclataient en larmes à l'endroit même où ils se tenaient avant de sortir en courant.
Les titres des quotidiens étaient également très surveillés, les abonnés guettant les annonces de nouvelles attaques ou des dernières mesures du gouvernement. Les plus jeunes, s'ils ne comprenaient pas encore pleinement les raisons d'une telle attitude, se laissaient gagner par la tension de leurs aînés.
En somme, l'ambiance aurait été réellement sombre si quelques élèves ne s'étaient pas mis en tête de la détendre à chaque fois qu'ils en avaient l'occasion. En disant ces mots, Albus laissa un sourire malicieux s'étirer sur ses lèvres et faire pétiller son regard. Harry comprit aussitôt qu'il faisait allusion au comportement chahuteur des Maraudeurs, et il fut soudainement très fier de son père et de ses amis.
Finalement, le directeur évoqua les évènements de la veille.
" Vous avez fait grande impression en vous servant ainsi des Thestrals de Poudlard, cependant Mr Pettigrow n'a pas paru beaucoup profiter du voyage que vous lui avez fait faire. De plus, vos deux collègues sont assez réputés et vous font, il faut bien le dire, de l'ombre. Les élèves se méfient de vous et envient les plus jeunes. Vous risquez d'avoir quelques problèmes pour vous imposer... " le prévint-il.
" Ce genre de problèmes ne me fait pas vraiment peur " minimisa Harry.
" Certes, néanmoins cela risque de nuire à l'ambiance de travail " poursuivit le vieil homme.
Harry se tourna vers lui, interrogateur.
" Que suggérez-vous ? "
" Frappez un grand coup " répondit-il. " Trouvez un moyen d'attirer leur respect et leur confiance tout à la fois. Plus tôt vous agirez, mieux cela vaudra. Pour l'instant, votre côte de popularité n'est pas bien haute, il faut le dire... "
Harry le fixa un instant puis se tourna vers le lac, pensif. Un moyen d'attirer leur respect...
" Eh bien, " reprit Albus après un moment, " je crois que je vais vous laisser y réfléchir seul. J'ai une tonne de paperasses à régler, et il est temps que je cesse de les remettre toujours à plus tard ou le Ministère va finir par perdre patience. Nous nous reverrons au petit déjeuner. "
" Peut-être... " répondit Harry d'un ton méditatif.
Le directeur s'immobilisa au moment où il allait se lever.
" Bien, bien " dit-il en souriant. " Je vois que vous n'avez pas l'intention de traîner. "
Harry lui rendit son sourire, une lueur de malice dans les yeux.
" Je pense que la journée sera en effet très productive, monsieur le directeur. "
" Oh, appelez-moi Albus. Tâchez tout de même de ne pas être en retard pour votre premier cours " ajouta le vieil homme d'un ton dégagé en se levant et en commençant à s'éloigner.
" N'ayez crainte, je n'en ai pas l'intention. "
Le directeur s'éloigna en souriant et Harry le suivit des yeux jusqu'aux portes du château.
'Mais avant, j'ai beaucoup de choses à faire' finit-il pour lui-même. 'Finalement, ces cauchemars ont eu du bon, aujourd'hui.'
Il se leva précautionneusement et se drapa dans sa cape pour préserver son corps de la fraîcheur de la nuit. Heureusement que les nuits de septembre gardaient des traces de l'été finissant, ou il aurait probablement dû passer par la case infirmerie dans les prochains jours, comme un recoin de son esprit lui en fit la réflexion. Sans y prêter plus attention, Harry se tourna vers la Forêt Interdite, sourit et s'avança vers la lisière.
Il ne s'aperçut pas que deux yeux bleus perçants le regardèrent s'enfoncer sous les premiers arbres avec curiosité depuis l'entrebâillement des doubles portes du Grand Hall. Albus repoussa doucement le battant et se dirigea vers son bureau, pensif. Il était sûr que cette recrue de dernière minute lui réservait bien des surprises, et lui cachait au moins autant de secrets. Mais s'il y avait une chose dont il était encore plus fermement convaincu, c'est qu'il avait rarement été aussi impatient que de savoir ce que ce Davies allait pouvoir inventer...
