Soundtrack : Pluto Projector - Rex Orange County
All Rights Reserved © JK Rowling
Melancholia (n.)
dreamy sadness.
10 ANS PLUS TARD...
May 2nd, 2008
Londres se noyait sous des trombes d'eau.
La pluie tombait depuis des jours. Dès l'aube, d'épais nuages avaient plongé la capitale dans une quasi-obscurité. Pourtant, ses quelques millions d'habitants s'activaient déjà, faisant battre les grandes artères de la ville et les battants des portiques de sécurité à la sortie des métros. En plein coeur de la City, non loin de la station d'Aldgate, les vendeurs de journaux alignaient leurs paquets de cigarettes et entassaient les derniers exemplaires du Daily Mirror titrant « l'élection du nouveau maire de Londres : Boris « The Clown » Johnson, en tête dans les sondages ».
Un peu plus loin, le 30 St Mary Axe, l'un des plus fameux gratte-ciel londonien, ne désemplissait pas : courtiers, avocats, banquiers et juristes se succédaient dans les étages, le téléphone à l'oreille et l'oeil sur le cadran.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur le 25ème étage de la tour, où se trouvait le cabinet d'avocats Parkland & Lewis, spécialisé dans le conseil aux fonds d'investissements. Quelques hommes en costumes sombres sortirent rapidement de l'habitacle, suivit d'une jeune femme en trench beige et jupe crayon vert bouteille derrière laquelle les portes de l'ascenseur se refermèrent dans un bruit sourd.
Après avoir jeté un bref regard circulaire dans l'open space, cette dernière longea l'allée des cabines et tourna à gauche vers un long couloir débouchant sur un autre open-space. La jeune femme avait le teint pâle, quoique légèrement rehaussé par des tâches de rousseurs qui constellaient ses joues rosies par le froid et une longue chevelure brune bouclée qui semblait avoir nécessitée une attention particulière pour être domptée. Ses talons hauts lui donnaient une silhouette flatteuse et firent lever quelques têtes par-dessus les écrans d'ordinateurs. Elle tenait fermement un porte-gobelets dans une main et son cabas dans l'autre. Au fond de l'open-space vers où elle se dirigeait, se trouvait un large bureau entièrement vitré dans lequel deux hommes semblaient en pleine discussion. Un des deux hommes, dans la cinquantaine, le crâne légèrement dégarni, était assis dans un large fauteuil en cuir et lui faisait face. Il était à première vue absorbé par ce que lui disait son interlocuteur. L'interlocuteur en question, un homme visiblement plus jeune, les cheveux bruns, était quant à lui de dos, les bras croisés. La jeune femme semblait le détailler avec plus d'attention que le premier homme, mais fut forcée de mettre fin à sa contemplation lorsqu'elle arriva à son poste, situé juste à côté de la porte d'entrée du bureau vitré.
- Voilà enfin les minutions !
La jeune femme tourna vivement la tête vers le poste situé en face d'elle, occupé par un jeune homme en costume gris qui la regardait avec un mince sourire. La jeune femme fronça doucement les sourcils avant de porter ses mains à ses oreilles pour ôter ses écouteurs.
- Pardon, tu disais ?
L'homme s'esclaffa tout en se levant de sa chaise pour prendre un des gobelets qu'elle venait de ramener. Il retira l'opercule avant de le porter à ses lèvres. Il s'arrêta avant d'avoir pu boire une gorgée et posa un regard brillant sur la jeune femme.
- Qu'est ce que tu écoutais ce matin ? Laisse-moi deviner.. Britney Spears ? Comment s'appelle son dernier tube déjà… Womanizer* ?
Son regard se porta lentement sur le bureau vitré derrière elle et son sourire s'agrandit en un rictus malicieux. La jeune femme sembla déstabilisée par le sous-entendu, son teint rosissant légèrement.
- La prochaine fois, tu iras chercher ton café tout seul, Colin.
Ce dernier fit mine d'être offusqué par la répartie de sa collègue, ce qui la fit sourire tandis qu'elle retirait son trench et le déposait négligemment sur sa chaise. Elle prit à son tour un des cafés qu'elle avait ramené et le porta à ses lèvres tout en allumant son ordinateur. Elle soupira doucement après quelques gorgées, se délectant du breuvage fumant.
- Tu es rentrée à quelle heure hier soir ?
