Chapitre 45
La finale
Hermione ayant passé sous silence son entrevue avec Drago, quelle ne fut pas la surprise de Harry de voir le Serpentard lui adresser un sourire furtif au petit-déjeuner, le lendemain matin. Il s'était plus ou moins persuadé que leur dispute de la veille avait sonné le glas de leur relation et s'était donc préparé à ne plus rien attendre de Drago. Mais cette démonstration de non hostilité le convainquit d'aller jeter un oeil à la boîte aux lettres dès que son emploi du temps le lui permettrait.
Il faussa compagnie à Ron pendant la pause du matin et trouva effectivement un parchemin plié en quatre dans la cachette en face de la volière. Il redescendit en cours le coeur léger et attendit l'heure du rendez-vous fixé aux toilettes du troisième étage avec un mélange d'appréhension et de joie.
A midi il fila vers les toilettes, où l'attendait déjà Drago. Celui-ci verrouilla la porte d'un coup de baguette magique et dit sans attendre :
- Je te demande pardon, j'ai réagi de manière excessive, c'était stupide.
- Je t'avoue que je n'ai pas bien compris ce qui s'est passé hier, dit Harry. Je n'ai pas l'intention de te quitter, Drago. Mais on ne sait jamais ce qui peut se passer, reconnais-le.
- Je le sais bien, acquiesça Drago en se détournant. Mais ce que tu as dit hier m'a fait mal parce que depuis le début j'ai peur que tu... que tu...
Harry s'approcha de Drago et l'attira contre lui sans rien dire.
- Sans rire, Potter, dit enfin Drago d'une voix étouffée. Je... je...
- Moi aussi.
- Tu as remarqué qu'on ne faisait que se disputer ?
- Oui, mais c'est normal, je pense. J'espère.
- Qu'est-ce qu'on va faire ?
- Je n'en sais rien.
Les jours suivants passèrent en un éclair pour Harry. Les cours, les devoirs et les entraînements des équipes de Gryffondor et Serpentard ne laissaient pas beaucoup de temps à Drago et Harry pour se voir - même s'ils se croisaient souvent sur le terrain de Quidditch - mais malgré tout Harry avait l'impression que leur relation se portait plutôt bien. Ils avaient tout de même eu une longue discussion, à l'issue de laquelle ils étaient convenus de profiter de chaque jour sans chercher à se projeter dans l'avenir - ils étaient tombés d'accord sur le fait que c'était plus prudent. Ils échangeaient beaucoup de messages par l'intermédiaire de la boîte aux lettres et une fois, Harry y avait même trouvé un cadeau : une gourmette en or gravée à son nom. Il préférait la conserver dans le tiroir de sa table de nuit pour ne pas s'attirer de questions embarrassantes de la part de Ron, mais il ne manquait jamais de la porter quand il retrouvait Drago dans leur pièce secrète.
Juin arriva, et avec lui la finale de la coupe de Quidditch.
Harry se sentait confiant : ces deux dernières semaines, les entraînements s'étaient on ne peut mieux déroulés et tout le monde était fin prêt, même Ron. Bien sûr, Drago lui avait assuré que cette fois-ci Serpentard gagnerait, mais Harry savait bien que Drago était un peu vantard.
Il avait tout de même l'estomac noué en pénétrant sur le terrain inondé de soleil. Les tribunes étaient pleines et manifestement, seule une minorité souhaitait voir les Serpentard remporter la coupe.
- Vous voyez ce qu'ils veulent ? lança Harry, inhabituellement volubile, en se tournant vers ses coéquipiers et en embrassant les gradins bondés d'un geste de la main. Ils veulent que Gryffondor gagne ! Et on va leur donner ce qu'ils veulent !
Ron, Hermione, Ginny, Colin, Andrew et même Neville - bien qu'un peu pâle - hochèrent vigoureusement la tête d'un air convaincu.
