S'essuyant d'un geste de manche, le sang qui lui voilait la vue, Cloud souffla le trop plein de tension qui inondait l'ensemble de son corps. Il avait posé un genou à terre et déposé son frère, toujours inconscient, le temps d'éponger une blessure qu'il n'avait pu éviter.

L'estafilade avait manqué de peu son œil, mais lui barrait désormais le visage, en une brûlure désagréable.

Et être marqué de la sorte, ne pouvait que ravir un adversaire comme Sephiroth.

Celui-ci souriait, surtout du regard, dont les pupilles fendues et totalement focalisées sur sa victime lui donnaient l'aura d'un prédateur en extase.

Depuis que Zack avait sombré, il n'avait plus dit un mot. Toute son énergie paraissait destinée à abattre le blond, bien que sa proie continuait de lui échapper par, il ne savait lequel, miracle.

Cependant, l'éclat azur qui le visait, restait un éternel point d'interrogation pour le soldat légendaire. Après toutes ces années à se battre, voire s'entretuer, avec plus ou moins de succès, il ne comprenait toujours pas d'où ce clone pouvait bien tirer une telle puissance.

Puissance qui l'avait, d'ailleurs, bien trop souvent surpassée.

Alors qu'un éclair vint frapper l'emplacement qu'il venait tout juste de quitter, ses yeux captèrent avec retard le poing s'engouffrant dans la brèche ouverte, et son cœur, qu'il croyait mort, sembla s'écraser sous la violence du choc.

Les secondes devinrent minutes et le fils auto-proclamé d'une calamité pu sentir chaque impact, sans pouvoir toutefois les compter, avant que le dernier ne le projette sur plusieurs mètres en arrière.

Stoppant sa course involontaire avec sa lame plantée dans le sol, il ne fut pas en mesure de se relever immédiatement. Ses poumons brûlaient et sa cage thoracique se soulevait avec douleur, l'amenant, lui aussi, à se demander ce qu'il advenait de cet espace temps, pourtant figé entre la vie et la mort.

S'il avait apprécié de voir le sang couler de ses deux adversaires, il ne comprenait pas pourquoi le même liquide rouge s'arrachait de lui, s'échappant de ses lèvres blanches, à chaque fois qu'il toussait, murmure d'une piètre condition mortelle.

Un équilibre semblait s'être rompu. Et s'il avait pensé être le seul à jouer, la vue de ce liquide écarlate et la sensation de s'embraser à chaque respiration, révélaient l'existence d'un autre challenger.

Sa mère et Aerith étaient passées de l'autre côté. Cela ne pouvaient donc pas être elles.

Mais alors...

- Et quoi? T'es surpris de ne pas être un dieu?

Son regard vert vint croiser celui, infiniment bleu, d'un adversaire qui renvoyait tout le mépris qu'il lui portait en plein figure. Cloud avait posé sur son âme toute sa colère, avec une condescendance étonnante, mais doublée d'une férocité avérée. Les poings serrés et le visage barbouillé de sang séché, Sephiroth distingua nettement le lion blessé qui n'avait plus rien à perdre.

Depuis combien de temps ne le craignait il plus?

Pourtant il avait vu ce tremblement, léger, d'une pupille perdue dans un ciel sans nuages, balancier d'une âme effrayée, trahissant le doute qui l'envahissait encore.

C'était bien tout le problème de cet homme.

Cloud semblait toujours incertain quant à ses capacités, mais mué par une force invraisemblable, il se battait constamment pour la victoire. A la fois proie et prédateur, le cadet se montrait le plus dangereux dans les moments où son ennemi était persuadé de le dominer.

Et le voir, là, debout et tendu, se retenant de sauter sur lui toutes griffes dehors alors que l'invincible soldat se faisait vulnérable, préférant rester le rempart ultime de son meilleur ami, contenant toute sa rage dans un unique but de protection, était bien la preuve d'une transformation achevée.

