Disclaimer : Les personnages de Teen Wolf sont la propriété de Jeff Davis.
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Derek détesta aussitôt l'excuse qui lui fut servie le lendemain. Chaque. Syllabe.
— Retourne dans ta chambre.
— Quoi ?!
L'exclamation effarouchée de son oncle lui soutira un rire jaune.
— Dans ta chambre ! gronda-t-il en pointant un doigt impérieux vers l'escalier. Sinon je réveille Scott.
Peter eut un mouvement de recul face à la menace, puis il battit en retraite sans masquer son étonnement. Les poumons de Derek se vidèrent d'un coup quand il se retrouva enfin seul, sa tasse de café encore fumante entre ses mains. Il but une petite gorgée précautionneuse, comme s'il avait peur qu'elle éclate elle aussi en mille morceaux.
La révélation de Peter l'avait mis en colère pendant un instant, mais maintenant qu'il avait tout le loisir de méditer dessus, il était plus déconcerté qu'autre chose. En fait, il ne savait plus sur quel pied danser depuis que son loft était devenu un hôtel à crises existentielles surnaturelles. Comment avait-il pu être aussi aveugle ? Et comment ces deux idiots avaient-ils pu tomber si bas ?
Il pivota sur son tabouret de bar et son regard glissa sur le canapé, où dormait encore Scott. Il n'était qu'un enfant. Un gosse.
C'était ce qu'il essayait de se répéter, mais au fond, il avait conscience qu'il était déjà plus âgé que Derek lorsqu'il avait tué Pelajia ou trahi sa famille dans les bras de Kate. Scott était l'Alpha de la meute. Il était fort, honnête, persistant. Il était capable de prendre soin de lui-même. Il l'avait une fois de plus prouvé cette nuit.
Alors pourquoi Derek avait-il l'impression d'être rongé par le remords en le regardant ? Peut-être parce que depuis son retour à Beacon Hills avec Laura, il se sentait responsable des derniers membres de sa famille et, par extension, de leurs agissements. Il avait longtemps cherché à oublier le merdier qu'il avait créé et la souffrance dans laquelle il les avait plongé. Sa sœur avait maintenu les apparences avec une certaine facilité, mais la condition catatonique de son oncle avait été une tout autre épreuve. Mettre plusieurs États entre eux avait aidé, mais quand ils étaient revenus... quand il l'avait revu... il avait été frappé par le reflet de sa propre culpabilité dans les yeux vides de Peter.
Il était censé les protéger, dans tous les sens du terme ; au lieu de cela, le cerveau dérangé de Peter avait jeté son dévolu sur Scott.
— Je vais devenir fou, murmura-t-il.
Une série de coups à la porte métallique le sortit de ses tergiversations. Il se releva brusquement, surpris de ne pas avoir entendu plus tôt l'intrus entrer dans le bâtiment.
La voix de Stiles vociféra à travers le trou de la serrure :
— Derek ! Ouvre-moi ! Je sais que tu es là ! Derek !
Il constata rapidement l'écran de son téléphone portable, jurant dans sa barbe à la lecture des centaines de messages et d'appels manqués. Après le retour de Peter, il n'avait pas cru bon de prévenir quiconque en dehors de Deaton et avait mis l'appareil en silencieux pour pouvoir veiller sur Scott en toute tranquillité.
Il se dirigea vers la porte d'un pas lourd. Stiles proférait désormais des menaces à rallonge, qu'il ne mettrait sans aucun doute jamais à exécution dès que leurs regards se croiseraient. Il avait encore du mal à cerner l'humain de la meute, mais il avait compris dès leur rencontre qu'il se laissait rapidement intimidé. Derek s'en amusait un peu, parfois... Stiles avait le don de lui provoquer un mal de crâne carabiné quand il ne le faisait pas taire.
— De-
Le jeune homme resta la bouche grande ouverte devant lui.
— Bonjour, Stiles.
— Tu... « Bonjour » ?!
Il le fusilla du regard dans un geste théâtral, avant de l'attaquer directement sur le palier :
— Tu ne me dis pas « Bonjour » après m'avoir ignoré toute la matinée, Sourwolf ! Tu dis « Mille pardons, messire, ayez clémence de ma pauvre âme de piètre répondeur aux yeux de votre magnifique seigneurie », mais pas « Bonjour », bordel de merde !
