Le cœur battant à lui rompre les tympans, le souffle court, tous ses muscles tendus, Melany ne releva la tête que lorsqu'une main vint se poser sur son épaule.
- Melany ? Ça va ? demanda son père, son arme toujours au poing.
Incapable d'émettre le moindre son, elle hocha la tête. Son père retira sa main de son épaule et s'éloigna. Complètement désorienté, elle se releva, trébuchant à moitié. Son équilibre approximativement trouvé, elle se retourna. Son regard se posa aussitôt sur le corps étendu au sol, hoquetant, au milieu d'une marre de sang, conséquence du trou dans sa poitrine. La victime était son ravisseur. Elle reconnut alors l'étrange inconnu qui l'avait abordée la veille.
Son attention se porta sur ses mains qui avaient commencé à trembler. Les découvrant recouvertes de sang, elle commença à tâter chaque partie de son corps pour vérifier si elle avait finalement également été touchée avant de comprendre que ce sang ne provenait que de son nez.
Alors le monde lui parut soudainement irréel. Plusieurs personnes passèrent en courant à côté sans vraiment qu'elle sache de qui il s'agissait. Sa vision se troubla. Ses jambes se mirent à flageoler dangereusement.
Elle tituba de quelques pas en arrière, vacillant, le bras tendu dans l'espoir de trouver un appui qui n'existait malheureusement pas.
- Melany !
Elle se retourna pour faire face à Jane qui arrivait en courant. Mais il était trop loin pour rattraper l'adolescente qui déjà chancelait à cause de la chute d'adrénaline après ce pic soudain. Elle serait tombée…
Si son père, qui revenait vers elle après avoir dégagé d'un coup de pied l'arme qui gisait à côté de son ravisseur, ne l'avait pas saisie par les épaules et attirée contre lui, frottant son dos, tandis qu'elle enfouissait son visage contre son torse malgré la vive douleur qui lui saisit alors le nez, pleurant à chaudes larmes. Jane ferma les yeux et prit une grande inspiration, également en proie à la baisse de tension qui accompagnait généralement un tel soulagement.
Un peu plus loin, autour de Archie Hummel, c'était l'effervescence. Max, assisté de Barry, prodiguait les premiers soins au tueur. Catherine était déjà pendue au téléphone pour appeler une ambulance, Kono des renforts. Abbott, Lisbon et Cho s'occupaient de sécuriser la zone. Chin arriva quelques minutes plus tard, accompagné de l'équipe de secouristes du championnat qui par chance n'était pas encore repartie malgré la fin des épreuves. Seul Danny n'avait pas suivi le groupe pour rejoindre Grace et Keala au boxe de Vivaldi, là où il avait ordonné à sa fille et à l'adolescente de l'attendre.
- Viens, encouragea Steve lorsque les sanglots cessèrent.
Puis il entraîna sa fille loin de toute cette agitation.
- Comment va-t-elle ? demanda Catherine lorsque Steve rejoignit Lisbon, Jane et elle dans le salon.
- Elle dort, ça y est.
Steve était resté avec Melany jusqu'à ce qu'elle s'endorme s'attardant quelques minutes de plus pour s'assurer que tout irait bien pendant la nuit.
- Merci Jane. Je ne suis pas sûr qu'elle aurait été capable de se détendre et de fermer l'œil sans votre séance d'hypnose.
Jane, qui était assis sur le canapé, penché en avant en appui sur ses genoux, le visage enfoui dans ses mains, releva la tête et se contenta d'un sourire timide, heureux d'avoir pu contribuer ne serait-ce qu'un petit peu au processus de rétablissement de l'adolescente, affligé que ce processus de rétablissement eût été nécessaire, avant de replonger dans ses mains.
- Ne vous blâmez pas.
Steve était bien hypocrite de dire ça. Il était le premier à se blâmer.
- Vous n'y êtes pour rien.
- Oh si, je suis responsable, se blâma tout de même Jane. Archie Hummel s'en est pris à Melany à cause de moi.
- Vous ne pensez pas que c'est plutôt parce qu'elle est la fille de Steve? supposa plutôt Catherine.
- Ce n'était que la cerise sur le gâteau. La vengeance était clairement pour moi. Je devrais pourtant savoir, mieux que quiconque, que c'est ce qui arrive quand on insulte un tueur en série !
- Mais tu ne l'as jamais insulté, lui.
Lisbon grimaça. Le dernier mot lui avait échappé.