Elle leva les yeux vers Colin qui l'observait toujours avec ce même rictus espiègle. Elle sourit, visiblement amusée par la curiosité un brin déplacé de son collègue.
- Je ne suis pas rentrée, je sors tout juste d'un after au Turnmills où je suis tombée sur ta copine en charmante compagnie… Tu devrais t'inquiéter.
Le sourire de la jeune femme s'agrandit et Colin s'esclaffa de nouveau.
- Qui devrait s'inquiéter ?
Une jeune femme à la longue chevelure blonde venait de les rejoindre. Elle déposa ses affaires sur le bureau à côté de celui de Colin avant de prendre le dernier gobelet de café.
- Toi, si tu ne nous racontes pas ton rencard d'hier soir, répliqua Colin en s'étirant paresseusement sur sa chaise.
La nouvelle arrivée leva les yeux au ciel avant de prendre une longue gorgée de café tout en retirant lentement son écharpe.
- Je passe. C'était encore pire que le précédent, ce qui n'est pas peu dire.
Colin lui tendit un paquet de mouchoirs.
- Tu veux en parler, darling Mary ?
Dans un rire, elle prit le paquet de Kleenex pour lui jeter au visage. Colin rit à son tour et tourna son regard vers la jeune femme en face de lui qui hochait la tête de droite à gauche, une expression mi-amusée, mi-consternée sur le visage.
- Je vois que tu es dans une forme olympique aujourd'hui, Colin.
La porte du bureau vitré s'ouvrit brusquement. Les trois collègues tentèrent de reprendre un minimum de contenance en pivotant sur leurs chaises, feignant d'être subitement absorbés par leurs écrans d'ordinateurs - encore éteints pour certains d'entre eux.
- Vous m'avez l'air de bonne humeur ce matin.
Ils levèrent la tête dans un même mouvement. Un jeune homme au teint bruni par le soleil venait de sortir du bureau vitré, une chevelure brune coiffée négligemment et comme sans effort. Son costume noir était impeccablement coupé, croisé sur une chemise blanc cassée entrouverte au niveau du col. Il leur sourit, visiblement amusé par la situation et la détresse qui se lisait dans leurs yeux. Son regard se posa sur chacun d'entre eux, marquant une plus longue pose, quoique presque imperceptible, sur la jeune femme aux cheveux bouclés. Son attention s'orienta enfin sur l'autre homme, plus âgé, qui venait de sortir du bureau à sa suite.
- Tu es prêt, Richard ? s'enquit-il auprès de l'homme.
- Allons-y, Marc. J'espère que la voiture est déjà en bas. J'ai bien assez d'une surprise dans la même journée, grommela-t-il après avoir pris soin de fermer son bureau à clés. Il esquissa un bref sourire vers les trois collègues et emboîta le pas au jeune homme, son attaché-case battant furieusement contre les pans de son trench gris. Le premier homme le suivit à reculons, un sourire aux lèvres et le regard de nouveau fixé sur Colin et les deux jeunes femmes.
- Nous reviendrons à temps pour la soirée d'anniversaire. Tâchez de garder le même état d'esprit d'ici ce soir, répondit-il avec un clin d'oeil appuyé, avant de se détourner finalement et de disparaître au bout du couloir.
Les trois collègues se regardèrent enfin et poussèrent un soupir de soulagement.
- Où vont-ils à cette heure-ci ? demanda la jeune femme blonde en pivotant sur sa chaise, il est à peine 9h.
- Ils ont un meeting avec Tesco à 11h dans l'Herfordshire, répondit la brune dans un souffle, sans quitter son écran des yeux.
Ses collègues échangèrent un regard et furent soudainement pris d'un fou rire.
- Quoi ? demanda-t-elle avec incrédulité en levant les yeux vers ses collègues, les sourcils légèrement froncés.
- Rien.. répliqua la blonde avec un sourire, c'est juste que tu as vraiment réponse à tout.
- C'est vrai, acquiesça son collègue après une longue gorgée de café, tu es une parfaite Miss-Je-Sais-Tout, Hermione.
Évidemment, aucun de ses deux collègues ne purent comprendre à quoi cette simple remarque pouvait la renvoyer. Ni quels souvenirs ce surnom innocent avait pu exorciser. Après un bref instant, Hermione répondit avec un sourire et réorienta habilement le sujet sur le rencard de sa collègue. Rien de mieux que des potins pour divertir les plus curieux.
