ANNONCE POUR CEUX QUI ONT LU LE TOME 6 - Si ce n'est pas votre cas, allez tout de suiteau deuxième paragraphe(lol, j'ai l'impression d'écrire un "livre dont vous êtes le héros") et ne vous inquiétez pas, aucun spoiler ici. Pas de ça chez nous. Non mais.
Désormais, de temps à autre vous remarquerez peut-être certains détails dans cette fic qui vous rappelleront le tome 6 ; ce n'est que le fruit du hasard (et peut-être d'une connexion que je n'avais pas encore remarquée entre le cerveau de l'honorable JKR et le mien... lol). En effet, tous les chapitres jusqu'au 37 ont été écrits avant la sortie du livre tant attendu ; je n'ai rien pompé sur JK - bon, à part l'idée générale, Harry et tout ça... ;-)
Voilà, je voulais juste qu'entre nous soit dit :-)
Aujourd'hui il a fait très beau alors je vous poste deux chapitres. J'espère que vous avez cinq minutes. En plus, c'est sûrement l'anniversaire de l'un d'entre vous, alors joyeux anniversaire, Toi !
Enfin, réponse aux reviews :
Un grand merci à Amy Keira, qui n'oublie jamais de me laisser une p'tite review ! la-shinegami, bon j'espère que ça n'a pas été trop long, mais en tout cas entre les chapitres 27 et 28 tu n'auras rien oublié, normalement, à moins que tu sois atteinte d'une forme d'Alzheimer particulièrement rapide. Mais en fait, là, il y a égalité, donc rien n'est perdu ! (en lisant entre les lignes, j'ai compris que tu supportais les Gryffondor). slydawn et just lulu, bravo, il y a des tirs au but... Je ne savais pas non plus si ça existait, alors j'ai fait comme si ! Merci pour votre review. CelebrianAngel, ma seule lectrice anglophone, bienvenue, et j'espère que tu continues à lire ! Emy Black, merci beaucoup, ça me fait vraiment plaisir de t'avoir réconciliée avec le genre ! Mais ne me dis pas que tu as passé cinq heures devant ton ordi à lire ma fic ? Ca n'en vaut pas la peine, quand même, fais des pauses de temps en temps ! lol Enfin, Vert Emeraude, une fois de plus je vais te demander d'attendre encore un peu... Un tout petit peu... ;-) Mais merci pour ta review !
Allez, bonne lecture !
Le capitaine en perdition
Harry atterrit en catastrophe - il n'avait pas remarqué qu'il était si proche du sol - et fut aussitôt rejoint par ses coéquipiers qui poussaient des cris de joie. Du coin de l'oeil il vit Sarah Rowen se faire chaleureusement féliciter par son capitaine pour avoir permis l'égalité.
- Bon, on a encore une chance, résuma-t-il, hors d'haleine. Alors nous comptons sur vous, les Poursuiveurs. Vous aurez droit à deux tirs chacun.
Madame Bibine s'approcha et leur annonça qu'ils avaient droit à un peu de repos avant d'entamer la séance de penalties qui permettrait de départager les deux équipes. Ron, lui, était effondré.
- Je suis désolé, Harry...
- Ce n'est pas grave, on peut encore gagner.
- Non, je veux dire que je suis désolé parce qu'on va perdre. Je n'arriverai jamais à arrêter six tirs de Serpentard.
- Personne ne te demande d'en arrêter six, Ron, fit Ginny d'un ton excédé. Il suffit que tu en arrêtes un de plus que Baddock.
Cette nouvelle vision des choses parut ragaillardir sensiblement le gardien.
Toute l'équipe retourna dans les vestiaires pour se désaltérer, et personne ne parla durant les dix minutes que dura la pause. Quand il fut temps de retourner sur le terrain, Ron semblait plus abattu que jamais, malgré les encouragements de ses camarades, et à en juger par son visage délicatement teinté de vert, serait allé prendre plus volontiers le thé avec Rogue que sa place devant les buts.
