Cet OS a été écrit pour la 159e nuit du FoF, pour le thème « nous » en transgressant la règle d'écrire en une heure (ça a pris un peu plus de temps). Le FoF est un forum rassemblant tous les francophones de FFnet (lien sur mon profil et dans mes auteurs favoris) où l'on peut discuter de fanfiction et s'amuser au travers de jeux d'écriture. Vous serez toujours les bienvenu.e.s si vous souhaitez nous rejoindre !
Ce soir-là, Andromeda était ailleurs. Pas concentrée. Lorsque sa fille tapa brusquement du pied et fit un bruyant caprice en reprochant à sa mère de ne prêter aucune attention à ses babillages, elle la gronda pour le principe (les caprices sous toutes leurs formes étaient proscrits et Nymphadora le savait parfaitement) mais elle dut bien reconnaître que la petite avait raison : elle ne l'écoutait pas. Ni elle, ni Ted. Ce dernier était juste plus adulte (Merlin soit loué) et attendait patiemment le bon moment pour entamer la conversation.
Lorsqu'ils ne furent plus que tous les deux dans le grand salon, la jeune femme s'écroula sur le canapé en poussant un soupir de commisération et son mari fit ce qui était attendu de lui : il s'inquiéta.
« Tu veux me dire ce qui te tracasse ? »
« Non… Enfin si… Je ne sais pas, ça ne changera rien de toute façon. »
« Essaie toujours ? », insista-t-il.
« J'ai reçu une lettre de Narcissa, aujourd'hui », lâcha-t-elle alors comme si elle n'avait attendu que ça, qu'il la pousse un peu.
« C'est pas vrai ? » Ted se redressa de sa position affalée et se montra réellement préoccupé à présent : il devait bien admettre que celle-là, il ne l'avait pas du tout vu venir. « Et qu'est-ce qu'elle te veut ? » Pressa-t-il.
« Me parler de Sirius. Sa lettre est une succession de mises en garde : elle me dit que je devrais m'occuper de lui, puisqu'il a suivi mon sale exemple ; qu'il s'est complètement perdu dans sa rébellion, qu'il va lui arriver des malheurs s'il continue comme ça… »
« S'il continue comment ? »
« Aucune idée », soupira Andromeda de plus belle.
« Mais pourquoi elle te dit ça ? »
« Je ne sais pas, Ted. Le ton de sa lettre est haineux à vomir. Elle semble me tenir responsable de l'évolution de Sirius et en même temps, il y a une sorte de jubilation mauvaise, comme si elle n'attendait que ça : qu'il lui arrive quelque chose et qu'elle puisse me balancer à la figure que c'est de ma faute. »
« Et qu'est-ce qu'il devient, Sirius, d'ailleurs ? »
« Justement, je ne sais pas », avoua Andromeda sans le regarder et elle semblait lâcher là ce qui lui était le plus douloureux. « Il a quitté Poudlard en juin mais je ne sais pas ce qu'il fait. Je n'ai pas pris de ses nouvelles depuis plus d'un an et je m'en veux terriblement, maintenant. Elle a réussi son coup, Ted. Je me sens coupable. »
« Écris-lui ? Propose-lui de le revoir, ça lui fera certainement plaisir. »
« Je ne sais pas… Ça fait longtemps et s'il m'en veut… S'il pense que je l'ai abandonné ? »
« Eh bien, tu le détromperas. Mieux vaut une lettre tardive qu'un silence infini, qui ne fera que confirmer que vous vous êtes perdus de vue. Tu lui expliqueras, je suis sûr qu'il pourra comprendre que tu étais très prise par l'emménagement dans notre maison et par Nymphadora… Il n'a pas davantage pris de tes nouvelles que tu as pris des siennes, si ça se trouve il était très occupé également et si aucun de vous ne fait le premier pas, vous ne vous retrouverez jamais. »
Ragaillardie par ces paroles (qu'elle aimerait être capable de cette spontanéité plutôt que de réfléchir des siècles à chaque aspect de chaque relation humaine !), elle fit exactement ceci et composa sa lettre dans la foulée, avant que le courage ne la quitte à nouveau.
OoOoOoO
Sirius transplana à Pré-au-Lard, volontairement à bonne distance des Trois Balais afin de finir sa route à pied. Le ciel d'Écosse était, comme souvent, plutôt brumeux mais un petit rayon de soleil filtrait timidement à travers les nuages et cela le détendit aussitôt.
