Hop ! La suite !

La fin du dernier chapitre :

- Si on doit employer tout le temps qu'on passe ensemble à surveiller ce que font les autres et vérifier que personne ne nous épie..., résuma Harry. Enfin, est-ce qu'il y a toujours un intérêt à se voir ?

Drago était estomaqué.

- Mais bien sûr que oui ! Bien sûr, puisqu'on sera tout de même ensemble, et c'est qu'on veut, non ? Enfin, c'est ce que moi je veux, au moins... Pas toi ?

- Si, bien sûr, répondit Harry avec un pâle sourire. Mais il faut tout de même qu'on se débarrasse de cet espion avant la fin de l'année, sinon on ne va pas beaucoup profiter d'être ensemble...

La nuit de Harry fut peuplée de rêves de Lucius Malefoy qui essayait de l'acheter, comme dans les romans à l'eau de rose que la tante Petunia affectionnait en secret : « Dix mille gallions pour que tu ne revoies jamais mon fils ! » Comme Harry refusait, Lucius devenait vert de rage et sortait de sa poche la carte du Maraudeur. « Elle ne te servira à rien ! Tu ne découvriras jamais qui j'emploie pour vous filer ! » Et sur un rire sardonique, l'image de Lucius Malefoy s'évanouit et Harry se réveilla pour affronter une nouvelle journée.


La vérité

Laissant Flitwick s'embarquer dans des considérations sans fin sur le sortilège d'Ankylose, Drago résolut de passer le cours à réfléchir sur ce qui l'occupait principalement en ce moment. Mentalement, il fit la liste de tout ce que Harry et lui savaient de celui qui les espionnait.

Il/Elle connaît mon père, du moins assez pour être chargé(e) d'une telle mission.

Nous ne l'avons jamais surpris(e) à l'oeuvre.

C'était mince. Il ajouta tout de même : Même lorsque nous sommes cachés, cette personne sait que nous sommes ensemble, comme si...

Il se redressa d'un coup. Complètement stupéfait de ne jamais y avoir pensé, il récapitula dans sa tête tout ce qui pouvait lui permettre de penser qu'il avait bien découvert qui le dénonçait à son père. Tout concordait.

Harry avait toutes les peines du monde à se concentrer sur la leçon. La vue de Drago, quelques rangs devant, n'y était pas étrangère. Il avait beau essayer de s'intéresser à ce qu'expliquait Flitwick, son esprit de cessait de s'échapper vers l'identité possible de celui qui les espionnait. Ils s'en étaient crus débarrassés pendant un moment, mais voilà qu'il était de retour dans leur vie, et cette fois Harry était déterminé à ne pas abandonner. Qui cela pouvait-il bien être ?

Drago avait reçu une lettre au petit-déjeuner, et Harry supposait qu'elle venait de Lucius Malefoy. Il avait hâte de savoir si Drago avait réussi à convaincre son père que tout était bel et bien fini entre eux. Alors qu'il avait les yeux fixés sur la nuque du Serpentard, il vit celui-ci se raidir brusquement.

- Hé Harry, tu veux faire un morpion ? proposa Ron.

Distrait par son ami, quand Harry regarda à nouveau dans la direction de Drago, ce dernier avait repris sa position habituelle.

- Un sortilège d'Ankylose lancé en plein air à la tombée de la nuit n'immobilisera donc la victime que durant trois minutes, conclut le professeur Flitwick avant de les laisser sortir. Enfin, gloussa-t-il, cela n'est qu'au programme de septième année, normalement, mais un peu de culture générale n'a jamais fait de mal à personne, n'est-ce pas Miss Granger ?

Harry s'aperçut que Drago paraissait très agité en rangeant ses affaires. Quand ce dernier se tourna vers lui, il lut dans ses yeux qu'il avait quelque chose à lui dire, mais il n'eut pas l'occasion de s'approcher de lui car Ron et Hermione l'attendaient pour quitter la salle. Drago fit donc comme si de rien n'était et passa devant eux en jetant un regard méprisant à Ron. Harry eut la ferme impression qu'un message l'attendrait incessamment sous peu dans la boîte aux lettres.

Il ne put aller le vérifier qu'à la fin des cours. Laissant Ron et Hermione plongés dans leurs devoirs - Hermione du moins, car Ron se contentait de colorier tous les "o" de son sujet de dissertation -, Harry s'éclipsa discrètement de la salle commune et courut jusqu'à la volière.