Tous les joueurs à part les deux gardiens s'envolèrent vers le milieu du terrain. Zabini fut le premier à tirer. Il s'élança vers la surface de but et marqua. Ron n'avait même pas bougé ; il paraissait tétanisé. Ensuite ce fut le tour de Ginny. Elle fit quelques assouplissements de bras tandis que Malcolm Baddock se plaçait à son tour devant les cercles d'or.
Elle aussi marqua.
Harry jeta un coup d'oeil nerveux vers les tribunes, où il aperçut le professeur Bondupois qui hochait la tête d'un air satisfait.
Sarah Rowen tira et cette fois Ron réussit presque à toucher le Souafle, qui passa quand même dans un des cerceaux. Hermione fonça sans hésiter et marqua également.
La foule trépignait d'excitation. Nott saisit attrapa d'un air dédaigneux le Souafle que Baddock venait de lui envoyer et attendit à peine que Ron soit prêt pour s'élancer vers lui. Cette fois Ron plongea vers la droite, alors que s'il n'avait pas bougé il aurait probablement arrêté la balle car Nott avait visé le cercle du milieu. Les Serpentard éclatèrent d'un rire supérieur, mais Harry ne pouvait pas en vouloir à Malefoy de s'esclaffer avec ses coéquipiers : si Ron n'avait pas été son meilleur ami, lui-même se serait moqué de lui.
Colin Crivey tira à son tour mais cette fois Baddock réussit à bloquer le Souafle. Harry vit du coin de l'oeil Ginny s'affaisser sur son balai, et derrière lui, Neville émit un gargouillement indéfinissable. Pour gagner, il fallait que Ron arrête au moins deux tirs. Autant dire...
- Mission impossible.
Ginny avait terminé sa pensée. Zabini tira à nouveau, et marqua, à nouveau, tout comme Ginny. Mais avant que Sarah Rowen ne s'empare du Souafle, Harry eut une idée et fila vers Ron. Il lui chuchota quelques mots à l'oreille et retourna à sa place.
Sarah, un peu intriguée, lança le Souafle de toutes ses forces mais Ron, comme mû par une intuition, se jeta du bon côté et reçut la balle dans les mains. La tribune des Gryffondor explosa en rugissements de joie. Sarah donna un coup de poing au manche de son balai.
- Qu'est-ce que tu lui as dit ? demanda Hermione avec excitation.
- C'est un secret, répondit Harry avec un petit sourire.
- En tout cas ça marche !
- Ne nous réjouissons pas trop tôt, on est encore à égalité. Fais de ton mieux.
Hermione acquiesça et fonça vers Baddock ; une feinte envoya le gros Serpentard vers la gauche tandis qu'Hermione lançait le Souafle vers la droite. Elle marqua et effectua une petite pirouette alors que Nott se mettait en position. Il inspira profondément et se précipita vers les buts ; mais Ron n'avait pas l'air impressionné et il déjoua la ruse de Nott - celui-ci avait cru malin d'utiliser la même feinte qu'Hermione.
Les Gryffondor, à la fois dans les tribunes et sur le terrain, ne se tenaient plus de joie. Harry restait calme mais son poing le trahit en se serrant un peu plus fort. Il regarda en direction de Malefoy ; celui-ci était blanc comme un linge et ne semblait pas pouvoir en croire ses yeux.
- Allez Colin, encouragèrent chaleureusement Hermione et Ginny.
Neville, lui, paraissait incapable de faire un geste. Il restait prostré sur son balai, comme choqué.
Colin serra les dents, banda ses faibles muscles et poussa un cri - pour une raison qui échappa à tout le monde, puisque ce couinement ne risquait pas d'effrayer le gardien Serpentard - en lançant le Souafle.
Il se passa alors quelque chose d'incroyable. Malcolm Baddock explosa d'un rire tonitruant en entendant le cri de Colin, et il commit l'erreur suprême pour un gardien : il ferma les yeux. Il se ressaisit pourtant assez vite, mais trop tard, et il ne put qu'assister au spectacle du Souafle traversant proprement le cercle central.
