Disclaimer : Je ne posséde pas les droits sur le manga Hellsing, tout ça quoi...
Nota : Attention, cette histoire contient un SPOILER pour le volume 5, je crois que c'est le volume 5, enfin juste avant que le Millénium arriv esur Londres.
Les coulisses… du Millenium-1 : Avoir la classe.
Il y avait une pièce du dirigeable principal que Schrödinger ne pouvait visiter qu'une fois par an sans problème. C'était la lingerie. Il avait beau pouvoir se rendre partout et nulle part pour y mettre son nez, il n'entrait dans la lingerie qu'avec l'absolue certitude que la maîtresse des lieux était absente.
Car ici régnait Miss Schrapnell. La rumeur courrait qu'elle avait quelque lien avec la famille du Major auquel elle ressemblait sur certains points. Courtaude, elle avait aussi la carrure d'un lutteur de sumo. On prétendait qu'elle avait fait du catch dans sa jeunesse. Ce qu'elle avait perdu en taille, elle l'avait gagné en caractère. Sa voix avait la force d'un ouragan et le même effet que les vieilles institutrices aigries qui enseignaient au début du siècle : Quoi qu'elle dise, vous le reteniez, par crainte de la voir se répéter. Il y avait quatre vampires sous ses ordres et ils la craignaient autant qu'ils la vénéraient.
Et ils n'étaient pas les seuls, malheureusement. Le Major la craignait, les soldats la craignaient, Rip s'effaçait devant elle et le Capitaine ne mouftait pas mais chez lui c'était un état permanent. Zorin Blitz l'évitait et Schrödinger lui même devait admettre qu'il préférait disparaître quand elle commençait à vouloir lui dire deux mots.
Car elle avait un caractère à ne pas s'en laisser compter, par personne, qu'il soit grand et buveur de sang ou non. Elle râlait et faisait entendre ses remontrances à tout le monde avec un coefficient mesurable sur l'échelle de Richter. Si son attitude était tolérée, c'était parce que Miss Schrapnell avait le secret. Elle faisait magiquement disparaître toute tâche, de sang ou autre, aussi incrustée soit-elle et réparait tout accro ou déchirure avec une dextérité remarquable. C'est elle qui réussissait à mener le nettoyage des vêtements du bataillon toujours dans les temps, en quelque situation possible. Et dans le Millenium, ce n'était pas une mince affaire. C'était pourtant nécessaire. Que deviendrait l'image du bataillon s'ils se trimballaient avec des haillons sanguinolents sur le dos, habillés n'importe comment ? Inadmissible ! Ils ne vaudraient pas mieux alors qu'un groupe de goules. Et les comptes de l'organisation ne pourraient supporter d'acheter des tenues neuves à chaque attaque ou à chaque incartade.
Alors Miss Schrapnell était un être respecté. Non seulement elle pouvait éliminer toutes les tâches les plus tenaces, même celles des repas du Major, mais elle rendait le linge repassé, plié comme au pressing et fleurant une légère odeur de lavande.
Si tout le bataillon était présentable, c'était grâce à ses efforts combinés à ceux d'une batterie de lave-linges et de quatre vampires soumis à ses ordres. Et puis, il fallait le dire, ça en jetait tout de même plus face à l'ennemi d'arriver dans un costume propre et sans faux pli.
Le problème, c'est qu'en retour, elle menait LA guerre du linge à tout le bataillon.
Cela se traduisait d'abord par le fait que tous les soldats, sans exception, ciraient leurs bottes, briquaient leurs casques et mettaient des uniformes propres quand ils savaient qu'ils allaient devoir approcher de la lingerie. Par le fait aussi que la trajectoire de Miss Schrapnell, quand elle se déplaçait dans les couloirs était un véritable « No man's land ». Qu'elle attrape un troufion en train de marcher innocemment et elle le foudroyait du regard en lui demandant d'une voix d'état major s'il trouvait que c'était une tenue/ une façon de se tenir, s'il n'avait pas honte/ appris à être propre/ appris à mettre une chemise correctement, parfois sans rayer de mentions inutiles. En sa présence, on se surprenait à se redresser et à lisser son pantalon sans s'en apercevoir, avant que vos oreilles ne s'obstruent d'elles-mêmes pour anticiper l'assaut phonique de sa voix. Et si vous aviez la présence d'esprit d'évoquer LE prétexte salvateur « Je reviens du combat », vous ne subissiez qu'un « tss tss » affligé accompagné d'un regard méprisant au possible mais qui vous restez un moment en mémoire, comme les premières fois où votre mère vous avez sermonné.
