Chapitre 32 : Convalescent Girl
La source où se trouvait Link était véritablement un endroit enchanteur, à la beauté un peu irréelle, hors du temps, comme si cet endroit venait du fond des âges.
Le plat d'une épée noire l'atteignant sous les côtes lui coupa le souffle, l'empêchant de se laisser d'avantage distraire par la beauté du lieu.
Le jeune homme tomba dans l'eau et releva les yeux, un peu hagard. Sa fierté d'épéiste en avait prit un sacré coup, depuis quelques jours. Le démon contre lequel il se battait sans relâche était sans aucun doute l'adversaire le plus fort qu'il ait jamais eut à affronter, passé oublié ou pas. Il ne lui aurait fallut que quelques minutes pour le tuer s'il l'avait voulut.
_ Vous êtes si fort…
Ghirahim regarda le jeune homme en faisant négligemment tournoyer son épée avant de la poser sur son épaule.
_ Je suis une lame, c'est normal.
_ Une lame ?
_ Crois-tu que Fay sois le seul esprit à avoir résidé dans une épée ? Bien que mon cas soit un peu différent, je suis une lame. Une perfection de lame, si tu veux mon avis, aucune n'arrive à la cheville de ma magnificence.
Les jours écoulés avaient permit à Link de comprendre une chose à propos de ce séduisant démon à la peau couleur de cendre : il pensait chacun de ses mots. Sa vanité n'était pas un masque pour cacher un quelconque mal-être, il était réellement persuadé d'être parfait. Et en le voyant, Il était difficile de lui trouver un défaut, hormis cet égo surdimensionné.
_ Prêt à t'y remettre, jeunot ?
_ Oui.
Le jeune Hylien se redressa, ramassant son épée. Le sourire du démon étira ses lèvres blafardes, révélant ses canines pointues.
_oOo_
Loin au sud de la source, Sélène relâchait sa tension progressivement alors que la respiration de Sidon retrouvait un rythme normal. Sa fièvre avait presque disparue, et il avait cessé de hurler de douleur dans son inconscience. L'odeur effroyable de la mort s'était dissipée dans le vent, celle de la putréfaction également, ne laissant la place qu'à la saine odeur d'un Zora en parfaite santé.
_ La poudre d'or va laisser des motifs dorés sur sa peau mais il est hors de danger désormais. Qu'il évite de se faire mordre par un de ces monstres à l'avenir et tout ira bien. Tu peux te relaxer Sélène, le prince de ton cœur est désormais sauf.
Haku souriait doucement en regardant sa descendante avec tendresse comme un père regarderait sa fille.
Sélène se moquait comme d'un guigne des motifs qui resteraient sur la peau de Sidon, elle ne le verrait pas, pas plus qu'elle ne voyait l'air doux de son ancêtre. Elle entendant sa douceur en revanche, dans le timbre de sa voix.
_ Merci…
Sidon allait vivre, c'était tout ce qui comptait pour elle. Il vivrait, et elle comptait bien lui éviter de se retrouver dehors à la prochaine Lune de Sang. Il allait vivre, et recommencer à lui décrire le monde avec des mots maladroits ayant bien plus de sens pour elle que les énumérations de couleurs impalpables qu'on lui servait habituellement.
_ Merci infiniment… Pour avoir sauvé Sidon, pour m'avoir apprit à me battre depuis toute petite, de m'avoir empêchée de me perdre quand j'apprenais à maitriser ma cécité, merci pour tout.
_ Nous avons une proposition à te faire, Sélène. Nous te guidons depuis toute petite car nous veillons sur chacun de nos descendants avec amour. Mais tu vas être amenée à être aux côtés de ce jeune Zora. Cela te dirait d'apprendre des enseignements perdus de tous et d'ensuite donner un énorme coup dans les traditions archaïques des Zoras ?
Le ton amusé et déterminé de Haku était parfaitement perceptible.
Sélène prit le temps de la réflexion. Pour être franche, elle n'avait jamais vraiment souffert du rejet de son peuple, préférant être seule que mal accompagnée. Et elle avait Sidon, c'était tout ce qui comptait. Secouer son peuple était une idée tentante, cela dit.