Baddock poussa une plainte déchirante, tel un boeuf hurlant à la lune, et Sarah Rowen, oubliant toute retenue, fondit sur lui en hurlant des insanités.
- Mademoiselle Rowen, s'il vous plaît, lança le professeur McGonagall depuis la tribune officielle - Justin Finch-Fletchley n'était pas en mesure d'intervenir car il sautait sur place à pieds joints en agitant son chapeau en l'air.
Harry aperçut Malefoy qui atterrissait dignement pour retourner dans les vestiaires. Il eut brusquement envie d'aller le voir pour le consoler, mais eut le sentiment que cela serait malvenu ; ses coéquipiers pourraient mal le prendre.
- Je crois que ton cri n'a pas eu l'effet escompté, Colin, dit Ginny en riant, mais ça a été efficace.
Colin, aux anges, ne cessait de crier :
- Haha ! On les a eus ces sacrés Serpentard !
Neville, de son côté, semblait incapable de dire autre chose que :
- On a gagné ? On a vraiment gagné ?
Toute l'équipe atterrit pour se faire congratuler par les Gryffondor qui avaient envahi le terrain, et tandis que Ginny tentait de convaincre Neville qu'ils avaient vraiment gagné, Ron s'approcha de Harry :
- Ce n'est pas vrai, ce que tu m'as dit, hein ? demanda-t-il d'un ton inquiet.
- Mais non, rassure-toi, répondit Harry avec un grand sourire.
- En tout cas Ron, intervint Hermione, si tu n'avais pas arrêté les deux derniers tirs je te jure que j'aurais demandé à Harry d'engager Touffu à ta place.
Ron parut déconcerté pendant un instant, puis il se joignit à l'éclat de rire général et toute l'équipe se rendit dans les vestiaires.
- Harry, est-ce que tu as parlé à Luna, pour les muffins ? lui demanda Neville, l'air soucieux, avant le dîner.
- Euh non, je n'en ai pas eu l'occasion - à vrai dire, il avait complètement oublié - mais je vais le faire dès que possible.
En voyant le sourire reconnaissant de Neville, Harry se sentit terriblement honteux et se promit d'aller voir Luna le soir même.
Au dîner, la tablée des Gryffondor faisait plus de bruit que toutes les autres réunis. À les voir ainsi, on aurait cru qu'ils venaient de gagner la finale.
- Vous avez vu la tête de Nott quand j'ai arrêté son deuxième tir ? lança Ron à la cantonade.
Il avait retrouvé tout son entrain.
- J'aurais payé cher pour pouvoir prendre une photo ! ajouta-t-il, une pointe de regret dans la voix.
- Moi j'en ai une, de photo ! intervint le petit Dennis Crivey. Colin m'avait prêté son appareil.
Colin acquiesça vivement et annonça qu'il irait développer les photos le lendemain matin.
- Parfait, dit Ron avec un sourire. Je l'accrocherai au-dessus de mon lit !
- Au fait Harry, qu'est-ce que tu as bien pu dire à Ron pour qu'il soit si efficace sur la fin du match ? demanda Seamus, assis quelques places plus loin.
- Motus et bouche cousue, fit Harry avec un clin d'oeil entendu à l'intention de Ron.
- Quoi que ce soit, garde-le en réserve pour le prochain match, ça pourrait resservir ! l'enjoignit Lavande Brown, qui venait apparemment de pardonner enfin à Harry le chagrin de Parvati.
- Ha ha, très drôle, lança Ron qui se rembrunit aussitôt.
- Ce qui est amusant avec Ron, souffla Hermione à l'oreille de Harry, c'est qu'à chaque fois qu'il arrête un tir il considère ça comme un exploit, alors que c'est tout à fait normal pour un gardien.
Harry étouffa un rire et jeta un coup d'oeil à Ron, qui n'avait heureusement pas entendu.