Les deux capitaines se donnèrent une poignée de main plus longue que l'usage ne le requérait et Madame Bibine siffla le début de la rencontre. Aussitôt, Harry prit un peu de hauteur pour observer le match du dessus et essayer de repérer le Vif d'or. Justin Finch-Fletchley, qui assurait toujours les commentaires, entreprit de décrire l'avancée des poursuiveurs de Gryffondor vers les buts Serpentard, et sous le regard ravi de Harry, Hermione marqua sans effort apparent, imitée par Ginny trois minutes plus tard. Pourtant, malgré ce départ fulgurant, les Serpentard prirent bientôt la tête et Harry commença sérieusement à s'inquiéter.
Au bout d'un quart d'heure il n'avait toujours pas aperçu le Vif et Gryffondor était mené soixante à vingt. Il demanda un temps mort et descendit encourager son équipe.
Quand il leur eut prodigué quelques conseils Madame Bibine annonça la reprise du match et Harry accompagna Ron jusqu'à ses buts.
- Ca va aller ? On a pris un peu de retard, mais rien de dramatique. Reste concentré, c'est tout. Et ne ferme pas les yeux quand le Souafle arrive vers toi.
Ron ne sembla pas goûter la plaisanterie et se contenta de hocher la tête, les mâchoires serrées. Il avait toujours eu du mal à gérer la pression, mais Harry savait que c'était encore pire contre les Serpentard. Il lui donna une tape encourageante sur l'épaule et se mit à slalomer entre ses joueurs pour leur faire quelques recommandations de dernière minute. L'équipe de Gryffondor sembla se ressaisir un instant et remonta légèrement au score, mais cela ne dura pas et Serpentard prit davantage d'avance. Harry n'avait toujours pas aperçu ne serait-ce qu'une aile du Vif.
- Ca se présente plutôt mal pour vous, hein ? lança Drago non loin de lui.
Il jubilait, et à le voir si content Harry ne put s'empêcher de sourire.
- La partie n'est jamais terminée tant que l'arbitre n'a pas sifflé la fin du match, répondit-il. Je ne ferais pas le malin, à ta place.
Malgré son inquiétude qui grandissait en même temps que l'écart entre le nombre de points des deux équipes, Harry était attendri par la joie de Drago, qui n'avait encore jamais remporté la coupe de Quidditch. Mais ce n'était pas une raison pour laisser les Serpentard gagner ! Harry en était là de ses réflexions quand le Vif d'or passa en trombe juste au-dessous d'eux. Comme mus par un même mouvement, ils se lancèrent à sa poursuite. Penché sur son balai, concentré sur la balle dorée, Harry entendit la foule pousser des exclamations de joie mais fut bien en peine de découvrir qui avait marqué ; il ne pouvait pas se permettre de quitter le Vif des yeux. Drago avait un demi-balai d'avance sur lui mais Harry gagnait du terrain - quand soudain Drago s'arrêta net, jetant des regards stupéfaits tout autour de lui.
- Où est-il passé ? Où est-il passé ?
Essayant d'échapper à ses poursuivants, le Vif avait disparu derrière Blaise Zabini et n'était plus en vue nulle part.
- Ce sera pour la prochaine fois, lança Harry d'un ton moqueur à l'adresse de Drago.
Drago sourit, le visage tout de même un peu crispé, et fila de l'autre côté du terrain. Les points s'accumulaient sur le tableau des scores, tantôt pour une équipe, tantôt pour l'autre, mais le Vif d'or n'avait toujours pas fait sa réapparition. Comme Gryffondor marquait pour n'être plus mené que quatre-vingt dix par cent dix, Drago, quelque peu désoeuvré, s'approcha de Harry et lui demanda :
- On se voit ce soir ?
- Ce soir l'un de nous deux sera trop occupé à célébrer sa victoire, tu ne crois pas ?
- Oh, ça ne me gêne pas de célébrer ma victoire avec toi plutôt qu'avec ma maison, répliqua Drago avec un sourire fanfaron.
Il était déjà arrivé par le passé que les attrapeurs de maisons adverses passent du temps l'un à côté de l'autre sur le terrain, le plus souvent pour échanger des insultes ou des tentatives d'intimidation, aussi Harry n'était-il pas inquiet : personne, depuis les tribunes, ne pouvait deviner la nature de leur discussion.
