Ah ben j'aurais bien voulu garder un peu de suspense, mais vu que je vous ai promis un deuxième chapitre (sans vouloir abuser de votre temps !) Sinon, créez-vous votre propre suspense : ne lisez pas ce qui suit, jusqu'àl'instant fatidique oùvous n'en pourrezplus d'attendre. Instant fatidiquequi pourrait arriver... jamais.


La photo

- Quelque chose d'intéressant dans La gazette, Hermione ? demanda Harry le lendemain entre deux bouchées d'oeufs brouillés.

- Euh, non, rien du tout, comme d'habitude.

Hermione, assise en face de Harry, tenait le journal bien droit devant elle comme pour l'empêcher de voir quoi que ce soit. Ron se pencha vers elle pour jeter un oeil aux résultats du match opposant les Canons de Chudley aux Assaillants de Stonewall, puis il tomba sur l'article qu'Hermione essayait précisément de cacher à Harry.

- Ah oui, rien d'intéressant, effectivement! s'exclama-t-il. Ils sont vraiment tombés bien bas...

- Pourquoi, qu'y a-t-il ? fit Harry.

- Rien, répondit précipitamment Hermione en posant le journal à côté d'elle sur le banc. J'espère que le cours de sortilèges ne sera pas trop difficile aujourd'hui...

- Hermione, si tu essaies de changer de sujet, ça ne marche pas, l'informa Harry, amusé. Et montre-moi ce journal. Accio gazette !

Sous les yeux effarés d'Hermione le quotidien s'envola pour atterrir entre les mains de Harry. Celui-ci parcourut rapidement le journal, et Hermione sut qu'il avait trouvé la mauvaise page quand son sourire s'effaça instantanément.

- Je me demande bien pourquoi La gazette fait un article là-dessus..., commenta Ron.

HARRY POTTER BLESSE DANS SA CHAIR

par notre envoyée spéciale, Rita Skeeter

Nous avions pu assister avant-hier à un rapprochement certain entre Sarah Rowen, la jeune fille pour qui battait jusqu'à présent le coeur de Harry Potter, et le jeune Drago Malefoy, un de ses camarades de Serpentard. Il semble dorénavant que les deux jeunes gens soient passés à un stade où l'on n'a pas besoin de parler, comme le montre la photographie ci-contre.

« Je savais bien que ça ne marcherait pas entre Potter et Sarah Rowen », nous révèle une jeune fille qui a souhaité rester anonyme. « Une Serpentard et un Gryffondor, c'est impossible. C'est comme un jus de citrouille au cafard, avec le Gryffondor dans le rôle du cafard ».

Nous n'avons pas pu joindre les parents de Mademoiselle Rowen, mais Lucius Malefoy, le père du jeune Drago, s'est déclaré « ravi » et « enchanté de cette union », d'autant que Mademoiselle Rowen lui « semble très bien, cette petite ». La mère du jeune garçon a exprimé un certain regret quant au fait que la jeune fille ne soit pas blonde, mais comme l'a judicieusement fait remarquer Mr Malefoy, « cela n'est pas très important, Narcissa, et notre fils aurait pu trouver bien pire ».

Et Harry Potter, dans tout ça ? Lui non plus, nous n'avons pas pu le joindre (sans nul doute se terre-t-il dans un coin, accablé de chagrin). « Je l'ai rarement vu aussi triste », nous confie Colin C., un des proches amis de Mr Potter. « On a envie de l'abattre pour mettre fin à ses souffrances ».

Quoi qu'il en soit, il ne nous reste qu'à souhaiter bonne chance à nos deux tourtereaux, et à rappeler à Mr Potter qu'il y a d'autres chouettes dans le ciel ; et bon nombre de lectrices seraient certainement ravies de le consoler.

- Bah, ils doivent considérer que tout ce qui concerne Harry de près ou de loin intéresse le public, répondit Ron à sa propre question. Mais quand même, on serait attendu à trouver ça dans Sorcière Hebdo plutôt que dans un quotidien comme La gazette. Qu'est-ce qu'il y a, Harry, tu es tout pâle...

Harry secoua la tête et dit avec un sourire.

- J'ai mal dormi.

- J'ai encore ronflé ?

- Non, non, ce n'est pas ça.

