Notes : Aïe, aïe ! Non, pitié, pas les tomates ! TT_TT Je suis sincèrement désolée de tout ce retard immonde, sachez que je m'en sens mille fois coupable ! (évidemment, me direz-vous, personne d'autre ne pourrait l'être à ma place…) Mais j'espère que vous me pardonnerez quand vous saurez que je viens de passer toute l'après-midi à finir ce chapitre, qui n'était même pas à moitié commencé (pas taper !), sachant qu'il est approximativement 20 heures… le soir de Noël ! Mais bon, voilà, je tenais à vous l'offrir pour Noël… Une sorte de cadeau de réconciliation, vous voyez ? ^.^
Remerciements : Merci beaucoup à tous mes nouveaux lecteurs, ça me fait toujours aussi plaisir ! Merci aussi à JKR, qui s'est enfin décidé à sortir le tome 5 en anglais, ce qui me vaut la présence de tant de nouvelles paires d'yeux qui attendent impatiemment mes nouveaux chapitres… J'ai déjà passé beaucoup de temps sur l'ordi, aujourd'hui, alors je ne ferais encore une fois aucun remerciement plus poussé à mes revieweurs, mais sachez que je vous lis tous et que ça me motive énormément pour la suite. Enfin, je pense que je vais quand même faire une petite exception pour darkrogue, qui a failli me faire avoir un souffle au cœur en affirmant que ma fic puisse être meilleure que le "Miroir de Peut-être" ! Venant de toi, ça fait encore plus d'effet, merci beaucoup !
MàJ du 16/05/2013 : Correction des balises.
Chapitre 13 : Où Antony Eddings manque mourir d'apoplexie.
Le lourd ciel gris de décembre se déroulait à perte de vue, dominant la plaine britannique. Un hibou se découpa un bref instant sur le fond sombre, puis obliqua vers le nord. Fasciné, Sirius observait la lente descente des flocons blancs, les deux mains plaquées contre la vitre d'un wagon du Poudlard Express.
" De la neige ! " s'exclama-t-il, ravi. " Le seul point positif de l'hiver ! "
" Elle est arrivée vraiment tôt, cette année " fit remarquer Rémus.
Un livre à la main, il fixait d'un air songeur le paysage qui se devinait à travers un voile blanc encore timide. Peter referma sa malle avec un claquement de cuir maltraité et descendit de la banquette où il s'était juché afin d'avoir une vue directe sur son contenu.
" J'espère qu'on pourra bientôt faire des batailles de neige " dit-il avec une mine réjouie. " Tu nous inviteras, James ? "
" Bien sûr ! Le terrain du manoir est génial, pour les batailles " répondit-il en se rasseyant avec un large sourire.
" Il faut prier pour qu'elle tienne, alors. "
Tous acquiescèrent aux paroles de Rémus.
" On devrait bientôt arriver en gare " observa Sirius en jetant un coup d'œil à sa montre.
" Une chance, Peter a fini son rangement " plaisanta Rémus.
" Bon ! " dit James d'un air sévère. " Tu n'oublies pas de venir régulièrement, Patmol ? "
" Ca va, ça va, j'avais compris ! " grimaça faussement Sirius en roulant des yeux. " Bien que je me passerais volontiers de devoir me trouver aussi souvent en présence de Evans… Mais enfin, " ajouta-t-il, une étincelle espiègle dans les yeux, " je comprends que tu aies besoin de moi pour détendre l'atmosphère entre ta dulcinée et toi. Après tout, tout le monde ne peut pas être aussi doué en la matière que moi… "
La porte du wagon coulissa soudainement, les faisant tous sursauter.
" Quelle matière ? " demanda Lily, plissant suspicieusement les yeux.
" Evans ! " s'exclama Sirius d'un ton offusqué. " Tu écoutes aux portes, maintenant ? "
" A ta place, Lily, je ne me soucierais même pas de demander " intervint Anderson d'une voix plate. " Les seules matières en lesquelles Black serait susceptible d'avoir quelque capacité ne sont certainement pas dignes d'intérêt. "
Au lieu de rétorquer immédiatement, Sirius posa un long regard terne sur la Gryffondor. Anna finit par lever les yeux et un sourcil interrogateur à son intention.
" Tu es obligée de me déblatérer tout ça sans même lever le nez de ton bouquin, Anderson ? " soupira-t-il d'un ton désespéré.
Anna se contenta de hausser les épaules et de baisser à nouveau le regard sur le lourd volume qui reposait sur ses avant-bras. Sirius poussa un second soupir dramatique et fit mine de s'appuyer douloureusement sur Peter.
" Cette fille est une morte-vivante ! Je suis sûr que quand elle était petite, elle s'est fait bouffer par des bouquins… "
Il se redressa soudain, comme frappé par un éclair de génie.
" Eh ! Mais oui, c'est ça ! Elle s'est fait bouffer, et maintenant les livres la contrôlent ! Et c'est pour ça qu'elle est obligée d'aller tout le temps à la bibliothèque, pour qu'ils puissent renouveler leur emprise ! "
Un ange passa. James se tourna vers Lily :
" Vous veniez pour… ? " interrogea-t-il poliment.
Confortablement assis en tailleur, Harry rouvrit paresseusement les yeux lorsque le vent dans ses cheveux commença à perdre de sa force. A l'extrémité de la longue ligne sinueuse du Poudlard Express, la gare de King's Cross se dessinait déjà, plus proche de seconde en seconde.
Harry observa avec intérêt la rue moldue surchargée par les embouteillages de fin de journée qui défilait à côté de la voie ferrée magique. Malgré le vacarme de la locomotive à vapeur, aucun des moldus ne releva les yeux de son volant, persuadés qu'ils étaient d'avoir affaire à un train de marchandises tout à fait normal. Il est vrai que l'apparence du Poudlard Express devait être quelque peu différente pour eux… Harry ressentit un étrange picotement lorsque le wagon qu'il avait choisi passa au travers des barrières Repousse-Moldus et des sortilèges défensifs qui barraient la sortie du quai 9 ¾.
Il frémit brièvement en songeant à ce qui lui serait arrivé s'il avait été désigné comme menace potentielle, puis grimaça et décida qu'il ne voulait pas le savoir. Le train ralentit encore et il distingua des visages stupéfaits comme les familles sorcières qui attendaient leurs rejetons commençaient à le remarquer. Enfin ils s'arrêtèrent tout à fait, et Harry put se lever sans craindre de basculer. En dessous de lui, les portes s'ouvrirent et il entendit des voix familières poursuivre une conversation houleuse.