Sephiroth ne vaincrait pas cet homme là.

Ce qui était un problème.

Au plus profond de son esprit, se terrait une infinie partie de sa mère, cadenas indestructible sur un coffre qui ne lui appartenait plus. Et elle l'appelait, de cette voix lointaine et pourtant si proche, obnubilant toutes ses pensées.

Il devait traverser.

Par n'importe quel moyen.

Et alors que combat reprit, chaque choc faisant vibrer l'espace, aucun de ces deux éternels adversaires ne vit le corps d'un homme inconscient, se faire engloutir silencieusement, par une terre dévastée.


La petite église du secteur cinq n'avait jamais été autant visitée ces derniers temps. Si les pierres pouvaient parler, elles raconteraient comment, après la venue silencieuse et énigmatique d'une femme désespérée, avait surgit du ciel, un énorme poussin doré, projetant son ombre immense sur un petit bassin éthéré.

A cet étrange événement, elles n'oublieraient pas de préciser que ce volatile étonnant les avait fait toutes trembler en s'écrasant de toute sa masse, sur un sol en bois devenu bien fragile, avec les années. La suite se laisserait alors conter par une petite fille trop intelligente pour ce monde et trop déterminée pour ses habitants.

- T'es sur?! Mais il n'y a personne ici!

Marlène, les poings serrés sur ses hanches infantiles, avait posé pieds à terre, au milieu d'une bâtisse déserte. Elle connaissait bien cet endroit, qu'elle avait arpenté de long, en large et en travers, très souvent envoyée en mission par sa mère à la recherche d'un papa blond et dépressif. Son regard se perdit, malgré elle, dans des souvenirs gris, se renvoyant plus jeune encore, appelant Cloud avec une petite voix incertaine.

Cet endroit avait été, ces dernières années, le repère du chagrin et de la prière, pour un deuil impossible.

Posant une petite main sur une colonne en pierre, le contact froid la ramena à ce jour, où elle avait trouvé le blond, assis, le dos contre cette même roche froide, les jambes pliées contre son torse et la tête sur ses genoux, cachée dans ses bras. En silence, elle s'était approchée, sachant qu'il l'avait très certainement remarqué. Mais pour une raison qu'elle ignorait toujours, il l'avait laissé venir à lui, sans rien modifier de son attitude. A cet instant, la petite fille avait ressenti une profonde envie de se blottir dans ses bras, pour le remercier de cette confiance accordée, en faisant la promesse que ce serait leur secret et que jamais elle ne le trahirait.

Sans un mot, il l'avait accueilli entre ses jambes, serré contre lui, et elle avait posé une oreille attentive sur un cœur endolori. De son écoute d'enfant, elle avait entendu une chanson étrange et apaisante, persuadée d'avoir entraperçu une grande vérité, alors que les mots lui faisaient défauts. La musique l'avait emporté dans un rêve où les rires remplaçaient les battements d'un organe en souffrance et où le ciel n'était plus gris et sombre, mais bleu et lumineux.

A ce souvenir triste, mais aussi doux, chaleureux et parsemé d'amour, sa main se referma contre la pierre glacée, et Marlène se fit la promesse de récupérer ses parents, quoi que cela lui puisse lui coûter.

- Kwa.

Choco s'était sagement couché au bord du petit bassin, les yeux attentivement posés sur sa maitresse. Il ressentait ses sentiments comme s'il s'agissait des siens, et ce mélange de douleur et de colère était toujours surprenant pour lui.