H,

Retrouve-moi en haut de la tour d'Astronomie à vingt-deux heures.

D.

Harry fourra le parchemin dans sa poche et entra dans la volière pour saluer Hedwige et Coquecigrue. Il retourna ensuite à la salle commune, où il trouva Ron en pleine contemplation de deux petites balles qu'il tenait à la main.

- Regarde ce que Fred et George viennent de m'envoyer, Harry !

Il lança l'une des balles à Harry. Aussitôt, il la sentit devenir brûlante et palpitante, comme si elle était dotée d'un coeur qui battait. Il la lâcha, et Ron éclata de rire.

- Tu as senti ? Quand je presse la mienne, la tienne se met à chauffer. C'est génial, hein ?

Harry ramassa sa balle et la pressa à son tour. De l'autre main il prit la balle de Ron, qui se réchauffa immédiatement. Il dut la lâcher presque aussitôt, tellement elle était chaude.

- Gardes-en une, dit Ron. On pourra communiquer comme ça.

- Non, vous ne pourrez pas communiquer, intervint sèchement Hermione. Tout ce que vous pourrez faire, c'est vous réchauffer mutuellement les poches.

- Ne fais pas la tête, Hermignonne, je demanderai à mes frères de m'en envoyer une autre et tu pourras jouer avec nous.

Amusé de la réaction d'Hermione, Harry mit la balle dans sa poche et s'assit près d'elle avec la ferme intention d'écrire un essai sur les risques de la métamorphose humaine pour le professeur McGonagall.

- Ron, tu peux arrêter avec cette balle, s'il te plaît ? Elle me brûle la jambe.

- Attends, dans la lettre Fred m'expliquait quelque chose... tu vas voir.

Il s'éloigna de quelques pas et pressa sa balle.

- Ça chauffe ?

- Oui, alors arrête.

- Mais un peu moins que tout à l'heure, non ?

- C'est vrai. Bon, c'est bien beau, mais j'aimerais finir mes devoirs avant demain, alors...

- Attends ! Je reviens !

Ron se rua hors de la salle commune et Harry regarda Hermione, médusé. Hermione haussa les épaules et demanda :

- Du nouveau en ce qui concerne... tu sais qui ?

- Lucius a découvert qu'on était toujours... tu vois... et il m'a écrit une lettre de rupture en se faisant passer pour Drago.

- Et qu'est-ce que vous allez faire ? demanda Hermione, qui ne paraissait pas le moins du monde étonnée de la malversation de Lucius Malefoy.

- Drago a dit qu'il s'occupait de lui faire croire que sa lettre avait fonctionné.

- Oui mais... Enfin, si vous ne savez toujours pas qui vous espionne, Lucius Malefoy ne tardera pas à découvrir que vous l'avez encore berné. Il ne...

- Hermione, je n'ai pas vraiment besoin que...

Il s'interrompit, sentant la balle de Ron chauffer dans sa poche. Mais la chaleur n'avait rien de désagréable cette fois, et il commençait à comprendre où Ron voulait en venir.

Hermione et lui n'échangèrent plus un mot jusqu'à ce Ron entre en trombe dans la salle commune en criant :

- Alors ? Ça a chauffé ?

- Oui, mais pas beaucoup. Plus on est près l'un de l'autre et plus elle chauffe, c'est ça ?

- Oui, répondit Ron, apparemment un peu désappointé que Harry ait compris tout seul. Je suis allé jusque dans le hall. Je me demande dans un rayon de combien ça fonctionne...

- On fera l'expérience un autre jour, je dois m'en aller à dix heures, coupa Harry.

Il se mordit aussitôt la lèvre.

- Ah bon ? fit Ron. Tu vas où ?

- Euh... je ne peux rien dire, répondit Harry pour essayer de gagner du temps.

- Allez, je suis quand même ton meilleur ami ! insista Ron.

Harry balaya la pièce du regard, à la recherche désespérée d'un mensonge qui ferait l'affaire.

- C'est ce soir que tu as rendez-vous avec Padma Patil, c'est ça ? intervint Hermione sans lever les yeux de son parchemin.

- Oui ! s'exclama Harry, intérieurement reconnaissant envers Hermione.

Il faudrait qu'il fasse quelque chose de vraiment bien pour elle, un de ces jours.