Harry marchait depuis déjà une bonne demi-heure quand il entendit enfin ce qu'il attendait : des bruits de sabots. Il s'arrêta patiemment et attendit que le centaure le rejoigne. La robe châtaigne et le visage sévère encadrés de cheveux noirs apparurent à la lueur des étoiles et du premier quartier de lune.
'Excellent' pensa Harry. 'Je n'en demandais pas autant.'
" Que faites-vous ici, humain ? "
" En fait, je vous cherchais, Magorian. "
Le centaure cligna des yeux et Harry sourit. Magorian parut se ressaisir et son visage prit une expression étrange.
" Vous êtes l'humain qui a perturbé le cours des astres, n'est-ce pas ? "
" Je ne suis pas assez porté au secret des astres pour déterminer si oui ou non, je les ai perturbés, mais ce serait très probable, en effet. "
" C'est la première fois que notre peuple assiste à pareil phénomène " insista Magorian en fronçant les sourcils. " La voûte céleste est en plein bouleversement, nous ne pouvons plus rien y lire. "
" C'est parce que le futur n'existe plus " dit doucement Harry. " Cela veut simplement dire qu'il faut le reconstruire. "
Magorian se dressa nerveusement sur ses pattes arrière, puis retomba sur ses quatre sabots.
" Reconstruire... Est-ce pour ça que vous êtes là ? " souffla-t-il, troublé.
" Oui. Mais je ne sais pas si je pourrais y arriver seul. "
L'expression du centaure redevint hautaine.
" Si vous voulez nous demander notre aide... "
" Je ne vous demande rien du tout " coupa Harry. " C'est à vous de prendre cette décision. J'ai perturbé le cours des astres, je suis décidé à le stabiliser à nouveau, même si je dois le faire seul. Songez simplement qu'il se peut que j'échoue, et qu'alors d'autres prendront ma place, et la carte du ciel n'en sera que plus modifiée par rapport à ce que vous connaissiez jusqu'à maintenant. "
" Vous avez faussé notre connaissance " poursuivit Magorian d'un ton presque boudeur. " Nous détestons nous sentir aussi ignorants... "
Harry le fixa un instant, pensif.
" Je ne veux pas insulter votre peuple, Magorian, mais peut-être les centaures sont-ils restés trop longtemps persuadés que le savoir serait toujours à portée de leurs mains. Ne croyez-vous pas qu'il serait temps pour vous d'agir pour continuer à pouvoir accéder librement à cette connaissance ? "
Magorian fit un autre écart sans quitter Harry des yeux, surpris de ces paroles. Un long silence souligna les derniers mots de Harry.
" Je communiquerais vos propos à mon peuple " dit-il enfin d'une voix qu'il s'efforçait de garder ferme, mais dans laquelle pointait un peu de doute. " Etes-vous venus ici dans le seul but d'avoir cette conversation ? "
" En fait, non " avoua Harry en souriant. " J'espérais que, vous qui connaissez si bien cette forêt, pourriez me mettre en contact avec certains de ses habitants. "
Magorian fronça les sourcils.
" Et lesquels de ces habitants dont vous parlez voudriez-vous rencontrer ? "
Le sourire de Harry s'accentua.
" Sirius ! "
L'adolescent grogna à peine au cri de son meilleur ami. En désespoir de cause, celui-ci se tourna vers Rémus comme il revenait de la salle de bains.
" Mais c'est pas possible, il devient pire que Peter ! "
" Hey ! " protesta faiblement l'intéressé.
Queudver était assis sur son lit, encore légèrement nébuleux, les cheveux en bataille et les yeux dans le vide. James ne lui accorda aucune attention et retroussa ses manches d'un air déterminé. Comprenant où il voulait en venir, Rémus déposa ses affaires sur son lit et s'approcha de lui, un léger sourire aux lèvres.
" Tu veux de l'aide ? " proposa-t-il.
" Volontiers. "
" Qu'est-ce que vous faites ? " demanda Peter d'un ton intrigué.
" On utilise les grands moyens " répondit James en glissant ses doigts entre le matelas et le sommier à la tête du lit.
Rémus en fit de même à l'autre bout et, sur un signe de tête, ils soulevèrent ensemble le bord du lit, le renversant sur son occupant qui se retrouva à terre, coincé sous le matelas.