- Bon, concentrons-nous plutôt sur le match, tu veux ? fit-il, sa conscience professionnelle de capitaine reprenant le dessus.
Il monta encore un peu plus haut et regarda Colin passer le Souafle à Ginny. Alors que ses yeux vagabondaient autour du stade dans l'espoir de repérer le Vif, il aperçut une masse de cheveux blonds très clairs dans la tribune des Serpentard. Même à cette distance, il n'y avait pas d'erreur possible : Lucius Malefoy assistait au match ! Soudain il sentit la poche de sa robe chauffer et se rappela la balle que Ron lui avait donnée et qu'il lui avait promis de toujours garder sur lui. Surpris, et vaguement inquiet de savoir si ce mode de communication était bien réglementaire, il baissa les yeux vers son gardien de but et aperçut ce dernier qui gesticulait en montrant le sol.
Là-bas, juste au ras de l'herbe, scintillait le Vif d'or. Harry fonça, mais Drago l'avait vu aussi, et il était plus bas que lui. Tandis qu'il filait vers le sol, Harry gardait la tête tournée vers Drago pour vérifier la progression de ce dernier. Ils n'étaient plus qu'à un mètre l'un de l'autre, mais Drago se rapprochait dangereusement de la petite balle dorée qui, elle, ne se doutait de rien.
- HARRYYYYY ! entendit-il Hermione hurler.
Il tourna la tête à temps pour voir un Cognard s'approcher de lui à toute vitesse ; la balle le heurta violemment à l'épaule et Harry se sentit glisser de son balai. Par miracle il réussit à se remettre en selle et à redresser son Eclair de Feu, mais il était trop tard : Drago venait de s'emparer du Vif d'or, à peine trois mètres plus bas.
Harry n'entendit pas les hurlements de joie, il n'entendit pas Madame Bibine siffler la fin du match, pas plus qu'il n'entendit Justin Finch-Fletchley annoncer la victoire de Serpentard. Il atterrit brutalement par terre et attendit que ses coéquipiers le rejoignent. Il avait perdu, il n'avait pas attrapé le Vif d'or. Il avait perdu.
- Désolé, Harry, lança aussitôt Neville comme s'il était responsable de leur défaite.
- C'est à moi de m'excuser, dit Harry sans regarder ses camarades. Je n'ai pas été attentif, je suis désolé.
Des bras consolateurs se posèrent sur ses épaules tandis que s'élevaient les protestations :
- J'aurais dû dévier ce Cognard, c'est ma faute, dit Andrew.
- Et moi, si j'avais été meilleur dans les buts..., ajouta Ron.
- Mais non, ce n'est pas la faute de personne en particulier, répliqua Hermione d'un ton apaisant.
L'équipe de Gryffondor applaudit brièvement les Serpentard qui paradaient autour du stade, puis se retira dans les vestiaires.
Bien que chacun essayât de parler d'un ton léger tandis qu'ils se changeaient, tous savaient à quel point les autres étaient déçus. Harry ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable : avec un score de cent vingt pour Gryffondor à deux cent soixante pour Serpentard (auxquels s'ajoutaient les cent cinquante points de Drago), ses coéquipiers avaient effectué une remontée spectaculaire et s'il avait attrapé le Vif, son équipe aurait gagné. Mais il avait préféré batifoler avec Drago sans se soucier du jeu, et il s'en voulait terriblement. Comme si elle lisait dans ses pensées, Ginny s'assit à côté de lui et dit :
- Nous sommes une équipe, nous sommes tous responsables de cette défaite.
- Et si on n'a pas gagné cette année, on gagnera l'année prochaine ! enchérit Colin de sa voix flûtée.
- Mais si j'avais été meilleur, on aurait gagné même si c'est Malefoy qui a attrapé le Vif, répéta Ron.
Harry se rappela soudain qu'à sa déception s'ajoutait un nouveau problème : Lucius Malefoy était dans les tribunes. Qu'allait-il se passer maintenant ?