- Publiquement, c'est vrai. Mais souviens-toi, en janvier, j'étais complètement chamboulé car Émilie Desforges était la version adolescente de Charlotte. Et quand nous étions chez ses parents pour leur annoncer la nouvelle, j'ai eu besoin de sortir. Et tu m'as rejoint sur le perron.
- Tu as alors dit tu étais content qu'elle ait déménagé à Hawaii et non pas au Texas, comme ça Melany Ortiz ne figurerait pas dans la liste des victimes de ce dégénéré, rapporta Lisbon au fur et à mesure que les propos de son mari lui revenaient en tête.
- Comment a-t-il été au courant de vos propos, s'interrogea Steve qui admettait qu'ils aient été la raison qui avait poussé Archie Hummel à s'en prendre à sa fille mais qui ne comprenait pas comment ils étaient devenus la raison.
- La caméra de la porte d'entrée des Desforges, révéla Jane. Archie Hummel a reçu une bourse du MIT. Je pense que le piratage n'est pas absent de la liste de ses compétences. Et il devait probablement s'en servir pour observer ses victimes et leurs familles. C'est d'ailleurs sûr! Comment aurait-il su pour Melany autrement ?! Je lui ai offert la troisième victime sur un plateau.
Jane enfouit à nouveau son visage dans ses mains, Lisbon caressant son dos de haut en bas pour essayer de le réconforter.
- Je maintiens ce que j'ai dit, ne vous blâmez pas, répéta Steve, presque implorant. Archie Hummel est hors d'état de nuire désormais. Melany ne figure effectivement pas sur sa liste de victimes. Elle est saine et sauve. Et c'est ce qui compte, non ?
Melany ne s'en sortait qu'avec des égratignures sur les mains, quelques ecchymoses et un hématome recouvrant son nez et ses pommettes, nez qui n'était finalement pas cassé. Le scanner n'avait révélé aucune commotion. Le médecin avait donc autorisé l'adolescente à sortir de l'hôpital dans la soirée. Une nuit sous surveillance n'aurait pas forcément été de trop mais il était évident que Melany n'avait qu'une envie : rentrer pour se reposer chez elle.
Pour Archie Hummel, le dénouement était tout autre, l'hôpital leur ayant annoncé quelques heures plus tôt que le tueur était décédé sur la table d'opération. Personne n'avait été attristé par la nouvelle. Et peut-être même que tout le monde avait éprouvé quelque soulagement. Le Purificateur ne tuerait plus aucun adolescent. Ils étaient également soulagés pour Archie Hummel. Mourir était peut-être la meilleure chose qui pouvait lui arriver. Lui qui tuait à cause d'un traumatisme lié au harcèlement aurait été détruit humainement par la prison où prisonniers et surveillants étaient généralement en phase sur le traitement accordé à un tueur d'enfants qui plus était en série.
- Et si nous allions dormir, suggéra Catherine. La journée a également été longue pour nous.
Aucun ne trouva à redire de la proposition.
- Le cinquante, Melany ! À la porte ! annonça le chef de paddock.
Car, malgré les événements de la veille, aussi bouleversants furent-ils, Melany n'avait pas renoncé à prendre le départ de l'hippique, dernière étape de la compétition, argumentant qu'elle avait travaillé dur pour en arriver là, soutenant qu'elle ne serait peut-être plus jamais en mesure de pouvoir remporter le championnat car personne ne pouvait dire ce qui se passerait avec les chevaux. Dès sa prise en charge par les secouristes, la veille, elle avait manifesté cette intention, refusant avec véhémence qu'on lui administre quelconque médicament qui entraînerait, en cas de contrôle, une disqualification ou une interdiction de concourir. À l'hôpital, elle avait tenu son discours. Et sa migraine carabinée et son impression désagréable et douloureuse d'être passée sous un camion au réveil ne l'avaient pas fait changer d'avis. L'adolescente avait seulement renoncé à son footing matinal, n'ayant pas vraiment eu le choix, ayant émergé tardivement et seulement parce que son père était venu la réveiller.
Melany se retrouvait donc, plus pour très longtemps, certes, dans cette carrière de détente. Elle avait vu ses concurrents la quitter un par un, l'y laissant seule depuis quelques minutes à peine, le stress la saisissant un peu plus encore à chaque nouveau départ. Vu de l'extérieur, par des non-connaisseurs du milieu, cela ne semblait pas trop changer de ces deux derniers jours. Mais cette fois-là, Melany et Vivaldi ne quittaient pas la détente car ils portaient le dernier numéro sur la liste de départ. Non, ils étaient les derniers à entrer en piste car ils occupaient la première place du classement provisoire et que c'était la règle en concours complet lors d'un championnat : l'hippique se déroulait dans l'ordre inverse du classement.