- C'est pour ça que je ne peux pas en parler trop fort, ajouta-t-il d'un ton de conspirateur à l'adresse de Ron en faisant un signe de tête vers Parvati, qui lisait près de la cheminée.

- Comment ça se fait que tu sois au courant et pas moi ? demanda Ron, un peu vexé, à Hermione.

Hermione lui adressa un sourire triomphant et se remit à sa traduction d'anciennes runes.

Quand arriva dix heures moins cinq Harry rassembla ses affaires et Ron lui souhaita bonne chance.

- Prends donc ta balle, au cas où elle t'agresse, plaisanta-t-il.

- Cette balle ne quittera plus jamais ma poche, Ron, promit Harry d'un ton faussement solennel.

Quelques minutes avant dix heures, Drago ordonna au mur de la salle commune de s'ouvrir et se faufila dans le couloir. Il ne croisa personne jusqu'au septième étage. A un virage, il tomba sur le Baron Sanglant en pleine conversation avec la Dame Grise, le fantôme des Serdaigle.

- Bonsoir Baron, lança-t-il poliment.

Le Baron Sanglant inclina courtoisement la tête mais la Dame Grise s'exclama :

- Vous ne devriez pas être au lit, jeune homme ?

- Je suis préfet, je fais ma ronde, répliqua Drago d'un ton sec.

Il s'éloigna le plus rapidement possible et, arrivé au pied de la tour d'Astronomie, il vérifia qu'il était seul dans le couloir avant de commencer à gravir les marches.

Il espérait que Harry était déjà là, et surtout que leur espion les rejoindrait.

- Harry ? appela-t-il en atteignant le sommet de la tour, là où les étoiles se piquaient aux remparts.

Il perçut un mouvement sur sa gauche et une demi-seconde plus tard, Harry se tenait devant lui, sa cape d'invisibilité et la carte du Maraudeur à la main.

Harry allait parler, mais Drago lui mit un doigt sur les lèvres et lui intima de se taire.

- Il faut qu'on attende un peu, dit-il.

Ils s'accoudèrent au muret surplombant le parc éclairé par la lune, profitant de la douceur d'une soirée de mai.

- Pourquoi as-tu voulu qu'on vienne ici ? demanda enfin Harry.

- Baron ? fut la réponse de Drago.

Drago se retourna vivement et scruta la semi obscurité. Rien ne bougeait.

- Tu peux me passer la carte, Harry, s'il te plaît ?

Harry s'exécuta et Drago se pencha sur le parchemin.

- Je sais que vous êtes là, Baron, dit-il encore, avec un sourire de triomphe. Vous ne saviez pas qu'on avait cette carte, n'est-ce pas ? Sinon vous seriez parti dès que je vous ai appelé.

- Mais qu'est-ce que tu racontes ? fit Harry.

- Regarde, répondit simplement Drago.

Il lui tendit la carte du Maraudeur et Harry put lire, à côté de « Drago Malefoy » et « Harry Potter », en haut de la plus haute tour du château, l'inscription « Baron Sanglant » dans une étiquette semblable à la leur.

Quand il leva les yeux du parchemin, le fantôme se tenait devant eux.

- Depuis combien de temps savez-vous ? demanda ce dernier à Drago.

- Seulement depuis ce matin. Mais j'aurais dû comprendre beaucoup plus tôt, c'était tellement évident.

- C'est vous ? s'exclama alors Harry. C'est vous qui depuis le début rapportez tout à Lucius Malefoy ?

Le Baron Sanglant lui adressa un regard plein de mépris et répondit :

- Je ne « rapporte » pas. Je fais ce que l'on m'a demandé de faire.

Harry était stupéfait. Pourtant tout concordait : le Baron pouvait traverser les murs, disparaître et réapparaître à n'importe quel endroit, sans que personne ne le voie. Il lui était facile de filer Drago dès que celui-ci se promenait tout seul, puisque ce dernier n'avait pas de carte pour vérifier qu'il n'était pas suivi. Ensuite, dès qu'il s'était assuré que Drago rejoignait bien Harry, il les laissait seuls et regarder la carte ne pouvait rien leur apprendre, puisqu'il était déjà parti.

- Votre mère ne vous a jamais appris que c'était mal de dénoncer ? s'exclama Harry, trop en colère pour remarquer à quel point ses propos étaient naïfs.

