-1Chapitre 8

Le temps passe, vite, trop vite.

Aujourd'hui nous avons franchi encore un pas dans notre vie commune. Tu m'as présenté Jibril qui est le fils de ta sœur défunte Iria. Son père est aussi mort pendant la guerre. C'est encore un enfant, il a sept ans, qui vit dans un luxueux internat privé que tu paies. Il me regarde avec méfiance. Il est timide même avec toi, mais on aperçoit de l'admiration dans ses yeux quand il te parle.

Il passe le vendredi avec nous. Il vient d'arriver dans ta limousine avec chauffeur, habillé d'un costume cravate que j'aurais eu du mal à payer avec mon salaire du cirque.

Ses manières sont parfaites, distinguées mais certainement pas naturelles pour un enfant si jeune.

Tu le serres dans tes bras puis tu me présentes, comme ton compagnon. Il reste manifestement dubitatif sur la notion de « compagnon » mais me salue poliment.

Nous passons dans la bibliothèque où tu lui fais servir du thé et des gâteaux. Cela ressemble plus à un entretien entre personnes du beau monde qu'à une réunion entre un oncle et son neveu.

Il mange avec nous. Le seul moment où il se laisse un peu aller c'est quand nous nous baignons. Je surprend ses regards étonnés quand tu me touches avec tendresse. Il ne m'adresse pas la parole. D'ailleurs je vous laisse après la piscine.

Il part vers 18 heure.

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Nous sommes allongés sur notre lit, notre petit cocon de voiles blancs. Tu me caresses tendrement comme tu aimes le faire chaque soir comme pour t'assurer que je suis bien là. Moi aussi j'aime ce contact qui me fait sentir vivant.

- Mon chéri, je voudrais te demander quelque chose de très important, pour moi, mais je veux ton accord car cela nous engagera tous les deux.

- De quoi s'agit-il Quatre?

- de mon neveu jibril, je voudrais qu'il vienne vivre avec nous, je ne veux pas qu'il reste dans cet internat quand il peut vivre au sein de sa famille. En plus j'aimerais qu'il prenne ma suite.

- Si tu le veux, je ne m'y opposerais pas.

- Mais Trowa cela veut dire qu'il sera notre enfant, nous ne serons plus seuls…

- Si tel est ton souhait, je t'aiderais, même si je n'y connais pas grand-chose. De plus je ne pense pas qu'il me considère comme un membre de sa famille.

- Il faudra bien, tu es mon mari et il faudra qu'il te considère comme son deuxième père !

- Quatre…

Qu'as-tu mon chéri?

Je ne peux que le serrer contre moi et le caresser de mes lèvres.

- tu viens de faire de moi le mari et le père le plus heureux du monde…

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Dire que cela s'est fait dans la facilité serait beaucoup dire…

Je ne pense pas que Jibril ai quitté l'internat avec beaucoup de regrets, il semble s'être fait rapidement des amis dans sa nouvelle école. Mais les sœurs de Quatre furent réticentes à cette nouvelle situation. Elles pensaient que deux hommes, avec nos passés, n'étaient pas ce que l'on pouvait qualifier de cadre familial idéal. Elles pensaient que nous n'y connaissions pas grand-chose en matière d'éducation d'enfant, elles n'avaient pas tort.

Les débuts furent un peu chaotiques d'ailleurs.

Jibril avait reçu une bonne éducation mais assez traditionnelle. Alors lorsqu'il voit son oncle m'embrasser, ce que Quatre n'hésite pas à faire en public, il est choqué. Quatre est appelé oncle. Moi je ne suis pas appelé. Je suis un être indéfini pour lui, hors des cadres. Il se conduit poliment envers moi mais je vois clairement qu'il est mal à l'aise. Je préfère ne pas repenser au moment où il a compris que son oncle et « moi » dormions dans le même lit et qu'il ne fallait pas entrer sans prévenir dans notre chambre.

Je pense que les remarques qu'il reçoit à l'école ne sont pas non plus étrangères à son malaise.

J'essaie de ne pas le brusquer. Après tout, qui plus que moi peut comprendre ce qu'est de perdre ses parents jeune et d'être projeté dans un monde dont on ne connaît pas les règles. Je m'attache à lui presque par mégarde. Il faut dire qu'il est doux et calme. Bon élève à l'école il fait tout pour satisfaire Quatre. Il ne lui ressemble pas physiquement. Il est encore petit, brun et mat de peau. Ses yeux noirs sont très beaux et expressifs. Il dégage lui aussi cette aura que j'aime tant chez Quatre, cette aura douce et chaleureuse qui fait qu'on se sent bien en leur présence.

Jibril est depuis six mois chez nous et nous commençons à prendre nos marques. La venue de Duo et Heero le WE précédent a été assez mouvementée. Je crois que Jibril a eu même un peu peur de Duo qui n'a pas manqué de le serrer dans ses bras et de le caliner. Il s'est discrètement éclipsé dès qu'il a pu! Duo s'est fait copieusement traité de Baka natté par son petit ami, mais il est clair qu'il désire un enfant. Ils ne vont par tarder à adopter un enfant. Je crois qu'ils seront de bons parents, ils ont tant d'amour à donner. Certes ils ne sont pas des parents classiques mais je crois qu'ils s'équilibrent l'un l'autre.