_ Mais… Est-ce vraiment le bon moment pour ça ? Vous savez, les Zoras commencent seulement à laisser Mipha reposer en paix et à se tourner vers l'avenir. Et avec tout ce qu'il se passe en ce moment, Ganon qui s'éveille à nouveau, les monstres de plus en plus nombreux… Bien sûr que j'aimerais que les choses s'arrangent et que mon peuple ne soit pas encore plus aveugle que moi… Que se trouver à mes côtés n'attire pas la vindicte populaire sur Sidon, mais je ne vais pas réformer le système seule. Je ne sais même pas si j'en ai envie, en fait. Les Zoras sont imparfaits, mais c'est ce qui fait notre peuple, je crois. Mais surtout, je suis convaincue que ce n'est pas maintenant qu'il faille changer les choses. Mon peuple a besoin de repères stables pour se reconstruire après cent ans de deuil absurde à vénérer une princesse qui n'avait franchement rien de si exceptionnel, pas qu'une sorcière vienne leur imposer leur façon de vivre simplement parce qu'elle est la seule bizarrerie du Domaine et qu'il faut à tout prix accepter toutes les imperfections de la nature comme le clame la bien-pensance. Un jour, peut-être, je sais que vous serez là, mais pas aujourd'hui. Nous ne sommes pas prêts à ça, et je n'ai pas encore envie d'en faire ma bataille.
_ Je n'ai pas dis que tu ferais cela immédiatement. Tu as raison de penser que les secouer maintenant n'est pas une bonne idée.
_ Ce que Haku essai de te proposer avec son adorable maladresse, c'est que nous voulons vous entraîner à survivre jusqu'à ce que Ganon soit vaincu. Vous apprendre des choses que les nôtres ont perdues par bêtise ou par paresse. Et vous donnez les clés pour un jour vous occupez de réformer notre peuple quand le moment sera venu.
Ruto s'approcha et s'agenouilla dans sa descendante, caressant sa joue avec tendresse.
_ Ce que nous voulons aussi, et avant tout, c'est pouvoir te parler davantage ma chère enfant…
Sélène resta immobile, n'ayant pas l'habitude que des mains autres que celles de Sidon la touche. Elle réfléchit pendant quelques instants. Elle se redressa finalement, le visage sérieux, les mains posées sur ses genoux.
_ Je vous donne jusqu'à la guérison de Sidon, nous n'allons pas repartir tant que je ne suis pas certaine qu'il est remit de sa blessure. Ensuite, nous retournerons à la recherche de la femme de Nelsine. Nous devons la lui ramener, morte ou vive.
_ Nous avons un accord alors.
Ruto souriait joyeusement pendant que Haku s'attelait a monter un campement. Après tout, Sidon était toujours dans inconscient.
_oOo_
Au village Piaf, Asahi sentait la migraine monter. Dézelle lui tenait compagnie en brodant alors qu'elle était toujours clouée au lit. La Piaf n'était pas méchante, mais pour une combattante comme Asahi, entendre parler chiffon à longueur de journée avait quelque chose de… lassant. Elle préférait lorsque c'était Teba qui jouait les garde-malade avec elle, au moins ils pouvaient parler d'armes, de batailles, de blessures de guerre et tout autre sujet du même genre autrement plus intéressants que la couleur du fil qui ressortirait le mieux sur celle du cuir.
Par miracle, Teba arriva justement et n'eut qu'un regard à échanger avec la Yiga blessée pour comprendre. Avec gentillesse, il suggéra à Dézelle d'aller tenir compagnie à Harfor et prit sa place au chevet d'Asahi.
_ Comment te sens-tu ?
_ Comme un lion en cage. J'en air assez d'être alitée, je n'ai le droit de me lever que pour aller aux toilettes !
_ Je te comprends…
Asahi scruta le Piaf avec attention et se pencha en avant.
_ Ce n'est pas bon tu sais, une immobilité excessive… les escarres, tout ça, ça peut être gênant ! Ça ne me tuera pas de faire quelques pas, si ? Et si tu es là pour t'assurer que je ne risque rien, ça irait ?
Teba la regarda avec la même attention. Ce n'était pas la première fois qu'elle lui demandait de se lever, et pour être comme elle, il savait qu'elle ne resterait pas indéfiniment au lit.
_ Très bien… Mais seulement jusqu'à la terrasse.
_ Pour l'instant !
Il inclina la tête et se leva, présentant son aile à la Yiga pour l'aider à se lever. Alitée depuis quelques jours, elle risquait de s'effondrer sans appui. Ensemble, ils sortirent de la maison de bois sans murs au rythme de la démarche incertaine de la jeune femme. Teba voyait bien que sa blessure la faisait souffrir, mais elle serrait les dents et avançait vaillamment, un pas après l'autre.
Plus il la côtoyait, plus il la trouvait admirable.
Ils marchèrent jusqu'à une terrasse toute proche s'ouvrant sur le vide et d'où un groupe de Piafs prenait justement son envol, maintenant que la menace de Vah'Medoh était éliminée. Teba guida Asahi jusqu'à un banc de bois sur lequel ils s'assirent, la jeune femme relâchant un léger soupir.
_ Ça va ?
_ Oui, ne t'inquiète pas. J'en ai connue d'autres, des blessures !
_ C'est vrai ?