" Mais ça va pas la tête ? " s'exclama Patmol, bien réveillé cette fois-ci.
Il fusilla du regard James et Rémus, qui avaient rejoint Peter dans son fou rire aussitôt leur méfait terminé, s'empara furieusement de son uniforme et se dirigea vers la salle de bains en grommelant dans sa barbe :
" Complètement malades, ceux-là, rien à en tirer... "
Un quart d'heure et un lit refait plus tard, les Maraudeurs réussirent finalement à descendre dans la salle commune où ils s'affalèrent dans des fauteuils près de la cheminée.
" Alors Queudver ? " demanda Sirius. " Raconte, comment c'était le voyage avec Davies ? "
Des cinquième années à proximité tendirent l'oreille, mais Peter ne parut pas s'en apercevoir, trop occupé à frissonner.
" Horrible. Mais en même temps, " ajouta-t-il comme pour lui-même, " qu'est-ce que c'était beau... "
Les trois autres Maraudeurs s'entre-regardèrent, interloqués.
" Comment est-ce que ça peut être en même temps horrible et beau, Peter ? " demanda James en fronçant les sourcils d'incompréhension.
" Je... en fait, c'était vraiment effrayant de monter sur ce truc invisible " balbutia Peter. " J'ai cru que j'allais mourir de trouille quand on a décollé. Mais quand j'ai ouvert les yeux, c'était... je sais pas comment dire, c'était juste... eh bien, magique, en fait... "
Voyant les froncements de sourcils des autres s'accentuer, il poursuivit :
" Vous voyez, on était haut au-dessus du sol, et au début, j'ai eu peur. Mais au bout d'un moment, c'était comme si je volais tout seul... je veux dire, je ne voyais pas la bestiole qui me portais, je voyais juste ce qu'il y avait en dessous... et c'était vraiment beau. Je crois bien que pendant tout le voyage, j'ai cru que j'étais dans un rêve, et que je ne me suis réveillé qu'au moment où on a atterri. "
James, Sirius et Rémus observèrent les yeux pleins d'émerveillement de leur ami, puis échangèrent à nouveau des regards.
" Peter, " résuma James, " tu veux dire que tu as fait tout le voyage de Londres jusqu'ici à je ne sais combien de mètres d'altitude sur une créature que tu ne voyais même pas, et sans avoir une seule fois le vertige ? Toi qui ne peut même pas regarder au pied des remparts de Poudlard à partir d'une des tours faites en pierre bien solide sans avoir la nausée ? "
Peter pâlit brusquement et se renfonça dans son fauteuil.
" Dis comme ça, j'ai presque envie de vomir... Mais, " ajouta-t-il pendant que ses yeux se perdaient au loin et que ses joues reprenaient des couleurs " c'était vraiment magnifique. "
Ses amis échangèrent une troisième série de regards, puis Sirius se redressa dans son siège, souriant de toutes ses dents.
" Quand je vous disais qu'il était génial ! "
Les Maraudeurs atteignirent la Grande Salle et son agitation fourmillante d'un premier jour de cours. Sirius jeta immédiatement un coup d'œil à la table des professeurs, imité presque instantanément par les trois autres.
" Davies n'est pas là " constata Patmol en fronçant les sourcils.
" C'est à ce demander si ce type mange, de temps en temps " dit James.
" Je vous laisse " annonça Rémus. " Il faut que je distribue les emplois du temps. "
Le jeune loup-garou se dirigea vers la haute silhouette de McGonagall à l'autre bout de la salle, bientôt rejoint par Lily Evans qui venait d'arriver avec son amie Anna. James contempla un instant la jeune fille avant qu'un rappel à l'ordre de Sirius le ramène à la réalité.
" Cher ami, pourrais-tu oublier ton cœur d'amoureux transi le temps que nous nous occupions de nos estomacs ? "
James se tourna vers son meilleur ami, souriant et le suivit à la table des Gryffondors. Ils s'assirent côte à côte en face de Peter et Sirius continua de la taquiner.