Il resta si longtemps perdu dans ses réflexions qu'il n'en sortit que lorsque Neville lui lança :
- A tout à l'heure Harry, dans la salle commune.
Tout le monde était déjà parti alors qu'il n'avait même pas encore pris sa douche. Il se jeta sous l'eau chaude et passa un long moment à se reprocher la frivolité de son comportement, sur le terrain.
Quand il sortit de la douche, Hermione était revenue et l'attendait.
- Ca va aller ? demanda-t-elle en regardant ailleurs tandis qu'il commençait à se rhabiller.
- Tu m'as vu discuter avec Drago, n'est-ce pas ?
- Oui, mais ce n'est pas à cause de ça qu'on a perdu, si c'est ce qui t'inquiète.
- Pour quelle raison, alors ?
- Je ne sais pas exactement, je n'ai jamais été une experte en Quidditch, répondit Hermione en souriant, mais on ne peut pas tout le temps être le meilleur. Ce n'est pas ta faute, Harry, arrête de t'accabler.
Bien qu'il ne fût pas d'accord avec elle, Harry savait qu'elle pensait sincèrement ce qu'elle disait et il lui adressa un sourire reconnaissant en glissant la balle chauffante de Ron dans la poche arrière de son pantalon. Ils remontèrent de concert au château, discutant de la présence de Lucius Malefoy dans les gradins, et quand ils arrivèrent dans la salle commune ils furent accueillis par un tonnerre d'applaudissements.
- Mais... Vous n'avez pas dû voir le même match, on a perdu, dit Harry, déconcerté.
- C'était un très beau match, et tu as été un excellent capitaine tout au long de cette année, déclara Seamus Finnigan d'un ton solennel.
- Et puis deuxième, c'est une bonne place, ça signifie qu'on pourra faire mieux l'année prochaine, lança un troisième année.
- Et maintenant, on fait la fête ! approuva Seamus, qui apparemment n'attendait que ça.
Harry passa les quatre heures suivantes à se faire féliciter, à manger des tartes au citron et à boire de la Bièraubeurre. Quand il commença à avoir mal à la tête - apparemment, chez les Gryffondor, les fêtes post-défaite étaient aussi bruyantes que celles qui célébraient une victoire - il fit signe à Hermione qu'il sortait faire un tour et se glissa dans le couloir. Il avait vaguement dans l'idée de retrouver Drago pour le féliciter - à présent qu'il savait que sa maison ne lui en voulait nullement d'avoir perdu, il était sincèrement heureux pour lui ; après tout, il avait déjà gagné la coupe, lui - mais ignorait si ce dernier ne préfèrerait pas rester avec les autres Serpentard malgré ce qu'il avait dit pendant le match.
Il fallait également qu'ils parlent de Lucius : se doutait-il de quelque chose ? Etait-il venu simplement pour voir son fils jouer ou pour les surveiller et s'assurer qu'il n'y avait plus rien entre eux ?
Sans s'en apercevoir, il était arrivé au pied de l'escalier qui menait à la volière. A tout hasard, il vérifia la boîte aux lettres : un Vif d'or s'en échappa dès qu'il l'ouvrit. Harry le regarda s'éloigner et prit le mot que Drago lui avait laissé.
Je serai en haut de la tour d'Astronomie à vingt-trois heures.
Si le coeur t'en dit,
D.
La montre de Harry lui apprit qu'il était vingt-trois heures trente. Il était peut-être encore temps ?
Il courut jusqu'au pied de la tour et s'accorda quelques minutes pour reprendre son souffle avant de commencer à monter.
Le sommet de la tour était désert. Harry avança jusqu'au rempart et s'y appuya machinalement. Alors qu'il se demandait ce qu'il devait faire à présent, aller jusqu'au cachot des Serpentard ou simplement retourner à son dortoir, la porte s'ouvrit en grinçant dans son dos. Harry se retourna vivement, plein d'espoir.
- Oh, bonsoir, fit-il.