- Il faut me le dire, tu sais, moi je ne m'entends pas...

Hermione dévisageait Harry d'un air soucieux mais il agita une main nonchalante pour lui dire « Tout va bien » en essayant de couper une tranche de pain avec sa cuillère.

Ron semblait trouver que le sujet de Malefoy et sa nouvelle petite amie était parfait pour une digression sur la qualité de la presse et parlait tout seul sans même se rendre compte que personne ne lui répondait. Harry voyait Hermione lui jeter de petits coups d'oeil discrets ; une ou deux fois elle l'empêcha de tartiner son lard de confiture et elle lui versa lui-même un verre de jus de citrouille avant qu'il n'en arrose copieusement ses céréales.

Il refusait obstinément de regarder vers la table des Serpentard et enfin, à son grand soulagement, Hermione annonça qu'il était l'heure d'aller en cours.

- Euh... Cette fourchette ne t'a rien fait, Harry, si ? fit Ron en se levant.

Harry baissa les yeux et constata qu'il avait tordu sa fourchette à force de la serrer trop fort. Avec un soupir il la posa sur la table et emboîta le pas à ses amis.

Drago se réveilla en retard et dut s'habiller en quatrième vitesse pour avoir le temps de manger quelque chose avant d'aller en cours. Pestant contre ses camarades qui ne l'avaient pas réveillé, il monta à la grande salle. Il avait l'impression que quelque chose s'était passé la veille, mais il ne parvenait pas à se rappeler ce dont il s'agissait. Ça lui reviendrait plus tard.

Juste comme il allait entrer dans la salle il croisa le professeur McGonagall et le professeur Flitwick plongés en grande conversation.

- On aurait pu s'attendre à autre chose de la part de La gazette, tout de même... Ah, Malefoy, dépêchez-vous ou vous allez être en retard.

En s'asseyant à table il aperçut Harry qui s'en allait. Ce dernier le regarda d'un air étrangement vide. Drago lui adressa un léger signe de tête, mais Harry continua de le fixer comme s'il était transparent et que le mur derrière lui était particulièrement captivant.

Un peu déboussolé, Drago attrapa un morceau de pain qu'il se mit à mâchouiller distraitement. L'espace d'un instant, il avait oublié que Harry et lui étaient un peu en froid depuis leur dispute à Cincinnati. Soudain une lettre lui tomba sur la tête. Vérifiant que personne ne le regardait il l'ouvrit avec une certaine appréhension - il avait reconnu l'écriture de son père sur l'enveloppe.

Fils,

Je suis satisfait que tu aies enfin retrouvé tes esprits. Ne me donne plus de raison d'être mécontent de toi et nous ne mentionnerons plus jamais cette turpitude.

A bientôt,

L. Malefoy

Drago resta quelques minutes, les yeux dans le vague, à réfléchir sur cette lettre. Son père, n'ayant plus de nouvelles de Harry et Drago, avait-il cru que leur histoire était terminée ? Ou avait-il réellement un espion qui les avait suivis jusqu'à Cincinnati et avait assisté à leur dispute, en concluant qu'ils avaient rompu ?

Il fut tiré de ses pensées par Rusard, l'irascible concierge, qui lui aboya que les cours commençaient dans cinq minutes.

Drago arriva bon dernier en sortilèges et s'assit à côté de Sarah non sans essayer de croiser le regard de Harry. La jeune fille lui adressa un sourire et lui passa furtivement une main dans le dos. Un peu surpris, Drago se raidit et jeta un regard interrogateur à Sarah, qui lui fit un clin d'oeil.

Il écarta légèrement sa chaise et ne dit pas un mot de tout le cours.

Quand enfin Flitwick les libéra, Drago décida de jouer le tout pour le tout. Il fallait qu'il parle à Harry, qu'il lui dise que son père les croyait séparés et que dorénavant ils ne risquaient plus rien ; qu'ils ne devaient pas laisser une stupide dispute tout gâcher.

Avisant Harry qui marchait un peu devant lui dans le couloir, accompagné de ses fidèles suivants, il lança :

- Hé, Potter ! J'ai quelque chose à te dire !

Harry se retourna vivement ; ses yeux lançaient des éclairs.

- Tu plaisantes ? Tu crois que ça m'intéresse, peut-être ? Je ne veux plus te voir, et je ne veux plus rien avoir à faire avec toi !