En tant que chimère, il était, par essence, dénué d'émotions trop complexes. Il pouvait ressentir la douleur, la colère, la joie, mais pas toutes en même temps. Pour quelle raison il en était ainsi? Le poussin n'en savait rien. Là encore, était son état, sans que ni questions, ni réponses, ne puissent être prononcées. En dehors des contacts avec la petite fille, il ne se passait pas grand chose. Choco était renvoyé dans son royaume, dont il était seul maître, un paradis en dehors de l'espace et du temps, où d'autres chocobos jouaient avec lui. Il y en avait de couleurs différentes, souvent liées à un talent particulier. Et tous s'amusaient, dansaient et cherchaient des trésors, leur passe-temps favori. Choco était nommé Roi, sans qu'il ne puisse se rappeler depuis quand. Cela avait toujours été ainsi. Certains de ses amis disaient que sa taille avait du jouer, dans cette nomination divine. Car oui, il était gros. Très gros. Si les chocobos étaient à peine plus grands que les humains, Choco était lui, plus haut et plus large que leurs maisons. Et sa masse découlait une force colossale, qu'il mettait au service des plus courageux. Comme Marlène aujourd'hui.

- Tu crois que c'est dangereux? Autant avec Yuffie et Vincent je n'avais pas peur, mais là... Cet endroit, il y a quelque chose de spécial ici.

La question était intéressante. Détournant le regard de sa maitresse pour le poser sur l'eau translucide, le gros chocobo se mit à réfléchir comme jamais. Etait-ce dangereux? La rivière se faisait part entière de toute entité vivant sur cette planète. Elle traversait et reliait toutes les âmes entre elles, leur octroyant l'énergie nécessaire au voyage et à la lutte. Sa présence rendait le dialogue possible entre Marlène et lui, chacun entendant clairement la voix de l'autre, comme celle d'un meilleur ami, dont les mots ne se seraient jamais perdus.

Mais la rivière pouvait parfois devenir torrent, ravageant tout sur son passage, explosant les barrages et entaillant les montagnes. Tout comme elle pouvait se transformer en un simple ruisseau, si fin qu'il délaisserait, alors, la terre et le vivant, les asséchant pour les laisser mourir lentement.

Croisant de nouveau le regard de la petite fille, Choco répondit que, oui, la rivière était dangereuse, car indomptable et mystérieuse. Muée par une énergie connue de elle seule, la sous-estimer demeurait le principal danger. A son contact, il fallait être prêt, à tout risquer, à tout perdre, mais aussi, parfois, à tout remporter.

A cette réponse, Marlène continua d'hésiter. Son ami était certain que Tifa était venue ici, il y a peu. Pourtant, l'église, détruite, était vide. Seuls raisonnaient ses pas, sur le parquet abimé, et le bruissement des ailes de Choco, qui ne pouvait retenir une séance de nettoyage.

Les paroles de Reeve lui revinrent en mémoire.

- Si vous y allez, cela ne fera que le gêner! Et si vous êtes blessés, ça l'anéantira!

Cette phrase était vraie pour de nombreuses personnes de son entourage. En tout premier lieu, un père, qui confondait souvent son rôle avec celui d'un bunker, pour qui sa disparition causerait sa destruction pure et simple. Sans oublier un duo de parents bancales, complétement irresponsables quand il s'agissait d'assurer la sécurité des enfants, mais qui ne manqueraient pas de piquer une crise si elle tentait de les imiter. Lorsque tout sera terminé, de la meilleure façon qui soit, évidemment, Marlène leur balancera, à tous, droit dans les gencives, qu'elle prendra les pires risques du monde à l'avenir, tant que les adultes de sa famille feront pareil, sans que chacun d'eux ne se soucient des conséquences de leur comportement égocentrique.

Mais l'heure n'était pas à la vengeance. Même si cela tentait beaucoup un cœur comprimé, quelque peu hyperventilé.

Elle allait s'asseoir, contre le plumage doux et chaud de son ami, les jambes allongées sur le sol, et attendre le retour de sa mère.

Plus tard.

Plus tard elle leur ferait payer tous ces moments d'angoisse, toute l'inconscience dont ils faisaient actuellement preuve, toute la folie dans lequel ce monde essayait constamment de la plonger, toute l'horreur qui malmenait son esprit. La facture serait salée.