" Tu délires, Evans ! " s'exclama Sirius, presque hurlant de rire. " A l'heure qu'il est, il doit être à l'infirmerie, pas en train de jouer les funambules sur un train en pleine marche ! "
" Je sais ce que j'ai vu, Black ! " coupa la préfète d'une voix aigre.
" Calmez-vous, vous deux ! " intervint la voix calme de Rémus. " Tu admettras que c'est un peu difficile à gober, Evans, mais on peut facilement s'en assurer. Il faut juste qu'on avance un peu, et… "
" Ne restez pas dans le passage ! " gronda soudain Thomson, faisant manifestement irruption derrière eux.
" Désolée, Professeur ! " répondit promptement July Backson.
L'Auror grogna vaguement quelque chose, puis Harry l'entendit sauter sur le quai. Il imagina très bien son collègue levant les yeux d'un air impatient et sourit en finissant de rattacher ses cheveux malmenés par le fort courant d'air. Des murmures estomaqués provenaient des personnes assemblées plus bas qui le regardaient faire, mais il n'en tint pas compte et s'approcha du bord du wagon. Thomson émit un grognement en le voyant s'accroupir au bord du toit, se laisser tomber et se réceptionner souplement au sol.
" Alors ? "
" Rien à signaler ! " affirma Harry d'un ton désinvolte. " Si vous voulez bien m'excuser, je suis attendu… "
Thomson fit un court hochement de tête qui pouvait dire n'importe quoi, puis se détourna. Harry adressa un sourire et un signe de la main aux huit élèves, Gryffondors et Serdaigles confondus, qui le regardèrent passer sans bouger d'un iota.
" Alors, qui délirait ? " s'enquit Lily en levant un sourcil suggestif vers Sirius.
" James ! " les coupa la voix grave de George Potter dans la foule. " Par ici ! "
James aperçut ses parents et ceux de Peter qui se frayaient un chemin dans la cohue et sourit. Les adultes les rejoignirent rapidement et Peter se trouva bientôt enserré dans la forte étreinte de sa mère. Petite et potelée, Mme Pettigrow ne consentit à lâcher son fils que pour lui demander s'il était sûr de n'avoir rien oublié d'utile dans son dortoir. James retint un sourire en se demandant ce qu'elle aurait dit si Rémus n'avait pas retrouvé sa baguette…
" Bonjour, fils ! " s'exclama Georges, le serrant contre lui pour lui ébouriffer les cheveux.
James grogna et parvint à s'extraire de sa poigne.
" Quand apprendras-tu à laisser mes cheveux tranquilles ! " geignit-il. " Ce n'est pas ma faute si tu es un Potter anormal ! "
" Humph ! " émit son père en remontant ses lunettes sur son nez d'un air faussement pincé. " J'ai toujours la myopie, pour ça ! "
" Vous avouerez quand même que ce n'est pas la meilleure part de l'héritage Potter " plaisanta Sirius. " C'est vraiment dommage, vous n'aurez jamais le charme fou de James ! "
" Charme fou ? " releva Georges avec un sourire.
" Evidemment ! Demandez à Evans, par exemple… "
" Sirius ! Pour une fois dans ta vie, aies la bonté de tenir ta langue ! " intervint James d'un ton menaçant.
" Moi, je trouve mon mari très bien comme il est… " déclara Mme Potter, entrant dans le jeu en riant.
" Merci, Anne " feignit de soupirer de soulagement Georges.
" … Même si tout homme a ses défauts, évidemment. "
Trois regards outrés se posèrent sur elle et elle leur répondit par un sourire espiègle, puis les ignora en se tournant vers Lily.
" Tu dois être Lily Evans, n'est-ce pas ? " dit-elle d'un ton presque avide. " Sirius nous a beaucoup parlé de toi. "
" C'est ce que j'avais cru comprendre " marmonna-t-elle en jetant un regard noir au concerné, pendant que James surveillait d'un œil acéré son père qui semblait prêt à éclater de rire.
'Merlin, il ne plaisantait vraiment pas' gémit-elle intérieurement.
Néanmoins, elle accepta sans rechigner la poignée de main de Mr et Mme Potter. Rémus en profita pour s'approcher de James :
" Il faut que j'y ailles, James " le prévint-il. " Mes parents doivent m'attendre à l'extérieur de la gare. "
James jeta un coup d'œil à son ami, que la proximité de la pleine lune rendait pâle comme jamais. Bien sûr, Mr et Mme Lupin ne voudraient pas perdre de temps : l'hiver s'annonçait déjà par des jours chacun plus court que le précédent et la nuit ne tarderait plus très longtemps à tomber. Malgré leurs longues discussions sur le sujet, James eut encore un pincement de cœur à la pensée de laisser Rémus seul.
" Ok. Je t'enverrais un hibou pour te prévenir quand tu pourras venir à la maison. "
" D'accord. A la prochaine ! "
Le jeune lycanthrope jeta un regard rapide à Sirius, mais Patmol semblait très occupé à observer les Potter et Lily faire connaissance. Presque trop occupé. Avec un léger soupir, il se tourna vers Peter et partit lui faire ses adieux. Quelques instants plus tard, les Pettigrow décidèrent à leur tour de rentrer tandis que les parents des amies de Lily les rejoignaient. Les Potter les saluèrent un court moment, puis prirent eux aussi le chemin de la sortie. Anne prit Lily à part dans une discussion à bâtons rompus tandis que George passait un bras autour des épaules de son fils et l'autre autour de celles de Sirius.
" Eh bien ! Regardez-moi ça ! Vous êtes presque trop grands pour que je puisse encore faire ça ! "
" Nous sommes trop grands, ou c'est vous qui êtes trop petit ? " plaisanta Sirius.
" Ma foi, parfois on est en droit de se le demander, en effet " concéda-t-il en riant. " C'est difficile de croire que vous allez quitter Poudlard d'ici quelques mois " reprit-il.
" 'Faudrait savoir ce que tu veux, papa " soupira James d'un air exaspéré. " Sommes-nous trop grands ou pas assez pour toi ? "
Georges éclata d'un rire bon enfant et les entraîna sous l'arche qui marquait la sortie du quai 9 ¾.
Harry dut faire un crochet par le Chaudron Baveur, transplanant dans l'arrière-cour avec l'habituel bruit de pétarade, pour se rendre au Ministère. Lorsqu'il pénétra dans le pub proprement dit, Tom, le gérant, eut un vague sursaut en le voyant apparaître.
