Disclaimer : Les personnages de Teen Wolf sont la propriété de Jeff Davis.

Playlist YT non-répertoriée de "Fragrances" : /playlist?list=PL9grB8B3JOKgES3DbERFOdXBugaqfFu-n


— Pourquoi les Hale sont tous toujours aussi énigmatiques ? l'interrogea Scott.

Derek eut un rictus chaleureux, mais fatigué, en le voyant baisser sa garde.

— Ça rajoute un petit charme.

Le propriétaire de la moto retira son casque et, dans un soupir résigné, il s'assit au pied de l'immeuble. Il avait beau être le chef de meute, il n'avait pas le recul nécessaire pour se figurer l'étendue des démons qui accablaient le cœur de chacun de ses membres. Le Nogitsune n'avait fait que rendre la distance plus réelle entre eux et leur complicité se mesurait à un écran de fumée dorénavant.

— Je crois que Stiles me déteste. Je crois qu'ils me détestent tous.

Derek se figea à un mètre de lui, bras croisés et sourcils froncés. Il n'aimait pas la tournure que prenait leur conversation. Lorsque la maison avait brûlé, c'était comme si la boîte de Pandore s'était fracassé en deux devant lui. Il avait été témoin d'une boucherie animale. Laura lui avait répété que ce n'était pas arrivé par sa faute, mais il avait fait la sourde oreille, les images macabres repassant en boucle dans son esprit. Il s'était senti dérivé. Il avait tué Pelajia et toute la souffrance qu'il avait causée à la famille Argent lui était revenue en plein visage à l'instant où Kate s'était vengée de la mort de son neveu — bien sûr qu'il était coupable.

Le besoin d'évasion de Derek s'était ensuite pris au jeu comme un mécanisme de survie. Loin de Beacon Hills, il avait enchaîné les mauvaises fréquentations, accommodé par la vue du sang, et avait aspiré à toujours plus de violence. Sans surprise, les répercussions avaient été désastreuses et Laura et lui étaient finalement revenu dans leur ville natale pour recommencer à zéro et prendre soin de Peter... mais l'enfer était pavé de bonnes intentions.

Ils avaient redoublé d'efforts sans jamais réussir à sortir de ce cercle vicieux et Laura était morte de la main de Peter. Derek avait ensuite vécu dans la peur, conscient que la mort les avait écorchés plus facilement qu'une griffe. Il redoutait le moment où sa nouvelle meute emprunterait cette route à son tour, si cela n'était pas déjà le cas.

— Personne ne te déteste, répliqua-t-il, légèrement à contrecœur.

— Mais personne ne me comprend.

Sa mâchoire se contracta. Depuis combien de temps Scott avait-il commencé à dériver, lui aussi ?

— Peut-être pas à Beacon Hills, mais...

Il n'osa pas finir sa phrase. Il n'était pas certain que parler du secret de Cora à sa place était une bonne chose. Il avait cru pouvoir renouer avec elle quand elle était réapparue lors de leur affrontement contre le Nogitsune, mais il avait immédiatement vu dans son regard qu'elle était encore hantée par son amour perdu. Une fois les retrouvailles passées, elle lui avait avoué avoir survécu de justesse à l'incendie et avait utilisé cette opportunité pour parcourir le monde en quête de ce goût métallique si particulier qui l'avait envahi brièvement durant sa jeunesse. Sa présence à Beacon Hills n'avait par conséquent été qu'une escale temporaire.

Quand elle était repartie, il avait eu l'impression de sentir une seconde fois le sol s'écrouler sous ses pieds.

— Mais ? s'enquit Scott.

— Mais le monde est vaste.

Il se maudit de sa réponse. Cora souffrait chaque seconde de l'absence de Pelajia, de ce vide qui s'était créé en elle et qui ne s'était plus jamais comblé, ni ici, ni ailleurs. Si demain Peter mourait, Scott connaîtrait sans doute le même sort.

Pourtant, Derek continuait d'espérer que tout ceci ne fut qu'un cauchemar. Il allait se réveiller bientôt, ce n'était pas possible autrement. Affronter cette réalité était au-dessus de ses forces. Il avait aujourd'hui pour colocataire son oncle anciennement catatonique et le pâle écho de leur enfance arrachée. Le reste s'était envolé, parti en fumée. Par excès, par désir, par affection incontrôlée, ils avaient tout perdu. Le destin ne pouvait pas frapper ainsi deux fois à sa porte.

Il dut se faire violence pour revenir sur ses mots et ajouter :

— Je peux te donner son numéro.

Scott penchait la tête dans l'incompréhension la plus totale, au bord des larmes. Son supplice semblait n'avoir ni début, ni fin.

— De quoi tu parles ?

Le cœur de Derek se pinça face à l'expression torturée de son ami. Il ne fuirait pas cette fois. Si tout ceci n'était qu'un mauvais rêve, la plupart des loups-garous aux quatre coins du globe ne serait pas des Oméga effrayés et les derniers Hale ne seraient pas des orphelins torturés. Il ne se tiendrait pas là à se questionner sur la raison de leur existence.

Il se dirigea vers l'entrée et ouvrit la porte.

— Viens avec moi, éluda-t-il.