Ici et maintenant, elle serait sage et aussi calme qu'un désert glacé par la nuit, observatrice des moindres mouvements de vie, petit grain isolé du reste.

Demain, et les jours suivants, elle se ferait mouvante, toute puissante et emporterait la terre entière dans ses cris.

Et alors qu'une petite fille se laissait aller à la somnolence, au contact chaud et doux d'un plumage réconfortant, nul ne vit apparaitre, entre les lames d'un parquet brisé, des racines longues et vertes, s'engouffrer en silence, et encercler doucement l'étrange duo.


- Sans blague...

Les bras refermés contre son torse, serrant précieusement le corps d'un enfant endormi, Erik, qui venait juste de franchir la porte du bar, rien de très aventureux à priori, se retrouvait à présent en plein milieu d'une scène de crime.

Un homme, jeune, cheveux bruns, baignait littéralement dans son sang, à même le parquet, comme ça, dans l'entrée.

- J'en ai marre. Mais vraiment...

Son sérieux manque de caféine devenait un réel problème, mais ses réflexes se firent pressant, car son cerveau était déjà passé à l'action. Posant, avec une attention minimale, le corps de Denzel sur une banquette intacte, le médecin se mit rapidement à genoux aux côtés d'une vie fuyante entre les lattes en bois. Il sortit son téléphone, qu'il posa au sol après avoir enclenché l'appel vers Elena. Ses yeux repérèrent rapidement un léger mouvement de la cage thoracique, signe que les fonctions essentielles étaient encore opérationnelles, et chercha l'origine de la blessure au travers les vêtements de son patient surprise, en le plaçant doucement sur le dos.

La voix d'Elena raisonna enfin dans la pièce, après l'interminable sonnerie.

- Ouais?! T'es parti où?! Reno m'a appelé. Il revient avec la matéria...

- J'ai trouvé un blessé grave, au Heaven...

- Quoi...?

Le ton énervé de sa collègue disparu aussitôt, pour laisser place à une surprise évidente. En mobilisant avec autant de précaution possible son fragile patient, il découvrit une plaie étrange, plutôt nette, mais plus large qu'il ne l'aurait pensé. En regard de l'entaille, il avait pensé à une blessure faite par arme blanche, mais même les couteaux de cuisine ne pouvaient faire pareils dégâts.

- Il a été transpercé de part en part, au niveau de l'abdomen, par un objet tellement contondant que la peau a été découpée presque chirurgicalement. Je pense qu'il a du perdre beaucoup de sang, malgré la pression exercée... Son pouls est presque inexistant, mais je le sens encore... Il est sacrément résistant...

- Erik?

Les neurones en ébullition, de trop nombreux détails avaient été captés par ses derniers pour se révéler annonciateurs d'un mauvais présage. Réfléchissant, il murmura ce que sa mémoire lui imposait.

- L'heure vient où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix, et en sortiront. Ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, mais ceux qui auront fait le mal ressusciteront pour le jugement...

- Qu'est ce que...?

D'une main prudente, il chercha la confirmation sous la paupière du jeune homme inconscient. Et cette confirmation le fit trembler.

- C'est un Soldat... Et... Son visage... Elena, je crois que je l'ai déjà vu...

- Erik! Tu me fais peur. J'appelle Reno pour qu'il aille directement vers toi. Bouges pas!

La voix claire de son apprentie disparue, le laissant seul avec ses propres battements de cœur. Il avait vu beaucoup trop de miracles aujourd'hui pour qu'une entité supérieure, quelconque, ne vienne pas leur demander un paiement colossal.

Sans perdre plus de temps, il se dirigea vers le comptoir pour sortir tout ce qui pourrait lui servir. Serviettes, ciseaux, couteaux, eau et savon... Il était hors de question de fermer la porte à une mort aussi clémente.

Même si cela sous-entendait de se jeter droit dans une gueule infernale.