" Ah ! M'sieur Davies " s'exclama-t-il. " Je n'pensais pas vous voir avant au moins la fin de l'année. J'ai lu dans la Gazette que vous étiez assigné à la défense de Poudlard… "
Harry sourit en s'approchant du comptoir, d'un petit sourire en coin qui montrait qu'il savait parfaitement que ce n'était pas l'unique chose que Tom avait lu sur lui dans les journaux.
" J'ai obtenu un congé pour régler quelques affaires personnelles, mais il me faut passer par le Ministère, avant ça. "
Tom eut un grognement entendu et se baissa aussitôt pour tirer d'en dessous du comptoir un pot en terre cuite qui contenait une certaine quantité de Poudre de Cheminette. Harry déposa une Noise sur le comptoir et s'empara d'une pincée de poudre.
" Merci, Tom. Navré de ne pas pouvoir rester un moment… "
" Mais je vous en prie, allez, on sait ce que c'est " marmonna le sorcier avec un sourire tordu. " J'espère que vous reviendrez bientôt ! "
Harry hocha la tête en signe d'acquiescement et de salutation à la fois, puis jeta la poudre dans le foyer sans tenir compte des regards torves que sa présence attirait et prononça intelligiblement :
" Le Ministère, Grand Hall. "
Dans une bouffée de chaleur, il disparut du pub sombre pour débouler quelques instants plus tard dans le hall brillamment éclairé du Ministère de la Magie. Il lui fallut toute son agilité pour ne pas s'étaler peu élégamment au sol, mais cela ne l'empêcha pas de remarquer quelques regards amusés autour de lui. Il poussa un soupir d'exaspération tout en époussetant son uniforme. Au moins, maintenant, il n'y avait plus de risques que ses lunettes fassent les frais d'une rencontre brutale avec le pavage de pierre…
Harry s'engagea résolument dans le brouhaha du Ministère en fin de journée, remontant le courant des employés qui rentraient chez eux pour une bonne nuit de sommeil, et même quelques jours de vacances pour les plus chanceux d'entre eux. Personne ne lui prêtait vraiment attention, se contentant de jeter un vague coup d'œil à sa robe pourpre et de passer son chemin. Harry se félicita que Rita Skeeter n'ait pas réussi à introduire de photographe à Poudlard lors de leur dernière rencontre : Harry Davies restait toujours, pour la majorité des gens, un homme mystérieux sans visage.
Après autant de temps, une telle impassivité à sa présence faisait toujours une étrange impression à Harry, comme s'il était soudainement devenu invisible. Auparavant, jamais personne ne l'aurait ignoré, où qu'il aille. Quand on ne voyait pas en lui le Survivant, il était le meilleur élève Auror de sa promotion, ou encore celui qui avait vaincu Voldemort. Partout, des conversations cessaient à son arrivée, les yeux se fixaient sur son visage, s'écarquillaient sur sa cicatrice. Bien sûr c'était agaçant, mais au fur et à mesure, Harry avait appris à s'habituer à cette attention constante et à ne pas la laisser le distraire.
Ainsi, cette sorcière qui le frôlait sans y prendre garde, ou cette homme qui faisait un pas sur le côté pour l'éviter et repartait aussitôt dans sa conversation avec son voisin, tout cela n'aurait jamais été possible dans son monde. Machinalement, Harry porta la main à sa cicatrice et l'effleura, vérifiant comme inconsciemment qu'elle était toujours là. Et elle était là. Elle y serait toujours.
Peu importait, en réalité, ce que tous percevaient en lui, puisque lui savait parfaitement ce qu'il y a avait à voir. Le destin l'avait frappé avant même qu'il ait seulement pu commencer à exister, et une prophétie avait tracé le chemin devant ses pas. Une route lourde d'embranchements vagues, d'obstacles et de ronces, parfois à demi effacée, souvent difficile à suivre, mais toujours présente. Lorsqu'il en avait pris conscience, il aurait été libre de fuir, de tout abandonner, de tout laisser derrière lui. Mais le destin l'aurait suivi et un jour rattrapé, et il aurait alors été trop tard, car un autre aurait effacé la piste et l'aurait recouverte par la sienne.
Voldemort.
Avec un frisson involontaire, Harry revint à lui et se trouva nez à nez avec les ascenseurs. Distraitement, il s'engouffra dans le premier qui lui tomba sous les mains, se glissant à l'intérieur alors que les portes se refermaient après avoir dégorgé leur lot de sorciers fatigués. Seul dans la cabine, il s'appuya contre la paroi alors que l'engin l'emmenait toujours plus profond. Quelques minutes plus tard, il atteignait enfin le Département des Mystères. Dans la grande salle " d'accueil ", un Langue de Plomb de passage lui jeta un regard surpris.
" Ce département va bientôt entrer en service de nuit, monsieur. "
Harry jeta un œil à sa montre et constata que le jour touchait en effet à sa fin et que le système de défense n'allait pas tarder à entrer en action. En dehors des horaires de début et de fin de service, ainsi que de l'heure du déjeuner, le Département des Mystères disposait un effet d'un procédé défensif destiné à empêcher quiconque s'y introduisait d'accéder à toute information importante jusqu'à ce qu'il ait clairement été identifié comme non dangereux et autorisé à se trouver en ces lieux. C'était à ce système que Harry et ses amis avaient été confrontés à la fin de sa cinquième année, lorsqu'ils avaient déboulé dans cette salle précise et avaient vu les murs danser. Mais aujourd'hui, Harry était ici totalement légalement.
" Ne vous inquiétez pas " indiqua-t-il au sorcier. " Je suis attendu. "
Le Langue de Plomb haussa les épaules d'un air désintéressé et prit la direction des ascenseurs. La porte se fut à peine refermée derrière lui que Harry entendit le chuintement indiquant la mise en route du système défensif. Se souciant peu d'attendre que la pièce s'immobilise à nouveau, il bondit et passa la première porte qui se présenta à lui.
Ce qui se trouva être une très mauvaise idée.