Elle profita de ce moment de répit pour reprendre contenance. Ses yeux se posèrent finalement sur la date du jour, en bas à droite de son écran d'ordinateur. Le 2 Mai. Cela faisait 10 ans aujourd'hui. Elle ferma brièvement les yeux, et pendant un bref instant, elle revit le cloître de l'école, sa baguette magique à ses pieds et Kingsley qui s'approchait d'elle. Elle revit les cercueils inondés de soleil et Teddy qui pleurait dans les bras de son parrain.
10 ans plus tard et les souvenirs de cette nuit-là étaient toujours intacts, comme marqués au fer rouge dans sa mémoire et dans sa chair. La magie laisse toujours une trace, songea-t-elle. A cette pensée, Hermione tira nerveusement sur sa manche droite.
Une étrange coïncidence avait voulu qu'en ce jour anniversaire, elle fut rappelée brusquement à son ancienne vie. Hermione esquissa un faible sourire ; elle avait depuis longtemps arrêté de croire aux coïncidences. Les épreuves qu'ils avaient traversé au fil des ans l'avaient convaincu que rien, absolument rien, n'arrivait par hasard. Après tous les efforts fournis pour tirer un trait sur l'autre monde, celui-ci s'était rappelé à elle sans crier gare.
Puis, elle pensa à Ron.
Elle s'était longtemps demandée à quel moment il avait compris qu'elle ne reviendrait pas. L'avait-il compris le soir même ? Ou le lendemain matin ? L'attendait-il encore, après toutes ces années ? Seraient-ils mariés aujourd'hui si elle avait tenu sa promesse et était revenue vers lui après l'Australie ? Aurait-elle eu des enfants ?
Tant de questions sans réponses qui, avec le temps, avaient semblé plus faciles à supporter.
Hermione avait changé de vie, repris les études et décroché un poste d'assistante dans un cabinet d'avocats au coeur de la City. Elle avait loué un minuscule appartement en banlieue londonienne et sortait quelques fois le week-end pour dénicher des pièces vintage en friperie ou boire un verre avec ses collègues.
Comme si sa vie avait toujours été ainsi. Simple et ordinaire. Sans surprises. Heureuse même, à certains moments. Solitaire, la plupart du temps. Et seule, Hermione l'était. Elle avait noué certaines amitiés au fil des ans, mais ils ignoraient évidemment tout de son passé. Comme si rien ne s'était passé. Comme si cette nuit-là au Terrier, elle avait non seulement fait ses adieux à Ron mais également à une partie d'elle-même.
Elle avait songé, à plusieurs reprises, dans ses moments les plus sombres, à s'auto-infliger le sortilège d'oubli. Hermione était pragmatique : comme elle ne pouvait revenir en arrière, ses souvenirs étaient devenus gênants. Ils étaient devenus une entrave à son bonheur. Des obstacles à son épanouissement personnel. Un rappel mesquin que sa vie actuelle n'avait aucun sens et qu'elle n'était pas destinée à vivre loin du monde magique. Que l'histoire n'était pas censée se terminer de cette manière.
Mais sa vie était ainsi. Et malgré tout, il lui arrivait d'être heureuse.
Des journées, des semaines entières pouvaient s'écouler sans qu'elle ne pense à son ancienne vie. Et si, dans des moments de faiblesse, le passé s'immisçait dans son esprit, le présent venait souvent lui prêter main-forte.
Le téléphone sonna et Hermione fut de nouveau sauvée.
Le soir venu, l'ensemble des employés fut convié à l'Heron Tower, à deux pas du 30 St Mary Axe, pour célébrer les 50 ans de Richard Parkland, avocat associé et fondateur de Parkland & Lewis. A cette occasion, le cabinet avait privatisé les 38 et 39ème étage de la tour.
Lorsqu'elle sortit de l'ascenseur, Hermione s'arrêta un instant pour contempler l'assistance. L'endroit était magnifique, décoré avec goût et sobriété. Outre les employés et les clients de la firme, elle reconnut de nombreuses personnalités médiatiques, quelques politiciens et un membre de la famille royale. Quelques serveurs avaient été engagés pour l'occasion et déambulaient parmi les invités.