Reno courait aussi vite que ses jambes le pouvaient. Ou plutôt son cœur. L'appel de son amie l'avait bouleversé et il sentait en lui une profonde oppression. Un Soldat? Mais qui ne serait ni Cloud, ni Génésis? Le Turk avait peur. Si tous les morts revenaient à la vie, les âmes démoniaques le pouvaient également. Et il y en avait une, parmi toutes les autres, que le monde craignait particulièrement.

La matéria blanche, encastrée dans son arme, brillait d'une belle lueur, à mesure que le roux traversait les rues accidentées, ignorant sans trop de difficultés tous les blessés qu'il voyait. Dans les moments de crises, avoir un passé d'assassin s'avérait étonnement être un atout. La froideur était parfois nécessaires pour prendre des décisions logiques et répondre à différentes priorités. Sans oublier que la guerre forçait toujours à faire des choix insupportables. Alors autant se murer dans l'insensibilité. Quand c'était possible...

Enfin, la façade du bar se dressait devant lui, et il décèlera, grimpant les marches quatre à quatre, et faisant fit d'un souffle de plus en plus court. Le bois de la porte craqua sous la violence du coup qu'il mit pour l'ouvrir, mais ce ne fut rien à côté de son palpitant.

Sa poitrine sembla s'écraser sur elle-même, comme une alarme incompréhensible, et le peu d'oxygène qui lui restait quitta complétement ses poumons. Devant lui, Erik, les mains pleine de sang, terminait un bandage de fortune, serré avec force, tout en pressant une plaie désormais cachée. Mais ce qui laissait Reno aussi inanimé qu'une pierre froide, était le visage de la victime.

Cette tête là, il n'avait jamais pu l'oublier. Jamais.

Lui, qui avait refusé d'apporter son aide au Professeur Hojo, lorsque ce dernier s'était lancé sur le Projet S, avec ses deux nouveaux cobayes, avait été tout de même sollicité vivement pour rattraper ces pauvres âmes, qui s'étaient finalement échappé de cette terrible expérience. Mais il n'avait pas réussi à les atteindre avant l'unité spéciale de la Shinra. Le combat avait tourné au véritable massacre, entre un Soldat de seconde classe, devenu plus puissant que tout ce qu'ils avaient pu imaginer, et un escadron de la mort, chargé d'assassiner les deux fugitifs.

- C'est impossible...

Ce Soldat était mort. Il était mort pour sauver son ami. Il l'avait vu. Reno avait vu son corps meurtrit de toutes les balles qu'il avait reçu. Et il l'avait vu tenir encore debout, à la fin de l'affrontement, après avoir décimé tous ses adversaires! Avant de s'effondrer et de mourir, dans les bras d'un blond trop jeune pour cet enfer, noyé dans son propre sang.

- Reno! Dis moi que tu as cette fichue matéria!? Il a perdu trop de sang et je n'ai rien pour refermer la plaie!

Le roux, statufié devant cette vision, et à la fois perdu dans son souvenir, se revoyait quitter la zone de guerre, sans rien tenter vis à vis du jeune soldat en larmes. Ses ordres avaient été de les rattraper. Hojo ne voulait pas qu'ils meurent. Mais la Shinra, après l'échec cuisant de Sephiroth, avait décidé d'arrêter les frais avec ces expériences incontrôlables. Et Reno avait décidé, à cet instant, de n'obéir à aucun des deux. Dans son rapport, il avait écrit que les deux fugitifs étaient morts et qu'il ne restait rien de leurs corps. Seul témoin de cette horreur, sa décision changea radicalement le sort du monde, sans que jamais personne ne le sache.

Car ce jour là, un jeune homme avait gagné le droit de vivre, pour être alors, appelé à son tour, à sauver le monde, quelques années plus tard.

- Reno.

Sentant une prise sur son poigné, le Turk revint au contact d'une réalité au goût bien amer, et posa ses yeux sur Erik. Ce dernier avait parlé d'une voix douce et saisit son bras avec bienveillance. Le doc avait ce regard inquiet, submergé d'empathie, et ce regard lui était destiné. Mais pour quelle raison? Ah.