Harry gémit intérieurement en se retournant pour identifier la salle dans laquelle il se trouvait. 'Il n'y a qu'à moi que ce genre de choses arrive…' se dit-il misérablement en se sentant pâlir. Se forçant à détacher les yeux de l'arche au centre de la Salle de la Mort, Harry courut pratiquement jusqu'à la prochaine porte et se jeta dehors. Il lui fallut un instant pour calmer les battements de son cœur, lourdement appuyé contre le battant. 'Je ne veux jamais revoir cette chose' gronda-t-il intérieurement. Le simple fait de retrouver de mémoire le tissu se balançant lentement au rythme d'une brise d'un autre monde et le murmure désincarné lui faisait dresser les cheveux sur la nuque, et il n'avait vraiment pas besoin de ce rappel.
Son calme à peu près retrouvé, Harry se redressa et balaya du regard le couloir dans lequel il se trouvait, ravi de le découvrir désert. Lorsqu'il atteignit enfin le bureau de Eddings, il était encore un peu pâle, mais si le vieux sorcier le remarqua, il n'en dit rien.
" Davies ! " s'exclama-t-il en le voyant entrer. " Enfin vous voilà. Je vous attendais plus tôt. "
" Navré, Eddings " s'excusa Harry avec sourire. " Je vous ai fait manqué le couvre-feu. "
Le Langue de Plomb ricana, puis se baissa pour fouiller dans son bureau.
" Vous avez reçu mon message, à ce que je vois. "
" En effet. Pourquoi désiriez-vous me voir ? "
Eddings se redressa et laissa tomber un dossier d'une taille respectable devant lui, puis leva les yeux pour observer la réaction de Harry, qui se contenta de hausser un sourcil interrogateur.
" Votre dossier " annonça le vieux sorcier avec une expression évocatrice.
Harry camoufla un éclat de rire en toussotement poli lorsqu'il jeta un nouveau coup d'œil au dit dossier. Définitivement de taille respectable. Surtout pour quelqu'un qui n'existait techniquement que depuis six mois.
Eddings défit tant bien que mal le nœud qui maintenait le paquet de documents en un amas cohérent et plongea les mains dans le tas. Après quelques efforts infructueux et grognements d'agacement, il parvint finalement à ramener de sa pêche deux exemplaires de la Gazette du Sorcier datés de début septembre et les mit sous le nez de Harry.
" J'imagine que vous vous souvenez de ça. "
Harry loucha sur les titres et sourit en reconnaissant les articles incriminés.
" C'est difficile à oublier " reconnut-il.
" Tout autant pour vous que pour notre Ministre, Mr Davies " grogna Eddings.
Harry leva un sourcil avec un sourire d'étonnement.
" Tiens donc ? "
" J'aimerais savoir ce qui est allé vous piquer que d'aller étaler tout ce beau baratin dans un canard pareil, Mr Davies " siffla Eddings en lui jetant un regard qui voulait clairement dire : " ne joue pas à ça avec moi ".
" Vous n'aimez pas la Gazette ? "
Eddings jeta les journaux sur son bureau d'un geste agacé.
" Vous pourrez fanfaronner autant que vous le voudrez, notre Ministre exige des réponses ! "
" Dans ce cas, qu'il commence par poser des questions, je verrais ensuite si j'y répondrais ou non " fit remarquer Harry d'un ton vaguement ennuyé.
Le Langue de Plomb fixa sur lui un long regard perçant, puis articula :
" Avez-vous, oui ou non, donné cette interview à Skeeter ? "
" Oui " concéda Harry.
" Et avez-vous réellement prétendu avoir parlé à des elfes ? "
" Oui. "
Eddings étrécit les yeux et étudia sa physionomie plus attentivement que jamais. Harry savait qu'il ne pourrait y trouver rien d'autre que de la sincérité.
" Ceci, Mr Davies " statua-t-il finalement, " est encore plus difficile à croire qu'un voyage dans le temps. "
" Je vous l'accorde " répondit calmement le jeune Auror.
'Je me demande ce qu'il dirait si je lui annonçais que, là d'où je viens, un bébé de un an a offert une retraite forcée à Voldy… Il ne vaut mieux pas lui dire, hein ?'
" Sincèrement, Mr Davies. N'importe qui serait heureux de vous croire quand vous affirmez que nous pouvons nous créer de nouveaux alliés contre le Seigneur des Ténèbres. Mais même si nous pouvions être parfaitement sûrs de l'existence de ces peuples, que par ailleurs, vous refusez de nous prouver en nous les présentant, à quoi pourrait réellement nous servir une armée de centaures ou d'elfes de maison ? "
Harry sentit brutalement son cœur subir un étrange soubresaut. Ses mains se serrèrent sur les accoudoirs de sa chaise tandis que ses pupilles se dilataient.
**" Une armée de non-humains ! Avez-vous perdu la tête, Potter ? "
" Calmez-vous, Cornelius. "
" Mais enfin, Albus, vous rendez-vous compte ? Qui nous dit qu'une fois Voldemort vaincu, ces… créatures… ne se retourneraient pas contre nous ? C'est parfaitement risible ! Ces races ne sont pas dignes de confiance si nous leur donnons la chance de nous frapper dans le dos, qui sait ce qu'il adviendra du monde sorcier ? Ils pourraient tous nous balayer ! "
" Ou tous nous sauver. "**
" Après tout, les elfes ont toujours été dépeints comme une race timide et respectueuse de la vie. Et même s'ils acceptaient de participer à des combats, que pourraient leurs arcs et leur magie, que l'on dit capable de faire germer des plantes en plein hiver, contre les boucliers et les Impardonnables des Mangemorts ? "
**Une forêt d'arbres furieux se retournant contre leurs envahisseurs. Des racines les faisant trébucher, des branches s'enroulant autour de leurs bras et leur arrachant leurs baguettes.
Deux mains effilées posées en coupe autour d'une blessure déchiquetée. Le sang sèche, la peau frémit. Une lueur jaillit. La plaie béante se referme lentement.
Des arcs qui se lèvent. Expressions résolues et empreintes de tristesse. Les cordes se tendent. Les flèches pleuvent, amenant le sang et la mort miséricordieuse.**
" Et les fées ? Ne me dites pas que les fées pourraient quoi que ce soit contre les Géants que le Seigneur des Ténèbres a déjà rassemblés autour de lui. "
**Ailes de libellules qui battent. Des mains jointes, des yeux fermés. Incantation plus légère qu'un souffle, magie d'ondes et de vents. Le Géant bat des yeux, puis s'écroule sur les genoux, somnolent.**
" Quant aux centaures, il faudrait déjà les convaincre de sortir de leurs forêts. Vous savez combien ils sont orgueilleux. Pourquoi accepteraient-ils de nous aider ? Et après tout, à quoi pourraient-ils bien se rendre utile ? A prédire l'issue d'une bataille, peut-être ? " dit-il d'un ton moqueur.
