Le retour de Rita Skeeter
- Qu'est-ce qui te fait rire, Pansy ? demanda Drago d'une voix ensommeillée le lundi suivant.
- Tiens, regarde ça !
Elle lui tendit un exemplaire de Sorcière-Hebdo. Drago jeta un œil à la une et soupira bruyamment. En grosses lettre s'étalait le titre : Harry Potter et les affres de l'amour – tous les détails page 12.
- Il ne peut pas s'empêcher de faire la couverture des magazines, grogna-t-il en ouvrant la revue à la page douze.
Harry Potter subit une nouvelle déception amoureuse
Cupidon a encore frappé à Poudlard, où Harry Potter poursuit ses études, mais les graines de la discorde se sont une fois de plus insinuées entre notre jeune ami et la nouvelle élue de son cœur, la belle Parvati Patil.
En effet, alors que leur histoire durait depuis presque deux mois, Harry Potter a rompu après les vacances de Noël, prétendant qu'il « ne se sentait pas prêt à entretenir une relation durable ». Mais il était apparemment prêt à vivre quelque chose avec la jolie blonde – dont le nom nous est encore inconnu – qui l'a consolé dans ses bras secourables peu de temps après cette rupture.
Traîtrise de la part de Potter ou simple hasard ? Nul doute que nous en saurons plus dans les jours prochains.
De votre envoyée spéciale, Rita Skeeter.
La première réaction de Drago fut d'éclater de rire. Mais ensuite… alors comme ça, Potter s'était trouvé une nouvelle petite amie…
- Moi ça m'est égal, de savoir si c'est une traîtrise ou un hasard, dit-il d'un ton sec en rendant Sorcière-Hebdo à Pansy. Pourquoi cette Skeeter s'imagine que ça intéresse quelqu'un ?
- Parce que Potter a des tas de fans, grimaça Pansy.
Drago sentit son estomac se contracter. Était-il possible qu'il soit jaloux ? Non, sûrement pas… Qui voudrait voir sa vie privée étalée dans les journaux ? Mais il aurait bien voulu savoir avec qui Potter s'était consolé. Il se mit à scruter la table des Gryffondor dans l'espoir de découvrir la mystérieuse « belle blonde ».
- Elle écrit toujours aussi mal, fit Hermione en reposant Sorcière-Hebdo sur la table. « Les graines de la discorde ». Non mais vraiment…
Ron s'empara du magazine et éclata de rire.
- Tu veux lire, Harry ?
- Non merci. Dis-moi juste de quoi ça parle.
- En gros, tu as rompu avec Parvati parce que tu n'étais pas prêt…
- Quoi ? Mais comment elle le sait ?
- Je crois que le scarabée a encore frappé, fit Hermione.
- … et tu t'es trouvé une belle blonde pour la remplacer, continua Ron. Hé hé, Malefoy ! s'exclama-t-il les yeux brillants.
- Moins fort, dit Harry. Tu crois qu'elle était là à nous écouter ? demanda-t-il à Hermione.
- Sans doute. À moins que…
Elle regarda Parvati qui arborait un sourire satisfait.
- À moins que ce soit Parvati qui lui ait tout raconté.
- Mais pourquoi ? Elle n'avait aucun intérêt à le faire puisque c'est Harry qui l'a quittée, objecta Ron. Elle n'a pas le beau rôle.
- Elle voulait le faire passer pour un horrible bonhomme, répondit simplement Hermione. Il laisse tomber Parvati et se console avec une autre fille, expliqua-t-elle devant l'air ahuri de Ron.
Harry hocha la tête d'un air songeur.
- J'espère que c'est le dernier sale coup qu'elle me fait.
- Tu crois que Malefoy sait que la « belle blonde », c'est lui ? demanda Ron avec espoir.
- Non, sans doute pas. Et tu n'as pas intérêt à le lui dire ! dit Harry d'un ton horrifié.
- Pourquoi ? Je tiendrais une belle revanche…Imagine sa tête si je disais devant tous les Serpentard que Parvati l'a pris pour une fille !
- Il faudrait expliquer dans quelles circonstances, et je n'ai pas envie que tout le monde soit au courant que j'ai aidé Malefoy.
- Oh. Tu as raison.
Ron avait l'air déçu.
- En tout cas, demain il va y avoir de l'animation au petit-déjeuner, fit Hermione d'un ton lugubre.
