Disclaimer : Les personnages de Teen Wolf sont la propriété de Jeff Davis.

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Songeur, Derek regarda Peter s'éloigner. Il plaignait Scott. Il plaignait sa jeunesse, sa naïveté, son surplus d'espoir.

Il soupira, longea le bâtiment et descendit les escaliers en béton qui menaient au parking souterrain. Il ne mit pas longtemps à percevoir des pas légers rôder derrière lui.

— Tu aurais pu t'y prendre autrement, résonna la voix de Malia.

Il la salua sans grand entrain et déverrouilla à distance la Camaro pour s'y réfugier. Elle se faufila sur le siège passager, tout sourire.

— Que fais-tu là ?

— Tu as bu ? se surprit-elle à demander.

Il haussa les épaules. Les vapeurs d'alcool avaient au moins le mérite d'inhiber ses sens et les effluves oppressants de Scott et Peter.

— J'ai reçu un coup de fil de Stiles, il était un peu paniqué, reprit-elle sans prêter plus attention à son état d'ébriété. Il a fourré son nez dans les affaires de Scott de c'que j'ai compris.

Il fronça les sourcils, les mâchoires serrées.

— Il choisit toujours son moment lui, purée.

Elle s'esclaffa, avant de rouvrir la portière et de quitter le véhicule. Il ne sut pas dire si elle était venue juste pour l'informer de cet énième problème ou si elle lui cachait quelque chose d'autre.

— Tu le sous-estimes, Derek, balança-t-elle.

Elle claqua la portière, alors qu'il la transperçait du regard, et gambada jusqu'à la sortie de secours du parking. Il enclencha le moteur, mais la remarque de Malia avait déjà fait son bout de chemin et il se ravisa rapidement. Il se délesta de sa veste en cuir, puis sortit lui aussi de la voiture. Courir ne pourrait lui faire que du bien.

Il rentra à la nuit tombée, sobre et dégoulinant de sueur. Il avait eu le temps de faire le tri dans ses pensées et il devait le reconnaître, Malia avait raison. L'entrevue entre lui, Scott et Peter avait été un fiasco — c'était le moins qu'il pouvait en dire.

La buée avait entièrement saturé la salle de bain lorsqu'il en sortit enfin, repu. Cependant, il déchanta très vite en allant se poser dans le canapé. Il ne lui était pas corsé de deviner grâce à l'opacité âcre dans laquelle était noyée le loft que Scott n'avait pas quitté les lieux de la journée. Malia avait sûrement dû passer des heures à le raisonner, avant de le tirer par la peau du cou.

Il se releva avec peine et alla ouvrir les fenêtres aux deux étages, créant un courant d'air salvateur. Il chercha un instant son téléphone portable qui, il en était persuadé, avait été oublié quelque part dans l'appartement. Il le trouva sur le bar de la cuisine, à côté des bouteilles vides.

Aucun nouveau message.

Il espérait vraiment que Scott ne s'était pas mis à la poursuite de Peter une fois dehors, au risque de tomber dans un de ses pièges. Seul un fou aurait envie de se frotter à l'esprit détraqué de son oncle.

Plusieurs heures de silence radio passèrent ainsi dans une profonde incertitude. Passé minuit, il se crut hors de cause et se mit au lit.

— Derek ! rugit une voix ténébreuse dans la cage d'escalier de l'immeuble.

Il sursauta, pris de court, et cligna des yeux dans la pénombre. Il se débattit avec ses draps et accourut pour ouvrir la porte métallique du loft, où une silhouette se tenait déjà.

Scott était méconnaissable. Il s'était transformé de la tête aux pieds et eut tout juste le temps de franchir le seuil qu'il s'effondra à plat ventre sur le sol, incontrôlable. Derek eut un mouvement de recul, trop remué pour ne pas croire à un rêve éveillé.

— Scott ?