**Un bras nu se lève et pointe le ciel dégagé. Un sabot frappe le sol pour appuyer des paroles. L'humain lève les yeux, hoche la tête. Des appels résonnent dans la forêt, les pièges sont tendus. Ce soir, Mars est visible les Mangemorts approchent.
Une tête encapuchonnée se lève, suivies par d'autres. Le froid se fait moins lourd, la terreur bascule. Les licornes affrontent les Détraqueurs, tête baissée, les mettant au défi de confronter leur noirceur à leur propre lumière. Les capes tournoient, les murmures rageurs s'estompent peu à peu au loin. Le centaure s'incline devant les êtres d'innocence, remerciant leur aide.**
" J'ai entendu dire que vous aviez également abordé le sujet des nains. Je ne sais pas où vous avez entendu dire que de telles créatures existaient, mais même s'il était possible de les faire sortir de leurs maisons souterraines, à quoi leurs dons de forgerons et de guerriers pourraient-ils nous servir ? Ceci est une guerre de magie. "
**Une baguette s'envole de la main qui la tenait. Le Mangemort rit sous son masque. Son rire cesse quand une hache se plante dans son dos.
Des sorts qui volent et rebondissent. Le mur de pierre noire et lisse résiste. De l'autre côté, les battements de cœur affolés des blessés laissent place au soulagement quand les assaillants abandonnent.**
" Et puis, réellement, Mr Davies, comment pouvez-vous penser que tant de peuples si différents puissent s'allier pour combattre côte à côte dans un semblant d'unité ? "
**Le dragon se pose sur le chant de bataille, exhalant son souffle de braise. Aucun sort ne paraît lui faire effet, il est trop rusé pour s'y laisser prendre. Un galop furieux retentit soudain, chacun s'écarte du trajet du centaure. D'un bond, il franchit la langue de flammes et plonge sous les pattes du dragon. Une volée de fées s'approche, saisit les vêtements de l'humain qui le chevauche. A l'instant où le centaure surgit de l'autre côté du dragon, l'humain est soulevé par des dizaines de paires d'ailes impalpables et porté jusqu'au dos écailleux de la créature. Ce n'est que lorsqu'il y saute que le dragon réalise son erreur. Mais déjà la lame de l'épée naine, forgée par la chaleur des volcans, plonge dans sa chair.
Les peuples elfe et fée reculent devant l'intrusion, regardant impuissants leur forêt partir en flammes sous les rires des Mangemorts qui attendent de pouvoir les massacrer. Une volée de sorts pleut, les boucliers des destructeurs cèdent. Avec des rugissements de joie sauvage, les nains se ruent à l'attaque. Reprenant confiance, les elfes lâchent une mortelle pluie de flèches à travers le feu, retournant leur arme contre les serviteurs des Ténèbres qui s'enflamment à leur tour en hurlant et fuient vers la rivière. Mais les sirènes se dressent soudain, saisissent leurs chevilles et les entraînent sous l'eau, crachent leur colère à la face des cendres, accueillent les fées aux ailes atrophiées par la chaleur infernale…**
" Davies ? Davies… Davies ! "
Harry reprit conscience de lui-même avec un sursaut, abasourdi par le soudain flot d'adrénaline qui parcourait ses veines. Lorsqu'il leva les yeux vers Eddings, ce fut le vieux sorcier qui se renversa soudain en arrière, totalement pris de court et effrayé par la soudaine lueur sauvage qui emplissait son regard.
" Vous parlez de choses que vous ne connaissez pas, Eddings " gronda-t-il. " Et, croyez-moi, vous ne pouvez pas imaginer à quel point vous vous fourvoyez… Pas plus que notre Ministre. "
Il y eut un long instant de silence où ils se contentèrent de se regarder dans les yeux, mais Eddings fut le premier à détourner le regard.
" Pourriez-vous nous donnez des… précisions sur ces peuples non-humains ? " murmura-t-il, le souffle court et la voix rauque.
" Pas avant qu'ils n'aient eux-mêmes décidé de leur position envers cette guerre. Mais ce que je peux vous dire, Eddings, c'est que si vous imaginez que vous allez vous débarrasser de Voldemort et de ses mignons simplement par la patience, et un ou deux raids décisifs, vous vous mettez lourdement le doigt dans l'œil. Regardez-moi en face, Eddings. "
Le vieux sorcier lui obéit, croisant son regard plein de doute avec celui empreint d'une inébranlable certitude de Harry. Il se trouva soudain incapable de détacher ses yeux de ce visage.
" Je ne suis pas venu ici pour le simple plaisir de jouer avec le temps, Eddings " dit lentement Harry. " Je viens d'un monde dévasté et ruiné. Et je suis là pour empêcher une guerre. Et malgré tout, j'ai peur qu'il soit encore trop tard pour ça. Je ferais tout ce qui sera en mon pouvoir pour que nous n'ayons pas besoin de toutes ces batailles, mais j'aurais besoin d'aide. Et je sais que notre Ministre, qui ne peut pas même imaginer que Voldemort soit autre chose qu'un simple mégalomane dont ses services viendront bientôt à bout, notre Ministre ne pourra rien faire d'autre que me mettre des bâtons dans les roues.
" Vous faites partie de cette époque depuis bien plus longtemps que moi, Eddings. Vous avez vu les visages s'empreindre peu à peu de peur lorsqu'une nouvelle attaque était relatée, vous avez entendu le soudain silence autour de ce nom que bien peu de personnes aujourd'hui peuvent prononcer librement : Voldemort. Le Seigneur des Ténèbres n'est pas un simple mégalomane, Eddings. Il est pire, bien pire, que Grindelwald et tous les mages noirs que le monde magique a eu à affronter jusqu'à aujourd'hui. Et il nous faudra bien plus que quelques Aurors pour le terrasser, même ici, en ce temps.