Il semblait à Harry que le dîner était encore meilleur que d'habitude, mais sa joie fut quelque peu ternie par la vue de Malefoy, à quelques mètres de là, qui remuait d'un air morose sa fourchette dans son assiette, sans rien avaler. Harry ne pouvait s'empêcher de se sentir désolé pour lui. Cependant, Hagrid arriva sur ces entrefaites et s'arrêta un instant à la table des Gryffondor pour féliciter toute l'équipe :
- Magnifique match, les enfants. Colin, il faudra que tu me montres comment on pousse ton cri bestial, je vais en avoir besoin pour mater les Quintapeds que je viens de recevoir.
Tout le monde éclata de rire, à l'exception d'Hermione qui avait blêmi à la mention des « Quintapeds ».
- Je plaisante, Hermione, s'empressa d'ajouter Hagrid.
Il s'éloigna prestement vers la table des professeurs, où il prit place entre une McGonagall plus joviale que de coutume et un Rogue à l'air aussi pincé que d'ordinaire. Hagrid se tourna vers ce dernier et lui dit quelque chose qui avait manifestement vocation à le dérider, mais il n'obtint pas de résultat et se rabattit sur le professeur McGonagall qui semblait plus encline à engager la conversation.
Après avoir dit à Ron et Hermione de ne pas l'attendre pour monter, à la fin du dîner, Harry intercepta Luna près de la table des Serdaigle. Il préféra attendre que la Grande Salle se vide avant d'entrer dans le vif du sujet - inutile de mettre tout le monde au courant, ce qu'avait fait Luna n'était probablement pas autorisé par le règlement de l'école.
- Je pense qu'il vaudrait mieux arrêter les expériences sur Neville, dit-il aimablement.
Luna leva vers lui ses grands yeux étonnés.
- Ah bon ? Je crois pourtant que j'ai trouvé le bon mélange et dans deux jours il...
- Non non, ce n'est pas la peine, coupa Harry avec un sourire contrit. Mais c'est très gentil à toi d'avoir essayé de l'aider.
- Oui, fit simplement Luna, de son habituel ton rêveur.
Harry la regarda s'éloigner de son pas glissant puis réalisa qu'il était tout seul dans la Grande Salle et emboîta le pas à la jeune fille. Mais à peine venait-il de passer la porte qu'on l'attrapa par la manche gauche.
- Tu m'as fait peur ! s'exclama Harry, le coeur battant.
- Est-ce que je peux monter dans ta salle commune ce soir ? demanda Malefoy dans un souffle.
- Ah, je crois que ça ne va pas être possible, tu sais, ils veulent faire une petite fête pour la vic- enfin, pour le match et... Et si tes joueurs réfléchissaient avec leur cerveau plutôt qu'avec leurs pieds vous auriez peut-être eu une chance de gagner !
Malefoy haussa un sourcil et jeta un oeil par-dessus son épaule. Rogue, sur la dernière marche du grand escalier de marbre, les dévisageait d'un air soupçonneux.
- Tu parles, on se retrouvera en finale et là on verra bien quelle équipe est la meilleure ! lança Malefoy d'un ton si hargneux que Harry faillit y croire.
Il lâcha la manche de Harry, qu'il tenait toujours serrée dans sa main, et fit volte-face pour se diriger vers le sous-sol. Mais Rogue, tout en jetant un regard méprisant au Gryffondor, l'interpella :
- Je voudrais vous voir dans mon bureau, Monsieur Malefoy, dit-il d'un ton doucereux qui n'augurait rien de bon.
Harry ne put s'empêcher de plaindre Malefoy. À en croire l'expression de Rogue, ce dernier n'avait pas apprécié de perdre le match, et le capitaine de l'équipe de Serpentard allait passer un mauvais moment ; Harry n'aurait jamais cru cela possible. Mais il n'allait quand même pas s'excuser d'avoir gagné...
