Disclaimer : Les personnages de Teen Wolf sont la propriété de Jeff Davis.

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Derek vida la bouteille d'une traite. L'alcool réchauffa ses veines, sensation à laquelle il n'était pas habitué. Il ne pensait pas que cette concoction préparée par Deaton allait lui servir un jour, ni qu'elle fonctionnerait aussi bien.

— Je parle du numéro de ma sœur.

Il regretta presque d'avoir ouvert la bouche face à l'expression sotte que Scott lui renvoyait. Parfois, il oubliait que le degré de connaissance de son entourage, constitué principalement de rejetons prépubères aux rêves utopiques, était à des années-lumière de la science infuse. Ils n'avaient aucune expérience du terrain et aucun sens pratique. Au début, il s'était fait violence pour ne pas être agacé en permanence par leurs mines de merlan frit. Ils étaient à un degré de nullité si élevé qu'une licorne aurait pu leur passer sous le nez sans les faire ciller.

— Tu te souviens de ma sœur ? Cora ? crut-il bon d'ajouter.

Scott, qui s'était mis à se dandiner sur place et à renifler par intermittences à cause de ses poussées d'hormones, hocha lentement la tête. Il s'avança à hauteur du canapé, empestant sans raison apparente, et leva les yeux vers l'étage. Son loup trop longtemps négligé s'enflammait au fur et à mesure que l'odeur de Peter lui parvenait et son cœur lui donnait l'impression de jouer du tambour dans sa cage thoracique.

Pris au dépourvu, il tenta de s'asseoir sur un des sièges qui composaient le salon, avant de se relever subitement, pétrifié.

— Tu pues, cracha Derek.

Sa remarque était adressée à une présence au sommet des escaliers en colimaçon, qui semblait s'amuser de l'état déplorable de leur invité.

— Je ne suis pas le seul.

Le rictus mesquin de Peter, désormais appuyé contre un poteau, le poussa à sortir une seconde bouteille du placard. Il n'y avait pas à tergiverser, il ne survivrait pas à cette journée sobre. Il avait naïvement cru que ces deux blaireaux rechignaient à s'approcher l'un de l'autre dans le but d'inverser l'imprégnation, ce qui avait semblé être la solution parfaite à tous leurs problèmes, mais ils étaient seulement débiles, inconscients et incapables de s'arrêter.

Quand il était revenu du Mexique, il s'était attendu à reprendre ses anciennes marques. Au lieu de ça, il avait été accueilli par un loft nauséabond, une meute fragmentée aux quatre coins du globe et ses quelques membres restants sur le qui-vive. Il avait alors compté les heures avec pour seule compagnie Peter et en avait détesté chaque seconde — à l'exception de Malia, qui toquait à sa porte lorsqu'elle avait du mal à garder son point d'ancrage. Un point pour elle.

Hier, il avait eu une révélation : l'odeur saturait son espace vital. Cette idée l'avait aussitôt fait craquer et il était allé secouer les puces de son oncle d'un bon coup de poing. Après des jours de supplice qui soulevaient en son for intérieur des envies de meurtre, il avait enfin eu l'impression d'avancer, peu importait la direction. Tout ce qu'il voulait à présent, c'était la paix.

Sa mère aurait désapprouvé.

— Ferme-la, maugréa Scott à l'intention du nouvel arrivant.

Il ne se tourna pas vers lui, préférant garder le regard fixé sur la descente de Derek. Il avait trop peur de sa propre réaction.

Peter continua son petit jeu sans se démonter :

— J'ai cru comprendre que vous aviez commencé à faire la fête sans moi.

À moitié pompette, son neveu leva les yeux au ciel dans un grognement et les dernières gouttes d'alcool fondirent sur sa langue. Ses sens olfactifs n'étaient pas encore assez inhibés pour écouter ce genre de connerie... Cependant, il ne pouvait pas se permettre d'envoyer les deux squatteurs se faire foutre sans avoir réglé cette histoire d'imprégnation avant.

— J'disais donc : Cora. J'pense qu'elle peut répondre à tes questions. Mais c'est pas compliqué, hein. Vois ça comme si t'es un chiot. Tu peux pas t'empêcher de pisser sur la moquette, encore et encore, tant que t'es pas sûr d'avoir marqué ton territoire.