" Je doute que vous puissiez réellement imaginer tout ce au travers duquel ceux de mon époque ont dû passer pour qu'enfin sa menace soit éradiquée. La vérité, c'est que si j'avais su quelle serait la réelle action de la Tablette de la Seconde Chance sur moi, j'aurais sans doute longuement hésité à l'utiliser. Et au final, j'ignore quelle aurait été ma décision. Car je ne sais pas si je serais capable de traverser tout cela une deuxième fois, si je venais à faillir dans mes efforts pour adoucir le sort de notre monde. Et même si je parviens à en alléger le prix, il se pourrait encore qu'il soit trop lourd pour que je le supporte jusqu'au bout. Mais je prie pour cela, car ma tâche ne s'achèvera que lorsque tout sera à nouveau fini. "
Eddings le regarda un long moment, puis articula d'une voix tremblante :
" Qui êtes-vous réellement, Harry Potter ? "
Harry prit une longue inspiration et dévoila le plus important de tous ses secrets au seul homme qu'il savait actuellement capable de le comprendre pleinement et de l'assister là où il le faudrait :
" Je suis le Survivant. Le vainqueur de Voldemort. "
Une longue inspiration sifflante suivit sa déclaration, et Eddings se redressa soudain dans son siège, l'examinant d'un regard d'aigle exacerbé par la flamme d'espoir qui y avait pris naissance, comme une braise sur laquelle on aurait soufflé.
" Merlin… " murmura-t-il d'une voix révérencieuse.
Quelqu'un toquant à sa porte sortit Lily de son examen de sa nouvelle chambre. Les Potter n'avaient pas fait les choses à moitié, même si elle ne devait rester que pour deux semaines… La salle était spacieuse et bien meublée, arborant fièrement un grand lit à baldaquin, même plus grand encore que ceux dont les élèves disposaient à Poudlard. En-dehors du bureau et de l'armoire en chêne, une bibliothèque regorgeait de livres, pour la plupart des romans ou des livres pour enfants sorciers. Lily supposait que la véritable bibliothèque des Potter dont James avait parlé devait se situer dans une pièce à part de la maison.
Face à la porte, deux larges fenêtres donnaient vue sur le parc de la propriété où la neige commençait à s'amasser en un parterre blanc intermittent. Lily avait été totalement prise de court par la taille même de la bâtisse et du terrain qui l'entourait. Naturellement, elle savait comme tout le monde que les Potter étaient une vieille et riche famille sorcière, mais de là à imaginer ça. Il lui avait fallu du temps pour admettre que, oui, elle faisait bien face à un authentique manoir sorcier — car c'était bien de cela qu'il s'agissait, malgré les récriminations de Mr Potter qui affirmait qu'une bâtisse ne méritait le nom de manoir que si elle était hantée, ce qui n'était absolument pas le cas de la maison des Potter — et que, oui, elle allait bien passer deux semaines dans ce même manoir.
Elle était restée un certain temps plantée devant la grille d'entrée, bouche bée devant la façade de la demeure de vieille pierre décorée de frises et de sculptures à demi effacées par le temps, et l'immense jardin, constitué de bosquets et de sentiers à peine dessinés. Il avait fallu que Anne — Mme Potter avait absolument tenu à ce qu'elle l'appelle par son prénom — la tire gentiment par le bras pour qu'elle sorte de son hébétude et se rende compte qu'elle avait l'air parfaitement ridicule. Un fait que Potter n'avait évidemment pas manqué, s'il fallait se fier à son sourire moqueur.
Anne lui avait montré sa chambre et l'avait laissée s'installer, promettant de la faire appeler pour le dîner. Lily avait fini depuis un certain temps de ranger ses affaires et se contentait donc de faire le tour du propriétaire, s'arrêtant régulièrement devant la fenêtre comme pour vérifier que le jardin n'avait pas rétréci entre-temps et que, non, ce n'était pas un rêve.
C'est dans un de ces moments que la surprit James. Lily se sortit de sa fascination et traversa sa chambre pour lui ouvrir la porte.
" Le dîner est prêt " annonça nonchalamment le Gryffondor.
Sans un mot, Lily hocha la tête et le suivit, refermant la porte derrière elle. Ils traversèrent quelques couloirs et parvinrent à l'escalier qui menaient au rez-de-chaussée. A ce moment, James décida de commencer la conversation.
" Ta chambre te plaît ? "
Lily était sure qu'elle pouvait entendre une légère gêne dans sa voix.
" Oui " concéda-t-elle en relevant la tête. " Elle est très bien. "
" Ah. "
Il y eut quelques secondes de silence, et même Lily commença à se sentir gauche. Elle se racla la gorge et se décida à reprendre la gorge.
" Ca doit être merveilleux pour un enfant de grandir ici. Avec ce grand jardin et tout, je veux dire… "
James tourna la tête vers elle avec un grand sourire.
" C'est vrai, c'est génial. Mais peut-être aussi que ça donne un peu la grosse tête " révéla-t-il d'un ton de conspirateur en lui faisant un clin d'œil.
Lily en tomba presque littéralement à la renverse. Potter était-il réellement en train d'avouer qu'il avait bel et bien pu être arrogant ? James remarqua sa surprise et émit un petit ricanement, mais avant qu'il n'ait pu faire de commentaire plus poussé, son père passa une porte à leur droite et leur sourit.
" Ah ! Vous voilà enfin. Anne et moi nous demandions si James ne t'avait pas attiré dans un coin sombre, Lily… "
" Papa ! " s'exclama James d'un ton outré, lui coupant la parole.
Ses joues avaient pris une légère teinte rosée et Lily se surprit à sentir les siennes se mettre également à la brûler. Mr Potter se contenta d'un petit rire et les invita d'un geste à le suivre.
" Allons, venez, vous devez être morts de faim après cette journée. "
James consentit à passer à la salle à manger, non sans jeter un coup d'œil meurtrier à son père au passage, lequel se contenta d'un sourire innocent en retour. Lily les suivit avec un gémissement intérieur. 'Mais qu'est-ce qui m'a pris d'accepter ?'
La salle à manger, tout aussi vaste que le reste de la " maison ", parvenait malgré tout à ne pas sembler excessivement froide et impersonnelle. De nombreux tableaux étaient pendus aux murs, et Lily remarqua également quelques tapisseries. Quelques portraits lui sourirent d'un air bienveillant alors qu'elle entrait, leurs yeux brillants de curiosité. Un ou deux autres n'avaient d'yeux que pour la table en elle-même, et quant aux autres, ils étaient soit endormis, soit arboraient un air tout particulièrement ennuyé.
La table de bois arborait tout juste la bonne taille pour pouvoir tous les accueillir en leur laissant assez d'espace tout en leur évitant d'avoir à hausser la voix pour s'entendre d'un bout à l'autre. Lily soupçonna fortement que si les Potter avaient à recevoir de nombreux invités, la table pourrait magiquement s'adapter à leur nombre. Le repas se passa dans une relative bonne humeur, Anne harcelant pratiquement Lily de questions sous le regard amusé de son mari et presque désolé de son fils.