De sa main libre, il capta le long de son visage, des larmes qui couraient sur sa peau, comme autant de mots qui ne pouvaient sortir.

En silence, il s'agenouilla aux côtés de ce corps, qu'il avait abandonné, il y avait un peu plus de sept ans maintenant et porta sa main tremblante au dessus de la plaie voilée. Son arme s'illumina d'une lueur blanche qui vint l'entourer avant de se diffuser sur une âme qu'il croyait à jamais perdue.

La lueur devint bleue et sembla s'engouffrer, tel un souffle nouveau, par la plaie ouverte, au travers un bandage de fortune.

Erik, toujours aussi émerveillé par cette magie incroyable, avait reposé ses doigts sur la carotide pour capter les pulsations d'un cœur en pleine déroute. A mesure que l'énergie divine se déversait dans son patient, toujours inanimé, il pouvait sentir le rythme cardiaque de celui-ci se faire plus net et plus régulier.

- Ca fonctionne. Je crois qu'il est stabilisé. On va pouvoir l'emmener à la clinique... Reno? Est-ce que tu vas bien?

Le visage du roux était toujours ravagé par des larmes puissantes mais silencieuses. C'était un spectacle troublant, que de voir un homme comme lui, au passé trouble et cruel, s'effondrer de la sorte. Mais même au bord de la rupture, un Turk restait un Turk. Le doc l'avait bien constaté avec Elena. Les émotions pouvaient les submerger, leurs réflexes restaient toujours plus forts, les emportant dans une action constante. En cela, de ce qu'il avait pu voir, cette unité spéciale dépassait très largement celle des Soldats. Les Turks avaient un mental effrayant.

- Oui. Ne fais pas attention. Je vais le transporter. Retournes à la clinique.

Donnant un coup de manche à son visage, pour cesser de voir floue à cause de larmes traitresses, Reno entreprit de soulever le second miracle du jour, avec une délicatesse presque étonnante.

Erik le regarda faire, des questions plein la tête. Il avait déjà vu le jeune homme agir avec douceur, même avec des gens dont il se méfiait. Contrairement à ce qu'il voulait faire croire, le roux était doté d'une profonde intelligence relationnelle. Il avait indéniablement un instinct très sur pour le contact, mais aussi, une sorte de foi intérieure, qui semblait le guider dans les moments les plus sombres.

Se relevant à son tour, le Doc repensa brutalement à Tifa, qu'il avait pensé trouver au Heaven, lorsqu'il était venu déposer Denzel. Sauf qu'avec tout le bazar qu'il avait mis, sans oublier l'entrée fracassante de Reno, il semblait vraisemblable que la jeune femme n'était pas là. A noter que le bar n'avait pas été fermé à clé, puisqu'il avait pu entrer sans problème... Quelque chose clochait.

Par mesure de sécurité, il fit rapidement le tour de la petite maison, ouvrant toutes les chambres avec l'espoir de trouver sa jeune amie. Mais rien. Le bâtiment était désert. En prenant des affaires au comptoir, il avait pourtant bien vu les éclats de verre au sol, même si dans l'urgence il ne leur avait apporté que peu d'attention. Tous ces éléments s'imbriquaient lentement dans son esprit, réveillant son angoisse.

Ne pouvant laisser seul Denzel dans une maison ouverte à grand vent, il prit le chemin de la clinique avec le garçon dans ses bras. Au moins, le jeune garçon aura prit l'air. Ce qui était parfaitement stupide. Comme s'il n'avait pas d'autres affaires plus urgentes sur le feu!

Un peu plus loin devant lui, marchait Reno, chargé lui aussi, mais d'un poids bien plus lourd. Ce qui pesait sur les épaules du jeune homme n'était pas tant le corps inanimé dans ses bras, dont la tête reposait contre son torse, que le poids d'une culpabilité si ancienne, qu'elle lui paraissait impossible à conjurer.