Drago se demandait si c'était à cause de la défaite que Rogue l'avait convoqué, ou parce qu'il avait remarqué quelque chose durant le match. Il le suivit dans le bureau aux murs couverts par endroits de mousse verdâtre et aux étagères croulant sous les bocaux en verre, en réfléchissant à toute vitesse à diverses réponses qui pourraient éventuellement le tirer d'embarras. Le professeur lui intima l'ordre de s'asseoir et, pour la toute première fois, Drago eut le sentiment d'être un élève ordinaire. Il avait toujours été le préféré de Rogue, mais ce qu'il éprouvait en ce moment, c'était ce que devait éprouver n'importe quel autre élève qui se retrouvait à la merci du maître des potions.
Il s'efforça néanmoins de n'en rien laisser paraître et s'assit aussi droit que possible sur l'austère chaise qui faisait face au bureau. Il faisait horriblement froid dans la pièce, mais Drago n'osa pas demander à Rogue d'allumer un feu.
- Monsieur Malefoy, commença Rogue d'une voix si basse que Drago n'était pas sûr d'avoir bien entendu. Monsieur Malefoy, j'imagine que vous savez pourquoi je vous ai demandé de venir.
- Parce que nous avons perdu le match, hasarda Drago.
- En partie, mais à vrai dire autre chose me préoccupe. Vous me décevez beaucoup, Monsieur Malefoy.
- C'est vrai que je n'ai pas assez travaillé les penalties avec Baddock, mais...
- Taisez-vous, le coupa Rogue d'un ton si calme que c'en était effrayant.
Drago n'aurait pas été plus mal à l'aise si le professeur s'était mis à hurler. Jamais Rogue ne lui avait parlé avec autant de dureté dans la voix.
- Pourquoi avez-vous laissé les Gryffondor gagner le match ?
- Comment ? fit Drago d'un air surpris.
- Ne jouez pas au plus fin avec moi, Malefoy. Je vous ai vu.
Drago ne répondit rien.
- Je ne sais pas pourquoi vous avez fait cela, et à vrai dire ça ne m'intéresse pas tellement, continua Rogue. Mais je me demande si vous méritez de rester à votre poste. Un capitaine qui trahit son équipe, cela fait... mauvais genre.
Rogue attendait manifestement de le voir se jeter à ses genoux, le supplier de lui laisser le poste de capitaine, mais Drago se contenta de serrer les dents en attendant que tombe la décision, espérant que ses yeux brillants ne le trahiraient pas.
- Bien que cela ne soit pas dans mes habitudes, je vais vous donner une seconde chance. Je vous laisse imaginer ce qui vous arrivera en cas de nouvel échec.
Drago se contenta d'incliner rapidement la tête pour le remercier. Il se leva et alors qu'il s'apprêtait à sortir, la main sur la poignée de la porte, Rogue lui lança :
- À propos, si c'est pour quelqu'un en particulier que vous avez agi de la sorte, je ne peux que vous conseiller de vous méfier. Il arrive assez souvent que l'on ne soit pas récompensé à la hauteur de ses sacrifices.
Le professeur avait prononcé cette dernière phrase les yeux perdus dans le vague, une expression indéfinissable sur le visage, et Drago n'était pas certain que Rogue ait vraiment voulu la dire à haute voix.
Il referma doucement la porte et se dirigea d'un pas traînant vers sa salle commune.
Il semblait que Rogue n'avait pas digéré la défaite de Serpentard. Le cours de potions des Gryffondor, le lundi après-midi, se passa on ne peut plus mal, et Ron écopa d'une retenue pour avoir poussé un juron lorsque Seamus l'avait éclaboussé en laissant tomber des racines de mandragore dans son chaudron.
- Étiqueter tous ses bocaux d'ingrédients puants ! fulminait-il en sortant du cachot, écoeuré. Et puis quoi encore ? Comme si je n'avais que ça à faire de ma soirée !
Harry compatissait, mais d'un autre côté il était soulagé que pour une fois la fureur de Rogue se soit déversée sur quelqu'un d'autre. Il essaya tant bien que mal de remonter le moral de son ami en lui proposant une partie d'échecs, tandis qu'Hermione se rendait à son cours d'arithmancie, mais en vain.