Nous avons reçu aussi Wufei et Zech. Un drôle de couple ces deux là aussi. Wufei est très différent d'avant. C'est un homme plutôt timide qui n'a plus cette agressivité maladive. Il a repris ses études en médecine, brillamment. Zech est plus volubile et il couve sa petite poupée de porcelaine! Oui le wufei de maintenant me fait penser à une poupée délicate. Il est resté très fin, il a un peu grandit. Mais à côté Zech fait l'effet d'être une montagne. Il est toujours aussi beau et aristocratique mais curieusement son fond est naturel et peu conventionnel. Il est conseillé de sa sœur mais il dit à demi mots que leurs relations n'ont rien de chaleureuses. Réléna accepte mal sa relation avec Wufei si peut conforme à ce que l'on attend d'un prince héritier et sans doute d'un grand frère. Elle n'a jamais accepté complètement la relation de Heero et Duo. Elle enchaîne les liaisons sans lendemain. Il pense qu'elle se mariera avec un politicien. Elle assure correctement ses fonctions.

J'espère que nous serons amenés à nous voir plus souvent.

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Aujourd'hui l'école nous a appelé, Jibril s'est battu avec deux autres gamins. Quatre est en visio-conférence, je ne veux pas le déranger et c'est moi qui vais à l'école. Je ne m'arrête pas à la petite humiliation du directeur qui me demande à quel titre je viens chercher le petit. Je réponds du tac au tac que je suis le responsable de la sécurité de Quatre. Il en a eu pour son argent. En homme habile, il comprend que continuer sur cette voie est dangereux. Il me conduit vers l'infirmerie. Jibril est assis et attend. L'infirmière m'indique qu'il n'a que quelques bleus et des égratignures. Il me regarde et se lève pour venir à mes côtés. J'ai envie de lui prendre la main. Il semble si petit et si seul à cet instant. Pourquoi hésiter?

Je lui prend la main et l'entraîne vers la sortie. Il semble un peu surpris mais me serre la main en retour, accord tacite.

Jusqu'à la maison, nous n'avons pas parlé.

Une fois arrivé je lui ai demandé de m'attendre dans le salon. Je suis passé dans la cuisine pour faire un peu de chocolat chaud et prendre de quoi goûter. Il mange de bon appétit mais je dois lui poser les questions.

- jibril pourquoi t'es tu battu à l'école, tu sais que c'est mal.

- le fait que mon oncle vive avec un autre homme est mal

- ton oncle ne vit pas avec un autre homme

Il me regarde interloqué

- ton oncle vit avec moi.

- tu es un homme

- je suis un homme mais aussi la personne qu'il aime et qui l'aime. C'est pour cela que tu t'es battu?

- …

- c'est pour cela, il faut que tu me répondes

- ils ont dit que tonton était une femme, qui pleurait tout le tant, une « folle » et c'est pour ça qu'il vivait avec un homme, qu'il irait pour cela en enfer…et que moi aussi je serais plus tard comme lui…

Des larmes pointent au coin de ses yeux

- jibril tu sais que te battre ne te servira à rien…

- mais

- tu ne pourras jamais empêcher les gens de penser ce qu'ils veulent…

- mais je ne serais pas une femme!

- Jibril, Quatre n'est pas une femme, et tu seras plus tard un homme libre de vivre comme il l'entend.

- je vais être puni?

- je ne sais pas, c'est lui qui décidera

-merci…….trowa?

- de rien mon chéri, appelles moi comme tu veux, tu n'es pas obligé de m'appeler oncle.

Quatre et lui ont eu une longue conversation cette nuit là. Les choses se sont améliorées petit à petit.

Nous avons formés au fil des années une famille, et même si pour lui je suis « Trowa » nous avons une grande complicité et de vrais sentiments.

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Demain Jibril se marie. Les années ont passé comme un instant. Quatre dort à mes côtés, il est très ému par tout cela. Il a déjà 21 ans et nous 35 ans. Nous nous aimons comme au premier jour. J'espère que Jibril connaîtra ce bonheur avec sa compagne.

Nos amis viendront, Heero, Duo et leurs enfants, deux filles et un petit garçons de trois ans, un petit démon au dire d'Heero… Wufei et Zech seront aussi présents. Wei brillamment soutenu sa thèse de spécialité en neurosciences. Il va poursuivre sa recherche tout en assurant sa carrière de chirurgien. Il semble si heureux de sauver des vies. Il rayonne sous le regard protecteur de son ange gardien.

Catherine sera là aussi avec son mari et ses enfants. Son fils triton est de l'avis de tous ma copie conforme…Je suis heureux qu'elle m'ai pardonné.

Il faut que je dorme un peu, pour être en forme demain.

J'embrasse une dernière fois mon grand fauve qui d'ailleurs ronronne dans son sommeil et m'enlace par réflexe.