Pour un simple spectateur cette scène n'était peut-être pas très différente de celles auxquelles ils avaient l'habitude d'assister, mais les paroles de Harry avaient complètement déstabilisé Drago. Il ne jouait pas, il était sérieux. C'est plus grave que je ne l'avais cru, se dit-il. Harry s'éloigna vivement, Weasley sur les talons, mais Granger se tourna vers Drago. Pendant un instant il crut réellement qu'elle allait lui cracher dessus, mais elle fit volte-face et rattrapa ses amis. Alors qu'il réfléchissait à une manière de retenir Harry pour lui parler sans que ses chiens de garde ne soient là, une aide miraculeuse arriva sous la forme d'un esprit frappeur que jamais il n'aurait pensé accueillir avec joie.

Peeves, comme à son habitude, était occupé à faire quelque chose d'extrêmement idiot ; et cette fois, cette occupation impliquait quatre goyaves avec lesquelles il jonglait avec autant d'enthousiasme qu'il était maladroit ; l'un des fruits tomba droit sur la tête de Harry et explosa instantanément. Ruisselant de jus, Harry fit une belle démonstration de l'étendue de son vocabulaire injurieux et s'engouffra dans les toilettes les plus proches. Weasley et Granger semblèrent décider qu'il était plus prudent de l'attendre dehors, mais Drago profita de l'occasion. Il se glissa à son tour dans les toilettes avec l'air le plus innocent possible, s'efforçant de donner l'impression qu'il ignorait qui venait d'y entrer l'instant d'avant. Il vit Granger faire un pas en avant, sur le point de dire quelque chose, mais elle se ravisa.

Harry était penché sur un lavabo et se frottait vigoureusement les cheveux. Il sursauta en voyant le reflet de Drago dans le miroir, mais s'appliqua à l'ignorer royalement.

- Écoute, Harry, commença Drago à voix basse, de peur qu'on les entende depuis le couloir, je sais que j'ai été stupide...

Harry le regarda dans le miroir ses yeux voulaient dire « Tu l'as dit », mais il ne prit pas la peine de parler.

- Je n'aurais jamais dû faire ça, continua Drago. Je n'ai pas d'excuse.

Harry agita sa baguette en la tournant vers sa tête, mais rien ne se produisit. Il essaya encore une, deux, trois fois, puis se mit à secouer violemment sa baguette comme si elle était défectueuse.

Drago agita sa propre baguette et de l'air chaud en jaillit pour sécher les cheveux de Harry.

- Je n'ai pas besoin de ton aide ! lança Harry avec colère en repoussant le bras de Drago. Et je ne veux plus te voir !

- Je suis venu m'expliquer...

- Je ne veux pas d'explications ! Je n'aurais jamais dû perdre mon temps avec toi !

- Bon, je sais que ce n'était pas très malin de ma part, mais ce n'était qu'une petite dispute et...

- De quoi tu parles ? l'interrompit Harry en trouvant enfin le bon mouvement à imprimer à sa baguette.

- De la scène que je t'ai faite au stade de Quidditch, de quoi d'autre ? dit Drago, sincèrement surpris.

- De quoi d'autre ? rugit Harry. Demande donc à ton amie Rita Skeeter !

Il ouvrit la porte des toilettes à la volée et la claqua de toutes ses forces derrière lui.

Complètement abasourdi, Drago s'adossa au mur pour rassembler ses pensées.

- Qu'est-ce que c'est que ce bazar ? lança une voix endormie.

Mimi Geignarde venait de se matérialiser à ses côtés.

- Qu'est-ce que tu fais ici ? lança sèchement Drago. Ce sont les toilettes des garçons.

- Tu t'es disputé avec quelqu'un ? demanda Mimi sans paraître l'avoir entendu. J'ai cru reconnaître la voix de - elle devint gris foncé, sa manière à elle de rougir - Harry Potter.

Drago fit un mouvement en direction de la porte et Mimi lui lança :

- Il est gentil. Vous vous réconcilierez sûrement bientôt.

Souhaitant de toutes ses forces qu'elle ait raison, Drago sortit dans le couloir.