- Je crois que je vais plutôt commencer tout de suite mes devoirs, puisque je ne pourrai pas les faire après le dîner, répondit Ron d'un ton amer.
Harry décida d'en faire autant et c'est ainsi que pour la première fois depuis le début de l'année scolaire, ils prirent de l'avance dans leur travail.
Après le dîner les trois amis se séparèrent dans le hall et Ron, sans cesser de maugréer, se dirigea vers les cachots pendant que Harry et Hermione remontaient dans leur tour.
- Pauvre Ron, soupira Hermione.
- Oui, acquiesça Harry, c'est pas de chance. Comment s'est passé le cours d'arithmancie ? demanda-t-il brusquement.
Hermione se tourna vers lui, surprise, et eut un petit sourire.
- Très bien, répondit-elle. Comment se fait-il que tu t'intéresses à l'arithmancie, tout à coup ?
- Comme ça, bredouilla Harry, je voulais savoir, c'est tout.
Hermione hocha la tête d'un air pensif et se frappa le front du plat de la main.
- McGonagall veut me voir dans son bureau ! J'avais complètement oublié ! À tout à l'heure, lança-t-elle joyeusement en quittant Harry.
Harry remonta donc seul à la salle commune, où il se retrouva désoeuvré. Décidant de faire un peu de ménage dans le dortoir, il retrouva sa cape d'invisibilité roulée en boule au pied de son lit. Il l'étala sur son lit pour lui rendre un aspect à peu près présentable, un peu honteux de prendre si peu soin de l'héritage de son père, et entreprit de la lisser, quand il se rendit compte que quelque chose avait changé. Il se pencha un peu plus, et s'aperçut que sa cape n'avait pas la même odeur que d'habitude ; elle dégageait un parfum subtil. D'abord déconcerté, il se souvint que Malefoy l'avait enfilée le fameux soir où il lui avait rendu visite ; elle avait dû garder son odeur. Eh bien, elle sentait très bon. Légèrement troublé, Harry se hâta de la replier proprement et de ranger les quelques autres vêtements qui traînaient avant de redescendre dans la salle commune pour se changer les idées.
Il s'assit dans un confortable fauteuil et se mit à contempler les flammes dans l'âtre. Mais il était mal à l'aise. La salle commune avait beau être pleine de monde, il manquait quelque chose. Il avait le sentiment d'être seul. Chacun était occupé à quelque chose, et personne ne faisait attention à lui. Il aurait aimé que Ron ou Hermione soit là. Ou même... Malefoy.
Il sourit en pensant à ce que provoquerait chez les Gryffondor une irruption soudaine de Malefoy dans leur tour. S'ils savaient comment il est vraiment...
Ne voulant pas se laisser aller à la mélancolie ou à un sentimentalisme révoltant, il prit son mal en patience et attendit le retour d'Hermione en lisant le numéro de Balai-Magazine qu'Hedwige lui avait apporté le matin même - il s'y était abonné pour lui donner plus de travail.
Il s'arrêta en plein milieu d'une interview de Barthélémy Leguidon - un des poursuiveurs des Tapesouafles de Quiberon, qui assurait que rien ne valait une bonne vieille Étoile Filante pour réussir la fameuse feinte de Porskoff - avec l'impression d'étouffer. Il voulait sortir de cette salle encombrée, quitter ces gens qui riaient trop fort. Un coup d'oeil rapide à sa montre lui apprit qu'il était vingt-deux heures : trop tard pour aller se promener en paix, l'heure du couvre-feu était déjà passée et Rusard devait arpenter les couloirs en quête d'un élève à réprimander. Il grimpa quatre à quatre les marches menant à son dortoir et attrapa sa cape d'invisibilité ; avec elle, il serait tranquille.