Hermione fut accueillie par l'un d'entre eux avec une coupe de champagne, qu'elle saisit rapidement avant d'entamer un tour de la pièce. Elle avait revêtu pour l'occasion une robe mi-longue noire à fines bretelles et des escarpins à brides et talons aiguilles. Ses cheveux étaient relevés en un chignon lâche, d'où s'échappait quelques boucles retombant lourdement sur sa nuque.
Hermione se fondait à merveille dans le décor et avait depuis longtemps adopté les codes de la haute société londonienne. Elle déambulait lentement dans la pièce, saluant quelques collègues sur son passage. Son regard s'attarda un moment sur l'orchestre qui, perché sur la mezzanine, interprétaient des airs de bossa nova, avant de finalement se tourner vers Colin, qui venait d'arriver et qui se frayait un chemin vers elle. Il avait troqué pour l'occasion son costume gris pour un smoking noir à larges revers.
- Te voilà enfin, dit-elle en souriant lorsqu'il arriva à sa hauteur.
- Bonsoir à toi aussi, répondit-il avec un sourire, son regard faisant le tour de la pièce, c'est sympa chez toi ! L'orchestre était compris dans le prix de vente ?
Hermione s'esclaffa pour seule réponse, portant sa flûte à ses lèvres.
- Sans déconner, poursuivit Colin, Richard a dû débourser une petite fortune pour organiser cette soirée.
- Tu sais que c'est extrêmement mal élevé de parler d'argent en société ? souligna Hermione d'un air moqueur.
- Je viens d'arriver depuis 5 minutes et tu ramènes déjà ta science ? Ce doit être un nouveau record ! s'exclama-t-il, faussement atterré.
- Il doit sans doute y avoir un représentant du Guinness Book dans l'assistance, je devrais aller le lui faire remarquer.
Ce fut au tour de Colin de s'esclaffer. Hermione sourit tout en regardant par-dessus son épaule, son regard allant d'un groupe à un autre avant de s'ancrer sur ce qu'elle semblait avoir cherché toute la soirée. Toute la journée plutôt. Marc était en conversation avec deux hommes à l'autre bout de la pièce. Il dut sentir un regard posé sur lui car au bout d'un moment, ses yeux se levèrent vers elle, capturant son attention toute entière. Un long frisson lui parcourut l'échine. Sur l'instant, elle ne sut dire si c'était l'effet de son imagination mais Hermione eut soudain l'impression que la musique et le temps s'étaient arrêtés. Que les invités avaient disparu, les laissant seuls à chaque extrémité de la pièce.
Marc esquissa un sourire en coin, levant légèrement son verre en sa direction tout en continuant sa discussion. Désemparée, Hermione se contenta de répondre par un sourire avant de se détourner vers Colin, la musique lui vrillant soudain les tympans.
- On va se resservir ? proposa-t-elle à son collègue
- Seulement si c'est toi qui invite, répondit-il avec un sourire moqueur
- Est-ce qu'il t'arrive d'être sérieux ? répondit-elle en lui prenant le bras, l'amenant vers le bar.
Hermione osa regarder de nouveau derrière elle pour s'apercevoir que Marc ne l'avait pas quitté des yeux.
Après plusieurs discours, quelques surprises et de très nombreuses bouteilles de champagne, l'ambiance de la soirée s'était nettement détendue. Les lumières semblaient plus tamisées et l'orchestre paraissait plus discret. Hermione et Colin s'étaient installés confortablement dans des canapés non loin du bar et discutaient à bâtons rompus. Au bout d'un moment, Colin se leva pour aller fumer une cigarette. Hermione déclina son invitation à le suivre et resta seule, son regard se perdant de nouveau dans la foule.
- Puis-je ? dit une voix, la tirant soudain de sa contemplation
C'était Marc. Il la regardait en souriant, un verre de scotch dans une main, tout en désignant la place libre à côté d'elle. Hermione se décala presque machinalement, lui rendant son sourire en baissant les yeux. Il se laissa tomber à côté d'elle en soupirant.
- Quelle soirée, dit-il simplement en desserrant sa cravate.
Hermione hocha la tête avec un petit rire. Après un court instant et ne sachant quoi répondre, elle préféra changer de sujet.
- J'espère que votre rendez-vous d'aujourd'hui s'est bien passé ?