Melany sortit donc de la détente. La piste et le terrain d'entraînement étaient situés à plus d'une centaine de mètres l'un de l'autre. Couvrir cette distance sembla interminable pour Melany, qui sentait à chaque pas le stress prendre possession un peu plus de son corps. Être à cette place, à ce stade de la compétition, n'était absolument pas prévu. Espéré, secrètement. Mais absolument pas envisagé comme une possibilité pour Melany. Partir sur le cross avec une potentielle médaille d'or autour du cou avait déjà été terriblement stressant. Pourtant, elle et Vivaldi étaient des machines de guerre sur le cross. Désormais, elle devait défendre cette médaille sur l'hippique. Sa bête noire. Depuis toujours. Mais particulièrement ces derniers mois. Finalement, à cet instant, peut-être qu'elle aurait préféré être au fin fond du classement. Moins stressant. Moins de risque de désillusion.
- Mets du galop, de l'équilibre. Monte obstacle après obstacle. Et tout se passera bien, rassura le Coach qui marchait à côté de la cavalière et de sa monture, prodiguant à son élève ses conseils de dernière minute, souvent les plus précieux.
Melany ne répondit rien, incapable de prononcer le moindre mot, de faire le moindre geste.
Contournant les gradins, ils entendirent le tonnerre d'applaudissements qui en provenaient et la voix du speaker retentissant gaiement dans les haut-parleurs.
- Et c'est un parcours sans-faute dans le temps qui assure, au pire, une médaille d'argent à Stéphanie Lanvain et Kerestor.
Forcément, l'annonce eut pour effet d'augmenter le stress de Melany.
- Vivaldi sait ce qu'il a à faire. Alors fais-lui confiance, ajouta McFalls lorsque le trio atteignit la porte. Et surtout, amusez-vous.
Le Coach laissa ensuite son élève poursuivre sa route, gratifiant au passage Vivaldi de deux petites caresses vigoureuses sur la croupe en guise d'encouragements.
En entrant sur la piste, Melany et Vivaldi croisèrent Stéphanie et Kerestor qui sortaient après une dernière salutation victorieuse à la foule. Les deux jeunes cavalières se saluèrent respectueusement d'un hochement de tête, celle qui allait entamer son parcours en guise de félicitations, celle qui venait de le conclure en guise d'encouragements.
- Ça donne quoi? se renseigna McFalls en rejoignant les autres regroupés à côté de la barrière.
Par les autres il entendait bien sûr Steve et Catherine, Jane et Lisbon, Danny et Grace, Keala, Chin et Kono, Duke, Max, Barry, Kamekona, Abbott et Cho, déjà tous présents la veille ; mais aussi toute l'équipe du HHC. Employés et divers cavaliers de l'écurie, avaient fait le déplacement, voulant absolument faire partie de ce jour en soutenant Melany et Vivaldi.
- Quelques cavaliers à quatre points. Beaucoup de sans-fautes. En revanche, Luciana et Laressa se sont effondrées. Cinq barres.
La peine se lit dans le regard du Coach.
- C'est donc Etienne Chambers et Kyoko, sans-faute, qui remontent troisième.
Le Coach hocha la tête, heureux pour le garçon qui méritait amplement ce résultat.
- Elle a combien d'avance ? demanda alors Georgie.
- Une barre, elle garde l'or.
Tous les esprits accueillirent cette annonce comme une bonne nouvelle.
- Deux, elle est éjectée du podium.
Pour le coup, ce n'était pas une bonne nouvelle.
- Je crois que le Coach est aussi stressé que Melany, commenta Dimitri, riant avec bienveillance de l'attitude renfrognée de son patron, légèrement penché en avant, accoudé à la barrière, les mains jointes portées devant son visage, tapotant d'un pied.
Sur la piste, Melany et Vivaldi effectuaient un tour de piste au galop pour redécouvrir le terrain. Ils le connaissaient déjà, ayant déroulé leur reprise de dressage dedans deux jours plus tôt et travaillé dedans trois jours plus tôt. Mais la piste n'était pas dans cette configuration et n'était certainement pas ambiancée de la sorte !