- Bonsoir, Mr Potter, répondit la voix glaciale de Lucius Malefoy.
Le père de Drago se tenait dans l'embrasure de la porte, les bras croisés. Harry l'avait reconnu immédiatement bien que sa silhouette tout entière fût plongée dans la pénombre.
- Comment allez-vous ? continua Lucius Malefoy sans bouger.
Harry ne savait que faire. Etait-ce une fois de plus Lucius qui avait écrit le message trouvé dans la boîte aux lettres pour lui tendre un piège ?
Serrant les poings mais préférant jouer la prudence, il répondit :
- Bien, merci.
- Que faites-vous donc ici à une heure pareille ? Ne devriez-vous pas plutôt être avec les autres Gryffondor en train de pleurer votre lamentable défaite ? Car il faut l'avouer, vous n'avez vraiment pas été bon aujourd'hui.
- On ne peut pas tout le temps être le meilleur, répliqua Harry entre ses dents.
Lucius Malefoy éclata d'un rire forcé.
- Sans aucun doute. Mais vous ne m'avez pas répondu, que faites-vous ici ? C'est un endroit habituellement peu fréquenté en dehors des heures de cours d'astronomie, je me trompe ?
- J'étais venu admirer le paysage de nuit, dit Harry sans regarder son interlocuteur. Je... Je vais y aller, ajouta-t-il en s'avançant vers la porte.
Mais comme il passait près de Lucius, ce dernier l'agrippa brusquement par le bras et souffla d'une voix chargée de colère :
- Tu ne vas nulle part.
Il repoussa avec force Harry, qui tomba brutalement sur le sol. Sa tête heurta le rempart et il resta sonné un instant.
Enfin le père de Drago fit un pas en avant et la lune éclaira soudain ses yeux, qui brillaient de la haine la plus vivace dont Harry ait jamais fait l'objet.
- Alors Potter, on fait moins le malin à présent ? grinça Lucius.
Pour toute réponse, Harry grogna sous l'effet de la douleur qui lui vrillait l'arrière du crâne.
- Qu'est-ce que tu croyais ? Que je n'étais pas au courant de cette petite affaire ? Que vous aviez réussi à tromper ma vigilance ? continua Lucius en sortant sa baguette. Je vous ai bien vus minauder pendant le match ! Tu pensais que j'allais te laisser pervertir mon fils sans rien faire ?
Harry n'avait jamais vu Lucius Malefoy aussi furieux. Bien que sa voix et ses gestes fussent mesurés, ses yeux étincelaient d'un éclat inquiétant. S'efforçant d'ignorer la douleur à l'arrière de sa tête, Harry essaya d'attraper sa baguette dans sa poche, sans faire de geste brusque.
Mais Lucius avait compris son manège.
- Expelliarmus !
La baguette de Harry s'envola et retomba deux mètres plus loin. Désarmé, Harry était à la merci de Lucius. Fébrile, il essaya de se relever mais Lucius agita rageusement sa baguette et il s'affala à nouveau sur le sol.
Du calme, s'enjoignit-il. Il ne peut rien te faire. Il ne peut pas te tuer ici, à l'école.
Malgré tout Harry sentait sa bouche devenir sèche et son coeur se mettre à battre plus vite. Lucius continuait sa litanie. Il hurlait presque, à présent, et semblait réellement déterminé à tuer Harry. Gagne du temps. Dis n'importe quoi. Gagne du temps.
- Ce n'est pas ce que vous croyez, grogna Harry d'une voix faible.
- Et qu'est-ce que je crois, à ton avis ?
Harry ne trouva rien à répondre, mais il fallait absolument qu'il continue à faire parler Lucius, pour donner le temps à un quelconque secours d'arriver...
- C'est pour le faire souffrir que vous voulez nous séparer à tout prix ?
Lucius se figea.
- Plaît-il ?
- Vous ne l'aimez pas ! Vous ne l'avez jamais aimé ! Drago le sait, et vous et moi nous le savons aussi ! Vous n'avez jamais voulu de lui, sinon pour assurer la pérennité des sang-purs !