" Franchement, James, qu'est-ce que tu trouves à cette fille ? Alors que tu pourrais avoir la moitié de l'école à tes pieds si tu faisais un geste ? "
" Rectifications, Sirius : tu as la moitié de l'école à tes pieds. "
Patmol lui dédia un énorme sourire sans se retourner une seule fois vers les filles dispersées dans la Grande Salle qui le lorgnaient depuis son entrée.
" Eh, que veux-tu, vieux, c'est ça l'élégance... Il n'empêche que tu es le joueur de Quidditch le plus populaire de toute l'école ! "
" Pas pour tout le monde " répondit James en se tournant vers Lily qui atteignait le bout de la table et commençait à distribuer les parchemins.
A l'autre bout, Rémus faisait de même, et il laissa bientôt tomber quatre emplois du temps, dont le sien, devant eux. Les trois autres s'emparèrent avidement des morceaux de papier et parcoururent rapidement les colonnes des yeux.
" Botanique en premier " grommela James. " Il faudra qu'on demande aux sixième années de ramasser nos cadavres à la fin du cours, je tiens beaucoup à être enterré. "
Sirius pouffa à côté de lui sans quitter des yeux sa grille.
" Oh non ! " s'exclama-t-il d'un air désolé. " On a Défense contre le Forces du Mal seulement demain. C'est injuste ! "
" Il faudrait qu'on sache qui a Davies en premier, pour en apprendre plus " constata Rémus en revenant près d'eux, les mains vides.
" Les Serdaigles et Poufsouffles de septième année " laissa nonchalamment tomber Anderson juste à côté de Peter pendant que Lily se rasseyait près d'elle.
Les quatre Maraudeurs se tournèrent vers les tables indiquées et virent en effet fleurir des airs inquiets sur les visages des aînés.
" Peuh ! " renifla Sirius avec dédain. " Ils ne connaissent pas leur chance. "
" Je me demande ce que trafique Davies " murmura James d'un air songeur en se tournant vers la seule place vide de la table des professeurs.
Les autres élèves l'avaient remarquée, à présent, et les regards inquiets se changèrent en expressions surprises et mitigées. Mais avant que les suppositions n'aient pu commencer à se développer, un bruit sourd indiqua à ceux qui se trouvaient le plus près de la sortie que les doubles portes du Grand Hall venaient de s'ouvrir. Les conversations cessèrent brutalement quand Davies passa devant celles de la Grande Salle sans y faire attention. Sirius poussa un cri étranglé.
Leur professeur de Défense contre les Forces du Mal s'affairait à ôter des brindilles et des feuilles mortes de ses longs cheveux tout en marchant, et son visage était couvert de coupures. Ses vêtements n'étaient d'ailleurs pas en très bon état non plus. S'apercevant que l'attention générale était fixée sur lui, Harry tourna la tête et sourit. Les élèves suivirent son regard et virent un sourire identique flotter sur le visage du directeur, accompagné d'une lueur de malice dans les yeux.
Davies disparut en direction de l'escalier de marbre avant que quiconque puisse réagir autrement.
" Il n'est pas allé... dans la Forêt Interdite ? " demanda Rémus, les yeux ronds.
" Tu connais un autre endroit près de Poudlard où il aurait pu se mettre dans cet état ? " rétorqua James sans quitter le Grand Hall des yeux.
Près d'eux, les conversations commencèrent à reprendre.
" Encore un hurluberlu à ce poste " dit calmement Anna Anderson. " Ce ne sera pas la première fois et sûrement pas la dernière. "
" Anna ! " la réprimanda Lily en fronçant les sourcils. " Il avait l'air sympa, hier ! "
Anna se contenta de hausser les épaules, son attention de nouveau fixée sur son assiette de bacon.
" Au moins, July et Eloïse pourront nous raconter " ajouta Lily en se tournant vers les deux Serdaigles qui arboraient presque des airs de condamnées à mort. " J'espère que tout ira bien pour elles... "
Harry était parti se changer et se débarbouiller en vitesse. La traversée de la Forêt Interdite n'était jamais de tout repos, même quand on était guidé par un centaure qui la connaissait comme sa poche. Et ceux qu'il avait cherché à rencontrer vivait au cœur des bois. L'avantage, c'était que maintenant, on prêtait plus attention à ses multiples plaies qu'à ses yeux rouges et cernés...