Il quitta la salle commune sans que personne ne semble s'en apercevoir et une fois dehors, réfléchit quelques instants, à l'issue desquels il décida d'aller donner un coup de main à Ron, afin que la retenue se termine plus tôt. Puis il réalisa que Ron se trouvait dans un cachot voisin de la salle commune des Serpentard, si ses souvenirs étaient bons. Était-il possible qu'il ait inconsciemment eu envie de croiser Malefoy "par hasard" ? Après tout, il aurait aussi bien pu décider de partir à la recherche d'Hermione, mais il avait choisi les cachots comme destination...
Sous la cape, l'odeur du parfum de Malefoy était plus entêtante que jamais, et il sembla à Harry qu'elle brouillait ses pensées. Tout en descendant, il essayait de réfléchir à une excuse valable au cas où il tomberait effectivement sur le Serpentard. Pas question de lui faire croire qu'il mourait d'envie de le voir...
Mais il n'en eut pas besoin, et s'il s'était senti déprimé, plus tôt, dans la tour des Gryffondor, la tête que fit Ron en le voyant apparaître soudainement à ses côtés fit immédiatement revenir sa bonne humeur.
- Tu m'as fait peur ! grommela Ron, faussement en colère.
- Je suis venu t'aider, expliqua Harry, hilare.
Et le sourire radieux qu'eut Ron le fit se sentir honteux ; pourquoi cherchait-il à se trouver un autre ami en la personne de Malefoy ? Ron lui suffisait.
Il eut la réponse une demi-heure plus tard.
Harry et Ron étaient occupés à écrire avec application sur les bocaux en verre des noms aussi saugrenus que « Feuillée losange », « Champigne de la bourrique » ou encore « Myrrhe campanule », évitant d'imaginer à quoi pouvaient servir la plupart des ingrédients que Rogue avait laissé le soin à Ron d'étiqueter, et riant à gorge déployée, quand un raclement de gorge en provenance du couloir les fit sursauter. Craignant que ce ne fût Rogue, Harry se jeta désespérément sur sa cape d'invisibilité et chercha un abri. Mais dès que l'intrus se mit à parler, il sut qui c'était.
- Aussi agréable que soit le son de ta voix, Weasley, je me vois obligé de te demander te la fermer, lança Malefoy d'un ton sec.
Harry sortit de sa cachette et Malefoy sursauta imperceptiblement.
- Oh. Euh... Potter est là aussi, fit-il après s'être ressaisi. Comment ai-je pu penser que le fidèle Weasley était capable de faire un pas sans son maître ?
Le coeur de Harry battait à tout rompre. Il était content de voir Malefoy, et émoustillé à l'idée de devoir faire semblant d'être désagréable envers lui pour que Ron ne se doute de rien. Il était incapable de se l'expliquer, mais le fait de cacher quelque chose à son meilleur ami l'exaltait.
- Tu veux nous faire plaisir, Malefoy ? lâcha-t-il en essayant de rendre son ton méprisant. Va donc voir si Rogue n'a pas un poison quelconque à te faire avaler, pour rendre service à l'école.
- J'imagine que tu te doutes de la réponse, répliqua Malefoy en lui jetant un regard noir, mais je n'ai aucune envie de te faire plaisir. Et d'ailleurs, que dirait Rogue s'il savait que Weasley a besoin de l'aide de son pote Potter pour étiqueter trois malheureux bocaux ?
Il secoua la tête d'un air désapprobateur et s'en alla.
- Tu crois qu'il va aller voir Rogue ? demanda Ron, l'air inquiet.
- Non, répondit fermement Harry en se remettant à l'oeuvre. Allez, au travail, et on pourra aller se coucher.
Une heure plus tard ils retrouvèrent Hermione qui les attendait dans la salle commune, un petit sourire aux lèvres.
- Qu'est-ce que McGonagall te voulait ? demanda Harry.
- Oh, rien de spécial, répondit Hermione en faisant un geste vague de la main.
Harry comprit à sa mine réjouie qu'Hermione leur cachait quelque chose, mais il savait par expérience que si Hermione avait décidé de ne rien dire, il ne pourrait pas lui faire vendre la mèche. Aussi, il n'insista pas et monta se coucher.