Pour Reno, il était temps de plonger, dans une eau trouble et menaçante, à la recherche d'un pardon, longtemps demeuré inaccessible.

Et alors que le soleil déclinait, annonçant enfin la fin de cette terrible journée, sa lumière rouge frappait la neige d'une lueur écarlate, transformant le miroir blanc en un lac de sang, dans lequel s'enfonçait sans peur, un homme, qui fut autrefois, un démon.


- OU IL EST?! QU'EST-CE QUE TU AS FAIT?!

Cloud explosait. Complétement. Ne pouvant plus retenir sa colère, il la laissa l'envahir jusque dans la moindre parcelle de son corps. Ses pupilles se rétrécirent, quand ses iris prirent une couleur turquoise dés plus froide. Tout autour de lui, s'agitaient des lames électriques, d'un bleu sombre, presque noir.

Tournant sur lui-même, il cherchait avec désespoir, son frère, qu'il avait pourtant laissé là, inconscient, en sécurité derrière lui... Mais à cet emplacement, ne restait que de la poussière, et rien d'autre. Pas même un brin d'herbe.

- Toi qui m'a bien fait remarquer que je n'étais pas un dieu ici, tu me crois désormais capable d'un tel prodige...? La colère n'améliore pas ton intelligence...

Le poing qu'il reçu fut si violent, que la mâchoire de Sephiroth craqua dans un bruit sinistre. Le blond l'avait rejoint dans une rafale, pour répondre par des coups à chaque provocation. Alors que la légende baissait la tête, aussi surpris par la soudaineté du geste que par la douleur qu'il ressentait, Cloud enchaina avec les frappes suivantes, détruisant les côtes déjà fragilisées, puis, fauchant les jambes d'un ennemi à l'équilibre précaire, se rua sur lui pour le plaquer au sol et abattre ses poings sur un visage qu'il haïssait.

Sa rage éclata le nez, tuméfia les lèvres, brisa les os de la mâchoire, noya de rouge ce regard cruel et fou, pour ne plus jamais voir le sien dedans...

- Cloud...

Et son cœur s'arrêta. Le poing levé au dessus de ce qui restait du visage de son pire cauchemar, des gouttes de sang coulaient le long de ses doigts, pour rejoindre leur corps d'origine, inerte, sous lui. La respiration du blond se fit inexistante, à mesure que cette voix, qu'il aurait reconnu entre milles autres, raisonnait dans son esprit.

A cet instant, il prit la mesure que Sephiroth n'était pas son pire cauchemar. Non. Il y avait pire que lui. Pire que de l'affronter. Pire que de le tuer encore et encore. Pire que de lui échapper, continuellement...

Il y avait Tifa... Perdue, comme lui, dans cet espace figé, entre la vie et la mort, sans possibilité de sortie...

Il y avait Tifa... Le regard horrifié posé sur lui, alors que la haine le ravageait, tel un monstre, dont il avait toujours essayé de cacher le visage, sans succès...

Son poing trembla, lorsque ses yeux croisèrent ceux de la jeune femme, comprenant qu'elle était bel et bien là, ici, avec eux...

- Tifa...

Sa voix se brisa, ne voulant pas croire en sa présence. C'était forcément une hallucination, il en avait tellement eu... Et ce monde le rendait fou.

La jeune femme ne fit aucun pas vers lui, et il se fit violence pour se relever, s'éloignant prudemment du corps ensanglanté et inanimé de Sephiroth, pour s'approcher, incertain, de son amie d'enfance. Il essuya rapidement ses mains sur ses vêtements déchirés et salis par une journée interminable, et saisi fermement l'une des mains de la brune. Son cerveau avait besoin de trancher la situation. Etait-ce réel?

