Ce texte a été écrit en deux heures pour la 159e Nuit du FoF autour du thème «nous».Le FoF est un forum ouvert à tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou participer à des jeux. Le lien est dans mes favoris !
Fin de saison
« Weee are the chaaampions, my frieeends,
And weee'll keep on fiiighting till the eeend,
Weee are the chaaampions,
Weee are the chaaampions,
Nooo time for looosers,
'Cause weee are the chaaampions of the wooorld… »*
C'était la fête dans la salle commune de Serpentard ; plus qu'une fête, même : une folie frénétique, presque une transe collective. La Bièraubeurre coulait à flots, le whisky Pur Feu flambait dans les verres, le sol était tapissé de bonbons et de chips tombés des énormes tonneaux procurés par les elfes de Poudlard – inutile de se glisser en catimini jusqu'à Pré-au-Lard quand la domesticité de l'école était si désireuse de rendre service. D'immenses bannières ornées de serpents d'argent animés recouvraient les murs et tout le monde portait les couleurs du vainqueur de la Coupe de Quidditch des Quatre Maisons : robes, écharpes, cocardes, chapeaux, plus ou moins déchirés et trempés de sueur après trois heures de tohu-bohu échevelé. Au centre de la pièce, sur un piédestal volé au troisième étage et débarrassé de sa statue, le trophée étincelait d'autant plus vivement qu'on l'avait rempli de Poudre Picotante des Sorciers Facétieux : enflammée d'un coup de baguette, la poudre projetait des étincelles dorées dont il valait mieux se tenir à distance si l'on ne voulait pas se voir pousser des piquants de porc-épic.
« J'ADORE CETTE CHANSON !» hurla Angus que des supporters avaient coiffé d'une énorme couronne en carton doré et enveloppé d'une cape émeraude avant de le jucher sur leurs épaules pour le propulser en l'air.
Secoué ainsi depuis près d'une heure, il avait déjà vomi deux fois dans le cornet de pop-corn vide que Hugo avait eu la présence d'esprit de lui lancer juste à temps.
« TANI DIT QUE C'EST UN AIR MOLDU ! s'époumona Giv pour se faire entendre du capitaine malgré le tintamarre ambiant. ELLE DIT QU'ELLE L'A ENREGISTRÉ SUR UNE CASSETTE MOLDUE !
– J'ADORE LES MOLDUS ! » rugit Angus en retour.
Lorsque la chanson parvint à son terme, les supporters se joignirent au capitaine pour réclamer qu'on la joue une nouvelle fois – ça ne ferait que la cinquième depuis le début de la soirée. Tommy, le préposé à la musique, rembobina la cassette sur son baladeur, vérifia que les amplis y étaient bien raccordés et appuya sur Play. Les premières mesures de la mélodie ravivèrent aussitôt le vacarme des Serpentard en liesse.
« Ça marche à la magie résiduelle, c'est ça ? demanda timidement Daisy.
– C'est ça, confirma Tommy. Il est authentique, tu sais, ajouta-t-il avec fierté en lui montrant le petit logo en forme de corbeau gravé sous les boutons du baladeur. Pur produit des années 2000. Vintage mais indémodable.**
– Wouah ! » souffla Daisy, admirative.
Même le Baron Sanglant participait à la fête, à sa façon du moins : il se tenait immobile près de la cheminée et contemplait le spectacle avec un visage lugubre. Cunningham avait bien tenté de l'entraîner dans la sarabande initiée par les filles de cinquième année à laquelle il participait en flottant derrière Linda, mais le regard du fantôme l'avait incité à se mêler de ses affaires. Seul Ventouse ne semblait pas craindre sa proximité : blotti sur un coussin que Maggie avait disposé au sol tout exprès pour lui, le petit poulpe bleu ronronnait d'aise, certain que personne ne risquait de lui marcher dessus tant que le Baron veillerait à sa sécurité.
« C'est qui, les champions ? se mit à crier Giv, grimpé sur une table, quand la musique s'éteignit.
– C'EST NOUS ! C'EST NOUS ! » scanda la foule en retour.
– C'est qui, les meilleurs ?
– C'EST NOUS ! C'EST NOUS !
– C'est qui, les abrutis ?
– C'EST EUX ! C'EST EUX ! »
Assis dans un coin, Clint, Tani et Riley observaient eux aussi le déchaînement d'allégresse de leurs condisciples plus qu'ils n'y participaient, Clint parce qu'il ne tenait plus debout, Tani parce qu'elle en avait un peu marre et Riley parce qu'une telle expansivité n'était pas son fort.
« C'est pô juste, croassa Clint d'une voix pâteuse. C'est nous qu'on devrait l'avoir, la couronne… »
La quantité d'alcool charriée par son organisme le faisait loucher et dodeliner de la tête. En l'honneur aussi bien de la victoire que de ses deux coéquipiers dont c'était la toute dernière saison à Poudlard, il avait levé le coude bien plus qu'il n'en avait l'habitude.