Des hurlements féroces déchirèrent ses tympans en réponse. Il voulut s'approcher, mais se ravisa à la lueur sauvage qui assombrissait les pupilles de l'Alpha. Un mal étrange semblait s'être emparé de lui.

— Euh, attends, ne bouge pas !

Il gravit l'escalier en colimaçon et fouilla au fond de son dressing, en quête des chaînes qu'il conservait en cas d'urgence. Il attrapa également son téléphone sur sa table de chevet, s'empêtrant dans la longueur des liens en fer forgé. Il manqua une marche en redescendant dans sa précipitation, tandis que les membres de Scott se tordaient désormais en des angles biscornus. Il s'arrêta net à cette vue. Ce n'était pas une perte de contrôle.

Il se débarrassa des chaînes et revint avec lenteur vers le plus jeune, l'air désemparé. Il n'osait pas le toucher, mais il avait l'impression que le temps lui manquait s'il n'agissait pas tout de suite. Il le renifla, en vain. Rien ne permettait d'identifier la source de son malheur.

— Scott ? Scott ! Tu m'entends ? Qu'est-ce qui se passe ? Scott !

L'interpellé hurla à s'en décrocher les poumons, au bord de l'agonie. Son corps était secoué de spasmes et ses crocs découverts miroitaient faiblement, réverbérant les rayons de la Lune. Derek s'immobilisa à un mètre de lui, les mains accrochés à ses cheveux. Il se sentait impuissant. Toute la ville allait finir par être alertée si cela continuait. Il allait retourner en prison pour meurtre et le Shérif se ferait un plaisir de le coffrer devant une centaine de passants. Sa vie était foutue.

— Merde ! s'emporta-t-il.

Il fit défiler son répertoire sur son téléphone. Il ne pouvait pas appeler les autres et les rendre complices. Son pouce appuya sur le numéro de Deaton. C'était son meilleur choix.

— Allô, Deaton ? C'est Derek ! J'ai-

— J'ai entendu, le coupa le vétérinaire. Le pays tout entier a entendu ! Où est Scott ?

Cette remarqua frappa le Hale de plein fouet. Il se tourna vers son ami agonisant, les yeux plissés. Il avait crié. Scott avait crié.

— Peter ! s'exclama-t-il comme une évidence. Où est Peter ?!

Deaton fit un bruit incompréhensible, entre le désespoir et l'incompréhension, avant de vociférer :

— Comment ça « Où est Peter » ?!

Soudain, Scott se calma, terrassé par un profond sommeil. Derek s'accroupit et l'ausculta de part en part, incrédule. Tout signe de souffrance s'était évanoui, laissant place à un étrange silence.

— Derek, tu es toujours là ? Qu'est-ce qui s'passe ?

Il reprit contenance et expliqua du mieux qu'il put la situation au druide, qui ne cessa de jurer à l'autre bout de la ligne. Il guetta ensuite l'arrivée des sirènes de police, mais seul son oncle réapparut quelques heures plus tard, piteux et la queue littéralement entre les jambes. Derek eut l'impression de sortir de transe lorsqu'ils se regardèrent enfin dans le blanc des yeux. Il l'accueillit sans un mot, tandis que Scott, exténué, dormait profondément sur le canapé. Il se demanda un instant lequel d'entre eux était le plus coupable dans tout ce foutoir.

— Tu as intérêt à avoir de bonnes explications à ton réveil, déclara-t-il.

Il congédia Peter dans sa chambre, mais ce dernier tenait à peine debout et fut incapable de monter seul l'escalier en colimaçon. Sa fatigue, bien trop semblable à celle de Scott, était si flagrante que Derek eut presque pitié de lui. Presque.

Il le laissa en plan en haut des marches et retourna en bas s'écrouler à côté de son invité surprise, dont le visage était tiré à quatre épingles même dans son sommeil. Il le borda avec sa dernière once d'énergie, lasse. Il pariait sur sa santé mentale que l'imprégnation allait les achever avant la prochaine pleine lune, d'une manière ou d'une autre.