- Ils ont signé la plus belle reprise de dressage vendredi. Ils sont rentrés sans incident et à l'heure, l'une des deux seules paires ayant réussi cet exploit, hier sur le cross. Ils se présentent devant vous avec l'espoir et l'ambition de repartir ce soir avec la médaille d'or. Mesdames, Messieurs, voici Melany Ortiz-McGarrett et Vivaldi !
Tandis que le speaker présentait le duo, Melany dégageait une pleine concentration, l'hématome qui lui barrait le visage agrémentant parfaitement cette expression fermée et dure qu'elle arborait. Elle vint arrêter Vivaldi à quelques mètres du triple et caressa discrètement son encolure. À leur début, Vivaldi pouvait vite être impressionné en arrivant sur une combinaison, la découvrant. Il changeait alors soudainement son rythme, faussant l'abord, commettant alors des fautes soit en faisant tomber une barre, en traversant carrément l'obstacle ou en refusant un des éléments. Alors pour éviter les mauvaises surprises, Melany avait commencé à montrer à l'étalon toutes les combinaisons du parcours avant de s'élancer. Vivaldi avait pris du métier et donc de la confiance en soi. Le problème de franchise avait été résolu. Mais Melany avait gardé cette habitude. Chaque cavalier avait ses habitudes, parfois superstitieuses, en entrant sur la piste pour se mettre en condition, pour Melany, c'était celles-là.
La cloche avait déjà retenti, déclenchant le compte à rebours réglementaire de quarante-cinq secondes, temps accordé à tout cavalier pour franchir la ligne de départ une fois autorisé à s'élancer. Pourtant, Melany n'avait pas immédiatement pris immédiatement le départ. Après le triple, elle prit encore le temps de réitérer sa manœuvre devant le double. Elle s'en éloigna de quelques foulées en marchant et demanda à son cheval de s'arrêter et de faire quelques pas en arrière, inspirant puis soufflant profondément à la fin du réculé. Enfin, ils s'élancèrent au galop. Melany vérifia aussitôt l'accélérateur en demandant à Vivaldi d'agrandir son amplitude sur quelques foulées, puis elle vérifia le frein en demandant cette fois à l'étalon de raccourcir sa foulée. Satisfaite, elle s'engagea dans la courbe pour aborder le premier obstacle du parcours. La ligne de départ fut franchie seulement quatre secondes avant la fin du compte à rebours. Ce n'était pas là un effet scénaristique d'un film ou d'une série d'action où le héros avait à désamorcer une bombe et y parvenait en catastrophe au dernier moment. Au contraire. C'était là une parfaite maîtrise du temps.
Quelques foulées plus tard, Melany et Vivaldi franchissaient le premier obstacle, filant sans attendre vers le deuxième. Vivaldi sautait bien, avec aisance, force et souplesse, pas le moins du monde éprouvé par les cinq minutes et presque trois kilomètres parsemés d'obstacles imposants de course de la veille. Déjà, ils abordaient la ligne quatre-cinq dans la diagonale, la barre de spa suivie par le fameux triple. Six foulées à resserrer, d'autant plus que Vivaldi avait une grande amplitude.
- Mais qu'est-ce qu'elle fait ! s'épouvanta le Coach, le souffle court, les yeux exorbités
En l'occurrence, rien.
Portée par ce début de parcours facile, trop facile, en excès de confiance, Melany n'avait toujours pas freiné le galop deux foulées après avoir survolé les trois plans de la barre de spa.
- Oh. Oh ! OH ! marmonna le Coach, avec plus d'intensité à chaque répétition, se redressant lui-même dans son propre buste à chaque fois, comme était supposée le faire son élève.
Mais à deux foulées du triple, Melany n'avait toujours pas agi. Et il ne restait la place plus que pour une foulée et demie. Elle le comprit. Elle poussa alors en une foulée. Vivaldi fut plus malin. Ayant senti la décision hasardeuse arriver et sachant qu'ils approchaient du triple, l'étalon avait déjà commencé à se déporter sur la droite. Il donna alors un plus grand coup d'épaule à droite afin de s'accorder plus de place pour retaper une sixième toute petite foulée. Malgré tout très proche de l'entrée, il s'articula avec l'agilité d'un félin et la force d'un fauve pour s'élever au-dessus de la barre, fournissant un très gros effort pour couvrir l'obstacle qui n'était, heureusement, qu'un vertical, sa cavalière à moitié couchée sur ses oreilles. Ce saut peu académique mais trop acrobatique eut pour effet de faire réagir Melany qui dès la réception éperonna son cheval pour aller chercher les deux longues foulées jusqu'au deuxième élément de la combinaison. Rajouter une troisième foulée aurait été impossible sans qu'au bout Vivaldi ne prenne la barre du vertical en plein genoux ou en plein poitrail. Le saut ne fut encore pas très beau, très à plat. Un poc retentit. Mais aucun pom.