Appuyé patiemment contre le mur près de sa salle de classe, il attendait maintenant que ses premiers élèves daignent se montrer. Quelques élèves de Serdaigle, parmi lesquels il reconnut July Backson et Eloïse McDonald, les deux amies de Lily, atteignirent enfin le couloir. Ils furent bientôt rejoint par le reste de leurs camarades qui se rassemblèrent près de lui alors que le début des cours sonnait dans Poudlard.
" Pourquoi n'entrons-nous pas ? " demanda un Serdaigle, méfiant.
" Parce que la classe aura lieu dehors " annonça Harry.
Les élèves commencèrent à s'agiter, échangeant des regards inquiets.
" N'ayez crainte " ajouta-t-il en souriant. " Nous n'entrerons pas dans la Forêt Interdite. Venez. "
Il leur fit signe et se retourna, prenant la direction du Grand Hall. Les adolescents le suivirent à contrecœur. Arrivé dehors, Harry se dirigea droit vers la lisière de la forêt.
" Vous aviez dit qu'on n'allait pas y entrer ! " s'exclama un Poufsouffle d'une voix légèrement paniquée.
" Et je n'ai pas menti " dit Harry par-dessus son épaule. " N'ayez crainte, nous nous arrêterons à la lisière. Vous ne risquerez rien. "
Là encore, les septième années suivirent. Parvenus à l'ombre des arbres, plusieurs d'entre eux s'arrêtèrent net, refusant d'aller plus loin. Mais Harry s'arrêta également et se retourna vers eux.
" Vous pouvez vous asseoir " dit-il en faisant un geste de sa baguette.
L'herbe autour d'eux sécha, se débarrassant de la rosée du matin, et les élèves s'assirent avec hésitation. Harry resta debout devant eux.
" Vous êtes tous, " commença-t-il, " conscients des événements graves qui se passent dans le monde sorcier à l'heure actuelle. "
Quelques élèves s'agitèrent.
" Mais j'ai une question à vous poser : croyez-vous que seuls les sorciers soient menacés ? "
Une ou deux mains se levèrent précautionneusement.
" Oui, monsieur... ? "
" Marc Abbot " répondit le jeune Poufsouffle aux cheveux bruns. " Les moldus aussi, non ? "
Harry supposa vaguement que le jeune homme deviendrait le père d'Hannah Abott.
" En effet, Mr Abott, les moldus aussi. Mais pas seulement. Cherchez plus loin. "
Les élèves s'entre-regardèrent, perplexes.
" Voyons, vous savez déjà que le Seigneur des Ténèbres a en horreur les moldus et ce qu'il appelle les " Sangs-de-Bourbe "... "
Harry grimaça à la sonorité de ce mot sur sa langue.
" Mais ne savez-vous pas qu'il y ait d'autres peuples qu'ils considèrent comme inférieurs aux sorciers dits de sang " pur " ? "
Une autre main se leva.
" Oui, Melle McDonald ? " sourit Harry.
" Vous voulez parler de toutes les créatures non-humaines ? " répondit la jeune fille d'un ton hésitant.
" Exactement. Cinq points pour Serdaigle. "
Harry retint une autre grimace comme les mots franchissaient ses lèvres. Ca, c'était encore plus bizarre que d'appeler son parrain par son nom de famille.
" Comme Melle McDonald vient de le dire, Voldemort - "
Tressaillement général.
'Zut, il m'a échappé celui-là. Oh, et puis, à quoi bon ?' songea Harry avec irritation.
" -Voldemort, " poursuivit-il avec un regard presque menaçant aux adolescents, " considèrent tous les êtres non-humains, qu'ils soient intelligents ou non, comme inférieurs à nous, et à peine comme des animaux. Qui peut me citer des peuples non-humains et intelligents ? "
Cette fois, plusieurs mains se levèrent. Harry interrogea une jeune Serdaigle.
" Les centaures, " dit celle-ci avec un regard méfiant à la Forêt Interdite, " et les elfes de maison. Et les géants également. "
Les autres adolescents éclatèrent de rire.