Malgré les plats délicieux, elle remarqua cependant que Mr et Mme Potter échangeaient régulièrement des regards en coin, comme s'ils attendaient que quelque chose arrive. Ce fut James qui lui fournit, involontairement, la réponse à ses questions. Après avoir jeté un coup d'œil à l'horloge de la salle à manger, le jeune homme interrogea ses parents du regard.
" Quand doit arriver cet homme dont vous m'avez parlé dans votre lettre ? Celui qui doit nous… "
Là-dessus, James cessa abruptement sa phrase en jetant un coup d'œil en coin à Lily. Malgré tout, la jeune fille devina qu'il voulait dire " … protéger ? ". Anne et George échangèrent un nouveau coup d'œil et Mme Potter répondit :
" Il devait arriver ce soir, normalement. Du moins, c'est ce que j'avais cru comprendre… "
" Ah… "
James jeta un nouveau coup d'œil à l'horloge et Lily devina ce qu'il devait se dire. Il commençait à être vraiment tard…
" Vous ne croyez pas qu'il… enfin… " bégaya Lily devant leurs regards attentifs. " Vous ne pensez pas qu'il ait pu lui arriver quelque chose ? "
George sourit, mais Lily remarqua que son sourire semblait malgré tout un peu forcé.
" Oh ! non, je ne pense pas. J'imagine qu'il doit savoir se débrouiller, il n'y a aucune raison pour qu'un accident lui soit arrivé. "
Lily hocha la tête sans rien dire, mais James fronça brutalement les sourcils.
" Est-ce que ça veut dire que vous ne savez pas exactement qui doit venir ? "
Ses parents prirent brutalement un air gêné et Anne toussota dans son poing.
" Eh bien, non, pas vraiment. Nous avons demandé de l'aide à un ami, qui a promis de nous envoyé quelqu'un de confiance… "
James les fixa comme s'il les voyait pour la première fois.
" Un ami ? " répéta-t-il d'un ton plat.
Anne jeta un regard mal à l'aise à son mari, qui prit la suite.
" Oui. Ne t'inquiète pas, c'est quelqu'un en qui nous avons toute confiance " dit-il d'un ton rassurant.
Cette fois-ci, Lily ne trouva aucun doute dans sa voix ni ses gestes, et elle se relaxa un peu dans sa chaise. Après tout, c'était plus une affaire de famille qu'autre chose. Du moment qu'elle pouvait réellement se considérer en sécurité, c'était aux Potter de voir le reste. Elle pouvait bien se permettre d'avoir confiance en l'homme de confiance envoyé par l'ami en qui avait confiance les parents de James… En revanche, le jeune Gryffondor paraissait toujours sceptique.
Heureusement pour Anne et George, quelques lourds cognements à la porte d'entrée monopolisèrent brutalement son attention, comme celle de tous les occupants de la salle. Un petit trottinement se fit entendre en réponse et l'elfe de maison des Potter, Cherry, traversa hâtivement le hall pour aller ouvrir au visiteur. George se leva, repoussant son assiette vide.
" Eh bien, on dirait que le voilà finalement, notre homme ! Viens-tu, Anne ? Allons l'accueillir. "
Anne hocha la tête avec un soulagement presque palpable et suivit son mari hors de la salle après avoir reposé son verre. James et Lily échangèrent un regard perplexe, même si l'expression de James contenait à peu près autant d'inquiétude que d'interrogation. Lily eut un sourire devant son expression presque revêche, puis se leva à son tour.
" Tu n'as pas envie de savoir à quoi il ressemble ? "
James grogna un commentaire et la rejoignit. Alors qu'ils franchissaient la porte de la salle à manger, une discussion leur parvint depuis l'entrée.
" Vous ? " s'exclama un George manifestement surpris.
" Bonjour à vous aussi, Mr Potter ! " salua en retour une voix joyeuse. " Je suis désolée d'arriver aussi tard, j'ai été retenu par un ami. Je ne vous dérange pas au moins ? Je sais que vous deviez m'attendre plus tôt… "
" Non, non, pas du tout, voyons ! Entrez. "
James et Lily s'arrêtèrent tout net en entrant dans le hall, au moment où le visiteur passait la porte en souriant.
" Anne, " disait George, " je te présente Harry Davies, Auror et momentanément professeur de Défense Contre les Forces du Mal. J'imagine que tu as entendu parler de lui ?… "
" Vaguement, oui " concéda Mme Potter d'un ton mitigé.
" Oh, allons, Anne " dit George en roulant des yeux, " évidemment que tu en as entendu parler ! Ce n'est pas comme si la Gazette était restée muette à son sujet… ni moi non plus, d'ailleurs. "
" Dois-je comprendre que vous me faites de la publicité ? " intervint le professeur Davies avec un sourire en coin.
" Il est difficile de ne pas parler de quelqu'un comme vous, vous savez, Davies. Vous avez dîné ? "
" Pas encore, non. "
" Parfait ! Cherry, peux-tu apporter un couvert pour Mr Davies ? "
" Tout de suite, maître ! "
L'elfe repartit de son pas trottinant vers la cuisine de la demeure, et Georges attira Davies à l'intérieur du hall sous le regard songeur de Anne. Mr Potter aperçut les adolescents dans l'encadrement de la porte à peu près au moment que l'Auror et leur sourit.
" Ah ! Vous voilà, vous deux. Regardez donc qui nous arrive ! "
" Euh… Bonjour, professeur Davies " réussit à articuler Lily.
James parut sortir de son hébétude au son de sa voix et se redressa à son tour.
" Professeur ! " s'exclama-t-il d'une voix secouée. " Nous vous croyions à l'infirmerie, ce matin, nous vous voyons sauter du toit du Poudlard Express, et voilà que vous débarquez ici ! "
Son père lui fit les gros yeux pour son accueil peu conventionnel, mais le professeur se contenta d'un petit rire.
" Eh oui, Mr Potter, vous apprendrez qu'il n'est pas aussi facile de se débarrasser de moi. "
" Oh ! Mais ce n'est pas que je… Enfin, je ne voulais pas… " bafouilla James, soudain légèrement rougissant. "Je veux dire, je suis content que vous alliez bien, monsieur ! "
Davies lui sourit gentiment.
" Tout comme moi, Mr Potter. Bonjour, Miss Evans " ajouta-t-il avec un hochement de tête à l'intention de Lily.