Il tenta de se frayer un chemin à l'intérieur du loft, butant contre le torse imposant de Derek. Il lui lança un regard courroucé.
— Stiles... tu veux vraiment rentrer, remarqua le loup-garou.
Ce n'était pas une question. Il était juste étonné.
— Bien sûr que je veux rentrer ! Je repars avec Scott !
Derek secoua négativement la tête et les poussa tous deux dans le couloir pour refermer la porte derrière lui. Son visiteur cligna des yeux, puis commença à paniquer.
— Qu'est-ce que tu fais ?! Lâche-moi ! Je veux voir Scott ! Il est là ! Je sais qu'il est là ! Scott !
— Il va bien.
Stiles se figea, l'expression à la fois confuse et soulagée. Il n'était au courant de rien. Évidemment. Il était humain, la faiblesse par excellence.
Derek eut un rictus presque compatissant. Il ne s'était plus senti respirer ni penser entre ses quatre murs et, dans la folie du moment, il avait bien cru que le shérif allait débarquer avec un mandat pour vérifier qu'aucun cadavre ne gisait sur son parquet. L'idée que l'odeur de l'imprégnation ne touche que les êtres surnaturels ne l'avait jamais effleurée, ou plutôt, il n'avait jamais osé méditer sur la question.
Mais alors, pourquoi Stiles ne venait-il au loft qu'aujourd'hui ? Si son nez ne rivalisait pas avec leurs museaux et n'avait par conséquent jamais été la cause de son éloignement, qu'elle était-elle ? Qu'ignorait-il réellement ?
— Pourquoi es-tu là, Stiles ?
Ce dernier souffla des narines.
— Tu veux que je me répète maintenant ? C'est nouveau ça, se moqua-t-il.
Derek leva les yeux au plafond et croisa les bras sur son poitrail, bientôt imité par l'intenable fils Stilinski. Il grogna. Il n'était vraiment pas d'humeur à le supporter dans toute sa splendeur après une nuit quasi blanche.
— Je suis venu percer le mystère scottien, avoua finalement Stiles. Il devait venir chez moi hier, j'ai attendu pour rien, j'ai envoyé des messages dans le vide, j'ai appelé, Derek, j'ai appelé ! J'ai passé des heures seul chez moi, alors qu'on aurait pu profiter du soleil dehors, ensemble, et que ça mérite son degré de reconnaissance, parce que j'aime être dehors quand il fait beau et que j'ai mieux à cirer qu'attendre mon meilleur ami me refuser une stupide sortie entre meilleurs amis, surtout quand il décide de faire le mort après m'avoir harcelé dix fois par heure de message pendant des mois dès que je m'éloigne de deux mètres à cause de sa putain de paranoïa et que hier, rien, nada, niente, je deviens totalement inexistant sur la surface de cette planète de chiens galeux !
Il s'arrêta à bout de souffle. Son petit discours n'avait pas ébranlé Derek d'un pouce. Pire, il le jugeait du regard, immobile dans sa posture de videur de boîte huppée.
— Laisse-moi entrer, exigea Stiles.
— Non.
Leur Alpha dormait encore sur son canapé et, pour un nombre incalculable de raisons inavouables, il était décidé à interdire le passage à tous les curieux qui se présenteraient à sa porte. Si quelqu'un de plus se mêlait de leur histoire, Scott et Peter étaient des causes perdues. Par ailleurs, il n'allait certainement pas laisser débarquer entre eux un morveux apte à leur labourer le bulbe crânien d'élucubrations dangereuses et de théories farfelues. Derek lui-même n'arrivait pas à capter comment les deux loups pouvaient se bouffer du regard — sans jamais s'avouer vaincu pour autant — avec l'odeur pestilentielle qui les suivait partout, alors Stiles ne serait d'aucune utilité de son poste de néophyte.
Cependant, le novice en question ne se démontait pas si aisément et pointa un doigt contre le torse du Hale avec véhémence. Il déclara alors :
— Au nom d'une amitié impériale, j'exige être en droit de connaître les secrets qu'on me cache sous le nez.
Derek ne put s'empêcher de ricaner à cette allusion. Puis, il lui claqua la porte au... nez.