- Monsieur Malefoy ne paraissait pas tant se soucier de ce qui était bien ou mal quand il s'agissait de le renseigner sur l'entraînement des autres équipes de Quidditch, rétorqua le Baron sans les regarder.

- Bon, euh... On verra ça plus tard, intervint Drago. Il y a plus important. Mon père vous a demandé de continuer à nous suivre ?

- Bien sûr, sinon je ne serais pas là, acquiesça la fantôme d'un ton las. Ce que font les élèves de cette école m'importe peu. Votre père m'a en effet chargé ce matin de continuer à vous surveiller, mais en me précisant qu'il n'y aurait sans doute rien à signaler. Mais quand je vous ai vu vous diriger vers la tour, monsieur Malefoy, j'ai compris qu'il y avait anguille sous roche. J'ai dû abandonner subitement la Dame Grise, j'espère que vous mesurez l'étendue de l'irrespect que je lui témoigné. J'étais loin de me douter qu'il s'agissait d'un traquenard, ajouta-t-il en levant les yeux au ciel.

- Combien pour que vous arrêtiez d'obéir à mon père ? Ou du moins que vous ne lui racontiez plus rien ?

La rapidité avec laquelle Drago avait fait cette proposition, ainsi que son ton déterminé, indiquèrent à Harry que ce n'était certainement pas la première fois qu'il essayait d'acheter quelqu'un. Le Baron, lui, éclata d'un rire aigre.

- « Combien » ? Vous pensez sincèrement m'offrir de l'argent en échange de mon silence ?

Drago se mordit les lèvres, furieux.

- Qu'est-ce que mon père vous donne ? Quoi que ce soit, je vous en offre le double.

- Cela vous serait impossible, répliqua le Baron. Quoi qu'il en soit, je n'obéis pas à votre père à cause de ce qu'il me donne, mais à cause de notre vieille amitié. C'est également en son nom que je vous ai toujours obéi, à vous aussi. Mais ce soir je me vois obligé de rejeter votre requête.

Il y eut un bref silence, rompu par Harry :

- Drago...

Celui-ci ne répondit pas. Il fixait le sol dallé sans ciller, comme s'il espérait y trouver une solution gravée là à son intention.

- Drago, insista Harry. Tu sais ce que je t'avais dit, à propos de ton père... Il ne me fait pas peur. On peut...

- Moi aussi j'ai connu des amours contrariées, intervint le Baron.

Comme le ton du fantôme ne s'était pas adouci le moins du monde tandis qu'il prononçait ces paroles, Harry eut du mal à saisir ce qu'il venait de dire. Le Baron dut prendre leur étonnement pour une invitation à continuer, car il ajouta :

- Jamais je n'ai souhaité épouser Lady Hutchinson. Mais en mon temps on ne choisissait pas, et tant pis pour la petite Barbara. Parce qu'elle n'était pas noble, mes parents ont refusé notre union.

Il s'attendait à une suite, mais quand il comprit que le Baron n'avait plus rien à dire, Harry s'exclama :

- Mais alors vous savez ce que c'est ! Vous allez nous aider !

- Non. Si je n'ai pas pu être heureux, je ne vois pas pourquoi j'aiderais quelqu'un à l'être. Vous avez dû me confondre avec le Moine gras.

- Pourtant vous rendez mon père heureux en nous espionnant, dit Drago.

- Bien essayé, dit le Baron avec un sourire sans chaleur. Sur ce, gentlemen, veuillez m'excuser mais je vous quitte.

- La Dame Grise sera bien déçue, fit Harry sans savoir pourquoi.

Le fantôme s'immobilisa dans les airs avant de se retourner très lentement.

- Comment ça ?

- Elle a toujours pensé que sous votre apparence de dur se cachait un coeur compatissant qui se réveillait à l'occasion. Comme elle va être déçue en constatant qu'elle s'est trompée !

Le Baron considéra Harry pendant un très long moment. S'efforçant de ne pas ciller, Harry n'en menait pas large. Il avait beau savoir que l'homme qui lui faisait face était mort depuis longtemps, il n'en paraissait pas moins dangereux, d'autant que son surnom n'avait sûrement pas été usurpé.

Enfin, le Baron ouvrit la bouche, semblant choisir ses mots avec soin.

- Je suis sûr que la Dame Grise n'a jamais rien cru de tel.

Il fit demi-tour et traversa la porte, laissant Drago et Harry seuls au sommet de la tour d'Astronomie, complètement désemparés.