Sirius était nerveux. Heureux mais nerveux, si cela avait un sens. Sa cousine lui avait écrit et lui avait proposé, avec une sorte d'urgence dans ses lignes, qu'ils se retrouvent autour d'un verre afin de s'échanger les nouvelles de leurs vies. Bien sûr, il avait été ravi de cette perspective. Peut-être y avait-il un lien familial qui pouvait encore perdurer pour lui, pour de vrai. Peut-être qu'il n'était pas juste condamné à écouter James, Remus et Peter parler de leurs tracas familiaux en se disant que c'était désormais un problème uniquement pour les autres.
Il avança à grands pas, tentant de décharger son énergie nerveuse par sa marche. Il ne savait dire pourquoi il se sentait si stressé alors qu'il ne s'agissait que de revoir sa cousine préférée. Il la connaissait depuis sa naissance, par Merlin !
Il réfléchit à quand datait leur dernière rencontre et réalisa que ça faisait bien plus longtemps qu'il ne le pensait. C'était avant le mariage d'Andromeda. Bien, bien avant sa fuite à lui. C'était chez elle ou chez lui, dans leurs maisons d'enfance.
Depuis leur départ respectif, ils s'étaient seulement écrit. Quelques lettres, de temps en temps. De plus en plus espacées et il ne se souvenait même plus qui avait été le dernier dans leur correspondance mais il ne doutait pas une seconde que ça avait probablement été à son tour de répondre.
Peut-être était-ce la culpabilité de son silence, qui le travaillait et provoquait l'inconfort qu'il ressentait ? Andromeda avait toujours été accueillante avec lui, chaleureuse et enthousiaste avec tout ce qu'il lui racontait. Le moment qu'ils s'apprêtaient à partager serait réjouissant, il n'y avait aucune raison qu'il en soit autrement !
OoOoOoO
En voyant son cousin arriver, le visage d'Andromeda s'illumina. D'accord, c'était une réflexion de vieille mais, qu'il avait grandi ! Il n'avait plus rien de l'adolescent agité dont elle se souvenait, sa démarche laissait voir au contraire un jeune homme alerte et sûr de lui.
Ils se saluèrent avec un grand sourire de part et d'autre et, après un petit instant de gêne où ils se regardèrent sans trop savoir quoi faire, Andromeda prit l'initiative de l'envelopper dans un énorme câlin de grande sœur.
« Comment vas-tu, Sirius ? »
« Très bien », lui affirma-t-il sans la moindre réserve et Andromeda ne sut pas totalement si elle devait en être rassurée ou, au contraire, s'inquiéter du fait qu'il ne voyait vraisemblablement aucun ennui dans lequel il aurait pu se mettre et dont ils auraient pu discuter.
Une fois installés devant leur bièraubeurre, Andromeda n'eut pas besoin de le lancer beaucoup pour que Sirius ne décrive, par le menu, la nouvelle vie d'auror dans laquelle il s'était engagé depuis la rentrée de septembre. De la difficulté du concours à son superviseur lunatique, en passant par ses nombreux collègues et la sévérité flippante de son chef, il n'omit aucun aspect de cet environnement professionnel auquel il semblait si fier d'appartenir. Il fut plus évasif sur les nouvelles de ses amis, disant simplement que James avait été très affecté par le décès de son père au printemps de leur septième année et exprimant, en filigrane mais avec un refus notable de s'étaler sur le sujet, que ça n'avait peut-être pas toujours été si facile entre eux.
Il demanda des nouvelles de Ted et Nymphadora mais Andromeda également, en vint à l'essentiel (Ted s'épanouissait dans son travail en tant que chercheur sur les flux magiques des baguettes, Nymphadora était une enfant espiègle et futée) afin d'en venir à la question qui l'occupait et qu'elle ne voulait pas laisser de côté.
« À part ça, tout va bien dans ta vie, Sirius ? »
« Bah oui, pourquoi ? »
« Tu n'as pas de problème particulier ? Tu n'es pas en danger ? »
Sirius la regarda avec circonspection : « C'est la guerre, Meda. On est tous en danger. Toi aussi. »
« Oui, merci… Je te parle d'un danger spécifique, une menace à laquelle tu serais particulièrement exposé ? Dans ta vie en général, pas forcément en lien avec ton travail d'auror ? »
« Mais pourquoi tu me demandes ça ? »
« Écoute, tu as été renié des Black, tu t'engages chez les aurors, tu es proche des Potter… Qui plus est, tu n'es pas franchement du genre modéré quand il s'agit de prendre parti dans un conflit. Je veux juste m'assurer que tu prends soin de toi. »
« Quoi, tu penses que je me jette tête baissée dans les embrouilles sans savoir ce que je fais ? »
La défensive, évidemment. Andromeda soupira. Elle prit quelques secondes pour peser le pour et le contre mais décida finalement d'aller au bout de ce qu'elle avait commencé, avant que Sirius ne s'enferme dans des accusations rancunières qui ne leur feraient aucun bien. Oui, elle pensait qu'il fonçait parfois tête baissée sans mesurer ce qu'il faisait mais elle n'allait certainement pas le lui dire, son cousin n'avait jamais tellement su faire la différence entre « je te prends pour un gamin inconscient » et « je m'inquiète pour toi ».