_ Il y a deux ans, je me suis fait pratiquement amputer de la jambe par un Lézalfos monstrueux qui s'était trop approché du repère Yiga. J'ai passé un temps incroyable avec l'interdiction formelle de me lever.
_ Pourquoi ai-je l'impression que tu as trouvé le moyen de la contourner, cette interdiction formelle ?
_ Parce que c'est le cas !
Asahi se mit à rire à l'évocation de ce souvenir. Elle avait inquiété plus d'un membre du clan, et son père en premier lieu. S'il avait put l'attacher et lui assigner dix des meilleurs guerriers du groupe pour la surveiller, il l'aurait fait ! Mais il ne l'avait pas fait, et Asahi avait réussi à se glisser dans les couloirs du repaire, provoquant une sacrée pagaille parmi les Yigas tentant de la retrouver. Jamais aller chercher des bananes Lames dans la réserve ne lui avait parut être aussi amusant que ce jour-là.
_ Au final, je me suis fait sérieusement disputer, et je ne me rappelle pas avoir vu mon père aussi en colère contre moi.
_ Il devait s'inquiéter pour toi, c'est normal.
_ Oui… je suis une fille bien ingrate.
_ Juste un peu… remuante, je dirais.
Asahi sourit avec malice. Teba la regarda en se demandant pourquoi les Yigas avaient cette réputation aussi effroyable de tueurs sanguinaires. Celle à côté de lui avait le sourire le plus éblouissant qu'il lui ait été donné de voir, et une gentillesse un brin malicieuse toute particulière.
_oOo_
Chaque jour, leur promenade leur permettait d'aller un peu plus loin. Asahi se remettait incroyablement vite de sa blessure, plus vite qu'Harfor et son aile désintégrée en tout cas. Teba s'inquiétait pour son ami. Dézelle lui disait de le laisser tranquille et qu'il irait mieux lorsqu'il aurait cicatrisé. Il en doutait, et c'est en en doutant toujours qu'il accompagna Asahi ce jour-là, parvenant à atteindre la sortie du village.
_ Dis-moi… Les Yigas sont un peuple de guerriers, mais qu'est-ce que vous faites lorsque l'un de vous n'arrive plus à combattre ?
_ Lorsqu'il est trop vieux ? Il transmet son savoir autrement. On ne va pas tuer l'un des nôtres parce qu'il ne sait plus lever son arme. Chaque individu de notre clan a son utilité. Et puis tu sais, on ne se bat pas tous. Certains d'entre nous sont même incapables de manier une lame, comme mon père par exemple. Assez ironique pour le chef, d'ailleurs…
_ Et les blessés ? Ceux qui perdent un bras ou une jambe…
_ Ou une aile ?
Teba baissa le bac vers le sol, déstabilisé d'avoir été aussi facilement percé à jour.
_ Il y a eut une femme qui a perdu ses deux jambes dans un éboulement provoqué par les Gerudos. Elle a refusé de se laisser abattre et a décidé de trouver une autre façon de se battre. Elle a demandé à l'un de nos artisans de lui fabriquer des prothèses avec des lames en patins pour remplacer ses jambes et ses pieds. Cette femme est à ce jour l'une des rares Yigas à pouvoir me tenir tête.
_ Elle doit être impressionnante…
_ Ça oui ! Alors ne t'inquiète pas pour ton ami, il finira par trouver une autre façon de se battre. Même s'il ne peut plus voler, cela ne signifie pas qu'il n'est plus bon à rien. C'est même le contraire. Les Piafs sont connus pour être des guerriers aériens, alors en voir un au sol endort la méfiance. C'est là qu'il peut montrer que c'est une erreur de le sous-estimer et vaincre son ennemi.
_ Tu as sans doute raison… Je le lui dirais, merci Asahi.
_oOo_
A la source ensoleillée perdue dans une tâche noire, Link regarda l'eau scintiller comme au ralenti, si douce, si belle… Il atterri dedans la tête la première et se débattit quelques instants pour refaire surface, crachant de l'eau en toussant. Il se retrouva face à la pointe d'une épée noire, menaçante, tranchante, qui aurait put le tuer depuis longtemps.
_ Tu te disperses trop, jeunot. Tu te reposes tellement sur tes capacités que tu en oublies de progresser. Tu es très bon, très fort, sans doute l'un des meilleurs bretteurs contre lesquels j'ai eut à me battre. Mais… tu es ennuyant. Tu es plus fort que mon tendre Skychild, mais l'affronter était autrement plus stimulant, et ça n'avait rien à voir avec nos… petits jeux, dirais-je. Il était inventif, ne se reposait jamais sur ses acquis et cherchait toujours un moyen d'évoluer. Aucun de nos affrontements ne ressemblait aux autres. Toi, tu répètes inlassablement les mêmes schémas.