Hélas oui. Au contact de cette peau chaleureuse, qu'il ne pensait plus revoir, il craqua. A nu et sans barrière, après une colère dévastatrice qui l'avait anéanti, Cloud enlaça la jeune femme, avec un sentiment mêlé de peur et de soulagement.

Mais sa crainte se fit plus forte, alors que sa conscience percutait l'absence de réaction de Tifa. Ce corps qu'il serrait contre lui demeurait figé, silencieux... Comme s'il s'agissait d'une simple poupée...

Reculant prudemment, les mains désormais placées sur les épaules de la brune, Cloud plongea son regard dans celui de son amour, qui semblait s'être fixé sur un point bien au de là de lui. Et ce qu'il vit le gela sur place.

Loin des rubis qui ornaient, tels de précieux bijoux, une âme si chaleureuse et volcanique, s'affichaient deux émeraudes, claires comme un lac de montagne perdu aux confins du monde, dans lesquels il était possible de voir la rivière tout entière s'écouler.

Les mots moururent dans sa gorge, alors que ses mains se mirent à trembler plus fort contre le corps statique de la jeune femme.

C'était un mirage? Une énième manœuvre de Sephiroth? Ou de Jenova?

Ou bien, était-ce...

Sans bouger le moindre muscle, la rivière croisa enfin un regard azur, sans soleil ni nuage.

Et alors que son âme vibrait de cet échange silencieux, submergé par une puissance inconnue, il vit des lèvres tant aimées s'ouvrir.

- Je te rencontre enfin...


Bureau des plaintes

Quelque part en dehors de Midgar, dans une base désaffectée, ou presque.

Barret: Bon alors, il avance ton lapin? Et pourquoi tu ne lui as pas donné de monture, comme la dernière fois?

Reeve: C'est pas un lapin. Ignare. C'est un chat! Un matou! Un ronronthérapeute! Qui donne des baffes si on le chatouille! Je t'interdis de le traiter de le traiter de rongeur et de ...

Barret: Ca va, ça va! T'es aussi chiant que Cid avec son planeur...

Cid: QUI SAIT QUE TU TRAITES DE PLANEUR? Mon Shera est un aeronef, que dis-je, l'aeronef le plus avancé à l'heure actuel dans le monde tout entier! *Ecartes les mains* Impossible de trouver mieux! Rien à voir avec...

Barret: Dites! J'essayais juste d'alléger l'ambiance là! *boude* Parce qu'avec le corbeau qui surveille le zombie, assisté du fantôme de la Shinra en personne, il fait pas froid ici. Juste carrément glacial!

Tseng: QUI SAIT QUE TU TRAITES DE CORBAC?! *à deux doigts de se jeter sur quelqu'un, tous poings dehors*

Génésis: *toujours pas mort et toujours dans le coltar* Où ça un zombie...?

Rufus: *toujours en train de réfléchir et marmonnant* Si j'étais un fantôme, les choses seraient tellement plus simples... Je pourrais aller partout... Oui... Ce serait trop bien...


Me revoilà après une petite pause, où le syndrome de la page blanche (malgré des idées claires) mêlée à la sensation que mon histoire n'intéressait pas grand monde, ont plombé un peu mon enthousiasme pour l'écriture.

Mais l'arrivée inopinée de petits commentaires positifs et encourageants sur Wattpad m'ont redonné l'énergie nécessaire à poursuivre l'aventure. J'avais déjà commencé ce chapitre, et j'ai enfin pu le terminer!

Merci à tous ceux qui me lisent, en vous rappelant que vos commentaires sont une source incontournable d'énergie. Même un petit cœur peut faire l'affaire!

J'espère que ce chapitre vous plaira, même si je ne donne toujours pas de véritables réponses, j'avance tout de même!

Et à votre avis, quelle est cette âme mystérieuse qui s'est emparée de Tifa?

Quant au jeune homme découvert dans le bar, je ne l'ai pas nommé, mais vous l'avez peut être reconnu!

A très très vite, promis!