" Il n'y a vraiment rien de drôle " coupa Harry. " Bien que cela puisse vous sembler idiot, les géants sont capables, entre autres, de la parole, et sont donc considérés comme un peuple intelligent. Leur cerveau est juste un peu moins développé que le nôtre. "
Le silence suivit ces paroles.
" Un autre peuple doué d'intelligence ? Mr Abott ? "
" Les gobelins, monsieur " répondit le jeune garçon.
" Bien sûr, oui, les gobelins. Vous n'en voyez pas d'autres ? "
Les adolescents s'agitèrent sur l'herbe.
" Monsieur, " intervint un Serdaigle d'un air gêné, " les autres peuples sont des légendes qu'on raconte aux enfants... "
" Vraiment ? " sourit Harry. " Les légendes ont pourtant toutes un fond de vérité, non ? Dites-moi donc à quoi vous pensez. "
Le Serdaigle jeta un regard nerveux à ses camarades, parut sur le point de dire quelque chose, puis se ravisa et cita autre chose.
" Les nains ? "
Des sourires moqueurs apparurent sur le visage de quelques Serdaigles.
" Les nains sont réels " dit Harry comme si de rien n'était.
Les sourires se changèrent en regards incrédules.
" Je peux vous l'assurer " ajouta Harry en souriant. " J'en ai moi-même rencontré. Mais vous étiez sur le point de dire autre chose, n'est-ce pas ? " demanda-t-il au Serdaigle, ignorant les débuts de conversation chuchotés parmi les adolescents.
Le Serdaigle parut mortifié.
" Euh... je... "
" Allons, n'hésitez pas " conseilla doucement Harry. " A quoi pensiez-vous ? "
Le Serdaigle commença à rougir et à s'agiter. Finalement, il murmura :
" Les elfes. "
Aussitôt, tous les autres élèves s'écroulèrent par terre, pliés en deux de rire. Le Serdaigle avait maintenant atteint la teinte d'une tomate trop mûre.
" Ca suffit ! "
La voix de leur professeur claqua comme un fouet. Les élèves se redressèrent, étonnés, et le jeune Serdaigle releva les yeux.
" Comme je vous l'ai déjà dit tout à l'heure, il n'y a aucune raison de rire. "
Les adolescents le fixèrent tous comme s'il était fou. Des murmures de " Il n'y pense pas ? ", et " Il ne veut quand même pas nous faire avaler ça ? " commencèrent à s'élever. Harry n'y prêta aucune attention. Sur un dernier regard sévère, il se tourna vers la lisière de la Forêt. Les jeunes l'écoutèrent élever la voix dans une langue inconnue, le regard bovin.
[-Devon, êtes-vous là ?]
Les élèves sursautèrent tous quand une réponse vient de l'ombre des sous-bois, formulée d'une voix flûtée et chantante.
[-Oui, Harry. Nous te rejoignons.]
Il y eut à peine un bruissement de feuillage, et deux silhouettes vêtues de vert, à peu près celles d'humains très élancés, émergèrent du couvert des arbres. L'un des deux nouveaux venus, celui qui avait parlé avec leur professeur, arborait de longs cheveux blonds et de grands yeux verts, tandis que l'autre, une femme, avait des cheveux bruns coupés courts et des yeux gris. Ils portaient tous les deux de grands arcs et des carquois de flèches. Les élèves tombèrent dans le mutisme devant les yeux légèrement bridés et les oreilles pointues.
" Eh bien, " continua Harry, rompant le silence total qui régnait sur eux, " je pense que nous allons pouvoir commencer le cours, n'est-ce pas ? "
Et voilà, encore un chapitre ! Cette fois-ci, le chapitre 4 n'est pas encore fini, mais il n'est pas loin ! Et pour l'instant, c'est de loin mon préféré, je me suis beaucoup amusée à l'écrire…
Pendant qu'on y est, j'aimerais vous demander un conseil ; c'est un sondage, si vous préférez : avec qui aimeriez-vous que je case Harry ?
1) Pas de romance, c'est mieux.
2) Un personnage existant : précisez lequel.
3) Un personnage qu'il faudrait créer pour ça.
Je ne dis pas que je choisirais forcément la solution qui aurait la majorité, mais ça m'aiderait grandement à me décider ! J'attends vos réponses, vous savez comment les donner…