« J'ai reçu une lettre de Narcissa », avoua-t-elle alors.
Sirius reposa instantanément son verre, qu'il avait entreprit de porter à ses lèvres et se crispa à vue d'œil.
« Qu'est-ce qu'elle veut ? »
« Elle me met en garde à ton sujet », joua-t-elle franc jeu. « Elle ne dit pas spécifiquement de quoi elle parle mais elle dit que tu prends des risques, que tu vas très loin dans tes prises de position et que tu te mets gravement en danger… »
« Bah tiens ! » Fulmina immédiatement son cousin. « C'est tellement facile, ça, depuis sa petite tour d'ivoire ! C'est certain qu'elle ne prend aucun risque, elle et qu'elle ne va jamais trop loin, puisqu'elle ne s'engage nulle part, bien planquée derrière l'héritier Malefoy ! Est-ce qu'elle dit ça à Bellatrix, aussi, qu'elle va trop loin dans ses prises de position ? Certainement pas ! Le jugement à deux vitesses, hein, on connaît bien ça dans la famille ! »
« Écoute, Sirius », tenta-t-elle de le tranquilliser. « Je suis de ton côté, moi. Tu le sais, tu n'as pas besoin de chercher à me convaincre… Mais je m'inquiète pour toi, vraiment. Je vivrais très mal qu'il t'arrive quelque chose et que je n'aie rien vu venir. Je ne veux pas te perdre… »
« Tu ne me perdras pas », affirma-t-il d'un ton un peu plus doux. « Ne t'en fais pas, je vais bien. Il ne faut pas qu'ils oublient que ce sont eux qui nous ont attaqué, à la base. Voldemort et ses sous-fifres ont commencé cette guerre. Nous ne faisons que nous défendre, nous. »
Nous et eux. Bien sûr qu'il y avait un « nous » et un « eux » dans cette guerre, dans ses deux camps qui s'affrontaient. Mais il y en avait tellement d'autres qui subissaient la situation… Sirius, clairement, avait choisi de ne pas subir et de se battre. Elle admirait ce trait de sa personnalité autant que ça la désespérait. Très, très fort.
Nous et eux. En écoutant ainsi son cousin exprimer son point de vue sans jamais la moindre once de doute dans ses pensées et ses propos, il lui sembla que le monde n'avait toujours été que cela pour lui. Il y avait un « nous » et un « eux » et il s'agissait de vaincre, que la bataille se passe au niveau des seules maisons de Poudlard ou du monde sorcier tout entier.
Lorsqu'ils se séparèrent, Andromeda se fit la promesse sincère de rester en lien plus étroit avec ce cousin frondeur. Leur différence d'âge ne leur avait pas permis de partager tant de moments durant leur enfance mais, à présent qu'il entrait dans sa vie d'adulte et faisait ses propres choix, peut-être qu'il y avait lieu qu'ils se créent, tous les deux, de nouveaux souvenirs à chérir.
« C'est pour ça que tu as voulu me revoir, à cause de la lettre de Narcissa ? » Interrogea Sirius tandis qu'ils se dirigeaient vers la sortie, avec un reproche dans sa voix qu'il n'assumait pas totalement.
« Oui, Sirius », admit-elle. « Je ne vais pas te raconter d'histoires, ça a été l'élément déclencheur. Mais, crois-moi, je ne suis pas très fière d'avoir attendu tout ce temps et qu'il m'ait fallu cela pour organiser ces retrouvailles. Je suis très heureuse de t'avoir revu et j'ai bien l'intention de remettre ça, sans intervention indésirable cette fois. Tu veux bien ? »
« Bien sûr ! » Lui répondit-il avec un sourire presque timide, qu'il semblait retenir comme s'il n'osait pas le laisser s'élargir sur son visage.
Et, en le regardant, Andromeda se dit que, sous ses airs de rebelle, il ne fallait pas grand-chose pour que son cousin baisse les armes et prenne l'attention qu'on lui offrait.
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