Marc haussa les sourcils, visiblement surpris de la question. Hermione était mortifiée : parmi tous les sujets de discussion à aborder en soirée, elle avait choisi le travail. Marc dut sentir sa gêne car il eut un petit rire avant de répondre :
- Très certainement aussi ennuyeux que le rencard de Mary.
Elle sourit à l'allusion. Marc tendit son verre, l'invitant silencieusement à trinquer avec lui, ce qu'elle s'apprêta à faire, avant qu'il n'éloigne aussitôt son verre. Il se pencha doucement vers elle, ce qui lui fit instantanément lever les yeux vers lui.
- À quoi buvons-nous ? demanda-t-il sans la quitter des yeux
- Aux questions maladroites ? suggéra-t-elle en haussant les épaules
Il eut un petit rire et leurs verres s'entrechoquèrent. Ils burent chacun une gorgée et le silence se fit de nouveau. Toutefois, leurs yeux ne s'étaient pas quittés, chacun détaillant bientôt l'autre avec un mélange d'avidité, de désir et d'exaltation. Au milieu de la foule bruyante, ils venaient de se déclarer silencieusement l'un à l'autre.
C'est à ce moment-là que Colin revint de sa pause cigarette. Il s'installa face à eux et entama la discussion avec Marc, tout en se resservant un verre. Hermione profita de ce moment d'inattention pour s'éclipser, se dirigeant avec un léger empressement vers la salle de bain. Une fois la porte verrouillée, elle poussa un long soupir avant de se diriger vers l'évier. Elle se passa de l'eau sur le visage et regarda distraitement son reflet dans le miroir.
Elle était tombée amoureuse de Marc dès son premier jour chez Parkland & Lewis. Peut-être même dès la première heure. Elle ne s'était pas sentie aussi éprise depuis…
Depuis Ron.
Nouvelle rechute. Hermione inspira profondément. Pas ici, pas maintenant. Elle prit sa coupe et la porta à ses lèvres, vidant son contenu d'une seule traite, sans quitter son reflet des yeux.
Hermione resta encore quelques instants à s'examiner dans le miroir avant de finalement arranger sa coiffure, sa robe, d'attraper sa coupe et de sortir de la salle de bain aussi rapidement qu'elle y était rentrée.
Elle se dirigea directement vers le bar pour commander un verre. Alors qu'elle attendait d'être servi, Hermione observa distraitement les bouteilles alignées derrière le bar. Puis, elle sentit rapidement une présence à côté d'elle. Elle n'eut aucun mal à deviner qui l'avait rejoint et ne put retenir un sourire d'éclore sur ses lèvres. Hermione cilla vers l'individu. Marc la couvait du regard.
- Où étais-tu passé ? demanda-t-il dans un souffle, de façon suffisamment audible pour elle seule
Hermione déglutit lentement, tandis qu'il se penchait vers elle. Il était proche, trop proche. Elle entrouvrit la bouche, ses mains se crispant sur le comptoir du bar tandis qu'il se rapprochait toujours plus.
Soudain, plusieurs éclats retentirent. Hermione et Marc eurent tous les deux un mouvement de recul.
Pendant un instant, l'incompréhension fut totale et le silence se fit autour d'eux. Cette fois, la musique s'était réellement arrêtée. Hermione s'aperçut que tous les regards s'étaient tournés vers le bar. Elle en fit de même et ses yeux s'écarquillèrent lentement.
Les bouteilles qui étaient alignées derrière le bar venaient d'éclater les unes après les autres, répandant leurs contenus sur le sol.
Hermione fit un pas en arrière, les battements de son coeur lui vrillant les tympans. Elle se détourna du bar et se dirigea machinalement vers la terrasse, les yeux perdus dans le vague, priant silencieusement pour que Marc n'essaye pas de la rattraper.
Une fois dehors, elle tenta de reprendre son souffle et de recouvrer ses esprits.
Elle avait perdu le contrôle. Il avait suffit d'un instant, juste le temps d'un battement de cil, pour que la situation lui échappe complètement. Elle leva les mains vers son visage et s'aperçut que celles-ci étaient couvertes de sang. Cette vision la transporta instantanément dix ans en arrière, dans le cloître de l'école.
- Putain, regarde ça !