En effet, les lettres ne cessèrent pas de pleuvoir sur Harry. Mais fort de son expérience passée, il n'en ouvrit pas une seule. Tout cela avait pour lui comme un goût de déjà-vu et il se contentait de protéger son bol et son verre des enveloppes que les hiboux lâchaient au-dessus de lui. Hermione se chargeait de les faire disparaître.
- Evanesco. Evanesco. Oh non, en voilà encore d'autres. Evanesco.
Au même moment une Beuglante, la première d'une longue série, présumait Harry, atterrit dans le plat d'œufs brouillés.
- Ah, là je ne peux rien faire, soupira Hermione. Quand on essaye de faire disparaître une Beuglante elle explose et ça peut mettre le feu.
- Comment tu le sais ? Tu as déjà reçu une Beuglante ? demanda Ron.
- Je l'ai lu dans Moyens de communication sorciers comparés.
- Regarde ça, Potter a reçu une Beuglante, ricana Drago.
Pansy éclata d'un rire strident.
- Attention… trois, deux, un…
- VOUS ÊTES UN GROSSIER PERSONNAGE ET VOUS NE MÉRITEZ PAS TOUTE L'ATTENTION QU'ON VOUS PORTE, COMME VOUS NE MÉRITEZ CERTAINEMENT PAS CETTE PAUVRE JEUNE FILLE QUE VOUS AVEZ LAISSÉE TOMBER…
Pansy jubilait mais Drago ne pouvait s'empêcher de plaindre Potter. La veille il l'avait vu grimacer quand Weasley lui racontait l'article de Rita Skeeter. Peut-être n'était-il pas si heureux que ça de toute l'attention dont il faisait l'objet, après tout. Décidément, il n'a pas fini de me surprendre…
- Pansy, tu peux venir, une seconde ? demanda Milicent Bulstrode en arrivant derrière elle.
- J'arrive. À plus tard Drago.
En se levant à son tour, Drago trouva sur le banc un parchemin qui était vraisemblablement tombé de la poche de Pansy.
- Pansy, attends !
Mais la jeune fille avait déjà disparu.
Drago fourra distraitement le papier dans sa poche et se mit en route pour la bibliothèque. S'il continuait comme ça Madame Pince allait lui proposer de planter une tente entre deux rayonnages, se dit-il avec un sourire en coin. Que ne fallait-il pas faire pour que son père arrête de le martyriser…
Harry reçut de nombreuses autres Beuglantes au cours des jours qui suivirent. Certaines arrivaient même en pleine classe, à la grande joie des autres élèves qui étaient ravis d'avoir un peu de distraction. Harry essayait de rester digne tandis que les Beuglantes déversaient sur lui la fureur de leur expéditeur. Parvati agissait comme si elle n'avait rien à voir avec tout ça. Par chance, aucune leçon de potions ne fut interrompue par l'arrivée intempestive d'un hibou ; Harry avait l'impression que Rogue n'attendait que ça pour le renvoyer définitivement de son cours.
Lorsque arriva le vendredi Harry se sentit grandement soulagé - Hermione aussi, car elle commençait à en avoir assez de dégainer sa baguette dès qu'un hibou arrivait, porteur d'une nouvelle lettre d'insultes. Pour leur cours de soins aux créatures magiques, qui était à la fois le dernier de la matinée et de la semaine, Hagrid leur fit étudier de petits insectes bleus qu'il avait enfermés dans une cage.
- Attention, ne leur tendez surtout pas le doigt car...
Trop tard, Ron était déjà en train de taquiner l'un des insectes à travers les barreaux de la cage.
- Aïe ! hurla-t-il. Cette saleté m'a piqué !
Hagrid sortit une corde da sa poche et la lui attacha promptement à la cheville.
- Mais qu'est-ce que vous faites, Hagrid ? Vous avez peur que je m'enfuie ?
Sans lui prêter attention Hagrid tendit l'autre extrémité de la corde à Harry.
- Tu veux bien le conduire à l'infirmerie ? Tiens-le bien, j'ai peur qu'il ne...
- Hé ! Qu'est-ce qui m'arrive ?
Ron venait de s'élever à deux mètres du sol.
- Ne t'inquiète pas, Ron ! lui dit Hagrid en lui tapotant l'épaule - la tête de Ron était à la hauteur de la sienne à présent. Ça va passer !