Scott hésita, avant d'accourir, son pouls pulsant contre ses tempes. Ils remontèrent au loft et Derek leur servit à chacun un grand verre d'eau, examinant les traits de l'adolescent qui tanguait sur un des tabourets de bar. Il pouvait entendre d'ici la voix de ses sœurs lui faire la morale, lui dire qu'il devait lâcher prise et se remettre au bon jugement des autres. Il était là pour soutenir la meute, pas pour n'en faire qu'à sa tête. Or, à présent, leur futur à tous passait par la capacité de leur Alpha à admettre qu'il s'était imprégné de Peter.

— Arrête de résister. Ton loup fait partie de toi, il faut que tu l'acceptes. Il ne t'a jamais menti, que tu le veuilles ou non. Il exacerbe tes sens, c'est tout, mais je ne t'apprends rien de nouveau, n'est-ce pas ? C'est parce que tu sais que tes sentiments sont authentiques que tu as peur, toi aussi.

Scott s'immobilisa, le verre toujours en main. Il avait longuement réfléchi sur quoi dire, quoi faire, quoi vouloir durant ces derniers mois. Il n'avait jamais été aussi incertain qu'à cet instant.

Il se releva, marchant jusqu'aux immenses fenêtres du séjour, et cacha ses mains dans ses poches de jeans. Le soleil perçait entre les toits des immeubles d'en face. Tout était trop calme, mélodramatique.

— Tu crois ? hasarda-t-il. Enfin, je veux dire... T'es sûr ?

Il se tourna vers le Hale, qui haussa les épaules, comme si ce n'était pas important ou compliqué à comprendre. Les deux, sans doute.

— Tu ne te fais pas confiance ?

Scott l'examina de haut en bas, incrédule.

— Si, rétorqua-t-il.

Ses battements de cœur le trahirent. Il avait honte. À l'étage, Peter se prélassait sur son lit comme le roi des cons au lieu de faire preuve d'une once de maturité et lui n'était pas foutu de prendre son courage à deux mains pour aller l'affronter. Ils étaient une paire d'imbéciles, en fait.

Sa main se glissa à l'emplacement de la morsure et son rythme cardiaque sursauta aux oreilles de toute la ville. Le liquide gouttait toujours.

Derek plissa les yeux, le nez retroussé par la puanteur croissante qui se dégageait de Scott. Il l'accusa avec sévérité :

— Non, tu essayes de te persuader que ce n'est pas en train d'arriver, que c'est déjà arrivé, et c'est pour ça que tu n'as aucun contrôle. L'imprégnation est un choix. Tu l'as voulu. Pour une raison qui m'échappe, il arrive la même chose à Peter...

La dernière phrase avait été soufflée dans un murmure, semblable à une relique enfouie que sa mémoire n'avait pu contenir. Il avait depuis longtemps renoncé à faire ressurgir la part d'humanité dans l'esprit de son oncle. En avait-il ne serait-ce qu'une pour commencer ? Apparemment, oui — et il l'avait démontré de la pire des manières.

Derek n'était pas expert en la matière, mais il avait suffisamment observé Cora pour conclure que cette obsession démesurée n'avait pas que des origines mystiques, elle prenait source dans des sentiments parfaitement normaux, purs... Peter était amoureux.

— Pourquoi lui ?

Une expression déconfite traversa son visage à la question de Scott. Pourquoi un véritable Alpha avait-il jeté son dévolu sur un meurtrier narcissique ? Il s'agissait d'une énigme qu'ils ne résoudraient probablement jamais.

Ennuyé de devoir montrer son ignorance, il passa une main dans ses cheveux. Ses jambes le menèrent également aux fenêtres, appréciant le fil d'air frais qui filtrait à travers les interstices. Dans moins d'une semaine, la pleine lune illuminerait les lieux. Scott et Peter en avaient déjà subi deux séparés l'un de l'autre et leur état était déplorable, pire que ne l'avait jamais été Cora, dont l'imprégnation n'avait pas duré qu'une quinzaine de jours tout au plus. Comment allaient-ils s'en sortir ?

Derek n'avait pas les connaissances requises pour mesurer les conséquences d'un troisième cycle sur les deux loups-garous. Son seul indice était leurs odeurs corporelles, qui s'annonçaient invivables. Il en avait mal à la tête rien que de les respirer.

— Je ne suis pas dans ta tête, Scott, grommela-t-il.

L'interpellé renchérit tout de même, nerveux :

— Pourquoi il m'obsède ? Je veux dire... Il empeste, c'est insupportable et pourtant, ça me fait perdre la raison.

Derek tiqua à cette révélation et lui lança un regard en biais. Alors eux aussi en souffraient ? C'était presque une délivrance de l'apprendre. Cora ne s'était jamais plainte de l'odeur de Pelajia et il avait pensé que ce fait était aussi valable pour le nouveau couple. À son retour d'Amérique du Sud, il s'était rendu compte de l'imprégnation de Peter via la puanteur qui écumait le loft, d'abord diffuse, puis insupportable à l'approche de la nouvelle lune. Il n'avait pas percuté tout de suite sa provenance et avait presque regretté d'être revenu, supposant avoir affaire à un souci de canalisations.

Il toussa pour masquer son rire et repartit en direction de la cuisine. Il fouilla ses placards de fond en comble. Il avait besoin de boire quelque chose de fort, si possible avec de la fleur d'aconit diluée dedans.

Scott le toisa à l'autre bout du loft, trop mortifié pour bouger.

— Hmm... Derek ? l'appela-t-il maladroitement. Tu m'as parlé d'un numéro ?