Link resserra sa prise sur la poignée de son épée. Dans sa mémoire effacée, il devait bien y avoir des souvenirs de maitres d'armes, mais sans aucun doute aucun d'aussi terrible que le démon lui faisant face.
Et il aimait cette intransigeance.
Sa main se referma sur le sable au fond de l'eau et il en projeta une poignée sur Ghirahim. Le démon disparu dans un tourbillon de losanges et réapparut dans le dos du jeune homme.
_ Tu vois quand tu veux, jeunot.
_oOo_
Au village Piaf, Teba cilla en découvrant Asahi assise avec cinq fillettes Piaf. Elle ne portait plus son uniforme écarlate de Yiga, mais une robe épaisse de toile en camaïeu de rouges et doublée de blanc parfaite pour les températures rigoureuses à cette altitude. Les fillettes chantaient autour d'elle en coiffant sa longue chevelure blanche en une épaisse tresse piquée de plumes colorées.
_ Ferme donc ton bec Teba, il ne restera plus de mouches à gober pour les autres !
_ Tu… Oui… tu as l'air en forme, ce matin.
_ Oui, et les filles ont eut la gentillesse de venir me rendre visite pour me chanter une chanson. Je n'ai pas tout comprit, une histoire de festival…
_ Ah, le festival des Sœurs de pierre ! Je peux te raconter l'histoire si tu veux.
Asahi se leva en souriant paisiblement, défroissant sa robe du revers de la main. Elle remercia les cinq fillettes qui partirent en riant.
_ Tu te sens capable de faire une longue promenade ?
_ Si tu n'es pas pressé, ça devrait aller !
Teba hocha la tête et se mit en marche avec la jeune femme. Ils sortirent du village et empruntèrent les ponts suspendu pour faire le tour extérieur du cratère.
Marcher était épuisant pour Asahi, sa blessure la lançant de plus en plus. Sans lui laisser le choix, Teba ordonna plusieurs haltes au court de la marche pour lui permettre de souffler.
Il leur fallut presque deux heures pour un trajet ne durant habituellement qu'une demi-heure à pied, et à peine cinq minutes à vol de Piaf. Mais Teba ne s'en plaignait pas, il trouvait agréable de cheminer avec la jeune femme, les montagnes en arrière-plan et les meilleures techniques de tir à l'arc en conversation. Les Yigas semblaient vouer un culte à l'archerie montée, il l'ignorait et adorerait voir ça.
Ils finirent par arriver sur un plateau légèrement surélevé du chemin, un étrange piédestal en son centre cerné de cinq structures rocheuses entre lesquelles le vent s'engouffrait en chantant.
_ Et nous voici enfin aux Sœurs de pierre.
_ Celles du festival dont m'ont parlé les fillettes ?
_ Celui-là même. On raconte que ces pierres étaient à l'origine cinq sœurs chanteuses. Leurs voix étaient si belles que même les monstres perdaient leurs intentions belliqueuses lorsqu'ils les écoutaient. Elles étaient toutes les cinq les gardiennes de la paix de ce village. Comprenant leur rôle de protectrices, elles décidèrent de se changer en pierre afin de chanter pour l'éternité et veiller sur le village.
_ Ça a marché, avec Medoh…
_ Certes… Quoi qu'il en soit, pour les remercier de leur sacrifice, les Piafs organisent le festival des Sœurs de pierre tous les ans. Cinq fillettes chantent la chanson rituelle ici même pour leur rendre hommage, ensuite nous pouvons faire la fête toute la nuit.
_ Ce dernier point m'a l'air moins cérémonieux.
Teba sourit et regarda les monolithes.
_ C'est un petit ajout que nous avons fait au fil du temps. Chanter pour des cailloux n'avait rien de très captivant. Cette année, ce seront les filles qui t'ont coiffées qui chanteront. Elles sont sœurs, ça doit faire plusieurs siècles que les fillettes désignées ne l'étaient pas.
_ Ça change quelque chose ?
_ Ça rend bien pour le folklore.
Asahi se mit à rire et regarda le cercle de pierre et s'approcha de l'une d'elle. La légère mélodie chantée par le vent était en fait le simple fait de ce dernier s'engouffrant dans un trou au centre de la pierre. La surface était délicatement gravée de motifs anciens rappelant les discrètes broderies de sa robe.
_ Quand aura lieu ce festival, cette année ?
_ A la fin de la semaine. Nous en profiterons pour célébrer d'être encore en vie après les évènements de Vah'Medoh.
_ Il y aura à manger ? Je doute que je serais en état de danser d'ici à la fin de la semaine, mais manger ne me permettra de profiter de la fête de façon autrement plus intéressante !
Teba éclata de rire devant le sourire goguenard de la jeune femme.
_ Ça, pour avoir à manger, il y aura à manger, rassure-toi ! De quoi nourrir au moins toute la région !
_ Chouette !