- ALLEZ ! s'époumona Melany, éperonnant une nouvelle fois, donnant le petit coup de fesse dans la selle pour pousser son cheval vers l'avant, pompant avec les bras, tirant un peu plus fort que d'habitude sur le mort afin d'armer sa monture, le tout servant à l'encourager pour aller chercher la sortie de la combinaison, un oxer, cette fois, à une foulée.
Vivaldi répondit présent. Il s'étira pour couvrir la plus grande distance possible en une foulée avant de se comprimer sur lui-même, rassemblant ses membres sous son corps pour engranger le plus de force possible avant de décoller, échappant un râle de respiration, levant haut les genoux, les fers de ses antérieurs claquant l'un contre l'autre, pliant fort les jarrets, donnant le coup de reins qu'il fallait au plané pour pouvoir couvrir la largeur de l'obstacle, usant de toute sa puissance, mettant tout son cœur dans ce geste.
- Pu… rée qu'il est bon ! s'exclama le Coach dans sa barbe, bondissant, en tapant du poing la barrière lorsque Melany et Vivaldi atterrirent de l'autre côté de l'oxer, les barres de chacun des trois éléments du triple toujours sur leurs taquets.
Éprouvé, il expira un grand coup, découvrant par la même occasion qu'il avait bloqué sa respiration depuis le début de l'action. Il s'avéra que tout le public avait fait de même et un bruissement parcourir les gradins.
- Désolée, s'empressa de dire Melany lorsque Vivaldi manifesta son mécontentement par une ruade.
Elle accompagna ses excuses d'une rapide caresse sur l'encolure dans lesquelles elle fit passer également ses remerciements.
Melany remit ensuite en ordre et demanda à Vivaldi de remettre un peu plus d'intensité dans son galop. Ils poursuivirent leur parcours. Melany ne commit aucune autre erreur, ce qui convenait grandement au Coach qui craignait que son cœur ne lâche avant la fin. À chaque saut, l'entraîneur était pris d'un soubresaut. Après l'obstacle neuf, la cavalière dut chatouiller de ses éperons les flancs de son cheval pour qui, finalement, le cross de la veille, sans compter le début de parcours du jour et surtout le difficile passage du triple, commençait à se faire ressentir dans les pattes. Vivaldi retrouva un peu d'énergie, énergie qu'il avait toujours en possession, mais qu'il avait juste décrété ne pas vouloir utiliser. Le dixième obstacle fut franchi. Il ne restait alors plus que la dernière ligne. Le double suivi d'un oxer à sept foulées en avançant.
- Ce n'est pas fini, grommela le Coach quand tout le monde commença à s'agiter quand Melany et Vivaldi sortirent du double, toujours sans incident.
Il restait encore un obstacle. A priori, c'était plié. Mais célébrer trop tôt était trop risqué. C'était mal connaître la dure loi du concours. Certes, il ne restait qu'un obstacle. Mais il pouvait se passer énormément de choses en un obstacle. Surtout avec Melany et Vivaldi. L'étalon pourrait trébucher, manquer son appel, manquer sa réception envoyant sa cavalière au tapis. L'adolescente, si près du but, pourrait d'un seul coup perdre ses moyens et commettre une faute qui se solderait par un refus qui lui même occasionnerait au moins un autre refus, une barre ou du temps dépassé. Pire encore, le duo pourrait juste renverser une barre. Ce qui passerait encore pour le titre. Mais ils pourraient se faire piéger par le temps. Et une seconde de retard suffirait alors à les écarter le titre.
Le Coach se surprit à jeter un coup d'œil à l'écran géant sur lequel le chronomètre défilait. C'était bon. Le temps était large. Melany et Vivaldi avaient le temps de rentrer à l'heure.
- Parfait, murmura McFalls quand Melany se redressa dans son haut du corps ce qui eut pour effet de rééquilibrer son cheval. Reste patiente maintenant. Jusqu'au bout. Même si ça vient grand. Patience. Patience.