L'air gauche et contrarié, il s'essuya les lèvres d'un revers de main pour chasser les résidus de boisson. O.K., peut-être qu'il était amplement bourré maintenant. Ce n'était pas très fin, il fallait le reconnaître, mais plus vite ces deux sacs d'aphrodisiaques encaisseraient l'idée, plus vite il en serait débarrassé. L'odeur putride qui enveloppait l'atmosphère était en train de lui donner la nausée.

Peter, dans un premier temps amusé par sa métaphore, lui adressa un regard viscéral à l'insulte sous-entendue, tandis que Scott oscillait entre dégoût et incompréhension, très loin de réaliser la gravité de leur situation. Ce dernier semblait éperdu.

— Mais je suis l'Alpha, putain ! s'insurgea-t-il.

Sans lui daigner un regard, il brandit un doigt dénonciateur en direction de celui qui aurait dû être en théorie le plus critiquable d'entre eux, mais son argument tomba à l'eau devant l'expression stoïque de leur entremetteur.

— Oh, pauvre chou...

— N'en rajoute pas, Peter, grinça-t-il entre ses dents.

— Tu me tends la perche.

— Je ne te tends rien du tout !

Peter éclata d'un rire tonitruant. Scott lui faisait toujours dos, les poings serrés.

Spectateur de leur joute verbale, Derek roula des pupilles, rongeant son os en silence. Son champ de vision se baignait dans des eaux troubles qu'il ne souhaitait pas avoir en amies et, excusez l'expression, il n'avait aucune envie de participer à ce concours de bites surnaturelles. L'atmosphère était trop étouffante.

Scott perdit apparemment sa dernière once de patience, car il scruta par-dessus son épaule pour juger son opposant du regard. Ils s'observèrent durant un siècle au moins, ce qui provoqua une quinte de toux de la part de Derek, mal à l'aise. Il avait besoin de sortir, tout de suite. Pourquoi ce genre de choses frappait à sa porte plutôt qu'à celle du voisin ? Il existait une ville entière pour satisfaire leurs besoins d'audience !

Il s'assit sur un des tabourets de bar et se racla la gorge bruyamment pour attirer leur attention. Le couple se tourna vers lui d'un seul homme, alors qu'il soignait son monologue avec autant de prudence que son taux d'alcool à la fleur d'aconit le lui permettait :

— Être un Alpha n'est pas un passe-partout magique. T'es en phase de puberté sans vouloir te vexer et t'emmagasines la force d'la meute. Ton loup est bordélique, tes sentiments aussi. À côté, Peter est né et a grandi comme Bêta, puis Alpha, puis mort, puis Bêta, puis... Bref. Il a un minimum de self-control. Étonnamment. Pour ça, hein, pas pour le reste... Hm. Voilà.

Il avait peu à peu eu du mal à s'exprimer et le fil de ses pensées, rendues confuses par la façon dont Peter le fusillait sur place, s'évanouit promptement. Il fit un geste évasif en guise de compensation, parce qu'au final, il se fichait bien de l'opinion de son oncle qui était maître dans l'art de contempler son propre nombril. Ils n'avaient qu'à se débrouiller sans son assistance, il avait dépassé son quota !

— « Hm. Voilà » ? mima Scott. C'est ça ton explication, t'es sérieux, là ?

Il se pinça l'arête du nez, atterré, et pivota finalement vers le principal concerné pour obtenir une meilleure explication, mais celui-ci avait disparu comme un voleur. Inconscient de déjà renifler l'air pour le retrouver, son regard revint sur le tabouret où siégeait encore Derek il y a un instant.

Personne.

Il fit un tour sur lui-même, définitivement seul. La famille Hale avait déserté les lieux.

— Vous vous foutez de moi ?!

À ce hurlement de frustration, Peter lança un dernier coup d'œil à l'immeuble qu'il venait de quitter, avant de disparaître au coin de la rue. Il en aurait presque versé une larme s'il en avait eu la sensibilité, mais sa fraise adorée méritait de galérer encore un peu. Il l'avait prévenu ; certains comptes allaient se négocier très chers.