« Tout l'équipe devrait en avoir une, de couronne », le corrigea Tani.
La victoire contre Poufsouffle avait conforté les espoirs de Serpentard, mais personne n'oubliait que tout dépendait du résultat du dernier match de l'année, opposant Gryffondor à Serdaigle. Si les aigles mettaient suffisamment la pâtée aux lions, ils emporteraient la coupe. Alors Hugo et Angus avaient déployé des trésors de diplomatie pour inciter leurs condisciples à mettre entre parenthèses leur inimitié naturelle à l'encontre des Gryffondor et à leur apporter tout le soutien possible ; dans le même temps, Tommy et Giv pilotaient une guérilla clandestine contre les joueurs de Serdaigle tandis que Riley, sous couvert de préparer son activité de guérisseur indépendant, faisait circuler une brochure de sensibilisation aux techniques de massothérapie dans le cadre de la récupération des sportifs après l'effort – étrangement, aucun élève de Serdaigle n'en vit jamais passer un seul exemplaire.
« Fais pas ta démago, la Teigne, ânonna Clint qui avait de plus en plus de mal à articuler clairement. C'est nous qu'on a plus pris le payé fort… Non, qu'on a pris le plus fort pour payer… plus fort le prix…
– Payé le prix le plus fort ? proposa doucement Riley.
– Ouais ! Heu… Ben… je sais pus », conclut Clint qui avait aussi du mal à garder les yeux ouverts.
Il se tortilla un moment sur son fauteuil jusqu'à se coucher sur le flanc, les genoux remontés contre la poitrine et la tête sur l'accoudoir, tout prêt à s'endormir malgré le brouhaha.
« J'admets que, d'un côté, ça m'a fait mal au cul, reconnut Tani. Mais bon, ça en valait la peine. »
La totalité de la somme récoltée par Clint dans le cadre des paris portant sur les représailles qu'infligerait Tani au batteur de Gryffondor y était passée : c'est que ça coûtait cher, de se faire envoyer quelques millilitres de Felix Felicis par correspondance… Ils en avaient fait boire à Angus le matin du match Gryffondor-Serdaigle, et tout s'était passé comme sur des roulettes.
L'un des batteurs de Serdaigle s'était foulé le poignet en tombant dans l'escalier de marbre et, plutôt que d'aller voir Madame Pomfresh, s'était fait soigner par son équipier : en plein milieu du match, son poignet avait brusquement doublé de volume et il avait dû partir en urgence à l'infirmerie. Pendant le petit déjeuner, Kendra Holland, la capitaine, avait failli s'étouffer en mangeant son porridge, et avoir ainsi frôlé la mort lui avait fait perdre toute motivation. Placé face au soleil, le gardien bleu ne distinguait presque rien de ce qui se passait devant lui. Une dispute ayant éclaté dans les vestiaires de Serdaigle juste avant le match, les poursuiveurs refusaient de se parler et répugnaient à se faire des passes. Enfin, Monsieur Dubois – autrefois un Gryffondor lui-même – s'était montré curieusement indulgent envers les fautes de l'équipe au lion.
Même Hugo avait trouvé cette stratégie pleine d'élégance.
« Les joueurs de quidditch n'ont pas le droit de consommer du Felix Felicis juste avant ou pendant un match, ce serait du dopage. Mais ça ne concerne que les équipes en présence, avait-il souligné. Rien n'interdit par contre à un supporter d'en boire, ni un membre d'une équipe qui n'est pas en train de jouer. Ça n'était même pas de la triche. »
Les effets de la potion s'étant dissipés, Angus s'était cogné plusieurs fois la tête au plafond pendant que les supporters de Serpentard le portaient en triomphe. Il venait maintenant de tomber des épaules qui le soutenaient depuis une heure et vomissait sur le tapis.
« Ça n'aurait pas été plus simple de donner la potion directement à un joueur de Gryffondor ? demanda Riley en regardant Tommy voler au secours du capitaine.
– Si, mais moins marrant, répliqua Clint sans ouvrir les yeux.
– Donner de la chance aux Gryffondor ? Tu nous prends pour qui ? Des bienfaiteurs de l'humanité ? » se récria Tani.
Sans répondre, Riley sourit. Il se leva pour prêter main forte à Tommy et Hugo qui tenaient Angus par les épaules et songea, avec un pincement au cœur, qu'à eux sept, ils avaient vraiment fait une belle équipe.
* D'après Queen, We are the champions.
**Alors même que les ventes de baladeurs cassettes déclinaient fortement côté moldu en raison de l'essor du CD, quelqu'un a eu l'idée d'en lancer la mode dans le monde magique. Je me demande bien qui, tiens ;)