C'était déjà horrible. Ça l'avait été durant tout le parcours. Mais à mesure que son élève approchait de l'ultime obstacle, ça devenait intenable. Le Coach, dans l'incapacité d'agir sur la tournure des événements imminents, aurait aimé détourner le regard, pour ne pas être témoin de ce désastre qui pourrait se produire. Mais d'un autre côté, il voulait être témoin de ce moment. Il se contenta donc de regarder la scène, impuissant.
Enfin, Vivaldi frappa la battue d'appel et décolla. Tout le monde retint alors son souffle. Le temps parut ralentir, s'allonger, s'éterniser alors qu'un silence s'abattait sur la piste et autour de la piste.
La seconde d'après, le duo atterrissait de l'autre côté de cet ultime obstacle numéro douze, sans encombre. Une clameur s'éleva alors dans tout le public. On applaudit, on cria, on siffla, on rit, on pleura tandis que Melany franchissait la ligne d'arrivée, le poing levé victorieusement d'une main, de l'autre caressant généreusement son cheval sur l'encolure sur lesquelles ballotaient les rênes qu'elle avait laissées glisser.
- Eh oui ! exulta le speaker. De bout en bout, Mesdames, Messieurs ! Même s'ils nous ont gratifié d'une belle frayeur sur cette entrée de triple, pour le suspens me direz-vous, Melany et Vivaldi auront tenu le championnat de bout en bout. Un tonnerre d'applaudissements pour nos nouveaux champions : Melany Ortiz-McGarrett et Vivaldi !
Les applaudissements redoublèrent d'intensité alors que Melany et Vivaldi effectuaient un tour d'honneur, la cavalière caressant de temps à autre son cheval, ou saluant le public ou encore désignant son cheval pour lui destiner tous ces applaudissements. Le sang qui s'échappait, à nouveau, de son nez, conséquence de sa rencontre hasardeuse, mais méritée, entre sa tête et l'encolure de Vivaldi à cette entrée de triple, importait peu sur le moment.
Lorsque le speaker arrêta de la relancer pour un énième tour d'honneur, lorsqu'elle lui fit surtout signe poliment de ne pas la relancer pour un énième tour d'honneur, Melany repassa au pas et sortit de la piste, toujours flattant généreusement son cheval, sur l'encolure, sur les flancs, sur la croupe, partout où son bras était assez long pour y accéder. Dès qu'elle eut franchi la barrière, Melany et le Coach, le premier à s'être avancé, souriant à pleine dent et pétillant du regard, se tapèrent dans la main. Puis la cavalière se pencha pour prendre son père, puis Jane dans les bras. Elle serra de nombreuses mains. Elle ne savait pas de qui mais quelqu'un lui tendit un mouchoir, qu'elle posa, délicatement sous son nez avant que son saignement ne fasse trop de dégâts sur ses affaires de concours. Vivaldi reçut des caresses de toute part. C'était l'effervescence. Tout le monde voulait féliciter le duo. La dernière à approcher fut Stéphanie, toujours à cheval sur Kerestor. Les deux adolescentes se serrèrent la main.
- Félicitations, Melany.
- Bravo à toi aussi. À vous aussi. Vous avez fait un très beau championnat et une magnifique saison. Désolée, d'ailleurs, de t'avoir chipé le titre.
- Tu rigoles! Tu ne m'as rien volé du tout! Si notre championnat a été très beau, le vôtre a été incroyable. Vous avez été juste époustouflants tout le week-end. Et ce n'est pas parce que tu as eu une fin de saison compliquée que tu ne méritais pas ce titre. Au contraire, je suis sûre que tu as travaillé pour. Alors, crois-moi, c'est amplement mérité. Et je suis honorée d'avoir été défaite par un tel couple.
- Merci, souffla Melany en rougissant.
- Et tu sais quoi ?
- Non, mais je vais bientôt le savoir, je pense.
- Quand vous avez commencé à classer sur toutes vos sorties cet été et à la rentrée, j'ai dit à mon coach qu'il faudrait se méfier de toi et de Vivaldi pour le championnat. Mon coach ne me croyait pas. Mais il semblerait que j'avais raison.
Melany échappa un petit rire, se rappelant qu'elle avait dit à sa mère qu'elle était persuadée que Stéphanie et Kerestor remporteraient le championnat. Elle avait eu tort en revanche.
Puis son sourire perdit en intensité et son regard se voila légèrement. C'était la dernière fois qu'elle avait parlé à sa mère.