- Mais...
- Ne lâche pas la corde, Harry, lui dit Hagrid en se penchant pour ne pas que Ron l'entende. Il est en état de lévitation. Il ne devrait pas monter plus haut, mais s'il y a un coup de vent...
Harry avait du mal à ne pas éclater de rire, contrairement à Hermione qui avait l'air d'avoir avalé du pus de Bulbobulb. Mais la plupart des autres élèves partageaient l'hilarité de Harry - à peine dissimulée pour certains.
- Bien, fit Hagrid en se tournant vers la classe, qui regardait Harry s'éloigner en direction du château en tenant Ron au bout d'une corde comme un ballon de baudruche. Vous avez tous compris pourquoi il ne faut pas jouer avec un Billywig. Leur dard contient un...
- Mais il n'arrêtera donc jamais de nous faire étudier des monstres ? vociféra Ron tandis que Harry grimpait les marches menant au château. Fais-moi donc descendre un peu, sinon je vais me cogner.
Harry tira de toutes ses forces sur la corde afin de permettre à Ron de passer la porte d'entrée.
- Pourvu qu'on ne croise pas Malefoy, gémit Ron. Je crois que je ne m'en remettrais jamais s'il me voyait comme ça.
Ses prières furent entendues et ils arrivèrent à l'infirmerie sans avoir rencontré personne.
- J'en ai assez de cette école ! rugit Madame Pomfresh en les voyant arriver. Il ne se passe pas un jour sans que j'aie un élève blessé ou brûlé ou... en état de lévitation !
- Je suis bien d'accord ! affirma Ron en hochant vivement la tête.
L'infirmière tira d'un geste rageur sur la corde pour amener Ron à sa hauteur.
- Billywig ?
- Oui, soupira Ron.
- Vous avez de la chance, se radoucit-elle soudain. Hagrid m'avait prévenue qu'il comptait faire un cours sur ces bestioles. J'ai pris les devants - ne me remerciez pas - et j'ai envoyé un hibou en Australie à mon vieil ami Lawson.
Elle gloussa.
- Il a récemment découvert un remède à la piqûre de Billywig. Sans quoi vous restiez flotter pendant des jours.
La reconnaissance et le soulagement semblèrent laisser Ron sans voix. Il avala d'un trait une potion jaune vif et deux minutes plus tard il était redescendu sur la terre ferme.
- Hagrid, je le retiens ! fulmina-t-il.
- Et moi donc ! renchérit Madame Pomfresh.
Mais Harry savait que la bonne humeur naturelle de Ron reprendrait vite le dessus, surtout devant le bon repas qui les attendait - il était trop tard pour retourner en cours.
Ils étaient route vers la Grande Salle quand ils entendirent des éclats de voix provenant du bureau du professeur Bondupois. Ils s'approchèrent.
- Was ?
Le professeur Bondupois était apparemment en pleine conversation, mais comme ils n'entendirent pas de réponse ils en conclurent que son interlocuteur ne se trouvait pas dans la pièce.
- Nein ! Nein, auf keinen Fall dürfen Sie das tun !
Harry se tourna vers Ron, qui haussa les épaules en geste d'ignorance. Quand ils arrivèrent à la Grande Salle Hermione était déjà attablée.
- J'ai ramené vos affaires, dit-elle d'un ton joyeux tandis qu'ils s'asseyaient.
Elle semblait soulagée de voir Ron marcher à nouveau sur le plancher des vaches.
- Hermione, commença Harry. On a entendu un truc bizarre...
- Le professeur Bondupois parlait une langue étrangère ! coupa Ron avec excitation.
Hermione les regarda d'un air interrogateur, attendant visiblement la suite.
- C'est ça, le truc bizarre, expliqua Harry.
- Oh ! Ça n'a rien de bizarre, répondit Hermione en avalant un peu de purée.
- Quand même..., fit Ron, l'air choqué par la réaction d'Hermione. On aurait dit de l'allemand, qu'en dis-tu, Harry ?
- Oui.
- Vous n'allez pas me dire que vous êtes étonnés d'avoir entendu quelqu'un parler une autre langue !
Hermione était stupéfaite.
- J'ai toujours pensé que ce qui manquait dans cette école, c'était l'enseignement des langues étrangères, continua-t-elle. D'ailleurs, je pense me mettre au bulgare.