Hermione releva brusquement la tête, dissimulant ses mains derrière les plis de sa robe. Alors qu'elle s'apprêtait à se justifier, Hermione se rendit compte avec soulagement que l'attention n'était pas tournée vers elle. A l'autre bout de la terrasse, quelques invités formaient un arc de cercle devant la rambarde. Hermione s'approcha doucement du groupe, tentant de distinguer l'auteur de cette agitation soudaine.
Elle se figea brusquement.
Là, sur la rambarde, une magnifique chouette effraie les observait en silence.
Hermione comprit immédiatement. Elle s'éloigna du groupe à reculons et tenta de se frayer un chemin vers l'intérieur, tandis que les invités s'empressaient de rejoindre le groupe sur la terrasse pour admirer le rapace nocturne.
Alors qu'elle atteignait presque l'ascenseur, Hermione sentit une main lui retenir le bras. Elle se retourna et eut un léger mouvement de recul. Marc se tenait face à elle, l'air songeur.
- Tu t'en vas déjà ?
Hermione déglutit avec difficulté, se contentant d'hocher la tête.
- C'est dommage, je pensais t'inviter à danser, dit-il en glissant sa main dans la sienne.
En temps normal, Hermione n'aurait pu résister à une telle invitation. Elle se serait empressée d'accepter et plus rien d'autre n'aurait eu d'importance. La soirée se serait prolongée encore un peu pour finalement se conclure en apothéose.
En temps normal.
- Je suis désolée mais je dois partir. Merci pour cette soirée.
Elle se détourna, se libérant à contrecoeur de son étreinte et pénétra dans la cage d'ascenseur.
Hermione leva les yeux avant que les portes ne se referment, mais ceux-ci ne rencontrèrent rien d'autre que le vide.
Lorsqu'elle rentra finalement chez elle, Hermione se déshabilla presque immédiatement et resta de longues minutes sous la douche. Une fois séchée, elle se laissa tomber sur son lit et laissa libre court à ses pensées.
Hermione avait fait usage de la magie devant des moldus et avait par conséquent enfreint la loi. Elle ne l'avait pas voulu, mais il fallait se rendre à l'évidence : les bouteilles n'explosent pas sans raison. Elle était la raison.
Le ministère semblait en avoir été informé presque immédiatement, ce qui pouvait expliquer la présence d'une chouette effraie en plein coeur de la City. Elle ne devrait donc pas tarder à recevoir une lettre du Ministère.
La lettre qui romprait définitivement son lien avec le monde magique.
N'était-ce pas ce qu'elle souhaitait depuis qu'elle était partie ?
Ne serait-ce pas plus facile à vivre si elle n'avait plus le choix de faire machine arrière ?
Elle avait essayé de tourner la page, à plusieurs reprises. Dix ans plus tard et son passé demeurait toujours aussi inévitable. Cet incident lui permettrait enfin de mettre un terme à cette torture.
Sans retour en arrière possible.
Un claquement soudain la tira de ses pensées. Hermione leva les yeux vers la fenêtre. Un harfang des neiges était perché sur le rebord, son plumage blanc brillant dans la nuit étoilée. Son coeur se souleva.
Le moment était venu. Elle allait bientôt devoir rendre sa baguette à des employés du ministère qui la briserait devant ses yeux, anéantissant pour toujours la tentation de revenir en arrière.
Hermione ouvrit la fenêtre et le harfang s'envola jusqu'à l'armoire située à l'autre bout de la pièce. Il laissa tomber une lettre aux pieds d'Hermione. Elle se baissa pour la ramasser et reconnut presque immédiatement le tampon du ministère de la Magie.
C'était la fin. Plus jamais elle ne reverrait Poudlard, ni le Chemin de Traverse… Les souvenirs refirent surface tout à coup, plus réalistes et plus colorés qu'ils ne l'avaient jamais été auparavant.
Le courrier lui était adressé par le département de la justice magique, ce qui confirma ses pires craintes.
Hermione décacheta l'enveloppe et se mit à lire.
« Chère Miss Granger,
Dans le cadre de l'affaire du Magenmagot contre Drago Malefoy, nous vous informons que votre présence sera requise lors d'un pré-entretien et d'une audience disciplinaire qui auront lieu au ministère de la Magie les 11 et 12 juin prochains,
Vous espérant en bonne santé, je vous prie d'agréer, chère Miss Granger, l'expression de nos sentiments distingués. »
Feel free to review.
- P.
*Séducteur, coureur de jupons