Lily vit nettement la lueur de curiosité dans son regard, mais avant qu'elle n'ait pu répondre à sa question non formulée, George se chargea de l'éclairer :
" James a invité Lily a passé les vacances de Noël ici, plutôt que de rester à Poudlard. "
" Oh " dit Davies, surpris.
Lily rencontra son regard, et sut qu'il se demandait pourquoi diable elle aurait dû demeurer à Poudlard quand sa famille aurait pu l'accueillir pour les fêtes, mais il ne posa pas la question tout haut et Lily lui en fut reconnaissante. Au lieu de cela, il se tourna vers James et commenta avec un sourire :
" Voilà qui était très gentleman de votre part, Mr Potter. "
James se raidit et parut lutter contre la vague de rougeur qui assaillait ses joues. Il se contenta de murmurer un réponse inaudible sous le regard presque trop pénétrant de leur professeur. Georges rit doucement, et même Mme Potter sembla se dérider quelque peu.
" Allons, venez " invita enfin Mr Potter, entraînant Davies vers la salle à manger. " Vous devez avoir faim, à une heure pareille. "
" J'avoue que ce n'est pas faux " commenta l'Auror en s'asseyant à une chaise qu'avait apportée Cherry entre-temps.
Comme l'avait soupçonné Lily, le diamètre de la table semblait avoir légèrement augmenté pour accueillir le nouveau venu tout en garantissant le confort de chacun. Ils se rassirent donc, et mangèrent quelques temps en silence.
James, assis à côté de son professeur, semblait légèrement mal à l'aise et Lily savait qu'elle aurait été dans le même état d'esprit si elle s'était trouvé à sa place. Les étudiants n'avaient pas pour habitude de partager la table de leurs enseignants. De son côté, Mme Potter semblait considérer leur dernier invité avec une méfiance distante, comme si elle attendait de voir à qui elle avait réellement affaire. Lily s'interrogea sur la confiance qu'elle les avait poussés, James et elle, à avoir en l'homme qui devait protéger les Potter.
Seul George paraissait parfaitement à l'aise avec Davies, et ce fut donc lui qui reprit la conversation.
" Il me semblait que vous deviez rester à Poudlard toute l'année ? "
Davies haussa les épaules et répondit avec autant d'aisance que lui, comme s'il ne sentait pas la légère tension qui baignait la salle :
" Trois Aurors ne sont pas nécessaires pour protéger Poudlard pendant les vacances. Thomson et O'Brien ont convenu de se relayer d'une semaine à l'autre pour qu'il reste tout de même toujours l'un d'entre nous de garde. Quant à moi, j'ai demandé un congé. "
George hocha la tête d'un air entendu et ne chercha pas à en savoir davantage sur le sujet. En revanche, il posa sur son fils un regard perçant avant de le reporter sur l'Auror.
" Dumbledore nous a informés de ce qui est arrivé il y a quelques semaines. Il a tout particulièrement insisté sur le fait que vous ayez joué un grand rôle dans le sauvetage de James et Lily. "
Davies ouvrit la bouche comme pour minimiser les choses, mais James ne lui en laissa pas le temps.
" C'est vrai ! Il a été vraiment génial, sans lui, on était cuits ! Pas vrai, Lily ? " s'exclama-t-il avec enthousiasme.
Lily fut un instant prise de court mais dut avouer qu'il avait parfaitement raison. Surpris, Davies les fixa tous les deux d'un air perplexe, et James dut encore insister :
" Je vous assure, professeur ! Je n'étais pas vraiment très bien en point, mais je vous est quand même vu et vous étiez… vraiment brillant ! "
Lily sourit pour signifier son accord, même si elle avait nettement vu les Potter se crisper à la mention du " pas vraiment très bien en point ". A sa grande surprise, cependant, Davies se redressa et ses joues semblèrent légèrement rougir.
" Eh bien, merci pour le compliment, Mr Potter, Miss Evans… "
George ricana devant sa gêne, puis ajouta soudain :
"Vous savez, Davies, cela va finir par être vraiment embarrassant. "
Tous les autres se tournèrent vers lui et l'Auror demanda, interrogateur :
" Je vous demande pardon ? "
" Je viens de me rendre compte que si devez nous donner du "Mr Potter" à moi et à James pendant deux semaines, cela risque de devenir plutôt confus. Non ? Que diriez-vous de nous appeler plutôt par nos prénoms ? James ? "
James sursauta vivement, comme sincèrement surpris par l'idée entière.
" Oh… Oui, bien sûr, ça ne me gênerait pas ! "
" Parfait, alors ! " reprit George. " A moins que quelque chose dans le règlement de Poudlard vous en empêche ? "
" Non, non, absolument pas ! Simplement, je ne puis certainement pas utiliser les prénoms de mes élèves durant les cours. "
" Mais durant les vacances ? "
" Durant les vacances, rien ne m'en empêche. "
Davies semblait plutôt attirée par le concept.
" Bien ! Dans ce cas, c'est réglé " décréta Georges en revenant à son dîner.
" A condition que vous me retourniez la faveur, bien sûr " ajouta Davies d'un ton d'évidence.
" Moi aussi ? " s'exclama James en en laissant tomber sa fourchette.
" Evidemment, Mr… James " s'amusa Davies. " Il n'y a pas de raison que cela ne fonctionne que dans un sens. "
James garda le silence, se contenant de le fixer comme s'il n'en croyait pas ses oreilles.
" Dans ce cas, vous feriez tout aussi bien de m'appeler Anne " décida soudain Mme Potter, avant de se pencher vers Lily. " Lily, ma chérie, cela te gênerait-il, toi ? "
" Oh… Absolument pas, non. "
Lily se rendit compte qu'elle n'avait pas un instant envisagé que la mesure put s'étendre à elle. Mais aussi que cela ne la dérangeait pas vraiment, bien que l'idée soit étrange dans son esprit.
" Eh bien, je crois que cette fois c'est définitif. Sauf si vous avez quelque chose à y redire ? " ajouta-t-elle à l'intention de l'Auror.
" Harry " se contenta d'un sourire chaleureux et de secouer la tête. Lily lui trouva un air étrangement satisfait.
Ce serait définitivement des vacances étranges, se dit-elle.
Voilà ! Je préfère ne pas faire d'hypothèses pour l'arrivée du prochain chapitre, mais je pense prévoir vraiment large en affirmant qu'il sera à votre disposition d'ici fin janvier. Si vous voulez hâter le délai, vous savez ce qu'il vous reste à faire ! ^^