La mini-menace que représentait Miss Schrapnell aurait pu être tout à fait relative si elle ne s'était attaquée qu'aux soldats. Mais elle avait étendu son emprise sur les officiers. Le Major avait du revoir sa façon de manger, notamment en se nouant une serviette autour du cou dès qu'il approchait le moindre aliment susceptible de marquer son vêtement. Mais ce n'était pas tout.
La première fois où le Doc était passé devant Miss Schrapnell. Schrö était présent, il avait vu l'expression de pure horreur choquée peinte sur le visage rebondi de la dame avant qu'elle n'invective Doc. Elle s'était récrié que c'était une honte de porter un manteau dans un tel état, surtout du blanc en cette époque et que cette matière allait restée incrustée si il ne la laissait pas s'en occuper immédiatement. Il avait tenté de la remettre à sa place et avait été récompensé par un assaut phonique digne d'un tremblement de terre, après quoi il avait du fuir alors que Miss Schrapnell s'accrochait à son manteau et menaçait de lui enlever de force. A la fin, elle l'avait traîné dans le couloir jusqu'à la lingerie, dans un concert de protestations outragées, et on ne l'avait pas vu reparaître avant deux bonnes heures. En ressortant au pas de course, Doc portait un manteau immaculé mais qui ne le resterait sans doute pas longtemps. Question d'image pour lui. Comment passer pour le docteur fou fini quand on a pas une petite traînée sanguinolente sur son vêtement ?
Dans ses observations, il avait noté comme Rip venait toujours en douce à la lingerie pour reprendre ses affaires ou les déposer. Le lieutenant, toute puissante qu'elle soit, filait comme une anguille traquée quand il s'agissait de son linge. Schrö avait mené son enquête. Il avait réussi à surprendre des propos échangés entre les deux femmes à propos de dentelle blanche et de nettoyage de tissus fragiles à sec. L'année dernière, il avait compris de quoi il retournait en venant faire son tour annuel dans la lingerie, le seul jour de l'année ou Miss Schrapnell était déposée à terre pour refaire le plein de ses produits secrets et s'occuper à ses affaires. Il avait vu une section de linge étendu tenue à l'écart, celle des dames. Il n'aurait jamais cru que le lieutenant Van Winckle portait de telles choses en matière de sous-vêtements.
Le seul qui ne subissait pas les remontrances, critiques et leçons de Miss Schrapnell, c'était le Capitaine Hans. Son véritable chouchou. Elle le ménageait, le cajolait d'une façon quasi maternelle, bien qu'il reste aussi muet que la tombe d'un muet. Aussi bizarre que ce soit, il réussissait toujours à se tirer des combats les plus sanglants avec une tenue à peine tâchée. Ajouté à sa terrible habilité à supporter la douleur et à ne jamais rien laisser échapper qu'un « humph » de temps en temps, cela en faisait le personnage le plus énigmatique du bataillon. Schrödinger en était venu à le soupçonner de venir d'une autre planète.
Il y avait aussi Walter, fraîchement arrivé. Lui aurait certainement une bonne entente avec la lingère s'il en avait le temps. Ce qui donnait cette idée à Schrö, c'est qu'avant d'aller faire son petit discours à Zorin, il avait vu le majordome prendre un nouveau costume à la lingerie. Il y avait eu comme une sorte de signe de connivence entre lui et Miss Schrapnell, comme d'initié à initié. Comme s'il existait une sorte de franc-maçonnerie de la lessive ou quelque chose comme ça. Le majordome avait du avoir affaire aux mêmes exigences de lessive lors de son service à Hellsing. C'était une chose sur laquelle les deux camps étaient à égalité.
Alors que l'assaut final se préparait et que le Major débitait ses grandes phrases pompeuses pendant que Londres explosait sous eux, Schrödinger songea donc furtivement à Miss Schrapnell. Nul doute que si elle mourrait, comme la plupart des membres du bataillon, elle irait en Enfer. Autant qu'il put y croire. Mais si elle s'y rendait, elle en ferait certainement un endroit plus propre et plus blanc. Tout du moins où les démons se devraient d'avoir un costume correct et sans faux pli. Si elle allait au Paradis… Schrö irait en Enfer avec soulagement.