Pendant un court instant, Lucius Malefoy parut complètement abasourdi. Mais il retrouva vite ses esprits et rugit :
- Je ne l'aime pas ? Tu prétends que je n'aime pas mon enfant ? Que je n'aime pas la chair de ma chair ? Je te conseille de ne plus jamais, jamais, redire une telle chose !
Il fit une pause, puis poursuivit d'une voix plus calme :
- Tu me dégoûtes, Potter. Entraîner mon fils unique dans cette histoire... Et ensuite quoi ? Tu l'aurais convaincu de rejoindre le côté de Dumbledore et d'abandonner l'avenir que j'avais tracé pour lui bien avant sa naissance ? J'ai le regret de t'annoncer que ça ne va pas se passer comme tu l'avais prévu.
Harry jetait des regards de tous côtés pour essayer de trouver une aide quelconque, mais peine perdue. Par terre il n'y avait que sa baguette, et elle était hors de portée. Soudain il vit la porte de la tour s'ouvrir derrière Lucius. Tout à sa rage, ce dernier n'avait rien entendu et, la baguette levée, s'apprêtait visiblement à en finir avec Harry.
- Ron ! s'exclama Harry en voyant le visage de son ami apparaître dans l'entrebâillement de la porte.
Il réalisa trop tard qu'il aurait dû se taire. Lucius fit volte-face avant que Ron ait pu réagir.
- Stupéfix !
Harry vit Ron s'effondrer contre le mur et glisser au sol comme une poupée désarticulée. Se morigénant intérieurement de ne pas avoir profité de l'instant de distraction de Lucius pour se jeter sur sa baguette, Harry se demanda ce qu'il allait advenir de Ron. Celui-ci avait eu le temps de voir Harry et Lucius en haut de la tour, et si Harry venait à mourir ce soir, le rapprochement ne serait pas difficile à faire. Lucius tuerait-il également Ron ou se contenterait-il d'un sortilège d'Oubliettes pour l'empêcher de lui nuire ?
- La cavalerie arrive toujours à temps, ricana Lucius, mais elle n'est pas toujours efficace. Quoi encore ? ajouta-t-il d'un ton irrité.
Harry leva les yeux en entendant un hululement familier et vit Hedwige éviter de justesse un éclair vert lancé par Lucius. La chouette fondit sur ce dernier et cette fois Harry ne se fit pas prier pour ramper jusqu'à sa baguette et viser Lucius, qui se débattait comme un beau diable pour se défaire d'Hedwige, accrochée à ses cheveux.
- Ankylos ! hurla Harry.
Lucius se figea et tomba comme une pierre, pétrifié. Sa tête fit un bruit sourd en heurtant le sol dallé de la tour. Harry se releva, les jambes tremblantes, et se précipita sur Ron. Celui-ci avait la main crispée sur un objet rond.
- Ron ! Ça va ? Enervatum !
Rien ne se produisit. Harry répéta l'incantation plusieurs fois et enfin Ron ouvrit les yeux.
- Harry ? dit-il faiblement. Qu'est-ce qui s'est passé ? Malefoy...
- Je t'expliquerai... Tu peux te lever ? Appuie-toi sur moi.
Hedwige vint se poser sur le rempart près d'eux tandis que Harry aidait Ron à se mettre debout. Harry lui caressa rapidement le bec et emmenait Ron vers la porte quand quelqu'un d'autre apparut en haut de l'escalier.
- Toi ! fit Drago, la bouche tordue dans une grimace méprisante, en posant les yeux sur Ron.
Puis il avisa la silhouette étendue sur le sol.
- Qu'est-ce que tu as fait à mon père ? cracha-t-il à nouveau à l'attention de Ron.
- Il ne lui a rien fait, dit doucement Harry. Je l'emmène à l'infirmerie.
- Attends ! lança Drago. Et mon père ?
- C'est un sortilège d'Ankylose, il ne va pas tarder à se réveiller, répondit sèchement Harry sans se retourner.