À présent, il devait découvrir ce que Harry avait voulu dire par « Demande donc à ton amie Rita Skeeter ». Cela avait peut-être un rapport avec La gazette... L'article de la veille, quand il avait pris la défense de Sarah dans la salle commune des Serpentard ? Il ne voyait pas le rapport...

Il passa toute la journée à se demander ce qu'il avait pu faire, et qui avait impliqué Rita Skeeter, pour que Harry soit aussi bouleversé. Quand arriva la fin de la journée il n'avait pas avancé d'un pouce et rentra à la salle commune aussi désemparé que quand Harry avait quitté les toilettes en trombe, d'autant plus que Sarah n'avait pas cessé de le couver des yeux, ce qu'il trouvait des plus étranges.

Nott était assis à une table, occupé à faire des mots croisés. A tout hasard, Drago se laissa tomber sur la chaise voisine et lui demanda :

- Tu as lu La gazette, aujourd'hui ?

- Tu viens me narguer, c'est ça ? répliqua Nott d'un ton féroce.

- Hein ?

- Ne fais pas le malin, tu sais très bien de quoi je parle !

Drago tombait des nues ; d'abord Harry, à présent Nott... Tous semblaient être parfaitement au courant de ce qu'il avait fait ; le problème c'était que lui ne le savait pas.

Nott déplia le journal dans lequel il faisait des mots croisés et le mit sous les yeux de Drago. Eberlué, celui-ci se vit penché sur Sarah, un peu trop près pour être simplement en train de lui parler, sur une photo qui occupait la moitié de la page. Il arracha le journal des mains de Nott et observa la photo de plus près. C'était là, dans cette même salle commune... Soudain, la mémoire lui revint ; il se rappelait parfaitement ce qui s'était passé la veille.

Il se leva d'un bond et alpagua Pansy qui sortait de son dortoir.

- Sarah est dans le dortoir ? aboya-t-il, hors de lui.

- Non, je crois qu'elle est à la bibliothèque. Elle ne te l'a pas dit, je pensais qu'elle n'avait aucun secret pour toi... ? ajouta-t-elle d'un ton dédaigneux et mesquin à la fois, un exploit pour une fille aussi dénuée de subtilité.

Drago lui jeta un regard assassin et se jeta sur le mur qui dissimulait l'entrée de la salle commune. Bien que ce fût parfaitement inutile, il donna un coup de poing dedans ; le mur ne s'ouvrit pas plus vite pour autant, mais Drago se glissa par l'ouverture dès que possible et monta comme une flèche à la bibliothèque. Il localisa facilement Sarah et se dirigea droit sur elle, s'attirant les foudres de Madame Pince.

- Qu'est-ce que c'est que ça ? hurla-t-il en lui jetant le journal à la tête.

Sarah ramassa La gazette en se frottant l'arête du nez, mais avant d'avoir pu dire quoi que ce soit Madame Pince apparut à côté d'eux, les yeux exorbités d'horreur, l'air positivement outragé, comme si Drago lui avait fait un affront personnel en criant.

- Sortez... de ma bibliothèque... sur le champ ! haleta-t-elle, furibonde.

Sarah rassembla ses affaires en bougonnant et suivit Drago dans le couloir.

- Tu es content de toi ? lança-t-elle, presque aussi en colère que lui. Qu'est-ce qui te prend, d'abord ?

- C'est quoi ? répéta Drago en brandissant le journal sous son nez.

- La gazette du sorcier, tu ne sais pas lire ? répondit Sarah.

Drago résista à grand peine à l'envie de l'étrangler et se mit à tourner frénétiquement les pages du quotidien jusqu'à trouver la photo. Il la colla si près des yeux de Sarah que la jeune fille dut reculer pour voir de quoi il s'agissait.

- Ah, ça, fit-elle simplement.

- Eh bien ? C'est quoi, ça ?

- Tu devrais être en train de me remercier au lieu de me postillonner dessus, répondit Sarah comme si cela expliquait tout.

- Te remercier ? Te remercier ?

Sarah le regarda comme s'il était totalement attardé et demanda lentement :

- Tu as reçu une lettre de ton père ?

Stupéfait, Drago baissa la photo et recula d'un pas.

- Oui, comment le sais-tu ?

Sarah soupira et secoua la tête.

- Moi qui croyais que tu étais plus futé que les autres... On dirait qu'il va falloir que je t'explique tout en détail...