- À cause de Krum ? fit Ron d'un ton accusateur.
- Et alors ? répliqua sèchement Hermione.
Harry réfléchissait à ce qu'Hermione avait dit. Après tout, c'est vrai, si leur professeur de défense contre les forces du mal parlait allemand, il n'y avait pas de quoi en faire tout un plat. Et le ton courroucé qu'elle avait employé ne signifiait pas forcément qu'elle trafiquait quelque chose de louche, ni qu'elle était en contact avec Voldemort...
Chassant le professeur Bondupois de sa tête, il se mit à manger.
Lorsque les élèves se levèrent de table pour retourner en cours ou vaquer à d'autres occupations, Drago s'arrangea pour se retrouver près de Weasley à la porte de la Grande Salle.
- Dis donc Weasley, on m'a raconté une drôle d'histoire à ton sujet, mais bien sûr je n'en ai pas cru un mot, lança-t-il d'un air narquois. On m'a dit que tu t'étais mis à voler, c'est vrai ?
Pansy éclata d'un rire hystérique.
- Tais-toi Malefoy, à moins que toi aussi tu ne veuilles te mettre à voler, mais en direction de l'infirmerie, le menaça Potter.
- J'ai peur, Potter ! répliqua Drago.
Mais le coeur n'y était pas. Il n'avait pas envie de disputer avec Potter.
Surpris autant qu'affolé par cette soudaine prise de conscience, il se força à lancer « Weasley, il vaut mieux qu'on l'évite » d'un ton aussi moqueur que possible avant de s'éloigner prestement. Son départ fut salué par un grondement jovial des Serpentard qui avaient assisté à la scène, mais il n'y prêta pas attention.
Il n'avait pas eu envie d'insulter Potter.
Il était choqué par cette découverte.
Alors qu'il était plongé dans ses réflexions un courant d'air glacé l'arrêta. Le Baron Sanglant venait de lui mettre la main sur l'épaule.
- Eh bien mon jeune ami, il est bien difficile de vous voir seul à seul depuis quelque temps, fit le fantôme d'un ton lugubre.
Drago regarda autour de lui et constata avec stupéfaction qu'en effet il était seul. Cela ne lui était pas arrivé depuis longtemps. Soudain inquiet, il réalisa que peut-être Pansy ne se plaisait plus en sa compagnie. Il se surprit à espérer qu'elle était toujours amoureuse de lui. Si elle le quittait avant qu'il ait eu le temps de le faire, il serait la risée de toute la salle commune, si ce n'était de toute l'école.
- J'ai fait ce que vous m'aviez demandé, annonça le Baron.
- Merci Baron, dit Drago avec reconnaissance. Je vous écoute.
- Les Gryffondor ont repris leur entraînement dans la Pièce Va-et-Vient. Ils ont une nouvelle tactique, qui consiste à...
- Attendez, je vais prendre des notes.
Drago fouilla dans ses poches à la recherche d'un bout de papier. Il trouva un parchemin et vérifia qu'il ne s'agissait de rien d'important avant d'écrire dessus. Il déplia le papier et eut la surprise de constater qu'il s'agissait d'un plan de l'école. Il se souvint alors qu'il devait s'agir du parchemin que Pansy avait laissé tomber à table le mardi précédent. Ça veut dire que je n'ai pas changé de robe depuis mardi ? constata Drago avec horreur. Mais son attention fut vite détournée par un petit point écarlate sur la carte. Se penchant, il réalisa que le point se trouvait... exactement au même endroit que lui. Il se déplaça légèrement, et le point bougea en même temps que lui.
Le Baron toussota et lui tendit obligeamment une plume, mais Drago ne fit aucun geste pour la prendre. Il réfléchissait. Et soudain il comprit.
- Baron, vous voulez bien qu'on remette ça à plus tard ? J'ai quelque chose à régler.
À sa grande surprise, le fantôme accepta. À vrai dire, le Baron Sanglant faisait tout ce que Drago lui demandait, mais personne ne savait pas pourquoi, puisqu'il était toujours si acariâtre envers les autres. Drago soupçonnait son père d'avoir rendu un grand service au fantôme en son temps, mais il n'en avait aucune certitude.
- Merci ! Je vous appellerai ! lança-t-il tandis que le Baron disparaissait dans l'air.
Et il se précipita vers la salle commune des Serpentard.
